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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 23:53

La France médiatico-politique est entrée en transe : les « Bleus » ont battu les allemands et sont en finale de l’ « euro » de foot. Depuis hier, nos télévisions ne parlent que de cela. Le foot, grande cause nationale, un exutoire à toutes les frustrations d’un peuple qui semble avoir perdu confiance en lui-même et en son pays. Je ne vais pas me faire que des amis en le disant, mais je suis franc : je trouve le spectacle de ces « franchouillards » brailleurs lamentable.

1/ Le sport est une activité magnifique qui permet de se surpasser et qui peut révéler ce que nous avons de meilleur en nous. De pire aussi lorsque la rage de vaincre, légitime, s’accompagne de cette affreuse maximise selon laquelle « la fin justifie les moyens », synonyme de mépris pour l’adversaire et pour l’éthique.

Malheureusement, lorsque le sport est dévoyé par l’appât du gain d’argent ou par la récupération politique, il s’accompagne de toutes les dérives.

Trop d’enjeux entourent désormais le sport, du moins les sports les plus médiatisés. Le football en est devenu l’archétype. Il est vrai qu’il est populaire et qu’il draine des millions de gens dans les stades et devant les petits écrans. Il est vrai aussi qu’il génère des sommes colossales d’argent. Pas seulement les joueurs aux salaires mirobolants. Mais aussi les droits de télévisions, les produits dérivés et toute la publicité qui l’entoure.

On pourrait dire que cela n’est pas nécessairement un mal en soi. Après tout, c’est une question d’offre et de demande. On offre un spectacle et des millions de gens sont prêts à payer cher pour le voir. Et ils payent de diverses façons : directement par les billets d’entrée, mais aussi indirectement lorsqu’ils achètent les produits dont ils subissent les publicités et lorsque, par leurs impôts, ils financent la construction de stades et autres équipements.

Dans le cadre du système capitaliste qui nous régit, cela est sans doute normal.

Ce qui l’est moins, et même pas du tout, est en revanche le fait qu’on ait laissé se développer les pratiques douteuses et même carrément mafieuses qui transforment le monde du foot à haut niveau en aspirateur à fric et en système généralisé de détournement d’argent, y compris public, et de corruption, comme les récents scandales de la FIFA, face émergée d’un iceberg bien plus massif, l’ont montré.

2/ A ce contexte peu reluisant dans lequel se déroule l’ « euro », s’en ajoute un autre, celui de la dérive du sentiment patriotique, noble, vers un nationalisme étroit, dangereux, et vers le chauvinisme, attitude répréhensible et même ridicule.

Certains diront : la France est en crise, le mécontentement est général, le président et le gouvernement sont au plus bas dans les sondages ; alors, on détourne leur attention vers l’euro en organisant un immense matraquage médiatique.

Je ne crois pas que ce soit réellement cela. Le gouvernement est sans doute content que, pendant quelques jours, on parle moins de chômage, de « loi travail » ou d’article 49-3 de la Constitution (qui permet de faire adopter un texte sans vote).

Mais, si les Français se passionnent pour le foot et pour les Bleus, ils le font tout seuls. Ils n’ont pas besoin que le gouvernement les y pousse.

Je crois en fait que cet « euro » est un exutoire pour un peuple en crise en mal de projet et de réussite collective. La France a été une grande Nation. Elle pourrait le redevenir si elle le voulait et si le système le lui permettait. Mais ce n’est pas le cas. Les Français ont perdu confiance, collectivement, en eux et en leur pays. Dans ce monde mondialisé, leurs valeurs sont battues en brèche et leur identité même est menacée.

Alors, pour un instant, et pour un instant seulement, on se prend à rêver. Rêves de grandeur et de réussite. Rêve que nous sommes les plus forts, et, en particulier, que nous sommes plus forts que les Allemands dont la supposée réussite (sur laquelle il y aurait beaucoup à dire) ventée quotidiennement par nos médias suscite chez nous frustrations et agacement.

