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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 19:21

Je salue la décision des représentants légitimes du peuple catalan qui ont proclamé ce jour l’indépendance de la Catalogne, nation vieille de 1000 ans, l’une de celles qui ont apporté le plus à la culture et à la personnalité européennes. Je condamne la surdité du gouvernement espagnol qui a obstinément refusé depuis 2010 tout dialogue avec Barcelone en se retranchant derrière des arguties juridiques d’un autre âge et je déplore la myopie des dirigeants européens, en premier lieu, les français qui, eux aussi, se retranchent derrière ce soit disant « état de droit », qui n’est que celui des oppresseurs de refuser le droit des peuples (avec un tel raisonnement, la Révolution de 1789 aurait été « illégale », puisque en contradiction avec l’ « état de droit » de l’ancien régime et le général de Gaulle, dans l’illégalité vis-à-vis du régime de Vichy, n’aurait pu conduire la résistance française). J’aurais préféré une Espagne fédérale, union de peuples libres et non prison qui les enferme. Mais c’est trop tard. Le gouvernement espagnol a créé les conditions de la déchirure de l’Espagne. Face à son aveuglement, le peuple catalan a tranché. Vive donc la République catalane libre.

Reste à organiser le divorce. Espérons que l’Espagne saura surmonter ses vieux démons, ceux du refus du dialogue, de la propension à utiliser la force, jusqu’au suicide si nécessaire, comme, hélas, l’histoire de ce pays l’a souvent illustré. Quant aux dirigeants européens, ils  seraient bien inspirés de procéder à une introspection. Pourquoi les peuples se démarquent-ils de plus en plus de cette Union européenne qui ne leur apporte qu’austérité, recul social, déni des identités et une mondialisation financière dont ils ne veulent pas ?

1/ Le parlement catalan a adopté ce jour à 15h15 par 70 voix pour, 10 contre, 2 bulletins blancs sur 135 membres (les autres, hostiles, ont préféré ne pas prendre part au vote) la motion qui proclame la République catalane souveraine. Il l’a fait en présence de plus de 1000 maires (une majorité absolue) catalans, ce qui a accru encore la légitimité du vote. Tous les présents ont ensuite entonné l’hymne national catalan, tandis que des milliers de citoyens, rassemblés devant le parlement, exprimaient leur joie en ce moment historique. Comme beaucoup, j’ai pu assister en direct à l’évènement en le suivant sur TV3-Catalunya, principale chaine de télévision en catalan. Les chaines françaises et espagnoles d’information en continu ont également couvert la proclamation, puis les rassemblements populaires devant le palais de le Généralité à Barcelone. Des scènes comparables de liesse se sont déroulées dans toutes les localités catalanes.

2/ Continuant dans sa logique folle, le gouvernement espagnol a fait adopter à Madrid la mise en œuvre de l’article 155 de la constitution espagnole sur lequel il entend s’appuyer pour supprimer l’autonomie de la Catalogne, destituer son président et traduire en justice (sa justice) les dirigeants catalans et nombre de responsables de la société civile. Il a également annoncé son intention de prendre le contrôle des administrations et médias catalans.

3/ On est entré dans une période d’affrontements et d’incertitudes.

Je suis incapable de prévoir qui va l’emporter. L’indépendance va-t-elle pouvoir entrer effectivement dans les faits ? Et dans ce cas, quelles seront les conséquences politiques, économiques et internationales?

Le gouvernement espagnol va-t-il pouvoir reprendre le contrôle de la Catalogne ? Quelle sera la résistance effective des Catalans ?

Et si les Catalans  résistent effectivement, Rajoy osera-t-il envoyer les tanks à Barcelone et fera-t-il tirer sur la foule ?

Autre incertitude, quels seront les pays qui reconnaitront le nouvel Etat ? Il y en aura sans doute.

Je suis, en tout cas, convaincu que l’indépendance de la Catalogne est irréversible, aujourd’hui ou plus tard.  

A suivre.

Yves Barelli, 27 octobre 2017                     

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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 15:37

Ils l’ont fait ! Le premier ministre espagnol Rajoy vient de décider, avec la complicité d’une Union européenne sans valeurs, autres que celles de la finance, sans scrupules quand il s’agit d’abaisser les peuples, et sans morale, de supprimer l’autonomie de la Catalogne en destituant, comme l’avaient fait les Bourbon en 1717 et Franco en 1939, son gouvernement et son parlement légitimes car issu d’élections démocratiques, en « reprenant en mains » son administration et sa télévision.

L’Espagne retrouve ses vieux démons, son incapacité à accepter la démocratie dès lors qu’elle concerne les peuples qu’elle asservit depuis des siècles, sa propension maladive à rechercher le conflit plutôt que le dialogue. Cette décision du chef d’un gouvernement et d’une majorité dont les membres, couchés devant Bruxelles et ses politiques d’austérité, ne savent bomber le torse que lorsqu’il s’agit des Catalans et des Basques, est insupportable. Cette image d’un président de la Commission européenne, jamais élue, et d’un fantoche « président » d’une Union européenne, non élu non plus, accourus à Oviedo le jour même du coup de force de Rajoy, pour se voir décerner une médaille par un roi sans légitimité, fils de la marionnette corrompue placée sur le trône d’Espagne par Franco, dictateur sanguinaire arrivé au pouvoir grâce au soutien militaire de Hitler et de Mussolini, est choquante.

Décidément, cette UE tombe de plus en plus bas. Elle aussi retrouve ses vieux démons qui lui ont fait abandonner la République espagnole sans lever le petit doigt ou qui ont livré à Munich la Tchécoslovaquie à Hitler. Cette UE rappelle cette « Sainte Alliance » des monarchies répressives mises en place en Europe après 1815 pour détruire les acquis et le souvenir même de la Révolution de 1789 dont les idées de Liberté avaient essaimé sur tout le continent. Honte à cette Europe-là. Elle ne sera pas éternelle.

1/ Mariano Rajoy a décidé de « destituer » le président de la Généralité de la Catalogne, de dissoudre son parlement, de placer toutes les administrations catalanes sous la tutelle directe de Madrid et même d’exercer un contrôle direct sur la télévision, sur internet et sur les télécommunications de la Catalogne. Même si Rajoy dit que cela ne supprime pas l’autonomie catalane, c’est bien, en réalité, de cela qu’il s’agit.

Reste à savoir comment il compte s’y prendre pour faire entrer dans les faits ces décisions scélérates. 90% des fonctionnaires catalans dépendent aujourd’hui de la Généralité. La population reste très mobilisée et ne semble pas décidée à accepter le fait accompli.

