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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 00:28

Je n’aime pas les cocoricos nationalistes du genre « mon pays est le plus beau » et « nous sommes les meilleurs ». Chaque peuple peut engendrer le meilleur et le pire. La France a souvent montré le pire. Mais elle est aussi capable du meilleur. C’est le cas aujourd’hui. La réaction des Français à la barbarie qui la touche et qui touche le monde est digne. Pas parfaite, mais digne, et je veux le souligner.

Ceux qui me connaissent ou qui lisent ce que j’écris savent que je suis d’ordinaire tout sauf complaisant pour la France, pour notre société et pour nos dirigeants. Alors, pour une fois, permettez-moi de mettre de côté mes critiques habituelles (pour cela je vous renvoie à mes autres articles) et de souligner, au contraire, ce qui fait ma fierté d’être Français.

1/ Notre armée et notre police sont parmi les meilleures au monde. Elles ne regorgent pourtant pas de moyens, compte tenu des restrictions budgétaires stupides qui les affectent depuis quelques années, sous Sarkozy, sous Hollande et même avant. Nos forces sont constituées d’hommes (et de femmes) qui ne recherchent pas l’argent et la gloire. Ils ne sont pas très bien payés et travaillent en général dans l’ombre.

Ils sont pourtant d’un très grand professionnalisme. Ils sont courageux et respectent les gens, même quand ils sont ceux qu’ils recherchent ou leurs ennemis. Regardez par exemple le travail cette semaine du RAID et du BRI, unités de la police spécialisées dans les missions à haut risque. Voyez aussi leurs équivalents de la gendarmerie, GIGN en particulier. Leur travail est sans bavure. Lorsqu’ils interviennent, il n’y a pas de dégâts collatéraux : les otages, lorsqu’il y en a, sont sauvegardés et les populations qui sont au contact de leur action sont préservées. Exemples récents : la neutralisation des terroristes mercredi à Saint Denis ou en janvier à l’Hyper-Cacher. Lorsque de telles actions sont menées à l’étranger, les morts à déplorer sont fréquentes. Par exemple aux Etats-Unis ou en Russie. Même le maintien de l’ordre se fait « en douceur » : plus d’un mois d’émeutes en mai 1968 et seulement deux morts accidentelles (par noyade dans la Seine), aucune victime lors de la « révolte des banlieues » en 2005. En 1968 quand les Etats-Unis ont connu des émeutes raciales, c’est par centaines qu’on a compté les morts. Je ne parle même pas du rétablissement de l’ « ordre » au Caire ou au Tibet. L’action de nos militaires se fait dans des conditions comparables. Au Mali, par exemple, nos soldats ont reconquis le nord du pays dans des conditions extrêmement difficiles sans victimes collatérales civiles.

Ce qui précède n’est pas tiré d’images de propagande fournies par le service d’information des armées ou du ministère de l’intérieur. J’ai vu les gendarmes d’élite à l’œuvre lorsque j’ai été en poste diplomatique en Algérie. Ils m’ont protégé dans des conditions remarquables.

2/ Nos autres services publics sont aussi remarquables. Ces jours derniers, on a vu à l’œuvre les pompiers, le SAMU, les médecins, les ambulanciers, l’ensemble du personnel médical, mais aussi tous ceux qui travaillent dans l’ombre pour assurer communications, infrastructures et services de toutes sortes. Je n’oublie évidemment pas les diplomates. Si les témoignages de solidarités affluent de partout, ils n’y sont pas étrangers.

Ceux qui crient à « trop d’Etat », « trop d’impôts », « trop de fonctionnaires » sont des irresponsables.

3/ Aujourd’hui que le danger se précise en France, on n’a jamais eu autant de volontaires pour s’engager dans l’armée et la police. Contrairement à ce que prétendent des esprits chagrins adeptes du ridicule « French bashing », le patriotisme, en France, cela existe toujours et on trouve toujours de nombreux Français volontaires pour risquer leur vie pour défendre leur pays et leurs concitoyens. Dans une société où on a autant d’ « exilés fiscaux », de patrons aux rémunérations et aux retraites chapeau scandaleuses et de « footeux » gagnant des fortunes sans même être capables de signer un autographe pour leurs supporters ou de chanter la Marseillaise, je trouve cela remarquable.

4/ Nous sommes frappés depuis des mois par des terroristes barbares qui agissent au nom de l’islam. Où sont les « ratonades » et les expéditions punitives contre certains de nos « concitoyens » indignes du pays qui les a accueillis et qui crachent sur la France ? Où sont les incendies de mosquées qui répondraient aux églises brulées ailleurs ? Il n’y en a pas. Peu de peuples gardent une telle maitrise en pareilles circonstances. Les ennemis intérieurs qui crient à tout bout de champ à l’ « islamophobie » et leurs complices bobos droits-de-l’hommistes (qui s’émeuvent moins des massacres de chrétiens en Orient) devraient avoir honte. Qu’ils passent nos frontières, même proches, et ils verront ce qu’est la xénophobie ou tout simplement la vengeance contre les crimes.

5/ La France se bat sur tous les fronts. Intérieurs comme extérieurs. Nos troupes sont engagées sur de multiples théâtres d’opérations. C’est en grande partie parce que nous y sommes que les terroristes viennent nous frapper. On ne constate dans ce pays aucun mouvement ni même réflexion tendant à demander à nos gouvernants de ramener les troupes à la maison pour qu’on nous fiche enfin la paix. Au contraire, nous faisons face. Nous ne nous laissons pas intimider. Le terrorisme ne nous fait pas reculer. Il nous encourage au contraire à persévérer.