3/ Mais je vais être rabat-joie. Je ne crois pas que la fin justifie n’importe quel moyen. Je crois au contraire que gagner dans de mauvaises conditions est pire que perdre dans l’honneur. Mon modèle est plutôt la petite Islande (mon article du 27 juin sur ce blog : « Euro 2016 : magnifique Islande ») qui sait perdre avec le sourire : dans ce pays, les supporters (à commencer par leur président de la République assis sur les gradins au milieu de ses compatriotes et non dans un salon VIP) font corps avec leur équipe qu’ils encouragent et qu’ils remercient, même quand elle perd, remerciements que les joueurs leur rendent.

Personnellement, et je m’en excuse, lorsque je vois un joueur faire une mauvaise action, lorsque je vois une équipe faire de l’antijeu simplement pour protéger une avance et, plus encore, lorsque je vois un arbitrage inéquitable, je m’insurge. Et si l’équipe de France gagne par ces mauvaises méthodes, alors, je soutiens l’équipe adverse.

Cela est arrivé plus d’une fois. On se souvient tous de la qualification il y a quelques années de la France contre l’Irlande grâce à une main non sanctionnée. Dans cet euro même, on a remarqué (fait vite gommé par nos médias) que la France a bénéficié face à la Suisse d’une faute non sanctionnée d’un pénalty.

Hier, on a dépassé les bornes dans l’injustice. L’arbitre italien a systématiquement sanctionné les fautes allemandes et peu les françaises. Le pénalty discutable qu’il sifflé au profit de la France a, contre le cours du jeu, donné un avantage décisif aux Bleus en déstabilisant l’équipe d’Allemagne. Cet arbitre a-t-il voulu venger l’austérité imposée à ses compatriotes par madame Merkel ou a-t-il été sous la pression du formidable enjeu national et commercial pour la France de ce match ?

Peu importe. Je ne vais pas pleurer sur le sort des Allemands. Après tout cette injustice à leur égard compense celle de 1982 à Séville contre la France.

« On a gagné ». Tant mieux. Mais pas avec la manière. Et il serait honnête de le reconnaitre.

4/ L’équipe de France de cette année fait sans doute ce qu’elle peut. Elle n’est pas d’un niveau extraordinaire, à l’image d’ailleurs de l’ensemble de cet euro. Quelques joueurs ont brillé et l’attitude de l’équipe et de son entraineur parait plutôt bonne. Elle contraste même avec les dérives qui ont entaché cette équipe ces dernières années (notamment lors du mondial d’Afrique du Sud). Il est vrai qu’on a écarté quelques voyous footballistiquement performants mais moralement nuls. Tant mieux.

De là à dire qu’on peut être enthousiasmé, il y a un fossé.

En fait, cette équipe s’est hissée au niveau inespéré de la finale par la chance (ses adversaires du premier tout n’étaient pas les meilleurs), aidée en l’occurrence par un bon tirage au sort des groupes et par un arbitrage presque toujours favorable.

Dans ces conditions, j’avoue que je ne comprends ni l’enthousiasme des médias (cela est loin d’être anodin et gratuit), ni celui des supporters. Je trouve tout simplement leur spectacle affligeant.

Et affligeant et ridicule. Je dois dire que si j’étais allemand, je ne pourrais m’empêcher d’être méprisant pour ces Français qui compensent leurs échecs économiques par une victoire acquise sur leur terrain avec la complicité d’un arbitre partial.

5/ La France est en crise, je l’ai écrit plus haut. Il est temps que les Français se réveillent, défendent leur identité et leurs valeurs, se libèrent du joug de l’Union européenne et luttent enfin avec les moyens nécessaires contre l’islamisme et l’islam conquérant.

Je me targue d’être patriote, c’est-à-dire de défendre et promouvoir mon pays. Non contre les autres, mais avec les autres et même pour les autres en apportant au monde tout ce qui a fait le génie de la France et des Français.

