Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 23:54

Que se passe-t-il en Turquie ? Quels sont les desseins des islamistes au pouvoir ? L’engagement de rejoindre la coalition anti-« Etat Islamique » est-il sincère ou est-ce un écran de fumée pour reprendre en catimini le vieux combat nationaliste antikurde ? On peut se poser la question.

Mais, la poser, c’est en grande partie y répondre. Il y a un double jeu turc. Il est dangereux et, en parallèle, on peut en dire autant de celui des Américains et des autres acteurs régionaux.

1/ En laissant l’ « Etat islamique » (« EI » ou « daesh ») utiliser depuis un an son territoire comme base logistique arrière à la fois pour alimenter son trésor de guerre en y vendant notamment au marché noir « son » pétrole (qui est théoriquement propriété de l’Etat irakien) et pour recevoir les milliers de « djihadistes » venus de l’étranger (Europe et Maghreb) qui y transitent en toute impunité, la Turquie est, de fait, complice des barbares de l’EI. On a tous vu à la télévision les images choquantes des tanks turcs alignés au repos sur la frontière syrienne pendant que les combattants kurdes se faisaient massacrer de l’autre côté.

Cette passivité, en fait cette complicité, envers « daesh » commençait à susciter interrogations et critiques dans les pays occidentaux, notamment aux Etats-Unis.

Aussi, les Turcs essaient-t-ils de donner l’impression, depuis moins d’une semaine, de se mettre enfin en mouvement contre l’EI.

2/ Mais ce n’est qu’un leurre. Je suis convaincu que rien de sérieux ne sera fait par Ankara contre cette organisation terroriste, assise sur un territoire de 300 000 km2.

On peut expliquer cette attitude à la fois par les affinités idéologiques entre islamistes et par le souci de ne pas renforcer les séparatistes kurdes de Turquie.

La Turquie, dirigée par le parti islamiste AKP du président Erdoğan (voir mon article du 8 juin : « élections turques : recul relatif des islamistes »), a l’ambition de redevenir le leader des pays musulmans sunnites comme l’avait été l’empire ottoman avant 1914 lorsque son souverain s’était vu reconnaitre le titre de « calife » (chef politique des musulmans, successeur autoproclamé du prophète Mohamed ; rôle que s’attribue aujourd’hui l’Etat islamique). Dans cette ambition, la Turquie est en concurrence avec le régime wahhabite d’Arabie saoudite, « gardien » des lieux saints et de l’orthodoxie sunnite, mais aussi avec d’autres qui entendent jouer un rôle international, comme le Qatar, wahhabite aussi, mais rival de Ryad, et, lorsqu’elle aura retrouvé une stabilité problématique, l’Egypte (au pouvoir militaire paradoxal : il fait la chasse aux Frères Musulmans, alliés du Qatar et d’inspiration wahhabite, mais ennemis de l’Arabie saoudite, tout en se réclamant de l’internationale sunnite. Le Moyen Orient est une terre de contradictions : les grilles de lecture sont toujours à entrées multiples ! Ainsi, la Turquie combat les chiites mais n’a pas de mauvaises relations avec Téhéran et elle souhaite le renversement de Bachar, soutenu par la Russie, tout en ayant de bonnes relations avec Moscou. Attention donc aux simplifications excessives qui peuvent paraitre logiques : dans cette partie du monde, les ennemis des ennemis ne sont pas nécessairement amis et les amis des amis peuvent se combattre !).

Dans ce cadre, il est évident que le comportement barbare d’une cruauté inouïe de l’Etat Islamique gêne tant la Turquie que les monarchies du Golfe parce qu’il donne une mauvaise image de l’islam, moins « civilisée » que ce que tente de montrer la Turquie, où il y a des élections démocratiques, ou le Qatar, avec son verni « moderne » (quant à l’Arabie saoudite, on ferme les yeux car elle a du pétrole et des contrats à y conclure – dans le cynisme et l’hypocrisie, le président Hollande bat des records : il va jusqu’à privatiser une plage publique de la Côte d’Azur pour y accueillir le roi Salman, auquel il a rendu visite il y a peu à Ryad avec, en « cadeau », cinq exécutions capitales au sabre en place publique au cours de son séjour-). De plus, en dépit des affinités idéologiques, la Turquie et les monarchies savent qu’elles ne sont pas à l’abri de la paranoïa de l’EI qui les considère aussi comme des ennemies car alliées des « mécréants ».

