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23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 01:27

On se croirait revenu cinquante ans en arrière lorsque Leonid Brejnev avait inventé la théorie de la « souveraineté limitée » des pays communistes qui les soumettait en fait à la main mise soviétique en autorisant Moscou à s’ingérer dans toutes les affaires intérieures des « pays frères ». Ce principe a été mis en avant pour « justifier » l’envoi des tanks à Prague en aout 1968 pour mettre au pas la Tchécoslovaquie du communiste libéral Alexander Dubček. C’est cette impression de copie-et-collé que j’ai eu en lisant le texte du traité franco-allemand signé le 22 janvier en Allemagne (le lieu n’est pas anodin) par le président Macron et la chancelière Merkel. Ce traité est aussi déséquilibré en faveur de Berlin que pouvaient l’être les accords qui unissaient autrefois l’Union soviétique et la Tchécoslovaquie, pays que j’ai très bien connu et qui m’est cher comme le savent les lecteurs réguliers de ce blog.

1/ Ce traité a été signé en grande pompe à Aix-la-Chapelle dans le lieu qui abrita au 9ème siècle le pouvoir de Charlemagne par la chancelière et le président, en présence de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne (et par ailleurs ancien premier ministre du pays abritant le plus grand « paradis fiscal » d’Europe, le Luxembourg) et de l’inénarrable « président » du « Conseil européen » Donald Tusk (par ailleurs ex chef du gouvernement polonais battu en 2014 par la majorité actuelle « populiste » du PIS : dans l’UE, les « européistes » rejetés par les peuples ont toutes les chances d’être recyclés dans des fonctions inutiles mais coûteuses pour le contribuable européen ; c’est la conception de la « démocratie » à la mode de l’UE).

2/ Le nouveau traité se réfère au traité franco-allemand de 1963 signé par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer, qui avait scellé la réconciliation entre les peuples et jeté les bases d’une étroite coopération mais il présente avec ce texte une double différence fondamentale : l’ancien revêtait un intérêt historique (en finir avec les guerres passées) et était équilibré ; le nouveau n’a au contraire aucune justification conjoncturelle (si ce n’est, peut-être, de constituer pour Madame Merkel une sorte de testament politique avant l’abandon prochain de ses fonctions ; elle a fait plus que son temps et elle est presque aussi impopulaire en Allemagne que l’est Macron en France) et, surtout, on a rarement vu un traité (si ce n’est les textes qui liaient l’URSS à ses « alliés ») liant des Etats en principe souverains aussi déséquilibré.

3/ Si l’Allemagne est la championne économique que l’on sait, la France compense cette infériorité relative dans trois secteurs où sa supériorité sur nos « amis » d’outre-Rhin est traditionnellement reconnue : la place à l’ONU, la présence en Afrique et le rayonnement de sa langue et de sa culture.

C’est précisément dans ces trois domaines que nous allons tout partager ou presque :

a/ L’article 5 du traité crée le principe d’une concertation permanente entre les deux pays pour tout ce qui concerne le fonctionnement du Conseil de Sécurité de l’ONU (dont la France est membre permanent avec droit de véto, ce qui n’est pas le cas de l’Allemagne, membre « ordinaire » de l’ONU), avec notamment un travail en commun des ministères des affaires étrangères et des misions permanentes à New-York. Dire que désormais on partage le siège de membre permanent, comme on a pu le dire de façon un peu rapide et polémique n’est pas vrai… mais ce n’est pas tout à fait faux non plus dans la mesure où nos ministères et missions permanentes seront fortement encouragés à élaborer des positions communes.

Dans le même ordre d’idée, cette fois pour permettre à l’Allemagne de se mettre au niveau de la France, notre pays s’engage à faire campagne pour l’attribution à l’Allemagne d’un siège permanent au Conseil de Sécurité. Il est vrai que cela relève du vœu pieux : une telle demande est sur la table des propositions de réforme de l’ONU depuis les années 1980 (j’étais moi-même en poste diplomatique à New-York à ce moment) ; elle avait d’ailleurs été présentée conjointement par l’Allemagne, le Japon, l’Inde et le Brésil et la France, « bonne poire » (ou hypocrite, ce qui montrerait alors l’intelligence de nos dirigeants), soutenait cette revendication qui, si elle aboutissait, nous ôterait l’une des rares supériorités qui nous reste face à l’Allemagne (d’autres étant l’arme nucléaire et nos capacités de projection militaire n’importe où dans le monde, ce qui n’est pas le cas de notre « allié »). Rassurons-nous : la réforme de l’ONU, qui nécessiterait l’accord unanime des cinq grandes puissances, n’a aucune chance d’aboutir. D’ailleurs, ceux qui s’opposent à la réforme ont beau jeu de trouver des alliés dans des pays aux tailles comparables aux quatre « candidats » sur le thème « pourquoi eux et pas nous » ? Concrètement, ces pays se nomment Mexique, Argentine, Pakistan, quelques autres et, plus près de chez nous, Italie (qui y était déjà hostile ; on imagine que le nouveau gouvernement « populiste » de Rome l’est plus encore). Bref, le projet a fait « pschitt » et le mentionner dans un traité franco-allemand ne sert à rien (et peut indisposer Tokyo, Delhi et Brasilia, « oubliés » dans le texte).