Etre patriote, c’est donc le contraire du nationalisme agressif et du chauvinisme. C’est être fier de nos réussites lorsqu’elles sont acquises sans triche. C’est accepter la défaite lorsqu’elle est légitime.

J’ai apprécié hier l’esprit sportif des Allemands. Je note que les joueurs de la Manschaft ont accepté sans broncher les décisions de l’arbitre et que les supporters sont sortis du stade très calmement. D’autres n’auraient pas réagi ainsi.

6/ Et cette finale ?

J’avoue qu’elle ne m’intéresse pas beaucoup. Que le meilleur gagne. Et que l’arbitrage soit, cette fois, impartial.

Si la France gagne honnêtement, bravo. Mais de grâce, évitons ces débordements chauvins ridicules et, vite, passons à autre chose.

Si c’est le Portugal, tant mieux aussi (bien que je n’aime pas beaucoup ce « m’as-tu vu » de Ronaldo). C’est un petit pays en crise soumis à la cruelle austérité de Bruxelles. Un petit pays a besoin de victoires sportives pour exister. Voyez l’Islande, l’Irlande ou le Pays-de-Galles. Pas un grand. Et le Portugal a raté de peu quelques grands rendez-vous de foot. S’il gagne, je serai content. A condition, évidemment, que ce soit avec mérite.

Si la France perd, il n’y a que les imbéciles qui pleureront. Ils n’auront rien compris à la différence entre essentiel et secondaire.

Il est vrai que certains imbéciles ne comprendront jamais rien. Comme disait Renaud (« Hexagone »), « le roi des cons, il est pas portugais ! ».

Yves Barelli, 8 juillet 2016

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 00:38

Je ne vais pas me transformer aujourd’hui en chroniqueur sportif. Je n’ai jamais été un fanatique de football (sauf, comme tous les Marseillais, quand il s’agit de l’OM ; mais, si l’OM jouait aux billes ou au cricket, sur le Vieux-Port, on les soutiendrait pareil ; ce n’est plus une question de sport, mais une thérapie collective pour une ville en crise permanente !) et, l’évolution du foot depuis quelques années vers un sport-business de moins en moins sportif et de plus en plus business, avec des sommes colossales en jeu, des rémunérations indécentes qui transforment certains esprits faibles en enfants gâtés insupportables et des magouilles qui atteignent au niveau de la FIFA plus que de l’indécence, en fait une véritable provocation envers ceux qui s’accrochent encore à quelques valeurs humaines, tout cela ne peut que m’éloigner des terrains.

La performance, ce soir, de l’équipe d’Islande, me réconcilie un peu avec ce sport.

L’Islande mise à part, si je suis, plus ou moins, cet « euro », c’est seulement parce que je suis un observateur de la vie sociale et donc politique de notre pays, de notre continent et, plus généralement, du monde. Le foot est encore le sport le plus populaire, celui qui draine le plus de monde dans les stades et devant les petits écrans. Le plus souvent associé, lorsqu’il s’agit de compétitions internationales, au chauvinisme le plus étroit et le plus stupide, il prend souvent une tournure politique, et même politicarde, qui me fait fuir à toute allure. Quand l’équipe nationale gagne, nous sommes soit disant tous, collectivement, des héros et, quand elle perd, soudain, c’est le drame national. Gagner, gagner, il n’y a que cela qui les intéresse. Même en jouant mal, même en trichant (vous vous souvenez de la main de Thierry Henri contre l’Irlande et vous n’avez pas vu ce pénalty non sifflé au profit de la Suisse la semaine dernière ?).

Mais un tel phénomène de masse, il faut le suivre, même si on n’y prend aucun plaisir. Ne serait-ce que pour pouvoir placer son grain de sel dans les conversations qui, immanquablement, surgissent dans tous les milieux pendant cet « euro » qui, de plus, se passe en France.

