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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 09:34

L’aveuglement, l’irresponsabilité et l’hypocrisie caractérisent l’attitude de l’Union européenne et de ses membres « européistes » (fort heureusement, le nombre des pays qui veulent se démarquer de cette politique suicidaire est en hausse rapide) envers le déferlement migratoire sur la partie du continent où on continue encore à vouloir, envers et contre tout, les recevoir. Contrairement à ce qu’en disent nos médias et nos dirigeants « bienpensants », il ne s’agit pas d’une question humanitaire mais de l’acceptation criminelle d’un honteux trafic d’êtres humains organisé conjointement par des « passeurs » sans scrupules qui gagnent beaucoup d’argent dans ce trafic et par des ONG (organisations non gouvernementales) qui, dans le meilleur des cas, sont myopes et dans le pire complices.

1/ La pire attitude dans la vie consiste à donner de faux espoirs aux gens.

C’est bien de sauver des gens de la noyade en Méditerranée. Bien entendu que face à une vie ainsi en danger, l’assistance est un devoir.

Mais en l’occurrence, nous sommes en face d’une situation où certains mettent sciemment en danger des êtres humains afin d’en obliger d’autres à leur porter secours. Pis, ceux qui leur viennent en aide en font leur métier, leur raison d’être et j’ajoute leur « business » car les ONG qui s’y dédient reçoivent des subventions publiques et leurs dirigeants ne sont pas des bénévoles mais des professionnels. Cette activité porte un nom : la « charité-business ». J’ai côtoyé quelques-unes de ces âmes charitables lorsque j’étais en poste diplomatique en Inde : elles venaient régulièrement visiter « leurs » pauvres et certains représentants de ces ONG étaient en conflit entre eux car en concurrence pour s’occuper des mêmes pauvres.

La situation est certes contrastée et je ne mets pas toutes les ONG dans le même sac. On trouve souvent le meilleur. Mais aussi le pire. Et parfois, les meilleures intentions peuvent être involontairement dévoyées. Ainsi, lorsque Coluche a créé les « restos du cœur », c’était à titre provisoire pour suppléer à la déficience des pouvoirs publics. L’institution s’est pérennisée. Aujourd’hui, les bénévoles des « restos » (et de quelques autres tels le Secours Catholique ou le Secours Populaire) sont toujours aussi méritants à titre individuel. Mais le système est en grande partie détourné par quelques « usagers » réguliers qui revendent les produits gratuits qu’ils y reçoivent : un trafic est né. Et quand certains « usagers » « exigent » en outre de ne recevoir que des produits « hallal », on atteint l’absurde : les bénévoles se font, involontairement (espérons-le) les complices de l’islamisme militant et conquérant.

2/ L’accueil des migrants est atteint du même syndrome que celui que je viens de décrire : bonne intention au départ, action nuisible à l’arrivée. Même la Croix Rouge est tombée dans la dérive. Au plus fort de la vague migratoire qui a submergé les Balkans à la suite de l’appel d’air de Madame Merkel (pas si désintéressée que ce qu’on a bien voulu en dire : elle a fourni de la main d’œuvre et des consommateurs au patronat allemand sur fonds publics payés par les impôts des classes moyennes), la Croix rouge ne s’est pas contentée de donner des secours aux migrants mais, de connivence avec les passeurs, elle leur distribuait des brochures écrites dans leurs langues pour leur donner quelques astuces afin de déjouer la surveillance des pays de transit peu « compréhensifs » face à ce trafic. Et pour mieux déjouer la vigilance des gardes-frontières, on leur donnait des téléphones portables.                             

Et c’est là qu’on touche du doigt non seulement le problème de la connivence des ONG avec les passeurs, mais aussi celui de l’ « appel d’air ». Là où on accueille « humainement » les migrants en les laissant entrer, en les logeant, en les nourrissant et en leur donnant un pécule, on encourage évidemment les arrivées et on favorise donc les filières de passeurs. Le ministre de l’intérieur l’a avoué (et il a scandalisé la gauche-caviar, dont une partie est devenue macroniste, composée de gens qui se disent généreux et qui, pourtant, n’ont pas l’air émus de voir dans nos rues des enfants de « migrants » de six ans mendier aux feux rouges, spectacle indigne d’un pays soit disant civilisé) : les migrants, composés, rappelons-le de clandestins qui ne sont pas des réfugiés politiques – ceux qui sont déboutés restent -, font leur « marché » en choisissant les pays les plus généreux. Pourquoi ne vont-t-ils pas en Arabie saoudite ou au Qatar ? Musulmans pour la plupart, ils y trouveraient les lieux de culte et la viande Hallal qu’ils exigent chez nous. S’ils n’y vont pas, c’est parce qu’ils y sont moins bien reçus que chez nous.      

En effet, quand le pays est moins accueillant, le flot se tarit de lui-même : la route des Balkans est maintenant abandonnée par les passeurs car les Bulgares et les Macédoniens  ont fermé leurs portes, les Grecs sont moins généreux, les Hongrois les incarcèrent s’ils franchissent la frontière (depuis, les Hongrois ont la paix : immigration zéro), les Croates et les Slovènes peu coopératifs et les Autrichiens les renvoient.

C’est ce qui avait incité les passeurs à choisir désormais la voie italienne. Départ la Libye ou la Tunisie. Abandon des migrants en mer, pas seulement parce que les passeurs n’ont aucun scrupule, mais aussi parce les bateaux des ONG les récupéraient et les débarquaient en Italie. 700 000 sont ainsi venus en quelques mois (dans le même temps presque plus par les Balkans).

Désormais, l’Italie, c’est fini grâce à la politique du nouveau gouvernement. Alors, vive la route espagnole ! Et quand les Espagnols en auront marre, les passeurs et les ONG choisiront peut-être la Corse où le président de l’Assemblée corse vient de faire sa première faute politique depuis son élection en se disant prêt à accueillir les passagers de l’Aquarius. Les Marocains qui rendent la vie impossible aux Corses ne lui suffisent-ils pas ? Il en veut d’autres ?

3/ Certains lecteurs vont peut-être me traiter de « cynique », voire de « populiste » ou même de « fasciste».

Je suis simplement réaliste et j’essaie d’être responsable. Je ne suis ni raciste ni anti-migrants par principe. La France a accueilli des millions d’immigrants depuis un siècle : les noms de famille polonais, italiens ou arméniens si courant en France l’attestent. Mais si leurs noms étaient difficiles à prononcer, ce ne fut jamais le cas des prénoms de leurs enfants car ils avaient à cœur d’en faire de vrais Français. Pas seulement pour les « papiers » mais dans leur cœur et leur tête. En classe à Marseille, j’ai eu beaucoup de copains d’origine arménienne ou vietnamienne et de bien d’autres contrées exotiques. Ils se prénommaient Michel, Robert ou Alain et ils se revendiquaient aussi Français que moi. Cette immigration-là a été une chance pour la France parce que les immigrés ne cherchaient pas seulement l’intégration mais l’assimilation.

Malheureusement ces temps sont révolus. On a désormais affaire à des immigrés qui revendiquent comme un droit de vivre, de parler, de s’habiller et de prier comme ils le faisaient chez eux. La France est devenue un hall de gare où on passe et un « no man’s land » où n’importe qui s’installe sans considération des autochtones et de leur mode de vie.

Pour moi, cela est inacceptable. Les boubous dans les rues de Dakar, c’est très joli et je souhaite que ce beau vêtement, qui est une part de l’identité locale y soit conservé. Mais à Paris, je n’en veux pas. Ce n’est pas du racisme de le dire, c’est de l’autodéfense pour mon pays et si je suis attaché à l’identité sénégalaise à Dakar, il me parait logique de conserver celle de la France à Paris. Dire le contraire est dogmatique, irresponsable et c’est être les idiots utiles de ceux qui veulent sciemment nous coloniser. Je ne parle pas des immigrés de base, mais de ceux qui prétendent les diriger, concrètement les islamistes (la majorité des immigrés sont musulmans, les autres posent moins de problèmes).

Oui à l’immigration choisie. Non à l’immigration subie. Vous les avez vus ces soit disant « famille syrienne » (qui viennent le plus souvent d’ailleurs) qui mendient aux portes du périphérique parisien en abordant les automobilistes avec des «Asalam ou aleikoum » sans même faire l’effort d’un « bonjour » ? Il est clair qu’ils n’ont aucune chance de s’intégrer et encore moins de s’assimiler. Principalement parce qu’ils n’en ont aucune envie.