On peut hélas s’attendre à un usage accru de la force par Madrid. Déjà les présidents des deux principales associations culturelles ont été arrêtés (c’est symptomatique : quand on parle de culture, les ennemis de la démocratie et de la pensée sortent leurs armes. Comme Hitler, Franco et Pinochet) ; le chef des « mossos d’Esquadra » va passer devant la justice. Et ce n’est pas fini. On peut s’attendre à ce que Carles Puigdemont soit aussi arrêté et, bientôt, les automitrailleuses des forces espagnoles de répression stationneront sur la Rambla. Comme sous Franco.

2/ Malheureusement, les Catalans sont pacifiques et non-violents. On le sait à Madrid où on estime pouvoir passer en force face à des gens qui, in fine, se coucheront. Ils font peut-être la bonne analyse. Mais cette fois, je crois que ce sera plus difficile pour eux. A force de tirer sur le ressort de la patience catalane, il se pourrait qu’il casse et que la non-violence ne soit pas éternelle.

Je suis personnellement assez sévère sur la stratégie de Puigdement. Je crois qu’il a commis trois erreurs :

La première est d’avoir lancé le référendum d’autodétermination au mauvais moment, c’est-à-dire dans un contexte de gouvernement espagnol faible. Il ne dispose pas d’une réelle majorité au parlement. Il a donc peu de marges de manœuvres. Rajoy est en fait prisonnier des barons et de la base de son parti où les nostalgiques de Franco et de sa « mano dura » sont légion. Pour négocier, c’est-à-dire pour accepter de faire des concessions, il faut être fort. Or il est faible. Cela rappelle la 4ème République en France, incapable de rechercher une solution négociée en Algérie, incapable de s’écarter d’une constitution, qui, comme l’espagnole d’aujourd’hui, garantissait la pérennité de l’Etat unitaire et interdisait en conséquence d’accepter une autodétermination en Algérie. Seul de Gaulle a pu la réaliser et malheureusement dans des conditions qui étaient devenues très défavorables à la France, alors que des négociations menées plus tôt auraient sans doute permis de trouver un bon compromis. Les Catalans étaient prêts à trouver un bon compromis avec l’Espagne sous la forme d’un Etat fédéral avec une souveraineté-association de la Catalogne et du Pays Basque. Je crains que maintenant le divorce soit irrémédiable. Les Catalans ne sont sans doute pas en mesure d’obtenir aujourd’hui l’indépendance. Mais plus on continuera à les humilier, plus il est certain qu’un jour ils l’auront.

A cette faiblesse du gouvernement de droite s’en ajoute une seconde,  celle des socialistes. Elle est encore plus navrante. Le PSOE soutient le gouvernement de Rajoy tout en déplorant de manière hypocrite la violence policière le jour du référendum et en préconisant la modification de la constitution qu’ils n’ont même pas eu la velléité d’envisager quand ils étaient au pouvoir. Aujourd’hui, les socialistes espagnols laissent faire le « sale boulot » à Rajoy, espérant peut-être tirer un jour le bénéfice de l’échec de sa politique. En Espagne, comme ailleurs, les socio-démocrates, auxquels le vieux sobriquet de « socio-traitres » s’applique plus que jamais, ont trahi tous leurs idéaux. En Espagne comme ailleurs, ils sont sanctionnés par les électeurs et ils le seront de plus en plus. Triste à constater.

Droite et socialistes sont faibles par rapport à l’opinion publique. Je n’ai pas connaissance de sondages récents (le dernier date de septembre ; il est déjà obsolète) mais je crains que l’opinion majoritaire des Espagnols (ailleurs qu’en Catalogne et au Pays Basque), que je connais bien, soit hostile aux Catalans. Les Espagnols sont viscéralement attachés à l’Espagne, son unité et sa « grandeur » (hélas passée). Il y a une forme de paranoïa et de complexe collectif. Les Espagnols ont tout abdiqué face à Bruxelles, y compris leur honneur. Ils se sont soumis aux pires programmes d’austérité de Bruxelles (on a baissé les salaires des fonctionnaires et les retraites de 20% pendant que les banquiers responsables de la crise continuaient à s’engraisser). Ils ne sont plus capables de bomber le torse que lorsqu’il s’agit des Catalans et des Basques. Un peu comme un individu humilié se venge sur plus faible que lui.

Sans doute les Catalans auraient-dû attendre un peu que le gouvernement de Rajoy s’affaiblisse davantage. Une majorité de substitution Podemos-socialistes n’était pas impossible. Podemos sont les seuls coopératifs avec les Catalans.

Les Catalans ont commis deux autres erreurs stratégiques.

La première est de penser que les Espagnols n’oseraient pas dénier ouvertement la démocratie et le droit des gens et qu’ils n’utiliseraient pas la force. Le gouvernement de Rajoy, convaincu de l’impunité et même du soutien national et international, a osé envoyer la police le 1er octobre pour tenter d’empêcher les gens de voter, il a osé arrêter des patriotes catalans, il a osé destituer les dirigeants catalans et il s’apprête à oser censurer la télévision. S’il pense devoir envoyer les tanks à Barcelone, il le fera.

La deuxième erreur a été de penser que l’Europe ne laisserait pas faire. Les mêmes qui ont dépecé l’Union soviétique et la Yougoslavie, qui ont livré le Kosovo aux mafias albanaises, qui dénoncent les régimes autoritaires ou soit disant autoritaires sur la terre entière, ne trouvent rien à redire au déni démocratique en Catalogne, à la censure de la télévision, aux arrestations d’opposants politiques, à l’envoi de flics pour « confisquer » des urnes. La démocratie, oui, pour les autres, tant qu’il s’agit de dépecer des Etats communistes, mais pas en Europe, devenue prison des peuples. Chez nous, on peut encore voter, mais seulement pour entériner, jamais pour décider. On l’a vu en France en 2005 lorsque nous avons dit non à la soit disant constitution européenne, imposée ensuite sans vote.

Il était certainement naïf de compter sur l’Europe. Je le disais déjà à mes étudiants de Barcelone il y a trois ans. Je leur disais aussi qu’un jour ils verraient des tanks dans les rues de Barcelone. Ils ne me croyaient pas. Nous y sommes presque.                  

Les Catalans ont leur part de responsabilité dans cette situation. Ils n’ont jamais su expliquer leur cause et sont toujours apparus aux yeux des autres Espagnols comme des gens fiers,  prétentieux, peut-être trop imbus de leur réussite économique et culturelle. Ils n’ont même pas su convaincre les Valenciens, qui, pourtant, parlent la même langue qu’eux.

