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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 22:02

Pour paraphraser le général de Gaulle, il faut éviter d’aller vers l’Orient compliqué avec des idées trop simples. Le Liban est à la croisée de tous les conflits et fractures qui traversent le Moyen-Orient : chrétiens/musulmans, sunnites/chiites, Israël/Palestine, Syriens de toutes obédiences, Arabie Saoudite/Iran, Etats-Unis/Russie. Saad Hariri, ex ou peut-être toujours en fonction (on ne sait s’il a vraiment démissionné) premier ministre du « pays des Cèdres », sera demain en France où il va peut-être trouver refuge, comme l’avait fait en son temps le général Aoun, actuel président de la république. Cela me permet de vous parler du Liban, petit par la taille mais grand par l’histoire, ce pays des antiques Phéniciens où fut inventé l’alphabet, quasi dernier refuge des chrétiens d’Orient (qui étaient là bien avant les musulmans), terre de forte tradition francophile, berceau de la renaissance culturelle arabe au 19ème siècle, mais aussi terre de quelques affaires sulfureuses dont les mésaventures de Hariri sont une illustration. Je connais bien ce bout oriental de la Méditerranée pour y être allé plusieurs fois et pour avoir fréquenté nombre de ses ressortissants. 

1/ Je suis allé au Liban pour la première fois en 1963 (pour les plus jeunes, du temps de la « préhistoire » !). J’y ai découvert à Baalbek la musique traditionnelle arabe, que j’écoute souvent volontiers depuis (mais pas en France, je n’aime pas les invasions !). J’y ai vu aussi, en cette époque où les chrétiens maronites régnaient encore sans partage sur ce pays que ses détracteurs accusent d’être une création française (la France a administré le Liban et la Syrie voisine entre 1923 et 1943), des groupes maronites qui nous y accueillaient (j’y étais avec un groupe de jeunes marseillais) en rivalité entre eux et ne se retrouvant qu’en s’opposant aux musulmans, qu’ils appelaient avec un certain mépris les « muses ». J’avais touché du doigt les germes de ce qui allait donner quelques années plus tard des guerres civiles à répétition. Au cours du même voyage, nous étions allés en Syrie et nous nous y sommes trouvés le jour du coup d’état qui porta au pouvoir le parti Baas, qui y est encore, celui du clan Assad. Encore jeune à l’époque, c’était la première fois que je voyais des tanks dans les rues (j’en ai vu d’autres en 1968 à Prague). Notre voyage nous avait ensuite menés en Jordanie, en Palestine arabe, y compris Jérusalem, pas encore occupée par Israël, puis en Israël même. S’il est vrai que les voyages forment la jeunesse, c’est aussi une occasion, si l’on a l’esprit ouvert, de s’initier concrètement à la géopolitique et c’est vrai que ce voyage m’a aidé à mieux comprendre cette région.

2/ Le Liban est à peine plus grand que la Corse mais bien plus peuplé, avec plus de 6 millions d’habitants, y compris au moins un million de réfugiés syriens et un demi-million, peut-être plus, de Palestiniens, eux aussi réfugiés.

Situé sur la côte orientale de la Méditerranée, coincé entre Israël et Syrie, le Liban a quelques affinités avec la Côte d’Azur, avec un climat et des paysages comparables. Le littoral, de part et d’autre de Beyrouth, est fortement urbanisé et la montagne est juste au-dessus (on monte à 1000m en dix kilomètres et, en hiver, la neige n’est pas rare ; la montagne est la terre des cèdres – il y en a beaucoup moins qu’autrefois – arbre culte dont le dessin figure sur le drapeau du pays).

Cette montagne est le berceau des maronites, communauté, issue des premiers chrétiens, qui s’est formée au 5ème siècle autour de Saint Maron (ou Maroun) et qui s’est ensuite repliée sur les hauteurs pour échapper aux invasions musulmanes. Depuis le temps des croisades, les maronites ont été les protégés des rois de France (protection officialisée ensuite sous l’empire ottoman) et ont formé l’ossature du Liban indépendant après la seconde guerre mondiale. Les maronites sont catholiques en ce sens qu’ils reconnaissent l’autorité du pape, mais ils ont une liturgie spécifique qui a toujours utilisé l’arabe plutôt que le latin. La protection historique de la France explique que les chrétiens maronites libanais sont presque tous bilingues ; pour eux le français n’est pas une langue étrangère mais aussi, avec l’arabe, leur langue usuelle (sans doute moins qu’avant, mais cela reste une réalité : dans les quartiers chrétiens de Beyrouth et des autres localités, les inscriptions, par exemple des commerçants, sont souvent majoritairement en français, un peu comme cela continue de se voir au Maghreb où le français n’est pas, non plus, une langue étrangère).

Les maronites ont non seulement formé le Liban moderne mais, dans la tradition des Phéniciens, ils ont essaimé tout autour de la Méditerranée et au-delà. A Marseille, les Syro-libanais (on ne fait pas toujours la différence car les maronites sont aussi une communauté constitutive de Syrie) ne sont pas très nombreux mais ont donné quelques grandes familles d’armateurs (la plus grande compagnie mondiale de bateaux transporteurs de containeurs, la CGM-CMA, qui a son siège à Marseille, est une création de telles familles) : leurs membres n’habitent pas les cités des « quartiers nord », mais plutôt des villas cossues sur la Corniche. C’est une marque des Libanais chrétiens (et, parfois aussi, mais moins, de sunnites, comme les Hariri) de s’être souvent enrichis par le commerce. On les retrouve sur tous les continents. Il y aurait ainsi 10 millions de Brésiliens d’origine maronite ; en Afrique occidentale ils sont souvent propriétaires de superettes et même des supermarchés ; à Dubaï, ils sont souvent cadres moyens et, aussi à l’aise en français et en anglais qu’en arabe, ils font la liaison entre les dirigeants émiratis et les expatriés occidentaux.

Lorsque le Liban a été créé, il l’a été autour de la communauté maronite. Mais du fait de l’émigration et d’une natalité moins forte que celle des musulmans, les chrétiens sont maintenant minoritaires au Liban.

La constitution libanaise identifie 19 « communautés » en général à base religieuse. Ce système est hérité de l’empire ottoman qui reconnaissait des « communautés » diverses (sous la direction des musulmans sunnites). Au Liban, l’appartenance communautaire est inscrite sur la carte d’identité et chaque communauté a son propre code civil. On ne se marie pas, on n’hérite pas et on n’est pas jugé de la même façon selon qu’on est « maronite », orthodoxe, catholique « grec » (ce n’est pas la nationalité mais le rite, différent de celui des maronites), arménien, ou encore musulman sunnite, musulman chiite, alaouite (une sorte de variété de chiites, plus présents en Syrie, où ils forment l’ossature du pouvoir, qu’au Liban), druze (une religion très particulière, en marge de l’islam), plus quelques autres groupes moins nombreux, sans compter ceux qui sont d’origine étrangère, comme les Palestiniens.

La constitution libanaise stipule que le président de la république est obligatoirement chrétien maronite, le premier ministre sunnite et le président du parlement chiite.

Longtemps, les maronites ont tenu le haut du pavé, dominant à la fois la politique et l’économie du Liban. Ils étaient associés à la bourgeoise sunnite tandis que les chiites, les plus pauvres, étaient tenus à l’écart.

Aujourd’hui, les chiites sont majoritaires (majorité relative), de l’ordre de 40% ; les chrétiens  sont désormais moins d’un tiers et le reste surtout sunnite. Des quotas sont réservés au parlement, au gouvernement et dans la fonction publique pour chaque communauté.

Les conflits internes qui ont secoué le Liban entre 1975 et 1990 (avec des coalitions intercommunautaires changeantes : c’est une vue de l’esprit de dire qu’on a eu les chrétiens contre des musulmans ; la réalité est bien plus compliquée, sans oublier le « jeu » des Palestiniens, des Israéliens et des Syriens). La Syrie a fini par établir une sorte de protectorat sur le Liban et ses forces, longtemps présentes sur le territoire, ont joué le rôle d’une police qui a réussi à séparer les belligérants de toutes communautés. A sein de chacune des communautés, il y a eu des jeux subtils. Ainsi, une partie des chrétiens s’est opposée aux Syriens mais une autre partie a collaboré. Idem chez les sunnites (les druzes ont aussi joué un rôle essentiel dont je ne parle pas ici pour simplifier). Les chiites, pour leur part, très bien organisés autour du Hezbollah, dont la milice est aussi puissante que l’armée libanaise officielle (et même sans doute plus) a acquis un grand prestige en s’opposant, quasiment seule, avec un certain succès, à l’invasion israélienne de 2006. Aujourd’hui, le Hezbollah est partie prenante du conflit syrien dans le camp du gouvernement (Bachar-el-Assad).

Le Liban est actuellement dominé par une alliance qui réunit le Hezbollah chiite et une partie des chrétiens et des sunnites. Le pays fait donc partie, de fait, de l’ « arc chiite » qui lie l’Iran, la majorité de l’Irak, la Syrie (gouvernementale), le Liban et d’autres minorités chiites au Moyen-Orient. Cet « arc chiite » est opposé à l’islam sunnite dirigé principalement par l’Arabie saoudite et la Turquie.

Cette situation met mal à l’aise la bourgeoisie sunnite libanaise mais aussi les dirigeants chrétiens. Les sunnites devraient être les alliés naturels de l’Arabie saoudite et les chrétiens des Occidentaux, tous deux en conflit avec la Syrie de Bachar et avec l’Iran, mais ils sont dans le même temps dépendants de la Syrie et du Hezbollah. [Pour le moment, Israël  se contente d’observer la situation tant en Syrie qu’au Liban, avec un dilemme : empêcher la domination de l’Iran, son plus grand ennemi, mais ne pas favoriser non plus l’établissement de régimes islamistes sunnites dans les deux pays voisins, d’où sa neutralité dans le conflit syrien, neutralité de fait qui n’exclurait pas une intervention militaire directe d’Israël si ce pays décidait que c’est son intérêt].

Les considérations précédentes m’amènent à aborder le cas Saad Hariri.

3/  La famille Hariri a connu un destin exceptionnel dans un environnement souvent sulfureux. Le père de Saad Hariri (attendu à Paris demain), Rafic Hariri, est parti de rien. Musulman sunnite, fils d’ouvrier agricole, il obtient un diplôme de commerce de l’université de Beyrouth en 1964 et part à l’âge de 18 ans en Arabie saoudite. Il perce dans la promotion immobilière et pétrolière et devient un proche du roi Khaled. Ses affaires et ses amitiés lui permettent d’accumuler rapidement une fortune (celle de la famille est estimée aujourd’hui plus de 10 milliards de dollars). En 1977, il construit le palais royal de Taïf et, en 1979, rachète une société française d’ingénierie. Présent à Ryad, comme à Paris et Beyrouth, il est souvent, dans la tradition libanaise, un intermédiaire incontournable. Sur la scène libanaise, il sait naviguer entre tous les camps et parvient à être considéré comme l’homme des Saoudiens et des Français (il est alors très lié à Jacques Chirac : aujourd’hui encore, les Chirac sont logés gratuitement à Paris dans un immeuble du quai Voltaire qui appartient à la famille Hariri ; je pense qu’ils y sont encore ; en tout cas, s’ils en sont partis, il n’y a pas longtemps) tout en étant en bon terme (au moins en apparence) avec les Syriens.

Rafic Hariri est le sunnite idéal pour diriger les gouvernements libanais (rappelons que le premier ministre est obligatoirement sunnite) dans l’après-guerre civile. Il occupe le poste de 1992 à 2004. C’est une période où intérêts privés et publics sont si étroitement entremêlés que la situation en devient surréaliste : c’est la société immobilière de Hariri qui est chargé de la reconstruction du centre de Beyrouth et ses amis, notamment saoudiens et, dans une moindre mesure, français, se voient confier des contrats juteux. Mais il y deux façons de porter un jugement : on peut considérer que cette collusion est scandaleuse ; on peut aussi estimer que, sans Hariri et ses amis, qui certes n’ont pas travaillé bénévolement, la Liban, décimé et ruiné par la guerre, n’aurait jamais pu trouver les investisseurs que le premier ministre a pu amener.

Rafic Hariri avait, jusque-là, effectué un parcours sans faute. Il en commet une lorsqu’il s’oppose au président de la république Emile Lahoud en 2004. Lahoud avait été un candidat de compromis (maronite et militaire de carrière respecté pour avoir tenu, tant bien que mal l’armée libanaise en dehors du long conflit civil de 1975-1990). A la fin de son mandat, aucun nouveau candidat de compromis n’avait pu être trouvé et le parlement libanais vota une prolongation du mandat de Lahoud en dépit de l’opposition des Etats-Unis, de l’Arabie saoudite, de la France (nous n’avions jamais pardonné l’assassinat de notre ambassadeur Louis Delamarre en 1981 probablement par les services secrets syriens) et d’une partie des Libanais qui pensaient le moment favorable pour se débarrasser de l’encombrante présence syrienne. Hariri prit alors la direction de l’opposition, bien décidé, poussé par les Saoudiens, les Occidentaux et quelques clans locaux, à obtenir le départ tant de Lahoud que des Syriens (dont l’armée était toujours présente dans le pays). Cela signa l’arrêt de mort de Rafic Hariri, assassiné en 2005 sur le front de mer de Beyrouth par une charge d’explosifs si puissante et placée de manière si professionnelle que la signature des services secrets syriens était probable (on n’aura, évidement, jamais aucune preuve).

Ce fut un tournant dans l’histoire du Liban. Les ennemis de la Syrie réussirent à faire voter une résolution à l’ONU exigeant le départ de l’armée syrienne (ce qu’elle fit). Mais, dans le même temps, le réalisme gagna du terrain, y compris chez nombre d’anti-Syriens traditionnels.

Ce revirement fut considérablement aidé par l’aveuglement israélien qui, en envahissant le Liban en 2006 (1191 tués par « Tsahal » et Beyrouth, à peine reconstruit, avec des destructions considérables) sous prétexte d’éradiquer le Hezbollah qui osait le défier, se mit à dos quasiment tous les Libanais, y compris chez la fraction des chrétiens qui avaient longtemps pensé que Tel-Aviv pouvait être un allié contre leur ennemis traditionnel syrien (et contre les Palestiniens, tentés de créer au Liban le pouvoir qu’ils n’avaient pas en Palestine). Dès lors, le Hezbollah sortit de l’agression israélienne en héros national et, en dépit du départ de l’armée syrienne, une quasi-unanimité fut trouvée pour accepter l’alliance de fait avec la Syrie.

Le symbole de ce revirement fut Michel Aoun. Cet ancien leader chrétien considéré comme jusqu’au-boutiste dans les guerres civiles des années 1980, ennemi juré, comme beaucoup d’autres maronites, de la Syrie, qui dut quitter le Liban en 1990 sous protection française et vécut quinze ans en France, d’abord à Marseille (dans une grande villa sur la Corniche), puis à Paris, avant de rentrer à Beyrouth en 2005, d’abord bien décidé, après l’assassinat de Rafic Hariri, à se débarrasser une fois pour toutes des Syriens. Mais, en 2006, après l’invasion israélienne, revirement total : Aoun se réconcilie avec le Hezbollah et la Syrie de Bachar.  En octobre 2006, il est élu président de la république, concrétisant de façon spectaculaire l’entrée du Liban dans l’ « arc chiite ».

4/ Saad Hariri est le fils de Rafic Hariri. Il est né en 1970 à Riyad, où son père résidait (cf supra). Il a la double nationalité libanaise et saoudienne. Comme son père, il combine les affaires (Arabie saoudite, Liban mais aussi France) et la politique. Mais sa position n’a jamais été aussi solide que celle de son père, dont il ne semble pas avoir hérité de toutes les qualités (son père s’était fait tout seul ; lui, est surtout un « fils de » dont le principal titre de gloire est d’être à la tête d’un magot).

Il dirige d’abord la majorité parlementaire du Liban à la suite de l’assassinat de son père. En 2006, le réalisme le conduit à mettre de côté ses rancœurs contre Aoun et la Syrie et il devient premier ministre en 2009. Son gouvernement vole en éclats en 2011 ; on lui reproche d’être inféodé à l’Arabie Saoudite et de soutenir de façon inconsidérée ce pays, même lorsqu’il se prononce en faveur de sanctions contre le Liban (sous l’impulsion des Américains qui considèrent désormais la Syrie comme un ennemi).

En décembre 2016, Saad Hariri est de nouveau appelé au gouvernement. Entre temps son attitude envers l’Arabie saoudite avait quelque peu changé. Il est moins en cours auprès du nouveau roi, Salman, que de son prédécesseur. De plus, ses sociétés sont dans une passe difficile. Il préfère en conséquence se rapprocher de la majorité libanaise, bien davantage pro-iranienne et pro-syrienne que pro-saoudienne et pro-occidentale.  

Cela nous conduit aux péripéties rocambolesques de ces derniers jours sur lesquelles je n’ai pas davantage d’information que les autres auditeurs de BFM ou de France-Info. Mais je peux imaginer ce qui s’est passé sans trop de risque, je crois, de me tromper.

