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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 23:05

onu.jpgLe président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a formellement déposé le 23 septembre 2011 une demande d’admission de l’Etat palestinien à l’ONU. Ce geste ne mettra évidemment pas fin à l’occupation israélienne qui perdure depuis 1967. On sait aussi que cette demande n’aboutira pas puisque les Etats-Unis ont d’ores et déjà annoncé qu’ils mettront leur véto lorsque la demande sera soumise au vote du Conseil de Sécurité. Cette démarche, inutile en apparence, va pourtant dans le bon sens.


1/ Le « processus de paix » est bloqué depuis de longs mois du fait de l’intransigeance du gouvernement israélien de M. Netanyahou. Pendant ce temps, les implantations de colons s’intensifient en Cisjordanie ; elles violent les règles générales du droit international (qui interdit de modifier la composition démographique d’un territoire occupé), les résolutions de l’ONU, tant du Conseil de Sécurité que de l’Assemblée Générale, et les engagements israéliens antérieurs. L’occupation reste très dure avec des contrôles incessants et humiliants de l’armée israélienne. Un « mur de sécurité » a été construit par les Israéliens bien au-delà de l’ancienne ligne de démarcation. Le blocus de Gaza se poursuit.


On se heurte au cynisme de l’Etat « hébreu » qui feint de vouloir discuter pendant qu’il poursuit sa politique de fait accompli d’annexion pure et simple de l’ensemble de la Palestine. Dans ces conditions, reprendre les discussions pour la énième fois comme si rien ne se passait, serait, pour les Palestiniens, non seulement inutile, mais contreproductif. Depuis 1967, et plus encore depuis les accords d’Oslo de 1993, tout a été dit. Il faudrait enfin passer aux actes ! Les rares « gestes » israéliens n’ont eu aucune portée pratique : Gaza évacuée reste sous embargo et les incursions et raids israéliens n’y ont jamais cessé ; en Cisjordanie, c’est sur un patchwork de territoires épars et encerclés que règne l’ « Autorité Palestinienne ».

 

La démarche d’admission à l’ONU prend donc tout son sens : ce qui n’a pu être obtenu par le bilatéral et par la médiation partiale des Etats-Unis et de leurs alliés, le sera peut-être par l’implication de l’ensemble de la communauté internationale.

 

2/ Cette démarche est-elle suffisante ? Evidemment non. La légitimité de l’Autorité Palestinienne de Ramallah était encore, il y a peu, précaire. A l’heure des « révolutions arabes », le régime de Mahmoud Abbas n’a pas montré, jusqu’ici, un grand allant en matière de respect des droits de l’homme et de probité ; la corruption de nombre de ses dirigeants est de notoriété publique. De plus, son attitude a souvent donné quelques raisons à ceux qui l’accusent de complaisance excessive vis-à-vis des occupants israéliens et de leurs protecteurs américains. Le fait que les Occidentaux se soient appuyés sur lui pour contrer le Hamas pourtant démocratiquement élu à Gaza a encore renforcé cette mauvaise image.


Sans doute M. Abbas l’a-t-il compris. La « réconciliation », quoique encore fragile, du printemps avec le Hamas a été un premier pas sur la voie d’une plus grande légitimité. La demande d’admission à l’ONU avec le discours très applaudi, par les diplomates onusiens mais aussi par la rue arabe, d’Abbas devant l’Assemblée Générale en a été un second. Désormais, Abbas n’est plus la marionnette aux mains de Washington qu’il semblait être. Il s’est réapproprié le droit de parler au nom des Palestiniens, y compris ceux de Gaza en dépit de la mauvaise humeur que sa prestation new-yorkaise a suscité chez les dirigeants islamistes gazaouis, eux-mêmes en perte de vitesse.

 

3/ Cette légitimité reconquise par l’Autorité palestinienne affaiblit en sens inverse celles du gouvernement israélien, plus isolé que jamais dans la région, et celle de Barack Obama qui, par son absurde véto, ruine les efforts qu’il n’a cessé de déployer depuis son élection pour reconquérir l’opinion arabe.


4/ Une fois de plus, l’Europe a été incapable de présenter une position commune. Comme d’habitude, une partie des membres de l’UE va s’aligner sur Washington, probablement une majorité. Il sera intéressant de voir lesquels. On feindra, cette fois encore, de prononcer quelques paroles convergentes : appel aux parties à reprendre la discussion, veux pieux en matière de paix, de démocratie et de coopération. Dérisoire ! Plus que jamais la soit disant « politique étrangère et de défense commune » européenne n’a aucune consistance.


5/ Si les Européens veulent exister, il appartient aux Etats de ce continent de définir à nouveau des politiques nationales conformes à leurs traditions et à leurs intérêts. L’intervention en Libye a montré que la France et le Royaume-Uni étaient capables d’initiatives hors du cadre de l’Union européenne. On les attend désormais sur le dossier israélo-palestinien.


