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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 18:40

Je n’ai plus parlé sur ce blog de la campagne pour les élections municipales de Marseille depuis quelques temps et certains me demandent pourquoi.

La réponse est claire : j’attendais que la situation se clarifie.

La préparation d’une élection est toujours difficile. Les ambitions des uns et des autres se heurtent. Dans la course au « titre » (celui de candidat, avant, éventuellement, celui d’élu), les coups bas ne sont pas rares.

On a parlé de ma candidature. Pas par ambition mal placée. Mais parce que beaucoup considèrent qu’elle pourrait être utile à Marseille.

J’y suis toujours prêt. Mais je voudrais que cela se fasse dans la clarté. Or c’est plutôt l’opacité qui semble dominer.

J’ai soutenu depuis le début la candidature à la primaire socialiste de Hacen Boukhelifa (voir mon article du 26 juin 2013 : « Hacen Boukhelifa, une nouvelle voix pour Marseille »).

C’est pourquoi l’incident qui m’est rapporté m’interpelle.

Je vous livre le communiqué que j’ai diffusé à cette occasion :

Communiqué

INCIDENT LORS DE L’INAUGURATION DU LOCAL DE CAMPAGNE DE MARIE-ARLETTE CARLOTTI

Il me revient qu’un incident regrettable s’est produit le 25 janvier lors de l’inauguration du local de campagne pour les municipales 2014 de Marie-Arlette Carlotti, candidate investie par le PS pour le secteur des 4ème et 5ème arrondissements de Marseille.

Selon ce qui m’a été rapporté, Hacen Boukhelifa, candidat à la primaire républicaine qui a désigné en octobre 2013 le candidat à la mairie de Marseille et qui s’est terminée, comme on le sait, par la victoire de Patrick Mennucci, aurait manifesté son étonnement à l’intéressée que ses tentatives de la joindre étaient restées sans réponse et qu’il s’étonnait que, apparemment, les engagements de l’associer à la campagne, concrètement en lui donnant une place sur la liste des candidats dans le secteur, risquaient de ne pas être tenus.

Après le départ de Hacen Boukhelifa, toujours d’après les témoins, Madame Carlotti l’aurait publiquement pris à partie en termes injurieux.

Compte tenu du rôle personnel que j’ai joué dans le processus pré-électoral depuis le début, je me dois de réagir.

Hacen n’est pas seul. Lorsqu’il a fait état, dès le début 2013, de son souhait de participer à la compétition, je lui ai apporté mon soutien. Je le connais depuis de nombreuses années. Je connais ses compétences, son implication dans la cité en tant qu’avocat et son militantisme désintéressé au PS. D’origine modeste, il s’est fait tout seul. Il est le pur produit de l’école républicaine dont nous pouvons être fiers. J’ai d’autant plus de sympathie pour ce parcours qu’il correspond en bien des points au mien. Nous ne sommes pas des « héritiers » et tout ce que nous avons, comme diplômes et comme statuts professionnels, nous ne le devons qu’à notre travail.

Rapidement, nous avons constaté que nos visions de Marseille et de la politique concordaient. Nous voulons redonner l’espoir à notre ville, nous voulons faire de la politique autrement, en servant les autres, pas en nous servant d’eux.

Le programme présenté au printemps par Hacen est aussi largement le mien parce que nous l’avons rédigé ensemble. Il se résume en une phrase, son titre, « donner une nouvelle voix à Marseille ».

Lorsqu’il s’est avéré que nous ne pourrions réunir le nombre de parrainages requis de membres du PS (la fédération du PS, dont je ne suis pas membre, avait bien « verrouillé » les candidatures : aucune « voix nouvelle », que des sortants) pour que Hacen se présente à la primaire, nous avons pris contact avec chacun des six candidats pour voir lequel soutenir.

Personnellement, mes deux meilleurs « choix » étaient Patrick Mennucci et Marie-Arlette Carlotti, personnalités que je connais depuis trente ans (j’avais beaucoup d’estime aussi pour les autres, que je connaissais, pour certains, depuis longtemps, mais il faut bien faire un choix et être pour l’un ne signifie qu’on soit contre les autres).

Pour des raisons, sans doute de calendrier, nous n’avons pas pu avoir avec Patrick une discussion aussi approfondie qu’avec Marie-Arlette. J’ai alors fortement encouragé Hacen à se rallier à la candidature de la ministre. Je me souvenais des combats politiques communs que j’avais autrefois menés avec elle, j’avais confiance en elle et, de plus, étant élue de mon quartier, j’avais encore une raison supplémentaire de la soutenir.

Le courant a semblé passer entre Marie-Arlette et Hacen. Nous avons eu de nombreuses discussions avec elle, tant à Marseille qu’à Paris, dans son ministère. Elle nous a intégrés, Hacen et moi, dans son équipe rapprochée et nous a assurés qu’elle ferait le maximum pour que nous figurions sur les listes en position éligibles, soit comme conseiller municipal, soit comme conseiller communautaire. Elle a ajouté que Hacen pourrait en outre être adjoint si elle devenait maire de Marseille. En ce qui me concernait, compte tenu de ma carrière professionnelle, elle estimait que je pourrai lui être utile s’agissant des relations internationales de Marseille.

Après la primaire, où Marie-Arlette Carlotti n’est arrivé que troisième, quelques incertitudes ont commencé à apparaitre. D’abord sur sa candidature. Elles ont été levées. Puis sur la composition de sa liste. Notre impression a été, de plus en plus, celle de l’opacité. Pis, alors que le contact était si facile auparavant avec la ministre et ses collaborateurs, ils ont semblé, soudain, devenir plus difficiles. Mais peut-être était-elle trop occupée…

Personnellement, j’ai suffisamment travaillé avec des membres du gouvernement pour avoir comme règle d’éviter de les harceler. Je constate simplement que Marie-Arlette n’a pas répondu à mes mails (y compris pour lui présenter mes vœux) et à mes SMS.

Cette politique de la chaise vide ou, plutôt, du silence en matière de communication, n’a jamais été la mienne. Lorsque j’ai quelque chose à dire à quelqu’un, je le lui dis. Garder le silence est une forme de mépris. L’exactitude est la politesse des rois, la correction aussi. Dans notre république, ce doit être aussi le cas de toute personne occupant de hautes fonctions.

J’attends donc que Marie-Arlette Carlotti clarifie ses intentions, à égard de Hacen comme à mon égard.

En outre, si les propos véhéments rapportés lors de la réunion de samedi, ont été effectivement tenus, je me sens indirectement visé. J’ai fait équipe avec Hacen depuis le début et je continue.

De tels propos ne cadrent pas avec l’idée que je me faisais de Marie-Arlette Carlotti, et que je continue de me faire jusqu’à preuve du contraire. Je l’ai toujours considérée comme quelqu’un d’honnête et de franc.

Je veux croire à un malentendu entre notre ministre et Hacen.

Notre cause est la même : nous voulons faire gagner la gauche, la démocratie et surtout les Marseillais.

Mais si nous sommes démocrates et de gauche, c’est parce que nous considérons que chacun, quel qu’il soit, quelle que soit sa fonction, a droit au respect. S’il y a des élus et des électeurs, c’est pour que les premiers soient l’expression des seconds. Il ne saurait y avoir, d’un côté, les « seigneurs » et de l’autre, la « piétaille » qui ne serait là que pour les servir.

Hacen et moi n’attendons aucun avantage particulier de la politique. Nous avons, lui et moi,  une carrière professionnelle bien remplie. Nous ne sommes pas des affidés, de qui que ce soit, nous ne sommes pas des « clients », nous ne devons rien à personne.

Et comme nous ne devons rien, cela nous donne le droit de parler.

Hacen s’est senti humilié. Je me sens blessé.

Il n’est pas trop tard pour reprendre ses esprits. Je veux croire que l’incident était dû à un malentendu.

J’espère que ma voix contribuera à le dissiper.

 

                                                                                  Yves Barelli                         

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 14:39

Le deuxième tour de la « primaire citoyenne » organisée à Marseille pour désigner le candidat socialiste à l’élection municipale de mars 2014 s’est déroulée le 20 octobre.

1/ 24 000 électeurs ont pris part au vote, soit 3 000 de plus que le premier tour, le dimanche précédent. C’est une bonne participation, au-delà de ce qui était attendu. L’exacerbation des passions et la forte médiatisation (locale mais aussi nationale) expliquent ce succès. Il y a environ 450 000 électeurs inscrits dans la ville. Le vote socialiste au premier tour d’une élection y recueille en général de l’ordre de 100 000 voix. C’est donc une bonne participation pour une élection sans enjeu immédiat et compte tenu des contraintes matérielles (un centre de vote seulement par arrondissement – il y en a seize -, ce qui oblige les électeurs volontaires parfois à de longs déplacements).

Cette primaire peut donc être considérée comme une réussite. Cela n’enlève en rien les réserves que je formule à l’encontre de ce genre d’exercice. Je préfère la logique de la recherche du consensus à celle de l’affrontement. Je considère en outre que l’exercice de la primaire, qui n’est déjà pas le meilleur pour une élection nationale, peut se révéler dangereux dans une élection locale : l’exemple marseillais montre que ce type d’élection tourne très vite à l’affrontement de clientélismes qu’à la comparaison de programmes politiques ; celui qui réunit le plus d’ « amis », supporters sincères ou simples « clients » (ayant obtenu des avantages ou auxquels on en fait miroiter), se fait élire.      

2/ Deux candidats restaient en lice, après élimination des quatre les moins bien placés au premier tour, dont Marie-Arlette Carlotti, ministre chargée de l’exclusion et des handicapées (à la campagne de laquelle j’ai participé) : Patrick Mennucci, député et maire du secteur du centre-ville et Samia Ghali, sénatrice et maire des quartiers nord.

Patrick Mennucci l’a emporté avec 57% des voix. Il sera donc le candidat officiel du Parti Socialiste en mars prochain.

Agé de 58 ans, Patrick Mennucci est né et a toujours vécu à Marseille (de parents immigrés italiens, ce qui est fréquent dans cette ville cosmopolite). Il est diplômé de sciences po et d’une école de commerce. Militant socialiste de toujours (il appartenait à l’aile gauche du parti, avant de se recentrer il y a une dizaine d’années), il est élu conseiller municipal en 1983 (municipalité Gaston Defferre, figure historique de Marseille qui rassemblait au-delà du PS, puisque le maire actuel faisait lui aussi partie de sa majorité municipale) après avoir dirigé la mutuelle étudiante (MNEF) et a été constamment réélu depuis  (il était président du groupe socialiste jusqu’ à l’an passé et s’est fait connaitre par ses joutes oratoires avec Jean-Claude Gaudin, dont il partage la faconde et les bons mots). Il est également conseiller régional. Ancien directeur de campagne des présidents du département et de la région, il acquiert une audience nationale en étant le directeur de la campagne de Ségolène Royal, candidate à la présidence en 2007 contre Nicolas Sarkozy. Patrick Mennucci est maire du premier secteur de Marseille (1er et 7ème arrondissements, centre-ville) depuis 2008 et député depuis 2012 (après deux tentatives malheureuses auparavant).

Patrick Mennucci est connu pour son franc-parler. Il soutient la politique de François Hollande mais n’hésite pas en s’en démarquer à l’occasion (par exemple, dernièrement, sur la Syrie).

Je connais Patrick depuis plus de trente ans. C’est un homme affable, fin connaisseur de la géographie électorale de sa ville (mais pas seulement), profondément Marseillais. On peut dire de lui que c’est un « animal politique ». Adversaire idéal sans doute de Jean-Claude Gaudin, dont il partage la faconde, le physique massif et le plus bel accent marseillais. On ne s’ennuiera pas l’année prochaine en regardant les débats télévisés dans lesquels les deux hommes excellent.         

3/ Entre les deux tours (et même avant), l’affrontement a été rude. Mennucci avait bénéficié du soutien de Madame Carlotti, mais aussi d’Eugène Caselli, président de la communauté urbaine, et de Henri Jibrayel, député des quartiers nord. Samia Ghali avait accusé Mennucci d’être le candidat du gouvernement, tandis que ce dernier l’avait pointée comme étant ce qui reste des « réseaux » Guérini, président socialiste du Conseil Général (exécutif du département des Bouches-du-Rhône), mis en examen pour « association de malfaiteurs ». Mennucci, mais aussi Marie-Arlette Carlotti, avaient fait campagne contre le « clientélisme », incarné par Guérini, et, accessoirement, contre l’ « immobilisme » de la municipalité de droite de Jean-Claude Gaudin.