4/ Le problème des « migrants » peut trouver trois types de solutions. La première est de faire le tri entre ceux qui ont vocation à devenir Français parce qu’ils le souhaitent vraiment et les autres. Les premiers, on les garde et on leur souhaite la bienvenue. Les autres, on les refuse. Devenir Français, cela demande un effort. Celui qu’ont consenti les immigrés du vingtième siècle : être né en Pologne et vivre à Liévin, ce n’était pas tous les jours facile.

Etre Français, cela se mérite. Il ne faut accueillir que ceux qui le méritent et, une fois accueillis, ne pas lésiner sur les moyens pour que cette assimilation soit une parfaite réussite. Ces candidats à l’immigration doivent se faire connaitre de nos ambassades. C’est là que le tri doit se faire et que des visas doivent leur être délivrés. Avec générosité mais avec discernement et sans démagogie : ceux qui sont inassimilables doivent être refusés sans états d’âme. On doit en particulier vérifier que leur mode de vie est compatible avec le nôtre.     

Ceux qui ne sont pas admis par la procédure initiale, sont des clandestins, donc en infraction. Dans l’écrasante majorité des pays du monde, l’entrée clandestine conduit à l’incarcération et à l’expulsion après avoir payé une amende. C’est ce qu’on fait aux Etats-Unis, en Russie, en Chine, en Arabie saoudite, en Hongrie et dans une bonne centaine d’autres pays du monde. Pourquoi pas chez nous ?

La solution pour l’immigration non choisie, c’est donc la méthode hongroise. Réussite totale : ils n’en ont plus.

Et il y a surtout une troisième solution. C’est celle qui m’intéresse le plus. C’est la seule viable sur le long terme. Il s’agit d’organiser le développement intelligent de l’Afrique par une étroite coopération avec l’Afrique. Concrètement, pour un pays comme la France, c’est moins d’Europe (où on n’a rien à y gagner), et plus d’Afrique. C’est par un développement sur place qu’on résoudra le problème migratoire car c’est la pauvreté et l’appel d’air qui les font partir (on fait croire aux gens que c’est mieux en Europe où on peut vivre d’ « allocs » sans travailler, ce qui est hélas vrai. Quand je dois « on », ce sont à la fois les passeurs et une partie des immigrés déjà installés qui font croire à ceux de « là-bas » qu’ils ont réussi même quand ce n’est pas le cas). Le développement, cela signifie le développement endogène, contraire de la « mondialisation » néfaste pour tous. Cela signifie aussi en finir avec la croissance démographique exponentielle dont on ne parle jamais pour ne pas « stigmatiser » et aussi par intérêt (voyez par exemple les téléphones portables : dans le tiers-monde tout le monde en a maintenant, paradis pour les opérateurs Orange et autres). Si la Chine s’est développée, sans aucune aide étrangère (qui n’est jamais la solution), c’est en grande partie grâce à la politique de l’enfant unique.

Il y aussi un substitut à l’immigration définitive non choisie, c’est l’immigration temporaire organisée.

Elle existait jusque dans les années 1980, avant l’instauration des visas et avant la politique de regroupement familial, un véritable crime contre la Franc et contre l’Afrique car on a créé des millions de déracinés. On avait alors des jeunes célibataires qui venaient seuls et qui restaient deux ou trois ans. Tout le monde était gagnant : celui qui venait, qui apprenait à travailler comme en France, qui envoyait de l’argent au village et qui rentrait avec un petit pécule lui permettant de monter une petite activité économique au retour. Dans certains villages (je pourrais citer des exemples concrets), presque tous les jeunes venaient à tour de rôle.

Aujourd’hui, il y  a les chanceux qui obtiennent un titre de séjour ; ils ne repartent presque jamais car ils ne sont pas sûrs, si le retour n’est pas bon, d’avoir une deuxième chance de venir à nouveau ; ensuite, la famille vient et sans c’est irrémédiable : à la deuxième génération, celle née en France, on a des déracinés, pas vraiment Français (sauf pour les « papiers »), plus non plus Africains : pour un qui assume avec succès sa double culture, neuf ne sont plus rien et une proie pour le communautarisme hors sol. Le problème de nos banlieues est là : une immigration anarchique.

Quant aux autres, ceux à qui on refuse le visa, on en fait des frustrés, qui gardent une rancœur contre la France (en Algérie, c’est un terreau pour l’islamisme) ou qui tentent de venir avec l’aide des mafias des passeurs et de leurs complices des ONG : on les retrouve sous les tentes du canal Saint-Martin.       

Organiser l’immigration contrôlée et temporaire nécessiterait évidemment des politiques volontaristes. Par exemple des accords intergouvernementaux pour envoyer pour une durée déterminée des travailleurs chez nous, sans leur famille.

Mais dans le système qui est désormais le nôtre où on s’en remet totalement aux lois du marché, ces politiques volontaristes n’existent plus. On n’est même plus capable d’assurer de bonnes conditions de vie et de proposer une identité aux Français de souche. Alors, pour les autres, ceux qui nous rejoignent, sauf exception (il y en a quand même, heureusement), c’est presque mission impossible. Surtout quand des irresponsables prônent le « multiculturalisme » à notre pays avec ce paradoxe que les plus ardents défenseurs du multiculturalisme venu de l’extérieur, le refusent aux Corses, aux Bretons et aux Occitans.  

En attendant, il vaut mieux ne pas accueillir des gens auxquels on est incapable de proposer de véritables perspectives d’insertion dans notre pays.

N’en déplaise à ceux qui sont incapables de regarder la réalité en face, la solution, au moins à court terme, c’est celle choisie par la Hongrie et l’Italie. Immigration zéro (sauf pour ceux qui présentent toutes les garanties d’assimilation), interdiction de débarquer dans les ports, chasse aux passeurs (avec des sanctions dissuasives), expulsion des clandestins et interdiction aux ONG d’avoir des activités contraires à l’intérêt national.

Et si nos dirigeants européens actuels sont incapables de s’y résoudre (le dogmatisme les aveugle), espérons que les peuples se chargeront de le faire à leur place en votant comme les Hongrois, les Italiens ou les Autrichiens./.

Yves Barelli, 12 juin 2018                                                             

      

       

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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 14:28

La mobilisation contre le président Mattarella qui, outrepassant outrageusement les pouvoirs limités que lui confère la constitution italienne, avait une première fois refusé d’entériner le gouvernement de coalition proposé par les deux partis vainqueurs des élections, a payé : devant les menaces de manifestations et désobéissances civiles à l’encontre du président et du soit disant nouveau premier ministre, (un ancien du FMI, spécialisé dans les coupes budgétaires !) qu’il avait eu l’outrecuidance de nommer (il n’aurait, de toute façon, pas été investi par la Chambre des députés), Mattarella, qui, s’il était honnête, devrait démissionner, s’est finalement résolu à nommer Giuseppe Conte et son gouvernement « Cinq Etoiles »-« Ligue ».

J’ai analysé la situation italienne dans mes articles du 7 mars (« élections italiennes : un message clair ») et du 28 mai (« déni de démocratie en Italie »). J’y renvoie le lecteur.

Désormais, l’Italie est donc gouvernée par la coalition de « Cinq Etoiles », « populistes de gauche», et de la « Ligue », d’ « extrême-droite », comme les qualifient les médias du « système ». Ce qualificatif de « populiste », apposé à tous ceux qui s’opposent au capitalisme européiste mondialisé, personnellement, je le reprends à mon compte, mais dans un sens positif en espérant que d’autres commentateurs feront de même : le « populisme », c’est s’occuper du « peuple » et c’est proposer des politiques conformes à ses aspirations et intérêts. On appelle cela aussi, tout simplement, la démocratie. Nous sommes des démocrates et donc des populistes. Eux, qui prétendent encore nous gouverner, ils ne le font qu’au profit de la minorité qui accapare les richesses en exploitant le peuple. Alors, donc, vive le populisme. Quant à qualifier d’ « extrême-droite », des démocrates plus sociaux que la soit disant « gauche », c’est risible.    

