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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 09:29

Le parti « Droit et justice » (PiS), au pouvoir en Pologne, sort renforcé des élections législatives du 13 octobre avec une majorité absolue de sièges tant à la Diète qu’au Sénat, les deux chambres du parlement. Cette nouvelle victoire éclatante n’est pas due au hasard mais aux choix politiques, économiques, sociaux et sociétaux qui expliquent le succès dans la plupart des pays est-européens (y compris la Russie de Vladimir Poutine) de ce que les médias occidentaux défenseurs du « système » européiste appellent les « populistes ». Cet ancrage fort résulte d’une synthèse réussie entre valeurs réputées de « droite » (défense de l’identité et des valeurs traditionnelles, refus de l’immigration) et celles réputées de gauche (politiques sociales de redistribution et protection des plus faibles, largement issues de l’ancien système communiste) dans un contexte de forte croissance économique, de faible chômage, de sociétés homogènes grâce au refus de l’immigration et de politiques économiques indépendantes grâce au refus de l’euro.

1/ Le PiS ( « Prawo i Sprawiedliwość », c’est-à-dire « droit et justice ») de Jarosław Kaczyiński (il n’a aucune fonction gouvernementale – c’est Mateusz Morawiecki qui est Premier Ministre - mais il est l’ « homme fort » du pays), avec 44% des voix  remporte haut la main la majorité absolue à la Diète (235 députés sur 460) et au Sénat (majorité absolue aussi). Son score est encore en hausse par rapport aux législatives de 2015 (37%) grâce notamment à une participation en hausse (65% de votants, ce qui est plus que d’habitude dans ce pays où l’abstention est traditionnellement forte). L’opposition centriste « libérale » et européiste (celle qui a les faveurs de Bruxelles, des médias occidentaux bienpensants et de Macron) ne recueille que 27,3% des voix tandis que « Lewica » (« la gauche »), issue des anciens communistes a 12,6%, le « parti paysan » (PSL, une petite formation, qui existait déjà sous le régime communiste) a 8,6% et une formation traditionnaliste centrée sur les valeurs de la famille chrétienne 6% (ce sont les seules formations représentées au parlement, le seuil étant de 5% des voix).

2/ Le paysage politique polonais semble durablement ancré. Cette stabilité n’a pas été toujours le cas dans la Pologne postcommuniste.

Un petit rappel historique est nécessaire pour en comprendre l’évolution. Les Polonais sont passés dans l’enthousiasme au capitalisme de type occidental en 1989 en rompant spectaculairement avec le régime communiste qui avait été instauré après la seconde guerre mondiale. Le mouvement « Solidarność » de Lech Wałesa épaulé par le pape polonais Karol Wojtiła (Jean-Paul II, ancien archevêque de  Cracovie) et encouragé par le capitalisme alors triomphant de Reagan et Thatcher semblait promis à un brillant avenir.

Mais bien vite les Polonais ont déchanté : à l’ordre communiste s’est substitué un ordre clérical réactionnaire qui a rogné sur toutes les libertés individuelles (par exemple en supprimant le droit à l’avortement et en instaurant des cours obligatoires de catéchisme dans les écoles) et qui, pis encore, est systématiquement revenu sur la protection sociale de l’ancien régime en décrétant une « thérapie de choc » pour passer d’un régime économique à l’autre qui a entrainé un recul généralisé du niveau de vie des classes populaires (parallèlement à l’enrichissement d’une minorité), une forte montée du chômage (qui n’existait pas auparavant) et la vente à prix bradés des entreprises nationales aux intérêts capitalistes étrangers.

Résultat de cette politique dogmatique calamiteuse : les Polonais ont eu le sentiment que le nouveau régime était bien pire que l’ancien et ont rappelé au pouvoir les anciens communistes avec l’élection en 1995 à la présidence de la république d’Alexander Kwaśniewski, jeune et brillant leader qui contrastait avec l’ordre clérical nouveau (athée, il vivait en concubinage et avait été ministre sous le communisme). Lui aussi suscita beaucoup d’espoirs [je l’ai connu, ainsi que Wałesa, lorsque j’ai été consul général de France à Cracovie pendant quatre ans]. Hélas, les néo-communistes se sont crus obligés eux aussi d’appliquer les recommandations du FMI, des Etats-Unis et de l’Union européenne ; ils en ont presque rajouté dans la « réaction », par exemple en soutenant l’agression américaine de 2003 contre l’Irak.

S’ensuivit une période d’instabilité avec des taux record d’abstention aux élections (plus de 60%) : la gauche battue aux législatives de 1997 mais Kwaśniewski réélu en 2000 (quant à Wałesa, complètement déconsidéré en Pologne mais toujours populaire sur les plateaux de TV occidentales ou dans les conférences grassement rémunérées, il n’a recueilli qu’un humiliant 3% des voix), un régime de cohabitation avec la montée d’une majorité de centristes (l’Union pour la Liberté – UW -, conforme au rêve de Bruxelles d’avoir partout des gouvernements partageant sa vision mondialiste et à sa dévotion – l’un de ses dirigeants, Donald Tusk, battu aux élections, est aujourd’hui l’insolite « président » inconsistant d’une UE sans politique commune et sans avenir).