 Le 4 novembre, il y a donc deux semaines, Saad Hariri annonce depuis Ryad, où il avait « disparu » depuis plusieurs jours sans donner de nouvelles (un chef de gouvernement dont on perd la trace, ce n’est pas banal !), dans un discours empreint de mystères (sans doute intentionnels), s’en prend à l’Iran et au Hezbollah et annonce qu’il démissionne de son poste de chef de gouvernement sans donner de date de retour à Beyrouth. On soupçonne évidement fortement au Liban et ailleurs qu’il est retenu contre son grès et contraint de lire un discours préparé par d’autres.

Le 11 novembre, le président français Macron est à Abou Dhabi pour inaugurer l’annexe du musée du Louvre. Au retour, il effectue une brève escale non programmée à l’aéroport de Riyad où il rencontre brièvement, hors protocole, le prince héritier Mohammed ben Salman (promu seulement  en juin 2017 par le roi Salman, lui-même roi que depuis 2015) qui est en train de prendre le leadership à Riyad (avec l’aval du roi ou sans son aval, ce qui serait une sorte de révolution palais ? Le jeune prince (30 ans) veut faire le ménage dans le royaume en écartant les « corrompus » (il se peut que ce ne soit qu’un prétexte), en tout cas tous ceux qui pourraient lui faire de l’ombre.

Saad Hariri fait-il partie, en tant que Saoudien, de la charrette ou faut-il voir dans sa « démission » un épisode de la guerre entre Riyad et Téhéran ?

Autre question : Macron veut-t-il « sauver » Saad Hariri pour faire un « coup » politique à usage interne (« signe » que la France, après l’effacement de Hollande, est de nouveau aux premiers rôles) et, accessoirement, pour faire remonter le crédit gaulois, quelque peu entamé du fait de son parti-pris anti-syrien, à Beyrouth ?

Ou, au contraire, le prince héritier (ou son roi) s’étant aperçu qu’il était allé trop loin en retenant prisonnier certes un compatriote mais aussi le chef de gouvernement d’un pays membre de l’ONU, a-t-il voulu sortir d’une impasse ? Dans ce cas, en demandant à l’ « ami » français (qui n’a rien à lui refuser tant les contrats de vente d’armement sont juteux à Riyad) de l’aider à se débarrasser d’un « hôte » encombrant, on règle sans frais un imbroglio diplomatique sans perdre la face (tout en faisant passer le message à Beyrouth que Riyad est prêt à utiliser le bâton avec des Libanais, y compris sunnites, trop complaisants avec les « hérétiques » chiites).     

Je crains de devoir pencher pour la deuxième possibilité car l’ « ami » Hariri, ce n’est pas vraiment un cadeau pour la France.

Il traine en effet quelques casseroles à Paris même. L’une de ses sociétés, « Saudi Oger », fondée par son père, spécialisée dans le BTP, est en difficulté depuis 2013 et elle a été déclarée en faillite en juin 2017 avec licenciement sans indemnité (et après plusieurs mois de salaires impayés) de 20 000 salariés. 260 salariés de cette entreprise en France ont saisi la justice ; il est en outre reproché à cette entreprise, toujours sur le territoire français, des arriérés de cotisations sociales et divers actes d’abus de confiance. A l’été 2017, notre ambassadeur à Riyad avait fait une démarche pour attirer l’attention des autorités saoudiennes sur cette société.      

On peut penser que lorsque Saad Hariri sera en France, « à l’invitation du président Macron », nos médias s’intéresseront un peu plus à l’homme et à ses « affaires ». Cela pourrait éclabousser quelques personnes en France, y compris sans doute l’ancien président Chirac.

Quant à l’ingérence évidente du royaume wahhabite de Riyad dans les affaires libanaises et à son comportement de pirate, en dépit du « libéralisme », vanté depuis quelques semaines par nos médias complaisants, du prince héritier qui a pris la décision « révolutionnaire » d’autoriser les femmes à conduire des voitures (à condition qu’elles aient l’autorisation écrite de leur mari ou tuteur de passer le permis et de conduire !), cela confirme ce qu’est le régime de Riyad, un anachronisme barbare.

La morale de cette histoire (mais y a-t-il une morale lorsque le « fric » est le moteur presque unique de la société ?) devrait être que le mélange des affaires et de la politique n’est bon ni au Liban ni ailleurs et que, lorsqu’on est un responsable politique (ou administratif ou privé) il convient de bien savoir où on met les pieds et d’éviter des liaisons dangereuses. Chirac avait des qualités mais aussi quelques défauts, dont quelques mauvaises fréquentations n’étaient pas les moindres. S’il y est encore, va-t-il continuer à se faire héberger à Paris chez les Hariri ? A sa place, si ce n’est fait, je changerais d’adresse.

Yves Barelli, 19 novembre 2017                              

                                                                                

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Published by Yves Barelli - dans Relations internationales
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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 15:13

Le référendum sur l’indépendance qui a eu lieu le 25 septembre au Kurdistan du Sud encore irakien et que tout démocrate aurait dû avoir à cœur de soutenir et d’en accepter le résultat, ce qui ne semble pas, hélas, être le cas général (et ce qui enlève toute crédibilité sur d’autres affaires à ceux qui estiment à géométrie variable le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) doit être replacé dans le contexte plus général d’une situation fort compliquée, tant au Kurdistan que dans l’ensemble du Moyen-Orient.

1/ Les Kurdes et les Arméniens ont été les grands oubliés du traité de Lausanne qui a mis fin en 1923, à la suite de la première guerre mondiale, à l’empire ottoman. Les premiers n’ont pas eu l’Etat indépendant qu’ils pouvaient espérer alors que la plupart des autres peuples autrefois dominés par le pouvoir turc ont obtenu le leur. Quant aux Arméniens, victimes du génocide de 1915, non seulement ils n’ont obtenu aucune réparation mais ils n’ont pas non plus récupéré leur territoire historique, cela, sans doute, pour une bien mauvaise raison : ne pas favoriser l’Union Soviétique, qui venait d’être formée et où les Arméniens avaient leur place (la petite Arménie soviétique, 10% de l’Arménie historique, a pu, au moins, éviter la disparition totale de cette nation chrétienne qui a joué un rôle essentiel au moyen-âge).

Pourquoi cet « oubli » de 1923 s’agissant des Kurdes ? Probablement aussi pour, comme dans le cas arménien, mieux s’opposer à l’URSS, que les pouvoirs occidentaux ont tenté, sans succès, d’anéantir avant qu’elle puisse se renforcer. Faute de la tuer, on a cherché à la contenir et à l’encercler. La création d’une Turquie forte, qui adhérera plus tard à l’OTAN, et d’un Iran et d’un Irak, que l’on souhaitait aussi forts et qui était une chasse-gardée britannique (le premier, sorte de protectorat, le second un territoire colonial voisin de la Syrie, elle, attribuée à la France).

Et tant pis pour les Kurdes, désormais partagés entre Turquie, Iran, Irak et Syrie.

La situation actuelle est l’héritière de 1923. Aujourd’hui, le Kurdes forment une nation sans Etat de 30 à 40 millions de personnes. Cette nation n’est pourtant ni turque ni arabe ni perse. La langue kurde est une langue de la famille « indo-européenne », apparentée de loin au persan mais différente de lui (les Kurdes sont les descendants des antiques Mèdes et les Iraniens des prestigieux Perses) et sans aucun rapport avec les langues turque et arabe qui ne sont pas des parlers indo-européens.

Il est vrai que les Kurdes n’avaient jamais dans le passé constitué un Etat (si ce n’est celui des Mèdes si on veut bien considérer qu’ils en sont les lointains héritiers), que c’était (et c’est encore en partie) un peuple montagnard sans beaucoup de tradition urbaine, divisé en tribus et clans rivaux et parlant une langue peu écrite (on l’écrit aujourd’hui selon les pays, avec deux alphabets, le latin ou l’arabe) et peu utilisée en dehors du cercle familial ou local, langue d’ailleurs se présentant sous des formes locales diverses.

Dans leur histoire, les Kurdes ont surtout été associés à l’empire perse. Leur langue, je l’ai dit, appartient au groupe iranien (dont le perse « farsi », langue officielle de l’Iran, est la principale mais pas la seule). Même si 80% des Kurdes sont musulmans sunnites (avec une tradition et un culte assez différent de celui des Arabes et des Turcs), même en Iran, ils ont toujours eu une culture proche des Iraniens. Ils n’en étaient pas considérés autrefois comme différents, le mot « kurde » dérivant simplement au départ d’un mot persan signifiant « nomade » (ils étaient nomades face aux Perses sédentaires mais ils n’étaient pas les seuls dans ce cas). Aujourd’hui encore, les Kurdes ont conservé une bonne part de la culture perse. Ils célèbrent par exemple le nouvel an iranien, le « Norouz », principale fête de la République Islamique d’Iran bien qu’elle soit ce qui reste de la tradition zoroastrienne, l’antique religion de la Perse préislamique.

2/ C’est sans doute la raison pour laquelle, il n’y a pas vraiment d’irrédentisme chez les 6 à 9 millions de Kurdes d’Iran (sur 80 millions d’Iraniens).

L’antagonisme avec les Arabes et les Turcs est en revanche une réalité.

En Turquie, les 12 à 15 millions de Kurdes (sur 80 millions d’habitants de la Turquie) ont été en conflit ouvert ou larvé depuis la création de la république turque d’Atatürk sur le modèle français laïque et jacobin. Comme en France, on n’y reconnait pas les langues dites « régionales ». Longtemps, le kurde y a été interdit d’emploi et on a essayé de « turquifier » les Kurdes, rompant avec la tradition ottomane de tolérance envers les nationalités.

Le conflit armé, porté par le PKK, parti laïque de gauche, dans les années 1970-80, a été violent et meurtrier.

Un compromis avait pu être trouvé dans les années 1990 en concédant aux Kurdes un certain nombre de droits culturels consistant à nommer la langue kurde (on parlait jusque-là de  « Turcs de l’Est » ou « des montagnes »), à introduire le kurde dans l’enseignement et dans les médias et à autoriser des partis politiques d’inspiration kurde.

Ce fragile compromis a hélas volé en éclat avec le pouvoir islamiste d’Erdoğan. La répression qui s’abat sur toute forme d’opposition vise aussi les Kurdes. Le conflit armé a repris. Le sud-est de la Turquie, qui constitue la partie turque d’un hypothétique Kurdistan, a replongé dans la guerre et les Kurdes d’Istanbul, nombreux, et qui font en général front commun avec les partis démocratiques laïques, sont soumis à, la même répression que les autres démocrates.

En Irak, les 5 à 7 millions de Kurdes (sur 35 millions d’Irakiens) ont été parmi les principaux opposants à Saddam Hussein (après que l’accord qu’ils avaient avec lui ait été rompu). Ils ont profité de sa chute pour s’ériger en bastion autonome dans le nord-est de l’Irak, là où ils sont  majoritaires.

La Constitution irakienne tente d’organiser ce pays qui est devenu en fait un non pays car divisé en trois « communautés » antagonistes, les Arabes chiites, majoritaires et peuplant le centre et le sud du pays, les Arabes sunnites, au centre, dans l’ouest et au nord-ouest, et les Kurdes (auxquelles s’ajoutent d’autres communautés, minoritaires, notamment les chrétiens). Le poste symbolique de président de la République est ainsi constitutionnellement attribué à un Kurde. Le gouvernement, lui, est dominé par les chiites, soutenus à la fois par l’Iran et les Etats-Unis.

Dans ce contexte, une large autonomie a été reconnue au Kurdistan irakien, espace un peu mieux organisé face à l’anarchie du reste de l’Irak, avec une complication supplémentaire, le fait que le Kurdistan ainsi dessiné ne correspond pas au Kurdistan historique, sa principale ville, Kirkuk, ayant subi un « nettoyage ethnique » de sa population kurde, remplacée par des Arabes. Cela n’est pas anecdotique, Kirkuk étant l’une des principales régions d’extraction du pétrole en Irak.

L’émergence de Daesh en 2015 a changé la donne. Le groupe terroriste du soit disant « Etat islamique » s’est emparé de Mossoul, principale ville du nord de l’Irak, peuplée essentiellement d’Arabes sunnites, favorables, au moins au début, à Daesh, et dont on ne sait pas trop quelle place ils auront en Irak, maintenant qu’ils sont « libérés ».   

Il y a aujourd’hui une concurrence entre l’Etat irakien, appuyé sur les milices chiites, et les combattants kurdes (les « Peshmergas »), formés et appuyés par les Américains (qui soutiennent aussi l’armée régulière irakienne, mais pas les milices chiites, d’obédience iranienne), pour « libérer » le nord de l’Irak. Les deux sont présents à Mossoul et Kirkuk est aux mains des Kurdes.

Dans le pays voisin, la Syrie, c’est aussi compliqué. Là, on a l’armée légale du gouvernement syrien de Bachar-el-Assad, qui est en concurrence avec quelques milices arabes sunnites et surtout les Peshmergas kurdes, soutenus par les Américains, pour libérer la partie du pays dont s’était emparé Daesh. Les Kurdes syriens ne sont que 2 à 3 millions (ils se sont longtemps accommodés du pouvoir laïque syrien) mais ils occupent une zone stratégique, tout en longueur le long de la frontière turque, allant de la Méditerranée à l’Irak (ils ont fait la jonction avec les Kurdes d’Irak).

3/ Le vieil adage, utilisé aussi en mathématiques, selon lequel les « amis de mes amis sont mes amis » et « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » ne s’applique pas au Moyen-Orient où, pour comprendre la situation, il faut savoir que tout le monde peut être à la fois ou alternativement ami ou ennemi de tout le monde et, lorsqu’on désigne un ennemis, souvent on collabore avec lui, tandis qu’on peut faire une guerre à peine cachée à ceux qu’on proclame être ses amis.

Essayons (pas facile) de faire le point sur les amitiés et les inimitiés plus ou moins affichées :

a/ Le pouvoir turc d’Erdoğan est résolu à ne rien concéder à « ses » Kurdes. Il ne veut pas non plus d’un Etat kurde indépendant à ses frontières. C’est pourquoi, il combat (au départ en complicité avec Daesh) les Kurdes de Syrie et a fait savoir aux Kurdes d’Irak qu’il ne voulait pas de leur indépendance.

b/ Mais, dans le même temps, la Turquie coopère étroitement avec les autorités du Kurdistan irakien. C’est par la Turquie que ce dernier fait son commerce (fort trafic de camions entre les deux) et c’est par la Turquie qu’il exporte son pétrole : 550 000 barils transitent chaque jour par l’oléoduc turc qui aboutit à Ceyhan sur la Méditerranée. Ce pétrole est théoriquement irakien, en fait kurde.

c/ 30 000 militaires américains ou « conseillers » sont en Irak où ils aident et ils coopèrent avec l’armée irakienne. Dans le même temps, des « conseillers » iraniens et un nombre indéterminé de militaires font la même chose, en apportant une aide encore plus directe aux milices chiites qui marchent de concert avec l’armée irakienne.

Le gouvernement irakien, dominé par les chiites, a des relations étroites avec le gouvernement iranien, mais aussi avec celui de Bachar-el-Assad, tous faisant partie de ce qu’on appelle l’ « arc chiite ».

Il ne vous a pas échappé que les Etats-Unis continuent de considérer l’Iran et la Syrie légale comme des ennemis, ce qui n’empêche pas une conjonction de fait sur le terrain.

d/ En Syrie, les Américains se battent en principe contre Daesh en s’appuyant au sol sur les Peshmergas kurdes mais aussi sur des milices formées d’islamistes soit disant modérés qui ont retourné leur veste au bon moment.

Dans le même temps, ils continuent à soutenir ces islamistes contre le « régime », comme disent nos médias qui, lui-même, se bat contre Daesh.

Quant aux Kurdes de Syrie, ils sont contre Daesh et évitent de s’affronter avec le « régime ».

e/ La Turquie est un membre de l’OTAN en principe allié des Etats-Unis. Mais, comme on l’a vu plus haut, elle combat les Kurdes de Turquie et ceux de Syrie, bien que c’est sur ces derniers que les Américains s’appuient pour combattre Daesh.

La Turquie islamiste, qui a longtemps collaboré de fait avec Daesh, s’est enfin résolue à rejoindre la « coalition » dirigée par les Etats-Unis. Mais, le moins qu’on puisse dire, est qu’elle n’y est pas active.

f/ La Russie soutient activement le gouvernement syrien et il y a une coordination plus ou moins occulte avec les Américains dans la guerre contre Daesh (ne serait-ce que pour éviter que leurs bombardiers entrent en collision). Ils ont également de bonnes relations avec les Kurdes d’Irak auquel ils achètent du pétrole. Leurs relations ont désormais été normalisées avec la Turquie, cette dernière jouant de cette relation vis-à-vis des Etats-Unis, qu’ils pourraient lâcher au profit des Russes si les Américains e montraient trop bienveillants envers les Kurdes.

g/ Israël ménage de fait Bachar-el-Assad car c’est une garantie de stabilité, la création d’un Etat islamiste en Syrie étant le pire scénario pour Tel-Aviv. Il n’empêche que, dans le même temps, Israël considère que l’Iran est son pire ennemi et, peut-être, attend-il l’occasion pour entrer en guerre contre lui. Dans ce contexte, tout ce qui peut affaiblir les alliés de l’Iran est bon à prendre. C’est pourquoi, Israël soutient l’indépendance du Kurdistan irakien, ce qui affaiblirait les chiites au pouvoir à Bagdad.

h/ Les monarchies du Golfe sont partiellement sur la ligne de la Turquie. Après avoir soutenu Daesh, elles considèrent qu’il faut en finir avec cet Etat « islamique », qui peut aussi s’attaquer à elles à l’occasion. Mais, comme Israël, les monarchies sunnites du Golfe (d’ailleurs divisées, l’Arabie Saoudite et le Qatar étant au bord de la guerre) considèrent que l’Iran chiite est leur principal ennemi. Elles sont en outre hostiles aux Kurdes par nationalisme arabe.

g/ Venons-en maintenant aux Kurdes. Il serait totalement erroné de penser qu’ils forment un front commun uni.