Le nouveau gouvernement est bien équilibré. Conte est un honnête homme qui aura à cœur de concilier les deux partis au pouvoir. Il y aura deux vice-présidents du gouvernement (ce sont eux qui auront la réalité du pouvoir) : Luigi di Maio (5 étoiles), ministre du développement économique, des affaires sociales et du travail, et Matteo Salvini (Ligue), ministre de l’intérieur. A l’économie, Tria, un universitaire, a finalement été choisi à la place de Savona, initialement pressenti, pour que Mattarella ne perde pas complètement la face et pour ne pas donner l‘impression de partir en guerre frontalement contre l’UE et l’euro, mais le même Savona prend le portefeuille des affaires européennes, gage que l’Italie n’entend pas se laisser dicter sa politique par Bruxelles.      

On jugera évidemment le nouveau gouvernement italien à l’aune de ses résultats. On ne peut préjuger. Dans le programme de gouvernement, il y a de bonnes choses, comme la protection de l’Italie face au danger d’une immigration incontrôlée, comme quelques mesures sociales ou encore la méfiance exprimée vis-à-vis de l’UE et de l’euro. D’autres mesures sont peut-être plus problématiques comme ce projet de « revenu universel » dont on se demande comment il sera financé : quel que soit le système économique, on ne peut pas dépenser plus que ce qu’on a (on peut avoir plus en faisant payer les « riches », mais, pour cela il faut contrôler les frontières pour éviter qu’ils aillent produire ailleurs ce qu’ils vont continuer à vendre dans le pays).

Le problème majeur auquel tout gouvernement élu pour changer les choses est confronté est celui de sa capacité à le faire : le « système » sait se défendre, il faut le savoir. Il s’emploie généralement à contrer le changement soit par l’attaque (des « marchés », des institutions, de l’UE, etc), soit par la récupération de certains dirigeants (c’est ce qui s’est souvent passé avec les socialistes au pouvoir : ils ont plié devant le système et ont trahi leurs électeurs).

Je n’engagerai donc aucun pari sur la réussite ou l’échec du nouveau gouvernement. On verra. Laissons aux « populistes » et aux « souverainistes » la possibilité de gouverner, enfin. Les autres, ceux du « système », ont conduit l’Italie à la ruine. Les nouveaux la sortiront peut-être de l’ornière. En tout cas, ils ne feront certainement pas plus mal que les autres. Pour le moment, ils font peur au « système » et, cela, est déjà positif.   

En tout cas, je suis satisfait. Après les victoires « populistes » en Pologne, en Hongrie, en Tchéquie, en Autriche, en Russie, le populisme progresse sur notre continent. Pour reprendre l’expression consacrée, « ce n’est qu’un début, continuons le combat ». Le combat sera encore long avant que l’Europe et les Européens soient libres./.

Yves Barelli, 1er juin 2018              

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 13:58

Le capitalisme européiste et mondialisé qui nous gouverne et nous opprime a une conception très particulière de la démocratie. Quand le peuple vote « bien », vive la démocratie ! Quand il se « trompe » (« trompé », évidemment, par les « démagogues » et les « populistes » ; les gens « raisonnables », donc qui soutiennent le « système », eux, c’est bien connu, ne se trompent jamais !), tel un enfant irresponsable, on le « réprimande », dans son « intérêt », bien sûr (comme les radars « pour notre sécurité »), c’est-à-dire qu’on ne tient pas compte de son vote. Et, si cela ne suffit pas, on fait jouer tout l’arsenal à la disposition du « système » : matraquage médiatique, agitation des « marchés » à la bourse et sur les taux d’intérêts, injonctions de l’Union européenne, voire de l’OTAN, du FMI et de toutes autres institutions du « système », enfin, tout l’arsenal juridique mis en place comme garde-fous pour se prémunir contre le changement.  

Ce qui se passe en Italie corrobore, jusqu’à la caricature, ce qui précède.

Les électeurs italiens ont balayé le 4 mars (voir mon article du 7 mars sur ce blog : « élections italiennes ; un message clair ») les partis du « système » qui gouvernaient le pays avec l’appui de l’Union européenne (qui impose depuis des années l’austérité à la péninsule).

Les deux partis antisystème qui ont gagné les élections, le « Mouvement Cinq Etoiles » et la « Ligue », ont adopté conjointement un programme de gouvernement qui prévoit notamment des mesures fortes contre l’immigration et une politique économique et sociale qui se démarque des injonctions de l’UE, contraires à l’intérêt national italien (l’économie italienne souffre beaucoup de l’euro) et se sont mis d’accord pour confier le gouvernement à une personnalité hors partis, Giuseppe Conte, un universitaire.

La constitution italienne est celle, typique, d’une démocratie parlementaire dont l’exécutif est dirigé par le chef de gouvernement, émanation de la majorité parlementaire, donc du vote populaire.

Le rôle du président de la république est d’être le garant des institutions. Le président italien est élu pour 7 ans par un collège électoral formé des députés, des sénateurs et de 58 représentants des conseils régionaux. Donc pas directement par le peuple. C’est lui qui, formellement, nomme le gouvernement et les hauts fonctionnaires, promulgue les lois et peut dissoudre la Chambre des Députés. Il est chargé de vérifier que tout se passe dans les formes constitutionnelles et légales. Un peu comme un notaire qui vérifie la véracité et la bonne forme d’un testament ou d’un acte de vente sans pouvoir s’y opposer pour un motif extravagant que la personnalité de l’héritier ou de l’acheteur ne lui conviendrait pas. En régime parlementaire, le président de la république (ou le roi dans les monarchies) doit se comporter comme le notaire de l’Etat.       

Le président de la république italienne, Sergio Mattarella (âgé de 78 ans, originaire de Sicile, en fonction depuis février 2015) a, de toute évidence, outrepassé ses prérogatives en refusant le gouvernement que lui soumettait, pour la forme, Giuseppe Conte (Mattarella avait dû, déjà, se faire un peu « prié » pour investir Conte). Son motif était clair : il (c’est-à-dire le « système ») ne voulait pas du ministre des finances proposé, Paolo Savona, parce que celui-ci est contre la politique imposée par Bruxelles et émet des réserves sur l’euro.

Voilà qui est fait et qui est dit : le « système » ne veut pas d’un gouvernement italien (mais cela risque d’être la même chose ailleurs) qui remet en cause la mainmise de l’Union européenne (donc du capitalisme mondialisé) sur les pays qui en sont membres.

Nous sommes donc dans un système de souveraineté limitée : nos nations peuvent encore prendre des décisions indépendantes sur des sujets secondaires (on a ainsi le droit d’abaisser en France la vitesse limite sur les routes ou, au contraire, en Allemagne de ne pas fixer de limite sur certaines autoroutes ; chacun a sa politique fiscale, dans certaines limites, et on peut encore statuer sur tout un tas de domaines, secondaires, répétons-le). En revanche, interdiction de toucher au cœur de l’essentiel : la monnaie, le budget, la concurrence et le soit disant « état de droit », qui se résume surtout au « droit » du système de se perpétuer, donc aux capitalistes de s’engraisser et au peuple de trimer.

Le président Mattarella va nommer un autre premier ministre (un ancien du FMI : vraiment, une caricature !) et un gouvernement formé de « techniciens », c’est-à-dire de ministres ayant la bénédiction du « système » et de l’UE. Autant mettre à la tête de l’Italie le président de la Commission européenne. Ce serait plus clair.  

Ce gouvernement ne pourra évidemment pas obtenir la confiance du parlement. Il devra donc y avoir de nouvelles élections. Par l’intimidation, le « système » espère que le peuple, qui s’est trompé en mars, va se « ressaisir ».

J’espère au contraire, et tout démocrate devrait être de cet avis, que les élections confirmeront et même amplifieront la majorité actuelle.

On ne peut pas se prétendre « démocrate » et refuser la véritable alternance politique. Si le choix doit se limiter entre une gauche « modérée », une droite « molle » ou, pis, un Macron ni à droite ni à gauche mais directement en dessous du « système » dont il reçoit les ordres, alors autant supprimer les élections et laisser notre « élite » autoproclamée (celle qui a l’argent) nous gouverner directement. Ce sera moins hypocrite.

Il est clair que si nous avions des médias libres, il devrait y avoir un tollé contre le coup d’état à apparence constitutionnelle du président italien.