b/ Longtemps l’Afrique a été notre chasse-gardée. On peut même dire que c’est la coopération et l’amitié avec le continent noir et la francophonie (une cinquantaine d’Etats) qui donne à la France cette dimension mondiale que l’Allemagne n’a pas. Comme nous sommes généreux, nous allons permettre à l’Allemagne de combler ce désavantage relatif puisque l’article 7 établit un « partenariat franco-allemand pour l’Afrique ».

c/ Le français, longtemps langue universelle avant de céder la place à l’anglais conserve encore un rôle mondial reconnu : l’une des deux langues de travail du Secrétariat de l’ONU, l’une des six langues officielles de l’ONU - celles pour lesquelles une traduction simultanée et l’édition de tous les documents sont assurés-, langue officielle aussi de toutes les autres organisations internationales (en général il n’y en a que deux, français et anglais, y compris à l’OTAN), langue aussi, avec l’anglais, de la coopération européenne (par exemple dans les réunions informelles entre ambassadeurs de l’UE, où que ce soit dans le monde, on peut s’exprimer, sans interprétation, dans l’une des deux langues que tous nos collègues sont tenus de comprendre). Dans aucune des organisations internationales, l’allemand n’est présent. Le texte d’Aix-la-Chapelle entend compenser cette inégalité, sans doute considérée comme « injuste », en développant l’usage du français en Allemagne (bien qu’en recul, encore la deuxième langue étrangère enseignée) et de l’allemand en France (bien après l’espagnol). Dans les régions frontalières, on veut même fortement encourager le bilinguisme : marché de dupes évidemment car, depuis que la Sarre, qui était une sorte de protectorat français, a été incorporée à la République Fédérale en 1955, le français est obligatoirement enseigné à tous les élèves du territoire (c’est le seul Land dans ce cas). Dire qu’on veut mettre l’Alsace et la Lorraine au même niveau d’obligation serait exagéré, mais celui qui l’affirmerait ne pourrait être accusé de trahir l’esprit du traité d’Aix-la-Chapelle.

d/ Quant à l’alignement de la France en matière économique, hélas ce n’est pas nouveau mais c’est rappelé sans finesse dans le texte : l’article 20 stipule en effet que les deux Etats « approfondissent l’intégration de leurs économies », instituent une « zone économique franco-allemande dotée de règles communes », « coordonnent les politiques économiques » et « créent un conseil d’experts économiques ». 

4/ En plus de nous lier les mains dans tous les domaines possibles et imaginables, le traité a un autre défaut majeur, à l’image d’ailleurs du fonctionnement de l’Union européenne, « machin » d’une lourdeur invraisemblable : nos diplomates, fonctionnaires et experts ne vont pas échapper aux réunions le plus souvent inutiles car purement formelles de toute une collection de nouveaux comités, conseils ou forums dont je vous passe le détail et qui sont institués par plusieurs articles du traité. 

5/ Tout, néanmoins, n’est pas négatif. Renforcer la coopération transfrontalière a son utilité, si les vœux pieux sont suivis de réalisations. A titre d’exemple, on souhaite une meilleure interconnexion des réseaux ferrés, routiers et numériques. Cela est nécessaire. Ainsi des routes. Je passe souvent la frontière entre les deux pays : à part les autoroutes Metz-Sarrebruck et Mulhouse-Fribourg, il n’y a pas de liaisons commodes, notamment autour de Strasbourg ou au nord de l’Alsace où l’A35 s’arrête avant la frontière.

Je trouverais utile qu’un traité encourage cette coopération transfrontalière franco-allemande s’il y avait des traités parallèles avec tous les autres pays frontaliers de la France, ce qui n’est pas le cas, montrant une fois de plus qu’il y a, pour la France, deux poids et deux mesures, l’Allemagne et les autres, comme c’était le cas autrefois à l’Est : l’URSS et les autres.