3/ Que faire maintenant ?

Les Catalans ne peuvent plus reculer. Ils vont sans doute proclamer l’indépendance dans le courant de la semaine. Cela ne changera rien à la situation et renforcera la détermination de Madrid en lui donnant un argument supplémentaire pour imposer ses vues par la force.

Mais cette proclamation est inévitable. Ne pas la faire ajouterait le ridicule à l’humiliation.

Et ensuite ? Si j’étais à la place de Puigdemont, je me réfugierais dans le monastère de Montserrat, haut-lieu de l’âme et de la résistance catalanes sous Franco, et j’y organiserais la riposte. Des intellectuels y avaient trouvé refuge, sous la protection des moines. Franco n’osa pas les en déloger. Ce que Franco n’a pas fait, Rajoy le ferait-il ? Je ne l’exclue pas. Mais il faut le mettre au défi.

Pour le reste, la résistance passive sera la bonne méthode. Mais elle ne suffira pas. Je ne préconise pas la violence côté catalan, mais il faudrait en laisser planer le doute. La dissuasion est une arme efficace. Ne jamais dire qu’on utilisera jamais la force. Face à des gens qui ne comprennent qu’elle, c’est être sûr de perdre. C’est comme avoir la bombe atomique et dire que ne l’utilisera jamais.     

Rendre la vie impossible à l’Espagne me parait être la bonne stratégie. S’attaquer au fonctionnement de l’économie, dissuader les touristes de venir, commencerait à faire réfléchir, non seulement à Madrid mais aussi à Bruxelles et dans les grandes entreprises, dont Bruxelles a l’oreille.

Alors, on se mettra peut-être autour d’une table pour discuter. Seul un rapport de forces plus favorable aux Catalans y parviendra. Ils ne vont pas se libérer seuls, mais en posant un problème durable en Espagne, ils pourront parvenir à convaincre une majorité d’Espagnols et d’Européens qu’un asservissement permanent des Catalans n’est pas une solution viable sur le long terme.

4/ J’ai parlé de cette question avec pas mal d’interlocuteurs, espagnols et français.

Beaucoup d’Espagnols sont effondrés par ce qui se passe. Ils ont conscience qu’il y a un engrenage qui risque de dépasser tout le monde. Ils n’ont pas oublié le drame de la guerre civile espagnole et ils considéraient massivement que les erreurs et les crimes du passé ne pourraient plus se reproduire, que l’Espagne, enfin, était devenue un pays « normal ».

Je suis sur cette ligne-là. Comme une majorité d’Espagnols et de Catalans, j’étais attaché à l’existence d’une Espagne unie parce qu’on est plus fort ensemble que séparés. Mais pas à n’importe quel prix. Une Espagne fédérale, union libre de peuples libres, d’accord. Pas une Espagne, prison de peuples captifs, pas une Espagne où un « tribunal constitutionnel » ose censurer un statut d’autonomie sous prétexte que son préambule rappelle que la Catalogue est une Nation depuis le 10ème siècle (c’est pourtant un fait historique) et qui ose affirmer que le seul pouvoir réside dans le gouvernement de Madrid qui consent à déléguer aux « régions » la part de compétences qu’il veut bien leur déléguer, qui crée sa propre constitution en y incluant une clause interdisant l’autodétermination et qui se réfugie ensuite derrière cette constitution, garante d’un soit disant état de droit, pour empêcher les gens même de voter (et l’Europe fait semblant de gober tout cela !).

Une bonne constitution fédérale assurant l’égalité entre les peuples d’Espagne, aurait eu l’assentiment des Catalans et, par la même occasion, de moi-même.

Il est sans doute trop tard. Le divorce est dans les esprits. Plus vite il sera dans la réalité, plus vite on pourra recréer les conditions d’une bonne coopération entre la Catalogne et l’Espagne. Je citais hier dans mon article consacré aux élections tchèques le cas de l’ancienne Tchécoslovaquie. Un divorce « de velours » est intervenu entre Tchèques et Slovaques (beaucoup, dont moi, pensent qu’on aurait pu l’éviter, mais c’est fait ; on ne refait pas l’histoire). Aujourd’hui, les deux peuples ont des relations exemplaires. Ils continuent à consommer les mêmes produits et continuent à regarder les chaines de télévision de l’autre, mutuellement diffusées). Ils s’estiment en fait quasiment faire partie du même pays. Le probable nouveau premier ministre tchèque est d’origine slovaque et a l’accent slovaque quand il parle tchèque. Cela ne gêne personne à Prague. Ce serait le cas, aussi, de la Catalogne et de l’Espagne. Mêmes « tapas », même paella, même passion pour le foot, même sentiment, finalement, de faire partie d’un même monde, d’une même communauté de valeurs. A condition que ce soient des valeurs de liberté et d’égalité.

Ceux qui lisent mes textes peuvent penser que je suis un indépendantiste catalaniste invétéré. Ils se trompent. J’étais pour l’Espagne unie. Mais pas n’importe quelle Espagne.

Les discussions que j’ai avec certains Français sont souvent placées sous le sceau d’une grande incompréhension. La plupart parlent alors qu’ils ne connaissent rien à l’Espagne. Défaut bien français. Ils vivent dans un pays si centralisé qu’il a réussi à tuer les identités « régionales ». Le black-out complet des médias fait que beaucoup de Français ne savent même pas qu’il y a encore des gens qui parlent breton ou occitan (dont moi). Beaucoup ne savaient pas non plus que les Catalans parlent catalan et combien savent qu’il y aussi des Catalans en Roussillon ? Leur monde s’arrête le plus souvent au boulevard périphérique parisien. Navrant.

Beaucoup sortent un argument, certes un peu plus recevable, pour s’opposer à l’indépendance de la Catalogne, le précédent yougoslave, ses guerres entre républiques et ses « nettoyages ethniques ». Je connais bien ces conflits que j’ai eu le temps d’étudier lorsque j’ai été en poste diplomatique dans l’ancienne Yougoslavie. Je ne vais pas en parler ici, ce n’est pas le sujet. Mais l’Europe y a eu sa part de responsabilités.

Aujourd’hui, il y a un problème en Espagne et en Catalogne. Ce n’est pas en le niant qu’on va le résoudre. Au contraire. Nier le droit des Catalans à choisir leur destin sous prétexte que cela donnerait des idées à d’autres de faire pareil n’est pas la solution.

Il vaudrait mieux, je crois, s’interroger sur l’avenir (et déjà le présent) que l’on propose aux peuples d’Europe. Certains pensent qu’on évite le nationalisme (néfaste, alors que le patriotisme est utile) en niant les nations. C’est non seulement antidémocratique, mais c’est une erreur.