Je me suis donc forcé à, au moins, regarder les matches dans lesquels évoluent les « Bleus », plus quelques autres. Par exemple aujourd’hui Italie-Espagne, parce que je suis très proche de ces deux pays et suis entouré de personnes qui soutiennent l’une ou l’autre équipe. J’étais sans à priori au début du match, avec une petite préférence pour la « Squadra » parce que ses adversaires ont remporté les deux derniers tournois : chacun son tour ! Et, au fil, du match j’ai pris de plus en plus le parti des italiens, tout simplement parce qu’ils ont mieux joué. Ce soir, j’ai également regardé Angleterre-Islande (je vais y revenir infra). J’ai eu ma dose !

Et puis je vais vous faire un aveu qui ne va pas me faire que des amis. Les lecteurs de ce blog savent que je suis un patriote français (c’est pourquoi, je me bats, avec d’autres, pour que notre pays recouvre sa souveraineté et qu’il se libère du « joug » de l’Union européenne et de l’arrogance de Madame Merkel ; je ne suis donc pas de ces « bobos » cosmopolites qui considèrent que la nation c’est fini : au contraire !).

Mais être patriote, être attaché à son pays, ce n’est pas être chauvin. Le patriotisme est le contraire du nationalisme prétentieux et agressif. Aimer sa Nation, c’est aussi aimer et respecter les autres. J’aime la France, mais j’ai vécu dans quinze autres pays et j’ai des amis partout. Donc, vive la France, mais aussi vive les autres.

Les manifestations de chauvinisme primitif et stupide de supporters braillards et, plus encore, des commentateurs de nos télévisions, mauvais perdants autant que gagnants prétentieux, m’insupportent. Je souhaite donc que l’aventure de nos « Bleus » s’arrête le plus tôt possible. Ensuite, on aura la paix. Je reconnais tout de même que, cette année, la composition de l’équipe de France est meilleure qu’autrefois. La racaille type Benzema ou Ribéry n’est plus là. Tant mieux. Griezmann et Paillet me semblent en revanche plus sympathiques. S’ils gagnent, je serai moins mécontent que si les voyous avaient joué.

Lorsque je regarde un match, en général, je suis pour le petit pays contre le grand (mais je peux changer en cours de partie si les « petits » s’avèrent brutes ou tricheurs).

Et j’en viens à l’Islande.

Depuis le début, je rêve qu’elle gagne l’ « euro ». Jusqu’à aujourd’hui, ce n’était qu’un rêve. Certes, la probabilité que cela devienne réalité est très faible. Mais aujourd’hui, on peut dire qu’elle n’est pas nulle.

Le match que je viens de voir contre l’Angleterre a été du pur bonheur. Certes, je suis un peu peiné pour les Anglais. Après leur sortie de l’UE et toute la campagne médiatique contre eux, j’applaudis leur courage et leur patriotisme et ils ont ma sympathie.

Mais pas contre l’Islande. Cette île éloignée de tout, sans ressource du sous-sol (si ce n’est l’énergie des volcans), où il fait nuit noire six mois par an, et qui n’a même pas 300 000 habitants (le tiers de la seule ville de Marseille) a réussi à se qualifier pour cet euro.

Son équipe a fait montre d’un courage, d’une générosité, d’un enthousiasme, d’une abnégation, mais aussi d’un « fair-play » exceptionnels. Ses supporters (vrais supporters, c’est-à-dire partisans sans agressivité et sympathiques) sont aussi formidables que les joueurs. Ils étaient 20 000 aujourd’hui à Nice. C’est donc pas loin de 10% de la totalité des islandais qui avaient fait le déplacement. A l’échelle de la France, ce serait 5 millions de personnes qui seraient allés de l’autre côté de l’Europe. Extraordinaire !

Qu’un si petit pays puisse rassembler autant de joueurs de qualité et de supporters enthousiastes tout en étant civilisés, cela, je dois dire, me réconcilie avec le foot.

L’exploit des Islandais doit nous rappeler qu’il y a, en France même, des clubs amateurs sans moyens, sans argent, sans salaire évidemment, qui évoluent au fin fond des divisions dites d’honneur et qui, parfois, arrivent à se transcender, battent des clubs pro et arrivent parfois en finale de la coupe.