Un lecteur peu au fait des réalités marseillaises pourrait s’étonner de ces affrontements entre membres d’un même parti et, plus encore, des critiques très fortes formulées par Samia Ghali, sénatrice socialiste, à l’encontre du Président de la République (que ses partisans ont hué) et du gouvernement, socialistes aussi. L’anti parisianisme est une posture qui fait toujours recette à Marseille, ville volontiers rebelle. Dans la conjoncture difficile actuelle, avec un président de la République qui bat, partout en France, des records d’impopularité, encore davantage évidemment. Mennucci, lui-même, sans s’opposer au gouvernement, a néanmoins tenu à s’en démarquer après la proclamation de sa victoire : la campagne pour les municipales ne sera pas un référendum pour ou contre Hollande, mais sera au contraire l’occasion de sanctionner la gestion de Jean-Claude Gaudin, catastrophique à ses yeux.

4/ Il s’agit maintenant de recoller les morceaux et de tenter d’unir tous les socialistes pour la bataille qui s’annonce en mars. Tâche ardue, mais pas impossible. Mennucci et Ghali ont mené dans le passé beaucoup de combats ensemble. Ils avaient des affinités politiques, et au-delà. Mennucci tente maintenant de jouer les rassembleurs. Anecdotiquement, les mots ironiques très durs qu’il a eus en privé à son encontre il y a trois jours, mais aussi envers Marie-Arlette, en se confiant à un humoriste qui l’a piégé, et qui s’est empressé de faire entendre l’enregistrement, n’ont pas arrangé les choses. Samia Ghali a néanmoins accepté d’être aux côtés de Patrick Mennucci lors de la proclamation des résultats, mais elle a gardé un visage fermé et ne s’est pas éternisée à ses côtés, préférant aller célébrer sa « victoire morale » dans son quartier avec ses partisans. Quant à Marie-Arlette Carlotti, elle n’a pas participé à cette cérémonie, étant déjà à Paris, pour ses « obligations de ministre » (personne n’est dupe). Caselli était également présent, mais les affrontements personnels qu’il a eus avant le premier tour avec Mennucci restent dans les mémoires.

Je connais suffisamment le contexte marseillais pour dire que, en dépit des affrontements inhérents à la vie politique, marseillaise en particulier (on a beaucoup d’amis, mais ils sont en même temps concurrents ; on s’apprécie sincèrement, on peut s’affronter puis se réconcilier sans que, ni l’amitié, ni la         méfiance ne disparaissent jamais).

Il reste quelques semaines pour remettre la machine en ordre de marche. La constitution des listes s’annonce d’ores et déjà comme un exercice difficile. Mais on devrait y parvenir.

Ces affrontements auront-ils une incidence sur les municipales ? Jean-Claude Gaudin sera certainement candidat (il ne l’a pas encore annoncé officiellement, mais devrait le faire début novembre) et la droite fera corps derrière lui. Il n’empêche que les inimitiés dans ce camp sont aussi fortes qu’à gauche. Plusieurs prétendants à droite au fauteuil de maire ont souvent durement attaqué Gaudin.

En fait tout le monde mettra ses rancœurs de côté le temps de la bataille. Les Marseillais en ont l’habitude.

Qui gagnera en mars ?

Traditionnellement, gauche et droite font à peu près jeu égal dans cette ville. La gauche se retrouvera certainement unie au deuxième tour en dépit des critiques des écologistes et des communistes (autrefois très forts à Marseille où ils restent bien implantés en dépit d’un affaiblissement certain depuis vingt ans) à l’encontre de la politique du gouvernement. C’est pourquoi, Mennucci a affirmé que l’enjeu n’était pas le gouvernement de la France mais celui de Marseille. On pourra en effet soutenir Mennucci à Marseille tout en étant hostile à la politique du président Hollande et de son gouvernement (ce sera, entre autres, mon cas).  

Comme il s’agit en fait de huit scrutins (correspondant aux huit secteurs de Marseille) et non d’un seul, tout reste ouvert.

Cette fois, il y aura un nouvel élément qui risque de modifier le paysage électoral. Le Front National a le vent en poupe en France. Il est traditionnellement bien implanté à Marseille. Lors des précédents scrutins, il restait minoritaire. Il pourrait cette fois l’emporter dans un ou deux secteurs, empêchant ainsi la constitution d’une majorité cohérente pour la ville. Cette hypothèse est assez probable. Elle ne facilitera pas la tâche du nouveau maire, Patrick Mennucci ou Jean-Claude Gaudin. Dans cette ville où les problèmes ne manquent pas, cela en sera un supplémentaire.

Les jeux des municipales s’annoncent d’ores et déjà passionnants. J’étais partie prenante de la campagne de Marie-Arlette Carlotti, que je connais également depuis trente ans, après avoir participé à la campagne avortée de Hacen Boukhelifa (mes articles sur ce blog du 26 juin et du 4 octobre).

Je soutiens maintenant, naturellement, Patrick Mennucci. Mais sans haine pour Gaudin. Je les connais tous et j’ai de l’estime pour chacun. Cela devrait être la constante de la démocratie : choisir sans haïr, du moment que l’adversaire est honnête et respectable (ce qui est le cas de Gaudin). Reconnaitre ensuite la légitimité de celui qui gagne.

                                                           Yves Barelli, 22 octobre 2013

 

 

 

 

                   

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 14:24

Le premier tour de la primaire socialiste de Marseille s’est tenu le 13 octobre.   20 700 personnes ont pris part au vote, ce qui est mieux que ce qui était attendu. Les six candidats à la candidature pour les municipales (mars 2014) de la deuxième ville de France ont obtenu respectivement :

Samia Ghali, maire des 15-16èmes arrondissements et sénatrice : 25,3%

Patrick Mennucci, maire des 1er et 7ème arrondissements et député : 20,7%

Marie-Arlette Carlotti, ministre du gouvernement chargée de l’exclusion et des handicapés, et conseillère générale : 19,5%

Eugène Caselli, président de la communauté urbaine (Marseille et 17 autres communes périphériques) : 16,6%

Christophe Masse, président du groupe socialiste au conseil municipal et président des offices HLM des Bouches-du-Rhône : 14,3%

Henri Jibrayel, député (quartiers nord) : 3,7%

Selon la règle établie par le Parti Socialiste, seuls les deux arrivés en tête peuvent participer au second tour qui aura lieu le 20 octobre. 230 voix séparent Patrick Mennucci et Marie-Arlette Carlotti. C’est donc le premier qui est qualifié et qui affrontera Samia Ghali.

Je reviendrai après le deuxième tour sur les enseignements à tirer de cette primaire et sur les perspectives pour les municipales.

Voici mes commentaires provisoires :

1/ Marie-Arlette Carlotti était la favorite des sondages et des commentateurs. C’est donc une défaite pour elle, d’autant que son statut de membre du gouvernement la mettait sous les feux des projecteurs. Défaite qu’il convient cependant de relativiser. Caselli a hésité à rallier Carlotti en renonçant à participer à la primaire. Il a préféré attendre le deuxième tour. S’il l’avait fait, Marie-Arlette serait probablement qualifiée. 

2/ Marie-Arlette Carlotti a pâti de sa position au gouvernement. Loin de l’aider, cela l’a handicapée à la fois parce qu’elle a été moins présente sur le terrain que ses concurrents et parce que le gouvernement auquel elle appartient est actuellement très impopulaire, à Marseille comme dans le reste de la France. Je peux attester qu’elle n’a eu aucun moyen matériel particulier en tant que ministre. Elle se déplace en ville à pied ou en métro et n’est jamais escortée par des fonctionnaires de sécurité. Elle a eu moins de moyens que ceux qui disposaient de structures administratives locales (mairies de secteurs ou communauté urbaine) qui ont pu être aidés par des fonctionnaires en même temps militants. Mais même ces derniers, n’en ont pas abusé : cette campagne a été « low cost » pour tous.

3/ Patrick Mennucci et Marie-Arlette Carlotti sont partis en guerre au cours de la campagne contre les « clientélismes », en particulier celui du président du Conseil Général, le socialiste Jean-Noël Guérini, mis en examen (mais pas encore condamné) pour « association de malfaiteurs » (son frère Alexandre aurait bénéficié de marchés publics favorables). Samia Ghali est considérée comme celle qui perpétue les réseaux de Guérini.

4/ Pourtant, le clientélisme a joué dans tous les camps. L’affrontement n’a pas été une opposition entre programmes mais entre réseaux. Chacun a fait ses plus gros scores dans ses « fiefs » : Ghali dans les quartiers nord, Mennucci dans son secteur municipal et sa circonscription de député (qui ne correspondent pas tout à fait), Jibrayel dans la sienne et Carlotti dans la circonscription où elle avait été élue députée en 2012. Caselli a été soutenu par les syndicats des employés municipaux, attaqués frontalement par Mennucci. Pour sa part, Masse a bénéficié de son nom, porté par son père et son grand-père, vétérans populaires de l’époque de Gaston Defferre.

5/ Samia Ghali est donc arrivée en tête. Cela était attendu. Son vote est à la fois celui des réseaux guérinistes et un vote communautariste. Elle-même d’origine maghrébine, ayant grandi dans une cité des quartiers nord, ses équipes ont « ratissé » toutes les cités HLM pour en faire voter les habitants, parfois transportés dans des minibus loués.

Elle a donc bénéficié d’un vote largement communautaire. Il ne faut toutefois pas en exagérer la portée. D’abord parce que beaucoup de militants « maghrébins » (dont la plupart récusent ce qualificatif réducteur en se voulant seulement « marseillais » : le communautarisme, s’il existe souvent de fait, est rarement affiché et n’explique jamais tout à lui tout seul ; on pourrait dire la même chose des « réseaux » corses, arméniens, italiens et de quelques autres) ont voté pour l’un des cinq autres candidats et certains d’entre eux ont joué un rôle de premier plan dans leurs campagnes. Ensuite, parce que Samia Ghali, sans renier ses origines, est l’illustration d’une parfaite intégration : son mari, haut fonctionnaire influent dans l’appareil du parti et dans les institutions locales, n’a aucune origine maghrébine ; eux et leurs quatre enfants habitent désormais le quartier chic de la Corniche, au sud de Marseille.

6/ Dès que les résultats ont été connus, dimanche soir, Marie-Arlette Carlotti et Henri Jibrayel ont appelé à voter pour Patrick Mennucci. Une réunion commune a eu lieu le 14 octobre au siège de la fédération du PS. Leurs équipes de campagne ont fusionné. Les trois ont parcouru ensemble les rues de Marseille pour entamer la campagne du deuxième tour. Ils la continueront ensemble toute la semaine. Patrick et Marie-Arlette font de la politique ensemble depuis quarante ans. Ils sont en concurrence mais sont sur la même ligne politique. Ils savent qu’ils gagneront unis mais perdraient tous les deux s’ils étaient séparés. Dire que toute méfiance a disparu serait exagéré, mais il est certain qu’ils iront ensemble jusqu’au bout. Le ralliement de Jibrayel a été d’autant plus facile qu’il n’avait pas l’ambition de l’emporter. Il a d’ailleurs annoncé qu’il resterait député et ne briguerait aucun poste municipal.  

7/ L’attitude de Caselli et de Masse est encore hésitante. Les tractations ont déjà commencé. Caselli a été durement attaqué par Mennucci. Les deux hommes sont en conflit ouvert. Si Caselli se rallie, ce sera un mariage de raison et non de cœur. Masse est partagé entre ses liens avec Guérini (auquel il doit son poste à la tête des offices HLM) et l’attirance de ses troupes pour Mennucci. Certains des membres de sa garde rapprochée, mais aussi de celle de Caselli, se sont ralliés à Mennucci dès le début de la semaine.

8/ L’affrontement entre Mennucci et Ghali devrait donc logiquement tourner à l’avantage de Mennucci. Ghali est probablement isolée (sauf si Caselli ou Masse la rejoignent, ce qui n’est pas totalement impossible, mais ce qui est l’hypothèse la moins probable). Son score de dimanche prochain dépendra donc de sa capacité à mobiliser encore plus les cités des « quartiers nord ». Mais la réserve n’est pas inépuisable.

9/ Les lecteurs de ce blog savent que, de concert avec Hacen Boukhelifa, nous avons participé à la campagne de Marie-Arlette Carlotti. Nous rejoignons donc Patrick Mennucci. Je connais celui-ci depuis quarante ans. Il a l’étoffe pour être  maire de Marseille. Nous avons l’espoir qu’il retiendra, en les intégrant dans son programme, quelques-uns de nos projets pour Marseille.

                                                                  Yves Barelli, 14 octobre 2013           

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 12:22

Les 13 et 20 octobre se dérouleront à Marseille les primaires « républicaines » socialistes. Ces élections sont organisées par le Parti Socialiste avec l’accord des pouvoirs publics, ce qui leur confère une légitimité reconnue. Elles ont pour but de permettre à l’électorat de désigner celui qui sera le candidat officiel du PS lors des élections municipales de mars 2014.