A force de nier les identités, en voulant transformer les citoyens en simples consommateurs dans une société mondialisée, les gens ne savent plus où ils en sont. Avoir une identité, c’est savoir d’où l’on vient pour avoir une chance de choisir où l’on va. Là où il n’y a plus d’identité, il n’y a plus de lien social. Vous voulez supprimer ce que vous appelez les « égoïsmes nationaux » et vous ne récoltez que des égoïsmes individuels et de classes ou, pis, du communautarisme, forme accomplie de l’égoïsme le plus primaire.

Transformons cette Europe, caricature d’un système si pervers qu’il ne peut déboucher que sur le chaos et l’oppression. Construisons de véritables rapports humains entre citoyens fiers de leur histoire, de leur culture, bref, de leur identité. Je suis internationaliste mais j’ai des racines et j’y tiens. L’internationalisme sans racines ni identités, c’est une construction artificielle qui non seulement débouche sur rien mais est porteuse de tous les dangers. Les peuples comme la nature ont horreur du vide. Plus vous « mondialiserez », plus vous obtiendrez en réaction ces « populismes » que vous combattez parce que, simplement, vous n’avez rien compris. Vous essayez de boucher la marmite en vous bouchant les yeux et vous vous étonnez ensuite qu’elle explose !        

Et si les Catalans peuvent nous aider à ouvrir les yeux, merci à eux. On rapporte l’interpellation au 19ème siècle du tsar de Russie, lorsque la Pologne était dépecée et occupée par la Russie, la Prusse et l’Autriche. Quelqu’un s’approcha de lui et lui dit « Vive la Pologne, Monsieur ».

Je dis aujourd’hui à ceux qui veulent l’entendre « Visca Catalunya lliura, Senhor ! », vive la Catalogne libre, Monsieur ! Et honte à ceux qui veulent l’enfermer dans la soumission.  

On va voir ce qui va se passer cette semaine. Je vous en reparlerai. C’est loin d’être fini.

Yves Barelli, 22 octobre 2017      

                                                                   

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 16:54

Ce qui se passe en Catalogne est grave et malheureusement ne me surprend pas. Le pouvoir  espagnol agit dans une logique de guerre civile. Il refuse toute idée de dialogue avec les Catalans. Il entend les sanctionner et s’achemine vers une occupation militaire de la Catalogne. Jusqu’à présent, le mouvement catalaniste a été non violent. Je crains que cela ne dure pas. Les dirigeants madrilènes, gouvernement de droite de Rajoy mais aussi roi, dont on se souviendra qu’il est le fils de la marionnette mise en place par Franco pour perpétuer son régime aux fondements fascistes, s’arcboutent derrière la fiction d’une Espagne immuable qui serait une, indivisible et éternelle parce que de construction divine. Ils sont prêts à tout, même à détruire l’Espagne, comme l’a fait Franco, pour persister coûte que coûte dans la paranoïa de leur logique irrationnelle. Ils bénéficient hélas encore du soutien de nombreux Espagnols qui n’ont pas encore compris que ce pays est composé de plusieurs nations et que ces nations ne peuvent vivre dans un Etat commun que si c’est sur la base d’un libre choix et non imposé avec des arguments fallacieux. D’autres, plus intelligents, sont davantage ouverts. Mais n’est-il pas trop tard ? Je suis pessimiste pour ce pays avec lequel j’ai des attaches personnelles fortes.

1/ L’antagonisme de fond entre Catalans et pouvoir madrilène n’est pas nouveau. Sans remonter aux Bourbons du 18ème siècle, ancêtres, imposés depuis l’étranger, de l’actuel roi d’Espagne, ni même à Franco et ses centaines de milliers d’Espagnols assassinés, y compris le premier président de la Catalogne autonome, fusillé par les sbires du fascisme de Franco, et ni même à la longue résistance catalane pendant les quarante ans qu’a duré la nuit fasciste, l’antagonisme dans sa forme actuelle  a commencé en 2010.

Cette année-là, le nouveau statut (constitution) d’autonomie catalane, adopté par le parlement catalan et qui, selon la constitution espagnole, devait également être approuvé par le parlement espagnol, a été retoqué par le « tribunal constitutionnel » de Madrid, à peine sur le fond mais surtout pour son préambule qui replaçait la Catalogne contemporaine dans la lignée de son histoire, celle de la « nation » catalane qui émergea au 10ème siècle (bien avant l’Espagne dont la plus grande partie, à l’époque, était sous la domination musulmane) et qui forma, pour plusieurs siècles, un Etat souverain qui accepta de s’unir à la Castille à la fin du 15ème siècle sur une base, à l’époque, égalitaire, égalité respectée jusqu’à l’arrivée au pouvoir des Bourbons.

Ce refus de reconnaitre une réalité pourtant historique a été à l’origine de l’approfondissement du malentendu entre Barcelone et Madrid : pour les Catalans l’appartenance à l’Espagne ne saurait qu’être volontaire et librement consentie par son peuple, tandis que pour les tenants d’un Espagne mythique, éternelle et immuable, toute autonomie accordée aux « régions » (et non nations) ne pouvant qu’être une concession décidée par le seul gouvernement central.

Du coup, les partisans de l’indépendance, qui n’étaient que 10 à 20% selon les enquêtes d’opinion, ont vu leurs rangs progresser au fur et à mesure qu’un nombre croissant de Catalans, qui se sentaient humiliés d’être traités en mineurs à vie, ont perdu l’espoir de voir les choses changer dans le cadre de l’Etat espagnol.

L’idée d’un référendum d’autodétermination a alors émergé, soutenue par les indépendantistes, que les sondages ont montré de plus en plus nombreux mais aussi par d’autres Catalans, attachés à l’Espagne, mais souhaitant que cette question soit tranchée démocratiquement, les premiers espérant une majorité de oui à l’indépendance, les seconds, une majorité de non (comme cela fut le cas des autodéterminations québécoise et écossaise).

Lors des élections de 2011 une majorité indépendantiste émergea. Elle se prononça pour la convocation d’un référendum pour novembre 2014. Il a eu lieu en prenant des précautions pour éviter de prêter le flanc aux critiques de Madrid : organisé par la « société civile » et destiné à faire connaitre l’avis en grandeur réelle des Catalans sur le principe de l’indépendance. Malgré ces précautions, Madrid a considéré avant même le vote cette  consultation « nulle et non avenue ». La plupart des opposants à l’indépendance ne se sont pas dérangés, près de la moitié des inscrits ont voté donnant évidemment une écrasante majorité pour le oui. Donc, référendum pas vraiment conclusif, ce qui correspond, je crois, aux sentiments des Catalans à ce moment-là : partagés entre leur catalanité et un attachement réel à l’Espagne ; je l’ai moi-même constaté sur place (je donne un cours de relations internationales à l’université de Barcelone et j’ai de nombreux contacts dans cette nation-région).