XXX

Cette propension de la France à privilégier en permanence la coopération avec l’Allemagne est incompréhensible, d’autant qu’elle n’est pas réciproque. Je suis bien placé pour le savoir. En trente ans de carrière diplomatique, j’ai continuellement reçu des instructions pour quasiment en toutes circonstances nous concerter avec nos collègues allemands. Demande parfois étendue aux autres membres de l’UE (ce que, à la rigueur, on peut comprendre), mais, en tout cas, systématiquement pour les Allemands. Dans le même temps, nos collègues allemands ne recevaient pas ce genre d’injonction. J’ai eu, parmi tous mes partenaires, quelques très bons amis, avec lesquels nous échangions en toute confiance. Sans trahir de secret diplomatique (c’est pourquoi je ne cite ni le lieu ni la date), chargé d’ouvrir  l’ambassade de France dans un pays qui venait d’accéder à l’indépendance, j’ai reçu pour instruction de rechercher un bâtiment pour, selon le souhait de Paris, établir une ambassade franco-allemande commune. J’en ai donc parlé à mon collègue et ami allemand (autour d’une bière après une partie de tennis) qui m’a répondu : « ah bon ? Moi, Berlin me demande d’ouvrir notre ambassade, tout seul, comme des grands ! » (Il a vérifié auprès de son ministère : ils n’avaient pas envisagé une seconde cette possibilité). Il est vrai que toutes les tentatives de faire quelque chose ensemble à l’étranger ont toujours tourné au fiasco (consulat commun en Bolivie, institut culturel franco-allemand en Pologne par exemple). Ce qui n’est pas étonnant car nous n’avons pas la même façon de travailler, pas le même droit civil (rédhibitoire pour des affaires consulaires) et, la connaissance de la langue du partenaire étant en recul, cela doit se passer de plus en plus en anglais. Et surtout, il y avait (il y a encore) un complexe historique allemand : jusqu’à la réunification, le pays n’était pas totalement indépendant, maintenant, l’occupation française est terminée alors, pour les Allemands, « la France, un peu ça va, mais il ne faut pas exagérer » (d’ailleurs, avec notre pagaille et nos gilets jaunes, ils ont du mal à nous comprendre), et ils ont raison. C’est pourquoi ils entendent agir de manière indépendante. Exemple : eux ont une ambassade à Pyongyang, pas nous (nous sommes d’ailleurs les seuls de l’UE avec l’Estonie à ne pas avoir de relations diplomatiques avec la Corée du Nord : la France a ses raisons que la raison ignore).

Trop de coopération contrainte tue la coopération. Alors comme disaient les Tchèques en 1989 à propos des Russes (vis-à-vis desquels ils n’avaient pas le même antagonisme que les Polonais), « laissons-les tranquilles et qu’ils nous fichent la paix, vive les Russes à Moscou et les Tchèques à Prague ».

J’ai trouvé une formule qui résume ce que je pense de l’Union européenne et de l’Allemagne (pays que j’aime bien et où j’ai de nombreux amis) : « j’aime la bière allemande et le vin français, mais je ne veux pas d’une boisson « européenne » qui serait un mélange de vin et de bière et qui risquerait d’avoir un arrière-goût de coca-cola frelaté ».

Laissons l’Allemagne aux Allemands et la France aux Français et vive l’amitié franco-allemande, la vraie, pas celle de Macron et de Merkel !

Yves Barelli, 22 janvier 2019

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 23:27

Deux semaines après la Bavière, les élections régionales (renouvellement du parlement du Land) en Hesse confirment la tendance lourde qui remodèle le paysage politique allemand : baisse sensible des deux grands partis de gouvernement, la CDU (chrétienne-démocrate de la chancelière Merkel) et le SPD (socio-démocrates), progression des Verts (qui compensent presque exactement la baisse du SPD), entrée en force des souverainistes de l’AfD et maintien, à un niveau plus bas, des Libéraux (FDP) et de die Linke (gauche plus radicale).

