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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 18:08

Dans l’actualité très chargée de ces derniers jours, une information est peut-être passée un peu inaperçue, celle des quelques dizaines d’anciens « tirailleurs » sénégalais reçus à l’Elysée auxquels le président de la République a solennellement conféré la nationalité française et l’annonce que quelques milliers de leurs compatriotes anciens combattants encore en vie pourraient également en bénéficier, s’ils le souhaitent. Ce n’est que justice et il était temps, mais mieux vaut tard que jamais.

On était bien en peine de trouver quelque mesure positive dans l’épouvantable bilan du quinquennat de François Hollande. En voici enfin une ! Alors que tant de nos soit disant « compatriotes » qui vivent en France et se complaisent dans un communautarisme souvent haineux à l’égard de notre pays dont ils ne partagent aucune valeur tout en bénéficiant de ses avantages matériels, il était choquant que des hommes ayant combattu pour la France soient écartés de la nationalité française (alors que d’autres, qui nous font la guerre sous les couleurs de « Daesh » en bénéficient toujours parce que la disposition du code pénal qui prévoit la déchéance de la nationalité dans un tel cas n’est pas appliquée).

1/ Les tirailleurs sénégalais étaient un corps de militaires appartenant à l’armée coloniale formé en 1867 et dissous en 1960 à l’indépendance de ce pays. D’autres ressortissants des anciennes colonies françaises ont également servi sous les couleurs françaises, tels les spahis algériens ou les tabors marocains et ont contribué à la libération de la France à la fin de la seconde guerre mondiale (lire par exemple mon article du 16 août 2014 : « commémoration du débarquement de Provence »), mais, parmi ceux originaires du sud du Sahara, les Sénégalais étaient les plus nombreux. Les autres, Maliens, Togolais, ou autres étaient souvent qualifiés eux aussi de « Sénégalais ». Le plus souvent en première ligne, ils ont payé un lourd tribut à notre liberté.

Du fait de la mesquinerie, parfois, de la République, ces anciens soldats ont longtemps touché des pensions très modestes comparées à celles des soldats français. Elles ont été réévaluées il y a quelques années. C’est bien la moindre des choses.

Mais on continuait à leur appliquer bêtement et méchamment les lois qui régissent la nationalité française. Est Français, toute personne ayant au moins un parent français, ou toute personne étant née sur le territoire français avec critères de résidence (étant entendu que le Sénégal n’est plus la France depuis 1960) ou encore toute personne bénéficiant d’une décision de naturalisation. Pour cela, il faut être conjoint de Français ou remplir un certain nombre de conditions dont les principales sont de vivre en France et d’y être intégré (il n’y a aucune automaticité et c’est tant mieux, encore que, souvent, nos autorités ne soient pas suffisamment regardantes, notamment parce qu’il n’y a pas assez de personnel en préfecture pour effectuer une enquête réellement sérieuse).

Comme les tirailleurs sénégalais, non résidant en France, n’ayant pas, sauf exception, de conjoint français et n’étant pas, sauf exception aussi, fils de Français, ils n’avaient pas droit à la nationalité française et n’étaient même pas dispensés de visas si d’aventure ils souhaitaient visiter notre pays : sans visa pour venir s’y battre en 1944 mais avec visa une fois la paix revenue (ceci en simplifiant : les visas n’ont été instaurés que dans les années 1980 ; auparavant, les Africains n’en avaient pas besoin pour venir chez nous et, soit dit en passant, il y avait moins d’immigration que maintenant pour la bonne raison que les chanceux qui obtiennent le visa préfèrent souvent rester pour ne pas risquer un refus ultérieur. Quant aux clandestins, qui bénéficient des soins gratuits et de la scolarisation gratuite de leurs enfants, ils sont en général régularisés après coup. On se demande pourquoi on encombre encore nos consulats avec les procédures de visas quand on voit que les migrants illégaux qui se disent « réfugiés » sont logés, nourris et subventionnés, alors qu’il n’y a quasiment pas chez eux de « réfugiés » au sens des conventions internationales – on est « réfugié » dans le premier pays où on trouve « refuge » en fuyant son propre pays, par exemple la Turquie, pas ceux où on va lorsqu’on poursuit ensuite sa route, par exemple ceux de l’Union européenne après avoir transité par la Turquie -.

2/ 140 000 combattants africains ont participé dans l’armée française aux combats de la seconde guerre mondiale. Vingt pour cent d’entre eux y ont péri. Ils étaient majoritaires, si l’on inclue les Pieds-Noirs venus d’Algérie, dans les troupes qui ont débarqué en Provence en 1944 et qui ont libéré Toulon et Marseille. Léopold Cedar Senghor, premier président du Sénégal et ancien ministre français, les a surnommés les « dragons noirs de l’Empire », comme les instituteurs du 19ème siècle avaient été qualifiés de « hussards de la République ».

3/ En 1960, le parlement français (sous de Gaulle, tout n’a pas été positif !) a voté la « cristallisation » des pensions des « tirailleurs » des pays devenus indépendants, c’est-à-dire que leurs droits se sont arrêtés aux « points » acquis à ce moment, de sorte que, cinquante ans après, le niveau des pensions, faibles même par rapport aux critères des rémunérations africaines, étaient dérisoires au regard des pensions françaises. Indigne de la France !

Le film « Indigènes », avec Djamel Debbouz, sorti en 2006, a attiré l’attention sur le sort des tirailleurs.

J’ai vu ce film, totalement à charge contre la France et les Français, présentés, dans la société comme dans l’armée, comme de méchants racistes. Partant d’une situation vraie (on mettait en première ligne les tirailleurs, comme, d’ailleurs, lors de la première guerre mondiale, les paysans issus des régions périphériques françaises ; des villages occitans ou bretons entiers ont été décimés), ce film a tellement forcé le trait que ce qu’il a présenté n’avait plus rien à voir avec une vérité historique, visiblement pas l’objectif de ses auteurs et des artistes pour lesquels la France ne pouvait qu’être l’ennemie (ce qui ne les a pas empêchés d’être rémunérés en grande partie sur fonds publics !). Scandaleux ! On connait la haine de la France chez cet artiste, pourtant bien vu par les bobos de gauche caviar (sans doute parce que, eux-mêmes, ont la haine de leur propre pays : les communautaristes anti-Français sont leurs héros et les patriotes, de vulgaires « fachos » !).

4/ Mais ce film a au moins eu l’effet positif (c’est vrai qu’il faut parfois choquer pour être entendu) d’inciter le parlement à décider en 2006 l’alignement des pensions des tirailleurs encore en vie sur celles de leurs camarades Français. A l’époque, on a estimé qu’il y avait de l’ordre de 80 000 de ces tirailleurs encore en vie. Tous ne se sont pas fait connaitre. On ignore combien il en reste aujourd’hui.

5/ Il est donc juste non seulement de donner des pensions dignes à ceux qui restent mais aussi de conférer la nationalité française à ceux qui le souhaitent.

La nationalité française devrait être quelque chose qui se mérite. Assez de « je remplis les critères, j’y ai droit », même lorsqu’on ne parle pas un mot de français ou lorsqu’on prétend vivre chez nous comme on vit au « bled » ou en Arabie saoudite.

J’ai eu à traiter en poste à l’étranger des « Français » qui n’avaient jamais mis les pieds en France, qui ne parlaient pas français et qui étaient Français parce que leurs parents, grands-parents ou arrière grands-parents l’étaient. A titre d’exemple, lorsque j’étais consul général de France en Pologne, on nous signalait souvent de divers aéroports du monde des voyageurs aux noms et prénoms polonais, bénéficiant de passeports français et incapables de s’exprimer en français. On nous demandait de vérifier s’ils étaient vraiment français ou si c’étaient des faux. Hélas, ils l’étaient et leurs documents de voyage que nous ne pouvions refuser d’établir étaient des vrais. Ces gens-là connaissaient le chemin du consulat où ils venaient chercher quelques avantages, y compris des allocations auxquels, « ils avaient droit ». J’avais interdit à me collaborateurs de leur parler une autre langue que le français. J’ai retrouvé la même situation à Pondichéry, en Inde. Je me souviens aussi de l’épouse d’un diplomate français (de rang inférieur), originaire de Pondichéry, ne parlant que tamoul et anglais et toujours vêtue d’un sari, même dans les réceptions, qui avait un passeport diplomatique français parce qu’épouse de diplomate français. Mes collègues diplomates étrangers ne comprenaient pas. A comparer avec la situation d’un ami ambassadeur allemand dont l’épouse gabonaise, pourtant francophone et germanophone, n’a pas droit à la nationalité et donc au passeport diplomatique allemand. Situations choquantes, dans un sens comme dans l’autre.

Quand on voit de tels cas, et, plus encore, lorsqu’on entend dire à la télévision qu’un « Français » (binational, cela on ne le dit pas souvent) a été l’auteur ou le complice d’un acte de terrorisme ou est de retour du djihad en Syrie, on se dit que quelque chose ne tourne pas rond en France.

La nationalité française ne devrait être un droit ni automatique ni perpétuel et transmissible. Etre « Français » et avoir perdu le contact avec la France au point de ne pas parler français (ou une autre langue de France : si encore ils connaissaient le breton, le basque ou l’occitan, ce serait bien) me parait incompatible, surtout lorsque l’individu vient au consulat chercher ses « allocs » et ne dit même pas « bonjour » et « merci » (alors qu’ils peuvent bénéficier de cours gratuits dans nos centres culturels ou Alliances Françaises).

Je ne comprends pas, non plus, pourquoi on n’applique pas l’article du code pénal qui prévoit la déchéance de la nationalité française pour ceux qui prennent les armes contre la France. Si cela était le cas, on ne retrouverait pas plusieurs centaines de djihadistes partis en Syrie et qui rentrent en France plus haineux que jamais envers notre pays et ses valeurs.

6/ Quand on rappelle cela, il est encore plus choquant de constater que des hommes qui ont risqué leur vie pour nous défendre aient « bénéficié » si longtemps de pensions au rabais (alors que les parasites qui peuplent souvent nos quartiers « difficiles », eux, Français ou non, touchent le RSA, des allocations logement, des allocations familiales et sont logés en HLM, tous avantages supérieurs, souvent, à ceux qui travaillent et qui représentent en un mois plus que le salaire annuel moyen de beaucoup de pays d’Afrique) et qu’il ait fallu attendre 57 ans pour qu’on daigne, dans notre grande générosité, concéder la nationalité française aux « tirailleurs » sénégalais (j’espère que ceux des autres nationalités n’ont pas été oubliés).

Parfois, je suis fier d’être Français. Dans d’autres cas, j’en ai honte !

Yves Barelli, 16 avril 2017

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 19:11

La Guyane est en ébullition : mécontentement latent, grève générale, dialogue de sourds avec la métropole sur fond de violence, d’insécurité, de chômage, de problèmes sociaux de toutes sortes et d’immigration clandestine incontrôlée. Ce département français d’Amérique du sud au vaste territoire sous-peuplé mais à la croissance démographique exponentielle partage, avec les autres départements d’outre-mer et dans un contexte de crise aigüe pour l’ensemble de la France, des problèmes structurels non résolus auxquels s’ajoute une situation spécifique particulièrement difficile, le tout constituant les ingrédients d’un cocktail explosif.

1/ La France a la singularité de disposer de « départements d’outre-mer », c’est-à-dire de parties de son territoire national non contigües et géographiquement éloignées qui ont en principe les mêmes droits, les mêmes devoirs et les mêmes lois que la partie continentale européenne, communément appelée la « métropole », terme commode qui ne correspond à aucun concept légal. Les départements d’outre-mer (les « DOM ») ont la même organisation administrative (des départements avec un conseil départemental élu disposant des mêmes prérogatives qu’en « métropole »), des « régions » (chaque DOM constitue en même temps une région), des communes et des communautés de communes. Toutes les lois de la République s’y appliquent automatiquement de la même façon qu’ailleurs, avec cependant un bémol : lorsque le parlement adopte une loi, celle-ci contient dans certains cas un ou plusieurs articles qui concernent spécifiquement les DOM. Si ce n’est pas le cas, les lois s’appliquent comme dans le reste du territoire français.

Ce statut de département d’outre-mer est distinct de celui de « collectivité d’outre-mer » (terme qui s’est substitué en 2003 à celui de « territoire d’outre-mer » - TOM -). Une COM n’a pas automatiquement la même organisation qu’un département. Pour qu’une loi française s’y applique, le parlement doit voter une loi spécifique. Les COM ont en général des statuts d’autonomie. Certains ont même leur propre monnaie (cas du franc du Pacifique).

Le statut de DOM a été créé en 1946 et concédé aux territoires les plus anciens et les plus assimilés de l’ « empire colonial » français, devenu « Union française ». En 1958, la Vème République a laissé le choix aux territoires de l’UF de devenir indépendants (cas des pays d’Afrique) ou d’acquérir soit le statut de DOM, soit celui de TOM.

Il existe aujourd’hui cinq départements d’outre-mer : Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion et Mayotte (depuis 2011).

Outre la Nouvelle-Calédonie, considérée comme un territoire spécial, il y a cinq COM: Polynésie française, Wallis et Futuna, Saint Pierre et Miquelon, Saint Martin et Saint Barthélémy auxquels s’ajoutent des territoires sans population permanente : terres australes et antarctiques françaises et quelques îles inhabitées en général gérées par le ministère de la défense (Clipperton et plusieurs îles de l’océan indien).

La Polynésie française a la plus large autonomie tandis que Saint Pierre et Miquelon, Saint Barthélémy et la partie française de Saint-Martin (l’autre partie est hollandaise), qui ont abandonné récemment (2003 pour SPM, 2007 pour les deux autres) le statut départemental pour celui de COM, ont conservé une organisation proche de celle des DOM. 

noter que la Corse n’est pas une COM mais une région française de la métropole, même si elle bénéficie d’un statut particulier (en fait peu différent de la France continentale).

Les originaires tant des DOM que des COM ont la nationalité française et participent aux élections nationales françaises, notamment la présidentielle. Situés à des milliers de kilomètres de l’Europe, les règles de l’Union européenne s’appliquent néanmoins aux DOM (avec quelques dérogations) et leurs ressortissants votent pour le parlement européen.

2/ Le statut de DOM a des avantages, surtout si on compare la situation des Antilles et de la Guyane françaises aux pays indépendants qui les entourent. Comme tout autre département, les DOM bénéficient d’importantes dotations de l’Etat ainsi que des lois sociales françaises. Le droit du travail y est le même que partout ailleurs en France, avec notamment un smic. Compte tenu de l’éloignement et du coût de la vie, les fonctionnaires y ont des primes spécifiques.

Il a aussi des inconvénients. Outre l’agriculture, dont les produits tropicaux spécifiques sont exportés dans l’Union européenne (mais, compte tenu de l’ouverture accrue de l’UE sur la mondialisation, ces productions, autrefois protégées par rapport à la concurrence étrangère, le sont beaucoup moins), on produit peu dans les DOM : l’insularité et le niveau des salaires rend n’importe quelle production industrielle non rentable. La conséquence est un chômage important (deux à trois fois supérieur à celui de la métropole) et la dépendance par rapport aux transferts sociaux de l’Etat.

Cette situation, en apparence privilégiée par rapport aux pays indépendants voisins, serait sans doute supportable si elle n’était accompagnée d’inégalités sociales considérables et d’un coût de la vie très nettement supérieur à celui de la métropole.

Aux Antilles, une minorité, essentiellement blanche issue des créoles ayant colonisé les îles, possède l’essentiel du foncier, de l’agriculture et du commerce de gros, alors que la majorité de la population, d’origine noire (il y a aussi beaucoup de métis), pour l’essentiel issue de l’esclavage d’autrefois, a la part congrue. S’y ajoute les inégalités entre fonctionnaires, souvent issus de métropole, qui bénéficient de primes d’éloignement et de la sécurité d’emploi, et le reste de la population, moins bien payé (quand elle a un emploi) et qui vit surtout de transferts sociaux.

Le manque d’emplois sur place joint à la surpopulation des îles entraine une émigration massive vers la métropole. On a donc la situation paradoxale d’avoir de nombreux cadres (pas seulement de la fonction publique) venus de métropole tandis que les autochtones sont contraints à l’exil. Cette émigration concerne des personnes sans qualification ou peu qualifiée (exemple : nombre d’aides-soignantes antillaises dans les hôpitaux de la métropole) mais aussi des fonctionnaires de toutes catégories (nombreux en métropole par exemple dans la police et les préfectures). Souvent, ceux qui ont fait des études supérieures partent aussi en métropole car, compte tenu de la concentration dans la propriété des rares entreprises locales et du népotisme qui y règne, ceux qui ne sont pas des « fils de » ont des chances réduites de trouver des postes correspondant à leur qualification.

Cette situation d’économie artificielle socialement très inégalitaire doublée d’une quasi- ségrégation raciale inavouée entraine une situation explosive. Périodiquement, la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et, on le voit aujourd’hui, la Guyane, sont agités de mouvements de grande ampleur avec manifestations, grèves générales et barrages routiers (la situation de Mayotte est pire encore ; la crise y est endémique).

Non seulement, il y a des problèmes sociaux, mais s’y ajoute une délinquance à un niveau supérieur encore à celui des zones les plus difficiles de métropole et une immigration clandestine incontrôlée.

Politiquement, la situation est curieuse et paradoxale. Les partis autonomistes et même indépendantistes sont majoritaires, en particulier à la Martinique et à la Guadeloupe, mais ces partis acceptent de gérer les collectivités locales. Pour faire simple, ils veulent plus d’autonomie mais ils réclament dans le même temps de bénéficier de tous les droits et avantages de la métropole.

La politique de la France envers ses DOM a été souvent démagogique : « vous êtes Français et avez les mêmes droits que les Français de métropole et vous pouvez compter sur la sollicitude de la Nation». On a, dans le même temps, fermé les yeux sur les inégalités de revenus et surtout de patrimoine qui sont la conséquence des temps anciens de la colonisation et de l’esclavage.

Il est clair qu’il faudrait faire des réformes de structure, s’agissant notamment du foncier. Mais elles n’ont jamais été entreprises. On a préféré « arroser » de prestations diverses et d’investissements publics. Cela a pu le faire tant que la situation économique de la France (et les règles de Bruxelles) le permettait. Cela est plus difficile aujourd’hui. En résumé, la France est en crise et les Dom encore davantage. Il est clair que, face à l’urgence, les réformes des Dom ne sont pas une priorité pour Paris. Sauf quand l’agitation prend une tournure spectaculaire. On fait alors face au plus pressé et, la vague passée, on retombe dans la routine de la gestion au jour le jour. Il est vrai que cela ne se limite aux DOM. En métropole ce n’est pas mieux.

3/ Le problème de la Guyane est fondamentalement le même : un département loin de la métropole complètement déconnecté de son environnement géographique avec une population à laquelle on répète qu’elle a les mêmes droits que la métropole mais qui est mécontente parce qu’elle constate que, en dépit des transferts financiers, elle n’a pas vraiment le même niveau de vie ni les mêmes chances de promotion.