Cela est le signe que le mental est aussi important pour un sportif que le physique et la technique. Les islandais aujourd’hui en ont apporté une démonstration éclatante.

Cette équipe d’Islande mérite d’aller très loin et, même, pourquoi pas, jusqu’au bout. Tant pis pour la France dimanche prochain, mais je souhaite la victoire de l’Islande.

Ce pays, je l’aimais bien avant ce match et mon sentiment n’en est que décuplé. J’ai eu l’occasion de faire le tour de l’île en voiture (2000 km quand même : petit peuple, mais vaste terre, il est vrai occupé en grande partie par des glaciers et des volcans). J’ai apprécié la gentillesse et l’honnêteté de ce peuple. Dans ce pays, il n’y a quasiment pas de délinquance, pas d’immigration de masse et pas d’assistanat parce que tout le monde y travaille. Au mois de juin, les lycéens qui viennent de passer le bac, se déploient dans toute l’île et la nettoient. Sans aucun salaire. Ils reçoivent simplement une petite rémunération collective qui sert à organiser une fête. Dans ce pays égalitaire et tolérant, il n’y a ni riches ostentatoires, ni pauvres. Les islandais ne demandent rien à personne et ils sont attachés à leur souveraineté. Quand j’y suis passé, sur un grand panneau près de l’aéroport, était écrit : « Union européenne, non, merci ! ». L’Angleterre sort de l’Europe, l’Islande, comme la Norvège et la Suisse n’y sont jamais entrés et n’ont pas l’intention de le faire. Ce sont eux qui ont raison.

Pour toutes ces raisons, vive l’Islande. Qu’elle aille loin dans l’euro. Mais comme les islandais sont sages, s’ils perdent, ils n’en feront pas une maladie. Mais ils mettront tout leur courage et celui de leurs 300 000 (plus un, moi !) supporters pour gagner.

Une dernière remarque, plus générale. Parmi toutes les décisions stupides, dogmatiques et négatives de l’Union européenne, il y a cette décision prise il y a quelques années de permettre aux clubs de jouer avec autant d’étrangers qu’ils le veulent. C’est dans la logique de Bruxelles : libre-échange, ouverture des frontières, déni des nations.

Le résultat est que les grands clubs, ceux qui ont le fric pour « acheter » les joueurs (véritables marchandises), ont souvent plus d’étrangers que de nationaux et, souvent, ils continuent à porter les couleurs d’une ville mais sans aucun de ses citoyens dans ses rangs. C’est le cas de clubs comme le Real ou le PSG. Que reste-t-il de Paris dans ce club ? A peu près rien. Les capitaux sont qataris et les joueurs de partout. Certains, comme l’insupportable Ibrahimovic, ne parlent même pas français. Les exceptions à cette « règle » sont rarissimes. Le Barça est la plus connue.

Ces joueurs qui privilégient les clubs où ils sont grassement payés et où on les fait jouer jusqu’à l’épuisement, n’ont plus beaucoup de temps, et, souvent, aucune motivation à consacrer à l’équipe nationale. Les Anglais viennent d ‘en apporter la preuve. Ils sont bons individuellement, mais mauvais collectivement parce qu’ils n’ont pas beaucoup de temps pour jouer ensemble. Mercenaires du ballon rond, en ont-ils seulement l’envie ? On peut se poser la question. Ce n’est pas là qu’ils gagnent les fortunes que leur offrent les clubs.

Les islandais, eux, ont envie de servir leur pays. Ça se voit.

Yves Barelli, 27 juin 2016

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 23:51

« La commission d’éthique » de la « Fédération Internationale de Football Association » (FIFA) vient de suspendre pour trois mois le mandat de son président, le suisse Sepp Blatter, ainsi que ceux de plusieurs autres dirigeants de l’institution, dont Jérome Valcke, Secrétaire Général, et Michel Platini, président de l’UEFA (football européen).

1/ Cette décision fait suite aux scandales à répétition qui frappent la FIFA depuis plusieurs années et aux procédures judiciaires enclenchées l’été dernier aux Etats-Unis et en Suisse.