Il y a deux partis rivaux au Kurdistan irakien, celui du PDK (Parti Démocratique du Kurdistan), dirigé par l’actuel président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, et celui de l’UPK (Union Patriotique du Kurdistan) de Jalal Talabani, qui a été président de la République de l’Irak fédéral (un autre de son parti a pris sa succession) par compensation de la part du PDK qui dirige le gouvernement kurde installé à Erbil, capitale du Kurdistan irakien.

Ces deux partis sont issus de la scission en 1975 du front commun kurde. Ils se sont fait la guerre (de nombreux morts) entre 1994 et 1996. Le conflit s’est terminé par l’expulsion d’Erbil de l’UPK par les troupes de Barzani et celles de l’Etat irakien. L’UPK est repliée sur le sud-est du Kurdistan, à la frontière de l’Iran.

L’opposition entre les deux composantes du mouvement kurde irakien est loin d’être terminée, même s’il y a cohabitation.

Les deux partis s’appuient chacun sur des fiefs traditionnels qui correspondent à des clans ou tribus historiquement antagonistes (c’est souvent le cas chez les peuples sans Etat ; on retrouve ce même genre de clivage par exemple en Algérie, en Kabylie) dirigés par de veilles familles disposant de clientèles multiples.

Les Barzani sont des leaders charismatiques depuis toujours. Le père de Massoud a animé longtemps la résistance kurde. On peut les considérer comme des conservateurs.

Talabani et l’UPK sont davantage marqués à gauche. L’UPK étant d’ailleurs membre de l’Internationale Socialiste. L’UPK est en meilleurs termes avec le PKK turc que le PDK.

L’affairisme qui règne à Erbil, en plein boom économique depuis la création d’un pouvoir local assurant une relative stabilité et sécurité (en tout cas bien plus qu’ailleurs en Irak) s’est accompagné, comme c’est hélas la règle quasiment partout dans la région, de corruption et népotisme. Massoud Barzani, qui a succédé en 1979 à son père Mustafa, artisan du combat kurde depuis 1946 (combat lui-même compliqué, d’abord avec l’URSS contre le pouvoir pro-américain de Bagdad, puis avec Saddam Hussein, avant de se retourner contre lui), dont il n’a pas le charisme, est contesté dans son propre parti pour avoir accaparé une part un peu trop grande de la richesse du territoire.

L’objectif de redorer son blason aux yeux de son peuple et sur la scène internationale n’est pas étranger à l’organisation du référendum d’indépendance du 25 septembre, largement soutenu par tous les secteurs de l’opinion kurde, y compris l’UPK.

XXX

Le référendum, où le oui l’a très largement emporté comme prévu, ne débouchera pas tout de suite sur la proclamation de l’indépendance. Ce n’est sans doute qu’une étape dans le processus et un outil pour renforcer le pouvoir kurde.

Dans l’immédiat, c’est surtout la lutte entre Arabes irakiens et Kurdes pour le contrôle de Kirkuk et du nord de l’Irak qui constitue l’enjeu principal.

Il ne faut pas prendre pour argent comptant toute les déclarations des uns et des autres. Elles ne seront pas nécessairement suivies d’effets.

Comme disait le général de Gaulle, il faut se garder d’aller vers l’Orient compliqué avec des idées trop simples.

Yves Barelli, 30 septembre 2017

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 11:58

Les médias occidentaux commencent enfin à réaliser (il vaut mieux tard que jamais) que la Corée du Nord a une réelle capacité nucléaire, que le pays est plus solide que ce qui avait été dit et que Kim Jong-Un n’est pas fou. On s’aperçoit aussi que les moyens pourtant colossaux  de l’hyperpuissance américaine s’avèrent insuffisants pour contrer un aussi petit pays, à partir du moment où il dispose de la dissuasion absolue, celle de l’arme nucléaire. Cela donne à réfléchir, et probablement à réviser quelques idées reçues, sur la Corée du Nord mais aussi ailleurs dans le monde.  

1/ Depuis que la Corée du Nord s’est engagée dans son programme nucléaire, il y a une quinzaine d’années, elle a fait d’énormes progrès. Ils surprennent non seulement les observateurs, mais, semble-t-il aussi, les services de renseignements qui ne croyaient pas, il y encore peu, que ce pays serait capable de lancer des missiles balistiques (c’est-à-dire à longue portée avec une trajectoire dans l’espace) et qu’il aurait, dans un proche avenir, la capacité de placer dans ses fusées des charges nucléaires (elles doivent être suffisamment miniaturisées pour être transportables). Le récent lancement réussi d’une fusée qui a survolé le Japon et celui, attendu, d’une autre dans les parages de l’île américaine de Guam le prouvent.

2/ La Corée du Nord n’a que 25 millions d’habitants, une économie liliputienne en termes de PIB (il y a néanmoins lieu de se méfier des statistiques, les économies des pays communistes ayant toujours été très nettement sous-évaluées dans les statistiques, pas seulement par à priori idéologique, mais aussi, tout simplement, parce que les systèmes et les méthodes de calculs étant radicalement différents, il y a un biais systématique).

La Corée du Nord étant un pays très fermé, il est difficile de connaitre la réalité de l’économie et du niveau de vie, d’éducation et d’information de sa population. L’idée la plus communément répandue était que l’économie était rudimentaire, le niveau technologique bas et que la population, affamée, ne suivait le régime que par la terreur.

Sans tomber dans l’excès contraire qui consisterait à trop enjoliver la situation, il y a lieu de réviser drastiquement ces idées reçues. Les témoignages d’observateurs objectifs (à côté des stipendiés pour dénigrer, la plupart, ou pour encenser, quelques-uns, on entend parfois des descriptions de la réalité nord-coréenne qui me rappelle ce que j’ai personnellement vécu dans les pays communistes d’Europe : pas le paradis, certes, mais beaucoup mieux que ce qu’on en disait). S’agissant de l’URSS, de Cuba ou de la Corée du Nord, les médias ont l’art de transformer un cas particulier en généralité. Ainsi de la famine qui toucha la Corée du Nord pendant deux ou trois ans dans les années 1990 et qu’on continue à nous servir comme s’il s’agissait d’une constante. Comme si, décrivant les Etats-Unis, on en était resté aux queues de gens faméliques devant les soupes populaires pendant la grande crise des années 1930.

N’ayant jamais mis les pieds à Pyong Yang (j’aimerais y aller un jour), je n’ai aucun témoignage de première main sur la Corée du Nord. Je me contente de deux remarques.

La première dictée par mon expérience personnelle des anciens pays communistes. A titre d’exemple, je vous livre une anecdote : je suis allé pour la première fois à Berlin-Est quand j’étais étudiant (il y a donc longtemps !); j’avais alors bénéficié d’un voyage quasi-gratuit financé par l’Union européenne (qui a toujours financé une propagande basique payée par nos impôts). Logé à Berlin-Ouest (juste à côté du « mur », évidemment), on avait eu droit à une présentation, « objective », bien sûr, de la réalité est-allemande qui était proche de l’apocalypse. Connaissant déjà bien la Tchécoslovaquie voisine, j’étais plutôt sceptique. Avec d’autres étudiants, nous sommes allés le lendemain à l’Est (on passait le mur en métro, l’une des stations servant de poste-frontière). Mes camarades furent étonnés de constater que les pays communistes, ce n’était pas ce qu’on leur avait dit (en gros, rien dans les magasins et des gens terrorisés et muets puisque, n’est-ce pas, il y avait des policiers en civil derrière chaque arbre). Quand on constate que dans les sondages actuels, une forte proportion des anciens citoyens de RDA regrettent le communisme et que ce sentiment est partagé par les Tchèques ou les Russes par exemple, cela ne peut que me rendre méfiant par rapport au « goulag » nord-coréen tel qu’on le décrit. Il est peut-être vrai ; mais il se pourrait aussi qu’il ne soit que le fruit de la propagande de « notre » système.

Ma deuxième réflexion est dictée par le bon sens. Si la situation nord-coréenne était aussi terrible qu’on le dit, comment ce pays, isolé (avec quelques liens économiques avec la Chine mais pas aidée par elle) et avec une population dont on nous dit qu’elle rêve massivement de fuir en Corée du Sud, a-t-il pu parvenir à se doter des moyens de construire des fusées et des bombes atomiques ? Je veux bien croire qu’on ait mis le « paquet » sur le programme nucléaire, mais il a quand fallu avoir les ingénieurs, les savants, la technologie, un système performant d’enseignement, de formation et de recherche pour y parvenir. Il a fallu aussi un minimum d’adhésion de la population. f Un pays dans le chaos où les gens ne travaillent que sous la contrainte ne pourrait sans doute pas y réussir.

3/ Pourquoi la Corée du Nord a-t-elle cherché à tout prix à se doter de l’arme nucléaire ? Pourquoi nargue-t-elle la plus grande puissance que la terre ait jamais portée, les Etats-Unis ? Est-ce parce que son président Kim Jong-Un est fou, comme nos médias et certains de nos politiciens le disent ?

Certainement pas. Quand on veut combattre un adversaire, dire qu’il est fou peut calmer quelques « gogos » naïfs (c’est, par exemple, ce qu’on tente de nous faire croire s’agissant de nombre de terroristes islamistes : les musulmans nous attaqueraient parce qu’ils relèveraient de la psychiatrie !). Mais il est plus intelligent de se demander pourquoi cet adversaire agit ainsi. On découvre alors qu’il y a une logique (c’est vrai pour la Corée du Nord comme pour l’islamo-fascisme).  

Et pour un raisonnement intelligent, cela ne fait de mal d’éviter les jugements manichéens, du genre d’un côté un dictateur fou, méchant et agressif, de l’autre les gentilles démocraties dont l’objectif, évidement, est le bonheur de l’humanité.

Alors, si on veut bien se mettre à la place, quelques instants, de l’ « adversaire », que remarque-t-on ? Qu’il y a une grande puissance, les Etats-Unis, qui entend dominer le monde et imposer son ordre partout, notamment en Extrême-Orient, que cette grande puissance ne s’embarrasse pas du droit international lorsqu’elle veut agir (ce qu’elle fit en Irak et dans une vingtaine d’autres pays depuis la seconde guerre mondiale), que cette grande puissance entretient 50 000 soldats au Japon, 40 000 en Corée du Sud, qu’elle a des bases militaires un peu partout et notamment dans l’île de Guam, proche de la région, et que cette grande puissance est toujours en guerre avec la Corée du Nord (la guerre de Corée s’est terminée en 1953 par un armistice et non par un traité de paix). Cet « adversaire » ajoute qu’il est persuadé que si la Corée du Nord n’avait pas la dissuasion nucléaire, les Américains l’aurait envahie depuis longtemps, ou au moins y aurait mené des « frappes », comme ils savent le faire ailleurs (la Chine et la Russie réagiraient probablement à une invasion, mais sans doute pas à des frappes limitées : cf, par exemple, la Syrie).

Dans ces conditions, force est de reconnaitre que le programme nucléaire nord-coréen, loin d’être une folie d’un dictateur parano, est en fait une assurance tous risques.      

4/ C’est pourquoi je ne crois pas que Trump mènera la moindre action militaire contre la Corée du Nord. C’est le miracle de la dissuasion ; en cas de guerre avec les Etats-Unis, la Corée du Nord serait anéantie en quelques heures. Mais, avant de succomber, elle aurait le temps de larguer une bombe atomique, peut-être sur Guam, à coup sûr sur Séoul ou Tokyo. Dans un rapport de force, ce n’est pas le nombre de têtes nucléaires qui compte : il suffit d’en avoir une seule. Sauf dérapage, le président américain ne prendra pas ce risque. Qu’on ne se fie pas à ses rodomontades. Il a des conseillers derrière et on peut penser qu’il n’est pas plus fou que Kim Jong-Un.

Je crois plus probable qu’il tentera de mener une guerre cybernétique (les attaques informatiques sont sans doute déjà en cours et peuvent expliquer quelques essais balistiques ratés, peut-être corrigés actuellement, avant que les Américains ne perfectionnent encore leurs moyens), comme ils s’y étaient employés avec succès (et avec l’aide des Israéliens) avant que l’Iran signe l’accord mettant fin à son programme nucléaire militaire (programme qu’ils reprendront sans doute si Trump dénonce cet accord). Mais même l’arme cybernétique n’est pas sans risque. De l’autre côté, sans avoir recours à la bombe atomique, on peut utiliser par exemple l’arme chimique ou bactériologique : c’est l’arme du pauvre, d’autant plus facile à utiliser que nous sommes des pays « ouverts » où l’on circule facilement sans trop se faire repérer, contrairement à la Corée du Nord.

5/ Quels sont les rapports de force en Corée et autour?

Les Américains sont fortement présents militairement (pas seulement) au Japon, en Corée du Sud, aux Philippines, en Thaïlande, dans le Pacifique, etc. Cette implantation inquiète Pékin et Moscou. La Chine n’a pas une grande sympathie pour la Corée du Nord (à ses yeux imprévisible et incontrôlable ; elle est en outre contre la dissémination nucléaire) mais elle ne lâchera pas son gouvernement car un effondrement nord-coréen modifierait le rapport de force stratégique en amenant militairement les Américains directement sur sa frontière (longue frontière terrestre sino-nord-coréenne) comme cela s’est fait en 1991 quand l’OTAN s’est étendu à l’Est, y compris dans les républiques baltes, anciennement soviétiques, en profitant de l’affaiblissement momentané de la Russie. Cette dernière, forte de son expérience, a les mêmes craintes que la Chine et réagirait de la même façon.

On peut attendre de Pékin et de Moscou qu’ils fassent pression sur Pyong-Yang pour rester mesuré et ne pas s’engager dans des opérations aux conséquences incalculables. C’est pour faire pression que ces deux pays ont voté des sanctions contre la Corée du Nord au CSNU cet été (ces sanctions sont surtout symboliques car le commerce transfrontalier informel sino-nord-coréen est intense).

Le Japon et la Corée du Sud essaient, pour leur part, d’inciter leur encombrant allié américain de ne pas succomber à la tentation de vouloir « corriger » la Corée du Nord.

Comment tout cela finira-t-il ?

La Corée du Nord n’est qu’un élément de la situation dans la zone Asie-Pacifique. La Chine est en train de monter fortement en puissance (elle est encore loin de la puissance militaire américaine, mais là aussi, il y a la dissuasion). Elle ne pourra encore tolérer longtemps que les Etats-Unis prétendent régner en mer de Chine. Il y aura certainement un jour un partage du monde : si les Etats-Unis ont vocation à régner sur le continent américain et l’Europe occidentale, à terme, ce sera le cas de la Chine en Asie et dans le Pacifique occidental.

C’est comme dans le jeu de go entre deux joueurs de force comparable : quand on se renforce dans un territoire, on cède du terrain là où on est potentiellement faible. Qu’ils l’acceptent ou non, les Américains sont potentiellement faibles en mer de Chine. Le jour où les Japonais et les Sud-Coréens s’en apercevront, ils chercheront à s’entendre avec les Chinois et les Américains seront hors-jeu. Dans la stratégie de tension de Pyong-Yang avec Washington et Séoul, il y a la recherche de la signature d’un traité de paix, consacrant la reconnaissance du régime communiste du nord, préalable à une réunification ultérieure de la Corée sur des bases radicalement différentes de ce que souhaitent les Etats-Unis (une simple annexion du Nord par le Sud).     

On peut espérer que les dirigeants américains accepteront cette évolution inéluctable. Il vaut mieux qu’un partage des zones d’influences vienne par l’acceptation partagée que par la guerre. Si Napoléon et Hitler avaient été raisonnables, ils n’auraient jamais envahi la Russie. Espérons que les Américains le seront et qu’ils renonceront à leur folle prétention de gouverner le monde, Asie et Europe Orientale comprises.

6/ Au-delà du cas coréen, il y aurait, je crois, des leçons plus générales à tirer.

Les relations internationales n’ont que faire des sentiments, sincères ou, comme c’est le cas le plus fréquent, hypocrites.

Mener un combat contre le « régime » nord-coréen au nom des droits de l’homme n’a aucun sens lorsque ceux qui le mènent entretiennent des relations plus qu’amicales avec les pires régimes en matière de droits de l’homme (Franco ou Pinochet hier, le wahhabisme saoudien aujourd’hui).

Prétendre interdire aux autres de posséder l’arme nucléaire lorsqu’on est soi-même une puissance nucléaire, c’est vouloir perpétuer un privilège. Il n’est pas étonnant que certains contestent ce privilège.

