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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 20:55

La victoire de l’équipe de France ce jour à Moscou et son deuxième titre de championne du monde de football, 20 ans après celui de 1998, est évidemment une bonne nouvelle. Les « bleus » ont bien joué. Les Croates aussi et je reprends à mon compte les mots du président Macron, présent au stade Lujniki de Moscou aux côtés de la présidente croate et du président Poutine : « je suis fier pour la France et je suis également très fier pour l’équipe croate ». La fraternité unissant le président français et la présidente croate et leur longue accolade faisaient plaisir à voir. C’est le sport, qui devrait toujours être un lien entre les hommes et les nations, et non un déchainement dérisoire de chauvinisme puéril et primaire, qui a gagné et c’est bien ainsi. Bravo et respect à la Croatie, nation de 5 millions d’âmes qui s’est hissée au niveau des plus grandes, bravo, bien sûr à la France (en restant modestes !), bravo à l’accueil et l’hospitalité de la Russie et la parfaite organisation de ce mondial (peut-être le meilleur de l’histoire de la compétition), bravo aussi au talent et à la correction de toutes les équipes en compétition (dont plusieurs auraient largement mérité d’êtes championnes), bravo aussi aux arbitres, impeccable (grâce, notamment au soutien vidéo), à la FIFA et à tous les publics, jamais chauvins. En deux mots : joie et respect.

Je ne veux pas commenter ici les matches et notamment le dernier. Je ne suis pas suffisamment compétent pour le faire. Je me contenterai de quelques réflexions :

1/ Pour gagner en sport, mais aussi en politique, dans une carrière professionnelle et à peu près dans toutes les circonstances de la vie, il faut une conjonction de quatre facteurs : l’organisation (celle de Didier Deschamps, l’entraineur-sélectionneur des bleus a été excellente), le talent individuel (il n’en manquait pas), la détermination (l’envie de gagner était évidente : à la base d’un travail et d’une abnégation considérables) et enfin un quatrième facteur non négligeable : la chance, la réussite.

Les trois premiers facteurs ont été présents chez les Français, mais aussi chez les Croates et, avant eux, chez les Belges et les Uruguayens. Objectivement, chacune de ces équipes aurait mérité d’être championne du monde. La France y a ajouté le quatrième facteur, la réussite. Le dire, ce n’est pas diminuer son mérite, mais le dire doit rendre modeste dans la victoire. D’une façon générale, et pas que dans le sport, ceux qui gagnent en restant humbles, mais aussi avec la manière et l’élégance, forcent le respect. Ceux qui se vantent ou gagnent par la triche (on se souvient de la « main de Dieu » de Maradona) ne méritent ni respect ni admiration. Les Français n’ont pas triché, ils n’ont pas bénéficié d’un arbitrage particulièrement favorable (pas non plus en leur défaveur, loin de là, par exemple ce pénalty à la limite qu’ils ont obtenu aujourd’hui), ils ne jouaient pas à domicile et leur supporters sur place n’étaient pas les plus nombreux. Respect donc. Ils ont mérité leur victoire, même si les Croates, excellents mais malchanceux, n’ont pas mérité leur défaite.

2/ L’aide à la vidéo pour l’arbitrage a été une excellente innovation. Cela a découragé les joueurs de feindre (s’affaler par terre dans la surface de réparation, par exemple, pour faire croire qu’on a été poussé) et cela a aidé les arbitres à prendre les bonnes décisions. Mais il reste encore une zone d’incertitude pour siffler ou non une main involontaire dans la surface de réparation : certains le font, d’autres non. Une harmonisation par une doctrine plus précise devrait, à mon sens, être recherchée.

3/ Un mot pour Didier Descamps. Il est un grand professionnel, désormais comblé : après avoir été champion du monde il y a vingt ans en tant que joueur, il l’est à nouveau en tant qu’entraineur. Il a su remettre de l’ordre dans cette équipe de France dont on se souvient du naufrage honteux en Afrique du Sud (où des petits « merdeux » grassement payés ont mis une ambiance délétère). Deschamps a maté ces « petits mecs » aux grands pieds mais aux petits cœurs et petits cerveaux. Il a réussi aussi à écarter en douceur de l’équipe de France les quelques islamistes crachant habituellement sur la France et n’utilisant notre pays et notre équipe que pour leur ambition personnelle : ces individus qui refusaient de chanter la Marseillaise sur la pelouse, une honte pour la France, ont fort heureusement disparu du paysage. Mieux valait une équipe plus faible sans eux qu’une forte avec eux. Grâce à Deschamps on a eu à la fois une équipe non polluée par la racaille mais qui, en même temps, a gagné.

4/ La Russie a organisé un mondial exceptionnel. Stades impeccables, filtrage parfait des spectateurs dont on a écarté avec succès tous les hooligans. Cette organisation a été à l’image de la Russie : ordre, discipline, abnégation des bénévoles, sérénité (tous les supporters l’ont noté) tant dans les stades que dans les villes : nul n’y était inquiété, tout le monde y était en sécurité : c’est cela la Russie, un pays où les citoyens se sentent motivés et mus par un fervent patriotisme (à l’image de cette équipe de Russie, très moyenne techniquement, mais qui s’est surpassée – ce pays n’est pas vraiment un pays de foot, c’est le hockey sur glace qui y est roi). Un pays aussi où les délinquants et les « fouteurs de merde », si nombreux en France, n’ont pas leur place. Si c’est cela le « populisme » de Poutine décrié par nos soit disant « démocrates », alors, vive le populisme !