Mais, de là à combattre l’Etat Islamique aux côtés des « croisés », il y a un pas que ni Ankara, ni Doha, ni Ryad ne veulent vraiment franchir car des musulmans sunnites (pour eux, les chiites sont des hérétiques) contre d’autres musulmans sunnites, aussi criminels soient-ils, ça ne se fait pas : les opinions publiques, si tant est qu’on puisse les évaluer, y semblent réticentes.

D’où le double-jeu : on ne veut pas paraitre complice des décapiteurs, on les condamne en paroles, à la rigueur on fait mine des prendre des mesures contre eux (cas des derniers raids aériens turcs, plutôt inoffensifs au demeurant), mais on ne les combat pas vraiment. Pour les islamistes, « radicaux » ou soit disant « modérés » (un islamiste « modéré » est un pragmatique qui tient compte des réalités – par exemple le système politique turc, garanti par l’armée, ou les alliances stratégiques avec les Etats-Unis -, ce qui le différencie des « radicaux », mais, fondamentalement, on a affaire à la même idéologie totalitaire qui veut imposer sa religion, en tout cas, sa conception de la religion, au monde entier, à commencer par son propre peuple), les ennemis principaux sont clairement identifiés : les « mécréants », y compris les chrétiens, les juifs, les laïques comme Bachar al Assad, les chiites et leurs alliés, notamment la Russie (cela pour les monarchies du Golfe et daech ; c’est un peu moins vrai pour la Turquie pour des raisons géostratégiques).

3/ Pour comprendre le double-jeu du pouvoir turc, il faut évidemment parler de la question kurde.

Les Kurdes, nation sans Etat (pour le moment), sont à cheval sur quatre pays : l’Iran (ils y sont plutôt bien intégrés à la fois par affinité culturelle – la langue kurde est, comme le persan, une langue indo-européenne, donc très différente de l’arabe et du turc – bien que beaucoup d’entre eux sont sunnites, et pour des raisons historiques), l’Irak (le Kurdistan irakien est indépendant de fait), la Syrie (idem) et la Turquie. La plupart des Kurdes ont conscience d’appartenir à une nation spécifique injustement traitée par l’histoire (on les a « oubliés » dans le démantèlement de l’empire ottoman à la fin de la première guerre mondiale. Cela ne les empêche néanmoins pas d’être divisés en factions rivales.

En Turquie, qui ne reconnait aucune minorité (officiellement, on ne parlait des Kurdes que comme Turcs « de l’Est » ou « des montagnes »), la relation avec l’Etat central jacobin a toujours été difficile (un peu comme celle des Basques avec Madrid ou des Kabyles avec Alger). Au nombre probable de 15 à 20 millions, habitant le sud-est du pays, mais aussi, compte tenu de l’exode rural, Istanbul et les grandes villes du pays, où ils sont plus ou moins assimilés, les Kurdes alternent depuis 1923 résistance passive et lutte armée. Le PKK est une force séparatiste (style ETA en Espagne) qui recueille le soutien d’une partie des Kurdes (mais pas tous). L’insurrection a fait beaucoup de victimes. Depuis quelques années, il y avait une trêve et le combat politique semblait avoir remplacé la lutte armée. Quelques avancées avaient pu être obtenues, comme l’introduction partielle de la langue kurde dans les médias et à l’école. Mais, fondamentalement, rien n’était réglé.

Les relations de la Turquie avec le Kurdistan irakien autonome (en fait indépendant) sont ambigües et un peu de même nature qu’avec l’Etat islamique : le Kurdistan vend son pétrole via la Turquie comme le fait « daesh ». Le trafic transfrontalier, avec de longues colonnes de camions, est considérable. Pour autant, Ankara continue de laisser entendre que la proclamation à Erbil d’un Etat kurde internationalement souverain serait un « casus belli ». Dans le passé, mais encore cette semaine (après une longue accalmie), la Turquie a bombardé des positions du parti indépendantiste kurde turc PKK qui utilise le Kurdistan irakien comme base de repli.