En 2005, un nouveau parti émerge, le PiS des frères jumeaux Kaczyiński : Lech est élu président de la République (il décèdera en 2010 dans un accident dramatique d’avion qui décimera une partie de la classe politique du pays) mais il doit composer avec les européistes de l’UW tandis que le vote de gauche s’effondre, probablement durablement.

Las de ces jeux stériles pis que la 4ème République française, les Polonais envoient enfin en 2015 au parlement et à la présidence une majorité cohérente, celle aujourd’hui au pouvoir, de Droit et Justice, que les présentes législatives viennent de renforcer.

3/ Quelles sont les recettes du succès du PiS ? Les mêmes qu’en Hongrie ou en Russie, mais aussi, sous des formes un peu différentes, des majorités au pouvoir en Tchéquie, en Slovaquie ou en Slovénie et aussi dans l’Italie de Salvini, écarté du pouvoir par une sorte de coup d’état parlementaire mais qui y reviendra, renforcé, lors des prochaines élections si ses excellents sondages se maintiennent.

La réussite du « populisme » à l’Est et en Italie vient de la synthèse des valeurs réputées de « droite » et celles réputées de « gauche » :

- la défense des valeurs traditionnelles fondées sur la promotion de la Nation, sur son identité chrétienne (même lorsque, comme en Tchéquie, il y a une majorité d’athées) et sur la valeur de la famille avec un père et une mère : Ne jamais oublier qu’il s’agit, sauf la Russie, de petits pays souvent menacés dans leur histoire : c’est un miracle si la Pologne existe encore ! Si vous allez à Cracovie, vous entendrez chaque heure de l’une des tours de l’église Notre-Dame s’envoler une mélodie claironnée par un pompier ; elle s’interrompt brusquement parce qu’elle commémore la fin tragique d’un guetteur sur les remparts qui, en 1241, sonna l’alerte face à l’invasion tatare et mourut transpercé par une flèche ; cette mélodie, qui ouvre les programmes de la télévision nationale, est l’un des symboles de la Pologne ; vous comprendrez alors pourquoi ce peuple, qui faillit être anéanti plusieurs fois, et encore au 20ème siècle par Hitler et Staline, tient à son intégrité, à ses valeurs et à son homogénéité et pourquoi il refuse une immigration musulmane qui lui rappellerait l’invasion des Tatars au 13ème siècle ; chez nous, il est de bon ton d’occulter l’histoire nationale, « construction » européenne oblige, à l’Est elle est omniprésente dans les esprits et, sauf chez quelques mondialistes des capitales, qui aiment à s’exprimer en anglais pour nos télés, elle fait l’unanimité.

- Des politiques sociales qui contrastent avec les préceptes du FMI et de l’Union européenne, et qui sont largement reprises de ce qui prévalait sous le communisme où régnait l’égalitarisme, la protection sociale, en particulier des plus faibles, et l’absence de chômage. Ainsi, le gouvernement du PiS a rétabli, comme avant 1989, la retraite à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes (dans le même temps où, à l’Ouest, on allonge cet âge), il a considérablement augmenté les allocations familiales (100€ par enfant jusqu’à 18 ans), il dispense les jeunes d’impôt sur le revenu et a augmenté les bourses scolaires et pour étudiants.

- Cette politique sociale est possible en Pologne (mais aussi dans d’autres pays de l’Est, telle la Tchéquie où les salaires réels ont été augmentés de 15% l’année dernière) parce que la croissance économique, « boostée » par la consommation et les délocalisations d’industries importée d’Europe occidentale (mais aussi les fonds structurels européens), est au rendez-vous : +5% en Pologne en 2018. Cela permet un chômage quasiment inexistant : 3% en Pologne, en Tchéquie et en Hongrie.

Le refus du passage à l’euro est l’une des recettes du succès : ces pays ne sont pas dépendants de la banque centrale de Francfort et ils peuvent ajuster tant la valeur de leur monnaie que leurs budgets. A titre d’exemple, la Tchéquie avait choisi une couronne sous-évaluée par rapport à l’euro et au dollar, ce qui lui a permis de faire monter en puissance la compétitivité de son industrie (automobile notamment, mais pas seulement) ; maintenant que la compétitivité est là, on peut faire remonter le cours de la monnaie : la couronne s’est appréciée de 20% depuis deux ans.

- Ajoutons un autre facteur capital de succès à l’Est : ces sociétés sont homogènes car il n’y a pas d’immigration extra-européenne et que les inégalités (héritage du communisme) sont moins fortes qu’à l’Ouest. Une conséquence est la faiblesse de la délinquance et des relations sociales plus apaisées. L’attachement à l’ordre est à la fois l’héritage de l’environnement germanique (surtout en Tchéquie et Hongrie mais aussi, dans une moindre mesure, en Pologne) et du communisme. Dans ces pays, on n’aime pas les incivilités, les délinquants, les marginaux et ceux qui refusent de travailler (en Hongrie, par exemple, tous les chômeurs sont tenus d’effectuer des travaux d’intérêt collectif, ce qui a le triple effet positif de ne pas encourager l’oisiveté, d’avoir partout des gens effectuant des « petits boulots » utiles, bien que, en Occident considérés comme non « rentables » - accompagnement de personnes âgées, gardiens, guichetiers – et de permettre à ceux qui ont perdu un travail de se réinsérer dans le tissu social.