S’ajoutent des problèmes spécifiques :

a/ La Guyane, de loin le département le plus vaste, a des frontières incontrôlables. Avec 83 000 km2 et 1250 km de frontières, le plus souvent dans la forêt équatoriale, ce territoire est impossible à sécuriser avec les moyens classiques de l’ « état de droit ».

b/ La population, avec seulement 250 000 habitants, n’a pas une taille suffisante pour que tous les services de type métropolitain lui soient fournis (par exemple tout l’éventail de médecins spécialistes, tous les équipements hospitaliers ou les formations universitaires). Quant aux produits consommés, ils sont quasiment tous importés, ce qui entraine la cherté du coût de la vie. Il y a en conséquence dans la population à la fois un sentiment d’isolement et d’abandon de la part de la métropole. Cela crée des rancœurs que le métropolitain de passage perçoit aussitôt.

Quant aux relations avec les pays voisins (Brésil et Surinam), elles sont très limitées. On a construit à grands frais un pont sur le fleuve Oyapock (j’ai moi-même participé aux négociations franco-brésiliennes pour mettre sur pied ce projet commun), mais, côté brésilien, la route débouche sur rien dans un Etat, l’Amapà, qui, bien qu’un peu plus grand et peuplé que la Guyane, apparait tout petit à l’échelle du Brésil et, isolé dans cette partie de l’Amazonie, est lui-même loin de tout. Côté Surinam, Etat pauvre et peu peuplé, ce n’est pas mieux.

c/ On pourrait penser que cette faible population sur un territoire aussi vaste est un avantage en termes de qualité de vie et d’espace disponible. Il n’en est rien car la population est concentrée sur une étroite bande littorale. L’intérieur n’a quasiment ni routes ni populations.

d/ Pourtant, la croissance démographique est forte. Les investissements publics n’ont pas suivi. La Guyane manque d’écoles, d’hôpitaux et est mal lotie en services publics.

e/ Cette croissance démographique est due à une forte immigration, presqu’entièrement clandestine (mais les immigrants illégaux sont ensuite régularisés) en provenance du Brésil et du Surinam. De ce dernier pays, on passe facilement en pirogue à travers le Moroni et, du Brésil, les migrants viennent à travers la forêt. Parmi ces derniers, les arpailleurs (chercheurs d’or) posent le plus de problèmes. Ils constituent un fléau écologique car, utilisant des méthodes primitives, ils jettent des quantités énormes de mercure dans les cours d’eaux, ce qui empoisonne l’environnement et donc la vie des populations amérindiennes. Ces orpailleurs mais aussi les migrants clandestins sont encadrés par des mafias brésiliennes puissamment armée prêtes à tout. Les gendarmes français font ce qu’ils peuvent. Des affrontements à l’arme de guerre ont lieu, des campements sont détruits mais les clandestins reviennent sitôt après. Quelques centaines de gendarmes et quelques hélicoptères ne peuvent rien contre des clandestins prêts à en découdre et cela sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés.

f/ Lié à la fois à l’immigration clandestine et au chômage des jeunes, la délinquance est un problème quotidien en Guyane. Le Brésil est l’un des pays au monde les plus touchés par la violence (50 000 morts violentes par an) et on peut dire que l’insécurité brésilienne a été importée en Guyane. Avec la crise économique au Brésil, le phénomène s’est encore amplifié.

4/ Quelles sont les solutions à cette situation explosive ?

a/ Il convient d’abord de dire (et cela est vrai pour tous les DOM) qu’on paye aujourd’hui cinquante ans de démagogie abondamment développée par tous les gouvernements. La départementalisation, compte tenu des conditions locales (peu ou pas de production locale), a pour corollaire des transferts financiers massifs de la part de la France. On a ainsi dit que les Dom étaient les « danseuses de la république ». Mais ces transferts ne profitent pas à tout le monde. Les oligarchies locales sont souvent les premières bénéficiaires. Pour les autres, les prestations sociales sont le plus souvent « mangées » par le coût exorbitant de la vie. Quant à l’emploi, inexistant sur place parce que, compte tenu du niveau des salaires et charges sociales, il n’y a pas de rentabilité, les jeunes sont condamnés à l’exil en métropole où ils occupent les emplois les moins qualifiés et les moins payés, ce qui contribue à leur frustration.

Les transferts financiers vers les DOM sont pourtant légitimes. Leurs habitants sont nos compatriotes et la solidarité nationale, qui ne devrait pas se discuter, est donc un dû. Le bilan pour la France est d’ailleurs loin d’être négatif. Les DOM-TOM permettent à la France d’avoir le second domaine maritime du monde en termes d’eaux territoriales et de zone économique exclusive. De plus, stratégiquement, cela permet à la France de disposer de bases militaires commodes en Amérique, dans l’océan indien et le Pacifique. Rappelons aussi que la base de lancement de fusées Ariane, Kourou, est en Guyane. Tout cela n’est pas rien et contribue à ce que la France reste l’une des cinq grandes puissances mondiales.

b/ On pourrait faire encore plus et surtout mieux. On parle ainsi de « plan Marshall » pour la Guyane.

c/ Mais cela ne suffirait pas. Je crois qu’il conviendrait plutôt de rechercher un type de développement économique mieux adapté car plus endogène. Cela passe, je crois, par un changement de statut, dans la mesure où les populations concernées le souhaitent. Il y a d’ailleurs de leur part une contradiction entre les aspirations à davantage d’autonomie et l’attachement presque épidermique au statut de département. Pourtant, ce statut, s’il permet de fortes retombées financières, est néanmoins lourd. Les initiatives locales (lorsqu’il y en a) sont bridées par des règles nationales et européennes trop contraignantes. On cite ainsi le cas des normes applicables pour les bâtiments publics mal adaptées au climat tropical ou encore celle de collèges à la Réunion pensées à Paris qui avaient oublié que, dans l’hémisphère sud, le soleil brille à midi au nord. On le constate les méfaits de la centralisation et du jacobinisme en métropole. On imagine que cela est pire dans les DOM.

Une auto-administration dans le cadre d’un régime assimilé à la souveraineté-association (dans un premier temps, le statut de collectivité d’outre-mer type Polynésie serait déjà un progrès) serait mieux adaptée. Il est aberrant, par exemple, d’avoir une fonction publique en Guyane avec des métropolitains détachés à prix d’or alors que des Guyanais sont employés dans l’administration de métropole.

L’automaticité de l’égalité des conditions de travail et de salaires avec la métropole est incompatible avec une situation autre que l’assistanat.

S’agissant de la Guyane, si le tourisme n’est sans doute pas l’avenir (climat et conditions locales peu propices, sans compter, aujourd’hui, l’insécurité), on devrait en revanche mieux tirer parti de l’existence du centre spatial de Kourou. Comme l’aéronautique à Toulouse, on devrait développer les synergies entre le spatial et toutes sortes d’autres activités. L’agriculture et l’exploitation des ressources de la mer sont d’autres pistes. Mais, pour être rentables, ces activités ont sans doute besoin de salaires non métropolitains. Je ne fais pas, comme d’autres, une fixation sur le « coût du travail ». Mais des salaires plus réalistes paraissent souhaitables en l’occurrence, quitte à ce qu’ils incluent une part de subvention publique.

d/ Mais l’urgence est à la lutte sans merci contre l’immigration clandestine et la délinquance. De ce point de vue, la Guyane a des problèmes de type métropolitain multipliés par les spécificités locales. La législation française y est inadaptée. Le laxisme de la justice donne un sentiment d’impunité encore plus pernicieux qu’en métropole car l’Amérique est un continent violent et seule une répression « violente » peut y faire face.

En France, les clandestins ne sont non seulement pas réprimés mais, en quelque sorte, récompensés par l’aide médicale gratuite et la scolarisation des enfants. On ne met jamais les clandestins en rétention et on se contente, au maximum (dans une petite minorité de cas) de les reconduire à la frontière, qu’ils repassent immédiatement après. Le seul département où il y a rétention, Mayotte, donne l’occasion aux associations métropolitaines de « droits de l’homme » (totalement ignorantes des conditions concrètes) de dénoncer la politique « inhumaine » du gouvernement.

Il est clair que, tant que sera appliquée en Guyane la législation française et européenne si attachée aux droits de l’homme qu’elle en constitue un super appel d’air, on ne pourra rien faire de sérieux pour se protéger de l’immigration clandestine et de la délinquance. L’Union européenne est à peu près la seule zone du monde où un migrant clandestin sait qu’il ne risque à peu près rien à venir. Il y est en général soigné et pris en charge et, au maximum, il risque d’être reconduit à la frontière.

Un immigrant clandestin risque au contraire, s’il pénètre, aux Etats-Unis, en Russie, en Chine, mais aussi en Hongrie (pourtant dans l’UE), et dans la plupart des autres pays du monde, d’être arrêté, condamné à la prison ou relâché moyennant une forte amende. N’en déplaise aux droits-de-l’hommistes de la gauche-caviar ou de la droite foie-gras, qui parlent beaucoup avec de bons sentiments (mais l’enfer est pavé de bonnes intentions) de questions qu’ils ne connaissent pas, et qui ont quelques « satans » dans le collimateur (Poutine en premier mais le hongrois Orban aussi bien que moins connu), la Hongrie est devenu un pays tranquille que les mafias des passeurs évitent désormais : outre des grillages sur toute la frontière, ceux qui sont attrapés sont arrêtés et condamnés. Le résultat est qu’ils ne viennent plus.

Tant que l’immigration clandestine en Guyane ne sera pas sérieusement sanctionnée, il n’y aura aucun espoir d’amélioration. Tout le reste n’est que (mauvaise) littérature.

5/ Il est clair qu’il n’y a rien à attendre du gouvernement Hollande-Cazeneuve. Il expédie les affaires courantes et, de toute façon, il n’a ni argent ni volonté de lutter contre la délinquance et l’immigration clandestine.

Mais, même s’il n’a rien à dire, force est de constater qu’il le dit mal. La gestion de la crise de l’inexistante « ministre » de l’outre-mer est lamentable. Elle n’a même pas le courage d’aller à Cayenne pour discuter avec les grévistes. Quant à la déclaration de Cazeneuve ce jour, c’est le vide sidéral.

Mais je ne vais pas tirer sur une ambulance et pas davantage sur un cercueil Ce gouvernement est déjà mort. A sa décharge, on doit constater que les onze candidats à la présidentielle n’ont pas d’idées très originales. Visiblement, la plupart d’entre eux découvrent le problème. Il en est peut-être même qui ont eu besoin d’ouvrir un atlas pour voir où se situe la Guyane.

Marine Le Pen parle, comme les autres, de solidarité de la nation et de plan « Marshall ». Des mots ! Mais elle a au moins une crédibilité un peu plus forte que les autres s’agissant de la lutte contre l’immigration clandestine et la délinquance. Elle a compris, elle, que ce n’est certes pas le seul problème de la France mais que c’est, quand même, un problème essentiel qu’il convient de traiter sans angélisme.

C’est en effet une bonne piste.

Une seconde serait que les Guyanais fassent preuve d’imagination avec des propositions sérieuses (autres que toujours plus de subventions) et qu’ils montrent qu’ils veulent effectivement se prendre en charge. S’ils revendiquaient la création d’une police territoriale guyanaise, leur demande de plus de sécurité serait sans doute plus crédible. Cela ne suffit pas de demander toujours plus aux pouvoirs publics français.

Les solutions devraient être recherchées par les Guyanais en premier lieu à Cayenne. Pas à Paris. Il faudrait enfin que nos compatriotes des Dom passent d’une mentalité d’assistés à celle de responsabilité. Il est vrai qu’on les a infantilisés depuis des années. Le changement et le progrès, ce n’est pas seulement plus de crédits, c’est aussi une révolution dans les esprits.

Yves Barelli, 27 mars 2017

 

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 11:46
  1.  
  1. Le mois dernier la fondation Abbé Pierre a, une nouvelle fois, tiré la sonnette d’alarme sur le mal logement de millions de Français. Une fois de plus, son rapport est passé presque inaperçu, glissant sur les candidats à la présidentielle, les médias et la société comme la pluie sur un toit pentu. Il est vrai que cette campagne présidentielle a pris une mauvaise tournure. Pendant qu’on parle des « affaires », concernant toujours les mêmes candidats (voir mon blog du 24 février : « des coïncidences curieuses »), on ne parle pas du fond, ce qui devrait pourtant être l’objet du vrai débat démocratique : que veut-on pour notre pays, comment le faire et comment s’attaquer aux grands problèmes de la société, ceux qui concernent la vie de tous les jours des citoyens : emploi, éducation, santé, transports et, j’y viens, logement. Si les autres questions sont, plus ou moins, abordées, curieusement, c’est le silence sur le logement, alors qu’il constitue l’un des grands maux de la société française. Directement pour les mal-logés mais aussi, indirectement, pour la plupart de ceux qui le sont correctement.

 

Le logement est en fait l’un des plus graves problèmes de la société française. Le spectacle des milliers de sans-abris est une honte pour notre pays. Des millions de personnes sont mal logées et, lorsqu’on n’a pas la chance d’être propriétaire, la recherche d’un toit est souvent un parcours du combattant.

 

La pénurie de logement n’est pas seulement scandaleuse pour les SDF et les mal-logés. Elle est aussi l’une des causes du recul du pouvoir d’achat d’une partie de la population tandis que d’autres s’enrichissent (car c’est un jeu à somme nulle). De plus, la difficulté à se loger est un frein considérable à la mobilité. Beaucoup de travailleurs sont amenés à refuser un emploi lorsqu’il nécessite un déménagement. D’autres passent un temps considérable sur les routes ou dans les transports parce qu’ils travaillent loin de chez eux. Cela génère fatigue, stress, mais aussi gaspillages, pollution et dépenses induites par ces déplacements.

 

Il y a donc urgence à trouver des solutions pour des raisons tant sociales qu’économiques.

 

Que pourrait-on faire ? Je ne suis pas un spécialiste de cette question et ne prétends donc pas apporter des solutions techniquement et financièrement exemptes de toute critique. J’ai seulement des idées et des pistes qui me paraitraient utiles à explorer.

 

Un double constat d’abord : le financement du logement coûte cher à la collectivité. En dépit de cela, il n’y a pas assez de logements. La simple augmentation des budgets publics qui y sont consacrés n’est donc probablement pas la bonne solution. Cette augmentation serait d’ailleurs plus que problématique en période de restrictions budgétaires. Peut-être peut-on financer plus, mais il faut surtout financer mieux et, au-delà des dépenses, chercher aussi des recettes supplémentaires à affecter au logement et, peut-être, assises sur le logement.

 

Il me semble que des pistes de réflexion devraient être menées dans quatre directions : 1/ le financement du logement 2/ la fiscalité du logement 3/ le logement social 4/ une meilleure adéquation de l’offre et de la demande dans le secteur privé.

 

1/ Le financement public du logement est constitué par des aides directes, en général par des dégrèvements d’impôts, et par le financement des organismes d’HLM. On constate que la plus grande partie de ce qui relève du budget de l’Etat sert à financer l’accession à la propriété mais aussi l’achat de logements destinés à la location. Ce dernier financement est le plus injuste. Les divers outils qui le régissent (loi « Sellier » ou du même type, chaque ministre a la sienne !) permettent de subventionner les acquisitions par des propriétaires non occupants qui s’engagent à louer un certain temps le logement. Ces acquéreurs sont doublement bénéficiaires en tant que futurs loueurs et futurs réalisateurs de plus-values immobilières. Le bénéfice de la réduction d’impôt est proportionnel au montant de cet impôt. L’Etat subventionne donc d’autant plus le contribuable que celui-ci est riche. Il faut mettre fin d’urgence à ce scandale qui est non seulement immoral mais qui a un effet induit pervers : il pousse à la hausse le prix des logements neufs, écartant ainsi du marché du neuf nombre de personnes aux revenus moyens qui souhaitent se loger. La preuve que ce dispositif est pervers est que ce type d’investissements immobiliers se fait en quantité inverse des performances de la bourse : lorsque celle-ci dégringole, ceux qui ont de l’argent à placer se reportent sur l’immobilier, contribuant ainsi à la hausse des prix. En l’occurrence, le financement public des logements privés alimente la spéculation. A cette critique, on répond que, moral ou pas, ce type d’aide contribue à drainer l’épargne vers le logement. Mais à quel prix ? Cette subvention des propriétaires se fait au détriment des autres formes de financement du logement.

 

Je préconise donc l’arrêt de toute forme de subventions à l’achat de logements par des propriétaires non occupants et même une réflexion sur l’opportunité de continuer à aider à fonds perdus ceux qui les occupent. Je m’explique : l’Etat subventionne l’achat d’un bien qui normalement est appelé à prendre de la valeur (il y a eu des baisses ces dernières années mais elles sont conjoncturelles car sur le long terme il y a hausse du fait de la relative pénurie). Il aide à fonds perdus la catégorie des gens qui peuvent acheter (seule une catégorie marginale de moyens revenus accède à la propriété seulement grâce à l’aide. Pour les autres, c’est un effet d’aubaine) et ceux-ci réalisent ensuite un bénéfice par la plus-value. Il me paraitrait juste de ne plus aider ceux qui, de toute façon, achèteraient. Quant aux autres, une autre solution devrait être explorée : prendre une part de la propriété. Exemple : le logement vaut 100 000€ et l’aide est de     10 000€ ; l’Etat (ou la municipalité) est copropriétaire pour 10%. Si le logement est loué, il encaissera 10% du loyer et lorsqu’il sera vendu, cette proportion lui reviendra. Si on avait fait cela depuis vingt ans, non seulement les aides au logement n’auraient rien coûté, mais les recettes auraient été supérieures aux dépenses, permettant ainsi un meilleur financement du logement social.

 

2/ Le logement rapporte actuellement au fisc par les impôts locaux (taxe foncière et taxe d’habitation), par la taxation de la plus-value sur les résidences secondaires et par les droits de mutation (transactions et héritage). On admet généralement que les impôts locaux sont obsolètes et injustes car ils dépendent des localités (les collectivités riches taxent moins que les pauvres car, pour ces dernières, elles sont souvent la seule ressource et parce que l’impôt est assis sur une moindre valeur cadastrale), ils sont peu assis sur les revenus et leur calcul est fondé sur des valeurs très anciennes. Une réforme des finances locales devrait prendre ces éléments en considération. Il faudrait aussi supprimer les disparités entre les taux des droits à mutation (actuellement, par exemple, deux fois supérieures en Seine-Saint-Denis que dans les Hauts- de-Seine). Sans doute la nationalisation des impôts actuellement locaux avec reversement aux collectivités par péréquation (système courant à l’étranger, par exemple en Allemagne, pourtant pays fédéral avec fortes prérogatives des collectivités) serait déjà un meilleur système.