Les cinq membres du « club » nucléaire d’autrefois, en même temps les cinq membres permanents avec droit de véto du Conseil de Sécurité, se sont entendus en 1968 pour signer le traité de non-prolifération nucléaire (traité « TNP ») et geler les arsenaux nucléaires. L’idée était bonne et le TNP a été une avancée. Mais cela était du temps de la « guerre froide » entre Etats-Unis, URSS et leurs alliés respectifs. Les autres n’avaient pas besoin de se doter de la bombe atomique car chacun était sous la protection d’un puissant allié.

Aujourd’hui, la situation est différente. Nous sommes dans un monde multipolaire. Si les Etats-Unis continuent à régner sur un nombre considérable d’alliés ou de satellites, en face il n’y a que des puissances, grandes, moyennes et petites, le plus souvent isolées. L’expérience a montré que les Etats-Unis n’hésitaient pas à s’attaquer à des petits pays réfractaires à leur domination, du moment que ceux-ci n’avaient ni la protection russe (affaiblie et quasiment hors-jeu pendant une génération, celle de Yeltsine), ni la dissuasion nucléaire.

C’est pourquoi certains pays qui en avaient la capacité se sont dotés de l’arme nucléaire, concrètement Israël (jamais avouée mais avérée), l’Inde, le Pakistan et, récemment, la Corée du Nord. D’autres ont tenté de l’acquérir mais y ont renoncé, plus ou moins provisoirement, cas de l’Iran.

Devenir une puissance nucléaire est certes un défi car cela est en contradiction avec la « loi » internationale (le traité TNP l’interdit) et surtout celle des Etats-Unis, autoproclamés « gendarmes » du monde. Pour Israël, cela n’a posé aucun problème car, allié « stratégique » de Washington, Tel-Aviv a eu non seulement son feu vert mais son aide technique (ce qui, soit dit en passant, enlève toute crédibilité aux Etats-Unis lorsqu’ils prétendent l’interdire à d’autres). Pour l‘Inde et le Pakistan, cela a entrainé la « mauvaise humeur » de la « communauté internationale » (on s’est abstenu de gestes trop voyants d’amitié) ; elle n’a durée que quelques mois et on est revenu au « business as usual ». C’est un peu comme une guerre commerciale : au début, on essaie de tuer la concurrence, ensuite on s’en accommode.  

Par contre, dans le cas de l’Iran, cela été plus dur : attaques cybernétiques, assassinats de techniciens travaillant sur le programme nucléaire, embargo économique. Finalement, l’Iran a préféré renoncer. Trop d’inconvénients. On peut penser que d’autres pays rêvent de posséder eux aussi la bombe, protection absolue, mais aussi signe de grande puissance. A titre d’exemple, le Brésil assoirait définitivement sa suprématie en Amérique latine avec la bombe atomique. Il a préféré y renoncer. Idem pour l’Afrique du Sud sur le continent noir. Le Japon serait « sanctuarisé » avec la bombe, mais, pour des raisons internes (son opinion publique après Hiroshima et Nagasaki) et externes, il y a renoncé, au moins pour le moment. 

Le TNP a donc montré son efficacité en limitant la prolifération à une poignée de pays alors que, économiquement, financièrement et technologiquement, une bonne trentaine pourrait se doter de la bombe et des vecteurs pour la porter (c’est déjà le cas, s’agissant des vecteurs, pour le Japon).

Mais on ne pourra faire l’économie d’un système plus complet de sécurité internationale. Tant que les Etats-Unis seront une menace pour ses adversaires, tant qu’Israël entendra dominer le Moyen-Orient par la force (il n’attend qu’on prétexte pour s’attaquer à l’Iran, ce qui justifie pleinement le désir de se pays de ses doter du seul moyen dissuasif de se défendre), on ne pourra prétendre empêcher des pays qui en ont les moyens et la volonté de se doter de l’arme nucléaire.

Et de quel droit moral voudrions-nous les en empêcher ? Lorsque le général de Gaulle a doté la France de la bombe, c’était pour dissuader tout agresseur éventuel de nous attaquer, pas pour conquérir le monde. Cela a été efficace pour la France et ça l’est pour la Corée du Nord. Ce pourrait l’être pour d’autres.

Finalement, la bombe atomique est une arme terrifiante de destruction massive. Elle se révèle aussi une arme de paix en sanctuarisant des territoires, donc en les écartant de la guerre.

Le dire va évidemment à l’encontre du « politiquement correct » qui préfère parler de « folie » du dirigeant nord-coréen que de regarder la réalité en face. Mais il faut savoir aller à l’encontre de ce « politiquement correct » si on veut regarder le monde comme il est et non comme on essaie de nous le présenter.  

A méditer.

Yves Barelli, 30 août 2017                                         

                               

 

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 18:22

L’Arabie saoudite et le Qatar sont tous deux des monarchies arabes wahhabites (l’« école » musulmane la plus rigoriste et la plus archaïque, ce qui n’empêche pas le Qatar de se donner un verni moderniste qui ne fait illusion que sur ceux qui ne le connaissent pas ou qui, pris par un jeu d’intérêts économiques, comme le France, font semblant de ne pas voir la réalité ; l’Arabie saoudite, elle, ne s’embarrasse pas d’hypocrisie et applique la charia dans toute sa bestialité). On pourrait penser que cela en fait des amis et des complices. Ce n’est pas le cas : le Qatar est comparable à la grenouille de la fable ; elle veut se faire plus grosse que le bœuf, en l’occurrence son grand voisin saoudien. A force de penser qu’en achetant tout et tout le monde (par exemple la FIFA qui leur a attribué la coupe du monde de 2022) pour leur donner une puissance mondiale hors de proportion avec la très modeste taille du pays, les dirigeants du Qatar ont indisposé le régime saoudien qui attendait l’occasion pour, en l’humiliant, ramener le Qatar à la raison. Il pense l’avoir obtenue, d’où la rupture de toutes les relations, pas seulement diplomatiques mais aussi aériennes, terrestres et économiques avec Doha, entrainant dans le blocus quatre pays de la région : Egypte, Yémen, Bahreïn et Emirats Arabes Unis. Cette rupture est-elle durable ? Sans doute pas. Au Moyen-Orient, jamais rien n’est durable, sauf l’instabilité.

1/ Le prétexte avancé par Riyad est le soutien au « terrorisme ». S’il est vrai que les liens de Doha avec Daesh, par riches mécènes interposés, sont quasiment avérés, on peut en dire autant de l’Arabie saoudite. La vérité est que le wahhabisme est la base idéologique du soit disant « Etat islamique » (« Daesh »).

En fait, ce que reproche surtout le régime saoudien à la monarchie qatari, c’est, dans le passé, d’avoir soutenu la confrérie des Frères Musulmans, actifs dans la diaspora, notamment en France, et qui était au pouvoir en Egypte jusqu’à ce que le coup d’état du général Sissi la renverse en 2013 et, dans l’actualité, d’avoir conservé des relations avec l’Iran chiite, considéré par Riyad comme son ennemi le plus dangereux.

Le soutien de Doha aux Frères Musulmans n’a pas de signification idéologique particulière. Riyad et Doha sont tous deux islamistes, mais chacun, pour accroitre son influence, soutient les siens et, à l’occasion, combat ceux de l’autre. Le Qatar soutenait l’Egypte islamiste du président Morsi et l’Arabie saoudite a soutenu le coup d’état du général Sissi pour s’implanter sur les rives du Nil dans le pays le plus peuplé et le plus prestigieux du monde arabe. En s’opposant à l’islamisme au pouvoir au Caire, l’Arabie saoudite a fait coup triple : elle a écarté le Qatar de l’Egypte, elle s’y est installée à sa place et elle a donné un gage aux Américains qui, comme les autres Occidentaux, commençaient à estimer que le persistance du wahhabisme, avec son attitude pour le moins ambigüe avec les terroristes islamistes et sa violation permanente des droits de l’homme (et de la femme) les plus élémentaires, commençait à poser problème (d’autant que, avec le pétrole de schistes, les Etats-Unis ont moins besoin de celui d’Arabie saoudite).

2/ Dans sa confrontation avec l’Iran chiite, ennemi de l’islam sunnite (au pouvoir tant à Riyad qu’à Doha), l’Arabie saoudite a trouvé dans l’Amérique de Donald Trump un nouvel allié qui rompt avec le rapprochement avec Téhéran opéré par Obama.

Les motivations des uns et des autres sont évidemment différentes. Pour des raisons internes, les Etats-Unis se cherchent des ennemis, la Syrie de Bachar (alliée à l’Iran et à la Russie), la Corée du Nord et, rompant avec la normalisation entamée par Obama (mais revenant aux vieilles oppositions du temps où Khomeini traitait les Etats-Unis de « grand Satan »), l’Iran, désormais accusé, en contradiction avec la réalité, de soutenir le terrorisme (alors que la réalité est plutôt le soutien, au moins idéologique, de l’Arabie saoudite et du Qatar).

Si les Etats-Unis de Trump se montrent à nouveau hostiles à l’Iran, c’est en premier lieu pour plaire à Israël et au lobby juif de Washington, si puissant, comme on le sait, que ce sont davantage les Etats-Unis qui dépendent d’Israël que le contraire.

En second lieu, parce que le nouveau président américain estime qu’il a plus à gagner économiquement et stratégiquement d’un renforcement de sa relation avec la monarchie saoudienne plutôt que des avantages hypothétiques d’un rapprochement avec l’Iran qui risquerait de ne pas rapporter autant que ce qu’on a pu penser et qui, surtout, mécontente tant Israël que l’Arabie saoudite.

Le déplacement de Trump à Riyad le mois dernier a scellé le renforcement de l’alliance stratégique avec l’Arabie saoudite (qui existe depuis la création de ce pays au début du 20ème siècle et qui est basée sur les intérêts réciproques : d’un côté, on a le pétrole et le soutien à la politique américaine au Moyen Orient, même lorsqu’elle avantage unilatéralement Israël, pourtant oppresseur des Palestiniens arabes ; de l’autre, le soutien au régime saoudien en fermant les yeux sur le fait qu’il s’agit du régime le plus obscurantiste, le plus en contradiction avec les droits de l’homme et les valeurs du monde occidental).

Ce revirement américain est une bénédiction et un bol d’air pour le régime saoudien, fragilisé par la chute depuis trois ans du prix du baril, par la montée de la contestation interne, par les critiques internationales qui se font plus vives depuis quelques temps et par le défi représenté par le petit Qatar qui nargue effrontément la suprématie régionale de l’Arabie saoudite.

Dans sa discussion avec le président Trump, le roi Salman a certainement obtenu le feu vert (au moins implicite) américain pour l’initiative agressive qu’il vient de prendre à l’encontre de l’émir Al Thani. Les divers contrats conclus au cours du voyage, qu’on a chiffré à 300 milliards de dollars (chiffre invérifiable : dans ce genre de transaction, on gonfle souvent les montants pour un effet d’annonce), ont sans doute aidé à la compréhension du président américain.

3/ Quelles sont les modalités de la rupture et quelles en seront les conséquences ?

L’Arabie saoudite et quatre autres pays arabes (Egypte, Yémen, Bahreïn et EAU) ont rompu le 5 juin leurs relations diplomatiques avec le Qatar, ont fermé leurs frontières terrestres et aériennes, interdit le survol de leur espace aérien par les avions de Qatar Airways et donné deux semaines aux ressortissants du Qatar présents sur leurs territoires pour rentrer chez eux.

Pourquoi ces quatre pays arabes et pas d’autres ?

Parce que Riyad a une forte emprise sur eux. Sur l’Egypte, évidemment, dont le budget est renfloué par Riyad (à titre d’exemple, les deux navires de guerre « Mistral » vendus par la France à l’Egypte ont été payés par Riyad). Sur Sanaa, parce que le Yémen est en guerre civile et que Riyad y a envoyé son armée pour soutenir la faction au pouvoir (Doha aussi, mais sa participation est symbolique). Sur Manama, parce que le Bahreïn est un protectorat saoudien de fait (la population, à majorité chiite, est en état permanent d’insurrection contre la monarchie sunnite et les troupes saoudiennes ont participé à la répression).

Le cas des Emirats Arabes Unis est plus curieux et on peut expliquer la décision d’Abou Dhabi par la duplicité de ce pays composé de sept émirats quasiment indépendants dont Abou Dhabi et Dubaï sont les plus puissants avec un partage des rôles : Abou Dhabi s’occupe de politique et Dubaï de commerce. Politiquement, les EAU sont contre l’Iran mais économiquement, par Dubaï, ils sont son principal partenaire commercial dans la région (tous les produits théoriquement soumis à embargo sont présents sur tous les marchés et supermarchés d’Iran en provenance de Dubaï, relié par mer et par avion à Téhéran et à la côte iranienne).

Quant aux pays qui n’ont pas rejoint l’embargo saoudien contre le Qatar, on peut citer le cas du Koweït, qui ne veut pas s’attirer l’hostilité de la majorité chiite du sud voisin de l’Irak. L’Oman est le trait d’union politique accepté par tous (Dubaï l’économique) entre les monarchies arabes et les Etats-Unis d’une part, l’Iran de l’autre. C’est par lui qu’ont eu lieu toutes les discussions qui ont abouti à l’accord nucléaire avec l’Iran.

Quelles sont les conséquences de l’action saoudienne contre le Qatar?

Militairement aucune. Les Etats-Unis sont les alliés militaires de l’Arabie saoudite mais aussi du Qatar où ils ont une base aérienne. Riyad veillera donc à ne pas aller trop loin.

Economiquement, cela peut être gênant pour le Qatar. Ce petit pays de 12 000 km2 (à peine légèrement plus grand que la Corse) et de 2 millions et demi d’habitants (dont 80% d’étrangers) peut certes paraitre vulnérable.

Il n’a qu’une frontière terrestre, avec l’Arabie saoudite, désormais fermée. Beaucoup de camions qui approvisionnaient l’émirat l’empruntaient. Les bateaux et les avions cargo devront prendre le relai. Le Qatar, qui a des réserves financières considérables, peut payer le surcoût sans problème. Il peut aussi corrompre les intermédiaires pour contourner l’embargo.

A noter que la frontière avec l’Arabie saoudite est de fait, pas de droit. Si vous avez la curiosité de regarder des atlas, vous noterez que, parfois, une frontière terrestre du Qatar avec les Emirats figure sur les cartes. D’autres fois non. L’explication est qu’il s’agit d’une petite zone littorale désertique revendiquée tant par Riyad que par Abou Dhabi. L’Arabie saoudite l’occupe et empêche donc tout contact direct entre le Qatar et les Emirats. La route qui relie Doha à Abou Dhabi passe donc par quelques kilomètres de territoire saoudien.

Depuis de nombreuses années, des ponts sont en projet entre le Qatar et Bahreïn d’une part, le territoire émirati de l’autre. Ils n’ont jamais abouti. Avec le Bahreïn, les relations ne sont pas au beau fixe : les familles au pouvoir sont cousines (les Al Khalifa), mais en froid et il y a un petit litige territorial sur des îles. Avec Abou Dhabi, un pont serait plus compliqué à construire car, trop près du littoral, il devrait traverser la mer territoriale que l’Arabie saoudite s’est auto-appropriée.

Pour le moment, le seul pont qui existe dans la région est celui qui relie Bahreïn (qui est une île, ou plutôt un archipel) à l’Arabie saoudite.

S’agissant des liaisons aériennes, l’interdiction de survol obligera les avions qatari à faire quelques détours (pour l’Europe via l’Irak sans doute), à moins que cette interdiction ne soit qu’un effet d’annonce et ne soit pas réellement appliquée. Lorsqu’on annonce au Moyen Orient des décisions, il ne faut jamais faire des plans sur la comète s’agissant de leur application.

Il est évident que les canaux de communications ne seront pas rompus. Le Qatar comme l’Arabie saoudite sont membres tous les deux du Conseil de Coopération du Golfe (ils y côtoient les EAU, le Bahreïn mais aussi le Koweït et l’Oman, qui pourront servir d’intermédiaire, en particulier ce dernier). Ils pourront aussi continuer à se parler à Washington ou à l’ONU.

4/ Ma conclusion est simple. Elle consiste en un b-a ba de la géostratégie, malheureusement oublié par ceux qui ont un appétit plus gros que leur ventre : un petit pays ne devrait jamais braver un grand voisin. Il vient toujours le moment où ce voisin montre sa force. Quand l’ours en a assez d’entendre un chien qui lui tourne autour aboyer trop fort, il arrive qu’il donne un grand coup de patte et à ce moment de deux choses l’une : ou le chien se calme, ou il se pourrait qu’il soit anéanti.

Les exemples abondent dans l’histoire et dans l’actualité de petits qui ont cru pouvoir provoquer un gros voisin. En général, ça se termine mal pour le petit. Cuba a bravé les Etats-Unis et récolté un embargo de 50 ans. La Pologne avait cru pouvoir s’emparer de la moitié de la Biélorussie en 1917, profitant d’un affaiblissement passager de la Russie ; elle le paya en 1939. L’Ukraine de Kiev brave depuis deux ans la Russie : elle a déjà perdu la Crimée, ne contrôle plus ses régions orientales et est asphyxiée économiquement par la Russie. Si les dirigeants ukrainiens actuels étaient intelligents (je crois qu’ils ne le sont pas), ils s’arrangeraient avec Poutine. S’ils ne le font pas, ils finiront par être remplacés par des politiciens plus réalistes.