XXX

Ces recettes devraient être considérées comme allant de soi et, si nos dirigeants n’étaient pas englués dans leur dogmatisme et leur ignorance, devraient être copiées chez nous.

Au lieu de cela, notre presse (lorsqu’elle s’intéresse à ces pays, ce qui est assez rare) dénonce les violations de l’ « état de droit » en Pologne ou en Hongrie. Mais l’état de quel droit ? Celui des délinquants, des marginaux et des capitalistes qui exploitent le peuple ? Si vous en avez l’occasion, parlez avec n’importe quel touriste hongrois ou tchèque qui visite Paris : il est tellement effrayé par ce qu’il y voit : agressions, saleté, incivilités, impression de pagaille généralisée et de règne des malfrats, qu’il a envie de repartir et de ne jamais plus revenir. Parlez-lui alors de l’état de droit à Varsovie qui serait menacé selon l’UE, et il vous dira que notre état de droit, il n’en veut pas. Vous-même, allez dans ces pays et prenez le métro à Prague (je reviens d’Asie, je dirais la même chose pour Tokyo ou Pékin) : propre et fréquenté par des gens normaux, pas par des individus qui semblent sortis tout droit du monde de Quasimodo de Victor Hugo.

L’explication du succès de Kaczinski, de Poutine ou d’Orban est là. Ceux qui ne le comprennent pas ne comprendront jamais rien parce qu’ils vivent dans un monde totalement imaginaire qui n’a rien à voir avec la réalité, un monde où ils nomment liberté ce qui est la loi de la jungle, un monde où il croit que le « vivre ensemble » est possible avec des gens qui le refusent, un monde où le délinquant est davantage protégé que la victime.

Ce monde-là, les Polonais n’en veulent pas. Moi non plus./.

Yves Barelli, 14 octobre 2019     

                                     

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 16:56

POLOGNE : LE PARTI « DROIT ET JUSTICE » CONFIRME SON HEGEMONIE

Les élections régionales et municipales en Pologne du 21 octobre confirment, en dépit d’une participation d’à peine la moitié du corps électoral (ce qui est habituel dans ce pays) l’hégémonie du parti conservateur et identitaire sur la politique et la société polonaises. Les résultats sont conformes à ceux de la présidentielle et des législatives de 2015 et sont de bon augure pour les prochains scrutins (législatives et européennes) de 2019. Il me parait intéressant de s’interroger sur les raisons de ce phénomène, d’autant que les conclusions auxquelles j’arrive ne concernent pas que la Pologne.

1/ Avec 32,3% des voix, le PiS (Parti « Droit et Justice » – « Prawo i Sprawiedliwość» en polonais)  confirme sa première place devant la « Plateforme Civique », traduction habituelle en français de « Platforma Obywatelska », PO (il vaudrait mieux dire « plateforme citoyenne »), 24%, et le Parti « Paysan » PSL (16,6% ; ce parti centriste, associé à presque tous les pouvoirs successifs, y compris communiste, a surtout un ancrage local). Comme en 2015, la gauche est laminée avec seulement 6,6% des voix. Ces résultats sont similaires à ceux de la présidentielle et des législatives qui se sont déroulées en 2015.

 

Le PiS obtient ses meilleurs résultats dans la moitié Est du pays, dans les villes petites et moyennes et dans les zones rurales (où le PSL fait aussi de bons scores). Le PO est mieux implanté dans les plus grandes agglomérations (à Varsovie, il dépasse 50% ; il est également en tête à łódź – prononcez « woutch » -, et à Poznań, alors que Cracovie et Gdańsk ont, comme d’habitude voté massivement PiS tandis que Wrocław – prononcez « vrotsouav » - est à 50/50).

 

Le vote PiS est davantage ouvrier et employé que celui de PO, qui est le favori des cadres et des détenteurs du capital. Le PiS fait en outre ses meilleurs scores chez les plus attachés à la religion catholique mais aussi chez les nostalgiques du régime communiste, ce qui n’est pas contradictoire comme je l’expliquerai plus loin.    

 

2/ Rappelons que la Pologne est l’un des pays les plus peuplés (38M d’habitants), les plus vastes (313 000km2) et au plus fort PIB (483Mds$ en 2017 ; mais inférieur à la moyenne européenne pour le PIB/habitant) de l’UE.