 Ces « primaires » sont ouvertes à tout électeur inscrit sur les listes électorales de Marseille qui adhère aux « valeurs » de la gauche. Cette adhésion est un acte volontaire assumant l’honnêteté de celui qui s’y soumet sans qu’il y ait de contrôle particulier. Il n’est pas nécessaire d’être membre du PS pour avoir accès à ce vote.

Le système, alors inédit en France, avait été mis en œuvre avec un certain succès pour désigner le candidat du PS à la présidentielle de 2012, en l’occurrence François Hollande. A Marseille, on attend 15 000 à 25 000 votants, ce qui est relativement peu, mais ce qui dépasse largement le cadre des adhérents du PS. Des bureaux de vote seront installés dans chaque arrondissement municipal sous la supervision du PS national. Une participation d’1€ sera demandée à chaque électeur afin de couvrir les frais engagés. La campagne électorale a elle-même été très encadrée sur le plan financier (20 000€ maximum par candidat). L’essentiel de la campagne prend la forme d’interviews dans la presse écrite et de débats télévisés contradictoires avec un strict équilibre entre temps de paroles. Ces passages dans la presse et les médias sont gratuits (c’est une chance que nous avons en France ; ce n’est pas le cas dans tous les pays).  

Six candidats à la candidature sont en lice : Marie-Arlette Carlotti, actuelle ministre déléguée à l’exclusion et aux handicapés, Patrick Mennucci, maire de secteur et député, Samia Ghali, maire de secteur et sénatrice, Eugène Caselli, président de la Communauté Urbaine, Henri Jibrayel, député, et Christophe Masse, président du groupe socialiste du conseil municipal et président des Offices HLM. Tous ont toujours vécu, travaillé et été élus à Marseille. Authentiques Marseillais, ils font tous des déclarations d’amour à leur ville et je sais qu’ils sont sincères. Nous, Marseillais, nous sommes viscéralement attachés à cette cité à la personnalité exceptionnelle (c’est la plus vieille ville de France). On peut donc se féliciter de n’avoir aucun « parachuté » (personnalité extérieure qui s’invente au dernier moment une résidence locale afin de pouvoir se présenter). On reste ainsi « entre nous ». Ce sera la même chose dans l’autre camp, celui de Jean-Claude Gaudin.

Les lecteurs de ce blog savent que j’aime commenter librement l’actualité et que je donne toujours sans retenue mes opinions. Je peux le faire parce que je suis un homme libre. Je n’émarge nulle part et ne suis stipendié par personne.

L’honnêteté m’impose de dire que dans le cas d’espèce, je reste libre mais sans doute pas totalement objectif. J’éviterai donc les remarques sur chacun des candidats, personnalités que je connais toutes personnellement, souvent depuis très longtemps.

J’avais pris parti pour l’un des candidats qui aspirait à participer à la primaire. J’en ai parlé dans ce blog. Il s’agit de Hacen Boukhelifa, qui avait l’avantage, à mes yeux, d’être une « nouvelle voix pour Marseille » (c’était son slogan). J’avais participé, avec une petite équipe, à la rédaction de son programme. Il n’a malheureusement pas été retenu pour la primaire car il n’a pas réussi à recueillir le nombre de parrainages requis par le PS (qui avait préféré « verrouiller » pour éviter un trop grand nombre de candidats ; le résultat est qu’on n’a le choix qu’entre des « notables » ; c’est dommage).

Avec Hacen, nous avons toujours dit que nous n’avions pas d’ennemis mais de simples concurrents et que, de toute façon, nous nous retrouverons tous le 20 octobre derrière le candidat que les urnes auront désigné et que nous participerons sans états d’âme à sa campagne, quel qu’il soit. Nous le ferons d’ailleurs d’autant plus facilement que les six sont des personnalités de qualité.

Avec Hacen, nous avons rencontré la plupart des six (certains, très « occupés » ne nous ont pas consacré beaucoup de temps, d’autres bien davantage). Nous leur avons soumis notre programme et avons insisté sur seize propositions précises dont la mise en œuvre serait, selon nous, particulièrement utile pour Marseille.

Après notre « tour de piste », il nous a semblé que nous avions le maximum de convergences avec le programme de Marie-Arlette Carlotti. Nous avons donc intégré son équipe de campagne et nous participons activement à celle-ci tout en gardant de bonnes relations personnelles avec les autres. Je répète que nous serons, de toute façon, dans le même bateau dès le 20 octobre.

Je connais Marie-Arlette depuis quarante ans. Nous sommes du même quartier et avons milité dans le même parti, le PS, et même, autrefois, dans le même « courant », celui du CERES de Jean-Pierre Chevènement. Depuis cette époque glorieuse, nous avons suivi chacun notre route. Elle, restée au PS, a gravi un à un les échelons des responsabilités politiques : conseillère municipale, générale, régionale, députée européenne, députée, enfin ministre. En ce qui me concerne, j’ai arrêté depuis longtemps la politique active pour une carrière de haut fonctionnaire diplomate. Je ne suis plus membre depuis longtemps du PS et j’ai rejoint cette campagne socialiste au titre de la « société civile ».

Marie-Arlette a des qualités qui peuvent en faire un bon maire de Marseille. Parmi celles-ci, il y en a une qui me tient à cœur et qui tient à cœur de nombreux Marseillais, souvent écœurés par les dérives de la politique locale : elle est honnête. Cela a l’air un peu ridicule à dire tant cette qualité devrait être un minimum pour s’occuper des affaires de la cité, mais, ici, l’être vraiment n’est pas aussi général que ce qu’on voudrait.

Comme je la connais depuis longtemps, je peux affirmer qu’elle n’a pas gagné d’argent en politique, ni aucun autre avantage personnel, qu’elle y a passé beaucoup de temps, qu’elle est proche des gens et qu’elle est restée simple et abordable. Pas seulement pour ceux qui la connaissent, mais aussi par les citoyens de base. C’est important.

De plus, c’est une femme courageuse. Elle a eu le cran de se séparer et d’affronter l’actuel président du Conseil Général et ancien « patron » du PS dont les dérives font ombrage à la réputation du parti et de la ville (il est actuellement mis en examen pour association de malfaiteurs). A ce titre, elle a été marginalisée au sein de l’assemblée départementale (elle n’avait même plus le droit d’utiliser une voiture de service et était confinée, sans moyens, dans son bureau).  

Je n’ai jamais été un fanatique des primaires. J’aurais préféré qu’un consensus se dégage sur le mieux placé pour défendre les couleurs du PS et ensuite, si victoire électorale il y a, pour mieux diriger Marseille. Je préfère le travail collectif aux rivalités de personnes. Je fais partie de cette espèce trop rare en politique qui se bat pour des idées et au service des gens, pas pour obtenir un poste et pour une « carrière ». Le pouvoir pour le pouvoir ne m’intéresse pas. Améliorer la cité, changer la vie me paraissent des idéaux infiniment plus exaltants. Je ne crois pas que la politique doive ressembler à un championnat de football avec des gagnants et des perdants.   

Marie-Arlette Carlotti ne souhaitait pas non plus cette primaire. Sans doute faudra-t-il réfléchir à l’avenir à la meilleure façon de désigner les candidats des partis (cela ne concerne pas que le PS ; l’UMP y est aussi confrontée). La France n’est pas les Etats-Unis et je ne pense pas que le système des primaires soit le mieux adapté à notre pays.

L’ambiguïté des primaires est en effet que des candidats doivent s’affronter alors que, en principe, ils sont d’accord sur l’essentiel (sinon, ils ne seraient pas dans le même parti). Comme, en outre, ils savent qu’ils devront ensuite marcher ensemble, ils se condamnent à l’autocensure dans les débats télévisés qui tournent souvent à la langue de bois. C’est une dérive de la politique que nous constatons en France et dans beaucoup d’autres pays comparables : comme on se croit prisonnier du « système », on se différencie plus par les affrontements personnels que par les différences de programmes et d’idéaux. C’est dommage et cela explique le désintérêt pour la chose publique de nombre de nos concitoyens.

Vivement donc que cette période peu enthousiasmante des primaires soit passée. Nous pourrons alors ensemble aller à la vraie bataille. La municipalité sortante de droite n’a pas complètement déméritée et j’ai de l’estime pour Jean-Claude Gaudin (qui fut, il y a longtemps, mon prof d’histoire-géographie au lycée et que j’ai souvent revu depuis). Mais Marseille a besoin de changement. C’est une ville malade qui a pourtant d’énormes atouts. Nous sommes quelques-uns à vouloir donner le meilleur de nous-même au service de la cité. On n’est jamais sûr de réussir lorsqu’on entreprend, mais il est bon d’essayer. Pour une fois, à ma modeste place, je suis acteur et non simple commentateur. C’est probablement moins confortable.

Qui l’emportera le 13 d’abord (1er tour), puis le 20 (seuls les deux candidats arrivés en tête se représenteront) ? Marie-Arlette Carlotti est, semble-t-il, bien placé. Patrick Mennucci, ami de trente ans lui aussi, a également des chances, de même que Samia Ghali. Eugène Caselli, un moment favori, semble en perte de vitesse. Les sondages publiés sont peu significatifs. Les jeux sont donc ouverts.   

Que le meilleur gagne. Nous serons ensuite tous derrière lui.

                                   Yves Barelli, 4 octobre 2013                                        

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Published by Yves Barelli - dans Marseille
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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 00:01

Une fois de plus Marseille est sur le devant de la scène en matière d’insécurité et de violence. Une fois de plus, on mélange tout pour tirer des conclusions hâtives. Deux jeunes assassinés en dix jours à coups de couteaux dans le centre-ville, l’un dans des conditions encore indéterminées apparemment par un SDF n’ayant pas toute sa raison (enquête en cours, évitons les conclusions trop rapides), l’autre au cours d’une rixe sur laquelle on n’a pas, non plus, beaucoup d’informations, un policier affecté à la surveillance d’une plage récemment à moitié noyé par une bande d’adolescents excités, un infirmier agressé au service des urgences par les mêmes assassins de la rixe.

Ça n’arrive pas tous les jours heureusement (nous ne sommes pas en Amérique latine !), mais cela interpelle et effraie parce qu’on se dit que cela pourrait nous arriver. Cette violence-là, même si le risque zéro ne peut exister, est inadmissible. Sa pérennisation et même, semble-t-il, son aggravation, doivent nous interpeller et interpeller nos dirigeants : un pays civilisé ne peut continuer à vivre avec, ou alors nous ne sommes plus civilisés !

Deux autres « jeunes » (le terme est commode !) retrouvés criblés de balles dans les quartiers nord, là aussi en quelques jours (il y en a déjà eu près d’une vingtaine depuis le début de l’année). Chaque fois, les victimes étaient « connues des services de police », comme on dit, c’est-à-dire qu’elles étaient des délinquants répertoriés comme tels, parce des multirécidivistes. Franchement, ces règlements de comptes ne m’émeuvent pas. Je pleure l’assassinat des « jeunes » du paragraphe précédent. Pas ceux-là, bien que la mort d’un homme, même un criminel, ne me réjouisse pas, mais, lorsqu’on joue avec le feu, on ne saurait se plaindre de s’y bruler, et même de périr carbonisé ou, et ça revient au même, transpercé par une rafale de kalachnikov.

Je ne mets pas la première et la seconde violence sur le même plan. Elles doivent être traitées différemment et, je le répète, il ne faut pas tout mélanger.    

La cité phocéenne n’a certes pas le monopole de la délinquance en France et on peut regretter que les médias nationaux aient une certaine prédilection à se focaliser sur cette seule ville, en soulignant presque à plaisir ses traits négatifs alors qu’il y en a d’autres, notamment l’immense succès de « Marseille, capitale de la culture pour 2013 », au cours de laquelle (voir mes articles sur ce blog, le dernier, « actualités marseillaises », 13 juin 2013) des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées sans aucun incident. On peut rappeler aussi que la « révolte des banlieues » de 2005 avait épargné Marseille, mais aussi que, dans cette ville, les victoires de l’OM se terminent mieux que celles du PSG à Paris. Cela doit être dit et répété. Cette ville n’est pas systématiquement plus mauvaise que les autres. 