Le petit Qatar a cru pouvoir agir dans le monde comme une grande puissance. Il y a mis des moyens énormes : sa diplomatie, sa télévision Al Jazirah, l’entregent de son monarque à l’apparence « éclairée » et de son épouse d’apparence moderne (non voilée), dont tous ceux qui y ont un intérêt financier (ils sont très nombreux, notamment en France) disent le plus grand bien, et surtout, son système de corruption à l’échelle mondiale (si on faisait une enquête sur les cadeaux, petits et grands, reçus par les députés actuels de l’Assemblée Nationale française (tous partis, sauf peut-être le Front National), on risquerait d’en trouver une majorité).

Se croyant tout permis, pensant qu’il suffit de corrompre pour obtenir, les Qataris en ont fait trop. L’attribution de la Coupe du Monde de foot en est l’illustration et, peut-être, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la compréhension. Monsieur Zidane, qui a touché 5 millions d’euros pour faire la promotion du Qatar, a peut-être compris qu’il avait intérêt, pour son prestige, à se concentrer désormais sur le Real. Platini, qui a voté pour le Qatar (on ne sait s’il a touché et combien mais les apparences sont contre lui), a perdu son poste de président du football européen et s’est vu barrer la route de la FIFA.

En France, on peut penser que le nouveau président sera plus prudent que Sarkozy et Hollande, « amis » du Qatar.

En tous cas, entre le Qatar et l’Arabie saoudite, les Américains ont choisi. C’est l’Arabie.

La monarchie saoudienne voulait que le Qatar rentre dans le rang, c’est-à-dire reprenne sa place de petit émirat satellite de Riyad, une sorte de principauté de Monaco dont on tolère la présence de la princesse épouse de l’émir dans les magazines people, mais pas plus. Elle va sans doute réussir.

Le gros qui dicte sa loi au petit, est-ce moral ? Mais les relations internationales n’ont rien à voir avec la morale. Ce sont des rapports de force. Et, de toute façon, je ne vais pas pleurer sur le Qatar.

Ce pays va désormais être plus prudent et plus modeste. Ce n’est pas plus mal.Quant à l’Arabie saoudite, elle continuera encore pour quelque temps à être la source d’inspiration de ceux qui veulent nous imposer une domination mondiale d’un islam de plus en plus arrogant et conquérant. Là est le problème. Le Qatar n’est qu’un épiphénomène.

Yves Barelli, 5 juin 2017

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 16:17

La décision des Etats-Unis de se retirer de l’accord de Paris sur le climat doit être évidemment déplorée. Cet accord était insuffisant, inefficace, inadapté et, pour résumer, une mauvaise réponse au problème, réel, du réchauffement climatique dû, en grande partie, aux activités humaines. On pouvait néanmoins considérer que cet accord était mieux que rien, bien que son défaut majeur était de masquer, pour des raisons politiques et idéologiques, les principales causes de la détérioration de l’équilibre écologique de la planète que sont le système économique mondialisé et la pression démographique accrue. Le recul américain est inquiétant à court terme, à moins que, et ce pourrait être son aspect positif, il impose enfin de réfléchir aux vrais problèmes.

1/ Les raisons avancées par le président Trump pour revenir sur l’accord de Paris signé par son prédécesseur sont mauvaises. Vouloir favoriser la production de charbon aux Etats-Unis pour préserver l’emploi au détriment de la protection de la planète est une politique à courte vue. Refuser de contribuer à un fonds destiné à compenser les effets du réchauffement climatique est discutable mais peut être compréhensible dans la mesure où il ne suffit pas de payer pour compenser des dégâts que le système économique mondialisé produit, mais où il vaudrait mieux supprimer la cause pour ne pas à avoir à réparer la conséquence. Mais je ne suis pas sûr que cela soit véritablement la motivation de Donald Trump. Sa motivation est sans doute plus terre à terre : faire des économies sur le budget américain, et que les autres se débrouillent !

2/ Je ne vais pas jouer à l’expert que je ne suis pas. Je me contente de réflexions que je crois dictées par le bon sens.

Le système économique mondialisé me parait marcher sur la tête. Quelle justification économique y a-t-il, autre que de vulgaires considérations purement comptables à court terme, à acheter des voitures coréennes ou japonaise lorsqu’on habite à Sochaux, à consommer des pommes néo-zélandaises en Normandie ou du raisin chilien en Languedoc et, pis encore, à acheter à Troyes des tee-shirts fabriqués par des Bangladeshis payés 10 centimes de l’heure et, partout, des objets industriels fabriqués par petits morceaux aux quatre coins de la planète (à titre d’exemple, on produit le lin en Normandie, on l’expédie en Chine pour être transformé en fibre textile d’où il est exporté ailleurs pour y être transformé en vêtement avant de retourner, souvent, en France pour y être emballé et y subir une dernière transformation lui permettant d’y coller l’étiquette « fabriqué en France ») ? Le dernier exemple, celui des machines à laver qui étaient fabriquées à Amiens pour le marché français et qui vont être délocalisées en Pologne, grâce au miracle des règles européennes, d’où elles seront importées en France pour y être vendues. Le consommateur peut y trouver son compte à court terme, mais pas le travailleur, qui perd son emploi ou doit travailler plus en gagnant moins quand il le conserve, ni le contribuable qui paye pour réparer les dégâts de la désindustrialisation, les trois étant souvent les mêmes personnes. Seuls les capitalistes y trouvent leur compte. C’est d’ailleurs pour eux qu’on a inventé l’Union européenne et l’Organisation Mondiale du Commerce.

Le plus cocasse et scandaleux est qu’on s’emploie à nous culpabiliser tous car nous serions responsables de la destruction de la planète en roulant dans une voiture diesel ou en utilisant des sacs en plastique (désormais interdits aux caisses des supermarchés – sauf si on les paye : gratuit, ça pollue, payant, pas de problème !). On oublie évidemment de nous dire qu’on nous a fortement encouragés à acheter des voitures diesel pour permettre à la famille Peugeot de s’engraisser et qu’on tente maintenant de nous faire rouler dans des Renault électriques pour permettre à Monsieur Ghosn d’encore augmenter ses stock-options. Nul doute que quand nous serons tous équipés de voitures électriques, on nous culpabilisera parce qu’on s’apercevra (en fait, on le sait mais on ne le dit pas) que la production de batteries électriques est un poison pour la planète sans doute supérieur aux méfaits du diesel.

Quant au transport de tout et de n’importe quoi d’un bout à l’autre de la terre par des bateaux super-polluants et d’un bout à l’autre du continent par des poids-lourds qui encombrent nos routes et qui nous empoisonnent, c’est une cause majeure du réchauffement climatique que les signataires de l’accord de Paris se sont bien gardés de souligner car cela irait à l’encontre des intérêts des capitalistes mondialisés et à l’encontre de cette théorie absurde en fait anti économique qui ne jure que par l’ouverture toujours accrue des frontières, alfa et oméga du dogmatisme européiste et mondialiste.

Un seul exemple (donné dans l’une des rares émissions de télévision qui ose dire les vérités plutôt que, pratique habituelle, les masquer) : chaque année il y a environ 500 bateaux de croisière qui touchent le port de Marseille. Ils utilisent, comme tous les navires qui polluent nos océans, du fuel lourd. La seule pollution de ces 500 navires dégage sur une année plus de particules nocives que l’ensemble du parc automobile de Marseille (un million d’habitants). Quand on voit que madame Hidalgo, européiste et mondialiste convaincue, essaie de culpabiliser les Parisiens qui seraient responsables de la pollution à Paris en y interdisant certaines voitures ou en imposant la circulation alternée (qui partout où elle a été institutionnalisée s’est traduite par une augmentation du parc automobile, ceux qui peuvent acheter une seconde voiture en ayant désormais deux, une paire et une impaire), on ne peut être qu’indigné (la pollution automobile, camions compris, certes un problème, n’est responsable que du quart de la pollution atmosphérique, les autres quarts étant le chauffage domestique, l’industrie et l’agriculture : on culpabilise donc les automobilistes qui, si on exclue les camions, sont responsables pour moins de 10% de la pollution, sans pour autant leur donner de véritables alternatives, les transports collectifs étant en général insuffisants).

Le système économique mondialisé est donc la première cause du réchauffement climatique. Il est évident que la solution, c’est de produire aussi près que possible du lieu où sont consommés les produits. Le protectionnisme, local et régional autant que national, va donc dans le bon sens. Il protège l’emploi mais aussi les identités (consommer ce qu’on fabrique, pas ce qu’on importe) et il protège la planète. Ceux qui persistent à défendre l’ouverture sont soit ceux qui y ont intérêt, soit, et cela est navrant, ceux qui sont aveuglés par le dogmatisme idéologique.

Il y a une deuxième cause, sans doute aussi forte, au réchauffement climatique, c’est l’explosion démographique. On trouvera sans doute assez de ressources pour nourrir encore longtemps des populations en fort accroissement. Mais à quel prix ? A celui d’une agriculture industrialisée qui n’est pas l’idéal pour la santé (c’est le moins qu’on puisse dire) mais qui empoisonne la planète. Un seul exemple, l’élevage intensif des porcs en Bretagne a déjà empoissonné la terre et les eaux de cette région.

Si vous avez un tant soit peu voyagé, vous avez constaté que la plupart des pays du tiers-monde se sont transformés en poubelles à ciel ouvert. Les agglomérations de l’Inde, de l’Amérique du Sud et, souvent, d’Afrique, sont devenues invivables. Lorsque la population augmente trop vite, les pays, surtout s’ils sont pauvres, ne peuvent suivre en matière de santé, éducation, transports, logement, traitement des ordures et tous autres équipements. Dans les pays les plus développés, la réparation des dégâts que l’on cause à la nature nous coûtera de plus en plus cher (pour le citoyen, mais, en même temps, rapportera de plus en plus aux capitalistes) mais, plus ou moins, on suivra. C’est tout simplement impossible dans le tiers-monde, y compris dans les pays dits « émergents » (c’est-à-dire à un niveau moyen de développement, cas de l’Amérique latine ou de l’Asie).

Pour des raisons démagogiques et politiques que l’on peut comprendre, la question démographique n’a absolument pas été abordée à Paris. Pour les uns parce qu’il y de gros intérêts économiques (avec sa population qui double en vingt ans, l’Afrique est devenu un « eldorado » pour tous ceux qui y ont quelque chose à vendre). Pour d’autres, il ne faut surtout pas « stigmatiser » les populations (les mêmes qui sont dans nos « quartiers »).

Mais pourra-t-on se voiler la face encore longtemps ? La réponse, hypocrite, donnée est en général que, avec le développement, la natalité va baisser. Ce n’est que partiellement vrai. Certaines religions (l’islam en particulier) sont natalistes et la baisse de la croissance démographique allant à l’encontre des intérêts économiques (à titre d’exemple, en Afrique, quasiment tout le monde, maintenant, a un smartphone et la vente de motos, en attendant celle des voitures, suit mathématiquement l’augmentation de la population), n’est pas souvent une priorité (et on peut y ajouter des raisons stratégiques : on n’a pas intérêt à être moins peuplé que le voisin, surtout si on le juge menaçant. L’exemple du Maroc et de l’Algérie est pertinent : aucun ne veut être moins peuplé que l’autre). Il y a déjà 200 millions d’habitants au Nigeria (deux fois la superficie de la France, mais avec plus d’aridité). Le double dans moins de vingt ans. A supposer que la natalité baisse drastiquement, ce sera comme un bateau lancé à pleine vitesse : il faut longtemps pour l’arrêter. Qui peut assurer honnêtement qu’un Nigeria à un milliard d’habitants sera vivable ? Cela nous promet d’autres « Boko Haram » en perspective. Et une Inde à plus de deux milliards ? La croissance économique du Sénégal est loin d’être négligeable. Pourtant le niveau de vie n’y est pas meilleur (peut-être même pire) qu’il y a vingt ans. Et c’est pareil ailleurs en Afrique.

Cela devrait nous interpeler. Mais cela n’a pas entamé le sourire de Monsieur Fabius à l’issue de la conférence de Paris où le blackout le plus complet a été fait sur la question démographique.

3/ Le concert de réactions indignées depuis hier soir est tout à fait intéressant à observer.

Comme souvent, on a une conjonction de bons sentiments et d’intérêts égoïstes même pas dissimulés.

Côté bons sentiments, les « écolos » dogmatiques, ceux qui nous culpabilisent en permanence, ceux qui jouent les « idiots utiles » pour les intérêts économiques. Evidemment, en « tapant » sur Trump, ils s‘en donnent à cœur joie. Pour eux, Trump est ce qu’on fait de pire en matière de « populisme ». Presque un Le Pen en pire : xénophobe, raciste, islamophobe, chantre du repli et, en plus, pollueur en chef de la planète ! Tous les écolos de service ont défilé hier soir sur BFM-TV, et ce n’est pas fini.

Et puis, il y a tout le ban et l’arrière ban des intérêts capitalistes mondialisés et de leurs relais politiques. A titre d’exemple, les « majors » pétroliers savent jouer sur tous les tableaux. Ils polluent la planète mais, en même temps, ils ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer de la lutte institutionnalisée contre le réchauffement climatique. Coup double : ils gagnent de l’argent en polluant et ils vont en gagner en dépolluant. Dans le premier cas, c’est payé par le consommateur et dans le second par le contribuable, que l’on taxera d’autant plus facilement qu’on aura réussi à le culpabiliser. Donc, vive la mondialisation « heureuse », l’ouverture, l’OMC et l’Union européenne. Ça permet d’engranger les profits. Et vive l’accord de Paris et ses nouveaux marchés en perspective. Et vouons aux gémonies ce Trump empêcheur de faire du business en rond avec son idée « saugrenue » de protectionnisme. Et espérons, pensent-t-ils, qu’il sera battu à la prochaine élection. Une mauvaise parenthèse se refermera.

C’est exactement ce que se disent Madame Merkel et tous ses satellites européens, le français en tête.

Le discours qu’Emmanuel Macron s’est cru obligé de faire hier soir à 21 heures, commentant la décision américaine comme s’il s’agissait d’une catastrophe nucléaire, était, à cet égard, assez pitoyable. Sur la forme assurément : notre jeune président a encore des progrès d’élocution à faire, tant en français qu’en anglais (pourtant encensés par ses journalistes courtisans). Et sur le fond. Que les dirigeants de l’Union européenne jouent aux vierges effarouchées alors que l’idéologie de l’UE est, par nature, anti-écologique, est cocasse.

L’UE a des alliés en l’occurrence. La Chine, premier pollueur mondial, directement par les rejets de particules, et indirectement car la Chine vit de la mondialisation. Quant à l’Inde, déjà bien polluée, comme les autres pays du tiers-monde, elle espérait toucher sa part du pactole du fonds décidé à Paris. Elle est donc frustrée.

En tout cas, le ton, ridicule, sur lequel les médias ont annoncé la décision de Trump, en était presque comique, tant il était disproportionné par rapport à l’évènement. Cet accord de Paris, mieux que rien, j’en conviens, était, de toute façon, mort-né. Hélas, les pollueurs continueront de polluer et, en plus, ils gagneront de l’argent en réparant une partie de leurs méfaits, et cela, avec nos impôts.

Une dernière remarque : selon les intervenants hier soir sur les chaines d’info, Trump serait « isolé ». Ils se trompent. Quand l’Amérique est seule face au monde, c’est en fait le monde qui est isolé, pas l’Amérique. Notre petit président peut la menacer. Cela ne va pas l’impressionner. Le monde est ce qu’il est, pas nécessairement ce qu’on voudrait qu’il soit. « On ne va pas rediscuter avec Washington », nous disent-ils. Eh bien, vous verrez qu’ils le feront. A moins qu’ils attendent patiemment que Trump laisse la place à un successeur. Pari hasardeux.

Ma conclusion est simple.

Et si on passait enfin aux choses sérieuses, c’est-à-dire se débarrasser d’un système économique et politique pervers, nocif et inhumain ?

On peut rêver, non ?

En attendant, les pollueurs ont un brillant avenir devant eux, et c’est nous qui paierons leurs dégâts.

Yves Barelli, 2 juin 2017

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Published by Yves Barelli - dans Relations internationales
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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 18:08

Dans l’actualité très chargée de ces derniers jours, une information est peut-être passée un peu inaperçue, celle des quelques dizaines d’anciens « tirailleurs » sénégalais reçus à l’Elysée auxquels le président de la République a solennellement conféré la nationalité française et l’annonce que quelques milliers de leurs compatriotes anciens combattants encore en vie pourraient également en bénéficier, s’ils le souhaitent. Ce n’est que justice et il était temps, mais mieux vaut tard que jamais.

On était bien en peine de trouver quelque mesure positive dans l’épouvantable bilan du quinquennat de François Hollande. En voici enfin une ! Alors que tant de nos soit disant « compatriotes » qui vivent en France et se complaisent dans un communautarisme souvent haineux à l’égard de notre pays dont ils ne partagent aucune valeur tout en bénéficiant de ses avantages matériels, il était choquant que des hommes ayant combattu pour la France soient écartés de la nationalité française (alors que d’autres, qui nous font la guerre sous les couleurs de « Daesh » en bénéficient toujours parce que la disposition du code pénal qui prévoit la déchéance de la nationalité dans un tel cas n’est pas appliquée).