 

L’histoire de la Pologne, je le rappelle aussi parce que c’est important pour comprendre le pays actuel, est ancienne (c’est l’une des plus vieilles nations européennes et elle a joué un grand rôle jusqu’au 17ème siècle) et tragique. On peut dire à cet égard que si la Pologne existe encore, c’est un miracle : menacée au moyen-âge par les Turco-Tatars musulmans (la télévision polonaise commence chaque jour ses programmes par la mélodie claironnée à chaque heure par un pompier – j’ai eu le privilège d’y assister un jour lorsque j’étais consul général de France dans cette ville - dans la plus haute des deux tours de l’église Notre-Dame de Cracovie ; cette belle mélodie s’interrompt brusquement à la fin car elle commémore le sacrifice d’un guetteur sur les remparts de la ville en 1241 qui donna l’alerte avant d’être transpercé d’une flèche), dépecée, divisée, occupée par l’Allemagne, l’Autriche et la Russie  et rayée de la carte au 18ème siècle (la nation ne survit que par sa langue, l’Eglise catholique qui s’identifie alors à la Nation, et une politique un peu plus libérale des Autrichiens qui respectent davantage les nationalités que les deux autres), ressuscitée en 1918 avant d’être envahie et occupée, à nouveau, par l’Allemagne et l’URSS, systématiquement éradiquée par les Nazis (6 millions de morts, dont la moitié de Juifs, les élites détruites – par exemple tous les professeurs de l’université de Cracovie, la plus prestigieuse, arrêtés et déportés, 20% du clergé polonais assassiné) mais aussi par Staline (qui fit massacrer à Katyn l’élite des officiers de l’armée polonaise, assassinat de masse maquillé en massacre nazi – les preuves du contraire ont été données par Moscou après 1991 -), ressuscitée à nouveau en 1945 par un régime communiste plus pragmatique que ce qu’on en a dit avec un partage de fait du pouvoir avec l’Eglise – à nous la politique et l’économie, à eux les âmes : les archevêques de Cracovie, y compris Jean-Paul II lorsqu’il s’appelait encore Wojtyła, ont toujours habité dans leur magnifique palais, que je connais bien, du centre historique de la ville, heureusement pas détruite pendant la guerre, à la différence de Varsovie – et un bilan globalement positif, faisant passer le pays du sous-développement à l’industrialisation et de la sous-scolarisation à l’éducation et la culture pour tous (les Polonais ont conservé de cette période des sentiments mitigés, à la fois positifs – on regrette certains aspects du communisme, comme partout à l’Est -, mais en même temps un profond sentiment antirusse que le passé explique aisément), sans parvenir néanmoins à le hisser au niveau, bien supérieur, de la RDA, de la Tchécoslovaquie ou de la Hongrie.

 

3/ Depuis le changement de régime au début des années 1990, la politique polonaise a suivi un parcours plutôt erratique : raz-de-marée anticommuniste d’abord (Wałesa, Solidarność, prestige considéravble du pape polonais), puis, devant les excès de la « thérapie de choc » accompagnée d’un spectaculaire chômage et d’un recul du niveau de vie, retour des communistes, désormais « socio-démocrates » avec l’élection en 1995 d’Alexander Kwiaśniewski (Wałesa, complètement démonétisé – seuls les médias étrangers croyaient encore en lui – faisant moins de 5%). Mais ce dernier, converti au « libéralisme économique » et sans doute poussé par l’UE (à laquelle la Pologne adhère en 2004, ce qui lui permettra sur dix ans de recevoir 80 milliards d’euros, ce n’est pas rien, encore qu’une bonne partie a profité aux entreprises occidentales) et les Etats-Unis, fait la même politique que la droite, parfois en pire, de sorte qu’après les déçus de Wałesa, les Polonais sont des déçus de la gauche : en 2007, ils donnent une majorité de droite européiste, plutôt laïque et « bienpensante », le rêve pour Bruxelles. Mais ayant peu à offrir aux Polonais d’autre que l’austérité bruxelloise, Donald Tusk, est à son tour battu en 2015 par le pouvoir actuel de Kaczyński (pour le remercier pour services rendus, l’UE fait du battu Tusk son « président », ce qui en dit long sur la considération des peuples par l’UE).

                                       

 4/ Pourquoi l’implantation du PiS a de bonnes chances d’être durable ?

 

La première raison est l’ancrage de ce parti dans les valeurs catholiques traditionnelles de la Pologne : les Polonais sont à plus de 90% catholiques avec une pratique parmi les plus fortes d’Europe (50%, même si c’est moins qu’avant).

 

La seconde est l’attachement à l’identité polonaise, faite de catholicisme mais pas seulement. Il ne faut jamais oublier (cf mon paragraphe 2) que la Pologne a failli disparaitre plusieurs fois dans son histoire, ce qui entraine encore aujourd’hui un profond attachement de tous les Polonais (j’ai eu l’occasion de la constater lors des quatre ans que j’ai passé dans le pays) à leur patrie, son identité et son histoire. C’est pourquoi massivement (et la mélodie de Cracovie que j’ai rappelée n’est pas anecdotique : l’attachement est viscéral) les Polonais tiennent à cette identité et à l’intégrité de leur nation. Comme les autres peuples de l’Est, ils apprécient d’être restés homogènes. Ils refusent la « diversité culturelle » style Europe Occidentale. Ils ne veulent surtout pas d’une immigration musulmane. A cet égard je peux témoigner, parce que je connais bien ces peuples, dont je parle les langues (polonais et tchèque) et que j’y conserve des amis, que les Polonais ou les Tchèques qui visitent Paris sont effarés par ce qu’ils y voient. Pour eux, nous sommes en voie d’africanisation rapide (et l’image « colorée » de l’équipe de France de foot au mondial les conforte dans cette impression).  Quant à l’islam, qu’ils ne connaissent pas, il véhicule chez eux les fantasmes les plus schématiques et les plus effrayants (la question n’est pas de savoir si cette image est justifiée mais de constater qu’elle existe à Varsovie, à Prague ou à Budapest). Pour le Polonais moyen, l’incitation sans nuance de l’UE à accepter des migrants leur renvoie automatiquement l’image des Tatars menaçant Cracovie en 1241 ; ils ne veulent pas risquer de recevoir une nouvelle flèche, actualisée en attentat terroriste. L’UE pourra prendre toutes les « sanctions » qu’elle voudra, les Polonais n’en démordront pas : pas de musulmans chez nous ! Ne pas le comprendre, c’est nier ou méconnaitre la réalité de l’Europe centrale et orientale.