 

Mais, si on veut s’attaquer plus en profondeur aux inégalités, il faudrait taxer beaucoup plus lourdement l’héritage (pas seulement immobilier). Pourquoi ? Pas seulement parce que dans une société d’égalité des chances, il ne faut pas que les jeux soient faits dès la naissance. Mais aussi par souci de remédier au problème du logement. A Paris par exemple (l’exemple parisien est le plus frappant, mais le problème, certes à moindre échelle, existe partout) les annonces immobilières de biens à vendre dépassant 1 000 000€ sont monnaie courante (sans même parler des biens valant dix fois plus et davantage réservés à des détenteurs du capital par héritage, ce qui écarte de ce marché même les très haut revenus). A 10 000€ le m2, cela fait une surface de 100m2. C’est loin d’être un château ! Prenons le cas d’un acquéreur non héritier devant emprunter 800 000€ (sur 1M€, cela nécessite déjà une épargne de 200 000€, ce qui n’est pas donné à tout le monde). Sur vingt ans, cela fera, avec les intérêts, actuellement faibles (mais qui risquent de remonter) de l’ordre de 1 200 000€ à rembourser, soit de l’ordre de 5 000€ par mois auxquels s’ajouteront évidemment les charges de propriété. Comme on demande aux emprunteurs d’avoir des revenus au moins le triple du remboursement, il faut un revenu mensuel minimal de 15 000€ net pour acheter le logement. Ceux qui peuvent se payer de tels logements, en dehors des héritiers, ne sont pas légion. Paris est devenu un gigantesque Monopoly où seuls ceux qui disposent d’un capital généralement inatteignable en une génération peuvent acheter. Moralité (si on peut utiliser ce mot !) : la non taxation de l’héritage est le principal facteur non seulement d’inégalités, mais aussi d’inflation. Taxer davantage l’héritage constituerait mécaniquement une pression à la baisse du prix de l’immobilier en même temps qu’il accroitrait les recettes fiscales.

 

Actuellement, seules les résidences secondaires sont taxables sur les plus-values. Il me paraitrait légitime de taxer aussi les reventes de résidences principales non seulement pour augmenter les recettes publiques mais aussi pour lutter contre la hausse exagérée de l’immobilier (si le vendeur n’a pas intérêt à vendre beaucoup plus cher que ce qu’il a payé parce qu’il sait qu’une bonne partie du bénéfice ira au fisc, il sera moins tenté d’essayer de faire ce bénéfice). J’y vois aussi une autre raison. Lorsqu’un bien immobilier voit sa valeur augmenter grâce à des dépenses publiques (par exemple, lorsqu’une nouvelle ligne de métro ou une voie rapide est ouverte, mécaniquement tous les logements du secteur voient leur prix augmenter, parfois considérablement). Est-il normal que la collectivité (donc les impôts de tous les Français) dépense de l’argent pour apporter un service supplémentaire à certains usagers (ça, c’est normal) et pour leur permettre, par-dessus le marché lorsqu’ils sont propriétaires (quand ils sont locataires, ils risquent au contraire de voir leur loyer augmenté), de faire de juteux bénéfices à la revente ? Je crois que non. Taxer les plus-values des résidences principales aurait donc le double avantage d’augmenter les recettes publiques (probablement de plusieurs milliards d’euros par an qui pourraient être partiellement affectés à l’amélioration des transports en commun puisqu’il y a souvent corrélation entre les deux) et de faire pression, là aussi, contre les hausses de prix.

 

Si une augmentation forte de la taxation des plus-values était décidée, elle risquerait de décourager les transactions et donc la mobilité. Le propriétaire occupant qui vend pour acheter un autre bien risquerait d’être injustement pénalisé. Une solution astucieuse serait alors de coupler la taxation des plus-values immobilières avec celle de l’héritage. Le vendeur ne serait pas obligé de s’acquitter de la taxe tout de suite et la collectivité conserverait un avoir sur la partie de la valeur du bien correspondant à l’impôt. C’est l’héritier qui devrait payer la taxe, et cela seulement s’il vend le bien. S’il le conserve, comme résidence principale ou secondaire, la taxe serait différée jusqu’à la réalisation du bien, éventuellement après sa transmission. Ce raisonnement pourrait être utilisé aussi pour l’héritage. Exemple : j’hérite d’une villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat et j’ai un revenu moyen. Impossible de payer le lourd droit sur l’héritage (mais aussi l’impôt sur la fortune) préconisé par mon système. L’Etat prend une créance sur moi, en fait une partie de ma propriété. Je ne payerai que le jour où ce bien sera vendu par moi ou mes héritiers et l’Etat non seulement récupérera sa créance, mais profitera aussi de la plus-value. Cela répond accessoirement aux objections concernant l’impôt sur la fortune des petits propriétaires de l’île de Ré : dans le système que je préconise, on ne paye ni la propriété ni l’usage mais le revenu de la transaction, si elle se fait. Accessoirement, je crois qu’on pourrait réfléchir au bien-fondé de l’impôt sur la fortune (à garder symboliquement pour des raisons d’affichage politique) sans doute plus injuste (car assis sur le patrimoine et non sur le revenu) qu’une taxation lourde sur l’héritage monétaire ou sur le fruit de la vente du patrimoine (cela vaut pour les logements comme pour les entreprises).

 

3/ Le logement social est un aspect important du problème global du logement. Des millions de gens sont logés en HLM. Ils bénéficient en principe de loyers plus faibles que les prix du marché. Dans certaines communes, jusqu’à 40% des habitants sont logés en HLM. C’est dire l’importance du secteur. C’est dire aussi les sommes considérables que l’Etat et plus encore les collectivités locales consacrent à son financement.

 

La construction et la gestion du parc social sont réparties en une multitude d’offices publics d’HLM. Leur gestion est souvent jugée opaque non seulement par les citoyens et les candidats au logement mais aussi par les élus appelés à voter les subventions. On a l’impression que, souvent, la finalité du logement social, offrir un toit à ceux qui ne pourraient payer des loyers dans le parc privé, est perdue de vue. D’abord en vertu de quotas d’appartements laissés aux bailleurs qui échappent difficilement à l’accusation de favoritisme. Mais aussi parce que les principes de gestion des offices publics ont des effets pervers. Ces offices ne sont certes pas des sociétés commerciales recherchant le profit, mais on leur demande d’équilibrer leurs comptes. D’un côté leurs dépenses d’investissement et de fonctionnement, de l’autre les recettes constituées par les subventions et les loyers. Ce dernier point pose problème. On ne loge pas, en principe, dans les HLM ceux qui disposent de hauts revenus (il y a malheureusement des exceptions, en particulier à Paris, dont la révélation au grand public a été source de scandale), mais on constate aussi que, de fait, il existe un plancher à ces revenus puisque les gestionnaires, et on les comprend, ont besoin de locataires solvables pour équilibrer leurs comptes. Le résultat est que les locataires du parc d’HLM ne sont pas nécessairement ceux qui devraient être logés en priorité (par exemple les SDF) et que nombre de ces locataires ont tendance à s’ « incruster » même lorsque leurs revenus augmentent et comme ce sont de bons payeurs, on ferme les yeux. Est-il normal d’offrir ainsi une rente à vie à certains locataires aux frais du contribuable ?

 

Autre problème du parc d’HLM : la création de ghettos en général ethniques avec tous les problèmes qui vont avec : pas de mixité sociale – et, souvent, ethnique -, délinquance, drogue, absence de perspectives pour les jeunes qui habitent ces grands ensembles. C’est le problème récurrent et bien connu des « banlieues ». [Je n’aborde pas ici le problème des étrangers sans activité professionnelle ne vivant que d’allocations dont on peut se demander par quelle légitimité on les grade sur le territoire national. C’est une autre question].

 

Ne pourrait-on envisager de décloisonner secteur social et secteur « normal » ? Au-delà du parc existant (dont il serait illusoire de penser qu’on puisse le faire disparaitre par enchantement), il faudrait essayer de s’orienter vers l’acquisition par la collectivité (Etat ou collectivités territoriales) d’appartements au sein de copropriétés classiques, voire la prise en location de logements appartenant à des propriétaires privés dans lesquels seraient logés des personnes éligibles au logement social. Ce serait la seule solution pour favoriser la mixité, à condition évidemment que cela s’accompagne, là comme ailleurs, d’une tolérance zéro pour la délinquance et les incivilités, sans quoi les citoyens « normaux » refuseront, à juste titre, cette mixité. Accessoirement, c’est une solution aux refus de certaines municipalités de construire des logements sociaux. Ce système pourrait être couplé avec la réforme du système de location privée qui fait l’objet du paragraphe suivant.

 

4/ Une meilleure adéquation entre l’offre et la demande de logement privé devrait être recherchée d’urgence. Trois types de problèmes affectent le secteur du logement privé.

 

Le premier est la liberté de fixation du loyer, en principe contractuellement, en fait à la discrétion du propriétaire lorsque l’offre est inférieure à la demande, lors de l’établissement d’un nouveau bail. Le blocage des loyers est illusoire. Il se crée en effet un prix du marché qui est incontournable (tout blocage durable entraine inévitablement une raréfaction de l’offre car il décourage un nombre croissant de propriétaires de mettre leur bien en location, mais aussi l’apparition d’effets pervers : « pas de porte », manque d’entretien, etc). Seule l’augmentation de l’offre peut stabiliser le marché, voire faire baisser les loyers. Acceptons donc le prix du marché, mais, parallèlement, ne tolérons pas les abus. Tout le prix du marché mais que le prix du marché ! Avant toute location, l’appartement devrait être inspecté par les pouvoirs publics afin de déterminer le juste loyer qui doit dépendre du prix du marché dans le quartier mais aussi du confort du logement. Seul ce type de contrôle et d’accord préalables pour autoriser le loyer est susceptible de mettre fin aux abus.

 

Un deuxième problème est constitué par la liberté du propriétaire (directement ou par l’intermédiaire d’un gestionnaire) du choix du locataire. Dans les situations de tension induites par la pénurie de logements qui affecte de nombreuses localités, les propriétaires, voulant s’entourer du maximum de garanties (et on ne peut les blâmer de le faire) demandent quantité de justificatifs tels bulletins de salaires, avis d’imposition, comptes en banque, etc) et, souvent, qu’un tiers se porte garant. Mettant en concurrence les candidats locataires, ils sélectionnent celui qui présente les meilleures garanties. Ce système est scandaleux car humiliant pour celui qui s’y soumet et injuste car il barre l’accès au logement à des millions de gens, soit pour salaires insuffisants soit parce qu’ils n’ont pas des emplois suffisamment stables. Il existe ainsi toute une catégorie de personnes non éligibles au logement social et qui éprouvent les pires difficultés pour accéder au parc privé. Cela est socialement scandaleux et économiquement négatif car c’est un obstacle à la mobilité.

 

Mais il faut aussi se mettre à la place des propriétaires qui ne sont pas tous, loin de là, des vautours affamés. La loi protège heureusement les locataires mais, parmi ceux-ci, certains en abusent. Les expulsions des mauvais payeurs ne sont pas possibles en hiver. Un nombre considérable de décisions de justice contre des locataires ne sont jamais suivies d’effets. D’où les précautions légitimes que prennent les propriétaires. D’où aussi l’ampleur du parc de logements vacants que leurs propriétaires ont renoncé à mettre sur le marché. La souscription d’assurances privées qui garantissent l’encaissement des loyers coûte cher et ne garantit pas tout. Ce n’est donc pas la bonne solution, d’autant qu’elle ne supprime pas les deux premiers problèmes mentionnés ci-dessus.

 

Je préconise en conséquence la création d’offices publics du logement dépendant de l’Etat (donc des préfectures) ou des collectivités territoriales (le meilleur niveau doit être déterminé, le premier est plus « objectif » dans ses décisions, mais plus lourd) par lesquels passeraient les propriétaires qui souhaitent louer un bien et les candidats locataires.

 

Concrètement, le système fonctionnerait ainsi : a/ le propriétaire veut louer un logement, il s’adresse à l’office du logement qui inspecte le logement et fixe un loyer b/ si le propriétaire accepte la proposition (s’il la refuse, il n’a pas droit de louer), le logement est mis sur le marché c/ les locataires intéressés s’adressent à l’office public qui s’assure qu’ils sont solvables (s’ils ne le sont pas, ils sont orientés vers le logement social) et cet office attribue les logements à la location en fonction des désirs des candidats-locataires (localisation, surface, etc) d / le bail est double, d’une part entre le propriétaire et l’office public, d’autre part entre le locataire et l’office public.

 

Dans ce système, le propriétaire et le locataire ne sont jamais mis en relation, ils ne se connaissent même pas. Ainsi le candidat locataire n’a aucun justificatif à fournir au propriétaire. Le problème numéro deux ci-dessus est supprimé. Aucune discrimination n’est désormais possible.

 

En sens inverse, le propriétaire est assuré de toucher le loyer quoi qu’il arrive car c’est l’office public qui le lui paye. En cas de dégradation, il est indemnisé par l’office qui récupère l’argent, s’il le peut, sur le locataire indélicat. De même si le locataire ne respecte pas ses engagements (bruit excessif, surpopulation notoire, activité commerciale non autorisée, etc), c’est l’office qui expulse et prend, le cas échéant, en charge les frais de procédure. On peut même envisager que le propriétaire puisse récupérer son logement à tout instant (on sait que la difficulté à le faire dans le système actuel décourage nombre de propriétaires de louer). Dans ce cas, le locataire serait relogé, dans un délai à définir, par l’office public ; le propriétaire prendrait à sa charge les frais de déménagement si le départ a lieu avant l’échéance du bail.

 

Le système serait financé par une contribution à part égale du propriétaire et du locataire, de l’ordre de 5 à 10% chacun. Par exemple, sur un loyer de 1000€, le locataire paierait 1100€ à l’office public qui reverserait 900€ au propriétaire. La différence paierait les frais de gestion de l’office, les défaillances non récupérées de loyers et les dégradations également non récupérées.

 

On peut estimer que ce système en permettant un meilleur accès des locataires au logement et des garanties solides pour le propriétaire, aurait pour conséquence de mettre davantage sur le marché de biens à louer, ce qui contribuerait à résoudre la crise actuelle du logement et, sans doute, par le jeu de l’offre et la demande, de desserrer la pression sur les prix.

 

Ce système devrait-il être obligatoire ou optionnel ? L’expérience, qui pourrait être lancée par des tests sur certaines communes, le dira. On peut supposer que le système sera suffisamment attractif pour les propriétaires pour qu’ils y entrent, surtout s’il n’est pas trop coûteux. Le pourcentage du loyer à payer à l’office public par le propriétaire et le locataire dépendra du pourcentage de défaillances dans les paiements de loyers. Il est clair qu’en période de difficultés économiques, celui-ci sera plus élevé. Si les défaillances dues à la situation économique ou à des aléas de la vie (décès, maladie, etc) sont trop nombreuses, l’Etat pourrait prendre à sa charge une partie du déficit des offices de logement. On pourrait considérer cela comme une mesure sociale d’accompagnement du chômage. Elle serait financée par la fin des aides directes aux propriétaires et la hausse de la fiscalité sur le logement, notamment sur les plus-values.

XXX

Voici donc les quelques pistes que je soumets à la réflexion. Certaines nécessitent des choix politiques. Comme tout choix, il faut en mesurer les avantages et les inconvénients. Aux responsables politiques de faire les arbitrages. Pour d’autres, notamment la proposition de créer des offices publics du logement, il s’agit de solutions à caractère essentiellement technique. Elles me paraissent plus consensuelles et pourraient être mises en œuvre indépendamment des propositions à caractère plus politique.

 

En tout état de cause, il est probable que la prise à bras le corps de la question du logement nécessitera une bonne dose de volonté et de courage politique. Quand on touche à ce secteur, on risque de déranger des intérêts privés puissants. On risque aussi de se heurter à des réactions malsaines du grand public : avec 60% de propriétaires, il est clair qu’en favorisant une meilleure offre de logements, on risque de peser à une moindre hausse du prix moyen des logements, entrainant la frustration des propriétaires escomptant une plus-value. D’où la nécessité de proposer un plan d’ensemble cohérent en s’écartant des solutions à la petite semaine souvent adoptées par les gouvernants le plus souvent tentés par de simples effets d’annonce (par exemple les blocages inefficaces des loyers ou telle ou telle aide présentée comme la panacée) ou des considérations purement comptables (on taxe un peu plus pour avoir des recettes supplémentaires sans en mesurer les conséquences).

Ce sont probablement ces difficultés et ces risques (voyez par exemple l’échec de Cécile Dufflot qui a pris quelques mesures inconsidérées à base dogmatique) qui expliquent la prudence de nos hommes politiques en la matière. Ce n’est pas une raison pour ne rien faire. On ne devrait pas élire des dirigeants qui se contentent de gérer la routine.

 

Yves Barelli, 1er mars 2017

 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 23:52

Après le retrait de la candidature de Budapest, il n’en reste que deux, celles de Paris et de Los Angeles. Paris a donc de bonnes chances, ou plutôt de bonnes malchances, d’abriter la reine des manifestations sportives. Malchance, en effet, car, comme tous les précédents, les jeux coûteront beaucoup plus que le budget présenté au Comité Olympique International. Et cela pour des retombées économiques et politiques particulièrement minces. Tant qu’à abriter des jeux, la France aurait plutôt eu intérêt à présenter la candidature d’une ville de province. Lyon ou Toulouse en particulier, les mieux placées en termes d’équipements existants ou à construire et en retombées potentielles. Près de cinquante ans après les JO de 1968, Grenoble, alors sortie de l’anonymat, continue à en bénéficier. Idem pour Barcelone 1996. Rien de tel à attendre pour Paris avec, en revanche, un gouffre financier, des défis quant à la sécurité et des retombées qui risquent d’être, au mieux neutres et au pire négatives.

1/ Le budget prévisionnel présenté pour la candidature de Paris est de 6,2 milliards d’euro, dont 3,2 pour le déroulement des jeux, 1,7 pour les équipements sportifs et 1,3 pour les infrastructures de transports. 1,8Md serait à la charge du CIO, 1,4 du privé et 3 sur fonds publics, donc directement à la charge du contribuable. Le budget présenté par Los Angeles est un peu plus faible : 5,3Mds€ dont 2 payés par les sponsors.

Deux remarques. La première est que certaines dépenses peuvent être considérées comme des investissements durables qu’il faudrait peut-être faire en l’absence de jeux. Exemples : stades qui manquaient auparavant, autoroutes, nouvelles lignes de métro, cité olympique transformable ensuite en logements. Je ne dispose d’aucune information suffisante pour porter une appréciation s’agissant de Paris. Une partie des nouveaux équipements sera certainement utilisable après les jeux. Combien ? Je n’en sais rien.