1/ Les tirailleurs sénégalais étaient un corps de militaires appartenant à l’armée coloniale formé en 1867 et dissous en 1960 à l’indépendance de ce pays. D’autres ressortissants des anciennes colonies françaises ont également servi sous les couleurs françaises, tels les spahis algériens ou les tabors marocains et ont contribué à la libération de la France à la fin de la seconde guerre mondiale (lire par exemple mon article du 16 août 2014 : « commémoration du débarquement de Provence »), mais, parmi ceux originaires du sud du Sahara, les Sénégalais étaient les plus nombreux. Les autres, Maliens, Togolais, ou autres étaient souvent qualifiés eux aussi de « Sénégalais ». Le plus souvent en première ligne, ils ont payé un lourd tribut à notre liberté.

Du fait de la mesquinerie, parfois, de la République, ces anciens soldats ont longtemps touché des pensions très modestes comparées à celles des soldats français. Elles ont été réévaluées il y a quelques années. C’est bien la moindre des choses.

Mais on continuait à leur appliquer bêtement et méchamment les lois qui régissent la nationalité française. Est Français, toute personne ayant au moins un parent français, ou toute personne étant née sur le territoire français avec critères de résidence (étant entendu que le Sénégal n’est plus la France depuis 1960) ou encore toute personne bénéficiant d’une décision de naturalisation. Pour cela, il faut être conjoint de Français ou remplir un certain nombre de conditions dont les principales sont de vivre en France et d’y être intégré (il n’y a aucune automaticité et c’est tant mieux, encore que, souvent, nos autorités ne soient pas suffisamment regardantes, notamment parce qu’il n’y a pas assez de personnel en préfecture pour effectuer une enquête réellement sérieuse).

Comme les tirailleurs sénégalais, non résidant en France, n’ayant pas, sauf exception, de conjoint français et n’étant pas, sauf exception aussi, fils de Français, ils n’avaient pas droit à la nationalité française et n’étaient même pas dispensés de visas si d’aventure ils souhaitaient visiter notre pays : sans visa pour venir s’y battre en 1944 mais avec visa une fois la paix revenue (ceci en simplifiant : les visas n’ont été instaurés que dans les années 1980 ; auparavant, les Africains n’en avaient pas besoin pour venir chez nous et, soit dit en passant, il y avait moins d’immigration que maintenant pour la bonne raison que les chanceux qui obtiennent le visa préfèrent souvent rester pour ne pas risquer un refus ultérieur. Quant aux clandestins, qui bénéficient des soins gratuits et de la scolarisation gratuite de leurs enfants, ils sont en général régularisés après coup. On se demande pourquoi on encombre encore nos consulats avec les procédures de visas quand on voit que les migrants illégaux qui se disent « réfugiés » sont logés, nourris et subventionnés, alors qu’il n’y a quasiment pas chez eux de « réfugiés » au sens des conventions internationales – on est « réfugié » dans le premier pays où on trouve « refuge » en fuyant son propre pays, par exemple la Turquie, pas ceux où on va lorsqu’on poursuit ensuite sa route, par exemple ceux de l’Union européenne après avoir transité par la Turquie -.

2/ 140 000 combattants africains ont participé dans l’armée française aux combats de la seconde guerre mondiale. Vingt pour cent d’entre eux y ont péri. Ils étaient majoritaires, si l’on inclue les Pieds-Noirs venus d’Algérie, dans les troupes qui ont débarqué en Provence en 1944 et qui ont libéré Toulon et Marseille. Léopold Cedar Senghor, premier président du Sénégal et ancien ministre français, les a surnommés les « dragons noirs de l’Empire », comme les instituteurs du 19ème siècle avaient été qualifiés de « hussards de la République ».

3/ En 1960, le parlement français (sous de Gaulle, tout n’a pas été positif !) a voté la « cristallisation » des pensions des « tirailleurs » des pays devenus indépendants, c’est-à-dire que leurs droits se sont arrêtés aux « points » acquis à ce moment, de sorte que, cinquante ans après, le niveau des pensions, faibles même par rapport aux critères des rémunérations africaines, étaient dérisoires au regard des pensions françaises. Indigne de la France !

Le film « Indigènes », avec Djamel Debbouz, sorti en 2006, a attiré l’attention sur le sort des tirailleurs.

J’ai vu ce film, totalement à charge contre la France et les Français, présentés, dans la société comme dans l’armée, comme de méchants racistes. Partant d’une situation vraie (on mettait en première ligne les tirailleurs, comme, d’ailleurs, lors de la première guerre mondiale, les paysans issus des régions périphériques françaises ; des villages occitans ou bretons entiers ont été décimés), ce film a tellement forcé le trait que ce qu’il a présenté n’avait plus rien à voir avec une vérité historique, visiblement pas l’objectif de ses auteurs et des artistes pour lesquels la France ne pouvait qu’être l’ennemie (ce qui ne les a pas empêchés d’être rémunérés en grande partie sur fonds publics !). Scandaleux ! On connait la haine de la France chez cet artiste, pourtant bien vu par les bobos de gauche caviar (sans doute parce que, eux-mêmes, ont la haine de leur propre pays : les communautaristes anti-Français sont leurs héros et les patriotes, de vulgaires « fachos » !).

4/ Mais ce film a au moins eu l’effet positif (c’est vrai qu’il faut parfois choquer pour être entendu) d’inciter le parlement à décider en 2006 l’alignement des pensions des tirailleurs encore en vie sur celles de leurs camarades Français. A l’époque, on a estimé qu’il y avait de l’ordre de 80 000 de ces tirailleurs encore en vie. Tous ne se sont pas fait connaitre. On ignore combien il en reste aujourd’hui.

5/ Il est donc juste non seulement de donner des pensions dignes à ceux qui restent mais aussi de conférer la nationalité française à ceux qui le souhaitent.

La nationalité française devrait être quelque chose qui se mérite. Assez de « je remplis les critères, j’y ai droit », même lorsqu’on ne parle pas un mot de français ou lorsqu’on prétend vivre chez nous comme on vit au « bled » ou en Arabie saoudite.

J’ai eu à traiter en poste à l’étranger des « Français » qui n’avaient jamais mis les pieds en France, qui ne parlaient pas français et qui étaient Français parce que leurs parents, grands-parents ou arrière grands-parents l’étaient. A titre d’exemple, lorsque j’étais consul général de France en Pologne, on nous signalait souvent de divers aéroports du monde des voyageurs aux noms et prénoms polonais, bénéficiant de passeports français et incapables de s’exprimer en français. On nous demandait de vérifier s’ils étaient vraiment français ou si c’étaient des faux. Hélas, ils l’étaient et leurs documents de voyage que nous ne pouvions refuser d’établir étaient des vrais. Ces gens-là connaissaient le chemin du consulat où ils venaient chercher quelques avantages, y compris des allocations auxquels, « ils avaient droit ». J’avais interdit à me collaborateurs de leur parler une autre langue que le français. J’ai retrouvé la même situation à Pondichéry, en Inde. Je me souviens aussi de l’épouse d’un diplomate français (de rang inférieur), originaire de Pondichéry, ne parlant que tamoul et anglais et toujours vêtue d’un sari, même dans les réceptions, qui avait un passeport diplomatique français parce qu’épouse de diplomate français. Mes collègues diplomates étrangers ne comprenaient pas. A comparer avec la situation d’un ami ambassadeur allemand dont l’épouse gabonaise, pourtant francophone et germanophone, n’a pas droit à la nationalité et donc au passeport diplomatique allemand. Situations choquantes, dans un sens comme dans l’autre.

Quand on voit de tels cas, et, plus encore, lorsqu’on entend dire à la télévision qu’un « Français » (binational, cela on ne le dit pas souvent) a été l’auteur ou le complice d’un acte de terrorisme ou est de retour du djihad en Syrie, on se dit que quelque chose ne tourne pas rond en France.

La nationalité française ne devrait être un droit ni automatique ni perpétuel et transmissible. Etre « Français » et avoir perdu le contact avec la France au point de ne pas parler français (ou une autre langue de France : si encore ils connaissaient le breton, le basque ou l’occitan, ce serait bien) me parait incompatible, surtout lorsque l’individu vient au consulat chercher ses « allocs » et ne dit même pas « bonjour » et « merci » (alors qu’ils peuvent bénéficier de cours gratuits dans nos centres culturels ou Alliances Françaises).

Je ne comprends pas, non plus, pourquoi on n’applique pas l’article du code pénal qui prévoit la déchéance de la nationalité française pour ceux qui prennent les armes contre la France. Si cela était le cas, on ne retrouverait pas plusieurs centaines de djihadistes partis en Syrie et qui rentrent en France plus haineux que jamais envers notre pays et ses valeurs.

6/ Quand on rappelle cela, il est encore plus choquant de constater que des hommes qui ont risqué leur vie pour nous défendre aient « bénéficié » si longtemps de pensions au rabais (alors que les parasites qui peuplent souvent nos quartiers « difficiles », eux, Français ou non, touchent le RSA, des allocations logement, des allocations familiales et sont logés en HLM, tous avantages supérieurs, souvent, à ceux qui travaillent et qui représentent en un mois plus que le salaire annuel moyen de beaucoup de pays d’Afrique) et qu’il ait fallu attendre 57 ans pour qu’on daigne, dans notre grande générosité, concéder la nationalité française aux « tirailleurs » sénégalais (j’espère que ceux des autres nationalités n’ont pas été oubliés).

Parfois, je suis fier d’être Français. Dans d’autres cas, j’en ai honte !

Yves Barelli, 16 avril 2017

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 13:58

Donald Trump, plus fin politicien que ce que nos médias, juges et parties, présentent, aime surprendre. On l’attendait sur un repli protectionniste et voilà qu’il commence à intervenir aux quatre coins du monde : en moins d’une semaine, il a fait tirer 59 missiles sur une base aérienne syrienne, une méga-bombe sur une zone djihadiste d’Afghanistan et il a donné l’ordre à un porte-avion de se positionner à proximité des eaux territoriales nord-coréennes. Cette agitation, sans aucun intérêt militaire, est purement politique ; elle est destinée à son opinion publique interne pour lui montrer qu’il est à la hauteur de sa charge et qu’il n’est pas l’otage de Moscou et au monde pour rappeler que les Etats-Unis, dont les dépenses militaires représentent à elles seules 40% du total des budgets mondiaux d’armements, peuvent frapper quand et où ils le veulent. Mais même si le président américain sait certainement jusqu’où il peut aller et jusqu’où il ne le peut pas (s’il ne le sait pas, ses conseillers le savent), son jeu en Asie est dangereux. Moscou et Pékin le lui ont déjà dit. Plutôt que de s’en prendre maladroitement au mur envisagé à la frontière mexicaine où à la suspension de visas pour des pays dangereux, légitimes car ne relevant que de la seule souveraineté américaine, les alliés européens des Etats-Unis seraient bien avisés, eux aussi, d’alerter Washington sur les risques d’une confrontation en Asie.

1/ Les missiles tirés, avec précaution, sur la Syrie (on rappelle que Washington avait eu le soin de prévenir à l’avance les membres permanents du Conseil de sécurité et, via la Russie, la Syrie, voir mon article du 7 avril : « frappes américaine sur Syrie ») étaient certes destinés avant tout à l’opinion américaine pour couper l’herbe sous le pied d’une enquête du FBI, sans doute partiale car le président n’a pas encore eu le temps de « faire le ménage » à la tête de cette institution qui lui est jusque-là hostile, visant à exhumer des soit disant « preuves » de la collusion de son équipe avec les présumées interférences russes dans la campagne présidentielle de novembre dernier. Il n’empêche que les conséquences internationales sont mauvaises car elles jettent un froid sur les relations américano-russes à un moment où, au contraire, jamais une alliance internationale contre l’islamisme (dont les actions terroristes frappent partout) n’a été aussi nécessaire.

La méga-bombe lancée sur une zone montagneuse d’Afghanistan destinée, parait-il, à frapper les djihadistes jusque dans les grottes où ils trouvent refuge, en serait presque comique si des vies humaines n’étaient pas en jeu.

Elles accréditent en tout cas la conviction (ce n’est pas nouveau) que les Etats-Unis s’arrogent le droit de faire ce qu’ils veulent sans aucune considération pour le droit international. Envoyer des bombes sur un Etat souverain sans déclaration de guerre et sans même chercher à se couvrir par une résolution, même vague, du Conseil de Sécurité, ce n’est tout de même pas rien. Même Bush s’appuyait sur des résolutions de l’ONU ! On en est revenu à la politique de la « canonnière ». On est en pleine loi de la jungle et en plein cynisme. Nos médias, auxquels les gens sensés ne font plus confiance depuis longtemps, si prompts à dénoncer l’annexion « arbitraire » de la Crimée par la Russie alors que cette terre est évidemment russe et que sa population a été consultée par plébiscite et a approuvé à plus de 90% le rattachement à la Russie, n’ont jamais aucun état d’âme à couvrir les multiples violations du droit international et tout simplement du droit des gens dès lors qu’elles viennent de leurs maitres américains. Ces médias (et nos politiciens encore au pouvoir à Paris) du « système » ont certes été désarçonnés par l’entrée à la Maison Blanche d’un « populiste » présenté comme aussi dangereux que Le Pen ou les artisans du « Brexit ». Ils avaient évidemment tous misé sur Hilary Clinton, cette grande « démocrate » et « humaniste », pourtant vendue aux intérêts des grands groupes capitalistes américains du « complexe militaro-industriel ».

Soudain, à leurs yeux, Trump redevient fréquentable. Même Hollande, Merkel et Junker ne le critiquent plus. C’est dire ! Ils risquent néanmoins d’être déçus lorsque le président mettra en œuvre la politique interne pour laquelle il a été élu : protéger l’économie et les travailleurs américains de la concurrence extérieure déloyale et en finir avec l’accueil inconsidéré de « migrants », notamment musulmans, main d’œuvre et consommateurs qui nourrissent les bénéfices des capitalistes, exercent une pression à la baisse des salaires et empoisonnent le quotidien des Américains.

2/ La nouvelle politique va-t’en-guerre de Trump, si elle était poursuivie (les optimistes peuvent espérer qu’elle n’est que passagère pour les raisons intérieures indiquées plus haut ; mais les pessimistes ont toutes les raisons de craindre que lorsqu’on s’habitue à jouer les « durs » en toute impunité, il n’y a aucune raison de s’arrêter), risquerait de déboucher sur de graves tensions internationales, voire sur la guerre.

En Europe, le danger parait limité. Je ne crois pas que Trump sera assez fou pour faire entrer l’Ukraine ou la Géorgie dans l’OTAN. Ce serait un quasi casus-belli avec la Russie.

L’envie de « régler son compte » à l’Iran est, lui, une réalité. Le président américain y est fortement encouragé par son nouveau grand ami israélien Netanyahou et par les monarchies arabes les plus proches de l’islamisme sunnite radical. Taper sur Téhéran ne pourrait que plaire au « lobby » juif américain (qui fait la pluie et le beau temps au Congrès et dans les médias) et à une bonne partie de l’opinion américaine qui n’a pas oublié l’humiliation de la prise de l’ambassade américaine de Téhéran par les hommes de main de Khomeini. Il est clair que si Trump passait à l’acte, soit directement, soit en donnant son aval à une action israélienne, les conséquences risqueraient d’en être importantes. Les Iraniens sont capables de se défendre et de mener des actions de rétorsion et, surtout, une telle action ne laisserait pas Poutine sans réagir. Attention danger !

3/ Mais cela n’est rien comparé aux menaces qui pèsent sur la paix mondiale en Asie.

La Corée du Nord est un petit pays. On peut penser ce que l’on veut de son régime, sans doute moins épouvantable que ce qu’en disent nos médias (je ne connais pas suffisamment ce pays pour avoir une opinion personnelle définitive), mais certainement loin de l’idéal. Je note au passage que, écrivant cela, je suis moi-même conditionné par la propagande ambiante : lorsqu’on parle de Poutine, de Bachar, de Chavez et, évidemment, de Kim Jong Il, il faudrait sans cesse s’excuser de ne pas condamner sans appel ces « régimes », alors que les pires dictatures assassines (comme celle de Ryad) peuvent être ménagées dès lors qu’elles sont nos « amies » !

Toujours est-il que la Corée du Nord dispose de l’arme nucléaire et cela fait toute la différence avec l’Iran (dont j’ai toujours pensé qu’il a droit lui aussi à sa « bombe », ne serait-ce que pour le protéger des menaces d’Israël qui, lui, l’a. Pourquoi l’un et pas l’autre ?).

Puisque le leader du « régime » nord-coréen est présenté comme un fou sanguinaire pire que Néron, les Américains savent, ou devraient savoir, qu’il est susceptible d’utiliser l’arme nucléaire contre un éventuel agresseur. C’est le principe de la dissuasion : même avec une seule petite bombe atomique, on peut faire très mal à celui qui en possède des milliers. Cela devrait donner à réfléchir et inciter à la prudence.