Blatter avait réussi jusqu’à présent à passer au travers des mises en cause. Il est donc désormais rattrapé par les « affaires ». Gageons que, pour celui qui dirige depuis dix-sept ans la FIFA, ce n’est qu’in début. Quant aux autres dirigeants du foot international, il est prévisible que peu en sortiront indemnes.

Pour le moment, ce qui apparait au grand jour semble n’être que le petit sommet de la partie émergée de l’iceberg. A Valcke, il est reproché une vente frauduleuse de billets lors du dernier mondial du Brésil. S’agissant de Platini, il lui est reproché d’avoir touché près de 2 millions d’euros, payés plus de dix ans après un « travail » de consultant pour l’association, dit-il.

Mais ce ne sont probablement que broutilles par rapport à la corruption à grande échelle qui caractériserait la FIFA.

Cette décision vient bien tard. Elle est presque cocasse tant ce monde parait totalement pourri. Le plus cocasse est en effet que cette « commission d’éthique » semble se réveiller tout à coup. Cet organe auto-désigné de la FIFA qui se penche sur l’éthique d’un sport qui semble l’avoir totalement perdue ajoute évidemment au caractère surréaliste du fonctionnement d’un football international en pleine dérive. Autant demander à des loubards de réfléchir sur l’honnêteté !

2/ Qu’est-ce que la FIFA ?

Cette institution internationale non gouvernementale a été fondée en 1904 pour coordonner la coopération entre les organisations nationales de foot, qui venaient d’être créées, des grands pays européens, ultérieurement rejoints par le monde entier.

Son siège est à Zurich et elle regroupe aujourd’hui 209 associations nationales (y compris des minuscules dans des territoires non souverains). La FIFA fédère elle-même des associations continentales, dont l’UEFA pour l’Europe.

La FIFA organise les grands évènements footballistiques internationaux, notamment la coupe du monde qui se tient tous les quatre ans.

Compte tenu de la popularité du foot, et de son fonctionnement de plus en plus par et pour l’argent, ainsi que de la course aux sponsorings, la coupe du monde, en particulier, est devenue une gigantesque pompe à fric. Les droits télé se sont envolés et le « mondial » est devenu un outil de promotion politique. Les retombées commerciales et en termes d’image sont telles que nombre de pays sont prêts à payer cher pour abriter de telles manifestations (même s’il le regrette après, comme cela est le cas du Brésil où la manifestation s’est transformée en immense scandale). Ainsi, le petit Qatar, bien qu’il n’est aucune tradition et activité de football et bien que son climat désertique ne soit pas propice à de telles activités, a réussi à obtenir de la FIFA que le mondial de 2022 y soit organisé. Cela a été la goutte qui a fait déborder le vase. La corruption est maintenant à peu près avérée. Notre Platini « national », atteint aujourd’hui par les retombées de l’effondrement de la planète Blatter, a voté pour le Qatar. Il n’a jamais été en mesure de dire pourquoi. L’autre « idole » du foot français, Zinedine Zidane, lui, a touché plusieurs millions d’euros de la part de l’émirat pour en faire la promotion.

Outre les sommes occultes brasées par les membres de la FIFA, le budget officiel de l’organisation en fait une grosse machine à « business ». Ses revenus officiels ont atteint 1,3 milliard de dollars en 2013 pour un profit net de 72 millions. Ses réserves en « cash » s’élèvent à 1,4 milliard de dollars.

La FIFA est un organisme « indépendant » qui est l’émanation des associations nationales. Celles-ci sont très diverses. Certaines sont contrôlées par les gouvernements, d’autres par quelques gros intérêts financiers, eux-mêmes émanations des propriétaires des grands clubs. Les joueurs sont rarement associés aux décisions. Quand on sait que les joueurs professionnels s’achètent et se vendent comme des marchandises, on comprend que ce sont les intérêts financiers, et eux seuls, qui décident. Les joueurs eux-mêmes sont grassement payés, ce qui suffit à acheter, aussi, leur silence.