 

Mais il n’y a pas que l’attachement à la religion (qui est d’ailleurs à géométrie variable chez les Polonais qui savent faire la part des choses : ils refusent la morale sexuelle de l’Eglise, de même que ses injonctions politiques – j’ai ainsi pu constater que la campagne anticommuniste primaire de l’Eglise en 1995 n’a pas empêché l’élection de l’ancien communiste athée Kwiaśniewski) et à l’identité polonaise, il y a aussi la politique économique et sociale intelligente et anticonformiste (par rapport à l’UE et au capitalisme mondialisé) : comme Orban en Hongrie, Zeman en Tchéquie ou Poutine en Russie, le gouvernement du PiS axe sa politique sur la défense des intérêts nationaux (on est plus circonspect qu’avant sur les investissements étrangers car on a compris que les capitalistes étrangers ne venaient pas sur les bords de la Vistule pour les beaux yeux bleus des belles Polonaises mais pour y faire du « fric »), sur une politique économique et financière indépendante (comme la Tchéquie et la Hongrie, la Pologne, bien qu’étant membre de l’UE, a gardé une monnaie nationale – le Złoty - ; ces gouvernements, soutenus par des sondages qui montrent à une large majorité le refus de la monnaie unique, n’en veulent pas et ne sont pas prêts d’en vouloir). Pis encore, aux yeux des technocrates de Bruxelles, la Pologne (comme la Tchéquie et la Hongrie) a le courage d’aller à contre-courant de l’orthodoxie en augmentant les petits salaires, les pensions et même en abaissant l’âge du départ à la retraite.

 

Une telle politique positive (globalement, en dépit de zones d’ombre, notamment la modernisation encore insuffisante d’une industrie souvent obsolète et les dégâts écologiques non encore corrigés – l’électricité continue à être produite à 90% par des centrales à charbon et à lignite ; et je ne parle pas ici du cléricalisme ambiant et de l’interdiction de l’avortement qui ne sont pas ma tasse de thé, pas non plus celle de nombre d’électeurs du PiS) peut être menée grâce à une croissance vigoureuse, due au rattrapage du niveau de vie, parti de très bas, et à la réalisation d’infrastructures pour lesquelles il y a encore beaucoup à faire : contrairement à la « politique de l’offre » à l’honneur à Bruxelles, Varsovie fait du « Keynes » : on augmente les salaires et les retraites pour créer le pouvoir d’achat, moteur de la consommation et donc de la croissance – les pays de la zone euro ne peuvent le faire car les contraintes budgétaires le leur interdisent -). Les incitations fiscales et les salaires relativement bas permettent en outre de recevoir des investissements étrangers choisis (mais étroitement contrôlés).    

 

XXX

 

En un mot la recette des « populismes » de l’Est est la suivante : allier la défense de l’identité nationale, des valeurs traditionnelles sur lesquelles cette identité est fondée, et une politique sociale qui rappelle les valeurs et la pratique du communisme. Pas étonnant si la gauche, qui avait cru opportun de trahir les valeurs de gauche pour plaire à Bruxelles et à Washington, est complètement laminée : les nostalgiques du communisme (en particulier les petites gens autrefois protégées sous le communisme, et sacrifiées ensuite par les « thérapies de choc ») mêlent désormais leurs voix aux « grenouilles des bénitiers » des églises pour désigner un président et une majorité parlementaire dans laquelle une majorité confortable de Polonais se reconnait. Cette combinaison me parait utile à souligner : paradoxalement, en Pologne, mais aussi en Hongrie, c’est ce qu’on qualifie de droite (et même d’extrême-droite) qui mène une politique de gauche alors que la « gauche » s’est crue obligée de mener une politique de droite, ce qui l’a conduit à sa perte.   

 

Quant aux injonctions de l’UE, voire à ses sanctions, pour non-respect de l’ « état de droit », elles n’ont aucun effet et sont même contreproductives : le pouvoir polonais veut mettre au pas les juges notoirement corrompus et les journalistes qui travaillent pour des médias appartement à des capitalistes. Et alors ? La plupart des Polonais le soutiennent. Quelques cercles intellectuels européistes de Varsovie s’en offusquent, crient très fort (ce sont toujours eux qu’on entend sur nos médias) et manifestent à l’occasion dans les rues contre la « fin des libertés » (surtout la liberté du fort d’opprimer le faible !). Ils sont minoritaires et rejetés par le peuple.

