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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 14:11

La victoire de Trump est une gigantesque gifle pour le « système », la bienpensance, la pensée unique, les médias, les sondages bidon et toutes les soit disant élites autoproclamées. Elle est le signe que les peuples sont écœurés par le mépris et l’aveuglement de leurs dirigeants qui, par affairisme à court-terme, sacrifient les intérêts nationaux et le sort de millions de gens sur l’autel d’une mondialisation inhumaine qui ne peut mener qu’à la catastrophe les peuples, les nations et la planète. Cette victoire d’une majorité d’Américains jusque-là humiliés et sans voix pourrait annoncer des bouleversements comparables en Europe.

1/ Le système politique américain est tel qu’il est toujours difficile, voire impossible, de savoir quel a été exactement le taux de participation (semble-t-il plus élevé que d’habitude) et le pourcentage des votants qui se sont prononcés pour Trump ou pour Clinton. Seuls compte le nombre des « grands électeurs » acquis dans chaque Etat. On a même pu avoir dans le passé un président élu avec moins de voix que son adversaire mais l’ayant emporté dans quelques Etats tangents.

Ce système électoral n’est certainement pas le plus juste (il faut beaucoup d’argent aux Etats-Unis pour mener une campagne électorale), mais les règles du jeu sont anciennes, immuables et reconnues par tous. On ne peut donc crier à la manipulation.   

Peu importe le résultat final. La victoire de Trump a été suffisamment nette pour que, ce matin (heure d’Europe), le suspense n’ait pas tenu longtemps. Hillary Clinton a reconnu sa défaite et, pour le système américain, cela est suffisant sans même que l’on ait un résultat final (qui, peut-être, ne viendra jamais).

2/ Les sondages au cours de la campagne (mais on en voit aujourd’hui les limites) indiquaient que Clinton avait le soutien d’une majorité de femmes, de Noirs et d’Hispaniques tandis que Trump avait l’avantage dans les classes moyennes ou populaires blanches.

Il semble que la forte mobilisation de ces classes ait fait la différence.

Quant au soit disant déterminisme sexiste, racial ou autre qui fait qu’on vote pour une femme (même une crapule) quand on est une femme, pour un Noir (même incompétent) quand on est Noir, et pourquoi pas pour un petit quand on est petit, un grand quand on est grand, etc, heureusement que cela ne joue pas pour tout le monde. L’intelligence humaine existe tout de même encore face à la bêtise et à la mise en condition.      

3/ Pourquoi une telle mobilisation ? Pourquoi ce paradoxe du vote des laissés pour compte de la société américaine en faveur d’un milliardaire sans expérience du pouvoir et au passé personnel sulfureux ?

Sans doute la personnalité de son adversaire a-t-elle joué en la défaveur de celle-ci. Clinton est le pur produit du système capitaliste américain, elle en était la représentante et les électeurs ont bien compris qu’une fois au pouvoir elle ne pouvait qu’être au service des lobbies qui ont financé sa campagne. L’accusation de « corrompue » et de crapule a fait mouche.

Mais cela ne me parait pas essentiel. Trump, lui-même, n’est pas une oie blanche. Pas seulement dans sa vie personnelle (que ses adversaires ont mis en avant dans une Amérique qui reste encore assez pudibonde, mais sans doute moins que ce qu’on pensait), mais aussi dans sa fonction d’entrepreneur : faire fortune dans la spéculation immobilière et dans les casinos n’est sans doute pas un modèle de moralité.

Ces traits négatifs si bien partagés entre les deux candidats expliquent que 80% des Américains se sont déclarés « dégoutés » par la campagne Finalement, les électeurs de chacun des deux candidats ont surtout voté contre l’autre et, au-delà des candidats, ils se sont surtout prononcés pour une certaine idée de l’Amérique.

Deux éléments me paraissent décisifs dans le choix de Trump pour la Maison Blanche :

a/ Le ras-le-bol d’un système où les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Le « rêve » américain n’opère plus. Ce « rêve », qui consiste à croire que chacun a ses chances à partir du moment où « il en veut » et il travaille, qu’il peut espérer réussir et être récompensé de ses efforts, n’était certes qu’un rêve qui n’a jamais correspondu à la réalité. Les médias mettent en exergue les cas de gens partis de rien qui ont fait fortune, mais ils sont peu nombreux. Pour réussir aux Etats-Unis, il faut avoir fait les bonnes écoles privées et les meilleures universités. Elles coûtent cher et elles sont réservées aux « fils de ». Et même avec un bon diplôme, sans capital de départ, peu d’espoir de réussite. Pas même l’espoir de se faire élire député d’un comté perdu des Rocheuses. Mais même le rêve irréel a disparu.  