Mais, hélas, nos médias nous ont déjà donné habitués aux émotions à géométrie variable : ils s’émeuvent face à la réélection de Maduro au Venezuela, face au « populisme » d’Orban ou de Poutine. En revanche, le déni démocratique en Catalogne, en Italie ou en Corse, cela ne les émeut pas. Pas plus que l’emprisonnement de Lula au Brésil à la suite d’un procès bidon.

On disait autrefois « vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Désormais on doit subir la même vérité des deux côtés des Pyrénées, des deux côtés des Alpes et des deux côtés de l’océan Atlantique.

Le système capitaliste européiste mondialisé est abject. A force de plier, les peuples en auront un jour assez et ils s’en débarrasseront. Avec des élections ou par tout autre moyen devenu légitime lorsque le choix électoral est interdit./.

Yves Barelli, 28 mai 2018                       

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 22:15

On ne sait pas encore qui seront les grands vainqueurs des élections générales qui se sont déroulées en Italie le 4 mars, car la formation d’un nouveau gouvernement s’annonce incertaine, mais on sait déjà quels sont les vaincus : les forces européistes, ces amis de Merkel, de Hollande et de Macron que Bruxelles, Berlin et Paris rêvaient de voir conserver le pouvoir. Leur rêve est en train de tourner au cauchemar : en Italie, comme ailleurs en Europe (mais pas encore partout ; il faudra encore patienter), les peuples sont en train de reprendre le pouvoir contre les oligarchies mondialistes. Etranglés par les politiques d’austérité de l’UE (austérité pour le plus grand nombre mais explosion des revenus et des patrimoines pour une minorité), submergés par des vagues migratoires conquérantes (qui refusent l’assimilation et veulent, au contraire, imposer leurs « valeurs »), les peuples veulent tout simplement préserver leur identité et leur mode de vie mis à mal par l’ouverture des frontières, un euro sans avenir et le sacrifice des services publics. A Rome et Milan, comme ces derniers temps à Vienne, Prague, Varsovie, Barcelone ou Ajaccio, c’est un message clair dans son principe bien que parfois confus dans son expression (qu’on peut néanmoins résumer par « ça suffit ! »), que les peuples veulent faire passer.

1/ 73% des électeurs italiens se sont déplacés pour renouveler la chambre des députés et le Sénat par un nouveau système électoral mêlant proportionnelle et élection directe que même les spécialistes de la péninsule ont du mal à comprendre mais qui n’a pas rebuté la population, habituée depuis longtemps (en fait depuis la Rome antique !) aux combinaisons politiques subtiles qui tournent souvent au jeu de massacre (64 gouvernements différents ces 70 dernières années).

Les résultats provisoires (au matin du 5 mars) sont les suivants :

Le Mouvement « 5 étoiles » (Cinque Stelle), réputé « antisystème » et « populiste » difficilement classable à droite ou à gauche (ses thèmes sociaux sont néanmoins plus de gauche que de droite et, s’il fallait vraiment lui trouver un équivalent ailleurs, ce serait plutôt « Podemos » espagnol), obtient environ 33% des voix. Il est le parti le plus voté mais pas assez pour former une majorité. Son leader historique est l’humoriste Beppe Grillo. Il vient de passer la main au jeune Luigi di Maio.  

La coalition de « centre-droit » rassemble 37% des suffrages. Elle est en principe unie (mais en Italie, c’est rarement pour l’éternité) et est principalement formée de deux partis, celui de la « Ligue » (ex « Ligue du Nord » qui prônait l’indépendance des régions du Nord et qui vise maintenant le pouvoir sur toute l’Italie), de Matteo Salvini, avec 19%, et celle de « Forza Italia », de l’insubmersible Sivio Berlusconi (qui a dirigé plusieurs gouvernements depuis 1994 ; autrefois chantre d’un ultra-libéralisme à la Reagan, on le dit aujourd’hui « modéré », ce qui ouvre toutes les possibilités), avec 14%. La Lega et FI avaient passé un accord laissant le poste de premier ministre  - qui a la réalité du pouvoir en Italie – au parti arrivé en tête : si l’accord est respecté, ce sera donc Salvini qui sera proposé (Berlusconi, de toute façon, plusieurs fois condamné pour des délits divers, notamment de fraude fiscale, est inéligible ; à Rome, toutefois, les règles et les interdictions sont réversibles ; seule la ville est éternelle !).

Le Parti Démocrate, pâle héritier de ce qui furent les grands partis du « compromis historique », la Démocratie Chrétienne et le Parti Communiste, renforcés par le parti socialiste, faible mais stratégiquement placé sur l’arc politique, le « chouchou » de Bruxelles, des « marchés » et du « couple » franco-allemand (en fait Berlin), n’obtient que 20% (23% renforcé par des petits partis).               

2/ Qui formera le gouvernement ?

Aucune des trois forces n’a de majorité au parlement : 5 étoiles a 222 sièges, la coalition de centre-droit 263 et le PD 122 (la majorité absolue est à 316).

Logiquement, le centre-droit devrait former l’ossature du gouvernement sous la direction de Matteo Salvini. Il serait hasardeux de considérer cette coalition comme solide, mais c’est l’intérêt de ses composantes qu’elle tienne. Son attitude face à Bruxelles et à l’euro est incertaine. Salvini est un « ami » de Marine Le Pen. Il y a néanmoins des différences entre la Lega et le FN : la première est fédéraliste et prête à des alliances, le second est jacobin et refuse, pour le moment, de s’allier à la droite « classique ». On a noté dernièrement l’évolution du FN sur l’UE et l’euro, passé de l’hostilité à une certaine flexibilité. Salvini est anti-euro. Evoluera-t-il aussi ? C’est possible s’il choisit de faire des concessions au « système » en dépit du fait que, si pour la France la monnaie unique a autant d’avantages que d’inconvénients, pour l’Italie, elle n’a quasiment que des inconvénients (sauf pour l’épargne de ceux qui en ont une, notamment les retraités). Berlusconi semble être davantage « euro-compatible ».

Cette nouvelle compatibilité donne des idées à Bruxelles : favoriser une coalition entre Berlusconi et le Parti Démocrate. Rien n’est impossible à Rome mais c’est peu probable. Elle serait vue par les électeurs de l’un comme de l’autre comme une trahison.

Une troisième possibilité serait une alliance de tous les « populistes », soit la Ligue + Cinq Etoiles. Etant tous les deux « antisystèmes», pourquoi pas ? Le programme de 5 étoiles est une inconnue majeure, notamment s’agissant de l’UE et de l’euro. Quant à la Lega, il n’est pas facile de suivre son cheminement. Une constante est d’être contre l’immigration : autrefois des Italiens du Sud en « Padanie », aujourd’hui, des étrangers, surtout musulmans, dans la Péninsule. Le rejet de l’immigration et l’ « euroscepticisme » seront en fait le ciment du futur gouvernement, du moins en tant que principe (accommodable par pragmatisme).   

Metteo di Maio a déclaré (avant l’élection) qu’il n’était pas question pour 5 Stelle de participer à un gouvernement. Il préconisait d’apporter un soutien ou une opposition conjoncturels au cas par cas. Mais on a rarement vu, en Italie comme ailleurs, un parti rester dehors quand il a la possibilité de compter fortement dedans. Cela semble se confirmer puisque, dès les résultats de l’élection connus, Cinque Stelle a commencé à infléchir son langage, allant jusqu’à revendiquer la direction du prochain gouvernement.

3/ Quel que soit le cas de figure, les nouveaux dirigeants devront tenir compte d’impératifs souvent contradictoires :

- la question de l’immigration est centrale. Les Italiens se sentent submergés (600 000 immigrants depuis trois ans), ils constatent une impossibilité d’intégration de l’immigration musulmane et ils notent la corrélation entre immigration, délinquance et chômage des Italiens.

- celle de l’économie et de l’emploi encore plus. Les politiques d’austérité imposées par l’UE ont cassé les ressorts de ce qu’on a nommé le « miracle économique italien » qui a très bien fonctionné jusque dans les années 1980 (jusqu’à l’euro en fait). Il était basé sur l’inflation, les dévaluations successives (on laissait filer les prix et les salaires et on rétablissait la compétitivité par des dévaluations de la lire) et le dynamisme d’un remarquable réseau d’entreprises familiales (FIAT, bien sûr, mais aussi des milliers de PME ultraspécialisées) complété par quelques grandes firmes nationalisées (ENI, INI, etc).

