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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 14:11

La victoire de Trump est une gigantesque gifle pour le « système », la bienpensance, la pensée unique, les médias, les sondages bidon et toutes les soit disant élites autoproclamées. Elle est le signe que les peuples sont écœurés par le mépris et l’aveuglement de leurs dirigeants qui, par affairisme à court-terme, sacrifient les intérêts nationaux et le sort de millions de gens sur l’autel d’une mondialisation inhumaine qui ne peut mener qu’à la catastrophe les peuples, les nations et la planète. Cette victoire d’une majorité d’Américains jusque-là humiliés et sans voix pourrait annoncer des bouleversements comparables en Europe.

1/ Le système politique américain est tel qu’il est toujours difficile, voire impossible, de savoir quel a été exactement le taux de participation (semble-t-il plus élevé que d’habitude) et le pourcentage des votants qui se sont prononcés pour Trump ou pour Clinton. Seuls compte le nombre des « grands électeurs » acquis dans chaque Etat. On a même pu avoir dans le passé un président élu avec moins de voix que son adversaire mais l’ayant emporté dans quelques Etats tangents.

Ce système électoral n’est certainement pas le plus juste (il faut beaucoup d’argent aux Etats-Unis pour mener une campagne électorale), mais les règles du jeu sont anciennes, immuables et reconnues par tous. On ne peut donc crier à la manipulation.   

Peu importe le résultat final. La victoire de Trump a été suffisamment nette pour que, ce matin (heure d’Europe), le suspense n’ait pas tenu longtemps. Hillary Clinton a reconnu sa défaite et, pour le système américain, cela est suffisant sans même que l’on ait un résultat final (qui, peut-être, ne viendra jamais).

2/ Les sondages au cours de la campagne (mais on en voit aujourd’hui les limites) indiquaient que Clinton avait le soutien d’une majorité de femmes, de Noirs et d’Hispaniques tandis que Trump avait l’avantage dans les classes moyennes ou populaires blanches.

Il semble que la forte mobilisation de ces classes ait fait la différence.

Quant au soit disant déterminisme sexiste, racial ou autre qui fait qu’on vote pour une femme (même une crapule) quand on est une femme, pour un Noir (même incompétent) quand on est Noir, et pourquoi pas pour un petit quand on est petit, un grand quand on est grand, etc, heureusement que cela ne joue pas pour tout le monde. L’intelligence humaine existe tout de même encore face à la bêtise et à la mise en condition.      

3/ Pourquoi une telle mobilisation ? Pourquoi ce paradoxe du vote des laissés pour compte de la société américaine en faveur d’un milliardaire sans expérience du pouvoir et au passé personnel sulfureux ?

Sans doute la personnalité de son adversaire a-t-elle joué en la défaveur de celle-ci. Clinton est le pur produit du système capitaliste américain, elle en était la représentante et les électeurs ont bien compris qu’une fois au pouvoir elle ne pouvait qu’être au service des lobbies qui ont financé sa campagne. L’accusation de « corrompue » et de crapule a fait mouche.

Mais cela ne me parait pas essentiel. Trump, lui-même, n’est pas une oie blanche. Pas seulement dans sa vie personnelle (que ses adversaires ont mis en avant dans une Amérique qui reste encore assez pudibonde, mais sans doute moins que ce qu’on pensait), mais aussi dans sa fonction d’entrepreneur : faire fortune dans la spéculation immobilière et dans les casinos n’est sans doute pas un modèle de moralité.

Ces traits négatifs si bien partagés entre les deux candidats expliquent que 80% des Américains se sont déclarés « dégoutés » par la campagne Finalement, les électeurs de chacun des deux candidats ont surtout voté contre l’autre et, au-delà des candidats, ils se sont surtout prononcés pour une certaine idée de l’Amérique.

Deux éléments me paraissent décisifs dans le choix de Trump pour la Maison Blanche :

a/ Le ras-le-bol d’un système où les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Le « rêve » américain n’opère plus. Ce « rêve », qui consiste à croire que chacun a ses chances à partir du moment où « il en veut » et il travaille, qu’il peut espérer réussir et être récompensé de ses efforts, n’était certes qu’un rêve qui n’a jamais correspondu à la réalité. Les médias mettent en exergue les cas de gens partis de rien qui ont fait fortune, mais ils sont peu nombreux. Pour réussir aux Etats-Unis, il faut avoir fait les bonnes écoles privées et les meilleures universités. Elles coûtent cher et elles sont réservées aux « fils de ». Et même avec un bon diplôme, sans capital de départ, peu d’espoir de réussite. Pas même l’espoir de se faire élire député d’un comté perdu des Rocheuses. Mais même le rêve irréel a disparu.  