La situation est encore plus ambigüe en Syrie où tout le monde est ennemi de tout le monde. Daesh combat le régime d’Assad mais aussi les islamistes concurrents d’Al Nosra et les soit disant forces de l’ « Armée syrienne libre » (rêve des Occidentaux, notamment de la France de Hollande, d’avoir des opposants « présentables » ; mais ceux-ci, en fait, sont passés avec armes – fournies par les Occidentaux – et bagages, chez les islamistes). Le jeu d’Al Assad est lui-même ambigu car il donne parfois l’impression de ménager de fait daesh pour liquider les autres afin de ne permettre aucune autre alternative et se rendre ainsi incontournable.

Les Kurdes de Syrie luttent contre l’Etat islamique sans pour autant être alliés de Damas. Ils luttent contre les sunnites tout en étant eux-mêmes sunnites : leur combat est avant tout national (mais il y a aussi, minoritaires il est vrai, des djihadistes kurdes engagés chez daesh).

L’armée kurde de Syrie est aidée dans son combat par de nombreux Kurdes de Turquie, ce qui inquiète évidemment Ankara car ces combattants pourraient se retourner un jour contre l’Etat turc.

On comprend, dans ces conditions, l’embarra d’Ankara : comment, au nom de la solidarité sunnite opposée aux chiites et aux laïques, combattre le régime syrien sans pour autant pactiser avec l’Etat islamique ? Comment être moins complaisant avec celui-ci tout en évitant de soutenir les Kurdes de Syrie et d’Irak, principaux combattants anti-daesh, qui pourraient participer au combat indépendantiste en Turquie le moment venu ?

4/ Il y a donc les apparences, les postures et la réalité.

La posture, c’est de combattre, un peu, l’Etat islamique, pour donner des gages aux Etats-Unis, qui sont tout de même des alliés stratégiques de la Turquie (la Turquie est membre de l’OTAN. Pour autant, elle n’est pas un satellite de Washington : Ankara refusa l’utilisation de son territoire dans l’invasion américaine de l’Irak en 2003 et ce n’est que cette semaine que les Américains ont reçu l’autorisation du gouvernement turc d’utiliser leur base aérienne idéalement située à proximité de la Syrie pour faire décoller leurs avions qui vont bombarder l’Etat islamique).

Ankara vient de trouver un prétexte pour frapper, un peu, l’Etat islamique sans se mettre à dos ceux qui, à l’intérieur de la Turquie, le soutiennent : les djihadistes ont effectué la semaine dernière un attentat-suicide contre des Kurdes en Turquie, tuant une trentaine de personnes. Il était difficile à l’Etat turc de ne pas réagir.

Pour autant, tout cela est de la poudre aux yeux : le régime turc considère les séparatistes kurdes comme leurs principaux ennemis.

Son attitude ces jours derniers le montre. Dans le même temps où des « frappes » aériennes très limitées étaient menées contre daesh et où l’autorisation était donnée aux Américains d’utiliser le territoire turc pour leurs propres frappes, des bombardements de positions du PKK étaient menées en Irak et en Syrie (la désormais mythique localité de Kobane, conservée, contre toute attente, par les Kurdes contre l’EI, a été bombardée) et des opérations de polices étaient menées au Kurdistan turc et à Istanbul contre des militants kurdes et laïques. Elles ont abouti à plusieurs centaines d’arrestations et les heurts avec la police ont fait plusieurs victimes.

De fait, Ankara poursuit un double objectif : éviter que toute la zone frontière, côté syrien et irakien, ne soit durablement tenue par les Kurdes (ce qui entrave les contacts directs, économiquement intéressants pour la Turquie, avec daesh) et affaiblir, voire éradiquer si possible, non seulement les forces kurdes de Turquie, mais aussi la gauche laïque turque qui a conclu une alliance avec la face légale du mouvement kurde dans le cadre du nouveau parti, l’HDP, qui a obtenu de bons résultats aux élections de juin (voir mon article cité plus haut).

5/ Il est indispensable de jeter un œil sur la politique intérieure turque pour tenter de saisir les motivations du président Erdoğan dans sa gestion à la fois de la question kurde et de la problématique moyen-orientale.