5/ Un seul reproche pour l’organisation : ils auraient dû prévoir un auvent pour abriter joueurs et officiels lors de la cérémonie de remise de la coupe, juste après le match : ils ont tous été totalement trempés par le violent orage. Macron, avec son costume qui suintait de toute sparts semblait sortir d’une piscine et le maillot à carreaux rouge et blanc de la présidente croate en devenait presque transparent lui donnant une allure de go-go girl sexy!

6/ Au moment où sont écrites ces lignes, j’entends les klaxons et les trompètes dans mon quartier et je vois à la télévision le déferlement de la foule sur les Champs-Elysées. J’espère que nos compatriotes sauront rester dignes et que les perturbateurs habituels, dont, pour certains on ne voit pas ce qu’ils ont de Français et pourquoi ils fêtent les Bleus, seront contenus et, si nécessaire, sanctionnés.

7/ Je n’en tirerai aucune conclusion politique. On a gagné, tant mieux. On aurait pu perdre. Le sort d’un pays n’a rien à voir avec l’issue d’un match de foot. Le succès ne doit pas monter à la tête et si on avait perdu, ce ne serait pas la fin du monde (ni de la France)./.

Yves Barelli, 15 juillet 2018                                                         

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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 00:32

L’Olympique de Marseille a été battue en finale de la coupe Europa par l’Atletico de Madrid. Les Marseillais n’ont pas démérité. Ils ont joué de malchance et ont dû s’incliner face à une équipe objectivement plus forte. Au-delà du résultat, il y a lieu de rappeler que l’OM reste l’équipe la plus titrée de France (elle est la seule à avoir remporté la coupe de la Ligue des Champions, la plus prestigieuse, celle de la Ligue n’étant, en quelque sorte, qu’un lot de consolation, en 1993), et qu’elle a toujours été un élément identitaire fondamental de la seconde ville de France. Rendons hommage aussi au football espagnol, au sommet des performances européennes, réussite qui n’est pas due au hasard ni même aux moyens financiers (le PSG est très riche mais moins soutenu par les Parisiens), mais à la passion pour le sport des Espagnols et en particulier pour leur véritable culte du ballon rond.

1/ La victoire de l’Atletico est méritée même si le score (3-0) est sévère pour l’OM qui méritait mieux compte tenue de la qualité de son jeu. L’OM a failli marquer au moins à deux reprises. Autre malchance : son capitaine Dimitri Payet, a dû sortir dès la première mi-temps du fait de problèmes musculaires.

2/ L’OM est une institution à Marseille et en France. Club français le plus titré, tant pour les coupes de France que pour le championnat, il est le seul de l’hexagone à avoir remporté la prestigieuse Coupe de la Ligue. Marseille sans l’OM et sans Notre-Dame de la Garde ne serait plus Marseille. Dans cette ville, tout le monde est derrière son club (même ceux, comme moi, qui en d’autres circonstances sont plutôt indifférents au foot) et le public marseillais est considéré comme le plus enthousiaste de France et l’un des meilleurs d’Europe. Son audience va d’ailleurs bien au-delà de la cité phocéenne. Des clubs de supporters existent partout en France. A Paris même, les magazines de l’OM se vendent plus que ceux du PSG. Dans les moindres villages africains, l’OM est populaire. J’ai vu au Sénégal ou au Mali, des bistrots appelés « Allez l’OM » et, personnellement, au fond de la brousse, lorsque je dis que je suis Marseillais, j’y suis immédiatement populaire grâce à l’OM.

L’histoire de l’OM est faite de crises et de périodes de gloire mais, même au fond du trou, l’OM parvient toujours à renaitre de ses cendres. C’est à cela qu’on reconnait un grand club et c’est à cela qu’on reconnait une ville tout entière derrière son club.

3/ Marseille est un peu une exception en France où le foot est certes populaire mais draine moins de public (sauf à Marseille) et suscite moins de passion que dans d’autres pays.

Parmi ces pays (on pourrait aussi citer en Europe l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre parmi les plus importants), l’Espagne occupe une place à part. Je connais bien l’Espagne et je peux témoigner que le football est « le » sujet qui revient toujours dans les conversations. Pour beaucoup d’Espagnols, c’est même le seul sujet. Dans quasiment tous les bars et restaurants du pays, je peux en témoigner, il y a des écrans de télévision qui retransmettent en continu, en direct ou en différé, des matches. Les clients ne les regardent pas en permanence mais ils constituent une sorte de musique de fond.

En Espagne, il n’y a pas un seul club vedette comme dans la plupart des autres pays. Il y a en a au moins deux : le Real Madrid, vainqueur à douze reprises de la Ligue des Champions, et le Barça de Barcelone (véritable phare identitaire de la Catalogne, l’un des symboles forts de la Nation et de l’attachement à la langue ; sans surprise, le Barça milite en faveur de l’indépendance de la Catalogne). Ils sont en concurrence permanente, le Real se montrant le fort dans les coupes mais le Barça remportant plus régulièrement le championnat.

Mais ils ne sont pas les seuls. L’Atletico est le second club de Madrid. Il a remporté trois fois la Coupe Europa. L’histoire des deux clubs recoupe celle de l’Espagne et de son clivage politique : le Real était le club du franquisme, l’Atletico ayant des traditions républicaines. On a eu des finales de coupe d’Europe opposant le Real à l’Atletico ou le Real au Barça, illustrations de la domination des clubs espagnols. La finale de la Coupe des Champions aura lieu le 26 mai. Elle opposera le Real à Liverpool. Si le Real l’emporte, deux clubs madrilènes s’adjugeront cette année les deux coupes. Belle performance !

Il y a aussi d’autres clubs, un peu moins titrés mais que bien des pays envieraient d’avoir comme club vedette. Le Séville a remporté 5 fois la coupe Europa. Bilbao est un autre club très titré. Comme Barça pour la catalane, il est le symbole de l’identité basque. Alors que la mondialisation du recrutement est devenue la règle dans les clubs professionnels, l’Atletic de Bilbao met un point d’honneur à ne jouer qu’avec des Basques. Etre basque d’ascendance ou d’adoption est une condition pour être recruté et la connaissance de la langue basque est exigée.