La seconde est que tous les jeux passés ont vu leur coût réel bien supérieur aux prévisions, toujours minimisées afin d’obtenir l’adhésion du public mais aussi du CIO qui recommande des jeux « modestes ». Ainsi les jeux de Londres 2012 ont coûté de l’ordre de 13Mds contre 3 prévus (et 4,8 après une première réévaluation), soit 3 à 4 fois plus. Ce même multiplicateur a été constaté pour Athènes et Barcelone, tandis que Pékin aurait coûté dix fois plus. Rio est d’ores et déjà considéré comme un gouffre difficile à chiffrer tant la corruption et les trucages de chiffres ont été flagrants.

Dans l’histoire, seuls les jeux de Los Angeles de 1984 ont été financièrement positifs. Mais ce cas de figure n’est pas transposable à d’autres villes. Ces jeux étaient intégralement organisés par une entreprise privée qui a pu jouer sur des recettes impossibles ailleurs : droits télé élevés payés par les grands « networks » US, billets d’entrées chers, paiement de toutes sortes de prestations comme par exemple les droits payés par les municipalités pour accueillir la flamme olympique sur le parcours, enfin contributions des sponsors à hauteur du quart du coût des infrastructures (par exemple Mc Do a financé la piscine olympique). Il convient toutefois de rappeler que, aux Etats-Unis, le mécénat permet des allégements fiscaux considérables, de sorte que, au final, cela revient à un financement partiellement public : quand la « générosité » vient en déduction des impôts des mécènes, c’est en fait les contribuables « ordinaires » qui payent. Dans tous les cas, même dans le cas de LA (qui veut probablement rééditer le même type d’organisation pour 2024), les jeux coûtent cher pour le pays ou la ville qui les organisent.

2/ En retour, on peut attendre des retombées.

Dans certains cas, ces retombées ont été très positives, dans d’autres bien en-deçà de l’attente.

Helsinki 1952, Rome 1960, Tokyo 1964, Innsbruck 1964 (hiver), Grenoble 1968 (jeux d’hiver), Munich 1972, Séoul 1988, Barcelone 1996, et même Pékin 2008 (malgré un coût extravagant) ont été utiles pour des raisons variées (qui souvent se combinent). Helsinki a fait connaitre la Finlande ; Rome a marqué l’entrée de l’Italie dans les « trente glorieuses » et leur prospérité (on a parlé de « miracle italien »), Innsbruck et Grenoble ont eu des retombées économiques considérables en termes de fréquentation des stations de ski grâce à la soudaine notoriété de villes jusque-là peu connues. Munich, Séoul et Pékin, comme Rome ont joué un rôle politique important en faisant entrer ou en confirmant ces pays dans leur statut de grande puissance. C’est ce qu’ambitionnait aussi le Brésil avec les JO de 2016 venant juste après le « mondial » de foot. Malheureusement, ces manifestations ont été un fiasco car elles se sont déroulées dans un pays en pleine crise économique et politique.

Lorsque les équipements ont été intelligemment pensés et que les jeux se sont déroulés en dehors des capitales, cela a permis de financer sur budgets nationaux des équipements que les villes ou les régions auraient mis des décennies à réaliser. Grenoble en est un magnifique exemple : voies rapides dans toute l’agglomération (encore très rares ailleurs en France à l’époque), cité olympique transformée en quartier modèle d’avant-garde, équipements sportifs de qualité en ville (la patinoire par exemple) et dans les stations (tremplin de saut par exemple). On peut faire la même remarque pour Innsbruck, Munich ou Barcelone. Ceux qui, comme moi, ont connu la capitale catalane avant les jeux et après, ont constaté qu’elle est passée du jour au lendemain du statut de capitale provinciale aux équipements réduits à celle de grande métropole internationale n’ayant rien à envier à des cités plus grandes. Et Barcelone a eu de la chance car le « tempo » était bon : pays en forte expansion, dotations européennes et tout cela avant la crise de la décennie suivante. Le « boom » de Barcelone en termes de notoriété, prestige et donc de fréquentation touristique, mais aussi d’organisation de manifestations sportives, culturelles, de congrès, mais aussi d’investissements économiques n’ayant rien à voir avec le sport a été tel que la ville en touche encore les dividendes aujourd’hui (ce qui est encore le cas, aussi, malgré le temps, de Grenoble).

En revanche, lorsque on a construit à la va-vite des équipements rapidement obsolètes parce que de mauvaise qualité ou inadaptés à une utilisation ultérieure, on peut parler de gabegie. C’est le cas, spectaculairement, d’Athènes 2004 et de Rio 2016. On estime que le budget grec a été si plombé qu’il a joué un rôle important dans la faillite du pays. Rio est, de son côté, en cessation de paiement et le budget fédéral n’a plus ni la possibilité ni la volonté de renflouer la ville et l’Etat de Rio.

3/ Le bilan de l’organisation des JO n’est donc pas nécessairement négatif, mais il peut l’être.

Qu’en serait-il de Paris ? Probablement un gros déficit que, néanmoins, sauf crise économique majeure d’ici là, la France aura les moyens de combler sans effort excessif.

Les retombées économiques s’avèrent plus qu’aléatoires et sans doute négatives. La ville de Paris est ultra-connue dans le monde. En termes d’image et de notoriété rien, donc, à attendre. S’agissant de la fréquentation touristique, le solde ne devrait pas être sensiblement positif, peut-être même négatif. Le même phénomène a été constaté à Londres : plus de sportifs et de spectateurs certes mais, avec des prix d’hôtels en hausse et des restrictions à la circulation du fait des contraintes de sécurité, les touristes ordinaires, mais aussi les hommes d’affaire, ont évité Londres pendant les jeux et éviteront Paris si, par malchance, la capitale française est sélectionnée.

2024 est encore très loin. Quelle sera la situation politique, sécuritaire et économique de la France en 2024 ? Impossible à prévoir. Certes, l’euro de foot s’est déroulé sans encombre malgré la menace terroriste, mais au prix d’un déploiement sans précédent des forces de l’ordre. Et on a eu de la chance : le risque zéro n’existe pas.

Ce n’est pas le seul problème. La délinquance et les incivilités sont en hausse constante à Paris. Tous les étrangers le disent, ce qui a fait chuter la fréquentation touristique. Si on veut présenter une image au moins passable, il faudra faire un sacré effort d’ici là. Si cet effort est fait parce qu’on a les jeux, ce sera au moins cela de positif.

Globalement, donc, il ne semble pas que l’organisation des JO en 2024 à Paris soit vraiment bénéfique pour la France. Dans le meilleur des cas, on peut espérer quelques équipements supplémentaires, par exemple en ce qui concerne les liaisons avec les aéroports, actuellement mauvaises. Sur le plan politique, tout dépendra de la situation de la France en 2024. Si elle est meilleure, les jeux n’apporteront rien de plus ; si elle est pire, ils ne la compenseront pas.

4/ Je note que les JO ont été le plus souvent bénéfiques lorsqu’ils ont été organisés en dehors des capitales. J’ai cité les exemples de Grenoble, Innsbruck ou Barcelone. On pourrait aussi citer Melbourne 1956, Montréal 1976, Calgary 1988 (hiver), Atlanta 2000 ou Turin 2006 (hiver). Toutes ces villes, plus ou moins connues dans le monde auparavant et parfois même presque inconnues, ont acquis une notoriété grâce aux jeux qui s’est généralement traduite les années suivantes par plus de fréquentation pas seulement touristique mais aussi économique (congrès, voire investissements), sans compter les équipements que ces villes n’avaient pas parce qu’elles n’étaient pas des capitales.

5/ C’est pourquoi j’estime que, en présentant Paris, qui risque d‘être retenu et qui n’apportera rien, la France a raté une occasion, celle de promouvoir une autre ville sur la scène internationale avec toutes les retombées que cela peut laisser espérer.

Les villes potentiellement candidates doivent évidemment répondre à tout un tas de critères (équipements déjà existant et raisonnablement à construire, capacité d’hébergement, lignes aériennes, transports urbains, etc).

Les villes possibles en France se comptent sur les doigts d’une seule main. Ce sont les grandes métropoles régionales. Strasbourg ou Nantes sont un peu petites, Nice est déjà saturée, Marseille, en crise presque permanente relativement peu apte à accueillir une telle manifestation. Bordeaux n’a pas de métro et des équipements un peu justes.

La solution la plus facile serait Lyon, seule grande métropole française de taille réellement continentale en dehors de Paris. Les équipements, pour l’essentiel, existent, les transports sont adéquats. Des jeux à Lyon, ce serait placer la « capitale des Gaules » au rang de Barcelone. La France aurait tout à y gagner.

Une solution plus volontariste encore serait de promouvoir Toulouse. La capitale occitane est certes à un niveau inférieur à Lyon. Mais ce serait l’occasion de la propulser à un rang supérieur et, avec elle, le Grand Sud de l’hexagone qui est une région magnifique à la forte identité et qui gagnerait à être davantage connue à l’étranger.

La France n’est pas seulement Paris. Quand le comprendra-t-on sur les bords de la Seine ?

Yves Barelli, 28 février 2017

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Published by Yves Barelli - dans Société
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 19:22

Benoît Hamon, candidat socialiste à la présidentielle, a proposé la création d’un « revenu universel » comme mesure phare de son programme. Je ne rejette pas d’amblée l’idée, comme le font la droite la plus conservatrice et la « gauche » tendance Valls (si tant est qu’on puisse encore la qualifier de « gauche »), mais je ne la fais pas mienne non plus. Ma critique ne porte ni sur l’ « impossibilité » économique qu’il y aurait à la mettre en œuvre, ni sur l’encouragement à la paresse qui serait la conséquence d’un revenu minimum pour tous, encore qu’il me paraisse légitime, à tout le moins, d’examiner avec soin les effets pervers qui pourraient en découler. Ma critique porte en fait sur les modalités de ce revenu à créer. J’estime qu’il conviendrait de fournir à tous les Français qui en ont besoin non des sommes en argent, avec les risques de gaspillage, d’effet d’aubaine pour certains, d’incitation à la paresse ou au travail dissimulé pour d’autres, et d’inflation pour tous, mais plutôt des services de base gratuits, plus justes et plus faciles à moduler en fonction des possibilités de l’économie et de la conjoncture.

1/ Les chiffres les plus divers ont circulé sur le niveau du revenu minimum qui serait distribué, sur ce qu’il couvrirait exactement (complément aux prestations sociales existantes ou prestations comprises ?) et sur ce qu’il coûterait chaque année. A supposer qu’on verse 600€/mois à 30 millions (à peu près, chiffre « à la louche ») de bénéficiaires, cela ferait 216 milliards d’euros par an. Si ce revenu se substitue à toutes les aides sociales, la dépense nette serait de l’ordre de 100 milliards par an. A comparer avec les 50 milliards d’allégements des charges concédés par le gouvernement aux entreprises. Cela serait donc soutenable.

2/ La critique selon laquelle nombre de bénéficiaires seraient incités à ne pas travailler ne tient pas vraiment la route (sauf à la marge). Il existe déjà des millions de parasites de la société qui vivent du RSA et de toutes sortes d’ « allocs ». Sans doute n’y en aurait-il pas beaucoup plus. L’économiste Daniel Cohen, qui soutient Benoit Hamon, a une comparaison qui me parait sensée : quelqu’un qui reçoit un studio en héritage à Paris et qui le met en location, ce qui peut lui rapporter à peu près l’équivalent du revenu universel envisagé, s’arrête-t-il de travailler ? Sans doute pas. Le revenu universel serait donc une sorte d’héritage qui ne serait pas réservé aux enfants de titulaires de gros patrimoines.

3/ Les conséquences du revenu universel sur l’économie me paraissent plus sérieuses. Certaines peuvent paraitre positives. Injecter du pouvoir d’achat fait « marcher » l’économie selon le schéma explicité au siècle dernier par Keynes qui a montré que les revenus générés par cette injection étaient un multiple des sommes initiales (le pouvoir d’achat supplémentaire permet de consommer plus, ce qui fait produire plus, créant des revenus additionnels pour toute la chaine de production et de distribution, sans compter les impôts générés (TVA et sur le revenu) qui viennent en déduction de ce qu’a coûté la dépense publique initiale, et peuvent même être supérieurs. Cette théorie, appliquée dans de nombreux pays (à commencer par les Etats-Unis et l’Allemagne d’avant la seconde guerre mondiale), a fait ses preuves. Elle se base sur le rôle de la demande dans la croissance économique. Les « libéraux » et les « monétaristes » sont opposés par dogmatisme (ils ne veulent pas que l’Etat soit un acteur économique) à Keynes et privilégient la politique de l’ « offre ». C’est celle de l’Union européenne et de Hollande. On voit les résultats catastrophiques de cette politique. J’estime donc, et je suis loin d’être le seul, que c’est Keynes qui a raison.

Toutefois, les politiques keynésiennes ne marchent pas à tous les coups (ce serait trop beau !). Elles ne sont efficaces que si des capacités de production inemployées existent dans le pays. C’est le cas aujourd’hui en France. Sinon, les sommes injectées sont perdues parce que « mangées » par l’inflation (si vous jouez au Monopoly, amusez-vous à doubler ce que chaque joueur touche quand il passe sur la case départ et vous verrez que, rapidement, les prix doublent parce que nous sommes dans un jeu à somme nulle : on ne produit rien, on se contente de vendre et acheter l’existant). Autre problème, ou plutôt une variante du problème précédent : si on reste en économie ouverte (cas de la France et de l’UE aux économies non protégées) et que les sommes distribuées servent à acheter principalement des produits fabriqués à l’étranger, l’économie nationale ne gagne rien et le multiplicateur de Keynes ne fonctionne pas. Or, on peut craindre que le revenu universel distribué se transforme en écrans plats, smartphones ou voitures dont on sait que, en France, ils ne sont que marginalement fabriqués dans le pays. L’économie française gagnerait donc peu et les effets sur l’inflation et la balance des paiements seraient nocifs.

4/ Les partisans du revenu universel mettent aussi en avant que, chacun ayant un minimum assuré, cela permettrait aux salariés de mieux négocier leurs contrats de travail car ils ne seraient pas contraints d’accepter n’importe quoi. Cela me parait fallacieux. En situation de chômage de masse et avec une immigration qui continue, la pression à la baisse des salaires est réelle et l’existence du revenu universel risquerait d’avoir, au contraire, pour conséquence d’inciter les salariés à accepter des salaires encore plus bas puisqu’ils auraient un complément.

5/ Ce qui précède me conduit à ne pas soutenir la proposition de créer un revenu universel, du moins sous la forme envisagée d’une somme d’argent versée à tous.

Je préfère des prestations gratuites ou subventionnées.

La philosophie du revenu universel est de permettre à chacun d’avoir le minimum décent pour vivre.

Assurons donc ce minimum par des prestations en nature.

Chacun d’entre nous, riche ou pauvre, avons besoin de nourriture, de vêtements, de logement, de chauffage, d’eau, d’électricité, de transports, d’éducation et de fournitures scolaires pour les enfants, de santé, d’accès à internet, etc.

Une partie de ces besoins est déjà fournie par la collectivité. Notamment la santé et l’éducation, pour l’essentiel.

Je propose d’augmenter le champ des prestations gratuites en fonction à la fois des besoins et des possibilités du budget public.

Commençons par le logement. Ce besoin est loin d’être satisfait pour tous. Faisons porter l’effort sur les non logés et les mal-logés.

On peut envisager aussi la gratuité de l’électricité, de l’eau, du gaz en « bordant » évidemment cette prestation (gratuit jusqu’à une certaine consommation compte tenu de la taille de la famille, payant au-delà). Un service gratuit et universel d’accès à internet serait également réaliste.

La gratuité des transports en commun urbains et suburbains auraient le double effet d’alléger sensiblement le budget des plus faibles et de faire baisser l’utilisation de la voiture individuelle.

S’agissant des fournitures scolaires et d’autres biens matériels, la mise à disposition gratuite par la collectivité s’avèrerait bien moins coûteuse que les achats individuels grâce aux économies d’échelle (quand on fournit des millions de cahiers, on peut en négocier les prix, pas quand c’est chacun dans son supermarché).

4/ L’avantage de ce système de prestations gratuites ou subventionnées, qui coûteraient bien moins cher qu’un revenu additionnel distribué à tous, serait qu’il ne se traduirait par aucune consommation « futile » supplémentaire, aucune consommation supplémentaire de produits étrangers et aucun transfert supplémentaire d’argent à l’étranger.

De plus, en décidant de ce qui est gratuit et de ce qui ne l’est pas, les pouvoirs publics auraient la capacité de décider quels secteurs économiques à développer et, au contraire, quels autres à décourager. On pourrait alors revenir à ce qui devrait être la raison d’être principale de l’Etat, orienter l’économie vers le socialement utile, qui n’est pas nécessairement ce qui est le plus « rentable » à produire et à vendre. Je préfère personnellement que l’Etat ait ce rôle plutôt que les intérêts économiques. L’Etat est le garant de l’intérêt général et lorsque cet Etat est démocratique (c’est-à-dire quand on choisit son gouvernement au moyen d’élections, ce qui est encore le cas en France même si cette démocratie est bien imparfaite), ce qui est décidé collectivement est l’émanation de ce que désire le peuple, alors que si on laisse faire le « marché », ce qui est décidé l’est pour satisfaire des intérêts privés de plus en plus puissants et donc de plus en plus en mesure de dicter leur volonté.

Voilà le type de débats que je souhaiterais voir aborder dans la campagne électorale, plutôt que les échanges d’invectives et d’anathèmes qui tiennent lieu de discussions.

Yves Barelli, 18 février 2017

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 17:49

Dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 février, un contrôle d’identité a mal tourné à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), un « jeune » nommé Théo, a subi des violences de la part de quatre fonctionnaires de police mis en examen dès le lendemain. Cette affaire très médiatisée pour laquelle seule la version de la « victime » et jamais celle de la police n’est donnée, a entrainé des incidents, d’ailleurs récurrents, dans certaines « cités ». Avec la visite du président de la république au chevet de la « victime », cette affaire prend un tournent politique. Il me parait étonnant et scandaleux que, une fois de plus, on prenne systématiquement le parti de soutenir ceux qui s’opposent à l’ordre républicain sur des parties croissantes du territoire national et de mettre en cause, sans rien savoir des circonstances exactes de l’incident, le comportement de la police nationale, pourtant harcelée et attaquée en permanence par des individus qui se comportent en insurgés latents ou actifs contre l’ordre républicain français.

Je n’ai aucune information sur ce qui s’est passé à Aulnay autre que la vidéo diffusée en boucle dans les médias qui montre les coups portés sur cet individu. Je n’exclue rien. Ni la « bavure » policière ni la légitime défense et la riposte sans doute « musclée » des fonctionnaires de police. Je me contente à ce stade de quelques remarques.