Depuis la crise de 2008, le 1% des Américains qui possédait déjà la moitié du patrimoine national s’est encore enrichi alors que la paupérisation avance à grands pas, pas seulement chez ceux qui étaient déjà pauvres, mais aussi dans les classes moyennes, celles où la valeur travail était sacrée, celle qui croyait encore il y a peu au « rêve » américain. Des millions d’Américains, qui cotisaient pour leurs vieux jours dans des fonds de pension placés en bourse, ont tout perdu du jour au lendemain. D’autres, ou les mêmes, ne pouvant plus payer les crédits pour leur logement en ont été chassé sans ménagement. Ils se sont alors souvent installés loin des grandes villes dans des caravanes et parfois même dans leur voiture, à la recherche de petits boulots problématiques. Au plus profond de la crise, j’ai parcouru 10 000 kilomètres en voiture aux Etats-Unis. C’était impressionnant de voir cette misère. Cela va un peu mieux aujourd’hui, mais à peine.

Ces Américains oubliés du « rêve » et de la soit disant prospérité, en d’autres circonstances n’auraient pas voté car sans aucun espoir de changement : habituellement, Républicains ou Démocrates ne sont que deux faces d’un même système injuste.

Cette fois, ils ont voté Sanders à la primaire démocrate et Trump, d’abord à la primaire républicaine, puis à la présidentielle.

b/ Le second élément à prendre en compte est le sentiment de dépossession ressenti par nombre d’Américains face à une déferlante migratoire dont ils ont la conviction qu’elle va  les submerger en emporter avec elle les valeurs qui ont fait l’Amérique.

Les Blancs américains sont encore les deux-tiers. Les projections à vingt ans sont, si rien ne change, qu’ils seront minoritaires.

Les Noirs sont 15%. Il est vrai que nombre d’entre eux n’ont pas le même mode de vie et sans doute les mêmes valeurs que les Blancs. Les accusations de racisme à l’encontre des Américains blancs et de la police sont un peu trop rapides pour rendre compte de la situation (on pourrait aussi parler du racisme anti-blanc qui est celui de certains Noirs). Il est vrai que la délinquance et les incivilités sont plus nombreuses chez les Noirs que chez les Blancs. Mais il s’agit en fait davantage d’un problème social que racial. Nés dans les « mauvais » quartiers, les Noirs sont condamnés aux mauvaises écoles et peu accèdent à l’université ; avec des parents pauvres, ils n’ont pas les bonnes relations pour trouver les bons « jobs » et ne peuvent payer les bons avocats pour se défendre (pas seulement au pénal : en Amérique, sans être délinquant, tout est tellement judiciarisé que le recours à l’avocat est habituel) : en Amérique, l’argent crée l’argent et ceux qui n’en ont pas au départ ont peu de chance d’en gagner. Les Noirs, majoritairement, sont pauvres au départ et ont donc peu de chance d’en sortir.

Mais les Noirs sont majoritairement attachés au système américain. Ils souhaiteraient eux aussi en profiter. Une classe moyenne noire existe, très minoritaire, mais intégrée. Obama en a été le produit. Ce n’était pas un révolutionnaire. Il y a sans doute pas mal de Noirs qui ont voté Trump car ils ont les mêmes valeurs, les mêmes aspirations que la majorité blanche. Ils ont aussi la même légitimité. Leurs ancêtres n’ont pas choisi de venir en Amérique et, aujourd’hui, une large majorité de Blancs leur reconnait le droit et la qualité d’être aussi Américains qu’eux.

Le cas des Hispaniques est différent. Ils sont aujourd’hui aussi nombreux que les Noirs et leur progression démographique est spectaculaire. En stigmatisant les Mexicains, Trump a vu juste car il rejoint le sentiment de nombreux Américains, sans doute une majorité, qui constatent que, alors que des générations d’immigrants, y compris leurs propres ancêtres, sont arrivés aussi démunis que les Mexicains, mais ont fait l’effort d’apprendre l’anglais pour s’intégrer et, au bout d’une génération, sont devenus les meilleurs Américains, trop d’Hispaniques, aujourd’hui ne cherchent plus à s’assimiler. Ils ont leurs chaînes de télévision, peuvent faire toutes leurs formalités en espagnol, y compris le vote, et, finalement, transformer des quartiers et des villes entières en petits morceaux de Porto Rico, de Salvador ou de Mexique.

Comment accepter en effet que des millions d’immigrants clandestins aient été régularisés et aient obtenu la nationalité américaine sans parler un mot d’anglais, et surtout, cette nationalité obtenue, aient fait campagne contre Trump parce qu’il défend une Amérique américaine ?

Je connais bien les Latino-américains. Je respecte leur art de vivre, leurs valeurs et j’adore parler espagnol avec eux. Mais en Amérique latine, pas aux Etats-Unis. J’estime (et je rejoins là le sentiment de beaucoup de gens, pas seulement en Amérique) que lorsqu’on vient d’un pays pauvre et qu’on a la chance d’arriver dans un pays qui offre de meilleures chances, le moindre de la décence consiste è respecter le pays d’accueil, à le faire sien et à ambitionner pour ses enfants qu’ils s’assimilent totalement (ce qui n’exclue pas qu’on garde le contact avec la culture de ses parents). La prétention à transposer son pays et ses valeurs d’origine dans le pays d’accueil est indécente. En Amérique comme en Europe. Cela s’appelle de la colonisation. Ce comportement est à courte vue car, exagéré, il suscite, de la part des autochtones, une réaction de rejet.