Cette  passion pour le foot en Espagne n’est que la face la plus visible de l’addiction des Espagnols pour le sport. Où que vous alliez, vous voyez en permanence des « joggers » et sur les routes, les cyclistes sont légion, omniprésents les fins de semaine et souvent là les autres jours. Autre sport pratiqué partout : le tennis. Nadal en est le représentant phare, mais il n’est que la partie émergée de l’ « iceberg » formé par les millions de pratiquants ; le moindre village a son (ou ses) court(s). Dans la résidence de la station balnéaire du Pays Valencien où j’ai mes habitudes, chaque année on y organise un tournoi et le gagnant y reçoit une coupe.  

XXX

Il n’y a pas de miracle en sport. L’argent est devenu certes essentiel. Sans lui, on ne peut recruter les meilleurs. Mais s’il n’y a que l’argent, il manque quelque chose de capital : le public. Le Paris-Saint-Germain, propriété de l’émirat pétrolier du Qatar, a le plus gros budget français (5 fois celui de l’OM), mais il n’aura jamais le prestige de l’OM car il n’a pas son public et il n’a pas l’impact sur la ville qu’a l’OM à Marseille. A eux le fric, à nous la gloire, la passion et l’amour pour nos joueurs et la « fierté d’être Marseillais » (l’un des slogans du club).

Quant au football espagnol, c’est l’enthousiasme de Marseille auquel s’ajoutent le talent des joueurs (les nôtres font ce qu’ils peuvent, mais c’est pas encore ça!) et des budgets bien supérieurs au nôtre (je parle de l’OM) avec le mérite de ne pas aller chercher l’argent au Qatar mais de le récolter sur place grâce aux « socios » et aux droits télé.

Pas étonnant que l’Atletico ait battu l’OM (on s’y attendait tout en espérant un miracle). Fier néanmoins d’être Marseillais (dans cette ville en crise, le foot est l’une de nos rares fiertés ; on se console comme on peut).

Vous avez trouvé cet article un peu chauvin marseillais et quelque peu anti-parisien ? Vous avez raison, il l’est, mais ne le prenez pas au premier degré : de temps en temps, on peut se défouler.

En tout cas, pour une fois il n’est pas antiespagnol. Ça change des articles que j’écris souvent dans ce blog (mon dernier a été mis en ligne aujourd’hui) sur la situation en Catalogne et le déni de démocratie que l’on doit y déplorer./.  

Yves Barelli, 16 mai 2018     

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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 23:53

La France médiatico-politique est entrée en transe : les « Bleus » ont battu les allemands et sont en finale de l’ « euro » de foot. Depuis hier, nos télévisions ne parlent que de cela. Le foot, grande cause nationale, un exutoire à toutes les frustrations d’un peuple qui semble avoir perdu confiance en lui-même et en son pays. Je ne vais pas me faire que des amis en le disant, mais je suis franc : je trouve le spectacle de ces « franchouillards » brailleurs lamentable.

1/ Le sport est une activité magnifique qui permet de se surpasser et qui peut révéler ce que nous avons de meilleur en nous. De pire aussi lorsque la rage de vaincre, légitime, s’accompagne de cette affreuse maximise selon laquelle « la fin justifie les moyens », synonyme de mépris pour l’adversaire et pour l’éthique.

Malheureusement, lorsque le sport est dévoyé par l’appât du gain d’argent ou par la récupération politique, il s’accompagne de toutes les dérives.

Trop d’enjeux entourent désormais le sport, du moins les sports les plus médiatisés. Le football en est devenu l’archétype. Il est vrai qu’il est populaire et qu’il draine des millions de gens dans les stades et devant les petits écrans. Il est vrai aussi qu’il génère des sommes colossales d’argent. Pas seulement les joueurs aux salaires mirobolants. Mais aussi les droits de télévisions, les produits dérivés et toute la publicité qui l’entoure.

On pourrait dire que cela n’est pas nécessairement un mal en soi. Après tout, c’est une question d’offre et de demande. On offre un spectacle et des millions de gens sont prêts à payer cher pour le voir. Et ils payent de diverses façons : directement par les billets d’entrée, mais aussi indirectement lorsqu’ils achètent les produits dont ils subissent les publicités et lorsque, par leurs impôts, ils financent la construction de stades et autres équipements.

Dans le cadre du système capitaliste qui nous régit, cela est sans doute normal.

Ce qui l’est moins, et même pas du tout, est en revanche le fait qu’on ait laissé se développer les pratiques douteuses et même carrément mafieuses qui transforment le monde du foot à haut niveau en aspirateur à fric et en système généralisé de détournement d’argent, y compris public, et de corruption, comme les récents scandales de la FIFA, face émergée d’un iceberg bien plus massif, l’ont montré.

2/ A ce contexte peu reluisant dans lequel se déroule l’ « euro », s’en ajoute un autre, celui de la dérive du sentiment patriotique, noble, vers un nationalisme étroit, dangereux, et vers le chauvinisme, attitude répréhensible et même ridicule.

Certains diront : la France est en crise, le mécontentement est général, le président et le gouvernement sont au plus bas dans les sondages ; alors, on détourne leur attention vers l’euro en organisant un immense matraquage médiatique.

Je ne crois pas que ce soit réellement cela. Le gouvernement est sans doute content que, pendant quelques jours, on parle moins de chômage, de « loi travail » ou d’article 49-3 de la Constitution (qui permet de faire adopter un texte sans vote).