1/ Dans un contexte où une partie significative de la société et des forces politiques, à commencer par le parti socialiste, encore au pouvoir en France, ont tendance à soupçonner en permanence la police de « harceler » les populations des banlieues issues de l’immigration, la police est habituellement très prudente, à la limite même timorée, soucieuse de ne pas provoquer de réactions de type communautaire qu’elle sait ne pas pouvoir gérer dans le cadre étroit de ce que lui permet la loi en matière de riposte (voyez par exemple ces policiers de Viry-Châtillon, qui ont préféré laisser bruler leur véhicule, causant des blessures graves pour trois d’entre eux, plutôt que de faire usage de leur arme de service ; d’autres exemples ont été filmés, et les vidéos diffusées, de policiers ne réagissant pas face à des émeutiers).

J’habite moi-même une banlieue de Paris où le principal problème est en fait davantage les incivilités et la petite délinquance que le grand banditisme. Qu’est-ce que j’y vois ? Des policiers appelés par exemple parce qu’une entrée de parking est obstruée par un véhicule garé devant (cela, personnellement, m’arrive fréquemment). Je constate que, après m’avoir souvent insulté, le propriétaire du véhicule s’en prend sur le même ton aux fonctionnaires de police venus sur place et que ces policiers se font en général copieusement siffler depuis les fenêtres de l’HLM située en face. Ils en ont l’habitude ; ils ont aussi des instructions pour ne pas réagir. Ils se laissent donc insulter sans rien faire et, s’agissant des véhicules gênants, ne verbalisent jamais.

On ne peut évidemment pas exclure, pour Aulnay une bavure avec violences caractérisées et non motivées. Mais cela me semble improbable. Sur la vidéo montrée dans les médias, on ne voit que la fin de l’incident. D’après le peu de sources policières mentionnées, l’individu aurait injurié les policiers (routine) et leur aurait même porté des coups (à vérifier). Il n’est pas impossible aussi que ces fonctionnaires, après une nuit passée (l’incident aurait eu lieu au petit matin) à être la cible de malfrats, aient réagi plus que de raison.

Mon expérience personnelle m’incite à croire que, pour le moins, l’individu a provoqué les policiers.

2/ Malheureusement les « jeunes » des « quartiers » concernés ont tellement un sentiment d’impunité lorsqu’ils narguent la police, y compris avec outrage à représentant de l’autorité, ce qui est un délit prévu par le code pénal, que nombre d’entre eux trouvent « normal » de le faire. La réaction des policiers d’Aulnay a dû étonner le jeune Théo, présenté par les médias comme un « modèle » et même un saint (sera-t-il décoré de la légion d’honneur ?). Tout citoyen a le droit de se promener à quatre heures du matin n’importe où mais lorsque c’est dans la Cité des 3000, connue pour être un repère de caïds et de dealers, il n’est pas illégitime qu’il soit contrôlé par la police.

J’ajoute que cette impunité n’est pas comprise par nombre d’habitants des « quartiers » concernés. Dans le quartier où j’habite, beaucoup de résidents des logements sociaux appartiennent à des familles originaires du Maroc, pays où j’ai habité quatre ans (j’ai vécu également trois ans en Algérie il n’y a pas très longtemps). J’ai sympathisé avec quelques-uns d’entre eux qui me prennent pour un quasi compatriote lorsque j’échange avec eux quelques mots d’arabe marocain. Ils sont les premiers scandalisés devant le comportement des «jeunes », en général nés en France et qui ne savent du Maroc qu’une chose : quand ils y vont en vacances, ils ont intérêt à se « tenir à carreau » parce que, s’ils se comportaient avec la police marocaine comme ils le font avec la française, ils savent qu’ils risqueraient une condamnation lourde et que, avant de passer devant un juge, c’est d’abord aux « flics » qu’ils auraient affaire dans les sous-sols des commissariats. Leurs ainés, ici en France, ne comprennent ni le comportement des « jeunes » (mon coiffeur, marocain, me disait l’autre jour : « je les ai coiffé quand ils étaient petits et maintenant ils m’insultent à la première remarque, je ne les comprends pas ; j’ai l’impression qu’on n’est pas du même monde ») ni la passivité de notre police. Le langage que j’entends régulièrement lorsque je retourne à Alger ou à Rabat est : « comment pouvez-vous les supporter ? Ils sont la honte de l’Algérie (ou du Maroc) ? ».

J'ajoute d’ailleurs, moi qui fréquente beaucoup d’étrangers, que cet étonnement face à la passivité de la police française est également le fait de ressortissants de pays européens, même réputés les plus « démocratiques » et les plus calmes. Ils estiment que leur police est moins patiente. Quant à l’américaine, essayez ne serait-ce que de monter le ton et vous verrez ce qui vous arrive.

3/ Je livre les réflexions qui précèdent à tous ces imbéciles, « idiots utiles » ou complices de la gauche-caviar ou de la droite foie gras qui pensent qu’on pourra acheter la paix sociale ou ethnique par le laxisme, la « compréhension » et la satisfaction de toutes les revendications à base religieuse (il parait que le jeune Théo n’est pas musulman. Ouf ! Cela nous évite au moins les inepties habituelles sur l’ « islamophobie »).

La vérité est que ceux qui, dans les cités, aspirent à vivre normalement, sont terrorisés par tous ces petits caïds qui y font la loi. Ils sont face aux minorités actives qui veulent y instaurer la loi de la charia et des dealers (en général la même) et, parce qu’on ne va pas contre la famille, la communauté, l’ethnie, la religion, font corps, bon grés mal gré, avec ceux qui crachent sur la France et insultent impunément la police et tous les autres représentants de la société française (les policiers ne sont pas les seuls à subir les injures, et parfois plus : les pompiers, les médecins et les infirmiers des services d’urgence, les professeurs, les conducteurs de bus, voire même les postiers et les employés de la CAF). Qui protège ceux qui sont agressés ? Pas grand-monde parce que les hiérarchies ne veulent pas de « vagues ». Que fait-on contre les délinquants ? A peu près rien. Que risquent-ils ? Un « rappel à la loi » et, en général, les policiers retrouvent les mêmes le lendemain, et cela jusqu’à dix fois de suite.

Ceux qui pensent qu’en ne faisant rien, on aura la paix se trompent. C’est le contraire qui se produit. Moins on fait, plus ils se croient tout permis et ce sont ceux qui sont honnêtes qui sont obligés de se cacher. Comme, par exemple, ceux qui viennent me parler dans mon quartier. Parler à un « roumi » mécréant, à un « Gaulois », ça se fait pas, c’est « haram » (interdit).

Ceux qui pensent qu’en ne faisant rien, c’est la solution, sont des criminels et en premier lieu des criminels contre les gens issus de l’immigration qui voudraient vivre normalement. Ils ne le peuvent plus à la fois parce qu’ils subissent la loi du milieu et parce que, nous Français, serons de plus en plus tentés de faire l’amalgame et d’ « ostraciser » en bloc tous ceux qui sont issus de l’immigration. La faiblesse dans une classe d’école est de tolérer les perturbateurs qui rapidement imposent leur loi à tel point qu’ensuite une punition collective trouve sa légitimité. C’est la même chose dans les cités.

4/ Si on veut rétablir la loi de la république dans les « quartiers », comme on dit (c’est-à-dire dans les zones peuplées de gens issus de l’immigration, les quartiers « maghrébins » pour être plus clair, ceux, d’ailleurs, où les Noirs sont les premières victimes du racisme, pas le nôtre, le leur) il n’y a que trois mesures à prendre : la fermeté, encore la fermeté et toujours la fermeté.

La guerre contre le terrorisme islamiste, proclamée par le président de la république (qui d’ailleurs évite le qualificatif « islamiste », laissant peut-être croire qu’il vient de la planète Mars), doit s’accompagner de la guerre contre la délinquance et celle contre le communautarisme, trois faces d’une même réalité.

Si on veut gagner cette guerre, il faut des mesures radicales. En simplifiant, je dirais ceci : 10 000 fichés S à mettre en prison (jusqu’à la fin de la guerre), 100 000 expulsion de gens qui refusent la société française (s’ils veulent vivre comme en Arabie saoudite, qu’ils y aillent), tolérance zéro envers la délinquance et je fais le pari qu’ensuite, les « cités » se tiendront tranquilles et que les gens qui, aujourd’hui, viennent me parler en catimini, respireront, que les jeunes filles n’auront plus peur de sortir en jupe et que ceux qui sont réfractaires au jeûne du ramadan pourront enfin profiter de notre société laïque.

5/ Trainer dans la boue la police alors que nous sommes en guerre, c’est prendre le parti de l’ennemi. C’est une trahison et c’est, surtout, une injustice contre les fonctionnaires de police qui font un travail ingrat.

6/ J’estime qu’une loi devrait être passée pour mieux protéger nos policiers. Au sein de la police, comme de tous les corps de fonctionnaires, il existe des procédures disciplinaires prévues pour sanctionner les mauvais comportements. Plusieurs centaines de fonctionnaires sont ainsi sanctionnés chaque année. Le grand public ne le sait pas mais les fonctionnaires le savent très bien. Certains sont révoqués de la fonction publique.

Ayant agi dans l’exercice de leurs fonctions, j’estime qu’ils doivent être soustraits aux actions en justice. Nombre d’affaires sont ainsi portées devant les tribunaux, le nom des policiers est divulgué dans la presse et lorsqu’ils sont relaxés, ce qui est le cas le plus fréquent, leur honneur est durablement sali. Voyez par exemple le cas de ces jeunes délinquants qui s’étaient électrocutés seuls en 2005 à Clichy-sous-Bois. Les policiers ont été trainés en justice par les familles, encouragées par des gens peu désintéressés. Cela a duré des années et les policiers sont ressortis blanchis mais durablement « cassés ». Cela est inadmissible.

7/ La visite du président de la république au jeune Théo est scandaleuse. Quel signal donne-t-on ? Qu’un flic est à priori suspect et que ceux qui sont en face d’eux sont à priori innocents ? Dans cette lignée, le préfet de police en personne (c’est un très haut fonctionnaire) a reçu une délégation de cinq « mères de famille » de la cité des 3000. Et puis quoi encore et qui encore ? Et les médias qui nous parlent de « médiateurs », de « grands frères ». Mais où est-on ? Dans la société médiévale d’une oasis de la péninsule arabique ou en Europe ?

Et lorsqu’un président de la république semble condamner, en tout cas moralement, des policiers alors que l’enquête en cours n’a pas encore rendu des conclusions et qu’ils n’ont évidemment pas été jugés, où est-on ? Dans la France du 13ème siècle avec Saint-Louis jugeant sous un chêne ? Moi, je suis attaché à l’état de droit et Saint-Louis, despote bien peu éclairé qui participa au génocide contre les Cathares, qui instaura l’Inquisition et qui tua l’Occitanie, n’est pas mon modèle. Et Hollande encore moins.

8/ Une dernière remarque. Il faut toujours observer attentivement les images qu’on voit à la télévision. Hier, il y en a deux qui m’ont frappé. La première est celle de l’avocat de la famille de Théo, maitre Eric Dupont-Moretti. C’est un « ténor » du barreau. Il travaille peut-être bénévolement par sympathie pour la « victime ». Il est plus probable que ses honoraires soient en proportion avec sa notoriété, et donc son efficacité.

Deuxième chose : dans la « marche blanche » « spontanée » qui a eu lieu dans la cité des 3000, j’ai noté la présence de banderoles qui, elles, n’étaient pas spontanées. Larges, bien taillées, avec de grandes inscriptions tout à fait pro. Et la plupart des participants portant des tee-shirts imprimés « Théo », « justice ». Etc. Tour ça fait en deux jours. Remarquable. Bravo. Ces « mères de famille » reçues par le préfet de police sont vraiment bien organisées !

Qui est derrière ces manifestations « spontanées » de « citoyens en colère » ? Dans une cité où il y a parait-il 70 points de vente de drogue, on peut imaginer qui. Et tous nos « bobos » qui n’ont jamais mis les pieds dans une cité, qui n’ont peut-être jamais parlé de leur vie avec une personne issue de l’immigration, si ce n’est leur femme de ménage ou leur nounou pour leur donner leurs ordres, feraient bien de s’informer un peu plus avant de parler.

Et en attendant, je leur interdis de me traiter de « facho », de « raciste », d’islamophobe » et autres stupidités, comme ils le font, aussi spontanément que les porteurs de banderoles pro d’Alnay se sont mis en route, quand il s’agit de dénoncer les « populistes ».

Qu’ils lisent aussi le roman de Huellebecq « soumission ». Tout y est dit.

Eux ne savent pas de quoi ils parlent. J’ai la conviction que j’en sais un peu plus qu’eux. Et ceux qui croient que j’ai tort, parlons-en !

Décidément ce gouvernement « socialiste » (qui n’a vraiment plus rien de socialiste) fera honte à la France jusqu’au bout.

Je ne sais qui le remplacera. Mais, ça ne peut pas être pire. Nous serons nombreux à en tenir compte en avril et mai prochains lorsqu’il s’agira de désigner le nouveau président de la république.

Yves Barelli, 8 février 2017

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 21:58

La France est en passe de se débarrasser du pouvoir socialiste de Hollande et elle a congédié en 2014 bon nombre de municipalités socialistes, notamment en banlieue parisienne. Mais celle de la ville de Paris (ville-centre d’un peu plus de deux millions d’habitants d’une agglomération qui en compte dix) tient bon. Compte tenu du prix de l’immobilier dans la capitale, ses habitants sont (au moins dans la moitié ouest de Paris ; à l’Est, il y a encore quelques pauvres qui ont des voitures de plus dix ans d’âge bientôt interdites à Paris), en dehors d’une bourgeoisie « friquée » par l’héritage, des personnes le plus souvent plus jeunes que la moyenne, sans ou avec peu de charges de famille et plus aisées que la moyenne. Cet électorat « bobo » est le plus réceptif à l’écologie dogmatique à courte vue dont l’une des « têtes de turc », si l’on peut s’exprimer ainsi pour des idéologues qui érigent le multiculturalisme en religion, est de faire la chasse à la voiture individuelle, accusée de tous les maux.

1/ Cela avait déjà commencé pendant la mandature du prédécesseur d’Anne Hidalgo à la tête de la municipalité de Paris, Bertrand Delanoé. On avait alors commencé à voir défigurer quelques-unes des grandes avenues de la ville en y installant des couloirs de bus à la taille disproportionnée et des sortes de chicanes obligeant les automobilistes à faire des slaloms entre le côté droit de la chaussée et son centre entre deux feux non synchronisés, de sorte que les embouteillages, polluants mais apparemment voulus, ont empiré et ont, en outre, déporté une bonne partie du trafic vers le boulevard périphérique, désormais saturé presque en permanence.

Dans le même temps, on a réduit drastiquement le nombre de places de stationnement en multipliant les emplacements réservés aux livraisons (en général peu ou pas utilisés car les livreurs préfèrent s’arrêter au plus près, le plus souvent en double file), aux véhicules électriques (si peu nombreux que leurs places sont systématiquement vides), aux « vélos-lib » ou, tout simplement à rien du tout. Tout cela a été accompagné d’un « business » de la voiture-grue (avec un système de corruption avéré) avec enlèvement des voitures, non où et quand elles gênent le plus, mais où et quand c’est le plus rentable pour la société qui enlève la voiture (on ne se dérange pas aux heures de pointe, ça prend trop de temps, mais, en revanche, pas de pitié le dimanche : c’est tellement  pratique pour les camions-grues !).

2/ Madame Hidalgo fait encore mieux. Désormais, après avoir neutralisé la voie sur berges rive gauche de la Seine (elle était assez courte), c’est au tour de celle de la rive droite. Là, les conséquences sont catastrophiques car c’était le seul moyen de traverser Paris dans des conditions à peu près normales (en outre, quand j’avais des visiteurs de province ou de l’étranger auxquels je voulais montrer Paris, c’est par là que je les menais : la vue sur la Seine, Notre-Dame ou la Conciergerie était magnifique ; terminé). Désormais, les véhicules doivent soit emprunter les boulevards le long des habitations qui surplombent l’ancienne voie sur berge (la pollution y a cru dans des proportions alarmantes), soit contourner Paris par le périphérique où on note un accroissement sensible du trafic, et de la pollution qui va avec. [En Suisse, toutes les grandes villes sont traversées par des autoroutes en tunnel ; en France, il semble qu’on n’y ait pas pensé ! J’aime bien cette formule du « brave soldat Sveik », héros de la littérature tchèque au langage très imagé difficile à traduire : « ils se prennent pour des génies, mais ils ne sont que la merde, camarade » ! Applicable à certains bobos parisiens qui prennent les banlieusards, les provinciaux, les Suisses et les Tchèques pour des demeurés].

Cette mesure imbécile est la matérialisation du dogmatisme qui tient lieu de politique. Interdire la voie sur berge, le dimanche, c’était excellent. Je ne serais pas hostile à ce qu’on fasse la même chose pour les Champs Elysée (à condition qu’on l’annonce longtemps à l’avance de sorte que cette interdiction figure dans les guides touristiques vendus à l’étranger (comme, par exemple, l’interdiction de Central Park le dimanche à New-York : cela existe depuis trente ans et parait en conséquence immuable et prévisible). Mais une interdiction permanente n’a rigoureusement aucun sens : y a-t-il beaucoup de « joggers » en bord de Seine les matins d’hiver aux heures de pointe ? bien sûr que non.

La dernière décision (la pire) que vient de prendre la municipalité parisienne est l’instauration à partir de janvier 2017 d’une vignette à acheter seulement sur internet (ces « bobos » ne savent-ils pas qu’il y encore des « provinciaux » attardés qui n’ont pas internet ?) et que tout véhicule, quel que soit le lieu de résidence de son propriétaire, même loin de Paris, devra obligatoirement coller sur son parebrise avec un système compliqué (que je n’ai pas vraiment compris ; il est vrai que je suis bien moins intelligent que Madame Hidalgo qui, de toute façon, ne sera pas concernée parce qu’elle se déplace en voiture de fonction conduite par un chauffeur : il est facile d’embêter - j’ai failli écrire « emmerder » - les autres quand, soit même, on échappe à la règle, valable seulement pour les « ploucs », entendez les « sujets » de nos gouvernants) de diverses couleurs en fonction du type de véhicule, du carburant utilisé et de l’âge de la voiture – et bientôt de son propriétaire ? – On va encore surcharger le travail de la police, qui sera chargée du contrôle et de l’encaissement des PV qui vont avec, alors qu’on préfèrerait qu’elle coure après les délinquants ou qu’elle fasse déguerpir les soit disant réfugiés syriens, désormais présents à tous les carrefours où ils tentent de racketter les automobilistes (il est vrai que, pour une certaine gauche-caviar, dont Madame Hidalgo fait partie, le « réfugié » est le nouveau héros des temps modernes, celui qu’on doit loger et soigner de préférence aux sans-abris français !).