Le gouvernement catalan procéda alors à une dissolution de son parlement pour rendre les choses plus claires : les élections de 2015 furent menées sur quasiment le seul thème de l’indépendance. La coalition « Junts pel si » (ensemble pour le oui), qui réunit des partis de droite et de gauche, détient aujourd’hui la majorité absolue au parlement catalan. Elle dispose de 76 députés sur un total de 135. Par ailleurs, les 11 députés de Podemos, sans se prononcer sur le fond (indépendance ou pas), se sont déclarés favorables à un scrutin d’autodétermination. Les partis dits « espagnolistes », qui collent au gouvernement de Madrid en refusant l’idée même de référendum, n’ont que 25 députés au parlement catalan. C’est dire le clivage existant entre Barcelone et Madrid. La participation électorale a été de 76%.

On peut donc dire  que le gouvernement catalan indépendantiste de Carles Puigdemont a une légitimité certaine.

C’est lui, avec le soutien du parlement catalan, qui a organisé le référendum, jugé illégal par Madrid, du 1er octobre.

Il est important de constater aussi que le gouvernement catalan s’est toujours déclaré prêt à discuter avec le gouvernement espagnol. La seule réponse qui lui a été donnée, celle qui revient en boucle dans la bouche de Mariano Rajoy, avant, pendant et après le référendum,  et du roi Felipe hier, est : la Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution. Comme celle-ci ne prévoit pas la possibilité d’une scission du territoire espagnol, il n’y a évidemment rien à discuter. C’est sur cet argument primaire que Rajoy a envoyé ses gardes civils pour « confisquer » les urnes, « joujou » de ces « turbulents » Catalans, petits enfants pas sages, qui doivent être ramenés à la « raison ». Pour les fascistes et néo-fascistes espagnols, la démocratie s’arrête où commence l’intégrité de l’Espagne. Pour eux, les Catalans ne sont pas propriétaires de la Catalogne, ils n’en sont que locataires et, quand bien même les indépendantistes seraient majoritaires, cela n’a rigoureusement aucune importance ni aucune incidence.

2/ Le gouvernement espagnol a donc choisi la force pour régler, croit-il, la question. Après avoir envoyé sa police (avec peu de résultats puisque le vote a quand même eu lieu, même s’il s’est fait dans des conditions plus que difficiles), le gouvernement de Rajoy a déjà fait savoir qu’il appliquerait la « loi »,  sa loi, dans toute sa rigueur. Des procédures d’amendes sont déjà en cours vis-à-vis des maires (presque tous) qui ont collaboré au déroulement du scrutin. Une procédure disciplinaire et sans doute judicaire est mise en route contre les responsables de la police catalane (les « mossos d’esquadra ») accusés de ne pas avoir collaboré avec la police espagnole pour « confisquer » les urnes et le matériel électoral. Le ministère des finances a fait savoir qu’une journée de salaire sera retenue sur les grévistes (presque tous) dans les administrations lors de la grève générale d’hier. Plus quelques autres mesures, décidées ou à venir, toutes plus mesquines les unes que les autres, et destinées à imposer mais aussi à humilier.  

C’est donc la force qu’a choisi le pouvoir de Madrid. Au risque assumé de faire encore monter les sentiments indépendantistes chez les Catalans. Visiblement, cela, on « s’en fout » à Madrid.

3/ Le gouvernement et le parlement catalan ne vont plus reculer (ils l’ont déjà trop fait depuis 2010) sans résultat. Il est probable que l’indépendance de la Catalogne sera proclamée avant la fin de la semaine.

4/ Madrid va y répondre en dissolvant les institutions catalanes (comme l’avaient fait les Bourbons en 1710 !), peut-être en arrêtant les membres du gouvernement catalan et peut-être les députés et quelques maires, et en établissant l’état d’urgence, peut-être même la loi martiale.

Je disais il y a quatre ans à mes amis catalans qu’un jour ils verraient stationner des tanks sur la Rambla de Barcelone, me heurtant au scepticisme de leur part. Ils estimaient qu’une telle situation aujourd’hui en Europe est inconcevable. Je leur répondais que la Yougoslavie aussi est en Europe et que cela n’a pas empêché ce pays autrefois tranquille (que j’ai bien  connu aussi)  de sombrer dans un conflit meurtrier et, in fine, de disparaitre.

L’inquiétant est qu’il y a beaucoup de têtes brulées castillanes prêtes à détruire l’Espagne plutôt que d’accepter l’indépendance de la Catalogne (ou du Pays Basque).

5/ Les Catalans comptent encore sur l’Europe pour ramener Madrid à la raison. Je les trouve naïfs. Les dirigeants catalans croient que, en se laissant arrêter par la garde civile, ils vont décider l’Europe à bouger.

Je crois hélas que l’Europe, à commencer par la France (Macron vient honteusement de réitérer son appui à Rajoy), attendra qu’il y ait des morts à Barcelone. Pas un ou deux, mais des centaines. Ils risquent de venir vite : si les institutions catalanes sont supprimées et ses dirigeants emprisonnés, il n’y aura plus aucune autorité pour calmer les nombreux jeunes Catalans qui, ayant épuisé toutes les possibilités d’un « dialogue » inexistant, sont maintenant prêts à en découdre. Et pas mal d’adultes, qui ont vécu le franquisme, les soutiendront.

XXX

J’espère me tromper dans ces prévisions pessimistes. Il y a encore des gens intelligents à Madrid. Seront-ils entendus par des dirigeants sourds et aveugles qui sont encore restés dans leur tête dans l’Espagne de Franco, celle où l’on utilise et on ne comprend que la force bestiale ; pour eux, l’ « état de droit », c’est le droit d’opprimer

N’est-il pas, aussi, trop tard pour qu’ils soient  entendus à Barcelone ?

Une commentatrice ce matin sur une chaine de télévision, une Madrilène qui se dit monarchiste (il n’y en a pas beaucoup mais ça existe) et attachée à l’unité de l’Espagne (et qui déplore en même temps les violences policières de dimanche) disaient : « deux TGV, celui de Madrid et de Barcelone, sont lancés à pleine vitesse sur la même voie et en sens inverse, le choc va être terrible ». Elle n’a pas dit si elle en acceptait l’idée. Beaucoup de ses compatriotes y sont prêts.    

