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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 20:48

L’Irlande était l’un des trois seuls pays du continent européen (avec Malte et la Pologne) où l’avortement était interdit ou quasiment interdit (dérogation lorsque la vie de la mère était en danger). Ce ne sera bientôt plus le cas après la nette victoire (64,1%, avec une participation de 61%) du oui au référendum sur sa légalisation qui s’est tenu le 25 mai. Il faut se réjouir de cette avancée. Cela ne remet certes pas en cause l’attachement, respectable, des Irlandais aux racines chrétiennes de leur Nation (qui, dans son histoire, n’a survécu que par son encrage catholique), mais ils l’adaptent en le plaçant dans le cadre des valeurs de liberté et de tolérance (la possibilité d’avorter doit être un choix individuel que ceux qui sont contre, position respectable aussi, sont libres de ne pas faire). Après l’acceptation du divorce en 1995 (l’un des derniers pays européens à l’avoir fait), l’Irlande tend désormais à être un pays européen comme les autres. Reste à voir ce que sera effectivement la nouvelle législation sur l’IVG (libérale ou restrictive) et comment elle sera appliquée.

1/ L’Irlande reste un pays très catholique. Selon le recensement de 2016, 78,3% des Irlandais (république d’Irlande) se déclarent catholiques, 11,9% sont d’autres religions (surtout des immigrés protestants ou musulmans) et 9,8% sans religion. La pratique, même si elle a diminué, reste élevée (de l’ordre du tiers de pratique régulière – 90% jusque dans les années 1980 -, plus pour les grandes fêtes ; le baptême et le mariage religieux restent habituels).

La constitution irlandaise n’établit pas de religion officielle et précise que l’Etat ne peut financer aucun culte et que toute discrimination religieuse est interdite.

Toutefois, cette même constitution soumet la liberté religieuse à un impératif d’ « ordre et de moralité publics » et elle stipule que le blasphème est un délit. Elle stipule aussi que les principes de « justice et la charité » (ce dernier mot a une connotation chrétienne) doivent guider le législateur. Même si la référence au catholicisme, « religion de la majorité des Irlandais » a été supprimée en 1973, le président de la République doit continuer à prêter serment « devant Dieu ».

Le code civil, quant à lui, privilégie les liens du mariage dans la famille : les personnes vivant en union non maritale ont moins de droits que ceux qui sont mariés (le caractère traditionnel du mariage de type chrétien a toutefois été estompé par l’adoption par référendum en 2015 du mariage entre personnes de même sexe, ainsi que par l’établissement d’un PACS).

On peut donc résumer la situation en disant que l’Irlande est un pays laïc dans un environnement catholique privilégié.

Cet environnement catholique est particulièrement visible dans l’éducation (91% des écoles primaires et des lycées se déclarent d’ « orientation catholique » : leurs conseils d’administration sont placés sous le patronage des diocèses), dans les services de santé et dans les services sociaux.

2/ L’influence de l’Eglise catholique reste forte mais tend à décroitre. L’adoption successive des lois sur le divorce, le mariage « gay » et l’établissement d’une sorte de PACS ont incontestablement constitué des défaites pour l’Eglise. Cette fois, s’agissant de l’avortement, l’Eglise, pressentant probablement un combat perdu d’avance, a préféré rester plus discrète, laissant des associations se mettre en avant.

3/ L’évolution des esprits en Irlande est en conformité avec la tendance européenne. Seule la Pologne va à contre-courant (sa législation était libérale sous le communisme). Outre la Pologne, les régions de résistance à l’évolution concernent désormais surtout les Balkans, notamment la Grèce, et davantage les pays orthodoxes (la Russie a toutefois conservé la législation libérale communiste) que les catholiques et les protestants.

Selon un sondage Gallup (corroboré par les mesures d’ « Eurobaromètre » dans les pays de l’UE), la majorité des habitants du continent européen considèrent que les questions de religion sont « sans importance ». Beaucoup ont des difficultés à répondre quand on leur demande s’ils croient en Dieu. Nombre d’entre eux hésitent entre cette croyance et le sentiment qu’il « existe une forme d’esprit » au-dessus d’eux. Visiblement, beaucoup ne se posent même pas la question.

Il n’y a toutefois pas de sentiment « européen » unanime en matière de croyance.

Les situations sont contrastées. Seul un petit nombre de pays ont une religion chrétienne qu’on pourrait qualifier de  « militante », avec donc un lien fort entre religion et vie publique et même privée : Irlande, Pologne, Malte, Grèce, Arménie, Géorgie, Croatie. Seuls les 3 premiers avaient (ce ne sera bientôt plus le cas de l’Irlande) des législations sévères anti-avortement (le divorce est en revanche reconnu partout). La Pologne a une situation mixte (législation restrictive mais réalité des mœurs  libre). Les autres ont conservé les législations communistes libérales. C’est aussi le cas de la Grèce.

Dans d’autres pays, on peut dire que la religion est considérée comme constitutive de l’identité sans, en général, d’incidence très normative sur la vie publique et les mœurs : Espagne, Portugal, Italie, Lituanie, Slovaquie, Autriche pour les catholiques. En pays orthodoxe et luthérien, il y a un lien traditionnel entre la nation et la religion, revendiqué par une majorité des populations dans les Balkans. En Scandinavie, tradition luthérienne reconnue mais majorité de sans religion. Idem en Russie, Biélorussie et Ukraine (où l’adhésion populaire à la religion est un peu plus élevée) pour l’orthodoxie. La Bosnie est un cas particulier où les trois religions sont des phénomènes communautaires.

L’Allemagne et la Suisse sont partagées en trois groupes d’importance presque égale : catholiques, protestants et sans religion (ces derniers sont majoritaires en ex RDA). En Hongrie les catholiques ne sont que la moitié.

En France, Tchéquie (record du nombre d’athée : les deux-tiers), Pays-Bas, Estonie, Lettonie, Albanie, la religion a presque totalement disparu de la vie publique, l’appartenance religieuse étant devenue un phénomène minoritaire et privé. Les seuls problèmes religieux sont liés aux minorités musulmanes issues d’une immigration non assimilée ni même intégrée.

Dans le contexte mondial, on tend désormais à une opposition entre, d’une part, les continents américain et africain où la religion reste prégnante (ainsi, la plupart des pays d’Amérique latine continuent à interdire l’avortement), et l’Europe et l’Asie (large majorité de sans religion en Chine et Japon notamment) où l’influence de la religion est en moyenne marginale (le Moyen-Orient est une exception en Asie).

Pour nous en tenir à notre continent, l’évolution de l’Irlande atteste que, désormais, la religion chrétienne n’est plus un obstacle aux libertés individuelles et collectives des peuples. Elle demeure, en tout cas, même pour les incroyants, un élément de notre identité. La question religieuse nous a longtemps divisés. Ce n’est plus le cas. Raison de plus pour ne pas admettre de dérogation et encore moins d’ingérence dans notre vie publique de la part de la religion importée qu’est l’islam. C’est à lui de s’adapter à l’Europe et non le contraire./.    

Yves Barelli, 26 mai 2018       

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