Depuis la crise de 2008, le 1% des Américains qui possédait déjà la moitié du patrimoine national s’est encore enrichi alors que la paupérisation avance à grands pas, pas seulement chez ceux qui étaient déjà pauvres, mais aussi dans les classes moyennes, celles où la valeur travail était sacrée, celle qui croyait encore il y a peu au « rêve » américain. Des millions d’Américains, qui cotisaient pour leurs vieux jours dans des fonds de pension placés en bourse, ont tout perdu du jour au lendemain. D’autres, ou les mêmes, ne pouvant plus payer les crédits pour leur logement en ont été chassé sans ménagement. Ils se sont alors souvent installés loin des grandes villes dans des caravanes et parfois même dans leur voiture, à la recherche de petits boulots problématiques. Au plus profond de la crise, j’ai parcouru 10 000 kilomètres en voiture aux Etats-Unis. C’était impressionnant de voir cette misère. Cela va un peu mieux aujourd’hui, mais à peine.

Ces Américains oubliés du « rêve » et de la soit disant prospérité, en d’autres circonstances n’auraient pas voté car sans aucun espoir de changement : habituellement, Républicains ou Démocrates ne sont que deux faces d’un même système injuste.

Cette fois, ils ont voté Sanders à la primaire démocrate et Trump, d’abord à la primaire républicaine, puis à la présidentielle.

b/ Le second élément à prendre en compte est le sentiment de dépossession ressenti par nombre d’Américains face à une déferlante migratoire dont ils ont la conviction qu’elle va  les submerger en emporter avec elle les valeurs qui ont fait l’Amérique.

Les Blancs américains sont encore les deux-tiers. Les projections à vingt ans sont, si rien ne change, qu’ils seront minoritaires.

Les Noirs sont 15%. Il est vrai que nombre d’entre eux n’ont pas le même mode de vie et sans doute les mêmes valeurs que les Blancs. Les accusations de racisme à l’encontre des Américains blancs et de la police sont un peu trop rapides pour rendre compte de la situation (on pourrait aussi parler du racisme anti-blanc qui est celui de certains Noirs). Il est vrai que la délinquance et les incivilités sont plus nombreuses chez les Noirs que chez les Blancs. Mais il s’agit en fait davantage d’un problème social que racial. Nés dans les « mauvais » quartiers, les Noirs sont condamnés aux mauvaises écoles et peu accèdent à l’université ; avec des parents pauvres, ils n’ont pas les bonnes relations pour trouver les bons « jobs » et ne peuvent payer les bons avocats pour se défendre (pas seulement au pénal : en Amérique, sans être délinquant, tout est tellement judiciarisé que le recours à l’avocat est habituel) : en Amérique, l’argent crée l’argent et ceux qui n’en ont pas au départ ont peu de chance d’en gagner. Les Noirs, majoritairement, sont pauvres au départ et ont donc peu de chance d’en sortir.

Mais les Noirs sont majoritairement attachés au système américain. Ils souhaiteraient eux aussi en profiter. Une classe moyenne noire existe, très minoritaire, mais intégrée. Obama en a été le produit. Ce n’était pas un révolutionnaire. Il y a sans doute pas mal de Noirs qui ont voté Trump car ils ont les mêmes valeurs, les mêmes aspirations que la majorité blanche. Ils ont aussi la même légitimité. Leurs ancêtres n’ont pas choisi de venir en Amérique et, aujourd’hui, une large majorité de Blancs leur reconnait le droit et la qualité d’être aussi Américains qu’eux.

Le cas des Hispaniques est différent. Ils sont aujourd’hui aussi nombreux que les Noirs et leur progression démographique est spectaculaire. En stigmatisant les Mexicains, Trump a vu juste car il rejoint le sentiment de nombreux Américains, sans doute une majorité, qui constatent que, alors que des générations d’immigrants, y compris leurs propres ancêtres, sont arrivés aussi démunis que les Mexicains, mais ont fait l’effort d’apprendre l’anglais pour s’intégrer et, au bout d’une génération, sont devenus les meilleurs Américains, trop d’Hispaniques, aujourd’hui ne cherchent plus à s’assimiler. Ils ont leurs chaînes de télévision, peuvent faire toutes leurs formalités en espagnol, y compris le vote, et, finalement, transformer des quartiers et des villes entières en petits morceaux de Porto Rico, de Salvador ou de Mexique.

Comment accepter en effet que des millions d’immigrants clandestins aient été régularisés et aient obtenu la nationalité américaine sans parler un mot d’anglais, et surtout, cette nationalité obtenue, aient fait campagne contre Trump parce qu’il défend une Amérique américaine ?

Je connais bien les Latino-américains. Je respecte leur art de vivre, leurs valeurs et j’adore parler espagnol avec eux. Mais en Amérique latine, pas aux Etats-Unis. J’estime (et je rejoins là le sentiment de beaucoup de gens, pas seulement en Amérique) que lorsqu’on vient d’un pays pauvre et qu’on a la chance d’arriver dans un pays qui offre de meilleures chances, le moindre de la décence consiste è respecter le pays d’accueil, à le faire sien et à ambitionner pour ses enfants qu’ils s’assimilent totalement (ce qui n’exclue pas qu’on garde le contact avec la culture de ses parents). La prétention à transposer son pays et ses valeurs d’origine dans le pays d’accueil est indécente. En Amérique comme en Europe. Cela s’appelle de la colonisation. Ce comportement est à courte vue car, exagéré, il suscite, de la part des autochtones, une réaction de rejet.