Et puis, il y a la dernière décision, celle appliquée aujourd’hui où, compte tenu d’une pollution supérieure à la normale en vertu de conditions climatiques exceptionnelles, seules les voitures avec un numéro pair peuvent circuler (et demain le contraire). La dernière fois qu’on a appliqué un tel système, les études n’ont pas décelé une diminution significative de la pollution. Mais peu importe, seul l’effet d’annonce compte : il faut faire croire au bon peuple qu’on fait quelque chose et il faut surtout le culpabiliser au maximum : nous sommes tous des personnages épouvantables parce qu’on roule en voiture, parce qu’on jette trop de déchets et parce qu’on va encore au marché acheter des pommes en les plaçant, oh sacrilège, dans des sacs en plastique (quant aux supermarchés, désormais on les fait payer : un sac gratuit pollue, un payant non. Evidemment !).

3/ Sans doute, n’a-t-on pas encore tout vu. Reste à appliquer des mesures réellement « radicales ». Il y en a deux, notamment, possibles. Celle de Londres d’abord, avec un péage de l’ordre de 10€ pour tous les banlieusards qui entrent en ville. Vive les gens huppés de Regent Street et tant pis pour les « ploucs » de l’East End. Une deuxième possibilité est le système italien où désormais plus de la moitié de la superficie des villes est réservée à ceux qui y habitent et interdites pour les autres. Les petits malins s’y sont fait établir une domiciliation. Les autres sont interdits de séjour. Et pendant ce temps, les parties des villes non interdites connaissent des embouteillages monstres. Remarquez, c’est déjà ce qui se fait à Marseille, il est vrai proche de l’Italie, où le quartier autour de la Canebière (elle-même interdite sur une partie de sa longueur) et autour du Vieux Port est désormais régi par un système d’interdiction à première vue absurde mais qui a, in fine (à moins que ce ne soit que de l’incompétence : je les surestime peut-être!), a sans doute pour objectif de détourner la circulation : objectif atteint mais au prix d’une paralysie du reste de la ville et d’une pollution qui, globalement, a fortement augmenté.

4/ Tout cela est regrettable mais inévitable, me direz-vous peut-être ? On ne fait pas d’omelette sans casse des œufs.

Je m’inscris en faux face à cette assertion pessimiste. D’autres solutions existent :

a/ la gratuité et la véritable priorité aux transports en commun. Dans les quelques villes de France où cela existe (mais dont on ne parle pour ainsi dire jamais : ça ne vous interpelle pas ce silence des médias ?), la situation s’est nettement améliorée. Deux exemples : Aubagne et son agglomération (100 000h) près de Marseille et Vitré en Bretagne. Dans ces villes, la fréquentation des transports en commun a  été multipliée par trois et on circule beaucoup mieux. On s’est en effet aperçu que la plupart des trajets étaient courts et qu’on ne paye pas un bus si on fait moins de deux kilomètres : soit on marche, soit on prend la voiture.

Le meilleur système consisterait, pour une grande ville, à combiner transports en commun gratuits et parkings à la périphérie gratuits et gardés.

b/ Rendre les transports plus pratiques et confortables. A Paris, on ne s’arrête pas de monter et de descendre des escaliers dans le métro. Dès que vous avez une valise à roulettes ou une poussette de bébé, c’est la galère. Et je ne parle même pas des pauvres handicapés. Pourquoi ne multiplie donc pas les escalators ? Sur la ligne 1 du métro, il n’y en a même pas à la station « gare de Lyon » alors que les trois-quarts des usagers ont des valises à roulettes.    

c/ Les municipalités n’auraient pas les moyens financiers de rendre les transports gratuits ou, au moins, confortables, me direz-vous (ou plutôt, c’est ce qu’on vous dit). Faux. Là où on a instauré la gratuité, on a mis à contribution les entreprises (qui, à Paris, de toutes façons payent déjà la moitié d’une carte Navigo) et on a fait de sérieuses économies de gestion (plus de ces machines très sophistiquées et très coûteuses pour éditer les titres de transport et pour les poinçonner, plus de contrôleurs. De plus, on s’est aperçu que les usagers étaient bien plus satisfaits de sorte qu’il y avait moins d’agressions envers les personnels (à Aubagne, de nombreux machinistes de Marseille ont demandé à y être transférés) et moins de détérioration des équipements.

Si on fait la balance entre ce que coûte à la collectivité l’aménagement routier (ronds-points, ralentisseurs, etc) et la gestion de bus gratuits (je dis bien « bus » parce que, maintenant, c’est le tout tramway, bien plus cher, et profitable essentiellement pour le lobby de ses constructeurs), on s’aperçoit que les transports en commun gratuits ne sont pas si chers. Savez-vous ce que coûte un rond-point (et convenez qu’il y en a une bonne moitié peu, pas utiles et parfois même nuisibles lorsqu’ils deviennent des machines à embouteillages et donc à pollution) ? Pour un petit, le prix d’un appartement, pour un grand, celui d’un immeuble. Si on veut bien admettre que des bus gratuits, c’est beaucoup moins de voitures qui circulent, on pourrait faire d’énormes économies de voirie, surtout si elles sont accompagnées de mesures innovantes intelligentes (à titre d’exemple, j’ai demandé un jour au maire (socialiste) de Clermont-Ferrand s’il avait envisagé la gratuité des transports ; la manière avec laquelle il m’a regardé, en visiblement me prenant pour un fou ou un provocateur, montre qu’il ne s’était jamais posé la question. Pourtant, je suis sûr qu’un partenariat pourrait être trouvé avec Michelin, multinationale qui a son siège à Clermont : les entreprises cherchent souvent à être des entreprises « citoyennes » (c’est ainsi qu’on finance des musées ; j’ai réussi à faire payer des entreprises françaises à l’étranger quand j’y étais ambassadeur ou consul général, et elles n’ont jamais rechigné). Pas par philanthropie, mais parce qu’elles ont un intérêt commercial à avoir une bonne image et que financer quelques  œuvres ou services publics, c’est pour elle une publicité gratuite. Il n’y a pas que Michelin. Les fournisseurs de téléphones mobiles ou d’accès internet seraient certainement volontaires pour financer les lignes de bus desservant les campus étudiants. Là aussi, pub gratuite.  La preuve qu’elles y ont intérêt, ce sont certaines grandes surfaces qui financent des navettes gratuites vers les centres commerciaux de la périphérie.      

Dans les grandes villes, avant d’adopter des mesures aussi révolutionnaires, on pourrait le faire de manière progressive. Ainsi, on pourrait mettre les bus de banlieue gratuits et ne faire payer que le métro (ces bus sont déjà gratuits de fait pour une certaine catégorie d’usagers « difficiles » que les contrôleurs n’osent pas verbaliser).

d/ Les pics de pollution. Combien de jours de tels pics et combien de jours de grosse chute de neige par an ? Pas plus de 5. Plutôt que de tenter de limiter la circulation ces jours-là (et l’expérience montre qu’on y parvient pas vraiment), ne serait-il pas plus judicieux de mettre les Français en congés ces jours-là (en leur demandant de prendre leur RTT) en limitant le travail à ceux qui sont dans des services publics indispensables (pompiers, hôpitaux, fonctionnaires d’autorité, etc). L’expérience montre aussi (par exemple lorsqu’il y a des grèves) qu’une journée de travail « perdue » est toujours compensée par un travail accru le jour suivant, de sorte que la production sur une année reste la même.           

5/ Le problème avec nos municipalités, c’est souvent le manque d’imagination. On croit qu’en faisant payer les transports et en augmentant sans arrêt les tarifs, et en mettant des parcmètres partout, on va améliorer les finances locales. C’est souvent le contraire qui se produit : on perd des recettes par manque d’usagers ou parce que les gens, qui ne veulent pas payer pour stationner en ville, vont faire leurs courses à la périphérie, désertifiant ainsi les centre villes. On pourrait aussi faire fonctionner, pour une fois, la démocratie : les citoyens ne sont pas nécessairement idiots et peuvent être les acteurs dans un débat pour savoir quelle décision prendre. Pour l’interdiction de la voie sur berge, par exemple, qui a-t-on consulté ? Personne. Pas les banlieusards, sans doute les plus concernés. Pas les Parisiens non plus. Là, comme ailleurs, ce sont des « responsables » qui se sont auto-consultés en partant de l’axiome qu’ils savent mieux que les autres (même quand ils ne sont pas usagers parce qu’ils ne se déplacent qu’en voitures avec chauffeur. Combien y a-t-il d’élus parisiens et de députés qui se déplacent en métro ?).

6/ Malheureusement, à Paris, c’est la schizophrénie. On fait la chasse à la voiture individuelle (dans le même temps où sur les chaines de TV les pubs pour les voitures sont les plus nombreuses ; ce serait comme une campagne anti-tabac avec des publicités pour les marques de cigarettes) mais on ne fait rien de très sérieux pour les transports publics. Exemple : il y a trente ans, lorsque j’habitais à New-York, le métro y coûtait un dollar quand il était à un franc à Paris (six fois moins au taux de change de l’époque). Aujourd’hui, c’est à peu près le même prix. La carte Navigo a augmenté dans des proportions au-delà du raisonnable alors que l’ancienne carte orange était à un tarif abordable. Autre exemple : la ligne 14, qui doit être prolongé jusqu’à Saint Ouen, a déjà pris trois ans de retard pour des raisons budgétaires, ce qui continue à obliger les usagers de la ligne 13 à voyager dans des conditions indécentes. Troisième exemple : pourquoi le métro parisien s’arrête-t-il à une heure du matin alors que celui de New York fonctionne toute la nuit ? Et pourquoi n’y a-t-il quasiment plus de bus après 20 heures à Marseille ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? …

En résumé, transports en commun oui. Mais il faudrait les soigner. Frénésie paranoïaque anti-voiture, non. Incitation, oui. Interdiction non comprise, non. Et par ailleurs, place à l’imagination et à la consultation des citoyens pour trouver les bonnes solutions, plutôt que d’imposer des mesures imbéciles.

Il est vrai, et ce sera ma conclusion, que Madame Hidalgo doit vivre sur une autre planète que nous. La planète « bobo ». Son monde, c’est celui des « bobos ». Un « bobo », qu’est-ce que c’est ? C’est un homme (ou une femme) le plus souvent jeune célibataire et cadre supérieur résolument engagé dans la « modernité ». Les plus sportifs se déplacent en vélo ou en courant. Ils font leur tri sélectif (ou le font faire par leur employée de maison philippine. Vive la diversité culturelle ! Ils peuvent leur donner leurs ordres en anglais, langue qu’ils maitrisent plus ou moins). Le métro ? Pas pour eux. Ça sent mauvais et on y est mal installé. Alors, ils circulent quand même en voiture, mais aux heures décalées pour aller de leur parking souterrain à un autre parking souterrain, celui de leur entreprise. Les plus militants n’ont pas de voiture. Les plus en vue se font véhiculer en voiture de fonction ou d’entreprise, comme Madame Hidalgo. Les autres, quand ils ne font pas de vélo, sont de bons clients des « Uber » : moins cher que le taxi et tellement plus moderne ! Les banlieues ? Connait pas ! Leur univers s’arrête au périphérique et de la Seine Saint Denis, ils ne connaissent que l’autoroute A1 qu’ils empruntent pour aller prendre un avion à Roissy vers New York ou une destination exotique.  Et pour les courses ? Pas les Carrefour, mais l’épicerie bio du quartier ou les boutiques Louis Vuitton pour Madame. Et Monsieur, lui, habite à proximité de son Décathlon (à fond la forme !) de Montparnasse ou de Wagram où il trouve tout le matériel sophistiqué pour son jogging du bois de Boulogne.

Le peuple ? Ils en parlent. Ils sont, parait-il, de « gôche », mais ils ne le connaissent pas.

Eux et Madame Hidalgo, ils vivent sur une autre planète. Renvoyons-les y à la prochaine municipale !

Yves Barelli, 6 décembre 2016               

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Published by Yves Barelli - dans Société
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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 17:05

L’agression d’une voiture de police par des criminels le 8 octobre à Viry-Châtillon, commune de la grande couronne de Paris, est particulièrement grave. Des individus d’une cité « difficile » voisine ont mis le feu volontairement au véhicule et ont empêché les policiers d’en sortir. Deux sont grièvement blessé et un, brûlé à 30%, est aujourd’hui entre la vie et la mort. Les fonctionnaires de police étaient en faction statique et ont été sciemment agressés avec l’intention de donner la mort. Les criminels sont en fuite.

Cette agression est loin d’être isolée mais c’est celle de trop. Nous avons tous vu ces derniers temps à la télévision ces voitures incendiées et ces policiers roués de coups se contentant de les esquiver. Ces images, abondamment diffusées par les médias à l’étranger, contribuent à accréditer l’idée, hélas juste, que le pouvoir français a perdu le contrôle de son territoire et que la France est devenue un pays dangereux, ce qui décourage nombre de touristes d’y venir (la fréquentation hôtelière à Paris est en chute libre).

Le terrorisme touche de façon spectaculaire la France depuis deux ans. Mais la délinquance ordinaire, en général moins visible, la frappe au quotidien de manière croissante. Le terrorisme et la délinquance sont certes des phénomènes distincts, mais ils sont plus liés que ce qu’il y parait au premier abord et sont eux-mêmes deux faces visibles d’un phénomène qui gangrène désormais la société française : le communautarisme, essentiellement maghrébin et musulman. Tant qu’on n’acceptera pas en haut lieu et dans la société française de reconnaitre ce lien, tant qu’on ne réalisera pas qu’il faut y faire face en rompant avec le laxisme dont bénéficient les délinquants depuis des années, tant qu’on n’aura pas le courage de désigner clairement les origines ethniques et l’ « appartenance » communautaire des individus concernés, on n’aura aucune chance d’éradiquer le phénomène, quand bien même renforcerait-on les effectifs de police, aujourd’hui notoirement insuffisants. Pour trouver une solution à un problème, il faut déjà l’énoncer. C’est le b-a-ba des mathématiques. Ce devrait l’être de notre société malade.

1/ Ceux qui se sont attaqués aux policiers samedi sont certainement des trafiquants de drogue, gênés dans leur activité par la caméra de surveillance placée à la sortie d’une « cité difficile » (à l’intérieur, on n’essaie même pas d’en mettre ; elles ne tiendraient pas deux heures) et qui était « protégée » par la voiture en faction car la caméra avait été endommagée plusieurs fois.

J’entends sur les radios quelques « bonnes âmes » qui tiennent le langage du « politiquement correct » selon lequel les trafiquants et les délinquants ne seraient qu’une minorité et selon lequel les habitants des « quartiers » (en France, on ne parle depuis de nombreuses années que par euphémismes : un « quartier » est en fait un territoire où les Maghrébins sont nombreux, souvent en majorité absolue, et un « jeune » est un délinquant maghrébin ou black ; seuls les « gens du voyage » sont parfois désignés en tant que « tsiganes » ou « roms ») en seraient les premières victimes.

Cela, hélas, est une vue de l’esprit qui ne correspond pas à la réalité. Il y a certes des habitants de ces territoires qui sont honnêtes, qui n’ont rien à voir avec les trafiquants, qui ont peur, et qui ne demanderaient pas mieux qu’on les délivre des voyous. Il y a aussi des personnes d’origine maghrébine qui sont des gens normaux (j’en connais quelques-uns), qui travaillent et qui n’ont rien à voir ni avec la délinquance ni avec le communautarisme ethnico-religieux. Ceux-là, en général, ont fui les cités HLM et sont allés vivre ailleurs quand ils en ont les moyens ; ils l’ont souvent fait pour leurs enfants, car un « jeune » qui vit dans un « quartier » a une forte probabilité d’y subir la loi du milieu (qui n’est plus, depuis longtemps, celle de la République) et même d’y adhérer. Tous ne deviennent pas « djihadistes » mais ils ont le plus souvent de la sympathie pour eux et, corolaire, de l’antipathie et parfois de la haine pour la société française « mécréante ».

Pour la majorité de la population des « quartiers », l’appartenance « communautaire » est la plus forte. Non seulement le lien avec le pays d’origine n’a pas été rompu (ce n’est pas en soi un problème, sauf quand cela entraine le sentiment qu’on n’est français que pour les « papiers » et les « allocs »), mais il est de plus en plus prégnant et l’islam y est devenu la loi, avec son jeûne du ramadan (il y a encore trente ans peu observé), sa nourriture « hallal », ses femmes voilées et même ses hommes, de plus en plus barbus et, pour certains, accoutrés comme l’étaient les compagnons du prophète dans l’Arabie du 7ème siècle. Chez les jeunes, on parle de plus en plus arabe (bien plus que dans la génération précédente), et cet arabe est de moins en moins maghrébin et de plus en plus moyen-oriental (à titre d’exemple, on ne dit plus « sbah el kheir », bonjour, mais « salam ou aleikoum »). Cela traduit une volonté de se différencier des « Français » et cela dénote l’influence à la fois de la religion et des télévisions par satellite (certains ne regardent plus qu’elles ; ils vivent sur le territoire français, mais leur esprit est ailleurs). Chez les femmes qui restent à la maison, la connaissance du français tend à reculer. Des associations de parents d’élèves commencent à s’adresser à elles en arabe pour les inciter à voter pour les instances représentatives, ce qui est le plus sûr moyen de les confiner dans leur isolement - ; si ça continue, on tiendra les réunions de parents d’élèves avec traduction simultanée ! Il ne manque que les publicités en arabe dans le métro parisien, à l’image de celles en espagnol du métro new-yorkais : pour les capitalistes, peu importe le support, l’important est de vendre. Idem pour les rayons « hallal » des supermarchés. Madame Valaud-Belkacem, ministre « française » de l’éducation nationale (qui se comporte de plus en plus en marocaine) est dans cette logique en voulant introduire des cours de la « langue d’origine » (l’arabe, dont on se demande si, dans son esprit, il s’agit de l’arabe maghrébin ou du classique, plus en rapport avec le coran). A quand, un discours en arabe de la ministre pour s’adresser à ses coreligionnaires le jour de la rentrée scolaire?

Ce communautarisme est inquiétant en soi car il est contraire à nos traditions, au principe républicain d’égalité et il porte gravement atteinte à l’identité nationale.

Mais il a une conséquence supplémentaire. Il entraine un comportement de solidarité passive et parfois active entre personnes de même origine qui se traduit par un phénomène généralisé d’omerta : les délinquants, et même les terroristes, sont comme un poisson dans l’eau au sein de leur « communauté ». On ne les dénonce pas et les solidarités familiales jouent à plein pour protéger même les « mauvais » éléments. Il entraine aussi un phénomène de relativité : voler ou frapper un « roumi », c’est peut-être pas très bien (pour certains, ça l’est), mais ce n’est pas aussi grave que de frapper un musulman, et lorsque la police pénètre dans la « cité », elle y est vue comme un corps étranger : entre un « flic » et un « jeune » de la cité qui a fait une « bêtise », la réaction normale des habitants de la « cité » est de prendre le parti du « jeune » contre le « flic ».