Mais ne nions pas, pour autant, la réalité de la violence à Marseille. Elle existe. Elle a d’ailleurs toujours existé. Marseille est un port, ouvert sur tous les horizons, sur tous les trafics, alimentés par tous les délinquants. Marseille est une ville où il y a beaucoup de chômage, de pauvreté et de précarité et on sait que, mathématiquement, le taux de délinquance est corrélé à celui de la pauvreté (ce qui ne signifie pas, évidemment, que les pauvres soient tous prédisposés à la délinquance mais, disons, la tentation est grande, surtout lorsqu’on côtoie une richesse insolente et mal acquise). Marseille est une ville méditerranéenne, latine et méridionale. Autour de la « Grande Bleue », les gens n’ont pas spécialement la réputation d’être calmes, disciplinés et civiques. Ils sont plutôt turbulents, presque de nature, en tout cas de culture.

Lorsque j’étais enfant et que j’habitais cette ville, il y avait déjà des « blousons noirs » violents, les vols de mobylettes et d’autoradios y étaient courants et, déjà, le grand banditisme et le trafic de drogue faisait partie du paysage. Ce n’est donc pas nouveau, ce qui n’empêche pas la situation d’être inquiétante.

Sans minimiser le phénomène, une précision toutefois, en général passée sous silence par les « observateurs » : à la différence de Paris, Lyon et presque toutes les grandes agglomérations françaises, Marseille n’a pour ainsi dire pas de communes de banlieue. Ici, la banlieue fait partie de la ville. Les « quartiers nord » sont à une dizaine de kilomètres du centre alors que le périphérique parisien n’est jamais à plus de six kilomètres de l’île de la Cité. A Lyon, lorsque vous débarquez à la gare de la Part Dieu, il suffit de marcher dix minutes (un kilomètre) pour être déjà à Villeurbanne. La commune de Marseille est deux fois et demie plus vaste que celle de Paris et cinq fois plus grande que celle de Lyon. Intégrez les statistiques de la criminalité de la Seine-Saint-Denis ou d’Argenteuil (9 km des Champs-Elysées, plus proche que ne le sont de la Canebière la plupart des « quartiers nord ») dans celles de Paris, ou celles de Vaulx-en-Velin et de Vénissieux dans celles de Lyon et vous aurez des chiffres comparables à ceux de Marseille.

En fait, le problème marseillais est celui de la France, même si sous le soleil le crime y est plus spectaculaire et les agissements des malfrats plus insupportables encore qu’ailleurs. A Marseille, plus belle, sans doute, est la vie, et plus horrible et spectaculaire, probablement, y est la mort ! Le problème n’est d’ailleurs pas que la criminalité y soit plus élevée ou moins élevée qu’à Paris ou à Lyon, plus forte ou pas pire qu’avant. L’important est qu’elle est désormais vue par le Marseillais comme traumatisante et donc insupportable.

S’y attaquer devrait en conséquence être une priorité. Pour la cité phocéenne, mais aussi pour l’ensemble de la France. Sans doute même la priorité des priorités, ce qui ne signifie pas que le reste doive être négligé, notamment l’économie, le social et l’éducation car tout est lié. Mais ne soyons pas naïfs. Il ne suffirait pas de créer des emplois pour régler le problème. Il y a d’autres causes à la violence que le chômage.

Pour s’attaquer au problème, encore faut-il le connaitre. Donc l’analyser.

Quelles sont les formes de l’insécurité à Marseille (et ailleurs) et comment les combattre?

Je n’ai pas la prétention d’apporter, seul, des réponses définitives à cette question. D’autres que moi travaillent sur le terrain. Leurs avis sont donc sans doute plus pertinents que les miens. Mais, sans les récuser, il faut aussi se méfier des solutions préconisées par les spécialistes. Ils manquent parfois de recul ou n’abordent souvent qu’un aspect de la question.

J’écrivais au début de ce texte qu’il ne faut pas tout mélanger. Je le réitère car il y a, en simplifiant, trois formes différentes, bien que souvent liées, d’insécurité (je parle ici de l’insécurité sur la voie publique ; les violences domestiques, question gravissime, sont un autre problème ; la violence routière, la seule qui soit en baisse, aussi ; quant à la délinquance en col blanc, y compris de certains élus, c’est encore autre chose) : le grand banditisme, souvent lié à la drogue, mais pas seulement ; la petite et moyenne délinquance ; enfin, ce qu’on peut regrouper sous le terme général d’ « incivilités », souvent les plus gênantes pour les citoyens, même si elles sont rarement accompagnées de violences autres que verbales.

1/ Le grand banditisme est le crime organisé et doté de gros moyens. Aujourd’hui, son terrain de prédilection est le trafic de drogue. En d’autres temps, on a eu la prostitution, le trafic d’alcools ou de cigarettes, voire d’œuvres d’art (à Marseille, peu : nos malfrats ne sont ni artistes ni intellectuels !). De nombreuses « cités » sont devenues des supermarchés de la drogue et beaucoup en vivent, plus ou moins. Certains « caïds » accumulent des fortunes, d’autres améliorent leurs fins de mois avec le recel, en jouant les intermédiaires ou en faisant le « chouf » (le guet). Les règlements de compte qui défraient régulièrement la chronique marseillaise sont liés aux différends pour le contrôle des territoires. Patrick Mennucci, député PS et candidat aux prochaines primaires, a eu une bonne formule : « dans le commerce normal, on règle les problèmes devant les prud’hommes. Chez les caïds de la drogue, ça se passe à coup de kalachnikovs ».

Ces règlements de compte sont spectaculaires, mais ce n’est pas ce qui gêne le plus les Marseillais. Comme nombre d’entre eux, J’aurais personnellement tendance à dire que ces crimes sont des non évènements. Ils n’intéressent que les médias parisiens qui persistent à ne vouloir voir en Marseille qu’un Chicago français (comme Marseille, d’ailleurs, Chicago est une ville magnifique où il y a bien d’autre chose à voir que le souvenir de l’insignifiant Al Capone !). Jean-Claude Gaudin a eu raison de dire qu’il ne s’apitoyait pas sur le sort des « nervis » éliminés. Ceux qui se lancent dans le « business » doivent savoir que c’est dangereux et, si cela peut faire peur aux petits jeunes qui gagnent 50 à 100€ pour guetter aux portes de la cité toute une journée plutôt que d’aller à l’école, cela peut avoir un effet pédagogique positif.

Faut-il s’attaquer en priorité au trafic de drogue ? Sans doute, doit-on s’y attaquer. Je ne dirais pas que c’est une priorité. S’il y a des vendeurs de drogue, c’est aussi qu’il y a des consommateurs, y compris chez les habitants des « beaux quartiers » qui vont s’approvisionner dans certaines cités comme d’autres vont à Carrefour. Dans la classe de première du lycée de ma fille, en région parisienne, il y a une poignée de consommateurs, souvent fils de familles honorables. Tout le monde sait où s’approvisionner. Arrêtons l’hypocrisie. C’est un problème de société. Faut-il légaliser la consommation et donc le commerce des drogues, au moins les moins dangereuses ? J’en serais plutôt partisan, mais mon jugement n’est pas définitif. Il y a du pour et du contre. Je crois qu’un véritable débat public serait utile plutôt que de faire semblant de ne pas voir le problème.

En attendant de statuer sur la légalisation éventuelle de la vente des drogues douces, il vaudrait mieux, plutôt que d’essayer d’éradiquer sans aucune chance de succès ce commerce, traiter la question par d’autres biais. D’abord, si trafic il y a, en le circonscrivant, de fait, à des emplacements bien délimités. En d’autres termes, il ne faut tolérer ni zones de non droit, ni trafic dans les cages d’escalier ni dans tout autre lieu qui gêne la vie quotidienne des habitants. Il ne manque pas de terrains vagues à l’écart. Si vendeurs et acheteurs peuvent s’y retrouver en toute tranquillité, ils n’auront aucune raison d’enquiquiner les habitants des cités.

Ensuite, les bénéficiaires des trafics peuvent être frappés sur la conséquence de leur trafic, leur train de vie. Voyez le parc automobile de bien des cités HLM. Il ne respire pas toujours la pauvreté. Une action conjointe police-administration des impôts, mais aussi prestataires de l’aide sociale, devrait être systématiquement conduite. Il est inadmissible que des « chômeurs » officiels reçoivent diverses allocations tout en ayant un train de vie qui n’a rien à voir avec leurs revenus officiels. C’est par ce biais qu’on devrait trouver et réprimer les trafiquants. D’ailleurs, ces trafiquants, tout le monde les connait dans les cités. L’ « omerta » y règne, bien sûr, mais revenons au bon vieux temps des « indics » rémunérés et comprenons que, parfois, la police a besoin d’utiliser des moyens à la limite de la légalité. En outre, si l’arsenal juridique est insuffisant pour agir efficacement, il faut adapter la législation en conséquence. Le parlement sert à cela.

Un moyen complémentaire de se débarrasser des malfrats qui empoisonnent la vie des cités est d’assortir, comme cela se fait en Angleterre, toute condamnation d’un délinquant habitant une cité HLM, d’une expulsion immédiate de l’HLM : la société n’a pas à subventionner le logement de ceux qui la combattent. Idem pour les allocations familiales lorsque des mineurs sont impliqués dans des actes de délinquance. Aux parents de prendre leurs responsabilités.

Manuel Valls, comme ses prédécesseurs de droite comme de gauche avant lui, ont raison de poser le problème des multirécidivistes. On souhaiterait simplement qu’on passe des paroles aux actes. Qu’un laisse une chance à un primo-délinquant de se réhabilité, c’est juste et légitime. Passons encore sur la deuxième « bêtise ». Mais au-delà, la société doit se protéger. La place d’un multirécidiviste, c’est la prison ou un camp de travail. Arrêtons de rêver ! Ce qui démoralise les citoyens, comme les fonctionnaires de police, c’est qu’on parle toujours de ce problème, mais on ne le résout jamais. La répression pour la répression ne saurait être la panacée universelle. Mais pour ceux qui ne comprennent que cela (la preuve est qu’ils recommencent), tout laxisme est un encouragement à continuer et à monter toujours plus dans l’échelle du délit puis du crime.

Si cet ensemble de mesures était réellement mis en œuvre, ce serait sans doute plus efficace que l’envoi de nouveaux bataillons de CRS qui, de toute façon, ne peuvent être partout : lorsqu’une cité est investie, simplement la délinquance passe ailleurs, avant de revenir lorsque les CRS sont partis.  Et si c’est pour toujours interpeler les mêmes multirécidivistes, à quoi bon gaspiller les moyens de la police ? Marie-Arlette Carlotti, membre du gouvernement et donc, à ce titre limitée dans son expression, a raison lorsqu’elle dit que l’augmentation des effectifs de police est une bonne mesure mais que cela ne suffit pas. Elle a d’ailleurs quelques bonnes propositions dans son programme pour les prochaines municipales marseillaises.    

Quant à la sécurisation de certains quartiers par la présence de militaires sur le terrain, comme le demande Samia Ghali, personnellement je suis pour. Il ne s‘agît pas d’envoyer des tanks ou de tirer à belles réelles sur la foule. Nous sommes heureusement plus civilisés qu’en Egypte. Mais ce qui se fait dans les gares et les aéroports où des militaires en armes sont présents et patrouillent dans le cadre du plan vigie pirate, pourrait aussi être fait, à mon sens, dans les rues de Marseille, centre-ville comme quartiers nord.

2/ La petite et la moyenne délinquance constituent un problème sans doute plus difficile encore à traiter que le grand banditisme.

Marseille est malade de la petite délinquance : vols à l’arrachée de colliers, de sacs, de portables, agressions renouvelées de petits commerçants, la plupart du temps pour ne voler que quelques euros, mais agressions qui peuvent tourner au drame tant les agresseurs, souvent des adolescents, sont nerveux et pas « professionnels », cambriolages à répétition d’appartements et de maisons, etc, etc. Rares, désormais, sont dans cette ville ceux qui n’ont jamais été victimes de cette délinquance ou n’ont pas de proches qui l’ont été.

Cela est insupportable. Même si on risque rarement sa vie avec cette délinquance, les gens, désormais, ont peur. Peur de rentrer chez eux le soir s’ils habitent à l’écart d’une grande avenue, peur de se faire attaquer, même sur une grande artère, si on est vulnérable (personnes âgées, femmes seuls, handicapés), peur de retrouver sa voiture « visitée » avec une vitre brisée ou peur de retrouver son appartement avec la porte fracassée et ses biens dérobés. Le droit à la sécurité est un droit fondamental. Il n’est plus garanti dans notre cité.

Pourquoi une telle situation ? Ce n’est pas seulement lié à la pauvreté et à la crise économique. Je crois aussi que l’une des causes, peut-être la principale, est liée à la perte des valeurs. J’y reviendrai plus loin.