6/ L’action de la France à l’extérieur contraste avec la lâche inaction de la plupart de nos « partenaires » européens. Et je mets ce mot entre guillemets parce que, en l’occurrence, nous sommes bien seuls. En Europe, il n’y a que trois pays qui se battent et qui acceptent de prendre des risques, pour leurs soldats sur les théâtres extérieurs et pour les populations civiles menacées par le terrorisme aveugle : la Russie, la Grande Bretagne et nous. Où sont les autres ? Où est Madame Merkel si prompte à donner des leçons et des ordres pour faire respecter les critères absurdes de Maastricht? Quant aux autres, malheureusement, ils ont abandonné toute ambition nationale. Ils préfèrent s’en remettre aux Américains pour protéger leur « sécurité » et aux Allemands leur « prospérité ». C’est leur droit. Chaque pays fait ce qu’il veut. Mais, en l’occurrence, je suis content d’être Français. Je me sentirais mal à l’aise dans une autre nationalité.

Les Etats-Unis ont la plus forte armada de tous les temps. Ils l’ont souvent utilisée à mauvais escient dans le passé. Aujourd’hui, surtout compte tenu du désastre qu’ils ont opéré en Irak, ce devrait être à eux de réparer leurs dégâts et de régler son compte à l’Etat Islamique. Ils se contentent de quelques bombardements quasiment symboliques. La guerre contre « Daesh » sera gagnée par les Russes et les Syriens. Nous nous y sommes mis un peu tard. Mais nous pourrons sans doute être fiers d’y avoir participé, et d’avoir payé le prix fort au Bataclan (et sans doute encore ailleurs).

7/ La France a été une grande nation dans le passé. Elle a souvent montré la voie. Elle est le pays des philosophes des lumières, de la Révolution, des droits de l’homme. « Ma France », comme a chanté Jean Ferrat, a été capable de sursauts quand tout semblait perdu, d’allumer une lumière pour illuminer le monde quand la nuit couvrait la planète. Nous sommes le pays de la culture, des arts, de la qualité de la vie, mais aussi du sacrifice quand c’est nécessaire. Nous ne sommes pas les seuls, mais le monde se souvient que nous l’avons été plus souvent qu’à notre tour.

A tous ces Français qui ont perdu confiance en leur pays, qui n’y croient plus et qui baissent les bras, la meilleure réponse est cet immense élan de solidarité que nous constatons partout dans le monde : ces monuments éclairés en bleu-blanc-rouge, ces Marseillaise chantées dans les stades d’Angleterre, ces inscriptions « Je suis Paris » ou ce président américain qui dit en français « liberté-égalité-fraternité ».

Personnellement, j’ai reçu de nombreux messages de sympathie. Du Brésil de République dominicaine, du Maroc, de Pologne, du Monténégro, de Prague, de Barcelone, de New York et d’autres endroits. Tous ceux qui sont en contact avec des étrangers ont reçu des messages analogues. Cela fait chaud au cœur.

Si je rappelle cela, ce n’est pas par nationalisme idiot car si le patriotisme est un beau sentiment, le nationalisme ne l’est pas. Si je le mentionne, c’est pour dire aux Français qui ont perdu confiance dans leur pays « ressaisissez-vous, la France n’est pas morte et, à l’étranger, on le sait sans doute mieux qu’ici ».

XXX

Depuis une semaine, le deuil qui nous frappe, les périls qui nous menacent encore doivent nous stimuler, nous donner confiance. Nous avons encore beaucoup à offrit au monde et d’abord à nous-mêmes. Nos amis à l’étranger nous le demandent.

Reprenons nos affaires en main. Sans haine mais sans naïveté. Sachons désigner nos ennemis, de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur. A la barbarie et à l’obscurantisme, opposons notre intelligence, notre mode de vie, notre identité, notre histoire, nos valeurs, nos traditions, notre laïcité. Soyons déterminés, soyons forts, soyons implacables pour éradiquer la barbarie et pour refuser la prétention de ceux qui voudraient créer sur notre sol des zones de non-droit français.

Reprenons notre souveraineté vis-à-vis d’une Union européenne qui nous montre tous les jours qu’elle n’existe pas et qu’elle n’a aucune chance d’exister dans l’avenir. L’idée européenne a peut-être été une grande idée. Ce n’est qu’une utopie. A ceux qui ne rêvent que de grand marché et d’équilibres budgétaires avec des frontières passoires dont se jouent les terroristes, les trafiquants, les clandestins et les marchands de main d’œuvre bon marché, opposons une France forte et forte parce que protégée autant que déterminée. C’est le meilleur cadeau que nous puissions faire aux autres Européens, mais aussi à nos amis africains.

Il reste certes beaucoup à faire pour que la France retrouve ses valeurs séculaires et pour que les Français, qui n’ont jamais cessé d’aimer la France quoi qu’ils en disent, n’aient plus le sentiment qu’il s’agit d’un amour perdu.

Il faudrait surtout que le soufflé ne retombe pas une fois les évènements passés, comme cela s’est passé un peu après Charlie.

Il faudrait surtout que le gouvernement et la société prennent les mesures indispensables pour qu’il n’y ait pas de nouveaux Bataclans. Ces mesures doivent prendre la forme de la fermeté envers ceux qui nous combattent. On mène une guerre en s’en donnant les moyens. La liberté, c’est bien. Mais celle des victimes, pas des tueurs. La sécurité, ce doit être celle des citoyens, pas celle de ceux qui ne veulent pas de nos valeurs.

Oui, aujourd’hui, je suis fier, quand même, d’être Français.

Je suis d’habitude suffisamment critique et sans complaisance pour ce pays pour me permettre, cette fois, de le dire.

J’espère que ce sentiment va durer. Cela dépendra, collectivement, de nous.

Yves Barelli, 21 novembre 2015

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Published by Yves Barelli - dans france
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