 

Ce que je viens d’écrire sur les Polonais, je pourrais écrire à peu près pareil sur les autres peuples ex communistes (dans le passage au capitalisme, ils savent ce qu’ils ont gagné – beaucoup – mais aussi ce qu’ils ont perdu – autant). Mais aussi sur quelques autres peuples plus à l’ouest, par exemple les Italiens, les Autrichiens, les Bavarois (en attendant, peut-être, les autres Allemands).

 

L’homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de valeurs et d’identité. Mais quand on lui enlève à la fois le pain, les valeurs et l’identité, seuls les imbéciles ou les dogmatiques (en général aussi imbéciles) s’étonnent que les peuples, en dépit du conditionnement médiatique, passent les uns après les autres au « populisme », mot dans lequel on reconnait « peuple ». Mais nos « élites » autoproclamées, imbues de leur suffisance, de leur arrogance et de leur aveuglement idéologique, savent-elles encore ce qu’est le peuple ?

 

Le deuxième tour des « régionales » et des « municipales » aura lieu dimanche prochain. Le détail des victoires ou défaites a évidemment un intérêt local, mais, vu de l’extérieur, secondaire. Retenons-en donc ici seulement l’aspect sondage en grandeur nature. Sauf accident, il anticipe l’année prochaine une nouvelle victoire du PiS et, comme il n’y a pas que la Pologne, les prochaines « européennes » s’annoncent d’ores et déjà intéressantes./.

 

Yves Barelli, 22 octobre 2018                                                        

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 00:04

En accordant lors des élections législatives du 25 octobre la majorité absolue au parti « Droit et Justice », les Polonais ont signifié qu’ils entendent sauvegarder leur identité et leur indépendance face à la prétention de l’Union européenne de leur imposer des « valeurs » qu’ils rejettent. Ce faisant, ils rejoignent le camp du « non » centre-européen aux quotas de migrants que veut imposer Bruxelles et celui des « eurosceptiques » en passe de devenir majoritaires dans nombre de pays y compris la France.

Selon des sondages sorties des urnes (les résultats définitifs ne seront publiés que le 27 octobre en soirée), le parti conservateur catholique Droit et Justice (PiS) a obtenu 38% des voix et 238 sièges sur 460 contre 23% à la Plateforme Civique (PO) de la Première Ministre sortante Ewa Kopacz (l’ancien chef de ce parti, Donald Tusk, autrefois assez populaire, est maintenant « président » du Conseil Européen, poste davantage rémunérateur mais sans aucune consistance). Le mouvement « antisystème » du chanteur Paweł Kukiz arrive en troisième position avec 44 députés. La gauche, divisée, ne sera pas, pour la première fois, représentée au parlement, aucune de ses formations n’ayant atteint le minimum requis de 5%. Ces estimations devraient être proches des résultats définitif.

Bien que les résultats par région ne soient pas encore disponibles, il ne semble pas, cette fois, qu’il y ait de différences notables entre les votes de la moitié orientale de la Pologne, traditionnellement plus conservatrice, et ceux de la Pologne occidentale, habituellement plus « progressiste ».

Rappelons que les élections législatives polonaises sont à la proportionnelle avec, comme indiqué plus haut, un seuil de 5%.

Comme d’habitude, la participation a été faible : à peine 52% des électeurs se sont déplacés.

Le PiS (« Prawo i Sprawiedliwość), qui a déjà gouverné le pays (2005-2007) avant d’être battu par la majorité sortante, est dirigé par Jarosław Kaczynski. Le gouvernement devrait toutefois être conduit par Beata Szydło. Comme le président de la République, Andrzej Duda, est membre du PiS, les rapports entre présidence de la république et chef du gouvernement, dont les compétences respectives sont mal définies par la Constitution, devraient en être facilités.

Le PiS sera en mesure de gouverner seul.

Dans son programme figurent une politique sociale ambitieuse (abaissement de l’âge de la retraite, augmentation des allocations familiales, médicaments gratuits pour les plus de 75 ans, etc), un renforcement de la souveraineté politique et économique (avec contrôle et taxation accrus des entreprises étrangères), une prise de distance vis-à-vis de l’Union européenne avec, notamment, un refus d’appliquer les quotas de migrants que l’UE cherche à imposer à chacun des pays membres, et la réaffirmation du caractère catholique de la Pologne (on s’attend à des restrictions supplémentaires quant à l’avortement et à des cours de catéchisme obligatoires avec épreuve au bac).

Voici mes remarques :

1/ On sait que la Pologne est un pays très catholique (même si la pratique y est moins forte qu’autrefois) et que l’Eglise y jouit d’une forte autorité. Il n’est pas inutile de rappeler que cette identité catholique est essentielle pour les Polonais, même pour des gens qui se considèrent laïques, voire athées.