Le Turquie est dirigée depuis 2002 par le parti islamiste AKP. Le président Erdoğan, aux tendances de plus en plus autoritaires, comptait sur les législatives de juin pour lui donner une majorité amplifiée afin d’avoir les moyens de mettre en place des institutions taillées sur mesure pour consolider son pouvoir personnel et son ambition de faire de la Turquie un « remake » de l’empire ottoman musulman en remplacement de la Turquie laïque héritière d’Atatürk.

Mais non seulement il n’a pas obtenu la majorité des deux-tiers nécessaire pour changer la constitution mais il peine à former une coalition stable. Son parti est en effet devenu minoritaire et il a besoin d’alliés. En face de lui, la gauche laïque est certes très minoritaire (alors qu’elle a longtemps dominé, avec le soutien d’une armée gardienne des institutions laïques, la vie politique turque), mais un élément nouveau est intervenu avec la création du parti HDP où se retrouvent des Kurdes qui prônent l’autonomie du Kurdistan et des négociations avec le PKK, et une partie de l’extrême gauche, celle qui, notamment, a conduit depuis deux ans la contestation anti-islamiste, forte à Istanbul et sur le littoral (alors que le plateau anatolien fournit les gros contingents islamistes conservateurs). Ce parti a envoyé 80 députés au parlement.

On peut soupçonner Erdoğan de vouloir, en faisant la chasse aux Kurdes et aux Stambouliotes modernistes, remobiliser ses troupes, et au-delà, en flattant les sentiments religieux et nationalistes fortement présents dans une partie peut-être majoritaire de la population : « casser » du kurde, mais aussi de l’alevi (minorité appartenant à une branche du chiisme traditionnellement ostracisée dans le pays et qui a toujours constitué un soutien du régime laïque), du « gauchiste », voire de l’ « homo » (l’HDP s’est prononcé pour la libéralisation de l’homosexualité, ce qui est assez osé compte tenu de son électorat kurde, assez conservateur en matière de mœurs, même s’il n’est pas islamiste) peut être populaire dans les populations rurales et des petites villes d’Anatolie, à des années-lumière de la jeunesse européenne d’Istanbul.

Ce faisant, Erdoğan joue un jeu très dangereux en montant une partie de la population contre une autre. Avec une quinzaine de millions de Kurdes, autant d’Alévis et plusieurs millions d’autres Turcs qui regardent davantage vers l’Europe que vers le Moyen Orient, sur les 80 millions d’habitants du pays, il n’est pas sûr qu’il sorte vainqueur de la confrontation.

Les arrestations musclées de ces derniers jours et la rupture de la trêve avec le PKK laissent entrevoir une reprise de la lutte armée au Kurdistan turc et une relance de l’agitation anti-pouvoir islamiste à Istanbul. C’est inquiétant pour le pays et pour la région, déjà passablement déstabilisée.

6/ Jamais l’évolution à court terme et à plus long terme du Moyen Orient n’a été aussi incertaine.

Aucun des grands acteurs régionaux ne semble avoir de position bien claire et cohérente.

Contre l’ « arc chiite » et laïque, les monarchies du Golfe sont les plus militantes, d’autant qu’elles ont sur leurs sols d’importantes minorités chiites. Elles désignent clairement l’Iran, la Syrie et, accessoirement, la Russie, comme les ennemis, rejoignant ainsi Israël en un front commun contre-nature. Arabes, elles n’ont, par ailleurs, aucune sympathie pour les Kurdes. Mais elles ne veulent pas donner l’impression de faire cause commune avec l’Etat Islamique.

La position turque, on l’a vu, en est proche, à la différence près qu’elle est moins hostile à l’Iran et à la Russie et que s’y ajoute la prise en considération du « danger » kurde.

L’Iran est le principal moteur de la coalition chiite et laïque (bien que les laïques soient pourchassés dans la « république islamique »). L’Iran vient de signer l’accord nucléaire avec les Etats-Unis, ce qui lui laisse espérer de se remettre dans le jeu mondial. Il lutte sur le terrain contre daesh en Irak, en liaison avec les Kurdes et, de fait, avec les Etats-Unis. Mais cette conjonction avec le « grand Satan » n’est pas du goût d’une partie du régime de Téhéran (caractérisé par une cohabitation entre le président civil et la haute hiérarchie religieuse).