4/ Mais il y a plus que la Corée du Nord, il y a la Chine (et sans doute aussi la Russie et d’autres puissances asiatiques, notamment l’Inde).

La Chine est la seconde puissance économique mondiale, en passe de rattraper les Etats-Unis, et la première masse démographique de la planète. L’ « empire du milieu » procède par étapes dans sa montée en puissance. D’abord, l’économie et le commerce. Ensuite, la conquête des hautes technologies, notamment le spatial.

La prochaine étape sera l’expansion territoriale et l’établissement d’une zone d’hégémonie exclusive. Cela a déjà commencé par le contrôle méthodique de tous les îlots inhabités et à la souveraineté contestée de la mer de Chine et par le renforcement des liens économiques et commerciaux avec un nombre croissant de pays d’Asie, au moins avec ceux qui ne sont pas directement contrôlés par les Etats-Unis.

A terme (et cela est proche), la Chine fera comme toutes les grandes puissances l’ont toujours fait : elle ne tolérera plus de régimes hostiles à ses portes.

Les Etats-Unis n’ont jamais admis que Cuba ait un régime hostile. Ils ont essayé de l’éliminer par divers moyens, notamment, mais pas seulement, par l’embargo. Ils se décident aujourd’hui à relâcher la pression pour l’unique raison que l’île castriste a abandonné toute posture agressive à l’égard de son puissant voisin et toute prétention hégémonique en Amérique latine.

Pourquoi la Chine accepterait à ses portes ce que les Etats-Unis ont refusé aux leurs ? Poser la question est y répondre.

Il y a 40 000 GI stationnés en Corée du Sud, des bases militaires américaines dans une dizaine de pays proches de la Chine (Philippines, Japon, Thaïlande, Singapour, etc).

Je prends le pari que cela ne pourra être éternel. D’une façon ou d’une autre, c’est-à-dire pacifiquement ou par la guerre, cela changera. Il vaudrait mieux pour tout le monde, y compris pour les Etats-Unis, que cela ne soit pas par la guerre.

Viendra, de toute façon, un jour où l’Asie sera un continent de suprématie chinoise, comme l’Amérique est de suprématie des Etats-Unis. Cette suprématie chinoise sera sans doute partagée avec l’Inde, hyperpuissance encore potentielle, avec un scénario optimiste d’alliance entre Pékin, Delhi et Moscou (voir mon article du 4 juin 2016 : « Chine-Inde : coopération et rivalité ») et un pessimiste de confrontation. Je pense que, au moins dans un premier temps, la coopération sera la plus probable car toutes ces puissances sont pareillement menacées par l’hégémonie américaine mondiale. 

Dans le jeu de go, populaire en Chine, mais aussi au Japon, le but d’une partie est de conquérir le territoire le plus vaste, non de tuer les pions de l’adversaire. Celui qui gagne est celui qui, à la fin du jeu, a le territoire le plus vaste, sachant que ses « prisonniers » viennent en déduction des territoires conquis. Un bon joueur de go évalue en permanence les rapports de force. Là où il est faible, il n’insiste pas et laisse l’adversaire s’établir, préférant pousser l’avantage là où il est déjà fort. Dans la nature, le processus est un peu comparable. Dans un combat entre mâles pour diriger un troupeau, la confrontation ne dure jamais très longtemps : le plus faible abandonne le terrain et il n’y a jamais de mort. Ce n’est peut-être pas « démocratique » ou « moral » mais c’est efficace et cela limite les dégâts. Si Napoléon et Hitler avaient été des joueurs de go, ils n’auraient jamais attaqué la Russie car le rapport de forces était en leur défaveur compte tenu du poids démographique russe (qui permet, cyniquement, de sacrifier beaucoup de soldats) et le « général hiver », allié des Russes. Si Fidel Castro avait, lui aussi, joué au go, il aurait certainement cherché un bon compromis avec Washington. La stratégie aux échecs est un peu différente mais, là aussi, il faut savoir sacrifier une pièce ou ne pas entamer une attaque suicidaire là on où n’est pas suffisamment fort en attendant de construite une meilleure attaque.

L’intelligence consisterait pour les Etats-Unis à rechercher un bon compromis tant avec Moscou que Pékin. « Titiller » la Russie sur ses marches ou Pékin en mer de Chine est un mauvais calcul. Mieux vaudrait accepter l’idée qu’il existe des zones d’influences « naturelles » et se résigner, à Washington, à ne pas être dominant partout et éternellement le gendarme du monde. Viendra un jour où l’Asie orientale, Japon compris, sera dans l’orbite chinoise. Les pays et les peuples de ce continent comprendront tôt ou tard que c’est dans leur intérêt et les Américains devront s’y résoudre.

Idem pour l’Ukraine et même les Pays baltes vis-à-vis de la Russie. Il serait bon aussi que les pays d’Europe occidentale et centrale se fassent à l’idée qu’un bon accord avec Moscou vaut mieux que la confrontation.

Toute autre considération, et en particulier nier les réalités, risque de mener à la guerre. 

Nos médias feraient mieux de l’expliquer à leurs lecteurs, auditeurs et spectateurs plutôt que de présenter les faits à travers le prisme déformé de leur dogmatisme sectaire, de jeter systématiquement l’opprobre sur les pays qui entendent rétablir leur indépendance et assurer leur sécurité et jeter en permanence de l’huile sur le feu.

Espérons que Donald Trump fera preuve de réalisme. Qu’il s’occupe de rendre les emplois promis à ses électeurs plutôt que d’envoyer des porte-avions en mer de Chine. Ce sera plus utile.

Yves Barelli, 16 avril 2017

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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 12:21

Les frappes américaines qui ont touché dans la nuit du 6 au 7 avril la base aérienne du centre de la Syrie d’où, selon des informations non vérifiées, seraient partie l’attaque possiblement chimique qui a tué 87 personnes dans le nord du pays, est un message de fermeté adressé à l’opinion américaine et au monde par le président Trump. Cette action, dont les Américains avaient informé les membres permanents du Conseil de Sécurité et, via la Russie, la Syrie, a été très ciblée et n’a occasionné aucun dégât collatéral (en particulier s’agissant de matériels et de personnels russes). Plus qu’une action militaire, il faut y voir, de la part des Américains, un signal diplomatique fort.

1/ En conformité avec la philosophie de Trump « America first », c’est avant tout à l’opinion américaine que ce message militaire s’est adressé. Le nouveau président était accusé par de nombreux secteurs de l’opinion américaine de faiblesse complaisante vis-à-vis de la Russie et de la Syrie dans un contexte de soupçons d’interventions russes pendant la campagne présidentielle de novembre dernier visant à empêcher l’élection d’Hillary Clinton. Par cette action, Donald Trump coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui étaient en train de monter une campagne contre lui sur le thème de la collusion avec Moscou.

2/ C’est aussi un message adressé à la Russie et à la Chine selon lequel les Etats-Unis n’hésitent pas à agir comme ils l’entendent lorsqu’ils estiment leurs intérêts en jeu. Le message vaut aussi, évidemment, pour l’Iran et la Corée du Nord. Accessoirement, le message est aussi à destination des alliés traditionnels des Etats-Unis, ceux de l’OTAN et d’Asie, quelque peu déconcertés par l’attitude nouvelle de la Maison Blanche qui tendait à accréditer l’idée que, désormais, les Américains ne s’intéressaient plus qu’à eux-mêmes, au détriment, peut-être, de leurs alliés.

3/ Cela étant dit, il faut relativiser la portée de ces frappes américaines. Washington avait pris le soin de prévenir les membres permanents du Conseil de Sécurité et en premier lieu la Russie, très engagée comme on le sait aux côtés du gouvernement syrien. Non seulement les Russes ont pu évacuer leurs avions qui, selon des informations répercutées par les médias, se seraient trouvés sur la base, mais ils ont prévenu aussi leurs alliés syriens, ce qui explique que quasiment tout le personnel a pu être évacué (il n’y a eu que quatre morts syriens, ce qui est encore trop, mais ce qui est sans rapport avec les effectifs normalement présents sur une base aérienne). On a pu ainsi éviter un carnage et, surtout, un acte de guerre aux conséquences imprévisibles contre la Russie si, par malheur des victimes russes avaient été déplorées.

4/ Dans le dialogue que le président Trump a entamé avec la Russie et la Chine (le président chinois doit s’entretenir ces jours-ci avec son homologue américain en Floride), cette action le met en position de force. C’est bien joué.

5/ On peut évidemment déplorer que cette action unilatérale se soit produite, une fois de plus, en dehors du cadre des Nations-Unies. Sans doute cela peut-il se comprendre, à défaut, d’être approuvé, par le temps qu’aurait pris une concertation entre grandes puissances et par la perspective d’un véto russe envers un projet de résolution trop ouvertement anti-syrien (tentative que la France, comme d’habitude, était en train de maladroitement tenter de mettre sur pied). Il eut été évidemment souhaitable qu’on attende qu’une enquête internationale ait pu établir la réalité de l’attaque chimique et la responsabilité, éventuelle, de Damas. Mais cela aurait pris du temps et Donald Trump, notamment pour les raisons intérieures indiquées plus haut, a estimé qu’il vallait mieux agir tout de suite.

6/ Je n’ai aucun élément d’information autre que les médias, sur lesquels il y a lieu de toujours être circonspect compte tenu de leur partialité hélas avérée (et pas seulement sur la Syrie), pour savoir si l’attaque sur une ville du nord de la Syrie (où je n’ai, non plus, aucune information pour savoir qui était visé) était effectivement chimique ou si, comme le prétend le gouvernement syrien, la diffusion d’armes chimiques (à peu près la seule réalité établie), a été due à l’explosion d’un dépôt tenu par les terroristes islamistes.

Si l’utilisation de gaz chimiques est bien l’œuvre délibérée de l’armée syrienne, cela est évidemment un crime de guerre contraire à toutes les conventions internationales et contraire à l’engagement pris en 2013 par la Syrie de détruite son stock, engagement cautionné par la Russie. Une telle violation relèverait de la bêtise pure et dure car il était impossible qu’elle passe inaperçue. J’ai personnellement de la difficulté à le croire. Mais cette guerre, où la barbarie semble sans limite chez tous les belligérants, est susceptible de toutes les conséquences, y compris d’actions imbéciles.

7/ En l’absence, donc, d’informations suffisantes pour me faire une opinion définitive, je considère cette action militaire américaine comme un avertissement sans frais (quatre morts quand même, hélas !) à qui veut bien l’entendre. Il accrédite en tout cas, pour ceux qui en doutaient, la certitude que Donald Trump est un véritable homme d’état. Même si je déplore, par principe, l’unilatéralisme des grandes puissances, parfois montrer sa force n’est pas nécessairement négatif. Le monde est ce qu’il est, pas vraiment ce que l’on souhaiterait qu’il soit !

Yves Barelli, 7 avril 2017

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 15:52

La condescendance de la plupart des médias français envers le Royaume-Uni est pathétique tant elle est synonyme d’ignorance, d’aveuglement dogmatique et de complexes révélateurs. Incapables de voir les réalités en dehors du prisme déformant de leur conformisme européiste, ils enterrent déjà l’Angleterre, dont, pensent-t-ils, l’Ecosse va se séparer, au fond du chaos et de la décadence qu’ils voient en rêve, sans se rendre compte que l’isolement, la crise, la décadence annonciatrice de chaos, est déjà le sort de « leur » Union européenne.

1/ Le parlement britannique vient, en conformité et application du vote populaire du 21 juin 2016, de décider la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne. Dès le vote acquis, les autorités britanniques en ont transmis le résultat à la « présidence » de l’UE et ont demandé à ce que le processus de sortie soit engagé.

Je note que le gouvernement de Madame May a eu la sagesse de prendre son temps avant d’agir. La tension irrationnelle suscitée en Europe après le vote de l’an dernier a eu ainsi le temps de quelque peu retomber. L’exigence ridicule de François Hollande d’entamer « immédiatement » le processus et même de prendre des mesures « immédiates » de rétorsion n’a fait que décrédibiliser un peu plus le président français sortant qui a l’habitude de compenser sa faiblesse interne par des rodomontades extérieures vis-à-vis de la Russie, de la Syrie, de l’Iran et maintenant du Royaume-Uni. Les partenaires européens de la France, Madame Merkel en tête, ont, en l’occurrence, fait preuve de davantage de réalisme.

2/ Le réalisme conduit en effet à rechercher un bon accord avec le Royaume-Uni. Il est dans l’intérêt commun car le plus isolé n’est pas celui que l’on croit.

Sur le papier, il est tentant de considérer que le Royaume-Uni est quasiment un nain face au « géant » européen. Le PIB cumulé de l’UE hors RU est en effet environ cinq fois plus important que le PIB britannique.

Mais cela n’a pas beaucoup de signification. L’UE n’est pas un Etat mais une union d’Etats souverains qui ont des intérêts souvent divergents. Ils n’ont pas tous le même niveau de développement ni même la même monnaie (la plupart ont l’euro, mais pas tous, et cet euro va de crise en crise) et encore moins de politique étrangère commune. L’UE parle rarement d’une seule voix. C’est même la cacophonie qui y règne. De plus, l’enchevêtrement des compétences entre la Commission à la légitimité contestable, le « conseil européen » formé des chefs d’états et de gouvernements ou de leurs représentants, qui prennent leurs décisions à l’unanimité, le « parlement » européen et les Etats, de plus en plus réticents, du fait des opinions publiques, à abandonner des parts de souveraineté à des instances supranationales, paralyse cette « union », géant économique virtuel mais nain politique réel.

Face à ce conglomérat, il n’est pas difficile pour les Britanniques de jouer sur les divisions et l’indécision de leurs encore « partenaires ».

3/ Nos médias et tout ce qui compte de « politiquement correct » (hommes politiques mais aussi les soit disant experts économiques dont la plupart ne sont que les porte-voix de ceux qui les rémunèrent : gouvernements, instances européennes, banques, etc) avaient annoncé le chaos si d’aventure les Britanniques étaient assez « fous » pour voter le Brexit. Ils annonçaient l’effondrement de la livre, la fuite immédiate des banques de la « city », des entreprises et de nombre de cadres. Ils prédisaient une chute drastique du PIB britannique dès la première année. Bref, à les entendre, la Grande Bretagne allait se retrouver en moins de deux dans la situation au mieux de la Grèce au pire du Mali.

Rien de cela ne s’est produit. La livre a été dévaluée de façon contrôlée de 5 à 10%. Cela a permis de favoriser les exportations et la venue de touristes. Le coût de la vie à Londres se rapproche ainsi de celui du continent et c’est positif. Certes, les touristes anglais à l’étranger et ceux qui voulaient acheter une résidence secondaire en Périgord sont désavantagés mais la majorité des Britanniques y trouvent leur compte en matière d’emplois. La « city », quant à elle, reste la « city ». « In » ou « out » de l’UE, c’est la même chose.

4/ Dans le « match » entre UE et RU, si tant est qu’il ait « match », le perdant ne sera pas nécessairement celui que beaucoup croient.

La Grande Bretagne avait déjà sa propre monnaie et ses frontières nationales (elle n’est pas membre de Schengen). Le pays était déjà très ouvert sur le monde. Avec ou sans l’Europe, cela ne va pas changer beaucoup.

Le rôle de la « city », c’est-à-dire de la place financière de Londres, qui est l’un des leaders mondiaux en termes bancaires, d’assurances et de réassurances (notamment les « lloyds » qui assurent l’ensemble du commerce maritime mondial), ne va pas changer. Ceux qui croient que la sortie de la GB de l’UE va entrainer un transfert des activités financières de Londres vers Francfort, Paris ou Luxembourg prennent sans doute leurs désirs pour des réalités. Les place financières de Suisse, de Singapour ou de Jersey, toutes hors UE, font des affaires avec les pays de l’UE. Il en ira de même de Londres, avec ou sans appartenance à l’UE.

Sur le plan économique, le Royaume-Uni est un « marché » pour les produits de l’UE comme l’UE l’est pour les produits britanniques. Alors que l’Union européenne a aboli l’essentiel de ses barrières douanières avec le reste du monde, pourquoi les rétablirait-elle pour le seul Royaume-Uni ? Cela est absurde. Les produits chinois ou, plus près, suisses continuent à entrer librement dans l’UE et, soudain, les britanniques ne le pourraient plus ? Absurde : l’UE, ou ce qu’il en reste, n’a aucun intérêt à se couper du Royaume-Uni.

Le gouvernement de Londres a commencé à distiller certaines informations qui sont de nature à assagir les Européens qui pourraient être tentés de « faire payer » cher aux Britanniques leur désir d’indépendance. On a ainsi rappelé que la moitié des prises des bateaux de pêche européens se faisait dans les eaux britanniques. On a rappelé, dans un autre domaine, que les services de renseignement européens étaient dépendants des écoutes britanniques. Nul doute que d’autres exemples vont venir étayer le « dossier » britannique.

5/ Mais c’est surtout en matière géostratégique que Londres est le plus fort.

Comme c’est un secteur que, professionnellement, je connais un peu, cela m’a fait franchement rire lorsque j’ai entendu tous ces commentateurs sur les chaines de TV, aussi imbus de leur importance autoproclamée que ce qu’ils sont ignares sur le fond, nous parler doctement du dorénavant « isolement » britannique.