1/ Avec 6 millions et demi d’habitants, la Hesse n’est pas, de loin, le Land le plus peuplé d’Allemagne, mais c’est le plus riche par habitant grâce à la prospérité de Francfort-sur-le-Main, capitale financière et aéroportuaire du pays et l’un de ses principaux centres industriels et tertiaires, véritable plaque-tournante de l’Allemagne mais aussi cité emblématique de l’histoire et de la culture germaniques (Francfort fut la capitale du Saint Empire, c’est là que naquit Goethe et c’est tout à côté, à Mayence, que Gutenberg inventa l’imprimerie). Ce centre du pays, traversé par le Rhin, à la confluence des influences du Nord et du Sud, de celles du protestantisme et du catholicisme mais aussi de la laïcité, est souvent considéré comme celui qui donne le « la » à l’ensemble du pays. En politique comme dans le reste.

2/ Les résultats de l’élection du 28 octobre sont les suivants :

CDU=27,4%, 35 sièges au parlement local (attribués à la proportionnelle), 12 de moins qu’en 2013

SPD=19,6%, 28 sièges (-9)

Verts=19,5%, (+11) ; AfD=13%, 17 sièges (+17) ; FDP=7,8%, 10 sièges (+4) ; die Linke=6%, 8 sièges (+2)

3/ La coalition au pouvoir, atypique par rapport au reste de l’Allemagne, associait à la direction CDU une participation Verte minoritaire.

On ne sait si elle sera reconduite.

4/ Le principal enseignement du scrutin (mais aussi de celui de la Bavière) est l’affaiblissement de la droite et de la gauche traditionnelles, la montée des Verts qui tendent à prendre la place des socialistes et l’entrée en force des souverainistes anti-immigration et anti-Union européenne de l’AfD.  Le bipartisme traditionnel de la République semble être révolu. Phénomène constaté aussi dans la plupart des pays européens./.

Yves Barelli, 28 octobre 2018

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 14:07

En perdant la majorité absolue au parlement régional de Bavière, la droite chrétienne-démocrate de la CSU, qui est associée, mais de manière critique, au niveau fédéral à la grande coalition, en crise, dirigée par Madame Merkel, paye sa participation à cette coalition. On assiste parallèlement à une recomposition du paysage politique bavarois avec la marginalisation des socio-démocrates au profit des Verts, et l’entrée en force au parlement bavarois des souverainistes de l’AfD. La CSU n’aura aucun mal, grâce à l’apport de petits partis, à conduire à nouveau, comme elle le fait depuis 1960, le gouvernement bavarois. Ces élections étaient non seulement importantes pour ce « Land » de la République Fédérale, à la taille (13 millions d’habitants), à l’histoire et à l’identité d’une véritable Nation, mais aussi pour l’Allemagne et l’Europe car elles reflètent une tendance lourde visible presque partout sur le continent.

1/ Comme on le sait, l’Allemagne est une fédération, donc avec des composantes, les Länder (pluriel de Land) dotés de prérogatives importantes. La Bavière en est le Land le plus vaste, l’un des plus peuplés et des plus riches (quasiment pas de chômage, une agriculture, des services, une industrie – avec des entreprises comme BMW ou Siemens – prospères et une puissance financière propre), mais aussi et surtout une identité spécifique, à laquelle les Bavarois sont très attachés, fondée sur une histoire prestigieuse (Munich est une véritable capitale et la Bavière, qui fut un Etat souverain, jusqu’à son adhésion à l’empire allemand en 1870, qui existait depuis la 8ème siècle) et l’attachement au catholicisme.

2/ Cette spécificité bavaroise se retrouve dans le parti qui y est continuellement au pouvoir : la CSU « Union chrétienne-sociale de Bavière » n’est pas une filiale des Chrétiens-Démocrates allemands d’Angela Merkel, mais un parti indépendant historiquement allié (seule la Bavière est dans ce cas).

Jusqu’à il y a peu, cette indépendance pouvait paraitre théorique, tant la CDU et la CSU avaient le même fondement idéologique (le christianisme « social »), le même programme (le « libéralisme » économique et une orientation « européenne ») et le même destin politique (toujours associés au gouvernement ou ensemble dans l’opposition).

Les choses ont changé avec la vague migratoire de 2016 (un million de migrants entrés en Allemagne, en grande majorité musulmans) voulue par Madame Merkel et le patronat (qui, comme ailleurs, y trouve son compte en recrutant une main d’œuvre nouvelle peu exigeante et, surtout, en trouvant de nouveaux consommateurs au pouvoir d’achat gonflé par les allocations publiques payées par les impôts des classes moyennes). Les Bavarois se sont sentis submergés, ils ont considéré, à raison, que leurs mode de vie, leur identité et leur sécurité (l’essentiel de la délinquance vient des immigrés ; en dépit des efforts pour le cacher, en Allemagne comme ailleurs, la réalité saute aux yeux) étaient menacés. Première frappée, géographiquement (la, Bavière est la porte d ‘entrée en provenance des Balkans) et numériquement, la Bavière l’a fait savoir : la CSU a, pour la première fois, signifié son désaccord avec la politique du gouvernement auquel, pourtant, elle appartenait.