D’ailleurs, de nombreux Hispaniques l’ont compris. Il ne faut pas tomber dans le panneau des simplifications médiatiques qui présentaient les Hispaniques comme tous anti-Trump et défenseurs de l’immigration clandestine. Beaucoup d’Américains d’origine hispanique se sentent profondément américains (plusieurs candidats à la primaire étaient d’origine hispanique ; ils n’ont jamais mis en avant cette origine et c’est bien en anglais parfait qu’ils s’exprimaient). Le tiers d’entre eux aurait voté Trump. C’est loin d’être négligeable et cela est la preuve que l’assimilation est possible, pour peu que la mode ne soit plus au « multiculturalisme » cher aux élites, mais pas aux peuples.       

La défense de l’identité américaine est sans doute le facteur déterminant de la victoire de Trump. Cette défense a deux aspects complémentaires : le rejet d’une immigration qui refuse de s’assimiler et le rejet de la mondialisation. Celle-ci n’est que dans l’intérêt des capitalistes, pas des peuples car elle tire les salaires et les conditions de travail vers le bas et qu’elle supprime des emplois (j’ai expliqué cela dans des articles précédents sur ce blog, reportez-vous y).

c/ Un autre sentiment, celui de l’insécurité, a joué en faveur de Trump, mais moins que ce qu’on pouvait penser au départ. Les attentats terroristes ont certes marqué les esprits et la compromission de Clinton avec les monarchies islamistes a joué contre elle, mais à la marge seulement. D’ailleurs, Trump en a peu parlé dans sa campagne, preuve que ce n’était pas l’essentiel pour ses électeurs. Quant à la délinquance en général, elle est déjà très réprimée aux Etats-Unis et il est difficile de faire plus et mieux (la situation, de ce point de vue, est très différente de celle de la France).   

Tous ces sentiments de déclassement, d’humiliation et de menace pour les Etats-Unis et leurs citoyens, Donald Trump les a parfaitement traduits dans son slogan de campagne « make America great again » (faire une Amérique grande à nouveau). Il rejoint une aspiration majoritaire.    

4/ Que va-t-il se passer maintenant aux Etats-Unis, et donc, compte tenu de la place hégémonique de ce pays dans le monde, ailleurs ?

Trump a comparé sa victoire à un « Brexit plus plus plus ». On va sans doute avoir les mêmes réactions irrationnelles des « marchés ». Aujourd’hui, toutes les bourses reculent. Si j’avais le goût de la spéculation et quelques millions disponibles, j’achèterais à tour de bras, certain de m’enrichir dans les six mois qui viennent. L’Angleterre, en sortant de l’Union européenne, ne s’est pas effondrée. L’Amérique de Trump ne s’effondrera pas non plus.

En revanche, il y a beaucoup d’incertitudes. Le programme économique de Trump était flou et, pour tout dire, simpliste. Mais il ne sera pas seul. C’est toujours une équipe qui dirige plutôt qu’un homme. Il n’y a aucune raison de penser que seules de mauvaises décisions seront prises.

On devrait s’attendre à deux inflexions de la politique américaine : davantage de protectionnisme et moins d’agressivité vis-à-vis de la Russie. Je m’en félicite.

Pour le reste, on verra. Le meilleur comme le pire sont possibles.

5/ Quelles que soient les suites à la victoire de Trump, j’y vois une lueur d’espoir (qui sera peut-être déçu, mais, au moins il y aura eu un espoir préférable au désespoir de Clinton).

Les peuples en ont assez d’être exploités par une poignée de capitalistes sans foi ni loi ni frontières et humiliés par une certaine racaille qui joue de l’ « état de droit » pour nier nos propres droits et qui nous nargue en toute impunité.

Il se pourrait que le changement aux Etats-Unis soit l’aube d’une ère nouvelle en Europe. Ici aussi, les classes moyennes et populaires sont paupérisées. Ici aussi une immigration non contrôlée et qui refuse l’assimilation met en danger nos valeurs et nos libertés.

Prenons-nous en main. Cela ne tient qu’à nous.

Nous aussi pouvons par notre prochain vote créer la surprise.

Rien n’est jamais sûr.

La fatalité pas plus que le reste.

Yves Barelli, 9 novembre 2016                                             

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 16:09

Le processus des « primaires » pour l’élection présidentielle de novembre prochain, qui va se poursuivre sur plusieurs mois, vient de commencer aux Etats-Unis. Les jeux sont apparemment ouverts, mais il est probable que les candidats « antisystème » aient peu de chances de s’imposer au final.

1/ Les deux grands partis politiques américains, le Parti Démocrate et le Parti Républicain, ont peu de consistance en dehors des périodes électorales. Ils n’ont, en pratique, ni leaders ni programme, mais beaucoup d’élus. Ils servent essentiellement à organiser les compétitions électorales internes et, une fois le tri effectué, à promouvoir, chacun, un candidat pour chacun des scrutins, le présidentiel étant le principal mais ceux pour le Congrès et pour les Etats ayant aussi une grande importance. Au sein du Congrès, les partis sont représentés par les groupes parlementaires mais la discipline de parti est concurrencée par l’importance des « lobbies », ces groupes de pression qui influencent les électeurs et financent souvent les campagnes électorales.