La connaissance que j’ai de l’histoire de l’Espagne et de l’hypocrisie impuissante de l’Europe ne me rendent pas optimiste. Un conducteur de TGV n’aime pas faire machine arrière et, de toute façon, quand il est lancé, c’est difficile de l’arrêter rapidement.  

Yves Barelli, 4 octobre 2017                                   

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 01:16

Des policiers casqués, venus du reste de l’Espagne, qui brutalisent des femmes et des vieillards venus voter, des écoles saccagées pour tenter de s’emparer des urnes, plus de 700 blessés : une honte pour le gouvernement de Mariano Rajoy qui a ainsi montré son vrai visage, celui, honteux, d’un héritier du fascisme de Franco.

En dépit de ce déploiement de force destiné à empêcher par tous les moyens les Catalans de s’exprimer, le référendum sur l’indépendance a pu se dérouler, nonobstant l’ « interdiction » décidée par un gouvernement et un « tribunal constitutionnel » espagnols, juges et parties. Peu importe le résultat de cette consultation qui, en maints endroits, n’a pu se dérouler dans des conditions normales. Elle  sera, de toute façon, contestée. L’important est qu’elle se soit néanmoins tenue, avec la participation de millions de votants.   

Reste à voir sur quoi cette journée qui se voulait « historique » va déboucher : le parlement catalan se réunira mercredi ; l’indépendance pourrait être proclamée. Parallèlement, le chef du gouvernement espagnol va réunir les partis. Le chef du PSOE (socialiste), qui renvoie dos à dos Rajoy et Puigdemont (président catalan), mais qui a dénoncé les violences policières, pourrait tenter de faire renouer le dialogue. Podemos et le gouvernement basque  pourraient aussi jouer les intermédiaires. Un fossé s’est creusé aujourd’hui entre la Catalogne et l’Espagne. Il pourrait ne pas encore être irréversible. Mais le temps presse.

1/ On a pu voir sur les chaines françaises d’information en continu les longues files de citoyens faisant la queue sous la pluie pour aller voter dans des bureaux de vote où de nombreux jeunes ont campé toute la nuit pour les protéger des descentes de la police. J’ai personnellement regardé toute la journée sur internet la chaine d’information en continu du journal espagnol El Pais (intéressant car ce quotidien, équivalent du Monde, ne peut être suspecté de sympathie avec les indépendantistes catalans ; il a cependant rendu compte honnêtement du déroulement du « référendum illégal d’indépendance », comme il le nomme). On montrait notamment les urnes arriver à l’ouverture des bureaux, amenées en voitures de lieux secrets que la police n’a pu découvrir. On y a aussi vu les difficultés matérielles, les moyens de l’Etat ayant souvent réussi à perturber l’accès au fichier informatique des listes électorales, de sorte que, dans certains bureaux, on a du recopier les listes à la main.

Une petite incidente sur les bulletins de vote : ils sont bilingues, non pas catalan et espagnol, mais catalan et occitan, deuxième langue officielles de la Catalogne grâce au petit Val d’Aran, de langue occitane : les électeurs ont donc pu dire « òc » (oui) à l’indépendance. C’est peut-être de l’enfantillage, mais ça me fait plaisir.

2/ On a pu voir sur ces mêmes chaines d’information les charges policières contre des électeurs, certes avec une volonté très contenue de ne pas faire trop de mal. Mais ce spectacle de femmes poussées, voire trainées, à terre est indigne d’un pays qui se dit « démocratique ». On ne déplore heureusement aucun blessé grave. C’est une chance. Ces policiers ne sont pas catalans. Les « mossos d’esquadra », que chacun a vus lorsque les attentats islamistes ont frappé Barcelone le mois dernier, se sont contentés d’observer la situation. Ils se sont heurtés ça et là aux policiers « nationaux » et aux gardes civils (équivalents de gendarmes). Là aussi, on a évité le pire. Une procédure judiciaire a été ouverte contre eux à l’initiative du gouvernement de Madrid.

Ce sont 20 000 forces de l’ « ordre », en l’occurrence du désordre, qui ont été amenées du reste de l’Espagne. Sachant qu’ils ne seraient pas les bienvenus, on a évité de leur faire traverser la Catalogne : ils ont débarqué par bateau dans un endroit retiré du port de Barcelone. Une sorte d’expédition en terrain colonial !

Comme ces policiers nationaux et ces gardes civils ne pouvaient être partout, ce ne sont finalement que quelques bureaux de vote qui ont été perturbés : à Barcelone, mais aussi à Girone, où le président catalan, Carles Puigdemont, est inscrit. Il a néanmoins réussi à voter. Selon le gouvernement catalan, 96% des bureaux de vote (chiffre impossible à vérifier) auraient fonctionné normalement.

3/ On ne saura sans doute jamais combien exactement d’électeurs ont pu participer au référendum. Beaucoup, certainement. Une majorité du corps électoral ? On ne le saura sans doute pas. Les indépendantistes diront que oui, le gouvernement dira le contraire. Ceux qui sont opposés à l’indépendance ne se sont pas, le plus souvent, déplacés. Néanmoins, certains d’entre eux l’ont fait pour montrer leur désapprobation avec la prétention de Madrid à l’interdire.

L’important est en tout cas que le référendum ait eu lieu malgré tout. Les conditions dans lesquelles il s’est déroulé lui ôte, de fait, une signification autre que celle, et c’est déjà beaucoup, de la capacité des Catalans à l’avoir tenu.

4/ Quelle est la réalité des sentiments des habitants de la Catalogne ? En l’absence de consultation dans des conditions normales, par la faute du gouvernement de Madrid, on ne peut que s’en remettre aux sondages et aux élections précédentes. Le parlement catalan a été renouvelé il y a deux ans sur un programme clair de marche vers l’indépendance. Les députés favorables à celle-ci sont majoritaires. Cela confère une légitimé à ce parlement et à sa volonté de rompre avec l’Espagne. Les sondages donnent au coude à coude, en cas de « vrai » référendum d’autodétermination, les partisans du oui et du non. Cela n’est pas étonnant : il y a de l’ordre d’un tiers de non-Catalans (certains intégrés et même assimilés, d’autres non) parmi les résidents de Catalogne de nationalité espagnole (les étrangers ne votent pas). Avec une minorité de Catalans « espagnolistes », on s’approche de la moitié.

Quelles seront les conséquences des évènements d’aujourd’hui sur les sentiments des Catalans ? Certains craignant l’enchainement de violences pourraient rejoindre le statuquo pro-espagnol. Mais, selon les observateurs, y compris d’El Pais (hostile à l’indépendance) l’attitude de Rajoy visant à humilier et intimider les Catalans va sans doute encore renforcer le camp indépendantiste.