Mais, si les Français se passionnent pour le foot et pour les Bleus, ils le font tout seuls. Ils n’ont pas besoin que le gouvernement les y pousse.

Je crois en fait que cet « euro » est un exutoire pour un peuple en crise en mal de projet et de réussite collective. La France a été une grande Nation. Elle pourrait le redevenir si elle le voulait et si le système le lui permettait. Mais ce n’est pas le cas. Les Français ont perdu confiance, collectivement, en eux et en leur pays. Dans ce monde mondialisé, leurs valeurs sont battues en brèche et leur identité même est menacée.

Alors, pour un instant, et pour un instant seulement, on se prend à rêver. Rêves de grandeur et de réussite. Rêve que nous sommes les plus forts, et, en particulier, que nous sommes plus forts que les Allemands dont la supposée réussite (sur laquelle il y aurait beaucoup à dire) ventée quotidiennement par nos médias suscite chez nous frustrations et agacement.

3/ Mais je vais être rabat-joie. Je ne crois pas que la fin justifie n’importe quel moyen. Je crois au contraire que gagner dans de mauvaises conditions est pire que perdre dans l’honneur. Mon modèle est plutôt la petite Islande (mon article du 27 juin sur ce blog : « Euro 2016 : magnifique Islande ») qui sait perdre avec le sourire : dans ce pays, les supporters (à commencer par leur président de la République assis sur les gradins au milieu de ses compatriotes et non dans un salon VIP) font corps avec leur équipe qu’ils encouragent et qu’ils remercient, même quand elle perd, remerciements que les joueurs leur rendent.

Personnellement, et je m’en excuse, lorsque je vois un joueur faire une mauvaise action, lorsque je vois une équipe faire de l’antijeu simplement pour protéger une avance et, plus encore, lorsque je vois un arbitrage inéquitable, je m’insurge. Et si l’équipe de France gagne par ces mauvaises méthodes, alors, je soutiens l’équipe adverse.

Cela est arrivé plus d’une fois. On se souvient tous de la qualification il y a quelques années de la France contre l’Irlande grâce à une main non sanctionnée. Dans cet euro même, on a remarqué (fait vite gommé par nos médias) que la France a bénéficié face à la Suisse d’une faute non sanctionnée d’un pénalty.

Hier, on a dépassé les bornes dans l’injustice. L’arbitre italien a systématiquement sanctionné les fautes allemandes et peu les françaises. Le pénalty discutable qu’il sifflé au profit de la France a, contre le cours du jeu, donné un avantage décisif aux Bleus en déstabilisant l’équipe d’Allemagne. Cet arbitre a-t-il voulu venger l’austérité imposée à ses compatriotes par madame Merkel ou a-t-il été sous la pression du formidable enjeu national et commercial pour la France de ce match ?

Peu importe. Je ne vais pas pleurer sur le sort des Allemands. Après tout cette injustice à leur égard compense celle de 1982 à Séville contre la France.

« On a gagné ». Tant mieux. Mais pas avec la manière. Et il serait honnête de le reconnaitre.

4/ L’équipe de France de cette année fait sans doute ce qu’elle peut. Elle n’est pas d’un niveau extraordinaire, à l’image d’ailleurs de l’ensemble de cet euro. Quelques joueurs ont brillé et l’attitude de l’équipe et de son entraineur parait plutôt bonne. Elle contraste même avec les dérives qui ont entaché cette équipe ces dernières années (notamment lors du mondial d’Afrique du Sud). Il est vrai qu’on a écarté quelques voyous footballistiquement performants mais moralement nuls. Tant mieux.

De là à dire qu’on peut être enthousiasmé, il y a un fossé.

En fait, cette équipe s’est hissée au niveau inespéré de la finale par la chance (ses adversaires du premier tout n’étaient pas les meilleurs), aidée en l’occurrence par un bon tirage au sort des groupes et par un arbitrage presque toujours favorable.

Dans ces conditions, j’avoue que je ne comprends ni l’enthousiasme des médias (cela est loin d’être anodin et gratuit), ni celui des supporters. Je trouve tout simplement leur spectacle affligeant.

Et affligeant et ridicule. Je dois dire que si j’étais allemand, je ne pourrais m’empêcher d’être méprisant pour ces Français qui compensent leurs échecs économiques par une victoire acquise sur leur terrain avec la complicité d’un arbitre partial.

5/ La France est en crise, je l’ai écrit plus haut. Il est temps que les Français se réveillent, défendent leur identité et leurs valeurs, se libèrent du joug de l’Union européenne et luttent enfin avec les moyens nécessaires contre l’islamisme et l’islam conquérant.

Je me targue d’être patriote, c’est-à-dire de défendre et promouvoir mon pays. Non contre les autres, mais avec les autres et même pour les autres en apportant au monde tout ce qui a fait le génie de la France et des Français.

Etre patriote, c’est donc le contraire du nationalisme agressif et du chauvinisme. C’est être fier de nos réussites lorsqu’elles sont acquises sans triche. C’est accepter la défaite lorsqu’elle est légitime.

J’ai apprécié hier l’esprit sportif des Allemands. Je note que les joueurs de la Manschaft ont accepté sans broncher les décisions de l’arbitre et que les supporters sont sortis du stade très calmement. D’autres n’auraient pas réagi ainsi.

6/ Et cette finale ?

J’avoue qu’elle ne m’intéresse pas beaucoup. Que le meilleur gagne. Et que l’arbitrage soit, cette fois, impartial.

Si la France gagne honnêtement, bravo. Mais de grâce, évitons ces débordements chauvins ridicules et, vite, passons à autre chose.