Il y a en réalité un rapport structurel évident entre incivilités (on commence par là : stationnement sauvage gênant, immondices par terre, dégradation des biens, non-respect des enseignants, injures aux représentants, quels qu’ils soient, de l’ordre républicain et de la société), délinquance, banditisme, trafic de drogue (auxquels beaucoup d’habitants des « cités » sont associés d’une façon ou d’une autre : cache de marchandise en appartements ou caves, « chouf » des adolescents), prosélytisme religieux, islamisme et même terrorisme (un terroriste est souvent un ancien délinquant qui trouve enfin dans le « djihad » un sens à sa vie et un moyen de racheter ses « péchés ») et communautarisme arabo-musulman.

2/ Même si peu de politiques énoncent le problème comme je viens de le faire ci-dessus, la plupart sont néanmoins conscients de sa gravité et certains le reconnaissent en privé.

Mais à ce problème, ils apportent de mauvaises solutions.

Depuis que le communautarisme musulman a pris de l’ampleur (en pratique, surtout depuis le début des années 2000), nos dirigeants ont cherché à minimiser le problème, à le circonscrire à une question classique de délinquance sans jamais faire le lien avec le phénomène communautaire (le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, vient encore, à propos de Viry-Châtillon, de parler de « sauvageons », mot un peu rétro pour qualifier des « mauvais garçons » turbulents, alors qu’on a affaire à des criminels mus non seulement par l’appât du gain facile par la drogue, mais aussi par la haine de la France et de ses valeurs concrétisées par ces policiers qu’ils ont voulu tuer.

Quant au « mal-être » des populations des « quartiers », la société s’est auto-stigmatisée. Ces populations seraient « abandonnées », « parquées » dans des cités où elles seraient « recluses ».

Alors, on a lancé à grands frais des politiques « de la ville », des rénovations de cités. On a subventionné des associations, parfois islamistes, pour faire de l’ « accompagnement social » et, pour permettre à la quasi-totalité des classes d’âge de poursuivre des études longues, on s’est mis à leur niveau en baissant celui de l’enseignement afin que tous aient le bac. Et ce bac en poche, avec un niveau inférieur à celui du « certif » d’autrefois, on a culpabilisé les employeurs, coupables de faire des discriminations à l’embauche à l’encontre de nos « pauvres » concitoyens issus de l’immigration (en oubliant qu’un employeur cherche son profit et que, s’il n’emploie pas certaines catégories de travailleurs, c’est sans doute parce que, statistiquement, la probabilité qu’il lui donne satisfaction est plus faible qu’avec d’autres catégories ; c’est comme les contrôles de police au « faciès » : on va là où on a le plus de probabilité de trouver des délinquants. Cela n’a rien à voir avec de soit disant racisme, « islamophobie » et encore moins « xénophobie » : on n’a pas besoin de contrôler les Asiatiques, ils sont honnêtes !).

Parallèlement, on a fait du « social ». On a ainsi cru acheter la « paix sociale », qu’il vaudrait mieux appeler de son vrai nom, la « paix ethnique », en multipliant quasiment sans contrôle les allocations en tous genres, le rsa (« revenu social d’insertion » - laquelle ? -), le logement social en HLM, à tel point que nombre de ceux qui ne travaillent pas gagnent plus par les allocations que les travailleurs avec leur salaire, surtout quand les allocataires « arrondissent » les fins de mois avec le travail au noir et les trafics en tous genres, à commencer par celui de la drogue ; il en est même qui n’habitent plus en France et n’y viennent régulièrement que pour toucher les « allocs ». Il est vrai que ceux-là sont un moindre mal : ils nous coûtent cher, mais, au moins, ne nous dérangent pas au quotidien !). Cette politique n’est pas une « dérive ». Elle est voulue. Les capitalistes y trouvent leur compte : ils vendent des produits aux titulaires d’ « allocs » payées par les impôts des classes moyennes.

Et ce n’est pas fini. La « révolte des banlieues » de 2005, au cours de laquelle nombre de cités se sont embrasées, a traumatisé nos dirigeants. Surtout, tout faire pour qu’elle ne recommence pas. Alors, nos policiers ont une instruction permanente non écrite : pas de provocation ! C’est la peur absolue de la « bavure » qui mettrait le feu aux poudres. Les enseignants n’ont pas d’instruction, mais ils ont l’esprit de survie : rarement soutenus par la hiérarchie quand ils sont en conflit avec des voyous dans leurs classes, surtout « ne pas faire de vagues » ; celui qui en ferait serait mal vu de la hiérarchie (les « bons » établissements ne sont pas ceux qui ont les meilleures notes, mais ceux dont on ne parle pas !) et risquerait de voir ses pneus crevés sur le parking du collège, voire de se faire « cogner ».

La justice est allée dans le même sens avec l’idée simple, et même simpliste, qu’envoyer un délinquant en prison, c’est l’ « école du crime », c’est en faire un « martyr ». Alors, un simple « rappel à la loi » vaut mieux qu’une peine de prison, d’autant qu’il n’y pas assez de place en prison.

3/ Le résultat de trente ans de ce laxisme est tout simplement catastrophique.

Il s’est développé un tel sentiment d’impunité chez les délinquants avérés ou en puissance, qu’ils en ont perdu jusqu’à la notion de bien et de mal (il n’y a pas si longtemps, des « jeunes » ont même arrêté un TGV dans une banlieue marseillaise pour « s’amuser » et pour filmer leur « exploit ». Leurs intentions ne pouvaient pas être mauvaises puisqu’ils n’ont même pas pensé à dévaliser les voyageurs !).

Si encore les délinquants et leurs familles éprouvaient des sentiments de gratitude envers une société si généreuse et compréhensive à leur endroit (ce dont ils ont parfaitement conscience car ils se permettent ici ce qu’ils ne feraient pas au Maroc, lorsqu’ils y vont en vacances, où la moindre incartade entraine, dans le meilleur des cas, des coups de matraques et, souvent, des années de prison), ce serait un moindre mal. On pourrait alors parler de démagogie. Mais c’est le résultat inverse qui est obtenu. Dans une société machiste, où la virilité est une vertu et où la violence se vit au quotidien, le laxisme de la justice, de la police, des enseignants et de la société dans son ensemble est vu comme de la faiblesse et dans ce genre de société, on n’a que mépris pour les faibles. Exactement comme un prof chahuté : les chahuteurs le méprisent.

Dans un tel contexte, il n’y a plus de respect pour l’autorité et donc pour la société. L’absence de sanction est vécue comme une absence de règles et, comme la nature a horreur du vide, la démission de la société laisse place à la loi du milieu, celle de la cité, de la communauté et, de plus en plus, de la charia. La France a démissionné. A leurs yeux, elle n’a pas plus d’existence et de légitimité qu’in distributeur automatique de billets : on l’utilise par pragmatisme et intérêt, mais il est insignifiant.

4/ Renforcer les effectifs de police serait certes utile. Dans la ville de 30 000 habitants où j’habite, il n’y a plus que 20 fonctionnaires de police nationale (et pas de municipale), contre 70 il y a vingt ans. Sarkozy, désormais champion en paroles du tout sécuritaire, en avait supprimé 10 000 et Hollande se vante d’avoir enrayé la chute, ce qui ne signifie pas retour à la situation ex ante.

Mais cela ne suffirait pas. Lorsqu’on a des moyens qu’on s’interdit d’utiliser, c’est comme la dissuasion nucléaire. Une bombe atomique suffit si l’agresseur est convaincu qu’on l’utilisera en cas d’attaque. Cela ne servirait à rien d’en avoir 100 si on a indiqué auparavant qu’on ne les utiliserait jamais. Nos policiers sont armés, mais ceux qui sont en face ont la conviction que les armes ne seront jamais utilisées et même que les matraques sont exclues. En fait, les policiers s’interdisent d’utiliser des armes parce que cela serait contraire aux instructions et que, si par malheur il y avait un décès chez les agresseurs, le fonctionnaire aurait à s’en expliquer et même qu’il risquerait un procès de la part de la famille du criminel (cela s’est vu), soutenue par une batterie d’associations « droits-de- l’hommistes ».

5/ Les vraies solutions, pourtant, existent :

a/ la police est là pour maintenir l’ordre républicain et pour faire appliquer les lois, pas pour se protéger sans réagir de coups portés par des assaillants. J’ai des sentiments de compassion pour ces policiers apeurés prêts à tout, y compris à prendre des coups sans réagir et à s’enfuir s’ils le peuvent, afin d’éviter à tout prix le risque d’une bavure. J’ai en même temps un sentiment de honte pour mon pays. Cette image qui a fait le tour du monde d’un policier tentant d’esquiver les coups d’un casseur pendant que sa voiture brulait, m’obsède et m’anéantit, et je ne suis pas le seul.

Nous ne voulons plus les voir. Nous ne voulons plus de cette humiliation.

Si un policier armé doit utiliser son arme pour maintenir l’ordre et se protéger lui-même, qu’il le fasse. En l’occurrence à Viry-Châtillon, un voyou blessé (et même plus) par le tir d’un policier aurait probablement suffi à faire fuir les agresseurs et à sauver son collègue qui lutte aujourd’hui entre la vie et la mort. Cela aurait entrainé des émeutes ? Et alors ? Aux Etats-Unis, il a des émeutes après des décès de délinquants. Elles ne durent jamais longtemps. Si le dilemme doit être un criminel mort ou un policier mort, je choisi sans hésiter le premier. Le comportement des policiers américains est sans doute excessif, mais, à tout prendre, il vaut mieux que celui de notre police : la peur doit changer de camp et, après tout, un malfrat qui s’attaque à un policier doit savoir le risque qu’il encourt, celui de se faire descendre.

Les bavures avérées doivent évidemment être sanctionnées, mais il ne devrait appartenir qu’à la hiérarchie (et, à travers elle, au pouvoir politique) de le faire, pas à la justice. Je suis indigné de ces policiers poursuivis en justice (et le plus souvent acquittés après des mois traumatisants de procédure) par des familles de délinquants. Que la justice s’occupe des délinquants, pas de ceux qui les combattent !

b/ les simples gardes statiques et les voitures de policiers qui foncent sans jamais s’arrêter et dont les sirènes font fuir les délinquants avant même qu’elles arrivent doivent laisser la place à la traque systématique des voyous et de tous leurs complices. Des fouilles systématiques au milieu de la nuit (l’ « état d’urgence » le permet) d’appartements dans les cités, voire le stationnement au milieu de la cité de voitures blindées, devraient être destinées à rendre la vie impossible dans les quartiers où le communautarisme s’est érigé en loi. A leurs habitants de choisir : « couvrir » les délinquants ou coopérer avec la République. Je ne doute pas que cela entrainerait peut-être dans un premier temps des révoltes, mais dans un deuxième temps une meilleure coopération afin, en éradiquant les délinquants, d’avoir la « paix ». La plupart des habitants de ces cités sont plus intelligents que ce que croient nos dirigeants. Ils savent ce qu’ils ont de ce côté de la Méditerranée et ils savent ce qu’il y a de l’autre côté. Ils savent que la France est beaucoup mieux et s’il y avait une menace sérieuse d’y renvoyer les binationaux qui se comportent mal, sans doute se comporteraient-ils mieux.

c/ le laxisme de la justice est un réel problème, mais c’est en grande partie un faux problème. Les juges sont là pour appliquer les lois. Si les sanctions prévues dans le code pénal sont trop faible, le code peut être changé par la loi.

Mais il y a plus. En dépit de leur indépendance, les juges sont tout de même influencés par la société. C’est la société laxiste qui fait la justice laxiste. Je prends un exemple : la pédophilie est maintenant insupportable à la société, ce qui a non seulement conduit à durcir les lois mais aussi à considérablement durcir la jurisprudence (les délinquants sexuels sont presque toujours lourdement condamnés).

Si la société et nos dirigeants exigeaient des peines sévères pour l’ensemble de la délinquance, les juges suivraient. A cet égard, le traitement avec rigueur de la récidive devrait être une priorité. J’en ai assez d’entendre aux informations que tel délinquant ou terroriste était « connu des services de police ». S’ils le sont, qu’on les mette hors d’état de nuire avant qu’ils sévissent. On peut avoir droit à l’erreur, mais quand on commet pour la cinquième fois le même délit, il n’y a aucune possibilité de changement de comportement et il faut enfermer. C’est eux ou nous. Ce doit être eux.

XXX

L’état de droit, c’est défendre les libertés. La première des libertés est de vivre en sécurité. Quand ce droit élémentaire n’est même plus assuré pour les policiers (5274 d’entre eux ont été blessés ou agressés en 2015), il l’est encore moins pour les citoyens. Les policiers ont peur. Leurs représentants le disent aujourd’hui (ils sont appelés à faire une grève du zèle et à se rassembler devant les commissariats) : la police n’a plus les moyens de faire son travail parce qu’elle n’est pas respectée. Dans la zone pavillonnaire en bordure d’une cité HLM pourtant pas spécialement « difficile » (plutôt tranquille en fait) où je vis je le vois souvent : les policiers se font insulter par des petits « merdeux » qui mériteraient une bonne paire de claques et quand une voiture de police passe, les sifflets fusent des fenêtres. Menacer d’appeler la police quand on a un conflit avec un de ces énergumènes les fait rire.

Ça suffit. Nous demandons que l’Etat et la police se donnent les moyens et la volonté de se faire respecter et de faire respecter les lois de la République. Nous demandons aux parlementaires de durcir les lois et aux juges de les appliquer sans laxisme ni faiblesse.

Un Etat qui ne se défend pas est un Etat qui ne défend pas ses citoyens. Faudra-t-il créer des milices privées armées pour assurer notre tranquillité ?

Chaque jour qui passe montre que tous les ingrédients d’une guerre civile se mettent en place. Un délinquant isolé peut facilement être mis hors d’état de nuire. Un délinquant protégé par une « communauté » de plusieurs millions de personnes est bien plus dangereux.

Délinquance, terrorisme et communautarisme sont liés. Ils se nourrissent mutuellement. Pour s’attaquer et éradiquer ces trois fléaux de la France d’aujourd’hui, il faut les combattre simultanément. Et pour cela, il faut nommer un chat un chat. Le « politiquement correct », ça suffit. Il a déjà fait assez de mal comme cela.

Je n’ai rien contre les gens qui sont nés ailleurs et qui ont une autre religion. A condition, qu’ils aient la volonté de s’assimiler comme l’ont fait des générations d’immigrés avant eux et qu’ils aient le désir de respecter les lois de la République, pas celle de la charia.

S’ils ne le peuvent pas ou ne le veulent pas, ils n’ont rien à faire chez nous.

Et s’ils y restent parce que, par laxisme de la République, ils en ont les « papiers » et en mesurent les avantages matériels, ils doivent se préparer à subit toute la rigueur de la loi. Et si cette loi ne leur plait pas, ceux qui sont binationaux peuvent partir. On ne les retient pas. Moi, je ne suis que Français. Je veux vivre dans mon pays en sécurité et je n’admets pas que nos policiers, qui gagnent en un mois, ce qu’un petit dealer accumule souvent en quelques jours, voire quelques heures, soient ridiculisés par des petits moins que rien et que leur vie soit mise en danger.

Trop c’est trop. Si le crime de Viry-Châtillon réveille la conscience de nos concitoyens endormis, ce sera un bon début.

Mais il reste encore beaucoup à faire pour que la « doulce France » le redevienne.

Je ne veux pas être condamné à l’exil pour fuir un pays devenu barbare.

Yves Barelli, 11 octobre 2016

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 18:15

Le gouvernement français a organisé le 26 juin dans le département de la Loire-Atlantique un référendum sur l’opportunité de construire un nouvel aéroport au nord de Nantes qui se substituerait à l’actuel, plus proche de la ville. Cette procédure de référendum local est exceptionnelle en France. En dépit d’une participation importante pour ce type de scrutin (plus de 50% de votants) et malgré la netteté de la victoire du oui (55%), les opposants au projet, constitués de groupuscules qui se disent écologistes venus de l’extérieur de la région et qui se sont joints à une poignée d’agriculteurs menacés d’expulsion (ils seront indemnisés), ont déclaré ne pas être engagés par ce résultat et ont annoncé leur intention de continuer à occuper les lieux. Sans me prononcer sur le fond du dossier, sur lequel je n’ai pas suffisamment d’éléments d’appréciation (je suis à priori réservé sur ce projet dont je ne vois pas la nécessité), je trouve scandaleux que des individus qui prétendent représenter le peuple et défendre l’écologie, ne respectent pas la démocratie. Cela est malheureusement dans l’air du temps lorsqu’on en voit d’autres (parfois les mêmes) contester le choix des Britanniques de sortir de l’Union européenne et ne pas reconnaitre à d’autres peuples la possibilité de choisir leur propre destin. Certains s’estiment sans doute plus intelligents que leurs concitoyens ou porteurs d’une mission quasi-divine (en l’occurrence la défense sans imagination d’une certaine conception étroite et dogmatique de l’écologie).

1/ Nantes, métropole de 400 000 habitants du Grand Ouest (Bretagne, dont elle fut la capitale historique, une partie de la Normandie, des Pays de la Loire et du Poitou), ensemble de régions totalisant un peu moins de 10 millions d’habitants, est actuellement relié au reste du monde par un aéroport recevant un peu plus de 4 millions de passagers par an (dont la moitié de « low-cost ») avec des lignes sur Paris et un nombre assez réduit de destinations européennes et méditerranéennes (plus quelques vols sur Montréal et Punta Cana) et par la ligne TGV sur Paris (nombreuses liaisons en un peu plus de deux heures), complétée par des trains régionaux.

Depuis 2010, l’aéroport a été privatisé (un ensemble d’actionnaires autour de la Chambre de commerce et de Vinci, entreprise de travaux publics et d’exploitation d’infrastructures). Grâce à la venue de transporteurs « low cost » (en partie subventionnés par l’intermédiaire des facilités qui leur sont faites), le trafic est en hausse d’environ 2, 5% par an (il a doublé en dix ans).

Sans doute pourrait-on se contenter de l’aéroport actuel, quitte à construire une nouvelle piste. Pourtant, un projet existe depuis quelques années de transférer l’aéroport actuel, proche de la ville, sur une nouvelle plateforme construite en pleine campagne à 40 km au nord de Nantes. Le gestionnaire en serait le même que l’actuel, dont Vinci, qui serait en outre chargé de sa construction. La ville de Nantes, le département de la Loire-Atlantique et les régions de Bretagne et Pays-de-la-Loire, ainsi que l’Etat participeraient au financement. La route à deux fois deux voies (on ne prévoit pas de liaison ferrée) serait construite par financement public. L’aéroport actuel pourrait être vendu à Airbus qui a une usine dans la région et l’utilise déjà. A noter que l’un des plus fervents partisans de l’aéroport est Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et ancien premier ministre (et actuel ministre des affaires étrangères).