- les lancinants rapports entre un Nord dynamique et un Sud pauvre. La Lombardie et la Vénétie, dirigées par la Ligue, se sont récemment prononcées pour plus d’autonomie (la Vénétie a même des tendances séparatistes, renouant ainsi avec le passé millénaire de la République de Venise). Le fait que la Lega ait fait ses meilleurs scores au Nord tandis que 5 Stelle a gagné dans le Sud (le PD sauve quelques sièges dans le Centre) va compliquer encore la problématique (à moins qu’il y ait un partage des territoires et des compétences).

- tout cela dans un contexte où l’Italie, de fait, n’est plus un Etat souverain qui n’est maitre ni de ses frontières (Schengen) ni de sa monnaie (euro) ni de son économie (règles fixées par Bruxelles).

De deux choses l’une : ou l’Italie, qui ne manque pas de potentialités, a le courage de reprendre son indépendance et elle pourra alors peser sur son destin et celui du continent (dans le dialogue avec Bruxelles et Berlin, la faiblesse italienne peut être sa force : la prochaine crise de l’euro sera sans doute initiée par la quasi-faillite du système bancaire italien et, si l’effondrement de la Grèce a pu être surmonté, celui de l’Italie aurait des conséquences d’une tout autre ampleur), ou les Italiens n’ont pas ce courage. Dans ce dernier cas, leur vote protestataire n’aura servir à rien et on peut prédire, quel que soit le nouveau gouvernement, une durée de vie aussi courte que celle de ses prédécesseurs.

Autre possibilité, hélas : les habitudes locales de combinaisons hasardeuses à tout prix pourraient, une fois de plus, se traduire par des postures postélectorales de certains dirigeants aux antipodes de celles de leur campagne. On a déjà vu en Italie de tels infléchissements et de telles trahisons. Le « système » a en effet une faculté de récupération des hommes quasi illimitée.      

Personnellement, je ne me risquerai à aucun pronostic sauf que, à force de toujours plier, il viendra un moment où les peuples ne plieront plus. Quand et comment ? Je ne suis pas Nostradamus.

En attendant, on peut se réjouir des résultats de cette élection. Ils vont dans le bon sens./.

Yves Barelli, 5 mars 2018                      

                 

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 23:18

Les référendums qui se sont déroulés le 22 octobre en Lombardie et en Vénétie, deux régions importantes du nord de l’Italie, ne sont pas comparables au référendum sur l’indépendance organisé le 1er octobre en Catalogne (voir mes articles sur ce sujet disponibles sur ce blog).  Ils étaient organisés  avec l’accord du gouvernement central italien et avaient pour objet d’autoriser les exécutifs de ces régions à entamer des négociations avec Rome pour, dans le cas de la Vénétie, obtenir un statut spécial d’autonomie (comme ceux qui existent dans d’autres régions périphériques), et, pour la Lombardie, davantage de compétences sans modification de statut. Il ne s’agit pas seulement, comme cela est souvent présenté dans nos médias (qui, visiblement, connaissent mal l’Italie), d’attitudes « égoïstes » de régions riches pour moins payer pour les pauvres, mais de revendications identitaires (surtout pour la Vénétie) correspondant à des réalités historiques et culturelles et à des sentiments populaires actuels profonds.

Ces revendications doivent en outre être replacées dans le cadre de la crise économique, sociale et quasiment existentielle qui est celle de l’Italie, soumise à de durs programmes européens d’austérité, depuis plusieurs années. Elles sont aussi à considérer au regard d’une Union européenne, à la légitimité contestable et contestée, qui prend de plus en plus de pouvoir face aux Etats, affaiblis d’autant, et qui apparait comme un pouvoir lointain en contradiction avec les aspirations des peuples. En l’occurrence, moins d’Etat n’appelle pas chez les peuples plus d’Europe mais au contraire davantage d’identités régionales, vues comme des réalités anciennes, permanentes, les plus proches des gens et les plus à même de les protéger d’une mondialisation financière qui dicte sa loi et impose ses intérêts à une Europe technocratique et totalitaire dont les peuples ne veulent plus.

1/ Nul n’était opposé dans les régions concernées à la revendication de davantage de compétences ou d’autonomie. C’est déjà un phénomène intéressant en soit. L’enjeu était en fait le taux de participation. Il a été de 57% en Vénétie (où il fallait la moitié du corps électoral pour le valider, objectif, donc, atteint) et de seulement 40% en Lombardie (avec à peine 26% à Milan), où il n’y avait pas de quorum de fixé. Dans les deux cas, le oui est au-delà de 95%.

Les deux gouvernements régionaux (surtout le vénitien) sont donc légitimés et en bonne position pour négocier avec Rome. Cela n’est pas sans conséquence sur la politique italienne. Les deux exécutifs sont dominés par la Ligue du Nord, parti qui  a mis en veilleuse son objectif de sécession du nord de l’Italie du reste de la péninsule et qui axe aujourd’hui son programme sur le rejet de l’Union européenne et de l’euro. Ce parti est allié à Forza Italia de Berlusconi. Cette coalition est en mesure de gagner les prochaines élections législatives italiennes prévues au début de 2018. « Encore des populistes » s’écrieront nos médias « bienpensants » qui au lieu de crier continuellement au loup feraient mieux de se demander pourquoi les peuples veulent reprendre un pouvoir qui leur a été confisqué (« populisme » vient de « peuple » non ? Pour certains, cela fait peur, la « canaille », comme disait Voltaire, étant évidemment dangereuse pour les oligarchies qui nous gouvernent).

2/ La Lombardie est la région la plus peuplée (10 millions d’habitants) et la plus riche d’Italie dont Milan est la capitale économique et la plus grande métropole. Il y a toujours eu un antagonisme entre Milan et Rome. Pour bien des Milanais, au raisonnement sans doute un peu rapide, Milan est la ville où on travaille et on produit tandis que Rome est le repère de politiciens incompétents et corrompus. Ils mettent en avant les gaspillages des deniers publics et aspirent en conséquence à contrôler davantage les dépenses en donnant plus de compétences à la région pour gérer les services publics. Ils notent que le solde fiscal (différence entre impôts collectés et ce qui revient à la région) est de 54 milliards d’euros en défaveur de la Lombardie (chiffre sans doute contestable dans la mesure où de nombreuses dépenses nationales, comme la défense par exemple, sont difficiles à individualiser par région).

Il ne faut pas accorder plus d’importance à cette querelle que ce qu’elle en a en réalité. La rivalité Milan-Rome va tout juste au-delà qu’une querelle de clocher, un peu un OM-PSG en plus grand. Le fait que seulement 26% des Milanais se soient dérangés dimanche relativise la querelle. Milan n’est pas Barcelone et la Lombardie, en dépit d’une identité bien établie assise sur une réalité historique (le duché de Milan fut pendant des siècles le pouvoir politique italien le plus fort), n’est pas la Catalogne. L’indépendance n’est pas une revendication à Milan.

3/ Le cas vénitien (5M d’habitants dans la région) est différent. Pendant plus de mille ans la République de Venise, qui avait des colonies tout autour de la Méditerranée, fut un Etat souverain puissant et original. Il y avait déjà un particularisme vénitien sous l’empire romain (le peuple « vénète » avait une langue italique distincte du latin). Son histoire fut ensuite continuellement distincte de celle de l’Italie jusqu’au 19ème siècle. Incorporée à l’empire des Habsbourg après la destruction de la république de Venise par Napoléon, la Vénétie ne fut rattachée à l’Italie qu’en 1866.

C’est ancien tout cela me direz-vous. Mais le particularisme vénitien est toujours une réalité. On pratique encore aujourd’hui dans la région le « vénitien », parler sans statut officiel, généralement considéré comme une forme dialectale de l’italien mais suffisamment différent de l’italien standard pour que l’intercompréhension soit aléatoire et pour qu’il y ait une revendication assez populaire pour en faire une langue reconnue, d’autant plus que ce parler était celui de la république maritime et qu’il existe une littérature abondante depuis le 12ème siècle (avec un apogée au 18ème), littérature originale complétée par d’autres traits culturels tout aussi originaux, tels que la peinture ou l’architecture. Selon les statistiques italiennes, le vénitien est connu par 70% de la population de la région. Il est quotidiennement utilisé (moins par les plus jeunes, mais encore tout de même) et la pression populaire pour l’officialiser et l’enseigner est forte. Le conseil régional vénitien appuie cette revendication et encourage la production culturelle en vénitien.  