La dernière élection à la tête de la FIFA, qui a vu la reconduction de Blatter, a mis à jour les pratiques. Comme chaque fédération nationale a une voix, les petites comme les grandes, on comprend que les minuscules fédérations des petites îles des Caraïbes ou d’Océanie, qui ne comptent que quelques centaines de licenciés, soient particulièrement bien « choyées » (entendez « achetées »). On « soigne » donc les dirigeants par quelques subventions pour construire des stades et, aussi et surtout, par des moyens moins licites.

3/ Le monde du football est en grande partie gangréné par l’argent et la corruption qui va avec. Les clubs, les joueurs, l’organisation des mondiaux, le droit de retransmettre les matches à la télé, tout s’achète. L’argent à y gagner est en proportion des sommes investies. Colossales.

Cela n’est pas propre au foot. L’ensemble du sport professionnel est dans le même état d’esprit et dans la même dérive. Mais, dans le foot, on atteint un niveau de sport-business et de sport-mafia à la hauteur des foules qu’il draine dans les stades et devant le petit écran.

La dérive est telle qu’elle paraissait sans limite.

Les « affaires » en cours permettront-elles de renverser la tendance ?

On peut en douter si l’ « indépendance » des instituions soit disant représentatives de ce sport n’est pas remise en cause.

On peut même en tirer une conclusion plus générale, valable non seulement pour le sport, mais pour bien d’autres activités humaines dans les domaines les plus variés : culture, tourisme, organisations caritatives, etc.

Le phénomène associatif est en effet la meilleure et la pire des choses.

Au départ, on a des « bénévoles, c’est-à-dire des gens qui donnent de leur temps pour une cause ou une passion. C’est le cas, par exemple, des entraineurs de petits clubs de foot qui se « défoncent » tous les dimanches matins, qui ne gagnent rien et, même, parfois, payent pour exercer leur bénévolat. Certains y soignent leur ego, acquièrent une notoriété éventuellement utilisable ailleurs (professionnel ou politique), d’autres, simplement, assouvissent une passion. J’en connais. Ils sont remarquables et méritent considération et respect. Ceci, pour le foot, mais aussi pour de multiples autres activités.

Mais lorsque l’activité est « rentable », c’est dire qu’elle génère des revenus, le bénévole se transforme souvent en permanent. Il ne s’enrichit pas nécessairement, mais il vit de son activité.

A un niveau au-dessus, on entre dans le domaine du sport-business. Les grands clubs professionnels sont de véritables entreprises qui brassent beaucoup d’argent.

Lorsqu’on atteint des organisations comme l’UEFA ou la FIFA, on entre dans une autre échelle. Celle de l’entreprise multinationale plus puissante que bien des Etats.

Et quand personne ne contrôle ces « multinationales », c’est la porte ouverte à toutes les dérives et à la corruption.

On peut mettre toutes les commissions internes d’ « éthique » que l’on veut, le système reste le système. Pour une raison fondamentale : il est juge et partie. La commission d’ « éthique » de la FIFA est un organe de la FIFA. On ne peut pas attendre d’elle qu’elle fasse un « ménage » complet, car celui-ci atteindrait ses propres membres. Autant leur demander de se suicider. Tout juste peut-on en attendre qu’elle fasse sauter quelques « fusibles ». A moins que les clans qu’elle renferme nécessairement profitent de quelque scandale pour régler des comptes. Blatter était dans le collimateur de ses rivaux et Platini, qui a voulu détrôner Blatter de son siège, a reçu en retour le missile qui vient de le toucher.

Tout cela ne fait pas une réforme. Les éjectés laisseront la place à de nouveaux ambitieux dont il serait miraculeux qu’ils deviennent soudain des enfants de cœur. Peut-être seront-ils, pour un temps, un peu plus prudents. On évitera des scandales du type mondial au Qatar. Mais pour le reste, ce sera « business as usual », le fric comme d’habitude.