D’ailleurs, de nombreux Hispaniques l’ont compris. Il ne faut pas tomber dans le panneau des simplifications médiatiques qui présentaient les Hispaniques comme tous anti-Trump et défenseurs de l’immigration clandestine. Beaucoup d’Américains d’origine hispanique se sentent profondément américains (plusieurs candidats à la primaire étaient d’origine hispanique ; ils n’ont jamais mis en avant cette origine et c’est bien en anglais parfait qu’ils s’exprimaient). Le tiers d’entre eux aurait voté Trump. C’est loin d’être négligeable et cela est la preuve que l’assimilation est possible, pour peu que la mode ne soit plus au « multiculturalisme » cher aux élites, mais pas aux peuples.       

La défense de l’identité américaine est sans doute le facteur déterminant de la victoire de Trump. Cette défense a deux aspects complémentaires : le rejet d’une immigration qui refuse de s’assimiler et le rejet de la mondialisation. Celle-ci n’est que dans l’intérêt des capitalistes, pas des peuples car elle tire les salaires et les conditions de travail vers le bas et qu’elle supprime des emplois (j’ai expliqué cela dans des articles précédents sur ce blog, reportez-vous y).

c/ Un autre sentiment, celui de l’insécurité, a joué en faveur de Trump, mais moins que ce qu’on pouvait penser au départ. Les attentats terroristes ont certes marqué les esprits et la compromission de Clinton avec les monarchies islamistes a joué contre elle, mais à la marge seulement. D’ailleurs, Trump en a peu parlé dans sa campagne, preuve que ce n’était pas l’essentiel pour ses électeurs. Quant à la délinquance en général, elle est déjà très réprimée aux Etats-Unis et il est difficile de faire plus et mieux (la situation, de ce point de vue, est très différente de celle de la France).   

Tous ces sentiments de déclassement, d’humiliation et de menace pour les Etats-Unis et leurs citoyens, Donald Trump les a parfaitement traduits dans son slogan de campagne « make America great again » (faire une Amérique grande à nouveau). Il rejoint une aspiration majoritaire.    

4/ Que va-t-il se passer maintenant aux Etats-Unis, et donc, compte tenu de la place hégémonique de ce pays dans le monde, ailleurs ?

Trump a comparé sa victoire à un « Brexit plus plus plus ». On va sans doute avoir les mêmes réactions irrationnelles des « marchés ». Aujourd’hui, toutes les bourses reculent. Si j’avais le goût de la spéculation et quelques millions disponibles, j’achèterais à tour de bras, certain de m’enrichir dans les six mois qui viennent. L’Angleterre, en sortant de l’Union européenne, ne s’est pas effondrée. L’Amérique de Trump ne s’effondrera pas non plus.

En revanche, il y a beaucoup d’incertitudes. Le programme économique de Trump était flou et, pour tout dire, simpliste. Mais il ne sera pas seul. C’est toujours une équipe qui dirige plutôt qu’un homme. Il n’y a aucune raison de penser que seules de mauvaises décisions seront prises.

On devrait s’attendre à deux inflexions de la politique américaine : davantage de protectionnisme et moins d’agressivité vis-à-vis de la Russie. Je m’en félicite.

Pour le reste, on verra. Le meilleur comme le pire sont possibles.

5/ Quelles que soient les suites à la victoire de Trump, j’y vois une lueur d’espoir (qui sera peut-être déçu, mais, au moins il y aura eu un espoir préférable au désespoir de Clinton).

Les peuples en ont assez d’être exploités par une poignée de capitalistes sans foi ni loi ni frontières et humiliés par une certaine racaille qui joue de l’ « état de droit » pour nier nos propres droits et qui nous nargue en toute impunité.

Il se pourrait que le changement aux Etats-Unis soit l’aube d’une ère nouvelle en Europe. Ici aussi, les classes moyennes et populaires sont paupérisées. Ici aussi une immigration non contrôlée et qui refuse l’assimilation met en danger nos valeurs et nos libertés.

Prenons-nous en main. Cela ne tient qu’à nous.

Nous aussi pouvons par notre prochain vote créer la surprise.

Rien n’est jamais sûr.

La fatalité pas plus que le reste.

Yves Barelli, 9 novembre 2016                                             

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Published by Yves Barelli - dans ETATS-UNIS
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commentaires

Ratuma 12/11/2016 04:37

https://resistance71.wordpress.com/2016/11/10/pour-en-finir-avec-le-grand-cirque-electoral-yankee-paul-craig-roberts/#comments

et quand on n'a le choix qu'entre un crétin et un autre crétin, alors il faudrait massivement ne pas aller voter - puisque le vote blanc ne sert à rien -

à moins que l'UPR ait les signatures des maires (cheminade arrive à les recueillir)

Ratuma 12/11/2016 04:14

"prenons nous en main" - là est bien le problème - il faut que les choses aillent loin pour que le bon peuple réfléchisse -

tant mieux si la clinton a été évincée, mais pas certain que trump fasse l'affaire, l'oligarchie est toujours là - soros et compagnie, les banksters ......

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