3/ Les « incivilités » empoisonnent de plus en plus la vie quotidienne. Le manque de respect des adultes par certains enfants, les déchets jetés à terre, les dégradations de toutes sortes, le stationnement sauvage, notamment sur les passages piétons ou sur les emplacements de handicapés, les déjections de chiens, d’une façon générale la violation sans retenue et sur un mode habituel de toutes les règles constituent désormais le quotidien. Partout en France, mais, à Marseille de façon encore plus spectaculaire.

Toutes les incivilités ne sont pas à mettre sur le même plan mais je considère que tout laxisme en l’occurrence est la porte ouverte vers des dérives pouvant conduire à la délinquance et, pour certains, au banditisme.

Le problème, ici, est celui de la perte des valeurs. Beaucoup ont perdu la notion du bien et du mal, du licite et de l’illicite. On est frappé de constater que certaines personnes n’ont absolument aucune conscience que ce qu’elles font peut être mal et que cela peut gêner les autres, voire que cela peut être dangereux.

Les exemples foisonnent. A Marseille, particulièrement. Il n’y a pas si longtemps, des « jeunes » ont arrêté un TGV entre Marseille et Aubagne. Pas pour détrousser les voyageurs (ça, on le fait dans la banlieue parisienne !). Tout simplement parce que cela les amusait et qu’ils ont voulu filmer leur « exploit ». Lorsque des adolescents encore plus inconscients que vraiment méchants, ont failli noyer cet été un policier sur la plage des Catalans, ils n’ont probablement pas eu l’intention de le tuer, mais ils ont failli le faire. Ils n’ont pas réalisé la gravité de leur acte. Quand on gare sa voiture sur un trottoir ou sur un passage piéton, ce n’est pas, en général, par méchanceté mais par facilité. Il n’empêche, les désagréments pour les personnes âgées sont tels que certaines ne sortent presque plus de chez elles.

Ces incivilités, je crois que les pouvoirs publics n’ont pas pris la pleine mesure de ce qu’elles rendent, au quotidien, la vie impossible. Etre obligé de marcher sur la chaussée parce que les voitures sont sur les trottoirs, pester contre celui qui a placé son véhicule devant l’entrée de votre parking, marcher les yeux sur ses pieds pour éviter les crottes chien, c’est beaucoup plus gênant que les règlements de compte qui font l’ouverture des journaux télévisés nationaux.

On peut comprendre que, par manque de moyens, la police ne puisse s’occuper de tout et qu’elle doive hiérarchiser ses interventions. Mais on a l’impression que, pour elle, les incivilités ne sont pas répréhensibles. Et ce n’est pas spécial à Marseille. En voici des exemples. A Bezons, Val d’Oise, des voitures sont en double file presque en permanence à proximité du commissariat, à Argenteuil, où je fais souvent du vélo, le même camion est presque en permanence garé à cheval sur un trottoir et sur une piste cyclable. Dernièrement, j’ai été scandalisé, et je l’ai fait savoir aux intéressés, de constater que les policiers du commissariat des Chartreux à Marseille avaient garé l’une de leurs voitures sur le passage piéton situé en face du commissariat. Le monde à l’envers : non seulement ceux qui devraient lutter contre les incivilités ne le font pas, mais ils en commettent eux-mêmes. A force de ne pas réprimer le stationnement sur ce passage piéton, ces policiers ont, eux aussi, perdu la notion du bien et du mal. C’est grave. Autre exemple : j’ai suivi une fois à Clichy, Hauts de Seine, une voiture de la police nationale tout le long de l’avenue Jean Jaurès, artère principale de la ville, longue d’un kilomètre. Ils sont passés devant dix-huit voitures garées en double file, ce qui ralentissait fortement le trafic. Pas particulièrement en mission d’urgence (ils roulaient tranquillement sans sirène), ils n’ont pas eu l’idée de s’arrêter pour, sinon verbaliser, au moins faire partir les véhicules gênant la circulation. Aucun pays d’Europe occidentale (sauf peut-être l’Italie) n’atteint ce degré de laxisme. La dernière fois que je suis allé à Berlin, je n’ai vu en trois jours, qu’un véhicule garé dans un couloir de bus. Une voiture de police était déjà à ses côtés.

Si j’insiste sur ces incivilités non réprimées, c’est parce que une incivilité non sanctionnée est la porte ouverte à la délinquance. Lorsqu’on prend l’habitude de l’impunité pour les incivilités, on peut rapidement se croire tout permis. Certains franchissent le pas et tombent dans la petite délinquance qui, elle-même non réprimée, conduit au banditisme.

Perte des valeurs et sentiment d’impunité sont les principales causes de la montée de l’insécurité à Marseille et ailleurs en France.

La seule attitude à adopter devrait être la tolérance zéro. Le concept a été mis au point à New York, ville où j’ai habité, et ça marche ! Je ne préconise pas de mettre les gens en prison à la première incartade, mais, simplement, de faire comprendre à ceux qui ne respectent pas les règles de la vie en société que la société se défend et qu’elle ne tolère pas ceux qui ne respectent pas les autres.

Lorsqu’un élève manque de respect envers son instituteur, ou lorsqu’il dégrade du matériel, ou encore lorsqu’il jette un papier à terre, la sanction devrait être de l’obliger à balayer la cour ou à nettoyer la classe avant d‘envisager des procédures lourdes de conseils de discipline, d’avertissements ou même de blâmes qui, dans la plupart des cas, ne sont pas compris.

Même pour des faits plus sérieux, les travaux d’intérêt général devraient être la règle. Faire repeindre les cages d’escalier de sa cité en salopette rayée sous surveillance policière, ou militaire, devant des camarades moqueurs serait certainement plus efficace que des « rappels à la loi », des peines de prison avec sursis ou, pis, des peines de prison prononcées mais pas appliquées parce que les prisons sont pleines. Le laxisme, en l’occurrence, n’est pas compris comme de la bienveillance, mais comme de la faiblesse de la part de la société et un encouragement à continuer sur la voie de la délinquance. Quant aux voitures gênantes, le meilleur remède serait de les immobiliser 24 heures ou plus, selon la gravité. Ce serait plus efficaces que des PV qui, souvent ne sont pas payés parce qu’on ne sait même pas où sont les propriétaires et qu’on n’a pas le temps de les chercher.

Dans ces conditions, je crois qu’il faut traiter, avant que le fautif commette des faits plus graves, toute incivilité ou tout acte de petite délinquance avec l’idée que, si les faits ne sont pas sanctionnés, dans une juste proportion évidemment, le coupable considèrera qu’il a acquis le droit de continuer.

4/ On ne pourra, à mon sens, lutter efficacement contre l’insécurité qu’en considérant globalement le problème et en partant du principe que les petits ruisseaux font les grandes rivières (cf § précédant : une petite infraction non sanctionnée en appelle de plus grandes).

Considérer globalement le problème, c’est allier éducation, prévention, développement économique et répression. S’agissant spécifiquement de Marseille, laisser des quartiers entiers dans la déshérence, c’est laisser le champ libre aux caïds de la drogue, c’est, en laissant s’établir un climat de désespérance, ouvrir la porte aux pertes des valeurs et à toutes les dérives qui en découlent.

Il faut donc rétablir dans les quartiers « difficiles », les services publics et un tissu social. Cela ne pourra se faire que si la croissance économique et les emplois reviennent.

A cet égard, l’éducation tient une place stratégique. Parce qu’elle donne les bases pour acquérir plus tard un métier. Mais aussi parce que seuls, l’éducation, le civisme et le culte des valeurs de la République sont de nature à permettre, chez les intéressés, de différencier le bien du mal, le permis de l’interdit.

Tout cela doit être accompagné par une répression intelligente qui commence, avec des mesures proportionnées aux manquements, par la sanction dès la première incartade.

La relative inefficacité actuelle de la police vient du fait qu’elle ne sait plus où donner de la tête. Quand on laisse faire, quand un sentiment général d’impunité s’installe, la majorité a tendance à s’aligner sur les comportements illicites non réprimés d’une minorité initiale. Si tout le monde se gare sur les trottoirs ou les passages piétons, pourquoi vais-je me casser la tête à chercher une place où je ne gêne personne ? Quand tout le monde jette des papiers par terre, pourquoi aller chercher une poubelle ?

Une police qui laisse faire les incivilités est bien vite débordée. Lorsqu’elle se décide à sanctionner, vu le grand nombre d’inciviques, elle le fera au hasard et ceux qui seront sanctionnés auront un sentiment d’injustice : pourquoi moi et pas l’autre ? Dans ces conditions, c’est comme pour un prof chahuté : les sanctions arrivant trop tard ne suffisent plus à ramener l’ordre. Une police qui n’est pas crainte n’est pas respectée. Non seulement elle ne fait pas peur au délinquant (alors que la dissuasion devrait être la règle), mais elle n’a plus le soutien de la population. Or sans soutien de la population, une police perd beaucoup de son efficacité.

Il s’agit donc de sanctionner et de sanctionner justement et en proportion de l’infraction. S’agissant d’une grande ville comme Marseille, il est important de multiplier les caméras vidéo de surveillance mais, plus encore, d’avoir une politique de présence policière sur le terrain. Autrefois, dans une ville, on s’adressait à l’agent du coin de la rue et il pouvait nous renseigner. Il faut mettre fin à ces patrouilles de police en voiture qui passent toutes sirènes hurlantes à toute vitesse. Ces sirènes sont stressantes et ajoutent au sentiment d’insécurité. Il faut, au contraire, des policiers à pied, à vélo ou à cheval, disponibles pour parler avec le citoyen. Ce peut être le rôle d’une police municipale (que je ne souhaite pas armée), en complément de la police nationale. Je conseille à nos responsables d’aller se promener au Brésil. Dans ce pays violent, depuis que les zones les plus touristiques sont remplies de policiers visibles, le sentiment de sécurité est revenu.  

Si de telles mesures sont prises, je suis persuadé que, spontanément, les incivilités reculeront car la majorité des gens souhaite une ville propre avec des trottoirs disponibles pour les piétons, une ville où on ne se fait pas insulter à tout bout de champ, une cité où les élèves respectent les profs et où les jeunes aident les vieux à traverser.

Dans toute société, il y aura toujours une proportion qui ne comprendra que les coups. Par l’éducation et la prévention, je suis convaincu qu’on peut convaincre 90% de la population de respecter les règles. Pour les 10% qui restent, seule la répression peut être efficace. Et pour les multirécidivistes qui ne comprendront jamais rien, la seule solution sera l’enfermement.

La violence et l’insécurité, à Marseille et ailleurs, ne sont pas une fatalité. Nous pouvons les maîtriser. A condition d’employer les bons moyens. Cela ne veut pas dire simplement toujours plus de policiers. C’est utile, nécessaire mais insuffisant. Il y a tout le reste à faire. J’en ai parlé plus haut.

A Marseille comme ailleurs, il ne faut pas, non plus, tout attendre de l’extérieur. L’Etat ne peut rien si Marseille et les Marseillais ne se prennent pas en charge. Cela est essentiel. C’est d’abord par les Marseillais que Marseille se sauvera.

Mais les Marseillais, au moins dans un premier temps, ne pourront tout faire tout seul. Cette ville est comme un jardin qui, en été, n’aurait pas été arrosé depuis longtemps. L’eau manque. Il faut l’aider à amorcer la pompe. Que l’eau rejaillisse, et nous aurons les plus beaux fruits parce que nous avons la terre et le soleil. La terre et le soleil, pour nous Marseillais, c’est la convivialité d’une cité vieille de 2600 ans qui a accueilli des gens venus de partout et qui, tous, sont fiers d’être Marseillais, même si, parmi eux, il y a quelques malfrats qu’il faut mettre au pas, c’est l’immense collection de talents individuels dont cette cité regorge, talents qui ont parfois des difficultés à s’exprimer collectivement, c’est la merveilleuse histoire d’une ville qui est née par une histoire d’amour (voir mon article sur ce blog, « la légende de la fondation de Marseille », 7 janvier 2013).

Cette histoire d’amour, nous sommes nombreux, une majorité, à vouloir la remettre au goût du jour.

Dans quelques mois, il y aura à Marseille, et ailleurs en France, des élections municipales. Selon toute vraisemblance, j’y participerai. Je vous ai déjà parlé ici du soutien que j’ai apporté à la candidature de mon ami Hacen Boukhelifa (« Hacen Boukhelifa, une nouvelle voix pour Marseille », 25 juin 2013) et du soutien que nous apporterons à celui qui sera désigné comme candidat par la primaire socialiste. Nous avons beaucoup travaillé le programme électoral. Dans celui-ci, la sécurité tient une place centrale. Nous en reparlerons.

Marseille, par ses excès, par le spectacle qu’elle aime à se créer, est l’image surexposée de ce qui attend la France si nous ne savons pas redresser la barre tant qu’il en est encore temps.