4/ Alors, aucun espoir ?

Aucun, sauf si on imagine une organisation différente.

L’existence d’organismes indépendants des Etats est souvent présentée comme une garantie d’impartialité.

C’est, en tout cas, ce que certains intérêts cherchent à nous faire croire.

Pourtant, lorsqu’il n’y a pas de contrôle public, la dérive est souvent au rendez-vous. Pensez-vous que la « police » des garagistes doive être garantie par une organisation professionnelle qui les regroupe ? Que penser d’un contrôle anti-pollution des voitures laissé à Volkswagen et à quelques autres ? Et celui du pétrole par les pétroliers ? Ou encore de la mise sur le marché de médicaments laissé à l’appréciation des seuls laboratoires ?

Pour le foot, c’est pareil. On ne peut avoir aucune confiance en une FIFA, émanation de toute la chaîne des intérêts soit disant sportifs, en fait financiers.

En sens inverse, c’est vrai, les Etats ne sont pas souvent neutres. On le voit bien aujourd’hui par exemple avec le Premier Ministre français qui continue de soutenir honteusement Platini.

Mais, au moins, les Etats ont une légitimité reconnue. Ils sont l’émanation des citoyens, c’est-à-dire du peuple. C’est pourquoi, je fais davantage confiance à un préfet, parce qu’il représente l’Etat, donc vous et moi, qu’au président d’un organisme professionnel soit disant indépendant.

Les Etats sont loin d’être parfaits, même en pays démocratique, mais je crois que lorsque ce sont eux qui organisent et qui contrôlent, cela me parait un moindre mal. D’autant que, au moins en pays démocratique, il y a un contrôle juridictionnel tel que le Conseil Constitutionnel ou le Conseil d’Etat changé de veiller au grain.

Il me semble en conséquence qu’une organisation internationale de la famille des Nations-Unies, une Organisation Internationale du Sport (OIS), si vous voulez, devrait être chargée d’organiser et de contrôler le sport mondial, y compris le football et les Jeux Olympiques (le CIO connait la même dérive que la FIFA). Chaque Etat en serait membre. Un peu comme l’OMS supervise tout ce qui a trait à la santé, le BIT, ce qui relève du travail, la FAO l’alimentation ou l’UNESCO la culture.

La FIFA, l’un des organes de cette OIS, serait chargée notamment des coupes du monde de foot. Pour éviter toute dérive, toute télévision pourrait diffuser les matches sans payer de droit. Chaque club professionnel devrait acquitter un impôt qui permettrait à la fois de faire fonctionner la FIFA nouvelle manière et de subventionner les pays à faibles moyens.

Cette idée n’est pas révolutionnaire, à moins qu’on considère comme révolutionnaire le fait de rendre au public ce qui a été accaparé par le privé.

Chassons de notre esprit cette idée réactionnaire que l’indépendance par rapport aux Etats est une garantie d’impartialité. Quand un organisme dépend de l’argent privé, c’est une escroquerie morale de parler d’ « indépendance ».

Et si, dans chaque pays, notamment en France, on essayait de moraliser un peu plus (ce qui ne serait pas difficile vu le degré d’immoralité atteint) le fonctionnement du sport, ce serait un bon complément à la réorganisation du sport mondial. Pour cela, sans doute conviendrait-il de « travailler » les mentalités en essayant de revenir à ce qui devraient être les fondamentaux du sport : participer plutôt que gagner à tout prix, joie saine d’un corps sain dans un esprit sain, fairplay, respect de l’adversaire et de l’équipier.

Allons plus loin. Et si on moralisait le capitalisme ?

On peut rêver, non, de temps en temps ?

Le rêve, c’est la vie, l’utopie c’est rêver à ce qui pourrait être et c’est essayer que le rêve devienne réalité. On n’y arrive pas toujours, mais il faut essayer. Il en reste toujours quelque chose : un début de mieux et la satisfaction morale. C’est déjà pas mal.

Yves Barelli, 8 octobre 2015.

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