Vu de l’extérieur, on considère généralement que les Démocrates représentent une sensibilité de « gauche » et les Républicains de « droite ». Cela est très schématique et pas toujours vérifié tant les prises de position des uns et des autres peuvent considérablement varier. S’agissant de la politique étrangère, les présidents républicains sont généralement considérés comme « interventionnistes » et les démocrates au contraire moins interventionnistes mais cette « règle » n’est pas toujours vérifiée.

2/ Le système des « primaires » pour la présidentielle consiste à organiser des votes locaux (dans chaque Etat) destinés à compter, pour chaque parti, les scores des candidats qui se présentent. Chacun des 50 Etats a son propre système qui peut prendre la forme de votes « ouverts » ou plus fermés (réservés aux sympathisants déclarés), de scrutins à bulletins secrets ou de « caucus » (votes à main levée). Chaque Etat désigne des délégués en proportion de sa population ; ils seront chargés de désigner, pour chaque parti, le candidat à la présidentielle. Selon les règles locales, les délégués sont en proportion des votes recueillis par chaque candidat à la primaire ou, au contraire, forment un « paquet » au bénéfice de celui qui est arrivé en tête.

3/ Le calendrier des primaires va de janvier jusqu’en été. Les conventions des deux partis ont lieu ensuite. L’élection présidentielle a lieu en novembre tous les quatre ans. Pour se présenter à la présidentielle, un candidat doit avoir plus de 35 ans, être américain de naissance et ne pas avoir habité à l’étranger au cours des 14 années précédant l’élection. Un président élu ne peut se représenter qu’une fois.

Il n’est pas indispensable d’être membre de l’un des deux grands partis pour être candidat à l’élection présidentielle mais, en pratique, les candidats indépendants n’ont aucune chance d’être élus. Il faut en effet payer pour apparaitre à la télévision ou dans les journaux. Il faut donc beaucoup d’argent. Quelques milliardaires comme Donald Trump s’y hasardent parfois mais aucun n’a jamais réussi à obtenir un résultat significatif.

L’argent est le nerf de la guerre électorale aux Etats-Unis. Avoir une fortune personnelle n’est pas indispensable mais cela aide. Pour se faire connaitre, il faut mener de véritables campagnes publicitaires. Ce n’est qu’une fois connu que les contributions privées arrivent. Elles prennent la forme de contributions venant de « généreux donateurs », le plus souvent des « lobbies » qui espèrent être payés de retour une fois le « poulain » élu (les mieux organisés financent les candidats opposés), mais aussi de levées de fonds auprès du public.

Le soutien des « lobbies » économiques est donc important. Les plus connus sont l’industrie pétrolière ou les marchands d’armes.

Aussi importants sont les « lobbies » ethniques ou religieux. Le « lobby » juif est le plus connu car le plus riche et le plus influent. Etre évangéliste, catholique, noir ou hispanique peut aussi aider à avoir des noyaux durs de soutiens et, ponctuellement, peut être décisif pour emporter une élection locale, mais aussi nationale.

Il faut enfin tenir compte de l’ « establishment », ce qu’on appellerait en France le « politiquement correct », c’est-à-dire être un centrisme de bon aloi : être engagé mais pas sectaire, défendre les valeurs traditionnelles tout en ayant un esprit d’ouverture, ne pas négliger les minorités mais ne pas en être prisonnier. Etre membre de l’ « establishment », c’est évidemment défendre le système économique et social américain, la place des Etats-Unis dans le monde, celle des religions dans le pays, avoir une vie de couple et familiale irréprochable et ne pas apparaitre « raciste » et encore moins « antisémite ».

Il est arrivé, dans des circonstances particulières, qu’un candidat hors establishment l’emporte, tirant un peu le système vers sa droite ou sa gauche. Mais, quasiment toujours, les « outsiders » rentrent dans le rang. Sans quoi, leur survie est très aléatoire.

3/ Deux primaires ont été organisées à ce jour : celles de l’Iowa et du New Hampshire, deux Etats peu peuplés, le premier dans le Middle West et le second en Nouvelle Angleterre (Nord-est).

Ces scrutins ne sont pas déterminants mais servent à donner les premières tendances, souvent corrigées ensuite.

Dans le camp démocrate, Hilary Clinton l’a emporté de peu en Iowa et a été nettement distancée par Bernie Sanders en New Hampshire.

Ce sont les seuls candidats démocrates.

Hilary Clinton, 68 ans, épouse du président Bill Clinton, sénatrice de New York, ancienne secrétaire d’Etat (ministre des affaires étrangères) d’Obama et ancienne candidate malheureuse aux primaires de 2008 (qui avaient désigné Obama), était la favorite depuis plusieurs mois avant que n’émerge la candidature surprise de Bernie Sanders, gouverneur du Vermont (à côté du New Hampshire).