Au 19ème siècle, la Pologne, partagée entre une zone allemande, une autrichienne et une russe, avait disparu en tant qu’Etat. La Nation fut conservée en grande partie grâce au rôle unificateur et protecteur de l’Eglise. Pendant la seconde guerre mondiale, on sait peu à l’étranger où, généralement, on s’en tient à la Shoa, que le peuple polonais, comme les autres peuples slaves, fut l’objet d’une tentative de génocide de la part de l’Allemagne nazie qui cibla délibérément l’élite polonaise afin de décimer sa culture. A titre d’exemple, plus de cent professeurs de l’université Jagellone de Cracovie, la plus prestigieuse de Pologne, furent arrêtés en 1939 alors qu’ils étaient en réunion et la plupart d’entre eux furent ensuite déportés en massacrés. Autre chiffre à méditer : le quart du clergé polonais fut également massacré.

Par la suite, ou même en même temps, en 1939, la Pologne fut à peine mieux traitée par l’Union soviétique de Staline avec, notamment, l’élite de son armée assassinée à Katyn (crime de masse que l’on attribua aux Allemands, mais plus tard, la vérité fut élucidée).

Si je rappelle ces faits, c’est parce qu’ils sont essentiels à la compréhension de ce qu’est la Pologne aujourd’hui. Les Polonais savent d’où ils viennent, ce à quoi ils ont échappé. Ils ont collectivement des valeurs. Elles sont chrétiennes. Les Polonais y tiennent, ce qui n’empêche pas nombre d’entre eux de critiquer l’emprise sans doute excessive de la hiérarchie catholique sur le pays.

[Tout ce que j’écris ici ne résulte pas seulement d’une connaissance « livresque » du pays, mais de mon expérience personnelle : j’ai vécu 4 ans en Pologne, entre 1995 et 1999, j’y ai appris le polonais et, depuis mon départ, j’ai évidemment gardé le contact avec le pays. Aussi, quand je parle de la Pologne, je peux dire que, à bien des égards, je « sens » la Pologne comme un Polonais, c’est-à-dire avec le cœur et l’épiderme. C’est sans doute pourquoi je suis outré par les accusations de soit disant « égoïsme » proférées depuis l’été dernier par toute la « bienpensance » occidentale à l’encontre des Polonais, des Hongrois, des Tchèques ou des Slovaques parce qu’ils refusent de recevoir chez eux des migrants musulmans – quand ils ne sont pas carrément islamistes -. Si défendre l’identité d’une nation qui a failli être éradiquée à plusieurs reprises dans l’histoire, c’est être « égoïste », alors oui, je le suis moi aussi.]

2/ La Pologne a joué un rôle fondamental dans la chute du communisme d’inspiration soviétique et dans l’éclatement du bloc de l’Est. Le pape Wojtiła et l’électricien des chantiers de Gdansk Wałesa sont bien connus à cet égard.

Mais, en Pologne comme ailleurs en Europe centrale et orientale, la transition du communisme au capitalisme s’est faite dans les pires conditions. Nous étions alors en pleine euphorie et folie du capitalisme thatchéro-reaganien triomphant dont le dogmatisme absurde s’est traduit par le démontage méthodique de tout ce qui avait été construit par le régime communiste (s’agissant de la Pologne, le bilan était loin d’être entièrement négatif lorsque l’on sait le bas niveau économique ou d’éducation de la Pologne rurale et archaïque d’avant la seconde guerre mondiale) et par un recul social généralisé.

L’ « œuvre » de la restauration capitaliste a été à ce point négative que les Polonais ont rappelé au pouvoir en 1996 (j’habitais alors à Cracovie) les anciens communistes en élisant le président Kwiasnewski (alors que Walesa, président sortant, n’obtenait qu’un piteux 4%).

Malheureusement, les anciens communistes, fraichement convertis aux « bienfaits » du capitalisme, se sont crus obligés d’appliquer les privatisations et les politiques « libérales » antisociales du FMI et de l’UE avec encore plus de zèle que la droite.

Résultat : renvoyés eux aussi aux oubliettes de l’histoire. Remplacés par la droite pure et dure, elle-même battue par une droite plus « civilisée », style Juppé ou Chirac, plus cosmopolite aussi avec ouverture du pays au capital et à l’idéologie en vogue à Bruxelles.

C’est cette droite « civilisée » que les Polonais viennent de renvoyer à son tour.

En moins de trente ans, les Polonais auront tout vécu et tout essayé : communisme (lui-même plutôt pragmatique : l’Eglise ne dirigeait pas le pays mais on lui laissait gouverner les âmes), cléricalisme de Wałesa, néo-communistes, conservateurs des frères Kaczynski (catalogués chez nous comme « populistes », ce qui en dit long sur l’idéologie dominante de l’UE où le mot « peuple » semble péjoratif), « libéraux » à la sauce bruxelloise. Retour aujourd’hui des « populistes ». Les pauvres Polonais ne s’y retrouvent plus. Pas étonnant que la moitié d’entre eux ne votent même plus.

3/ Ce nouveau pouvoir « populiste » a pour modèle celui de Viktor Orban, l’ « homme fort » de Hongrie. Son programme se résume ainsi : maîtrise de l’Etat sur l’économie, réappropriation du pays bradé au capital étranger en même temps qu’était introduit le capitalisme, politique sociale généreuse et affirmation du caractère chrétien du pays.