La situation en Vénétie a en conséquence quelques affinités avec celle de la Catalogne : un Etat souverain a existé dans le passé, une langue spécifique est parlée et il y a un désir d’au moins une partie de la population pour, à nouveau, choisir l’indépendance.

Même le dialogue difficile entre Venise et Rome a quelques ressemblances avec celui entre  Barcelone et Madrid. En juin 2014, le conseil régional de Vénétie a souhaité organiser un référendum indicatif sur l’indépendance. Le projet a été bloqué par la Cour Constitutionnelle italienne, à la demande du gouvernement, qui en a rejeté l’idée en juin 2015. Un référendum « illégal » a néanmoins été organisé en 2014 par internet. 1,3 millions de personnes, soit le tiers du corps électoral, y ont participé et se sont massivement prononcé pour l’indépendance, ce qui a fortement inquiété à Rome.

Ce séparatisme vénitien est très peu connu à l’étranger. Les médias le passent complètement sous silence. Pour trouver quelques informations il faut aller sur internet, notamment sur Wikipedia, l’encyclopédie en ligne qui fait référence. C’est intéressant. La version italienne de wikipedia sur la « Vénétie » donne quelques détails sur les développements intervenus depuis 2014. La version catalane donne aussi beaucoup de détails et la version anglaise quelques-uns seulement. Par contre, pas un mot dans les versions française et espagnole. Symptomatique : dès qu’on parle identités et séparatisme, c’est la loi du silence à Paris et à Madrid.

Pour le moment, les autorités vénitiennes n’insistent pas trop sur l’indépendance. Elles estiment sans doute qu’il est trop tôt pour engager le fer avec Rome. En revanche, sitôt les résultats du référendum de dimanche connus, elles ont officiellement demandé à Rome de bénéficier du même statut d’autonomie qui est celui de la Sicile, de la Sardaigne, du Val d’Aoste, du Trentin-Sud Tyrol et du Frioul-Vénétie Julienne. Ces statuts, qui datent de la création de la République italienne après la seconde guerre mondiale, sont justifiés par l’insularité (Sicile, Sardaigne) ou par l’existence d’accords internationaux (le Val d’Aoste a aussi le français pour langue officielle ; le Sud-Tyrol l’allemand ; il y a des minorités slovène et croate « protégées » en Frioul-Vénétie Julienne, avec le statut de Trieste qui résulte d’un traité de paix italo-yougoslave).

L’accession de la Vénétie au même statut serait donc une innovation qui pourrait servir de précédent pour d’autres régions comme le Piémont. Il faudrait sans doute une réforme constitutionnelle (minime) car la liste des régions à statut spécial est inscrite dans la constitution italienne.

Si la Vénétie devient autonome, il n’est pas impossible qu’il y ait un regroupement avec les régions voisines, Trentin-Sud Tyrol et Frioul-Vénétie Julienne, ou au moins, avec une partie d’entre elles. Ces régions étaient constitutives (sauf le Tyrol) de la Vénétie historique (7M dans les trois régions).      

4/ A terme, les référendums lombard et vénitien peuvent avoir des répercussions sur l’ensemble de l’Italie. La vitalité des mouvements séparatistes (rappelons qu’il en a existé un, violent, jusque dans les années 1980 au Sud-Tyrol, arbitrairement détaché de l’Autriche en 1918 ; cela s’est terminé par une très large autonomie et l’instauration de l’allemand comme langue officielle et d’enseignement). Que ce soit pour des raisons fiscales ou identitaires, le mouvement est profond. La transformation de l’Italie, Etat unitaire, en république fédérale, serait la solution.  L’idée serait soutenue au Nord (et peut-être au sud, mais pas pour les mêmes raisons) mais se heurterait aux tendances jacobines encore très présentes dans l’Etat italien.

On verra si cette question constitue un thème important de la prochaine campagne électorale. Si la coalition Forza Italia-Ligue du Nord l’emporte, Venise pourrait être mieux entendue à Rome (l’autre force « populiste », celle de « Cinq Etoiles », de Beppe Grillo, de gauche celle-là, une sorte de Podemos à l’italienne, soutien aussi les revendications autonomistes).     

Dans le cadre des revendications identitaires, la question du statut des langues qui n’en bénéficient pas encore, se posera aussi. Actuellement, seules les langues étrangères parlées dans les régions périphériques (allemand, français et minorités slovène et croate) ont un statut officiel. Les autres langues parlées (le frioulan, en particulier, 600 000 locuteurs, mais aussi l’occitan – 200 000 – ou le sarde -500 000 -) ne sont que « protégées » (ce qui est déjà mieux qu’en France) tandis que les parlers encore considérés comme des variétés d’italien (le vénitien mais aussi le piémontais et les parlers du Sud) sont totalement ignorés tant dans la vie publique que l’enseignement. Pour le moment, il n’y de demande forte que pour le vénitien.

5/ Ce qui se passe en Italie mais aussi en Espagne et dans d’autres pays de l’Union européenne devrait interpeler.

La mondialisation et les abandons de souverainetés à l’UE ont affaibli les Etats : plus de monnaie, donc plus de politique financière, économique et même sociale, plus de frontières, plus de politique agricole, plus de politique industrielle et des normes décidées à Bruxelles qui s’imposent désormais (avec des lois nationales qui ne servent souvent qu’à transposer les directives européennes dans le droit local). S’il y avait un patriotisme européen et un sentiment populaire d’appartenir à un Etat fédéral en formation, on pourrait dire qu’une identité européenne a remplacé les identités nationales. Mais on en est loin. Dans la réalité, on a fortement entamé les identités nationales sans les remplacer. Il n’est pas étonnant qu’il y ait un vide pour les peuples.

La conséquence est double.

Pour les pays de forte immigration non assimilée, c’est la montée des communautarismes et de toutes les conséquences catastrophiques qu’il nous amène. C’est aussi, souvent, l’exacerbation des antagonismes sociaux, moins corrigés par le sentiment d’appartenir à une communauté nationale qui les dépasse, ou, au moins, les atténue. Et, in fine, la porte ouverte à tous les égoïsmes individuels : on bloque les routes ou on s’exile fiscalement. Seul compte son intérêt personnel, y compris au détriment des autres. Là où il n’y a plus d’identité collective, il y a aussi une montée des incivilités et de la délinquance parce qu’il n’y a plus de valeurs communes.    

Partout, et en premier lieu dans les grands pays, la seconde conséquence est que les peuples se raccrochent à l’identité qui est la plus proche d’eux, celle des régions ou des nations intra-étatiques. Elles correspondent le plus souvent à des identités anciennes et toujours prégnantes. En France, moins qu’ailleurs parce que des siècles de jacobinisme l’ont souvent éradiqué (mais pas partout : les Bretons et les Corses y tiennent).

Dans les pays plus jeunes (l’Italie n’existe que depuis 1860) ou formés de nations anciennes et bien identifiées (comme l’Espagne mais aussi la Belgique), il est logique que les sentiments nationaux de ces nations s’expriment désormais au grand jour. En Allemagne, il y a encore un sentiment national fort en rapport avec les succès économiques du pays, mais localement, les sentiments régionaux peuvent être puissants : Bavière, par exemple (une véritable nation) ou ex RDA. Le fédéralisme est un bon moyen de mettre de l’huile dans les rouages.  

Nier ces sentiments ou aspirations, comme aujourd’hui en Catalogne, est contreproductif car cela ne peut que nourrir les séparatismes. Donner la possibilité de s’autodéterminer, comme dans le cas écossais, est la solution. Cela ne débouche pas nécessairement sur la séparation dans la mesure où on a à proposer des constructions fédérales justes et égalitaires. Et puis, comme pour les divorces dans un couple, sans les souhaiter, on ne peut les interdire  s’il n’y a plus de désir de vie commune.