Clinton est la candidate du « système », de l’ « establishment ». Elle a le soutien d’une partie des milieux d’affaires et d’une partie du lobby juif. Elle est soutenue aussi par le porte-parole avéré du système, le quotidien New York Times.

Sanders était peu connu. Il se déclare « socialiste », ce qui est une incongruité quasi subversive aux Etats-Unis. Bien qu’âgé de 74 ans, il a le soutien d’une grande partie de la jeunesse.

Chez les Républicains, le jeu est plus ouvert. Une quinzaine de candidats se sont déclarés. Une poignée reste en course.

Le « système » n’a pas encore de candidat adoubé. On attend de voir ce que donneront les premières primaires. Trois se détachent : John Kasich, Jeb Bush et Marco Rubio.

Jeb Bush est le frère du président George Bush junior, qui a « régné » avant Obama. Gouverneur de Floride, on le disait favori mais son début de campagne n’a pas été bon. Il a obtenu un score dérisoire en Iowa et a fait légèrement mieux dans le New Hampshire où il est arrivé en troisième position loin derrière Trump.

Marco Rubio, d’origine cubaine, est sénateur de Floride et laboure donc le même électorat conservateur et hispanique que Bush. Les deux pourraient se neutraliser.

Le troisième homme, John Kasich, est peu connu du grand public américain et est quasi inconnu en France.

Il me parait pourtant le candidat le plus sérieux pour la présidentielle car il est le prototype du centriste sans aspérité mais expérimenté susceptible de « ratisser » très large.

Il a en effet un bon profil. Elu à la Chambre des Représentants sans discontinuer de 1983 à 2001, avec des majorités confortables de plus en plus larges. Il y a acquis une solide expérience, en étant membre de la commission de la défense pendant 18 ans et président de celle du budget pendant 6 ans : pour un candidat à la présidentielle, cela est excellent. Gouverneur républicain d’un Etat peuplé du Nord traditionnellement démocrate, c’est bon aussi (sauf peut-être dans le Sud et l’Ouest ; mais ses adversaires démocrates ne sont ni du Sud ni de l’Ouest).

Après une première tentative malheureuse aux primaires de 2000, il quitte la politique active pour le « business », notamment au sein de la banque Lehman Brothers (ce dont il ne se vente pas car cette banque, en grande partie responsable de la crise des « subprimes », est tombée en faillite en 2008), tout en étant chroniqueur, de 2001 à 2009, pour la chaine de télévision conservatrice Fox News.

Il revient en politique en 2010 en emportant le poste de gouverneur de l’Ohio (Etat très peuplé et industriel du Middle West) sur le démocrate sortant (l’Ohio vote traditionnellement démocrate) et en se faisant réélire avec les deux-tiers des voix en 2014.

Du côté de son père, Kasich a des origines tchèques et, du côté de sa mère, croates. Ces origines slaves l’ont aidé pour se faire élire dans l’Ohio où le peuplement d’origine slave est important.

Par sa mère, Kasich est catholique, mais il est devenu anglican ensuite. Il se dit aujourd’hui simplement chrétien, ce qui est indispensable aux Etats-Unis, mais sans sectarisme. Il n’a pas le soutien des milieux intégristes car il est divorcé, ce qui peut le rendre sympathique pour une autre frange de l’électorat.

Son engagement est, je l’ai écrit plus haut, sans aspérité. C’est un conservateur bon teint mais qui se targue d’être ouvert. Il s’est ainsi prononcé pour une limitation des ventes d’armes et, sans soutenir la réforme d’Obama, pour une extension du « medicare » (système de soins à financement collectif). Même position centriste sur l’éducation, sur la drogue, sur le mariage « gay » (contre en principe, mais accepte la décision de la Cour Suprême de l’autoriser). Il est en revanche moins ouvert sur l’avortement.

Même son âge est « centriste » : 63 ans, ni trop vieux ni trop jeune.

En politique étrangère, Kasich est un républicain « politiquement correct » : il a soutenu les interventions américaines en Afghanistan et en Irak (tout en estimant après coup que celle de 2003 en Irak avait été une erreur). Comme tout politicien américain qui n’a pas le goût du suicide, il soutient Israël. Il est en conséquence hostile à l’accord nucléaire avec l’Iran (mais changera sans doute d’avis si des contrats juteux sont conclus avec Téhéran).

Kasich est prudent. Il évite de trop parler sur les sujets délicats : pour une frontière avec le Mexique strictement contrôlée mais pour régulariser les immigrants qui payent des impôts, aucune déclaration connue sur l’islamisme et l’immigration musulmane.

Kasich a donc tout pour plaire à l’ « establishment ». Son seul problème est son manque de relief. Il aura du mal à enthousiasmer les foules.

Pourra-t-il venir à bout du milliardaire Donald Trump qui caracole dans les sondages et qui est sorti brillant premier de la primaire dans le New Hampshire?