Israël est contrarié par l’accord sur le nucléaire iranien. Son projet de régler ses comptes avec Téhéran par la voie militaire doit être remis à plus tard. C’est surtout au sein du Congrès américain, où les Républicains sont majoritaires, que le gouvernement de Jérusalem se bat désormais. Pour lui, Bachar était un ennemi commode car stable et prévisible. Le pire, à ses yeux, serait une victoire djihadiste à Damas. Mais, dans le même temps, Netanyahu ne veut pas rompre l’alliance stratégique qui le lie à la Turquie sous les auspices de l’OTAN.

L’attitude de Washington n’est pas exempte de contradictions. D’un côté, le président Obama a pris l’initiative de combattre l’Etat islamique, ou, au moins, de donner l’impression de le faire. Dans le même temps, toutefois, les Etats-Unis refusent d’intervenir à terre, se contentant de « frappes » aériennes que tous les experts s’accordent à estimer insuffisantes, voire contreproductives (parce que les dégâts « collatéraux » risquent de souder les populations civiles malencontreusement bombardées avec l’Etat islamique), continuent à considérer Bechar Al Assad comme l’ennemi principal et ne semblent pas faire beaucoup de pression sur les monarchies islamistes du Golfe et sur la Turquie pour qu’elles prennent part effectivement à la « coalition » (dans laquelle il n’y a pas grand monde en dehors de la France) contre l’Etat Islamique. Les Kurdes sont quasiment les seuls alliés au sol des Etats-Unis dans la guerre contre l’EI. Mais les remercier en les autorisant à proclamer leur indépendance serait considéré comme un acte inamical par leur allié stratégique turc.

Un changement d’alliances serait logique, compte tenu du fait qu’Iraniens, Kurdes, Syriens de Bachar, Américains et même Russes ont le même ennemi déclaré, l’islamisme violent de daesh.

Mais il n’est pas sûr que les uns et les autres soient prêts à un revirement majeur rapide. Pour Washington, renouer avec Damas et Téhéran n’est pas sans risques. Dans ce virage, les Etats-Unis risqueraient de se heurter à la résistance des monarchies, de la Turquie et d’Israël. Ce n’est pas rien.

La Turquie est peut-être la pièce la plus délicate de leur dispositif. Poste avancé de l’OTAN au Moyen-Orient, un basculement vers la Russie n’est pas totalement à exclure même s’il est actuellement improbable. On peut en tout cas penser qu’Ankara en agitera la menace implicite.

Israël est un autre problème car, si l’Etat hébreux ne peut vivre qu’avec l’aide américaine, c’est paradoxalement Israël qui « tient » les Etats-Unis et non le contraire, compte tenu du puissant « lobby » juif à Washington.

Quant aux monarchies pétrolières du Golfe, de plus en plus impopulaires dans les opinions publiques occidentales, les Américains en ont certes moins besoin qu’avant dans la mesure où, grâce au pétrole de schiste, ils en sont économiquement indépendants (voir mon article du 20 décembre 2014 « le pétrole, arme islamiste contre la Russie…mais aussi contre les Etats-Unis ») Mais, en sens inverse, elles leur restent utiles dans leur confrontation avec la Russie, affaiblie davantage encore par la baisse du cours du baril, voulue par Ryad, que par l’embargo occidental. « Lâcher » les monarchies du Golfe ferait en outre courir le risque pour Washington de les voir s’éloigner vers d’autres horizons (la Chine, par exemple, en dépit des oppositions idéologiques).

Il n’est pas sûr, en sens inverse, même si l’intérêt économique et stratégique est évident, que le pouvoir iranien aille trop loin dans la réconciliation « historique » avec Washington.

XXX

Ainsi, le « jeu » diplomatique, militaire, idéologique et économique est très ouvert au Moyen Orient.

C’est dans ce contexte, qui mêle relations internationales et questions intérieures, qu’il faut donc apprécier la politique turque, l’un des éléments essentiels pour tenter de comprendre ce qui se passe dans la région.

Yves Barelli, 27 juillet 2015

Repost 0
Published by Yves Barelli - dans moyen-orient
commenter cet article

Recherche