Le Royaume-Uni a des relations directes et privilégiées avec une bonne moitié de la population mondiale. Le Commonwealth reste une réalité pas seulement symbolique (c’est déjà important les symboles !). Cette organisation souple réunit 52 membres (dont 16, y compris le Canada ou l’Australie, qui sont des puissances économiques, ont la reine d’Angleterre comme chef d’état) qui s’étendent sur 30 millions de kilomètres carrés et ont une population de 2 milliards et demi d’habitants (dont plus d’un milliard pour l’Inde, deuxième pays le plus peuplé au monde et bientôt le premier).

Les Français devraient être ceux qui comprennent le mieux ce que signifie les relations « spéciales », informelles autant que formelles mais solides, entre l’Angleterre et son ancien empire colonial. La « Françafrique » lie les responsables français et africains à travers la langue, des études communes, un système juridique partagé et des références que nous avons en commun. Même opposés sur certains dossiers, il y a toujours une connivence entre les diplomates (je l’ai constaté aux Nations-Unies lorsque j’y ai servi et dans toutes les réunions internationales), les politiciens, les professionnels et même l’ensemble des populations de pays ayant en partage la langue, l’histoire et, souvent, le quotidien (on peut parler au fond de l’Afrique de l’OM ou de Fillon, pas ailleurs).

Ce qui est vrai pour l’Afrique francophone (d’où l’impérieuse nécessité pour la France de promouvoir sa langue dans le monde : lorsque je converse en anglais avec un étranger, il y a intercompréhension ; lorsque je peux le faire en français, il y a une sorte de complicité et de connivence ; c’est toute la différence), l’est pour le Commonwealth.

Les relations de l’Angleterre avec son ancien « empire » n’ont jamais cessé, même avec des pays qui ne font pas partie du Commonwealth. A titre d’exemple, les familles régnantes et les officiers supérieurs des Emirats Arabes Unis, du Qatar, de l’Oman ou de Jordanie sont tous passés par Oxford ou Cambridge et aucun d’entre eux ne considère Londres comme une terre étrangère. J’ai personnellement vécu en Inde, pays très fermé à toute influence étrangère, mais avec une exception, l’anglaise : là-bas aussi, l’Angleterre reste une référence et n’est pas vraiment un pays étranger ; on y joue ainsi au « criquet » (cela est vrai aussi dans l’autre sens : les ambassadeurs de « Sa Majesté » dans les pays du Commonwealth portent le titre de « haut-commissaire » et non d’ « ambassadeur » et, en l’occurrence la distinction n’est pas seulement de vocabulaire).

Parmi les anciens territoires britanniques non membres du Commonwealth, il y a les Etats-Unis. Américains et Britanniques peuvent se parler sans interprète et il y a plus qu’une connivence entre eux, il y a une communauté de destin. Depuis au moins la seconde guerre mondiale, il y a un « partenariat stratégique » entre Londres et Washington, ce qui signifie que, au-delà des changements de présidents ou de gouvernements, on considère qu’il existe des intérêts communs permanents qui se traduisent par des relations privilégiées. On le voit par exemple en matière d’échanges de renseignements. Les Britanniques bénéficient de certaines informations américaines que n’ont pas leurs alliés de l’OTAN. Et si le président Trump a rencontré Theresa May avant tout autre chef de gouvernement, ce n’est pas un hasard mais c’était dans l’ordre des choses.

L’Angleterre, avec sa langue hégémonique dans le monde, avec l’aéroport de Heathrow, l’une des plaque-tournantes mondiales, et son prestige dans tous les domaines, y compris dans celui du sport et de la musique, isolée ? Allons donc ! Un peu de décence et de modestie à défaut d’intelligence, s’il vous plait !

Dans l’avantage comparatif entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, il est un autre élément qui me parait de première importance. Les Britanniques sont considérés comme ayant la meilleure diplomatie au monde (on considérait que la française était la seconde ; sans doute l’est-elle restée mais elle est paralysée par le manque d’ambition de nos gouvernements et par l’abandon, volontaire, de souveraineté à l’Union européenne qui, elle, n’a pas de diplomatie du tout). Elle bénéficie de bonnes informations et d’une excellente réactivité (je me souviens encore du modèle de diplomatie et de gestion de crise qu’a été la guerre des Malouines au début des années 1980 ; la veille de l’invasion argentine des îles, l’ambassadeur britannique à l’ONU a demandé et obtenu la réunion en urgence, dans la nuit, du Conseil de Sécurité et a fait voter une résolution préventive condamnant, quelques heures avant, l’invasion argentine. Cela, à peu près seuls les diplomates britanniques et français savent le faire : nous, c’est sur l’Irak, en 2003, que nous avons magistralement joué).

Dans le dossier « brexit », les Britanniques ont encore une fois apporté la preuve de leur maitrise diplomatique. Ils ont pris leur temps, ignoré les demandes de lancer « immédiatement » la sortie, calmé le jeu et déposé enfin, la semaine dernière, la demande officielle de sortie, près d’un an après le vote populaire, exactement au moment choisi.

Les Britanniques ont une autre qualité. Ils sont attachés à leur Nation (ou plutôt leur quatre nations) et à leur identité, qu’ils placent au-dessus de toute autre considération. Ils savent collectivement ce qu’ils veulent et n’ont jamais peur, dans une réunion internationale, de mettre sur la table leurs positions, quitte à paraitre isolés. Dans tous les cas, ce sont les autres qui se rapprochent de leurs positions et le compromis final est toujours à l’avantage britannique. En son temps, Madame Thatcher a obtenu ce qu’elle voulait (le général de Gaulle, en adoptant la même position intransigeante vis-à-vis de l’UE avait obtenu le même succès : quand on sait ce que l’on veut face à des interlocuteurs indécis et divisés, on est toujours gagnant). Pour revenir aux Malouines, on disait alors les Anglais isolés, notamment face au continent latino-américain : ils ont tenu bon ; aujourd’hui, quarante ans après, ils sont toujours aux Malouines et les Argentins comme les autres Latinos ont pleinement renoué avec Londres.

Je n’ai aucun doute sur la capacité des Britanniques à obtenir un accord post-Brexit à leur avantage. Le capitalisme sait s’adapter à toutes les situations. Or l’UE n’est pas autre chose qu’une vaste zone de libre-échange dont la finalité est de maximiser les profits des intérêts économiques des « lobbies » qui y font la pluie et le beau temps. Comme ces intérêts veulent continuer à gagner de l’argent, il est évident qu’il y aura un bon accord avec le Royaume-Uni.

Cela m’amène à une incidente s’agissant de la France. Les « européistes » y tiennent le même langage dogmatique que pour la Grande Bretagne : si la France voulait « sortir » de l’UE et de l’UE, nous serions « isolés » et, évidemment, ce serait le « chaos ». Ils oublient que bien des peuples, y compris l’allemand, rêvent d’en finir, aussi, avec le carcan européen. Ils oublient en outre que, si la France décide d’en finir avec l’UE, nous n’aurions même pas en en « sortir » parce que, tout simplement, ce serait la fin de l’UE. Dans une « indivision » juridique ou commerciale, si l’un des partenaires décide d’en finir, il n’y a tout simplement plus d’indivision. Cela vaut pour l’UE comme pour l’euro. L’euro sans la France, ce n’est plus l’euro !

En conclusion, il est aussi faux de parler d’ « isolement » britannique vis-à-vis de l’UE que d’ « isolement » de l’Angleterre face à Napoléon. Le blocus continental a joué dans les deux sens et a affecté plus la France que l’Angleterre (toujours reliée au reste du monde grâce à sa marine). Au final, c’est Napoléon qui a perdu.

6/ Un mot, d’indignation, sur l’Ecosse. Les mêmes médias et politiciens qui n’ont pas de mot assez durs face aux « prétentions » de la Catalogne de recouvrer sa souveraineté, refusée, contre tout sens élémentaire de la démocratie, par le gouvernement de Madrid (cf les nombreux articles que j’ai écrit sur ce sujet dans ce blog), soudain se prennent de sympathie pour cette « pauvre » Ecosse, sous le « joug » anglais, qui, méritante et digne de notre sympathie et solidarité, veut rester dans l’Europe. On répète à satiété que les Ecossais ont majoritairement voté contre le Brexit (comme d’ailleurs, les gens « intelligents » et « ouverts » de Londres ; seuls les « ploucs primitifs » du « Black Country », à la fois égoïstes et mal informés, ont voté pour !).

Ils oublient deux choses. D’abord que le Royaume-Uni est un pays démocratique : les Ecossais, reconnus comme constituant une Nation, ont le droit de s’en séparer s’ils le souhaitent. On ne peut hélas en dire autant pour les Catalans mais aussi les Corses ou les Bretons. Mais comme nos médias sont de mauvaise foi ou, pire, aveuglés par leur dogmatisme, ils ne le disent pas.

La seconde chose est que les Ecossais ont déjà rejeté l’indépendance il y a deux ans à 55%. Le problème avec les médias du « système » est qu’ils ne tiennent pour légitimes que les votes qui leur conviennent. A leurs yeux, si les Ecossais (et les Britanniques s’agissant du Brexit) se sont trompés, il faut les faire revoter autant de fois que nécessaire jusqu’à ce qu’ils votent « bien ». C’est leur conception, curieuse, de la démocratie.

Les Ecossais revoteront certainement. Mais Madame May a fixé un délai d’au moins deux ans. Ce n’est pas déraisonnable et cela montre même une ouverture d’esprit que n’ont pas nos tenants du « politiquement correct ».

On verra alors ce que décident les Ecossais. Seuls nos rêveurs pensent qu’ils seront irrésistiblement attirés par une Union Européenne sans consistance ni avenir alors qu’ils réalisent plus de 80% de leurs échanges avec le reste du Royaume Uni, que le pétrole n’assure même pas 1% de leurs revenus et que la majorité des Ecossais ont montré leur attachement à l’Etat commun (au sein duquel, ce qui est une différence majeure avec nos régions françaises, ils jouissent d’une très grande autonomie).

XXX

Bon vent donc au navire britannique. Il est solide et, débarrassé du poids européen, il ira où il voudra, et cela, dans les meilleures conditions.

J’espère que le peuple français aura un jour le même courage que le peuple britannique. La France aussi a tous les atouts pour naviguer bien et loin.

A condition que nous le voulions !

Yves Barelli, 2 avril 2017

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Published by Yves Barelli - dans Relations internationales
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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 15:18

Les déclarations d’un futur président ne sont certes que des déclarations et on jugera aux actes, mais le contenu de l’interview que vient de donner Donald Trump met du baume au cœur de ceux qui aspirent à un vrai changement, aux Etats-Unis comme ailleurs, et suscite l’inquiétude, voire la peur, de ceux qui n’ont pour tout horizon que le système oppressif et inhumain qui nous gouverne encore et ses dogmes surannés. Franchement, l’affolement des « marchés » et des suppôts du « politiquement correct » dont l’alignement inconditionnel sur Washington et son relai bruxellois constituaient l’alpha et l’oméga de leur action (ou inaction) politique, fait plaisir à voir. Ils sont comme des chiens abandonnés sur une aire d’autoroute : ils ont perdu leur maître et ne savent plus où aller. Trump entrera en fonctions le 20 janvier : en attendant cette date fatidique où leur idole, Barack Obama, pourtant l’un des présidents les plus mauvais de l’histoire récente des Etats-Unis, quittera, enfin, la Maison Blanche, ils sont entre l’attente de l’apocalypse et le fol espoir que ce « populiste » à leurs yeux sans légitimité (le peuple n’est respectable que quand il vote « bien » !) deviendra enfin « raisonnable ». Laissons-les à leurs peurs. Elles seront peut-être de bon conseil.

Je ne veux pas ici commenter le détail de l’interview que Trump a donné à des médias anglais et allemands (La France de Hollande et Sarkozy est devenue quantité si négligeable, qu’on nous ignore, à juste titre !). Nous aurons largement le loisir de revenir sur les thèmes abordés lorsqu’on aura à commenter des actes et non des mots.

Je me contenterai d’en rappeler les grandes lignes :

1/ Madame Merkel a commis une faute majeure en laissant entrer sans aucun discernement plus d’un million de migrants en Allemagne, dont une petite minorité de vrais réfugiés et une majorité de gens n’ayant ni la capacité ni la volonté de s’assimiler à la société allemande.

  1. Les Britanniques ont eu raison de choisir le « Brexit ». Donald Trump rencontrera prochainement Madame May et lui proposera une coopération particulière, en rapport avec les relations traditionnellement privilégiées entre les deux pays. Cela tranche avec l’ingérence d’Obama qui avait tenté de dissuader les Britanniques de récupérer leur souveraineté et qui les avait menacés en quelque sorte d’être mis en quarantaine. Cela m’amuse aussi eu égard à toutes les balivernes que nous ont déversés nos médias prédisant le pire pour les Anglais, désormais totalement « isolés » (avec des liens particuliers avec les 2 milliards d’habitants du Commonwealth et avec les « cousins » d’Amérique, qui est isolés, eux, ou les nations sans volonté, sans perspective et avec si peu en commun des pays de ce qui est encore, sans doute pour pas longtemps, l’ « Union européenne » ? A mourir de rire !).

3/ Montrant le peu de considération qu’il a vis-à-vis de cette « Union européenne », Trump prédit d’autres « Brexits ». On n’avait jamais entendu pareille déclaration raisonnable dans la bouche d’un président américain : depuis la signature du traité de Rome en 1957, l’Amérique avait toujours considéré (sans le dire, évidemment) que l’Union européenne était une bonne courroie de transmission à leur domination de l’Europe.

4/ L’OTAN elle-même est critiquée par Trump. Il est inédit qu’un président américain critique ce bras armé de l’impérialisme yankee. A ses satellites européens, Trump dit : si vous voulez bénéficier de la protection américaine (et protection contre qui ? La Russie ? Agressée et non agresseur !), il faudra payer pour cela. En d’autres termes : soyez indépendants, responsables, faites comme de Gaulle fit et comme les Anglais continuent à faire ; on préfère, vu de Washington, avoir de vrais partenaires qui s’assument, pas des lavettes timorées sur lesquelles, en cas de coup dur, on sait qu’on ne pourra compter.

5/ Pour se protéger de l’islam conquérant et du terrorisme qui en est le corolaire, la Russie de Poutine est un allié bien plus fiable que tous les satellites européens. Ce n’est pas dit de manière aussi nette, mais c’est ça que cela veut dire.

6/ En substance, le nouveau président américain a une conception plus saine des relations internationales : chacun chez soi, chacun doit d’abord penser à protéger son peuple et non les intérêts à court terme de groupes d’actionnaires. D’où le principe du protectionnisme économique : on produit chez soi, autant que faire se peut, ce qu’on y consomme. Et cela est dans l’intérêt de tout le monde (sauf d’une poignée de capitalistes). En obligeant les entreprises automobiles américaines à revenir à Detroit, c’est bon pour les ouvriers américains, ça l’est aussi pour les mexicains car cela incitera les capitalistes mexicains à mieux payer leurs ouvriers afin qu’ils consomment et donc favorisent l’économie locale. C’était déjà le crédo de Ford au début du vingtième siècle. Ce langage sonne le glas de la mondialisation imbécile (si on ne travaille partout que pour l’exportation en rognant sur les salaires, à qui vendra-t-on en fin de compte, aux Martiens ?) et criminelle (car à l’origine de l’énorme gâchis social et environnemental auquel nous assistons depuis plus de trente ans).

XXX

Je ne sais si le nouveau président américain agira effectivement comme il le dit. Le « système » est puissant et a de nombreux affidés. Le locataire de la Maison Blanche, aussi puissant soit-il et aussi bien intentionné soit-il, ne peut tout. Il devra sans doute composer. Mais même si les actes risquent de ne pas être totalement en adéquation avec l’attente, le fait qu’il y ait un langage nouveau outre-Atlantique est tout de même réconfortant. Il vaut mieux entendre celui-ci que celui qui nous est asséné depuis trop longtemps par nos « dirigeants » (eux-mêmes dirigés par les intérêts occultes) et leurs serviles médias.

Comment m’en plaindre alors que ce que vient de dire Donald Trump va exactement dans le sens de ce que j’écris dans ce blog depuis quatre ans ?

Que ce soit de bonne augure, et même si on devait être déçu par le passage à l’acte, au moins cela nous aura fait rêver !

Je plains les « réalistes » qui ne sont même pas capables d’imaginer mieux que ce qu’ils ont, je veux dire de ce qu’on leur sert comme on sert une pâtée à un chat. La différence entre eux et nous est que nous rêvons à un monde meilleur. Et même si l’amélioration n’est pas toujours au rendez-vous, essayons tout de même de faire des rêves une réalité. L’utopie d’aujourd’hui peut être la réalité de demain. Cela dépend en partie de nous.

On peut parfois se dire que notre pouvoir est infime. Sans doute, mais il n’est pas nul.

A titre d’exemple, sachons utiliser à bon escient le bulletin de vote que, nous Français, aurons en avril et mai prochains.

L’espoir peut être pour demain.

En y ajoutant mes vœux de santé et bonheur personnel, c’est ce que je vous souhaite, ce que je nous souhaite, pour 2017.

Yves Barelli, 16 janvier 2017

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