Trump est en effet la surprise de ce début de processus de primaire. Il n’a jamais été élu à aucun mandat politique, tant national que local, ce qui, normalement devrait lui barrer la route de la Maison Blanche. Mais, c’est un milliardaire, magnat de l’immobilier, promoteur de quelques-uns des gratte-ciel les plus connus de New York, mais aussi des casinos à Atlantic City. Né et ayant toujours vécu à New York, dans le Queens, il a de lointaines ascendances allemandes. Son père était déjà chef d’entreprise. Lui-même est connu non seulement pour ses qualités d’entrepreneur, ce qui est un plus aux Etats-Unis, mais aussi comme animateur d’émissions de téléréalité, ce qui a contribué à le faire connaitre dans les milieux populaires.

Trump concourt pour la primaire républicaine mais il est un électron libre qui ne doit rien au parti dont il n’a pas besoin pour financer sa campagne. Agé de 69 ans, il est arrivé second au caucus de l’Iowa, coiffé par un autre conservateur hors establishment, Ted Cruz, un hyper religieux texan d’origine hispanique mais parfaitement assimilé.

Trump a en revanche gagné haut la main la primaire du New Hampshire avec 35% des voix, largement devant Kasich, Bush et Cruz (qui semble maintenant « largué »).

Trump est rapidement devenu numéro un des républicains dans les sondages. Il a dominé la plupart des débats télévisés contradictoires grâce à sa verve et à son sens de la formule. Il a adopté un langage très direct qui rompt avec le politiquement correct. Il s’est notamment prononcé pour la plus grande fermeté vis-à-vis de l’immigration mexicaine et a carrément proposé d’interdire l’immigration musulmane. Cela plait à ceux qui estiment que les immigrants clandestins volent les « jobs » des Américains et à ceux qui veulent une attitude plus ferme vis-à-vis du terrorisme islamiste.

4/ Logiquement, Bernie Sanders et Donald Trump ne devraient avoir aucune chance de l’emporter à la présidentielle et, avant le scrutin de novembre, même d’être désigné comme candidats officiels des deux grands partis.

Les succès inattendus de ces deux personnalités ne sont pas inintéressants. Ils sont le signe d’un profond malaise dans l’électorat américain.

Le malaise touche en particulier les classes moyennes et les plus jeunes. Depuis trente ans, les salaires réels ont reculé alors que jamais les inégalités n’ont été aussi criantes et les rémunérations du capital ou des hauts dirigeants n’ont été aussi scandaleusement élevés.

Traditionnellement, les Américains sont optimistes car ils croient que la réussite s’acquiert au mérite et au travail. Ils constatent que ce n’est plus vraiment le cas. Désormais, la fortune est héréditaire car la fiscalité de l’héritage a été considérablement abaissée. Face aux quelques « self made men » de la Silicon Valley, ils constatent que la plupart des nantis sont des « fils de ».

La critique de Trump envers le « système » est en apparence l’inverse de celle de Sanders. Pour le premier, l’ouverture inconsidérée à l’immigration est à la fois destructrice d’emplois et dangereuse et elle ne profite qu’au patronat. Pour le second, c’est Wall Street qui est responsable. Mais les deux se rejoignent pour condamner le « système ». On trouve ce genre de critiques opposées et néanmoins convergentes en Europe.

Les succès, pour le moment, des candidats antisystème des deux partis montrent que les Américains de base adhérent moins au système que par le passé.

Est-ce une simple manifestation un peu symbolique de mauvaise humeur, d’autant que les petits Etats dans lesquels on a voté (ou on s’apprête à le faire : Nevada et Caroline du Sud) ne constituent aucun enjeu réel ?

Il faudra sans doute attendre les scrutins plus « sérieux » de gros Etats en mars et, d’ici là, de nouveaux sondages, pour savoir si les succès de Trump et de Sanders sont des épiphénomènes conjoncturels ou des vagues de fond.

La probabilité que les deux candidats antisystème ne tiennent pas la route longtemps est la plus forte.

Trump brille aujourd’hui par ses qualité propres mais aussi parce que les électeurs « raisonnables » se dispersent sur plusieurs candidats. Lorsqu’il n’aura plus en face de lui qu’un candidat de l’establishment, il est douteux qu’il puisse longtemps faire le poids.

Mon pronostic, risqué à ce stade car on n’est qu’au début du processus, va plutôt à une victoire de John Kasich d’abord sur les candidats du système puis sur Trump.

S’agissant du « match » entre Clinton et Sanders, le combat de l’ancienne « première Dame » sera plus difficile. Elle a déjà perdu en 2008 et, en Amérique, on n’aime pas les « losers ». Elle traine aussi quelques « casseroles », elle apparait à beaucoup comme une politicienne de fait « politicarde », trop influencée par les « lobbies », manquant de sincérité (y compris sur les dossiers de politique étrangère : elle aussi, pour séduire les milieux conservateurs, y compris le lobby juif, se déclare hostile à l’accord nucléaire avec l’Iran). Elle a un autre handicap. Vue comme une « riche » et une « WASP » (white anglo-saxon protestant), elle ne peut à priori compter sur l’électorat populaire ou celui des minorités. Seul l’électorat féminin pourrait être de son côté.

Mais Hilary Clinton est expérimentée et elle a le soutien de l’establishment, y compris son porte-parole le New York Times (qui la soutient en même temps que Kasich).