5/ Que va-t-il se passer maintenant ?

On a déjà eu ce soir un grand rassemblement populaire sur la Plaça de Catalunya de Barcelone. Les orateurs qui s’y sont exprimés se sont prononcés pour la proclamation sans plus tarder de la « République catalane ».

Mercredi 4 octobre le parlement catalan se réunit. On dit qu’il pourrait proclamer l’indépendance.

Mariano Rajoy va-t-il envoyer la garde civile pour tenter d’arrêter députés et membres du gouvernement catalan ? Je ne l’exclue pas. Verra-t-on des automitrailleuses stationner sur la Place de Catalogne et sur la Rambla comme du temps de Franco ? Je ne l’exclue pas non plus.

6/ Il y a heureusement des gens plus sensés que le chef du gouvernement espagnol pour lui dire qu’il est allé trop loin.

Il est vrai que le référendum était annoncé depuis longtemps et que Rajoy n’a strictement rien fait pour entamer ne serait-ce qu’un début de dialogue avec les dirigeants catalans. Son seul langage a été de répéter que la Constitution espagnole interdit la sécession d’une partie de l’Espagne (c’est ce qu’on disait à Paris en 1954 à propos de l’Algérie. On voit ce qu’il est advenu…) et que, en conséquence, tout référendum d’autodétermination est « interdit » (sur un ton que même des parents ne tiennent plus quand ils s’adressent à des enfants) et que, puisqu’il est interdit il est normal qu’on envoie la police pour « confisquer » les urnes.

Le chef du gouvernement espagnol, très critiqué par une partie de la classe politique et des médias, s’est résolu à organiser dans la semaine une réunion avec les partis espagnols.

Podemos a soutenu dès le départ le droit des Catalans à voter et a condamné les violences policières. C’est le cas aussi des partis basques.  

Pedro Sanchez, leader du PSOE (socialiste) a tenu ce soir un langage balancé, renvoyant dos à dos Puigdemont pour avoir pris l’initiative du référendum « illégal » et Rajoy pour n’avoir rien fait pour essayer de dialoguer et pour résoudre la crise de manière politique et non, comme c’est le cas, avec rien d’autre que des arguments juridiques (fallacieux) et des policiers tentant de voler les urnes.

Rappelons que le gouvernement de Rajoy est fragile. Il ne tient que par une majorité relative et non absolue.

Y aura-t-il une conjonction du PSOE, de Podemos et de quelques autres, dont les partis basques, pour le renverser ? Peut-être.

Il est clair que désormais la personne de Mariano Rajoy est une partie du problème et non de sa solution.

Sur le fond, le PSOE, qui a beaucoup à se faire pardonner tant son actuation quand il était aux affaires a été lamentable, pourrait enfin (pourquoi ne l’a-t-il pas fait quand il était au pouvoir ?) approfondir son idée de transformer l’Espagne en Etat fédéral avec quelques concessions aux Catalans, telle la liberté de choisir librement leur statut sans censure du « tribunal constitutionnel », qu’il y aurait évidemment lieu de réformer car c’est lui qui a mis le feu aux poudres en 2010 en interdisant l’emploi du mot « peuple, catalan » dans le statut (constitution) de la Catalogne. On pourrait aussi introduire au niveau fédéral l’égalité entre toutes les langues d’Espagne (catalan, basque, galicien) alors qu’aujourd’hui la seule langue de l’Etat espagnol est la castillan (tandis que, en Catalogne, c’est seulement le catalan, et symboliquement l’occitan, ce qui entraine des conflits incessants de compétences).             

7/ A supposer que cette évolution du pouvoir madrilène ait lieu, cela suffira-t-il à dissuader les Catalans de proclamer l’indépendance ? En d’autres termes, le fossé entre la Catalogne et l’Espagne, qui s’est considérablement approfondi aujourd’hui, est-il irréversible ?

La seule manière de savoir si les Catalans ont définitivement décidé de sortir de l’Etat espagnol serait évidemment de le leur demander. Je ne crois pas que l’Espagne pourra faire l’économie d’un véritable référendum d’autodétermination avec toutes les garanties de transparence et d’honnêteté sur le modèle de ce qui s’est fait en Ecosse et au Québec.

Quel en serait l’issue ? Aujourd’hui sans doute le oui à l’indépendance. Mais dans des conditions plus sereines et dans l’hypothèse d’une Espagne, union volontaire de ses peuples et non prison de ses peuples, ce serait peut-être une autre affaire.

Yves Barelli, 1er octobre 2017                                   

                                                         

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 10:16

Je suis inquiet,  scandalisé mais pas surpris par ce qui se passe en Catalogne où le pouvoir espagnol prétend interdire aux Catalans de s’exprimer librement sur leur avenir. Inquiet parce qu’il semble qu’un processus dangereux qui risque de devenir rapidement incontrôlable est en train de s’enclencher.  Scandalisé parce que l’Etat espagnol se conduit en Catalogne comme un pouvoir colonial dans la tradition du despotisme des Bourbons depuis le 17ème siècle et du fascisme franquiste au 20ème siècle. Pas surpris parce que je m’attendais, hélas, au dérapage en cours.

L’indépendance de la Catalogne n’est pas une fin en soi. Les Catalans avaient autant de bonnes raisons d’y aspirer, comme de préférer vivre, = volontairement =, dans un Etat espagnol fédéral. Mais l’attitude bornée, méprisante, intolérante du gouvernement néo franquiste actuel est non seulement dangereuse mais stupide car elle est en train de contraindre nombre de Catalans qui auraient souhaité vivre dans une Espagne démocratique et pluraliste à préférer prendre le large plutôt que de se soumettre.

La question de oui ou non à l’indépendance est une question en soi qui aurait besoin d’être abordée sereinement par les Catalans. Ils ont autant de bonnes raisons de quitter l’Espagne que d’y rester. Mais, aujourd’hui, la question n’est pas là. La question est « peut-on empêcher dans l’Europe d’aujourd’hui un peuple, une Nation vieille de dix siècles, de décider librement de son destin ? ». Madrid refuse cette liberté qui devrait pourtant apparaitre comme élémentaire et la soit disant « communauté internationale », en fait le capitalisme mondialisé qui fait la pluie et le beau temps à Washington et à Bruxelles, soutient ce refus. Du moins le soutient, en se voilant la face, en refusant de regarder la réalité, par facilité, par conformisme, par petit intérêt à court terme (chaque Etat, ou presque, a ses propres séparatismes, avérés, potentiels ou possibles, et la France l’est pas le  dernier dans ce cas), attendant peut-être les premiers morts en Catalogne pour enfin commencer à ouvrir les yeux.  