Si c’est le Portugal, tant mieux aussi (bien que je n’aime pas beaucoup ce « m’as-tu vu » de Ronaldo). C’est un petit pays en crise soumis à la cruelle austérité de Bruxelles. Un petit pays a besoin de victoires sportives pour exister. Voyez l’Islande, l’Irlande ou le Pays-de-Galles. Pas un grand. Et le Portugal a raté de peu quelques grands rendez-vous de foot. S’il gagne, je serai content. A condition, évidemment, que ce soit avec mérite.

Si la France perd, il n’y a que les imbéciles qui pleureront. Ils n’auront rien compris à la différence entre essentiel et secondaire.

Il est vrai que certains imbéciles ne comprendront jamais rien. Comme disait Renaud (« Hexagone »), « le roi des cons, il est pas portugais ! ».

Yves Barelli, 8 juillet 2016

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 00:38

Je ne vais pas me transformer aujourd’hui en chroniqueur sportif. Je n’ai jamais été un fanatique de football (sauf, comme tous les Marseillais, quand il s’agit de l’OM ; mais, si l’OM jouait aux billes ou au cricket, sur le Vieux-Port, on les soutiendrait pareil ; ce n’est plus une question de sport, mais une thérapie collective pour une ville en crise permanente !) et, l’évolution du foot depuis quelques années vers un sport-business de moins en moins sportif et de plus en plus business, avec des sommes colossales en jeu, des rémunérations indécentes qui transforment certains esprits faibles en enfants gâtés insupportables et des magouilles qui atteignent au niveau de la FIFA plus que de l’indécence, en fait une véritable provocation envers ceux qui s’accrochent encore à quelques valeurs humaines, tout cela ne peut que m’éloigner des terrains.

La performance, ce soir, de l’équipe d’Islande, me réconcilie un peu avec ce sport.

L’Islande mise à part, si je suis, plus ou moins, cet « euro », c’est seulement parce que je suis un observateur de la vie sociale et donc politique de notre pays, de notre continent et, plus généralement, du monde. Le foot est encore le sport le plus populaire, celui qui draine le plus de monde dans les stades et devant les petits écrans. Le plus souvent associé, lorsqu’il s’agit de compétitions internationales, au chauvinisme le plus étroit et le plus stupide, il prend souvent une tournure politique, et même politicarde, qui me fait fuir à toute allure. Quand l’équipe nationale gagne, nous sommes soit disant tous, collectivement, des héros et, quand elle perd, soudain, c’est le drame national. Gagner, gagner, il n’y a que cela qui les intéresse. Même en jouant mal, même en trichant (vous vous souvenez de la main de Thierry Henri contre l’Irlande et vous n’avez pas vu ce pénalty non sifflé au profit de la Suisse la semaine dernière ?).

Mais un tel phénomène de masse, il faut le suivre, même si on n’y prend aucun plaisir. Ne serait-ce que pour pouvoir placer son grain de sel dans les conversations qui, immanquablement, surgissent dans tous les milieux pendant cet « euro » qui, de plus, se passe en France.

Je me suis donc forcé à, au moins, regarder les matches dans lesquels évoluent les « Bleus », plus quelques autres. Par exemple aujourd’hui Italie-Espagne, parce que je suis très proche de ces deux pays et suis entouré de personnes qui soutiennent l’une ou l’autre équipe. J’étais sans à priori au début du match, avec une petite préférence pour la « Squadra » parce que ses adversaires ont remporté les deux derniers tournois : chacun son tour ! Et, au fil, du match j’ai pris de plus en plus le parti des italiens, tout simplement parce qu’ils ont mieux joué. Ce soir, j’ai également regardé Angleterre-Islande (je vais y revenir infra). J’ai eu ma dose !

Et puis je vais vous faire un aveu qui ne va pas me faire que des amis. Les lecteurs de ce blog savent que je suis un patriote français (c’est pourquoi, je me bats, avec d’autres, pour que notre pays recouvre sa souveraineté et qu’il se libère du « joug » de l’Union européenne et de l’arrogance de Madame Merkel ; je ne suis donc pas de ces « bobos » cosmopolites qui considèrent que la nation c’est fini : au contraire !).

Mais être patriote, être attaché à son pays, ce n’est pas être chauvin. Le patriotisme est le contraire du nationalisme prétentieux et agressif. Aimer sa Nation, c’est aussi aimer et respecter les autres. J’aime la France, mais j’ai vécu dans quinze autres pays et j’ai des amis partout. Donc, vive la France, mais aussi vive les autres.

Les manifestations de chauvinisme primitif et stupide de supporters braillards et, plus encore, des commentateurs de nos télévisions, mauvais perdants autant que gagnants prétentieux, m’insupportent. Je souhaite donc que l’aventure de nos « Bleus » s’arrête le plus tôt possible. Ensuite, on aura la paix. Je reconnais tout de même que, cette année, la composition de l’équipe de France est meilleure qu’autrefois. La racaille type Benzema ou Ribéry n’est plus là. Tant mieux. Griezmann et Paillet me semblent en revanche plus sympathiques. S’ils gagnent, je serai moins mécontent que si les voyous avaient joué.

Lorsque je regarde un match, en général, je suis pour le petit pays contre le grand (mais je peux changer en cours de partie si les « petits » s’avèrent brutes ou tricheurs).

Et j’en viens à l’Islande.

Depuis le début, je rêve qu’elle gagne l’ « euro ». Jusqu’à aujourd’hui, ce n’était qu’un rêve. Certes, la probabilité que cela devienne réalité est très faible. Mais aujourd’hui, on peut dire qu’elle n’est pas nulle.

Le match que je viens de voir contre l’Angleterre a été du pur bonheur. Certes, je suis un peu peiné pour les Anglais. Après leur sortie de l’UE et toute la campagne médiatique contre eux, j’applaudis leur courage et leur patriotisme et ils ont ma sympathie.