Enfermer dans un Etat un peuple qui veut en sortir est non seulement antidémocratique mais ne peut être une solution viable sur le long terme. Et puis de quel droit l’interdire ? Du droit écrit par et pour l’oppresseur pour lui permettre d’opprimer ? C’est injuste et cela devient absurde lorsque la doctrine est en l’occurrence à géométrie variable. Droit à l’autodétermination pour le Kosovo et pas pour la Catalogne ou la Vénétie ? J’attends que nos médias et politiciens « bienpensants » m’en expliquent la logique. Je les mets au défi de le faire. Ou alors qu’ils tombent les masques. Un tyran tyrannise et un dictateur dicte. Il ne prend pas la peine d’expliquer et encore moins de convaincre. Mais dans ce cas, s’il vous plait, ne parlez plus d’ « état de droit ». Ce sera plus simple et on ne perdra plus de temps en arguties juridiques.          

Assurer la convivialité des peuples par l’adhésion et non la soumission, là est l’enjeu. Là devrait se concentrer la réflexion à l’échelle européenne. Laisser le gouvernement espagnol envoyer ses flics pour frapper ceux qui votent puis supprimer le statut d’autonomie est évidemment tout le contraire de ce qu’il faut faire. Et, pour les autres Européens, fermer les yeux sur les répressions et les dénis de démocratie en Catalogne (peut-être demain en Vénétie) est plus qu’une erreur, une faute car c’est le meilleur moyen de détourner les peuples de cette construction bâtarde et de plus en plus totalitaire qu’est l’Union européenne.

Des identités nationales revalorisées en synergie avec des identités régionales fortes, voilà la solution. J’ai toujours pensé que ces deux catégories d’identités, loin d’être incompatibles, se renforçaient au contraire mutuellement. Un Etat ne peut être fort que si tous les peuples qui le composent s’y sentent bien. Et une région à forte identité peut trouver un avantage à être appuyée par un Etat fort. La dualité identitaire Bavière/Allemagne ou encore Tyrol/Autriche me paraissent de bons exemples de ce qui fonctionne bien. On pourrait citer aussi la Suisse : se sentir vaudois ou bernois et pleinement suisse est  complémentaire. J’aimerais qu’il en soit de même entre ma France et ma Provence. Nier l’identité régionale (la locale aussi, c’est important) ne peut qu’affaiblir l’identité nationale et affaiblir cette dernière en lui retirant la plupart des compétences au profit d’un « machin » (l’UE) bureaucratique au seul service des intérêts financiers ne rend service à personne, si ce n’est à ces intérêts financiers. Alors, qu’on ne s’étonne pas d’éventuelles dérives. Des peuples déboussolés peuvent parfois perdre le nord. La faute à qui ? Pas à eux.            

Ceux qui s’inquiètent d’une contagion catalane à d’autres nationalités ont raison de le faire. Mais nier la maladie en cassant le thermomètre n’empêchera pas la contagion. Il vaudrait mieux traiter les problèmes là et quand ils se présentent plutôt que de faire semblant de ne pas les voir. Détourner le regard d’une évidence ne fait pas disparaitre l’évidence. Et se retrancher derrière le soit disant « état de droit » quand il ne fait que recouvrir des situations injustes ne fait que les aggraver et reculer la recherche des solutions, qu’il faudra bien trouver un jour.

Décidément, ce qui se passe en Europe depuis quelques temps, que je nommerais le réveil bénéfique des peuples, est intéressant : Hongrie, Pologne, Tchéquie, Autriche, Catalogne, Vénétie, en attendant d’autres à venir, les peuples, lassés par les dogmatismes et les élucubrations des européistes, des mondialistes ou des nostalgiques de Franco se ressaisissent et se reprennent en main.

Seuls les défenseurs d’un système suranné auquel ils sont « skotchés » par intérêt financier ou de pouvoir personnel ou par leur asservissent intellectuel s’en inquiètent. Les pauvres, laissons-les à leurs fantasmes et à leurs cauchemars peuplés de « populistes », ces méchants loups des temps modernes !

Moi, je m’en réjouis.                    

Yves Barelli, 23 octobre 2017                                                 

                                            

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 16:04

Les élections régionales et locales partielles qui se sont déroulées le 31 mai en Italie n’ont qu’une portée limitée puisque moins du tiers du corps électoral de ce pays était concerné. Elles ne sont toutefois pas sans signification politique et me donnent l’occasion de faire le point sur les développements récents de la politique italienne, pas facile à suivre tant les rebondissements y sont fréquents.

1/ Le calendrier électoral pour les régions et les municipalités italiennes n’est pas uniforme. Si la durée des mandats (5 ans) et le système proportionnel (à un tour pour les régions, deux pour les municipalités) est identique partout, tous les scrutins n’ont pas lieu en même temps. Cette fois, seules sept régions (sur 20) et des municipalités d’importance moyenne (aucune très grande ville en dehors de Venise) étaient concernées. S’agissant de ces dernières, un deuxième tour est prévu le 14 juin là où la majorité absolue n’a pas été obtenue (ce qui est le cas de la plupart de ces localités).

Nous ne retiendrons donc que les régions. Pas seulement parce que les conseils municipaux ne sont pas encore connus, mais aussi parce que, dans les petites localités concernées, les résultats sont difficiles à interpréter compte tenu du grand nombre de listes non marquées politiquement et de l’absence, le plus souvent, de personnalités connues en dehors de la ville.

2/ Par rapport au scrutin précédent (2010), la participation est en forte baisse : 53% contre 64%. Ce chiffre montre une désaffection croissante des Italiens pour les jeux politiques dont ils commencent à se lasser. Cela concerne particulièrement les anciens électeurs du Parti Démocrate de Matteo Renzi, au pouvoir depuis à peine plus d’un an.

Dans les sept régions concernées (ce qui n’est pas totalement représentatif de l’ensemble de l’Italie), le Parti Démocrate (PD) remporte 23% des suffrages (en forte baisse), le Mouvement « Cinque Stelle » (5S, 5 étoiles), sorte de « Podemos » italien, avec 18,4%, conforte sa position de second parti de la péninsule. La Ligue du Nord (LN) a 12,5% des voix (mais là où elle présentait des candidats, elle a beaucoup plus) et « Forza Italia » (FI), de l’ancien premier ministre Silvio Berlusconi, 10,7% (pas présent non plus partout). A noter que dans plusieurs régions la Ligue et Forza ont fait des alliances et parfois présenté des candidats sur des listes communes.

3/ Le PD conserve la direction de 5 régions sur 7 : Toscane (région de Florence, dont Renzi a été maire), Marches (Ancona, sur l’Adriatique), Pouilles (sud-est), Campanie (Naples) et Ombrie (petite région voisine de la Toscane).

Dans la plupart de ces régions, la victoire du parti de gouvernement est étriquée.

Ainsi, en Campanie : PD=41,2%, FI= 38,4%, 5S = 17,5% (il est possible que cette élection soit annulée, le président PD de la région étant sous le coup d’une mise en examen pour malversations). En Ombrie : PD=42,8%, LN=39,3%, 5S=14,3%

4/ La Ligue du Nord conserve haut la main la Vénétie avec 50% des voix, devant le PD (22,7%) et 5S (11,9%).

Un mot sur la Vénétie, la région de Venise, car on risque d’entendre parler de cette région dans les mois ou les années à venir. Un fort mouvement autonomiste et même indépendantiste y est présent. Il s’appuie sur l’histoire : la république maritime de Venise a été un Etat fort pendant mille ans, jusqu’à ce que Napoléon y mette fin ; la région fut incorporée à l’Italie unifiée en 1860 sous la direction de la maison de Savoie-Piémont en grande partie parce que ce furent les troupes piémontaises qui la libérèrent de l’occupation autrichienne. Il s’appuie aussi sur le particularisme vénitien : le dialecte vénitien, forme spécifique d’italien assez différente de l’italien officiel (il pourrait être considéré comme une langue distincte), est encore en usage assez fréquent, y compris dans la ville de Venise, et nombre de Vénitiens se sentent étrangers au reste de l’Italie.

Depuis plusieurs années, le mouvement indépendantiste organise des manifestations d’envergure (sur le modèle catalan), réclame, en vain, un référendum d’autodétermination et fait de bons scores électoraux. Son leader, Luca Zaia, membre fondateur de la Ligue du Nord, est le président sortant (et réélu) de la région. Il s’est fait remarquer notamment en réclamant davantage de programmes en dialecte sur la chaine régionale de la RAI et en demandant l’introduction de ce parler à l’école.