Pourtant, là où la démocratie est acceptée, l’autodétermination ne débouche pas nécessairement sur la séparation, parce que, je le répète, il y a, le plus souvent, autant de raisons de dire oui que de dire non. On peut en effet se sentir pleinement à la fois Catalan =et= Espagnol, à la fois Corse =et= Français, ou Breton =et= Français. Mais le problème commence lorsqu’on veut imposer d’être Espagnol et pas Catalan, être Français et pas Corse ou Breton. L’Etat canadien n’a pas empêché les Québécois de s’autodéterminer et l’Etat britannique, encore récemment (il y a deux ans) a laissé cette facilité aux Ecossais. Les uns et les autres ont choisi de rester canadiens ou britanniques. La démocratie y a gagné. La fierté des peuples et la cohésion des Etats multinationaux aussi.    

En 1954 lorsqu’a commencé la guerre d’Algérie, l’Algérie était une partie de la République française, une et indivisible. Même l’autonomie lui était refusée. Nombre d’Algériens auraient pourtant souhaité rester dans le cadre français (relisez ce que disait alors Ferhat Abbas, le premier dirigeant du FLN). Mais une politique obtuse et méprisante pour les intéressés les a contraint à prendre les armes contre la France et l’Algérie est, quand même, devenue indépendante après huit ans d’une guerre meurtrière.

Les Catalans devront-ils prendre les armes contre l’Espagne pour prendre en main leur destin ?

Ces serait dramatique et ce serait un lamentable gâchis.

J’ose croire qu’on n’en viendra pas à cette extrémité. J’ose croire que la raison va enfin revenir à Madrid. Pour moi et comme pour beaucoup de Catalans, une Espagne fédérale, union libre de nations reconnues, serait la meilleure solution. On est plus forts unis que séparés.

Il y a encore dix ans, il n’y avait qu’une minorité de séparatistes en Catalogne. La gestion imbécile du dossier catalan par Madrid, caractérisée par l’humiliation bornée des Catalans à coups d’arguments juridiques fallacieux, a créé un problème là où il n’y en avait pas et a contraint un nombre de plus en plus grand de Catalans à se tourner vers une séparation qu’ils ne souhaitaient pas au départ.

Aujourd’hui encore, si un référendum d’autodétermination était organisé dans des conditions sereines en proposant aux Catalans le choix entre la sortie et une Espagne fédérale démocratique et multinationale à la Constitution librement négociée par les peuples qui la composent et non imposée par une oligarchie héritière de Franco (les Espagnols doivent notamment subir l’existence d’une monarchie dont les sondages montrent qu’ils n’en veulent pas et un drapeau imposé par Franco à la place de celui de la République assassinée par les armes d’un coup d’Etat et d’une répression impitoyable. Il est temps de remettre tout à plat dans ce pays et de se débarrasser des séquelles d’un passé dramatique et cela ne concerne pas que la Catalogne), il n’est pas sûr qu’ils choisiraient la première option.

Mais cela est leur affaire. Pas celle des autres. Pas celle du pouvoir madrilène et encore moins de ses soutiens à Paris ou à Bruxelles.

Il est grand temps de revenir à la raison avant qu’il ne soit trop tard.

A Madrid, bien sûr. Mais aussi à Barcelone. Les Catalans ont eu tendance jusqu’à présent à être naïfs. Ils croyaient, quelques-uns le croient encore, que jamais Madrid n’oserait s’opposer à leur autodétermination et que l’Europe les soutiendrait dans leur juste aspiration à la démocratie. Madrid a commencé à « oser » en arrêtant des fonctionnaires municipaux, en confisquant du matériel électoral, en fermant arbitrairement des sites internet dans le but d’empêcher coûte que coûte le référendum prévu demain 1er octobre. L’Europe hypocrite, qui soutient les indépendances lorsque cela l’arrange (éclatement de l’URSS ou de la Yougoslavie, indépendance du Kosovo, pourtant berceau historique de la nation serbe, territoire qui n’a jamais été une nation dont on a fait cadeau aux mafias albanaises) et qui refuse, quand cela ne l’arrange pas, la libre détermination des peuples (basque, catalan, mais aussi habitants de la Crimée).

Le référendum de demain aura peut-être lieu, ou n’aura pas lieu. On verra. De toute façon, tout le monde ne pourra pas voter et, même si le oui à l’indépendance peut s’exprimer massivement, il est clair que le résultat sera contesté, à juste titre d’ailleurs car les conditions sereines du vote ne sont pas réunies.

Ce sera sans doute une victoire à court terme et à courte vue de Madrid et des ennemis de la démocratie. Si les votants sont nombreux, ce ne sera qu’une victoire partielle du gouvernement catalan, émanation, rappelons-le, d’une majorité parlementaire indépendantiste librement élue.

Les Catalans conquerront leur liberté en l’imposant à Madrid. Les batailles sont souvent gagnées par la détermination et la dissuasion. Cela ne suffit pas de défiler à plusieurs millions dans les rues de Barcelone. Cela ne suffit pas d’organiser un référendum qui, de toute façon, ne peut être conclusif parce que le pouvoir espagnol le considère comme « illégal » et en sabote le déroulement.

Les Catalans gagneront (sinon ils perdront) par la dissuasion : dissuasion de Madrid de persister dans son attitude irresponsable en faisant comprendre aux têtes dures castillanes que, certes, les Catalans n’ont pas les moyens militaires d’arracher l’indépendance, mais que, en revanche, ils peuvent rendre la vie tellement impossible à l’Espagne que celle-ci aura intérêt à trouver un compromis, en tout cas à commencer à discuter sérieusement, ce que le gouvernement de Rajoy se refuse à faire. Les Catalans doivent savoir aussi que ce dernier est fragile et pas éternel. Ils auraient intérêt à se chercher des alliés à Madrid. Ils sont déjà soutenus par Podemos et Izquierda Unida. Ce n’est pas rien, mais pas suffisant. Les socialistes espagnols ont certes beaucoup trahi, mais ils peuvent eux aussi revenir à la raison. Et ce peut même être l’attitude, in fine, de nombre de dirigeants de droite (les milieux possédants d’affaire qu’ils représentent ont besoin de tranquillité pour faire leurs affaires).

Je commenterai bien évidement lundi le référendum de demain et essaierai d’analyser l’évolution de la situation et les perspectives d’avenir.

Yves Barelli, 30 septembre 2017                                      

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