Mais pas contre l’Islande. Cette île éloignée de tout, sans ressource du sous-sol (si ce n’est l’énergie des volcans), où il fait nuit noire six mois par an, et qui n’a même pas 300 000 habitants (le tiers de la seule ville de Marseille) a réussi à se qualifier pour cet euro.

Son équipe a fait montre d’un courage, d’une générosité, d’un enthousiasme, d’une abnégation, mais aussi d’un « fair-play » exceptionnels. Ses supporters (vrais supporters, c’est-à-dire partisans sans agressivité et sympathiques) sont aussi formidables que les joueurs. Ils étaient 20 000 aujourd’hui à Nice. C’est donc pas loin de 10% de la totalité des islandais qui avaient fait le déplacement. A l’échelle de la France, ce serait 5 millions de personnes qui seraient allés de l’autre côté de l’Europe. Extraordinaire !

Qu’un si petit pays puisse rassembler autant de joueurs de qualité et de supporters enthousiastes tout en étant civilisés, cela, je dois dire, me réconcilie avec le foot.

L’exploit des Islandais doit nous rappeler qu’il y a, en France même, des clubs amateurs sans moyens, sans argent, sans salaire évidemment, qui évoluent au fin fond des divisions dites d’honneur et qui, parfois, arrivent à se transcender, battent des clubs pro et arrivent parfois en finale de la coupe.

Cela est le signe que le mental est aussi important pour un sportif que le physique et la technique. Les islandais aujourd’hui en ont apporté une démonstration éclatante.

Cette équipe d’Islande mérite d’aller très loin et, même, pourquoi pas, jusqu’au bout. Tant pis pour la France dimanche prochain, mais je souhaite la victoire de l’Islande.

Ce pays, je l’aimais bien avant ce match et mon sentiment n’en est que décuplé. J’ai eu l’occasion de faire le tour de l’île en voiture (2000 km quand même : petit peuple, mais vaste terre, il est vrai occupé en grande partie par des glaciers et des volcans). J’ai apprécié la gentillesse et l’honnêteté de ce peuple. Dans ce pays, il n’y a quasiment pas de délinquance, pas d’immigration de masse et pas d’assistanat parce que tout le monde y travaille. Au mois de juin, les lycéens qui viennent de passer le bac, se déploient dans toute l’île et la nettoient. Sans aucun salaire. Ils reçoivent simplement une petite rémunération collective qui sert à organiser une fête. Dans ce pays égalitaire et tolérant, il n’y a ni riches ostentatoires, ni pauvres. Les islandais ne demandent rien à personne et ils sont attachés à leur souveraineté. Quand j’y suis passé, sur un grand panneau près de l’aéroport, était écrit : « Union européenne, non, merci ! ». L’Angleterre sort de l’Europe, l’Islande, comme la Norvège et la Suisse n’y sont jamais entrés et n’ont pas l’intention de le faire. Ce sont eux qui ont raison.

Pour toutes ces raisons, vive l’Islande. Qu’elle aille loin dans l’euro. Mais comme les islandais sont sages, s’ils perdent, ils n’en feront pas une maladie. Mais ils mettront tout leur courage et celui de leurs 300 000 (plus un, moi !) supporters pour gagner.

Une dernière remarque, plus générale. Parmi toutes les décisions stupides, dogmatiques et négatives de l’Union européenne, il y a cette décision prise il y a quelques années de permettre aux clubs de jouer avec autant d’étrangers qu’ils le veulent. C’est dans la logique de Bruxelles : libre-échange, ouverture des frontières, déni des nations.

Le résultat est que les grands clubs, ceux qui ont le fric pour « acheter » les joueurs (véritables marchandises), ont souvent plus d’étrangers que de nationaux et, souvent, ils continuent à porter les couleurs d’une ville mais sans aucun de ses citoyens dans ses rangs. C’est le cas de clubs comme le Real ou le PSG. Que reste-t-il de Paris dans ce club ? A peu près rien. Les capitaux sont qataris et les joueurs de partout. Certains, comme l’insupportable Ibrahimovic, ne parlent même pas français. Les exceptions à cette « règle » sont rarissimes. Le Barça est la plus connue.

Ces joueurs qui privilégient les clubs où ils sont grassement payés et où on les fait jouer jusqu’à l’épuisement, n’ont plus beaucoup de temps, et, souvent, aucune motivation à consacrer à l’équipe nationale. Les Anglais viennent d ‘en apporter la preuve. Ils sont bons individuellement, mais mauvais collectivement parce qu’ils n’ont pas beaucoup de temps pour jouer ensemble. Mercenaires du ballon rond, en ont-ils seulement l’envie ? On peut se poser la question. Ce n’est pas là qu’ils gagnent les fortunes que leur offrent les clubs.

Les islandais, eux, ont envie de servir leur pays. Ça se voit.

Yves Barelli, 27 juin 2016

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 23:51

« La commission d’éthique » de la « Fédération Internationale de Football Association » (FIFA) vient de suspendre pour trois mois le mandat de son président, le suisse Sepp Blatter, ainsi que ceux de plusieurs autres dirigeants de l’institution, dont Jérome Valcke, Secrétaire Général, et Michel Platini, président de l’UEFA (football européen).

1/ Cette décision fait suite aux scandales à répétition qui frappent la FIFA depuis plusieurs années et aux procédures judiciaires enclenchées l’été dernier aux Etats-Unis et en Suisse.

Blatter avait réussi jusqu’à présent à passer au travers des mises en cause. Il est donc désormais rattrapé par les « affaires ». Gageons que, pour celui qui dirige depuis dix-sept ans la FIFA, ce n’est qu’in début. Quant aux autres dirigeants du foot international, il est prévisible que peu en sortiront indemnes.