2/ Un nouvel aéroport est-il nécessaire ?

Je n’en sais rien, n’habitant pas Nantes, n’y ayant aucune attache et n’ayant pas étudié le dossier. Mais j’ai de sérieux doutes sur une telle utilité.

Pourquoi ? Parce que je constate que Nantes n’est qu’à deux heures de Paris par le train et que le nouvel aéroport sera à un minimum de 45 minutes du centre de Nantes (contre 15 minutes pour l’actuel), temps auquel il convient d’ajouter le transport de Paris à ses aéroports. Pour se rendre à Paris, cet aéroport n’aura aucun intérêt.

Pour les autres destinations, l’utilité ne se mesurera pas en temps de trajet mais en prix proposés par les low-costs, eux-mêmes indirectement subventionnés par les collectivités locales.

Il est clair que cela pose la question de la tarification aérienne, de la complémentarité rail-air et donc de la politique d’aménagement du territoire.

Il est vrai qu’il n’y a plus depuis assez longtemps de politique d’aménagement du territoire en France. Nous sommes soumis aux directives européennes (que les gouvernements français successifs ont acceptés) dont l’alpha et l’oméga se résument à la concurrence tous azimuts et, plus encore, à la satisfaction des seuls intérêts privés, y compris au détriment de l’intérêt général. En l’occurrence, l’intérêt particulier de Vinci (de plus en plus un Etat dans l’Etat : il a la concession, très juteuse, de la plupart des autoroutes, des parkings de villes, de certains transports par autocars et il participe à la construction de nombreux équipements, avec un mode de financement dans lequel l’Etat et les collectivités, tenus à la rigueur budgétaire par les règles européennes, trouvent un médiocre intérêt à court terme (ainsi, le nouveau ministère de la défense, à Paris, est construit par Vinci qui le loue à l’Etat : on croit rêver : l’Etat ne serait même plus fichu de construire ses ministères ! Lyon vient de faire la même chose pour la construction de son nouveau stade) en diminuant ses dépenses d’investissement, hélas compensées par un endettement à long terme et des frais de location sur de nombreuses années (n’importe quel particulier sait qu’il vaut mieux acheter que louer ; mais, semble-t-il, pas l’Etat ! Tout cela seulement pour alléger une dépense immédiate mais une fois pour toutes, remplacée par des dépenses plus réduites mais reconduites chaque année à l’infini : c’est absurde, comme l’est la stupide règle de ne pas dépasser un déficit budgétaire de 3%).

Bref, tout cela pue à plein nez la collusion entre certains responsables politiques et les intérêts privés. De telles magouilles sont contraires à la démocratie.

3/ Il eut été logique que le débat porta sur l’utilité d’un nouvel aéroport et sur cette collusion privé-public dans sa construction et son exploitation.

Malheureusement, les groupuscules écologistes, relayés à Paris par le parti EELV (Europe-Ecologie-Les Verts), l’ont complètement dénaturé.

Ils se sont érigés en défenseurs de quelques dizaines d’agriculteurs plus ou moins mythifiés vivant autour de la localité de Notre-Dame des Landes, lieu choisi pour implanter le futur aéroport.

Depuis des mois, des groupuscules étrangers à la région sont venus occuper les terres du futur aéroport en y créant un véritable camp retranché. La police a essayé il y a quelques mois de les déloger mais, renonçant à la manière forte, elle n’y est pas parvenue.

C’est que l’opposition s’est transposée à l’intérieur même du gouvernement. D’un côté, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à la fois juge et partie puisque ancien maire de Nantes favorable au projet (Manuel Valls est resté sur la même ligne mais, sans doute, de façon moins militante). De l’autre, les écologistes, présents au sein du gouvernement et membres de la majorité présidentielle (depuis, ils se sont divisés, mais le combat de ND des Landes reste une cause mythique à leurs yeux).

Très ennuyé par la tournure des évènements, le gouvernement a trouvé la solution : un référendum local circonscrit au département de la Loire-Atlantique, dont Nantes est le chef-lieu. On aurait pu imaginer de faire voter les autres habitants des régions concernées mais le périmètre en aurait sans doute été difficile à tracer. La solution du scrutin départemental me parait donc bonne.

4/ Je m’attendais (et je n’étais pas le seul) à une victoire du non : le nouvel aéroport va coûter cher et se traduira par une hausse des impôts locaux, la proportion des habitants du département qui prennent l’avion ne serait-ce qu’une fois dans l’année est faible et ceux qui vont régulièrement à Paris préfèrent certainement l’aéroport actuel, plus près.

J’ai l’impression que ce qui a surtout joué est ce spectacle donné par ces gauchistes parfois violents défendant une conception dogmatique de l’écologie et surtout constitué d’individus totalement étrangers à la région. Il faut ajouter que depuis trois mois, toutes les manifestations anti-loi du travail qui se sont déroulées à Nantes ont été perturbées par la présence de casseurs extrêmement violents (ils sévissent aussi à Paris mais quasiment nulle part ailleurs en province à l’exception de Nantes) qui ont systématiquement détruits vitrines de commerces et de banques et équipements publics. Ces casseurs sont constitués au moins partiellement des activistes soit disant écologistes qui occupent ND des Landes.

J’ai donc l’impression, et même la conviction, que le vote d’hier n’a pas été réellement pour le nouvel aéroport mais contre les casseurs et une certaine conception quasi-fasciste de l’écologie.

5/ Même si je suis réservé sur la pertinence du choix des électeurs de la région nantaise, il faut évidemment le respecter.

Il faut en premier lieu saluer la tenue de ce référendum local. A la différence d’autres pays, comme la Suisse, c’est une procédure exceptionnelle en France. Il serait utile que l’exception devienne la règle.

Il faut en second lieu s’élever contre la tendance actuelle hélas encouragée par les pouvoirs publics qui consiste à accepter le verdict populaire quand cela arrange et à le refuser quand cela dérange. Qu’on pense au référendum sur la « constitution » européenne rejetée à 55% par les Français en 2005 et imposée, sous une autre forme, deux ans après par la voie parlementaire. Qu’on pense aussi au déferlement médiatique qui tend depuis quatre jours à accréditer l’idée que les Anglais se sont trompés en votant le Brexit et donc qu’il faudrait soit les faire revoter, soit ne pas tenir compte de leur choix.

Refuser une décision du peuple, cela s’appelle le fascisme. C’est vouloir substituer la force à la démocratie. La force, en l’occurrence celle des « marchés », des bureaucrates, des technocrates, de la « pensée unique » qui considèrent qu’ils sont plus intelligents que le peuple qui, idiot, mal informé, égoïste, voire raciste, est le jouet des « populistes ».

Cette tendance, qui tend chez certains à devenir la norme, est inquiétante. ND des Landes est un sujet secondaire. Mais il en est d’autres de plus fondamentaux.

Qu’on prenne garde. S’habituer au déni de démocratie sous prétexte que le peuple, comme un enfant, doit être « corrigé » lorsqu’il se trompe, c’est refuser la démocratie. C’est en fait estimer que seule la force (militaire, policière, mais aussi et surtout financière, médiatique ou de la rue) est légitime et, en dernier ressort, celle qui doit s’imposer.

C’est évidement, la porte ouverte à une mentalité de guerre civile.

Je ne l’accepte pas et j’espère que nous serons nombreux à ne pas l’accepter.

Yves Barelli, 27 juin 2016

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 11:47

La France va mal. Crise économique, sociale, politique. Crise morale aussi d’un pays et d’un peuple en perte d’identité et de projet. Crise nationale dans un contexte de crise européenne et mondiale. En l’absence d’alternative visible, les peuples désespèrent. Ils ont perdu toute confiance dans un système inefficace et immoral, mais leur désespoir est tel que même l’espoir d’un changement semble avoir disparu.

1/ Le chômage ne cesse de croitre. Un Français sur cinq est sans travail ou en travail involontairement partiel. La précarité tend à devenir la norme. Les inégalités ne cessent d’augmenter avec des chefs d’entreprises qui gagnent en une année ce que des salariés ne gagnent pas en une vie.

Le désespoir n’est pas seulement celui de ce que les sociologues appellent les « déclassés », ceux dont les conditions de travail, quand ils en ont un, se dégradent, ceux qui vivent dans des zones périurbaines ou rurales mal desservies par les transports publics, mal reliées par des routes de moins en moins entretenues, ceux qui souffrent de la dégradation des services publics, à commencer par celui de l’enseignement avec des écoles publiques elles aussi en perte de valeurs.

Le désespoir est aussi celui de personnels qualifiés aux salaires considérés encore il y a peu comme corrects, mais qui, eux aussi, sont touchés par l’absence de projet, la perte d’identité et des valeurs et la dégradation des services publics du fait des économies décidées par le gouvernement en application de « directives » européennes incompréhensibles et émanant d’une bureaucratie bruxelloise dont la seule préoccupation semble être la satisfaction des intérêts des « lobbies ».

Ces personnes qualifiées et éduquées, qu’on nomme les « classes moyennes », se demandent où vont leurs impôts, désarmés qu’ils sont par l’injustice fiscale d’un système qui pénalise le travail au profit du capital, qui récompense les exilés fiscaux et les paresseux, souvent d’origine étrangère, qui vivent aux crochets d’une société sur laquelle ils crachent pourtant, et par des dépenses publiques, souvent inutiles, tels ces ronds-points qui fleurissent y compris sur des carrefours sans routes, sans doute davantage destinés à subventionner le BTP qu’à satisfaire des besoins identifiés, et sur lesquels ils n’ont aucune prise parce que la démocratie s’arrête au droit de donner tous les cinq ou six un chèque en blanc à un président de la république ou à des élus locaux qui s’empressent d’oublier leurs promesses en tournant le dos à leurs programmes électoraux.

2/ La présidence Hollande est presque unanimement considérée comme une catastrophe. Son gouvernement, où règne la cacophonie, part dans tous les sens. Ce pouvoir en principe de « gauche » fait une politique de droite que même les plus à droite n’oseraient pas faire.

Sarkozy, à l’échec patenté, avait été rejeté par les Français. Son successeur est pire.

Et que nous promet-on pour 2017 ? Les mêmes et on recommence. Avec Sarkozy ? Sans doute pas. Avec le cheval de retour Juppé qui s’illustra il y deux décennies par un échec retentissant ? Avec encore Hollande, si la droite est assez folle pour se déchirer au point de favoriser sa réélection ? Avec quelque jeune nouveau « loup », comme Lemaire ou Macron, que le système arrive toujours à sortir de son chapeau quand les autres sont trop usés ?

La seule alternative possible serait celle de « souverainistes » défendant l’idée d’une France indépendante, forte, assumant ses valeurs et rassemblée autour d’une identité retrouvée.

Cela me parait la seule solution pour notre pays. Mais les conditions ne semblent pas, pour le moment, réunies. Pour deux raisons.

La première est que, collectivement, les Français ont perdu confiance en la France. Ils n’y croient plus. Les médias au service du grand capital et des hommes politiques moralement corrompus (certains le sont financièrement, mais c’est une minorité. Il reste au moins cela en France : à la différence d’autres pays, la corruption n’est pas encore un système de gouvernement) martèlent depuis des lustres que, désormais, la France serait trop petite, trop faible, pour jouer seule dans la cour des « grands » et qu’il faut se fondre dans un ensemble plus vaste, celui de l’Europe, voire de l’Alliance Atlantique.

Pourtant, le « projet » européen est un échec total. Les seules réalisations européennes qui fonctionnent, comme Airbus ou Ariane, ont été faites en dehors des instances de l’Union européenne par des accords intergouvernementaux. Mais, ils persistent et signent : si l’UE ne marche pas, disent-ils en le répétant à satiété comme pour se convaincre d’un dogme auxquels ils ne croient plus, c’est parce que la « construction » européenne est insuffisante. Ils sont comme le médecin de Molière. Plus l’injection affaiblit le malade, plus en faudrait. Jusqu’à la mort.

Va-t-on poursuivre cette chimère européenne jusqu’à la mort des peuples européens, tués tant par le pouvoir tentaculaire du capitalisme mondialisé que par une immigration inconsidérée de peuples qui ne veulent ou ne peuvent s’assimiler parce que leurs « valeurs » ne sont pas les nôtres et que, nous-mêmes, nous n’avons plus de valeurs ?

La deuxième raison est que les « souverainistes » ont des difficultés à s’unir. Marine Le Pen pense qu’elle gagnera seule. Dupont-Aignant ou Philippe de Villiers, autres « sauveurs » potentiels, répugnent à marcher avec le Front National.

Le FN est certes devenu le premier parti de France. Marine Le Pen sera certainement au deuxième tour de la présidentielle. Mais tous les sondages d’opinion montrent qu’il y a une majorité de Français qui n’en veulent pas. Elle sera donc battue au second tour.

Au moins en 2017. Parce que si Juppé, européiste et atlantiste de toujours, arrive au pouvoir, avec une probable coalition UMPS, comme en Allemagne et en Autriche (on voit ce que cela a donné dimanche), la crise sociale, dont les grèves de cette semaine donne une idée, sera telle que tout sera possible, y compris une victoire de Marine Le Pen.

En attendant, la situation politique est bloquée dans ce pays. Et quand, il n’y a rien à attendre des urnes, c’est ailleurs que cela se passe.

3/ En faisant passer la « loi travail » dont personne ne voulait, ni la droite et le patronat car, à leurs yeux, elle a été tellement édulcorée qu’elle n’a plus de sens, ni la gauche qui la trouve, à juste titre, contraire à la philosophie de la gauche, œuvre de « politicards » traitres à leur « camp », ni l’opinion publique, hostile aux trois-quarts selon les sondages, le gouvernement a pris le risque insensé de désespérer son électorat traditionnel et de créer le chaos qui est en train de s’installer dans le pays, notamment du fait des pénuries d’essence et de grèves des transports.

Ce chaos et cette situation sociale, dont on ne sait sur quoi elle va déboucher, est elle-même paradoxale.

Ils résultent de la stratégie de la CGT, encore principal syndicat, mais en perte de vitesse. C’est un coup de poker que tente la CGT. Si le gouvernement recule et retire la loi-travail, il en raflera la mise. S’il échoue, elle sera durablement affaiblie.

Le paradoxe vient que, dans ce pays, les syndicats, pas seulement la CGT, ont une représentativité douteuse. Moins d’un salarié sur dix en est adhérent. Les grandes centrales ouvrières ou de fonctionnaires ont beaucoup de moyens financiers car, avec le patronat, ils gèrent tous les organismes paritaires de la Sécurité Sociale qui brassent des milliards d’euros. L’armée de permanents syndicaux est de plus en plus décalée par rapport à la masse des salariés.

Le paradoxe est que la CGT peut bloquer le pays avec un petit nombre de militants bien placés sur des secteurs stratégiques, raffineries de pétrole et transports notamment. La majorité des Français n’y participe pas, mais observe le mouvement avec, selon les sondages, sympathie. Ce n’est pas la première fois que les Français font grève en quelque sorte par procuration.

Le paradoxe vient aussi du fait que la plus grande partie des ouvriers, employés et personnes peu qualifiées vote Front National, mais que la CGT, dans la tradition communiste, reste hostile au Front National, donc au parti, de fait, de la classe ouvrière.

4/ Tout cela se passe sur fond de grave crise qu’on peut qualifier d’ « ethnique ». Le politiquement correct essaie de masquer cette réalité, mais elle va s’imposer de plus en plus.

En l’absence de statistiques ethniques ou religieuses, on ne sait ce que représente exactement quantitativement cette « communauté musulmane » (10, 20, voire 25% ?) dont on parle de plus en plus du fait qu’un nombre croissant de personnes de confession musulmane se reconnaissent dans cette « communauté » en la faisant souvent passer avant leur appartenance à la communauté nationale dans laquelle nombre d’entre eux ne voient qu’une machine à distribuer les « allocations » dont ils profitent, mais dont ils se sentent étrangers.

Certes, tous les musulmans ne sont pas dans cet état d’esprit. Mais le mouvement les y pousse. Ne serait-ce que parce que la crise est là, que l’ascenseur social est en panne et que la France donne l’impression de n’avoir plus rien à proposer à ses enfants, de souche ou issus de l’immigration, en matière de projet, d’identité et de valeurs. En quand il n’y a plus d’identité républicaine et laïque, on se raccroche à ce qui reste : la famille, la « communauté », le pays d’origine, la religion.

La situation est critique. La « communauté » musulmane est en train de s’organiser en contre-société, avec ses propres lois et pratiques. Dans le meilleur des cas, à côté de la communauté française. Dans le pire, contre elle.

Nous ne sommes pas encore en guerre civile. Mais les ingrédients qui y conduisent se mettent en place. Certains élus locaux, mais aussi le gouvernement, qui, par calcul électoral, ont multiplié les concessions et les atteintes à la laïcité, ont une lourde part de responsabilité. Le roman de Houellebecq, « Soumission » qui anticipe l’arrivée au pouvoir en France de l’islamisme par conjonction du communautarisme et d’une gauche « droit-de-l’hommiste » complice, serait-il prémonitoire ?

5/ Autre fond de crise : l’effacement international de la France.

La France est l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et l’une des cinq grandes puissances nucléaires. Son économie reste en bonne place et son rayonnement culturel, malheureusement négligé par nos autorités, a de beaux restes. Pourtant, notre pays abdique sa souveraineté au profit d’une Union européenne dominée par l’Allemagne et au profit de l’OTAN, machine intégralement américaine.

Beaucoup de mes interlocuteurs étrangers me disent ne pas comprendre l’évolution de la France.

Ils déplorent la timidité de notre politique étrangère et son alignement sur les positions les plus réactionnaires.

Ils s‘étonnent aussi du spectacle donné par la France et de l’autocensure qui y règne. Lorsqu’ils débarquent à Paris, qu’y voient-ils ? La pagaille, l’indiscipline, la saleté, les voitures occupant les trottoirs (surtout en banlieue), les incivilités et l’insécurité. D’ailleurs, le nombre de touristes visitant Paris est en chute libre. Pa seulement du fait des attentats du terrorisme islamiste, mais de l’ambiance générale. Et quand Madame Morano pointe du doigt l’ « africanisation » du quartier de la gare du Nord de Paris, nos médias bienpensants crient au « dérapage ». Désormais, dans ce pays, décrire la réalité, c’est déraper » !

XXX

Oui, la France est en crise. Crise multi-visages.

Saura-t-elle se redresser ?

Oui, si elle retrouve son indépendance et son identité nationale, mais aussi régionale (la force d’un pays est d’avoir une identité nationale synthèse d’identités régionales et locales, les seules que vivent tous les jours les citoyens).

Les Français le veulent-ils ? Ils souhaitent évidement un redressement. Mais, pour beaucoup, ils en ont perdu l’espoir.

C’est cet espoir qu’il faut, collectivement, retrouver.

Qui le leur redonnera ?

Yves Barelli, 24 mai 2016

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