Marseille, qui a donné à la France son hymne national, est le laboratoire de la République. Cette République de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité doit assurer des droits à ses citoyens, à tous ses citoyens, ceux des quartiers nord comme ceux du Sud. Elle est en droit, en retour, d’exiger des devoirs. Ce sont les règles qui permettent la vie en société. Il est du devoir de la société de ne pas tolérer que certains transgressent les règles en toute impunité (j’ai exposé tout cela dans un livre, « La République, des droits et des devoirs », paru cette année aux éditions Dictus, disponible par exemple chez Amazon).

Marseille mérite un traitement spécial, avec ses citoyens et pour ses citoyens, parce que l’avenir de toute la République est en jeu dans cette cité. Il lui faut un plan global alliant le développement économique, l’accompagnement social, l’éducation et, pour ceux qui la méritent, la répression. Placer l’ensemble de la ville en zone spéciale de sécurité, comme le demande Eugène Caselli, président de Marseille-Métropole, me parait adéquat dans la mesure, évidemment, où on ne se limiterait pas à cette mesure qui, prise isolément, ne règle pas grand-chose.

Il est temps, en tout cas, que les responsables marseillais, de tous bords politiques, se mettent autour d’une table et qu’un grand débat, réunissant le maximum de citoyens, soit lancé sur le thème : « Que faire pour sécuriser notre ville ? ». Ce débat intéresse tous les Français, parce que, plus ou moins, nous avons partout les mêmes problèmes.  

Avec mes amis, j’y participerai.

                                                            Yves Barelli, 21 août 2013                                                                                                                        

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 21:21

Les lecteurs de ce blog savent combien Marseille me tient à cœur. Comme la plupart des Marseillais, j’aime la ville qui m‘a vu naître. En fait, je l’ai dans la peau. C’est épidermique. Marseille et moi, c’est une histoire d’amour. Parfois heureuse et romantique. D’autres fois,  amour déçu. Mais toujours dans la passion. Jamais dans l’indifférence.

Ce sentiment fort pour la cité phocéenne, il est presque général dans cette ville, capable du pire, mais aussi du meilleur. Et si nous extériorisons si systématiquement ce sentiment, c’est parce que les médias dits « nationaux », en fait parisiens, s’ingénient à ne parler de notre ville que lorsqu’il s’y passe quelque chose de négatif. Cette ville-spectacle plait, et quand l’actualité est dramatique, elle semble plaire encore davantage. Plus belle la vie sur le Vieux-Port, plus dramatique la mort dans les quartiers Nord ! Comme s’il n’y avait jamais de règlements de comptes à Paris ou à Lyon ! Peut-être que la mort, pour ces médias, est plus belle au soleil que sous les frimas de terres plus septentrionales. Le rouge du sang y est sans doute plus vif !

Si je parle de ces sentiments, de nos sentiments, qui sont, parfois, ceux de l’injustice face au dénigrement (car les premières médicales, les premières maritimes, les records, positifs ceux-là, qui sont ceux de notre ville, la presse « nationale » n’en parle pas beaucoup, pour ne pas dire jamais), c’est parce que la campagne électorale pour les municipales de 2014 a déjà commencé et que cet amour pour Marseille, cette envie d’en changer l’image, ce besoin de s’investir pour participer à son redressement, on le trouve dans toutes les professions de foi des candidats.  

Cet amour est le plus souvent sincère. Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille depuis 17 ans, a été ministre et vice-président du Sénat. Le seul fauteuil auquel il tient est celui qui, au premier étage du majestueux bâtiment du 17ème siècle, siège de l’hôtel de ville, domine le Vieux-Port, en face de Notre-Dame de la Garde. Ce fauteuil, beaucoup rêvent de s’y asseoir un jour. Je n’en connais pas un seul qui l’abandonnerait pour un poste de ministre, fut-il le premier.

L’élection municipale de 2014 se jouera entre Jean-Claude Gaudin, probable candidat à sa propre succession, et le candidat qui émergera de la primaire socialiste qui se déroulera en octobre prochain. Le Front de Gauche et le Front National, traditionnellement forts dans la cité phocéenne, feront certainement de bons scores. Il faudra sans doute aussi compter avec les Verts et les Centristes. Les reports de voix seront intéressants à observer pour le deuxième tour. Cette élection municipale s’annonce passionnante car pleine d’incertitudes. La dernière fois, Gaudin l’avait emporté de très peu. L’écart, dans un sens ou un autre, sera sans doute encore serré cette fois.  

Dix candidats sont déclarés pour la primaire socialiste. Il leur faut le parrainage de 200 membres du PS et de 1300 citoyens. Tous ne seront donc pas retenus. Presque tous ont écrit, ou s’apprêtent à le faire, un livre pour exposer leur programme. Autant de déclarations d’amour pour cette ville en bleu et blanc (couleurs de son drapeau, issu de la fondation de la cité par les Grecs en 2600 avant Jésus-Christ, couleurs aussi de la mer et du ciel et du calcaire des collines qui entourent Marseille et des magnifiques calanques qui s’égrènent sur son territoire – dont la superficie est deux fois et demi celle de la ville de Paris-).

Marie-Arlette Carlotti, ministre du gouvernement de François Hollande, qui rêve de rentrer dans sa ville pour occuper le siège de Gaudin, fait de Marseille, dans son livre, sa « capitale », Samia Ghali a intitulé le sien tout simplement « La Marseillaise », rappelant ainsi sa « marseillanité », mais aussi l’hymne que nous avons donné à la France et dont les paroles évoquent si bien cette cité, « belle et rebelle ». Patrick Mennucci, Eugène Caselli, Christophe Masse, et tous les autres, qui ont fait toute leur carrière à Marseille, et qui entendent la poursuivre eux aussi au premier étage de la mairie, tiennent des propos de la même veine.

Parmi les autres candidats à la primaire socialiste, je voudrais mentionner un « petit » candidat, bien qu’il soit grand par la taille et par l’ambition. Il s’agit de Hacen Boukhelifa. Il a inscrit sur ses tracts et ses affiches qu’il est la « nouvelle voix pour Marseille ».  

Je le connais depuis longtemps. Nous nous étions rencontrés il y a une quinzaine d’années sur le Vieux-Port lorsque, l’un et l’autre, nous participions à une manifestation de solidarité avec les Kabyles, ce peuple berbère fier qui se bat contre l’hégémonie algéroise comme nous luttons contre le centralisme parisien. Les Kabyles ont conservé leur langue, qui est très différente de l’arabe. Les Provençaux, eux, ont, sauf exceptions (dont la mienne), généralement oublié la leur, même s’ils la comprennent encore. D’où ma sympathie pour les Kabyles, parmi lesquels j’ai de nombreux amis.    

Je connais aussi quasiment tous les autres candidats à l’investiture socialiste. Marie-Arlette Carlotti et Patrick Mennucci sont des amis de plus de trente ans. Jeunes militants, nous donnions du fil à retordre à Gaston Defferre, vieux cacique, que nous aimions bien pourtant, comme lui nous aimait. Notre fougue contestataire lui rappelait sa jeunesse et, de toute façon, entre Marseillais, nous nous comprenions, même quand nous nous combattions. Cela est vrai aussi pour le camp d’en face. J’ai ainsi beaucoup d’estime et de respect pour Jean-Claude Gaudin, entièrement dévoué à sa ville et à la chose publique. Lycéen, il a été mon prof d’histoire-géographie et, lorsque je l’ai fait promener dans les rues d’Alger en 1999 lorsque j’y étais en poste diplomatique, il y avait une grande connivence entre nous. D’autres membres de la municipalité actuelle sont également des gens respectables.

Mais, comme il faut bien faire un choix, j’ai décidé d’apporter mon concours à Hacen Boukhelifa. Je me retrouve un peu dans sa personnalité. Il est, comme moi, un pur produit de l’école républicaine. C’est-à-dire qu’il s’est fait tout seul. Enfin, pas vraiment tout seul, grâce aussi à des instituteurs et à des professeurs dont l’ambition était l’accès du plus grand nombre au savoir et qui savaient repérer les élèves dignes de réussir dans la vie. Le père de Hacen était mineur de fond dans le Pas-de-Calais (le mien est né à Nice où il commença à travailler à l’âge de quatorze ans). Lui est aujourd’hui avocat et totalement impliqué dans la cité phocéenne.

Hacen est binational franco-algérien car ses parents immigrèrent d’Algérie. Mais ce que j’apprécie chez lui, c’est que c’est un vrai binational. Français en France, Algérien en Algérie. Si vous voulez le fâcher, dîtes-lui qu’il est « Algérien de France », ou encore « Français issu de l’immigration » ou, pis, « candidat de la diversité ». Il est Marseillais, Provençal et Français. Point final, s’agissant de ce côté-ci de la Grande Bleue. Comme moi, il combat le communautarisme. Marseille s’est faite depuis 26 siècles avec des gens venus de partout. Aujourd’hui, ils sont tous Marseillais, la Vierge de la Garde est leur porte-drapeau, le Vieux-Port leur point de ralliement et l’OM leur passion. Marseillais, Provençaux et Français. Eux, moi et les autres, nous le sommes tous. Même à Marseille, où l’intégration était une réalité, aujourd’hui l’ascenseur social et culturel semble en panne et la tentation du repliement sur de soit disant valeurs identitaires existe chez certains. A nous de combattre cette régression. Hacen le fait. Il est, dans cette ligne, un farouche défenseur de la laïcité. Il est, comme moi, non seulement contre tout signe religieux ostentatoire, mais contre l’idée même d’accorder des dérogations, de quelque nature que ce soit, à la loi ou à la règle républicaines pour motif religieux, y compris pour les cantines scolaires. La République ne se partage pas. Les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs pour tous.

Si je soutiens Hacen, ce n’est pas seulement pour sa personnalité. C’est aussi pour son programme, notre programme. Nous avons des propositions novatrices sur de nombreux sujets, par exemple en matière de logement, de transports ou s’agissant de la vocation maritime de Marseille. Nous partageons aussi une certaine conception de la politique. Nous en avons une vision morale. Tous les coups ne sont pas permis et mieux vaut perdre dans l’honneur que gagner dans la malhonnêteté.       

Tout n’est pas rose pour autant. Surtout pas à Marseille et au PS (parti dont je ne suis plus membre depuis bien plus de vingt ans pour des raisons qui me sont propres et que les lecteurs de ce blog comprennent aisément).

La rue de Solferino (siège du PS, à Paris) s’est résolue à organiser une primaire à Marseille pour deux raisons. La première est que la fédération du PS des Bouches-du-Rhône a été mise sous tutelle. Guérini et les « affaires » obligent. La seconde est qu’il y a quatre prétendants principaux qui, à priori, ont des chances voisines de l’emporter : Marie-Arlette Carlotti, Patrick Mennucci, Samia Ghali et Eugène Caselli. La première est ministre, le second député et maire de secteur, la troisième sénatrice et maire de secteur, le quatrième président de la communauté urbaine.

La direction du PS, à la fois pour éviter la multiplication des candidatures à la primaire et pour plaire aux « grands » candidats, dont quelques-uns ont du mal à admettre que des « petits » prétendent jouer dans la cour des grands, a multiplié les obstacles d’ordre bureaucratique sous les pieds des « petits » candidats, dont Hacen Boukhelifa : pas d’accès aux « listings » d’adhérents (comment obtenir les parrainages si on ne sait même pas où trouver les membres du PS ?), pas de réunions prévues dans les sections du parti dont certains caciques se comportent comme s’ils en étaient les propriétaires., etc.

C’est vrai que la démocratie a encore quelques progrès à faire en France. Au PS comme dans tous les autres partis. On a vu comme cela s’est (mal) passé pour l’UMP, tant à l’échelon national que parisien. Les magouilles, les passe-droits, la confusion entre un poste d’élu et l’accaparement de ce qui tourne autour de ce poste, sont des tentations permanentes. Pour certains, la démocratie consiste uniquement en la confirmation de leur pouvoir par des électeurs-moutons. Que ceux-ci ne jouent pas le jeu, que certains veuillent émerger en prétendant partager le pouvoir de ceux qui y sont installés, et, soudain, les pseudo-démocrates se rebiffent et dévoilent leur nature profonde d’apprentis dictateurs.

Ces dérives existent partout. A Marseille, comme ailleurs. Il est dommage que les quelques brebis galeuses de la politique entachent ainsi une activité qui devrait rester noble, celle qui consiste à donner le meilleur de soi au service de la cité et de ses habitants. Je fréquente les hommes politiques, élus, responsables et simples militants, de tous les partis depuis des années. L’immense majorité est honnête. Ces hommes et ces femmes donnent beaucoup de leur temps, de leur énergie, et souvent de leur argent, pour défendre des causes qu’ils croient justes. Peu en retirent du bénéfice.     