Pour le moment, ce qui apparait au grand jour semble n’être que le petit sommet de la partie émergée de l’iceberg. A Valcke, il est reproché une vente frauduleuse de billets lors du dernier mondial du Brésil. S’agissant de Platini, il lui est reproché d’avoir touché près de 2 millions d’euros, payés plus de dix ans après un « travail » de consultant pour l’association, dit-il.

Mais ce ne sont probablement que broutilles par rapport à la corruption à grande échelle qui caractériserait la FIFA.

Cette décision vient bien tard. Elle est presque cocasse tant ce monde parait totalement pourri. Le plus cocasse est en effet que cette « commission d’éthique » semble se réveiller tout à coup. Cet organe auto-désigné de la FIFA qui se penche sur l’éthique d’un sport qui semble l’avoir totalement perdue ajoute évidemment au caractère surréaliste du fonctionnement d’un football international en pleine dérive. Autant demander à des loubards de réfléchir sur l’honnêteté !

2/ Qu’est-ce que la FIFA ?

Cette institution internationale non gouvernementale a été fondée en 1904 pour coordonner la coopération entre les organisations nationales de foot, qui venaient d’être créées, des grands pays européens, ultérieurement rejoints par le monde entier.

Son siège est à Zurich et elle regroupe aujourd’hui 209 associations nationales (y compris des minuscules dans des territoires non souverains). La FIFA fédère elle-même des associations continentales, dont l’UEFA pour l’Europe.

La FIFA organise les grands évènements footballistiques internationaux, notamment la coupe du monde qui se tient tous les quatre ans.

Compte tenu de la popularité du foot, et de son fonctionnement de plus en plus par et pour l’argent, ainsi que de la course aux sponsorings, la coupe du monde, en particulier, est devenue une gigantesque pompe à fric. Les droits télé se sont envolés et le « mondial » est devenu un outil de promotion politique. Les retombées commerciales et en termes d’image sont telles que nombre de pays sont prêts à payer cher pour abriter de telles manifestations (même s’il le regrette après, comme cela est le cas du Brésil où la manifestation s’est transformée en immense scandale). Ainsi, le petit Qatar, bien qu’il n’est aucune tradition et activité de football et bien que son climat désertique ne soit pas propice à de telles activités, a réussi à obtenir de la FIFA que le mondial de 2022 y soit organisé. Cela a été la goutte qui a fait déborder le vase. La corruption est maintenant à peu près avérée. Notre Platini « national », atteint aujourd’hui par les retombées de l’effondrement de la planète Blatter, a voté pour le Qatar. Il n’a jamais été en mesure de dire pourquoi. L’autre « idole » du foot français, Zinedine Zidane, lui, a touché plusieurs millions d’euros de la part de l’émirat pour en faire la promotion.

Outre les sommes occultes brasées par les membres de la FIFA, le budget officiel de l’organisation en fait une grosse machine à « business ». Ses revenus officiels ont atteint 1,3 milliard de dollars en 2013 pour un profit net de 72 millions. Ses réserves en « cash » s’élèvent à 1,4 milliard de dollars.

La FIFA est un organisme « indépendant » qui est l’émanation des associations nationales. Celles-ci sont très diverses. Certaines sont contrôlées par les gouvernements, d’autres par quelques gros intérêts financiers, eux-mêmes émanations des propriétaires des grands clubs. Les joueurs sont rarement associés aux décisions. Quand on sait que les joueurs professionnels s’achètent et se vendent comme des marchandises, on comprend que ce sont les intérêts financiers, et eux seuls, qui décident. Les joueurs eux-mêmes sont grassement payés, ce qui suffit à acheter, aussi, leur silence.

La dernière élection à la tête de la FIFA, qui a vu la reconduction de Blatter, a mis à jour les pratiques. Comme chaque fédération nationale a une voix, les petites comme les grandes, on comprend que les minuscules fédérations des petites îles des Caraïbes ou d’Océanie, qui ne comptent que quelques centaines de licenciés, soient particulièrement bien « choyées » (entendez « achetées »). On « soigne » donc les dirigeants par quelques subventions pour construire des stades et, aussi et surtout, par des moyens moins licites.

3/ Le monde du football est en grande partie gangréné par l’argent et la corruption qui va avec. Les clubs, les joueurs, l’organisation des mondiaux, le droit de retransmettre les matches à la télé, tout s’achète. L’argent à y gagner est en proportion des sommes investies. Colossales.

Cela n’est pas propre au foot. L’ensemble du sport professionnel est dans le même état d’esprit et dans la même dérive. Mais, dans le foot, on atteint un niveau de sport-business et de sport-mafia à la hauteur des foules qu’il draine dans les stades et devant le petit écran.

La dérive est telle qu’elle paraissait sans limite.

Les « affaires » en cours permettront-elles de renverser la tendance ?

On peut en douter si l’ « indépendance » des instituions soit disant représentatives de ce sport n’est pas remise en cause.

On peut même en tirer une conclusion plus générale, valable non seulement pour le sport, mais pour bien d’autres activités humaines dans les domaines les plus variés : culture, tourisme, organisations caritatives, etc.

Le phénomène associatif est en effet la meilleure et la pire des choses.

Au départ, on a des « bénévoles, c’est-à-dire des gens qui donnent de leur temps pour une cause ou une passion. C’est le cas, par exemple, des entraineurs de petits clubs de foot qui se « défoncent » tous les dimanches matins, qui ne gagnent rien et, même, parfois, payent pour exercer leur bénévolat. Certains y soignent leur ego, acquièrent une notoriété éventuellement utilisable ailleurs (professionnel ou politique), d’autres, simplement, assouvissent une passion. J’en connais. Ils sont remarquables et méritent considération et respect. Ceci, pour le foot, mais aussi pour de multiples autres activités.