Elle devrait l’emporter in fine, à moins que sa campagne s’enlise et qu’elle ne puisse remonter la pente. Dans ce cas, on ne pourrait exclure qu’un outsider, en l’occurrence l’actuel vice-président Joe Biden, se lance dans la bataille tant qu’il en est encore temps (d’ici fin mars).

5/ La présidence Obama se termine dans l’impopularité et une impression d’indécision, notamment en politique étrangère, et d’impuissance (face à un Congrès républicain). De plus, il n’est pas impossible qu’une crise économique de grande envergure (voir mon article du 21 janvier : « vers une crise économique mondiale en 2016 ») n’éclate avant la fin de son mandat, à moins qu’un attentat islamique majeur sur le territoire américain ne vienne souligner davantage encore la supposée « faiblesse » d’Obama.

Dans tous les cas, je pronostique une victoire républicaine, surtout si l’hypothèque Trump est levée.

Cette victoire sera une fois de plus celle du « système », preuve sans doute que la démocratie américaine est loin d’être parfaite.

Cette imperfection tient à trois facteurs : l’importance des puissances d’argent et des lobbies, le fait que le système est bien verrouillé par les médias, les lobbies et le processus électoral, enfin parce qu’une majorité d’Américains se sent exclue du processus (à peine un électeur sur deux en âge de voter est inscrit sur les listes électorales : l’exclusion concerne en premier chef les classes populaires et les jeunes, ceux qui seraient le plus portés à voter pour Sanders ou pour Trump).

Je ne fais pas partie de ceux qui tombent dans l’antiaméricanisme primaire. Les Américains ont beaucoup de qualités individuelles et collectives. Mais j’ai vécu dans ce pays et l’impression que j’en ai retirée est que la société et le système américains, en dépit d’apparences factices, sont largement « totalitaires » en ce sens que les marginaux et les contestataires sont irrémédiablement broyés.

Ce système est certes plus intelligent que ne l’était le système soviétique. On y ménage quelques espaces de liberté et on peut amuser la galerie avec un candidat milliardaire au franc-parler ou avec un « socialiste » aux airs de vieux professeur.

Mais, à l’arrivée, l’ordre capitaliste bien-pensant conserve le pouvoir.

Après l’extravagant Bush et le Noir Obama qui n’a rigoureusement rien changé au sort des Noirs américains, on aura peut-être un politicien plus fade mais plus sérieux qui jouera au centriste à la Maison Blanche. Champion des techniques budgétaires, il saura tailler dans les dépenses sans trop faire de mécontents.

Le pouvoir réel sera ailleurs.

Yves Barelli, 10 février 2016

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 18:35

Ces derniers jours, les Etats-Unis ont encore connu un accès de violence « raciale ». Cela est récurrent dans ce pays.

Un jury populaire a estimé que le policier qui avait abattu un jeune Noir à Fergusson, dans le Missouri (voir mon article « les Américains sont-ils racistes ? », du 24 août 2014), ne devait pas été jugé pour homicide volontaire, ce qui a déclenché deux jours de violences et la venue de la garde nationale (force militaire fédérale, un peu équivalente à la gendarmerie en France)  dans la localité.

La même semaine, on a appris que dans un autre Etat, un policier avait tiré et tué un jeune enfant de 12 ans jouant avec un pistolet factice sur une aire de jeu ; le policier a tiré parce que l’enfant ne répondait pas aux sommations.

Ce ne sont que des exemples récents de faits similaires qui se produisent plusieurs fois par an aux Etats-Unis.

Lorsque de tels faits se produisent de manière aussi récurrente, il ne peut s’agir de simples « bavures » mais plutôt d’un système pervers.

Peut-on analyser le comportement de la police comme du racisme ? Pas si simple. Le phénomène est plus complexe.

1/ Les polices locales sont en général surarmées aux Etats-Unis. Ceci est peut-être un effet pervers de la démocratie : les sheriffs sont élus, ils sont redevables devant leurs électeurs de la sécurité et il y a une demande, compréhensible, des citoyens pour être protégés.

2/ La société américaine est violente. Pas seulement celle des Etats-Unis. C’est une constante sur tout le continent américain. Sans doute peut-on y trouver des raisons historiques et sociologiques. Les pays américains se sont créés par la conquête, le « far west » était souvent une zone de non droit où les sociétés locales se protégeaient de la violence des truands par la violence à leur endroit (bien décrite dans le cinéma de « western » : jugements expéditifs et pendaisons sans procès des « coupables »). Cette violence était d’ailleurs institutionnelle, notamment vis-à-vis des Amérindiens et des esclaves.

3/ Dans une société violente, tout le monde est violent. Aujourd’hui encore les malfaiteurs américains sont traditionnellement plus violents qu’en Europe (encore que, sur ce terrain, on est en train de les rattraper, mais il y a encore de la marge) et, pour y répondre, la police est elle-même plus violente.