Oui, la démocratie est un éternel combat. Peut-être parce qu’elle n’est pas naturelle dans l’espèce humaine qui, comme toutes les espèces animales, est tenté de faire prévaloir la force. La démocratie, c’est une conquête sur la loi de la jungle. Elle n’est jamais acquise pour l’éternité et il faut la défendre.

Je ne sais si mon « cheval » Hacen Boukhelifa réussira à réunir les parrainages nécessaires pour être qualifié pour la primaire. Les chances qu’il y parvienne avant le 8 juillet, date limite des dépôts de candidature, sont sans doute faibles.

Mais le combat ne sera pas terminé. Nous nous rallierons in fine à un « grand » candidat. Je ne vous dis pas encore lequel. Restons dans la tradition marseillaise et méditerranéenne. Place à la discussion.

Et au sortir de la primaire, il y aura un, et un seul, candidat socialiste à la mairie de Marseille. Il aura mon soutien. Je participerai à sa campagne. J’ai beaucoup d’idées, des propositions à formuler. J’ai bon espoir que ce, ou cette, candidat(e) en retiendra quelques-unes.

Ma participation à la campagne socialiste aura une seule motivation et signification : je veux donner le meilleur de moi-même pour Marseille. Pas par ambition personnelle. J’ai passé l’âge. Mais par amour pour ma ville et pour les gens qui l’habitent. Des gens qui, souvent, ont de l’énergie, de l’enthousiasme, du talent. Qui ne demandent qu’à les exprimer. Le plus souvent sans rien demander à titre personnel, mais au service de l’intérêt général. Et pour les exprimer, il faut les organiser. C’est particulièrement vrai dans cette ville peu portée vers le travail collectif. Ce sera le rôle de la municipalité de réunir les conditions pour y parvenir.

Ma participation à cette entreprise aura donc cette signification et seulement celle-là. Je suis trop en désaccord avec le gouvernement Hollande pour le soutenir. Mon soutien à la liste socialiste à Marseille ne sera donc, en aucun cas, un soutien au gouvernement. Ce ne sera pas non plus une déclaration de guerre à Jean-Claude Gaudin. Il est honnête, il aime Marseille, il lui a apporté beaucoup. La réussite de MP2013, cette « capitale de la culture » en cours, le montre. Simplement, si nous sommes aux affaires, nous garderons de la municipalité Gaudin le meilleur et nous améliorerons le reste.

C’est cela le sens de mon engagement. Je sais que c’est aussi celui de Hacen Boukhelifa (même  si, membre du PS, il est, par la force des choses, un peu moins critique que moi vis à vis de François Hollande).

 

                                                           Yves Barelli, 26 juin 2013                                                

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 12:25

 

La semaine du 3 au 9 juin a été riche en évènements à Marseille, le plus souvent dans le cadre de l’année de « Marseille-Provence, capitale de la culture » (MP2013).

1/ L’évènement phare a été l’ouverture, tant attendue, du musée des cultures européennes et méditerranéennes (MUCEM). Mais cette manifestation culturelle a été loin d’être la seule.

Le président Hollande a inauguré le MUCEM le 4 juin. Le public y a ensuite été admis à partir du 7 juin (64 000 visiteurs ont été enregistrés pour les trois premiers jours). C’est ce jour-là que je l’ai visité, juste à l’ouverture, ce qui m’a permis d’éviter le plus gros de l’affluence des milliers de visiteurs impatients de découvrir la « merveille » et bénéficiant pendant trois jours de la gratuité (ensuite, il faudra débourser 8€, mais avec gratuité pour les chômeurs, les économiquement faibles et les jeunes : il faut saluer cet effort social dans une ville où la population n’est pas souvent riche ; en outre, l’accès à la promenade et aux jardins, qui permettent les meilleures vues, resteront gratuites pour tous).     

L’intérêt du MUCEM est double. Il s’agit d’un grand musée offrant des salles d’exposition sur 44 000 m2, mais c’est aussi une œuvre architecturale remarquable qui s’inscrit dans un site exceptionnel.

Le musée est réparti sur deux bâtiments principaux : l’ancien fort Saint-Jean, l’une des « vigies » de l’entrée du Vieux-Port, du 12ème siècle, entièrement réhabilité et désormais ouvert au public, et le MUCEM lui-même, une structure de béton édifiée en bord de mer, exactement à l’entrée du port de commerce sur un ancien môle, le « J4 ». Les deux bâtiments sont reliés par une passerelle piétonne qui domine spectaculairement une darse du port (sans doute sera-t-elle impraticable les jours de fort Mistral ; il ne semble pas qu’on y ait pensé). Une seconde passerelle relie le MUCEM à l’esplanade Saint-Laurent, au début du quartier du Panier, le plus ancien de la ville (c’est là que se situait l’essentiel de la cité grecque antique).

L’originalité du MUCEM est sa structure ajourée de béton qui lui donne un aspect de moucharabié (dessin géométrique percé de trous qui, dans la tradition arabe, permet de voir sans être vu). L’architecte, Rudy Ricciotti (on lui doit quelques œuvres marquantes, dont le nouveau pavillon de l’islam au musée du Louvre), quelqu’un de la région, ce qui mérite d’être salué, n’a pas son pareil pour justifier son œuvre en termes dithyrambiques. Il explique sur tous les médias que son bâtiment est plus qu’un musée, mais un lieu magique entre ciel et mer. Son béton ajouré, il ne le compare pas seulement à un moucharabié, mais aussi à une mantille espagnole et, mieux encore, au dessin d’un récif de corail.     

Je pencherais plutôt pour le moucharabié car, de l’intérieur du musée, on voit la mer, tandis que, vu de l’extérieur, on ne distingue pas l’intérieur. On ne voit qu’un grand parallélépipède foncé parsemé des arabesques imaginées par l’architecte. La réalisation de ce béton qui se veut léger tout en étant solide a nécessité la recherche d’un matériau nouveau.

Quel est le résultat ?

Pour certains, ce bâtiment est la nouvelle merveille du 21ème siècle. Beaucoup de Marseillais en sont très fiers. Personnellement, je n’apprécie pas beaucoup cette œuvre. Vu de l’extérieur, on dirait un vulgaire hangar. Je trouve cette œuvre froide, comme cela est généralement le cas des structures de béton, ajourées ou non. Je me demande en outre ce qu’il en restera dans cinquante ans. J’étais récemment à Brasilia. Cette cité du « futur » construite en 1960 est déjà une ville du passé. Les monuments romains sont encore là, mais nombre d’édifices de Brasilia commencent à tomber en ruines. De lourds travaux de rénovation sont déjà nécessaires.

Si on m’avait demandé mon avis, j’aurais proposé, pour abriter ce musée, de construire un édifice en forme de grande villa provençale ou, mieux, de temple grec. On aurait ainsi rappelé les origines de la ville et, vu depuis la mer lorsqu’on entre à Marseille en bateau, je pense que ce temple grec aurait eu de l’allure. Et puis, pour abriter un musée consacré aux cultures méditerranéennes, un clin d’œil à la Massalia antique aurait eu sa place.

Mon esprit critique, décidément sans limite, vaut aussi pour ce qu’on a mis dans le musée. Malgré la surface, on visite plutôt rapidement la « galerie de la Méditerranée », au rez-de-chaussée, qui constitue le morceau de choix du musée (d’autres espaces abritent des expositions temporaires). Celle-ci a été divisée en quatre sections : « l’invention des agricultures, naissance des dieux », « Jérusalem, ville trois fois sainte », « citoyenneté et droits de l’homme » et « au-delà du monde connu ». Bref, un peu tout et n’importe quoi, avec un mélange des époques et des espaces qui ne favorisent pas l’aspect didactique. Pour remplir le musée, on a puisé dans les réserves des musées parisiens et il ne semble pas que, une fois payé l’architecte et l’architecture (le musée a coûté 191 millions d’euros ; les travaux ont duré 4 ans), il soit resté beaucoup de disponibilités pour acquérir des œuvres en quantité et en qualité suffisantes. De fait, le visiteur, passe dans les salles et se dépêche de sortir voir la mer et Notre-Dame de la Garde, valeurs les plus sûres aux yeux des Marseillais.

Si j’avais dû proposer une autre thématique, voici ce que j’aurais mis dans ce musée, consacré, rappelons-le aux cultures méditerranéennes : d’abord l’Antiquité grecque. A Marseille, ça s’imposait. Ici, on reste sur notre faim. On n’a pas voulu toucher aux collections du Louvre. J’aurais mis une deuxième partie consacrée à la Provence romaine et médiévale. Dans une troisième partie, j’aurais présenté les cultures contemporaines des terres latines qui entourent Marseille : sud de la France, Italie, Catalogne, Valence, Andalousie, Espagne, Corse, Sardaigne. Dans le musée, elles sont à peu près absentes, comme le sont (ce serait ma quatrième partie) les cultures arabo-berbères du Maghreb. Le musée aurait alors apporté quelque chose de nouveau par rapport à ce qui existe ailleurs.

Désolé de ces critiques auxquelles j’en ajoute une dernière : la signalétique dans le musée et aux abords est quasi absente. Pas de sens de visite identifiable, sortie jamais indiquée (pas même des sorties de secours), inscriptions assez souvent traduites (mais pas toujours) en anglais et en espagnol. J’aurais souhaité de l’italien, compte tenu du nombre élevé de visiteurs qui viennent de notre voisine et sœur de l’Est.

Pour finir sur une note positive, je recommande, malgré mes critiques, la visite du musée ou, au moins, des promenades piétonnes qui l’entourent. On y jouit de l’une des plus belles vues de Marseille. D’un côté le Vieux-Port, de l’autre les bassins du port de commerce, avec l’enfilade des navires de croisière, dont certains sont de véritables monuments, mais aussi de la cathédrale de la Major (en style romano-byzantin. En face, le palais et les jardins du Pharo et, dominant et protégeant (c’est ce qu’on dit même lorsqu’on n’est pas croyant car, pour tous les Marseillais, c’est un signe de ralliement) Marseille, la majestueuse Notre-Dame de la Garde. Splendide. On peut compléter la visite en déambulant sur le chemin qui, le long de la berge, contourne le fort Saint-Jean, côté Vieux-Port. Les voiliers et les bateaux de tonnage moyen qui desservent le Château d’If et le littoral, qui brillent au soleil au milieu de mille reflets, animent le panorama, renouvelé en permanence. Ce spectacle à lui seul vaut le voyage à Marseille.

C’est vrai que le site de Marseille est l’un des plus beaux de la Méditerranée. Relativement peu de gens, à l’extérieur, le savaient. Cette année, il y a un boom touristique ; les visiteurs affluent. Et pour les Marseillais, avec le MUCEM et son environnement, on a un nouveau lieu de promenade et d’animation (à côté du MUCEM, la région Provence a créé un nouveau bâtiment d’expositions et de réunions, la villa Méditerranée, à l’architecture moderne originale).    

2/ Le chef de l’Etat a profité de sa venue à Marseille pour baptiser le dernier né de la flotte de la compagnie CMA-CGM. Cette compagnie est l’un des plus grands transporteurs de containeurs au monde. Son siège est à Marseille, dans la plus haute tour de la ville, récemment construite en bordure du port. Le navire inauguré, le Jules Verne, a 400 mètres de long (plus long que la tour Eiffel n’est haute). C’est le plus grand porte-containeurs du monde.

3/ En sortant du MUCEM, je suis allé au « pavillon M », une structure provisoire en bois montée à côté de l’Hôtel de Ville pour abriter des expositions ou des manifestations artistiques durant cette année 2013. Belle exposition sur Marseille, son port et son front de mer. Mais pourquoi l’avoir intitulée « waterfront » ? Ridicule cette manie, ici et ailleurs, de mettre des mots anglais à toutes les sauces là où on a des mots français aussi parlants.

Sur le quai du port, devant la mairie, autre spectacle, assez habituel à Marseille : une manifestation de taxis. Quelques dizaines de véhicules bloquant l’avenue. Comme nous en avons l’habitude, une déviation a été organisée et personne n’a protesté. Les gens ici sont résignés, ou ils ont le temps. Bref, ils gardent leur calme. Bien difficile de savoir quel était le motif exact de la colère, très tranquille aussi, des taxis. Les policiers en faction n’en avaient aucune idée. Finalement, l’un des chauffeurs de taxis m’a dit qu’il y avait eu une agression la nuit précédente. Mais, selon d’autres sources, la protestation visait la mise en place de navettes gratuites entre l’arrivée des bateaux de croisière (en forte hausse : 1,3 millions de croisiéristes attendus cette année) et la sortie du port. C’est cela aussi Marseille : certains manifestent, ou se mettent en grève, sans savoir exactement pourquoi. Quant à l’intérêt général, ce n’est pas la préoccupation dominante. Chacun défend son intérêt particulier et si cela donne une mauvaise image de la ville, tant pis ! Nous avons de grands progrès à faire dans cette ville !