Mais lorsque l’activité est « rentable », c’est dire qu’elle génère des revenus, le bénévole se transforme souvent en permanent. Il ne s’enrichit pas nécessairement, mais il vit de son activité.

A un niveau au-dessus, on entre dans le domaine du sport-business. Les grands clubs professionnels sont de véritables entreprises qui brassent beaucoup d’argent.

Lorsqu’on atteint des organisations comme l’UEFA ou la FIFA, on entre dans une autre échelle. Celle de l’entreprise multinationale plus puissante que bien des Etats.

Et quand personne ne contrôle ces « multinationales », c’est la porte ouverte à toutes les dérives et à la corruption.

On peut mettre toutes les commissions internes d’ « éthique » que l’on veut, le système reste le système. Pour une raison fondamentale : il est juge et partie. La commission d’ « éthique » de la FIFA est un organe de la FIFA. On ne peut pas attendre d’elle qu’elle fasse un « ménage » complet, car celui-ci atteindrait ses propres membres. Autant leur demander de se suicider. Tout juste peut-on en attendre qu’elle fasse sauter quelques « fusibles ». A moins que les clans qu’elle renferme nécessairement profitent de quelque scandale pour régler des comptes. Blatter était dans le collimateur de ses rivaux et Platini, qui a voulu détrôner Blatter de son siège, a reçu en retour le missile qui vient de le toucher.

Tout cela ne fait pas une réforme. Les éjectés laisseront la place à de nouveaux ambitieux dont il serait miraculeux qu’ils deviennent soudain des enfants de cœur. Peut-être seront-ils, pour un temps, un peu plus prudents. On évitera des scandales du type mondial au Qatar. Mais pour le reste, ce sera « business as usual », le fric comme d’habitude.

4/ Alors, aucun espoir ?

Aucun, sauf si on imagine une organisation différente.

L’existence d’organismes indépendants des Etats est souvent présentée comme une garantie d’impartialité.

C’est, en tout cas, ce que certains intérêts cherchent à nous faire croire.

Pourtant, lorsqu’il n’y a pas de contrôle public, la dérive est souvent au rendez-vous. Pensez-vous que la « police » des garagistes doive être garantie par une organisation professionnelle qui les regroupe ? Que penser d’un contrôle anti-pollution des voitures laissé à Volkswagen et à quelques autres ? Et celui du pétrole par les pétroliers ? Ou encore de la mise sur le marché de médicaments laissé à l’appréciation des seuls laboratoires ?

Pour le foot, c’est pareil. On ne peut avoir aucune confiance en une FIFA, émanation de toute la chaîne des intérêts soit disant sportifs, en fait financiers.

En sens inverse, c’est vrai, les Etats ne sont pas souvent neutres. On le voit bien aujourd’hui par exemple avec le Premier Ministre français qui continue de soutenir honteusement Platini.

Mais, au moins, les Etats ont une légitimité reconnue. Ils sont l’émanation des citoyens, c’est-à-dire du peuple. C’est pourquoi, je fais davantage confiance à un préfet, parce qu’il représente l’Etat, donc vous et moi, qu’au président d’un organisme professionnel soit disant indépendant.

Les Etats sont loin d’être parfaits, même en pays démocratique, mais je crois que lorsque ce sont eux qui organisent et qui contrôlent, cela me parait un moindre mal. D’autant que, au moins en pays démocratique, il y a un contrôle juridictionnel tel que le Conseil Constitutionnel ou le Conseil d’Etat changé de veiller au grain.

Il me semble en conséquence qu’une organisation internationale de la famille des Nations-Unies, une Organisation Internationale du Sport (OIS), si vous voulez, devrait être chargée d’organiser et de contrôler le sport mondial, y compris le football et les Jeux Olympiques (le CIO connait la même dérive que la FIFA). Chaque Etat en serait membre. Un peu comme l’OMS supervise tout ce qui a trait à la santé, le BIT, ce qui relève du travail, la FAO l’alimentation ou l’UNESCO la culture.

La FIFA, l’un des organes de cette OIS, serait chargée notamment des coupes du monde de foot. Pour éviter toute dérive, toute télévision pourrait diffuser les matches sans payer de droit. Chaque club professionnel devrait acquitter un impôt qui permettrait à la fois de faire fonctionner la FIFA nouvelle manière et de subventionner les pays à faibles moyens.

Cette idée n’est pas révolutionnaire, à moins qu’on considère comme révolutionnaire le fait de rendre au public ce qui a été accaparé par le privé.

Chassons de notre esprit cette idée réactionnaire que l’indépendance par rapport aux Etats est une garantie d’impartialité. Quand un organisme dépend de l’argent privé, c’est une escroquerie morale de parler d’ « indépendance ».

Et si, dans chaque pays, notamment en France, on essayait de moraliser un peu plus (ce qui ne serait pas difficile vu le degré d’immoralité atteint) le fonctionnement du sport, ce serait un bon complément à la réorganisation du sport mondial. Pour cela, sans doute conviendrait-il de « travailler » les mentalités en essayant de revenir à ce qui devraient être les fondamentaux du sport : participer plutôt que gagner à tout prix, joie saine d’un corps sain dans un esprit sain, fairplay, respect de l’adversaire et de l’équipier.

Allons plus loin. Et si on moralisait le capitalisme ?

On peut rêver, non, de temps en temps ?

Le rêve, c’est la vie, l’utopie c’est rêver à ce qui pourrait être et c’est essayer que le rêve devienne réalité. On n’y arrive pas toujours, mais il faut essayer. Il en reste toujours quelque chose : un début de mieux et la satisfaction morale. C’est déjà pas mal.

Yves Barelli, 8 octobre 2015.

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