D’une façon générale, la Ligue du Nord, est devenue la force politique dominante des régions du nord de l’Italie. Outre la Vénétie, elle gouverne la Lombardie (région la plus peuplée, avec 10 millions d’habitants, et la plus riche d’Italie) et fait jeu égal avec le PD au Piémont (où le piémontais est parlé par plus la moitié des habitants, tandis que les vallées alpines parlent provençal) et dans les autres régions du Nord.

5/ La Ligurie (Gênes), qui était gouvernée par la gauche depuis 1945, change de camp. C’est désormais une coalition Ligue du Nord-Forza Italia qui la dirigera. Elle a obtenu 34,4% contre 27,6% au PD, 24,8% à 5S et 9,3% à l’extrême-gauche.

6/ Où en est la vie politique italienne ?

Elle a longtemps (de 1945 à 1990) été dominée par deux partis : la Démocratie Chrétienne, structurellement majoritaire (elle a formé la quasi-totalité des gouvernements, ce qui n’a toutefois pas empêché une grande instabilité, comparable à celle de la IVème République en France), et le Parti Communiste, structurellement minoritaire (30 à 40% des voix) mais majoritaire (souvent fortement) dans toutes les régions du Centre (l’Emilie-Romagne était la capitale « rouge » de l’Italie) et gouvernant de nombreuses municipalités et provinces (départements). L’Italie a en fait fonctionné avec un pouvoir de droite et un contre-pouvoir, en quelque sorte institutionnel, communiste. Le PCI était le plus puissant d’Europe Occidentale et le moins aligné sur Moscou. Cette cohabitation « à l’italienne » entre DC et PC était qualifiée de « compromis historique ». Elle résultait en grande partie du combat antifasciste commun mené avant et pendant la seconde guerre mondiale par les communistes et une grande partie de la Démocratie Chrétienne. Les plus anciens d’entre vous se souviennent des films où le curé Don Camillo s’opposait au maire communiste Pepone, ce qui n’empêchait pas une vraie amitié, conflictuelle, entre les deux hommes.

La fin des années 1990 a totalement brouillé les pistes et rebattu les cartes. L’Italie a été affectée par des scandales à répétition, marqués tant par des détournements financiers que par des compromissions d’une partie de la DC avec les mafias. De son côté, le PCI a préféré se dissoudre après la chute du communisme en URSS et en Europe de l’Est.

Sur les ruines anciennes, la classe politique et la société civile se sont mobilisées pour sortir le pays de la crise la plus grave de son existence (hors guerre) : l’Italie était en effet menacée non seulement d’une disqualification généralisée de ses institutions et de ses dirigeants, mais aussi de l’éclatement (débuts de la Ligue du Nord, fondée en 1989 par une coalition de la « ligue de Lombardie » et celle de Vénétie, qui reprennent la tradition des ligues du moyen-âge, et dont l’objectif était l’indépendance de la « Padanie » - plaine du Pô -, c’est-à-dire des régions du Nord, les plus riches, qui ne voulaient plus payer pour le Sud et ses régions gangrénées par les mafias).

La reprise en mains, caractérisée en particulier par l’opération « mani pulite » (mains propres), avec des procès contre les prédateurs et les compromis avec les mafias (marquée par l’assassinant de plusieurs juges et les efforts, souvent héroïques, des populations pour vaincre la peur et témoigner contre les mafieux), a été l’œuvre des anciens de la Démocratie Chrétienne et du Parti Communiste. Cette alliance centre-droit et PC renforcés du petit parti socialiste et d’écologistes, a engendré la coalition de «l’Olivier », rebaptisée plus tard la « Marguerite ».

Les gouvernements formés entre 1996 et 2006 l’ont été, souvent, autour de Romano Prodi, un politicien non compromis dans l’ancien système. En 2007, une primaire a été organisée (3,5M de participants) pour désigner le Secrétaire Général du nouveau parti, le Parti Démocrate, rassemblant anciens communistes, socialistes et démocrates-chrétiens. Walter Voltroni, ancien du PCI et maire de Rome, l’emporta.

Mais le renouveau des partis institutionnels ne suffit pas pour rétablir la confiance de la population. Silvio Berlusconi (droite dure et entrepreneur, notamment à la tête d’un empire médiatique) remporte les élections de 2008. La Ligue du Nord d’Umberto Bossi est associée aux gouvernements du « cavaliere ».

Mais nouveaux scandales à répétition. Ils touchent Berlusconi, mais aussi Bossi. Une réforme constitutionnelle, qui aurait transformé l’Italie en république fédérale, ne passe pas. Forza Italia et la Ligue du Nord perdent beaucoup de soutiens.

Romano Prodi reprend la tête du Parti Démocrate en 2012 et remporte, avec difficulté, les élections générales l’année suivante. Mais il est concurrencé par un « jeune loup », le maire de Florence, Matteo Renzi (40 ans) qui remplace Prodi à la tête du parti et du gouvernement grâce à une sorte de révolution de palais confirmée par une « primaire ».

Après avoir adulé Prodi, la Commission européenne encense Renzi, qui se lance dans les « réformes » souhaitées par Bruxelles. Cela n’empêche pas le chômage de dépasser 20%. La croissance est nulle, à l’image du reste de la zone euro. Les politiques d’austérité engendrent, comme ailleurs en Europe du Sud, précarité et pauvreté.

Les « européennes » de 2014, avec un PD à 40% (mais beaucoup d’abstentions), semblent avoir marqué l’apogée de l’ère Renzi.

Il n’y a pourtant pas vraiment d’alternative : la Ligue du Nord, qui a réussi à dépasser les scandales de la période de Bossi, repart sur de bonnes bases. Après son succès en Vénétie, elle va sans doute en ajouter d’autres, mais elle reste localisée dans le Nord et un peu au Centre (une Ligue du Sud émerge mais elle n’en est qu’à ses balbutiements). Forza Italia, pour sa part, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Berlusconi est un « has been » et FI ne dépasse plus 10 à 15%. Cinque Stelle représente de 20 à 25% de l’électorat, mais son programme est flou et Beppe Grillo ne semble avoir ni l’envie ni les capacités de gouverner.

Alors, un boulevard pour Renzi ? Sans doute pas. Il est en chute dans les sondages (et dans les votes à ces régionales). Surtout, sa coalition et peut-être même l’existence du PD, sont menacés. Entre l’ancienne Démocratie Chrétienne et les anciens communistes, les dissensions s’aggravent. Ils ne sont d’accord ni sur les réformes institutionnelles, ni sur la politique étrangère, ni sur la laïcité. Une réforme de l’école est en cours d’examen au parlement. Elle a toutes les chances de finir au placard.

L’Italie sera-t-elle condamnée à retomber dans ses vieux travers, l’instabilité structurelle ?

L’avenir le dira, mais pour l’heure, la situation italienne peut présenter quelques analogies avec celle d ‘autres pays européens. Cinque Stelle est une sorte de « Podemos », la Ligue du Nord a des analogies avec le Front National de France (avec lequel elle entretient de bonnes relations, sauf que la LN est fédéraliste – elle ne parle plus beaucoup d’indépendance – alors que le FN est jacobin ; les deux s’accordent, en revanche, dans leur critique de l’Union européenne et dans celle de la « menace » islamique). Le PD ressemble à la grande coalition allemande, la stabilité en moins. Forza Italia est affaiblie, mais elle pourrait « ressusciter », pour peu qu’un nouveau Berlusconi émerge. Elle pourrait surfer, avec la LN et 5S sur le rejet des politiques d’austérité que l’UE impose à l’Italie.

Il y aura peut-être une recomposition de la vie politique italienne. Mais il est trop tôt pour dire quand et comment. Les Italiens nous ont habitués aux revirements les plus inattendus. Dans ce pays, depuis l’Antiquité romaine, quand tout semble aller bien, tout peut s’écrouler soudain, et quand ça va mal, on peut avoir un « miracle italien ».

Le lecteur pourra aussi jeter un œil, en complément de cet article, sur celui que j’avais publié le 26 février 2013 : « élections en Italie : un message pour l’Europe ».

Yves Barelli, 4 juiin 2015

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