4/ Une autre manifestation à laquelle j’ai assisté, artistique celle-là, je suis allé la voir à Aubagne, à 22 km de Marseille (une grande banlieue en fait). Mais ici, banlieue ne veut pas dire sans âme. Aubagne, c’est la ville de Marcel Pagnol (enfin presque : il était des Camoins, à trois kilomètres d’Aubagne, mais cette autre banlieue fait partie de la commune de Marseille), celle aussi des santons, de la poterie et de la céramique. Aubagne et son agglomération, 100 000 habitants, ont un autre intérêt : municipalité à majorité communiste mais avec participation d’une partie de la droite, en union sacrée pour préserver le particularisme aubagnais contre la prétention du gouvernement de l’inclure dans la communauté de communes de Marseille-Provence-Métropole. A l’actif de la municipalité, des transports en commun gratuits et efficaces qui desservent la ville et une dizaine de villages alentour. Un modèle à suivre.

La manifestation artistique a consisté en un grand « passo-carriero » (« carriero » = rue, en provençal) avec participation de « tambourinaires » et danseurs provençaux, mais aussi de groupes brésiliens. Un hymne (« Aqui » = ici) a été spécialement composé pour l’occasion par un de mes ami, Miquèu Montanaro, musicien et chanteur d’expression provençale, mais aussi ouvert sur les cultures du monde (il est souvent en tournée dans le monde et il est capable de jouer avec les musiciens les plus divers, de folklore, mais aussi de jazz).

5/ Cette culture provençale, à laquelle je suis personnellement très attaché, je l’ai retrouvée le lendemain à Marseille à une manifestation littéraire au bord de la Canebière. Intitulée « les écrivains marseillais ont la tchatche », elle était consacrée à tout ce qui s’écrit dans la ville.  Thèmes artistiques, touristiques, économiques, historiques et sociologiques. Parmi les auteurs, des écrivains d’expression provençale (il y en a !). Comme toutes les langues dites « régionales » (mais la nôtre a quand même eu un prix Nobel avec Frédéric Mistral !) le provençal (encore appelé occitan, langue d’oc ou « lengo nostro ») est négligé, et même méprisé par Paris. La région accorde une petite aide à l’édition provençale, mais les régions, en France, ont peu de moyens financiers et rigoureusement aucune compétence juridique pour donner une place publique à la langue. Le provençal n’est plus beaucoup parlé (je fais partie des locuteurs) mais est largement compris par les Provençaux et autres Occitans.

6/ Cette riche semaine s’est terminée avec l’arrivée le 9 juin à Marseille de la « Trans-Humance ». Celle-ci a tourné deux mois dans toute la Provence avant de terminer en apothéose à Marseille.

De quoi s’agit-il ? De 4325 animaux, dont 3000 moutons, quelques centaines de chèvres, de vaches et 300 chevaux de toutes catégories : imposants chevaux de traits attelés à des charrettes de la Saint Eloi (ce jour-là, on défile dans les rues de nombreux villages – autour de Marseille, les plus connus pour cela sont Allauch, Plan-de-Cuques, Trets et Cuges - ) portant des hommes et des femmes en costumes provençaux ainsi que diverses décorations, beaux pur-sang blancs Camarguais montés par des « gardians » (ce sont nos « cow-boys »). Les milliers de montons donnaient une note très bucolique. Les bergers n’étaient pas sans mérite pour les conduire dans un environnement qui n’est pas le leur.

Tous ces animaux et leurs accompagnateurs venaient de toute la Provence, mais ils avaient aussi reçu un renfort italien avec chevaux et vaches aux grandes cornes venues des « Maremme », dans le Latium, un peu au sud de Rome. Leurs cavaliers ressemblaient à nos gardians. Une femme, debout sur trois étalons noirs, ouvrait la cavalcade. Des scènes filmées, avec une chorégraphie recherchée, on tirera un film.

Trois cent mille personnes ont assisté au spectacle (gratuit comme presque toutes les manifestations de Marseille, capitale de la culture). Pour l’occasion, la plus grande partie de la ville avait été libérée des voitures.

Quelques grincheux ont peut-être pensé que l’aspect culturel et artistique était bien faible dans cette manifestation. Ils n’ont rien compris. Les témoignages recueillis par la presse locale montrent que les Marseillais et les Provençaux en voyant ce spectacle dans lequel les bénévoles étaient les plus nombreux ont retrouvé une part de leurs racines et de leur authenticité. C’est cela l’esprit de MP2013 : on ne cherche pas le festival de stars, on veut simplement retrouver l’esprit de la fête fait de simplicité, d’authenticité, de gratuité et de participation de toute une ville et de toute une région. Les « stars » ici, ce sont Marseille et les Marseillais, la Provence et les Provençaux. Rien d’autre. Mais c’est beaucoup.

7/ La suite sera donnée le 12 juin avec l’inauguration au musée des beaux-arts du palais Longchamp de Marseille, entièrement rénové, et du musée Granet d’Aix-en-Provence, de l’exposition « le grand atelier du Midi » avec deux cent œuvres de peintres de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, principalement les grands noms de l’impressionnisme, du cubisme et, plus généralement, de la peinture moderne qui ont créé en Provence : Cézanne, Van Gogh, Picasso, Matisse, Miro et d’autres. Leur point commun : les couleurs et les formes, inspirées de la lumière et des paysages provençaux. Cette exposition, qui rassemble des œuvres des plus grands musées du monde, se tiendra jusqu’au 13 octobre (11€ l’entrée pour un musée et 19€ pour les deux). A voir si vous passez dans la région, ce que je vous conseille.

                   

= Commentaires =

1/ 300 000 personnes (un Marseillais sur trois) dans les rues de la ville et rigoureusement aucun incident, aucun débordement. Des spectateurs responsables, une attitude bon enfant. On n’avait même pas mis de barrières ni de dispositif policier exceptionnel. On avait fait le pari que tout se passerait bien et le pari a été gagné.  Il y avait eu 400 000 personnes dans les rues pour le lancement de MP2013 en janvier et pas davantage d’incidents.  Pour le moment, l’opération « Marseille, capitale de la culture » est une réussite. J’étais personnellement sceptique sur cette manifestation. J’avais tort. La cité est devenue une immense scène où il se passe quelque chose tous les jours. Un effort considérable a été fait par les pouvoirs publics, Etat, région, département, communauté urbaine, ville. Mais aussi par tous les habitants, enthousiastes, et qui jouent pleinement le jeu de ces festivités. Ils le font avec cœur et entrain. D’ailleurs, à Marseille, on aime ça. Les spectacles sont certes de qualité inégale, les musées inaugurés ne sont pas nécessairement à la hauteur de l’attente. Mais peu importe. La ville vit. La plupart des manifestations culturelles à l’affiche sont gratuites. Tout le monde y participe (enfin presque : c’est vrai que les « minorités visibles », comme on dit, y sont peu visibles ; ceux qui en font partie se sentent sans doute moins concernés ; les « nuits du Ramadan » ont, auprès de ce public, davantage de succès ; l’intégration républicaine marche à reculons dans ce pays, pas seulement à Marseille. C’est, en soi, un problème).

Cette cité qu’on dit violente est extraordinairement calme et bon enfant. On se sent pleinement en sécurité dans les rues, au moins dans la journée. Il y a évidemment parfois de la pagaille. Sans elle, Marseille ne serait plus Marseille. Mais toujours sympathique. Aucune agressivité dans les comportements.

2/ Si j’insiste sur ce climat serein, c’est parce qu’il saute aux yeux. C’est aussi parce que, avec tous les habitants de cette ville, j’en ai assez de ne lire dans la presse parisienne et sur les télévisions « nationales » que des informations alarmistes où il n’est question que d’assassinats, comme si Marseille était Beyrouth des pires jours ou Sarajevo du temps des conflits yougoslaves. Oui, il y a à Marseille des règlements de comptes entre truands qui règlent à coup de kalachnikov leurs conflits de partage de territoires pour le marché de la drogue. Mais ce que les médias oublient, c’est que le territoire de la ville de Marseille comprend presque toutes ses banlieues. Marseille est 2,5 fois plus vaste que la ville de Paris et 5 fois plus grande que celle de Lyon. Lorsque vous arrivez à la gare de Lyon-Part-Dieu, marchez 10 minutes (un kilomètre) et vous êtes déjà à Villeurbanne. De l’île de la Cité, en 5 à 6 kilomètres, vous êtes au périphérique. A Marseille, il faut faire plus de dix kilomètres, jusqu’à 20 dans certaines directions pour sortir du territoire municipal. Ajoutez aux statistiques de Paris celles de la Seine-Saint-Denis et de Gennevilliers, à celles de Lyon, celles de Vaulx-en-Velin et autres banlieues à problèmes et vous aurez des chiffres du crime et de la délinquance à la hauteur de ceux de Marseille.

Alors que l’on dise que Marseille est une ville sale, que la petite délinquance y est un problème, que les incivilités y sont trop élevées. Soit. Mais pas plus qu’ailleurs comparé au nombre d’habitants. Ce qui est sûr, c’est que Marseille n’est pas plus dangereuse que l’agglomération parisienne. Peut-être même moins. Les Marseillais vivent, les Marseillais sortent, et ils en ont assez qu’on les montre du doigt. Les problèmes de Marseille sont ceux de la France. Ni plus ni moins. Avec sans doute un peu plus de spectacle, parce qu’ici tout s’extériorise. Plus belle la vie, plus spectaculaire la mort. Les problèmes du chômage, de la délinquance, de la drogue, du refus d’intégration d’un certain nombre de nos « compatriotes » qui n’ont de français que les papiers sont des problèmes communs à toute la France. Ils n’ont rien de spécifiquement marseillais. Lorsque les banlieues françaises se sont embrasées en 2005, ici, il ne s’est rien passé.

Le mauvais traitement de Marseille par les télévisons d’information en continu a justifié la missive que vient d’adresser Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, au CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) pour lui demander d’enquêter sur l’objectivité de ces médias. Je le soutiens dans cette démarche.    

3/ Si un lieu a un problème avec la violence ordinaire (je ne parle pas de celle des truands qui s’entretuent ; elle concerne peu les gens ordinaires), c’est bien Paris et son agglomération. Pas Marseille. Les 14 juillet et les Saint Sylvestre sont devenus le cauchemar de la préfecture de police de Paris. Sans même parler des victoires du PSG. Ce n’est pas le cas à Marseille. On y fête les trophées de l’OM dans la sérénité.

4/ Il n’y a pas que des records négatifs à Marseille. On en a aussi des positifs et le plus grand porte containeur du monde qu’a inauguré le président de la république n’est pas unique. On pourrait aussi citer plusieurs premières médicales ainsi que des records dans le secteur maritime, notamment celui de plongée sous-marine battu par la COMEX, l’une des principales entreprises mondiales de recherche et de travaux sous-marins. Quand il y a des opérations compliquées à faire au fond des océans, par exemple la pose d’un oléoduc, on fait souvent appel à elle. Je ne vais pas faire la liste des records marseillais. Ce serait fastidieux. Récemment le quotidien La Provence a sorti un numéro spécial pour les lister. On a ainsi inventé ici la carte à puce : la carte bancaire ou la carte vitale que vous avez sur vous a une bonne chance de venir de Gémenos, localité de l’agglomération marseillaise. Plus drôle, nous avons inventé le camion pizzaiolo et nous avons, sur la Corniche, le plus long banc du monde.

Si je cite tout cela, ce n’est pas par nationalisme ridicule de clocher. C’est seulement pour dire qu’à Marseille, il n’y a pas que les assassinats des quartiers Nord et que si les médias évoquaient aussi ce qu’il y a de positif, ce serait bien. La fierté des habitants de cette ville lorsqu’ils contemplent quelque chose comme le MUCEM est à mettre en relation avec le traitement habituel de l’information. A force de dire que leur cité a tous les problèmes de la terre, ils en sont complexés. Sans doute ont-ils tort de rendre Paris responsable de tout, mais ce sentiment peut se comprendre.  

5/ En tout cas, avec ou sans l’appui de la presse dite nationale, à Marseille la fête continue. Elle se poursuivra jusqu’à la fin 2013. Rendez-vous pour de prochaines manifestations. Et si vous avez quelques jours de libre, venez donc cet été du côté du Vieux Port…

                                                                       Yves Barelli, 10 juin 2013

 

 

 

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Published by Yves Barelli - dans Marseille
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