La réélection très difficile de Madame Merkel en 2017 s’est traduite par la constitution d’un gouvernement hétéroclite, avec le parti de la chancelière, les socio-démocrates du SPD et la CSU bavaroise (l’opposition, hétéroclite aussi, est formée de « die Linke » (comparable au parti de Mélenchon) et de l’ « AfD » (« Alternative pour l’Allemagne », hostile tant à l’invasion migratoire qu’à l’Union européenne).

Dans cette coalition, la CSU ne s’est pas contentée d’un strapontin puisque Horst Seehofer, chef de la CSU et « ministre-président » (c’est-à-dire chef de l’exécutif) bavarois, y est le ministre de l’intérieur. Le désaccord de Seehofer avec Merkel a pris une tournure spectaculaire à l’été 2018 lorsque le ministre a menacé publiquement de fermer les frontières à l’immigration en dépit de l’opposition de la chancelière.

3/ Il n’empêche que cette attitude, même si elle correspond au sentiment majoritaire en Bavière (et sans doute ailleurs) a été mal comprise, nombre de Bavarois reprochant au ministre de rester néanmoins au sein du gouvernement.

Cela explique le revers électoral relatif de la CSU du 14 octobre puisque l’Union Chrétienne Sociale de Bavière n’obtient « que » 37,3% des voix (et à peu près autant des sièges répartis à la proportionnelle avec double vote, par circonscription et par liste, le premier étant corrigé en proportion des voix obtenues, avec un minimum de 5%), ce qui serait enviable partout ailleurs, mais en forte baisse par rapport à 2013 quand la CSU avait, comme d’habitude, près de la moitié des voix.

4/ A qui profite le recul relatif de la CSU ?

Derrière, aucun parti n’atteint 20%

Les Verts semblent les grands gagnants puisqu’ils totalisent 17,6%, en hausse de près de 9 points. Mais cette hausse est parallèle à l’effondrement du SPD (socio-démocrates) qui passe de 20,7% à 9,8%. Nos « européistes » du « politiquement correct », dont la quasi-totalité des médias sont les porte-voix, se satisfont de ce résultat objectivement médiocre. Ils y voient l’ « effondrement » des anti-migrants au pouvoir à Munich qu’ils présentent comme quasiment battus par les bons « écolos », à la fois « gentils et généreux » pro-migrants et « Européens convaincus ».

La réalité est pourtant (mais les médias passent vite sur les chiffres, que, souvent ils ne citent même pas) que la CSU fait deux fois plus de voix que les Verts. La gauche, dans son ensemble, stagne : SPD + Verts à moins de 30% Même les « mélenchonistes » de « die Linke » n’arrive pas à décoller : elle fait 3,2% et n’obtient aucun élu (minimum 5%). Ce faible score (habituel en Bavière) tient à la fois à l’ancrage très catholique de la Bavière, à sa prospérité économique (il y, certes, aussi, des pauvres mais peu) et à la faible implantation locale de die Linke (qui fait ses meilleurs résultats en Allemagne de l’Est, où les anciens communistes se reportent sur elle, et en Allemagne du Nord, plus laïque ou plus protestante, qui vote traditionnellement à gauche.

5/ La véritable poussée est celle des souverainistes (que nos médias s’obstinent à appeler « populistes », ce qui, finalement peut être revendiqué puisqu’ils représentent le peuple) ou « identitaires ». En Bavière, deux partis entrent dans cette catégorie : l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), qui a axé sa campagne sur le danger migratoire, l’incompatibilité de l’islam avec les valeurs de la Bavière et la critique de l’Union européenne, et les FW, les « Electeurs libres », un parti qui n’a pas d’équivalent ailleurs, et qui défend les valeurs spécifiques de la Bavière.

L’AfD (parti récent) obtient 10,2% (il n’existait pas encore en 2013) et les FW 11,6% (près de 3 points de plus que la dernière fois). Ceux qui disent ou écrivent que les « populistes » ne font « que » 10%, sous-entendant que les « anti-immigrations » et « anti Europe » subissent un « échec » ou un « arrêt », prennent leurs désirs pour des réalités : le vote directement « populiste » atteint 20% et, si on y ajoute les « quasi-populistes » (ou « populistes » bis) de la CSU, on a une majorité absolue.