4/ La violence ne concerne pas seulement le domaine du maintien de l’ordre, elle est en fait diffuse dans toute la société. Les rapports au sein des entreprises sont moins encadrés qu’en Europe (on peut se faire « virer » avec une heure de préavis). L’économie est plus dure qu’en Europe : lors de la crise des « subprimes », des retraités ont tout perdu parce que leurs fonds de pension avaient fait faillite ; il n’y a pas de sécurité sociale ; pas de « filet » social. C’est la loi générale du plus fort et de l’argent.

5/ La violence est aussi celle de la justice et du système carcéral américains : pour le même crime ou délit, c’est la qualité de l’avocat qui fait la différence. Celui qui a l’argent pour le payer est avantagé par rapport à celui qui ne l’a pas.    

6/ Comme partout, la violence est proportionnelle aux inégalités. Sur le continent américain, elles sont plus fortes qu’ailleurs. Aux Etats-Unis, les inégalités sont auto-entretenues d’une génération à l’autre. Ceux qui peuvent payer les bonnes écoles à leurs enfants leur donnent la possibilité d’avoir les meilleurs emplois et le capital entretient le capital. Il y a des « self-made-men », mais statistiquement ils sont très minoritaires. Le cas général est que les enfants de riches restent riches et les enfants de pauvres restent pauvres.

7/ La violence est-elle liée à l’origine raciale aux Etats-Unis ? Sans doute encore, mais moins qu’autrefois.

Toutefois, aux Etats-Unis, les races se mélangent peu. Il y a beaucoup moins de métis qu’en Europe. Et, comme au départ, les Noirs, anciens esclaves, étaient plus pauvres que les Blancs, et comme le système de richesse est héréditaire, les Noirs sont restés pauvres et ils vivent majoritairement dans des quartiers noirs. Les traditions culturelles des uns et des autres ne les placent pas non plus à égalité.

Comme ces quartiers sont les plus pauvres, ils cumulent tous les problèmes sociaux et tous les trafics, générateurs de délinquance et de violence. Statistiquement, il y a plus de délinquants noirs que blancs comparé à leurs nombre. On peut alors comprendre que la police se méfie plus d’eux que des blancs.

8/ Si on peut comprendre, d’une certaine façon, que la police soit violente pour répondre à la violence, on ne peut, pour autant, excuser qu’elle tire si facilement pour tuer.

9/ La violence est évidement liée au nombre d‘armes à feu en circulation. Cela constitue le problème numéro un de société aux Etats-Unis. La tradition de l’auto-défense issue des origines du pays et la puissance du lobby des armes à feu ont empêché jusqu’à présent de légiférer dans ce domaine.

10/ Tout ce qui précède montre que je suis très critique vis-à-vis de la société américaine. Mais il ne faut pas simplifier à l’extrême.

Il n’y a pas, ou plus, fondamentalement de discrimination raciale, mais des problèmes sociaux. Quand on dit, par exemple, que la police de Fergusson est « raciste », on devrait se poser la question : pourquoi dans une ville peuplée à 70% de Noirs, la municipalité et le sheriff sont-ils blancs ? La réponse est que les Noirs votent peu. Sans doute auraient-ils intérêt à mieux s’organiser et se mobiliser.

Une dernière remarque, et elle concerne aussi bien les Etats-Unis que la France, arrêtons les tendances communautaristes et jugeons les gens et les situations en fonction des systèmes en place et des qualités personnelles des individus et non sur des critères raciaux ou « communautaires ». A la différence de beaucoup de naïfs ou de racistes, je n’ai jamais pensé que l’élection d’Obama allait changer quoi que ce soit à la situation de ceux qui sont au bas de l’échelle sociale aux Etats-Unis et qui se trouvent être, pour les raisons indiquées plus haut, majoritairement des gens à couleur de peau foncée. Personnellement, je me fiche éperdument de la couleur de peau d’Obama. Ce n’est pour moi ni un critère positif ni négatif. Je ne juge le président américain que sur sa politique.

Lorsque je vois que Madame Taubira a jugé un peu trop rapidement et de manière critique ce qui se passe à Fergusson, je déplore qu’elle donne l’impression d’avoir réagi en tant que « Noire ». Elle est membre d’un gouvernement, non la représentante d’une soit disant diversité.

Je déplore tout autant que Nicolas Sarkozy ait fait hier soir l’éloge de Rama Yade et de Rachida Dati en mettant en exergue leurs origines ethniques. C’est dévaloriser un individu  que de le ramener à ses origines ethniques. S’il venait à quelqu’un l’idée saugrenue de me qualifier d’ambassadeur d’ « origine provençale », même à titre élogieux, je trouverais cela inadmissible et je lui ferais savoir.

Pour moi, il n’y a qu’une catégorie de Français et, plus généralement, d’hommes. Soyons « divers » en fonction de nos tempéraments, de nos goûts, de nos parcours personnels ou professionnels, mais pas en fonction d’origines ethniques supposées ou avérées. Dans ce domaine, toute discrimination, positive comme négative, est « raciste ». La loi française condamne le racisme et c’est bien.

                                                                       Yves Barelli, 26 novembre 2014                           

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Published by Yves Barelli - dans ETATS-UNIS
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