Economiquement, c’est une politique nettement à gauche. Ce que les néo-communistes et les socio-démocrates n’ont pas su et voulu faire, trahissant ainsi leurs promesses électorales, les « populistes » l’ont fait en Hongrie et s’apprêtent à le faire en Pologne. A Budapest, les électeurs les ont à nouveau plébiscités lors des dernières élections.

Si le nouveau pouvoir polonais ne renouvelle pas les erreurs des frères Kaczynski il y a quelques années, il se pourrait qu’il reste assez longtemps aux affaires.

Pourquoi ? Parce que les gens, en Pologne comme ailleurs, attendent sécurité (sociale et sécurité tout court) et identité : la concurrence comme finalité, l’ouverture des frontières et du capital comme idéal, le cosmopolitisme avec les mêmes Mc Do et les mêmes pubs partout, « religion » du capitalisme, des capitalistes et de leurs serviteurs au pouvoir à Bruxelles ne sont pas la religion des peuples. Ils ont d’autres valeurs, d’autres aspirations.

Personnellement, je ne me réjouis pas de la victoire des cléricaux que l’on peut légitimement soupçonner de vouloir remplacer un totalitarisme par un autre. Je regrette que ce ne soit pas la gauche qui mette en œuvre une politique de gauche. Mais existe-t-il encore une « gauche » en Europe ? Partout, elle a trahi les peuples. Alors, si on peut trouver chez les « populistes » quelques valeurs de gauche que la gauche a perdu et si, de surcroit, ces populistes veulent replacer la nation et les valeurs qu’elle porte depuis mille ans au centre du jeu, alors, oui, vive le populisme, en Pologne, en France et partout.

Ces valeurs, ce sont la liberté, la solidarité, l’humanisme, l’égalité entre l’homme et la femme, la tolérance, la culture. Elles sont à l’opposé non seulement du capitalisme et de son fric-roi, mais aussi de ce qu’est devenu aujourd’hui l’islam, religion et système de « valeurs » (ou de contre-valeurs) qui menacent de son totalitarisme le monde (à commencer d’ailleurs par les pays de tradition musulmane).

Il y a encore peu de musulmans en Pologne, mais les Polonais qui voyagent voient le tableau de ce que sont devenues les cités de France, de Belgique et même de l’Allemagne. Ils ne veulent pas de Clichy-sous-Bois chez eux et ils ont raison. Le refus de l’immigration musulmane a joué un rôle important dans la campagne électorale polonaise et explique en grande partie la victoire du PiS.

Et dans ces sentiments populaires resurgissent sans doute un peu aussi le souvenir d’un lointain passé avec la Pologne médiévale menacée par les hordes tartaro-mongoles rappelées à chaque heure par la mélodie claironnée depuis le clocher de la cathédrale de Cracovie, mélodie considérée comme le porte-voix de l’âme polonaise.

Face à ce que l’on doit désigner comme un islam conquérant qui prétend imposer au monde ses soit disant valeurs, les Polonais, comme les Hongrois, les Tchèques et les Slovaques ont raison de refuser l’accueil chez eux de populations qui ne font pas mystère de leur refus de s’assimiler aux valeurs occidentales.

4/ Après la victoire du PiS, on peut s’attendre à ce que la Pologne devienne un partenaire difficile pour l’Union européenne. On avait déjà le « mouton noir » hongrois. Voici maintenant le polonais. Et la Pologne, c’est une Hongrie multipliée par quatre. Avec un PIB de 500 milliards de dollars, ce n’est pas encore un géant, mais déjà un assez gros calibre qui, à l’occasion, sait montrer les dents. Et comme les Tchèques, les Slovaques, mais aussi, sans doute bientôt, les Roumains, les Bulgares et les Croates veulent aussi conserver leurs identités, les réunions de Bruxelles vont devenir pittoresques.

Personnellement, je m’en réjouis. Les lecteurs de ce blog savent ce que je pense de l’UE, de Schengen et de l’euro. Schengen est déjà plus que menacé. C’est devenu un non sens, un mort en puissance qui ne subsiste encore que par le dogmatisme et l’acharnement thérapeutique de ses défenseurs. Idem pour l’euro, monnaie unique. La Pologne avait manifesté son intention d’adopter l’euro. Grâce à son nouveau gouvernement, elle gardera le złoty. Tant mieux pour les Polonais.

5/ Les « populistes » polonais seraient bien avisés d’être prudents en politique étrangère. Ils sont violement antirusses, ce qui les différencie de leurs homologues hongrois. On peut le comprendre pour des raisons historiques. Mais s’ils sont à la fois en conflit avec l’Union européenne, donc avec l’Allemagne, et avec la Russie, ils risquent de reproduire les erreurs du passé. La Pologne a intérêt à avoir de bonnes relations avec ses deux grands voisins qui, comme par le passé, risquent un jour de s’entendre sur son dos. Les affinités idéologiques et ethniques avec les Etats-Unis très chrétiens et au peuplement d’origine polonaise notable ne sauraient remplacer une politique de bon voisinage.

XXX

Reprenant un mot devenu célèbre prononcé par je ne sais plus qui au 19ème siècle lors de la visite du tsar de Russie à Paris, laissez-moi terminer par un « Vive la Pologne, Monsieur ! ».

Yves Barelli, 26 octobre 2015

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