La proposition française d’Etat palestinien « observateur » est astucieuse à défaut d’être originale. Elle peut être politiquement utile, à condition toutefois que Paris vote au préalable au Conseil de Sécurité en faveur de l’admission, sinon elle ne sera reçue que comme une manœuvre de plus.


6/ D’ores et déjà, la démarche d’admission palestinienne peut compter sur le soutien d’au moins 140 Etats sur les 193 que compte l’ONU (largement plus que les deux-tiers). Si les Palestiniens obtiennent la majorité qualifiée au Conseil de Sécurité, l’admission en tant qu’Etat membre de l’ONU ne sera pas acquise puisque les Etats-Unis opposeront, leur véto (rappelons qu’il faut 9 voix sur 15 en l’absence d’un vote négatif d’un membre permanent pour que le CS recommande à l’AG l’admission ; celle-ci doit alors être acquise avec une majorité des deux-tiers mais le vote n’a pas lieu si le CS n’a pas pris de décision), mais ils auront remporté une victoire diplomatique décisive et désigné Washington comme responsable du blocage.


La voie sera alors ouverte à la décision de l’Assemblée Générale d’admettre la Palestine en tant qu’ « Etat observateur », en fait acte international de reconnaissance de l’Etat prélude à une cascade de reconnaissances bilatérales (ce qui obligera notamment les Européens à prendre leurs responsabilités : soit reconnaitre, soit apparaitre comme complices de l’occupation persistante). Le processus avait été initié avec le statut d’observateur conféré en 1974 à l’OLP, puis en 1988 à la « Palestine » (sans que le mot Etat soit mentionné), enfin en 1998 en conférant à cette entité toujours pas qualifiée pratiquement toutes les prérogatives d’un Etat membre à l’exception du droit de vote. Le statut d’Etat observateur (seul le Vatican, qui n’a jamais demandé à être admis comme Etat-membre, a actuellement ce titre) sera donc un aboutissement logique qui n’avait certes pas besoin de la « proposition » française pour intervenir.

 

7/ Sur le terrain, la situation ne sera pas fondamentalement changée mais les Palestiniens, s’ils sont capables de s’unir, tant à Ramallah qu’à Gaza, seront renforcés. Les Israéliens n’ont certes que faire de l’opinion internationale mais leur position en sera un peu plus fragilisée. On peut raisonnablement penser qu’ils réfléchiront à deux fois avant de prendre les mesures concrètes de rétorsion (bouclage des territoires, interdiction faite aux dirigeants de voyager, comme ils l’avaient fait pour Arafat) dont ils n’avaient jamais fait mystère en cas de proclamation d’un Etat palestinien. C’est cette menace qui avait jusqu’à présent dissuadé les Palestiniens, trop faibles, de franchir le pas. Il y a désormais une nouvelle donne.


8/ Les Etats-Unis auront de plus en plus de mal à couvrir les agissements israéliens d’autant qu’ils risquent eux-mêmes d’être isolés sur la scène internationale et proche-orientale. La Turquie, puissance montante, a opéré un virage à 180°, rompant en pratique avec Israël ; l’Egypte prend ses distances ; nombre d’Européens prennent le même chemin. En France, la gauche, longtemps pro-israélienne, critique désormais vertement l’intransigeance de Tel-Aviv. A cet égard, l’évolution de Jean Daniel, éditorialiste de l’influent Nouvel Observateur, longtemps suspecté de bienveillance exagérée vis-à-vis du sionisme, est instructive ; il n’est pas le seul.


9/ Il serait bon que ceux des Européens qui ne l’ont pas encore fait (avant d’être imités, on peut rêver, par les Américains) réexaminent leurs positions. Il y a longtemps qu’Israël n’est plus menacé dans son existence. Au contraire, c’est lui qui menace ses voisins ; il dispose de la bombe atomique et de l’une des armées les plus puissantes au monde. Cela a été une erreur d’inscrire le Hamas et le Hezbollah sur la liste des mouvements « terroristes » : la résistance à l’agresseur et la lutte légitime, même sous des formes parfois condamnables, pour se libérer d’une occupation ne peuvent être assimilées au terrorisme. En revanche, Israël, qui bafoue toutes les résolutions du Conseil de Sécurité et qui procède à des assassinats prémédités, se comporte en Etat terroriste.


10/ L’unique solution à cette situation qui empoisonne le monde depuis cinquante ans est de se conformer aux résolutions du Conseil de Sécurité : évacuation sans condition de tous les territoires occupés depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, démantèlement des colonies et expulsion des colons des territoires palestiniens, indemnisation, à défaut de retour, des réfugiés palestiniens dans les pays voisins, reconnaissance mutuelle d’Israël et de la Palestine, admission pleine de la Palestine à l’ONU, organisation, sous les auspices de la communauté internationale, de la cohabitation et de la coopération entre Israël et ses voisins, garantie internationale du libre accès aux lieux saints de Jérusalem, vaste « plan Marshall » en faveur de la Palestine. Le reste n’est que littérature et tergiversations hypocrites !


Yves Barelli, le 25 septembre 2011

 

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Published by Yves Barelli - dans Israel - Palestine
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