A bon entendeur, salut !

6/ La CSU n’aura aucun mal à former une majorité. Elle gouvernera probablement avec les « Electeurs Libres » et avec les Libéraux (centre, qui, en arrivant cette fois à 5,1%, franchissent la barre et obtiennent des députés).

7/ Ce vote bavarois n’est pas totalement transposable ailleurs en Allemagne et à l’étranger compte tenu des spécificités locales mais il donne néanmoins une idée des tendances lourdes constatables presque partout en Europe :

- « Poussée » des souverainistes qui devraient réaliser un très bon score aux élections européennes de 2019.

- Effacement de la gauche social-démocrate remplacée par le vote Vert : les élections municipales de dimanche dernier en Belgique sont allées dans ce sens. Ce transfert de voix s’explique à la fois par le discrédit qui frappe la gauche social-démocrate partout en Europe (ses électeurs traditionnels sont déroutés par ce qu’ils nomment souvent la « trahison » de formations devenues des partis de « bobos » qui ont abandonné tout programme de gauche en se ralliant avec armes et bagages au capitalisme le plus arrogant et le plus injuste – voyez, par exemple, le mandat de Hollande ou la participation du SPD au gouvernement de Merkel- , ce qui électoralement signe leur arrêt de mort) et la montée des craintes en rapport avec le réchauffement climatique.

- montée aussi, ce qu’on ne voit pas en Bavière mais qui est fréquent ailleurs, du « populisme de gauche » : Mélenchon en France, Podemos en Espagne, Cinq Etoiles en Italie.

Lorsque les « populismes » de droite et de gauche se rejoignent cela peut donner des majorités de gouvernement : en Italie, mais aussi en Hongrie, en Tchéquie ou en Russie par exemple où le vote est à la fois identitaire et « communo-nostalgique ».

Ce phénomène « populiste » ou « souverainiste » ou « identitaire » se cherche encore (on n’a pas même pas encore trouvé un nom commun). Il est encore divers selon les pays et il aura en conséquence encore besoin de « murir ».

Mais on trouve d’ores et déjà des caractères communs en formation qui correspondent plus ou moins au ressenti, pas toujours exprimé, des peuples : assez des gouvernements des « élites » auto-proclamées qui nient les identités nationales et locales au profit d’une mondialisation sans âme qui se concrétise sur notre continent par l’aberration de l’Union européenne, attachement à nos valeurs, celles qui ont fait les nations et qui sont communes à l’ensemble de l’Europe : valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, un slogan en France mais une aspiration partout, attachement aussi à nos racines chrétiennes (même lorsqu’on est athée) et « blanches » (les Noirs sont les bienvenus chez nous, mais à condition qu’ils acceptent de vivre comme les Européens, pas comme en Afrique ; dire ceci n’est pas être « raciste » ou « islamophobe » ou je ne sais quoi encore : j’apprécie personnellement les valeurs de l’Afrique, mais en Afrique, pas en Europe, et, corollaire, je ne veux en aucun cas imposer les valeurs de l’Europe à l’Afrique ; je n’ai rien contre les musulmans mais je ne veux pas d’islam en Europe et je ne veux pas que mon pays soit « multiculturel », sauf s’agissant des langues et cultures régionales auxquelles je suis attachés parce qu’elles contribuent à notre identité).

Tout ne mérite peut-être pas d’être retenu de ceux qu’on nomme « populistes » et les électeurs, évidemment, n’ont pas toujours forcément raison, mais, à tout le moins, serait-il  utile de voir ce qu’ils proposent plutôt que de les rejeter à priori.  

En Allemagne ou en Scandinavie par exemple, un débat existe sur les thèmes que j’ai mentionnés (il y en a d’autres, comme la pertinence de l’euro, le rôle de l’Etat dans l’économie ou le protectionnisme économique) plus haut. En France, c’est encore un sujet largement tabou. On en est encore à parler de « jeunes des quartiers » là où il faudrait dénoncer la délinquance maghrébine et l’islamisme. Nous sommes quasiment les derniers en Europe. Il serait temps de commencer plutôt que de se renvoyer à la figure des mots en « isme » ou en « phobe » qui figent ce qui n’est même pas un début de débat au lieu de le lancer et de le faire progresser.

Pourtant, les réalités sont là. Incontournables.

En Bavière et ailleurs/.

Yves Barelli, 17 octobre 2018                                              

                                        

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