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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 22:33

La poussée à droite aux élections législatives autrichiennes du 15 octobre, avec une droite « dure » et un parti souverainiste qui pourraient former un gouvernement de coalition, est importante, non seulement pour l’Autriche, mais aussi pour l’Europe. Si cette coalition se concrétise, ce qui, pour l’heure, semble l’hypothèse la plus probable, elle pourrait servir d’exemple à d’autres pays, notamment la France.

1/ Les sondages sorties des urnes donnent l’ÖVP (droite chrétienne-démocrate) à 31%, le SPÖ (socio-démocrates) à 27% et le FPÖ (souverainiste, un peu équivalent au Front National français) à 26%. Il ne semble pas que les Verts, qui se présentaient sur deux listes séparées et rivales, les Verts proprement dits (ils auraient 3%) et des Verts dissidents, que certains commentateurs qualifient de « populistes d’extrême-gauche » (4%), puissent entrer au parlement, où seules les listes obtenant plus de 5% sont qualifiées. Rappelons que le système électoral autrichien est la proportionnelle intégrale (pondérée par cette barre de 5%, comme en Allemagne).  

Ces chiffres ne devraient pas beaucoup varier lorsque tous les bulletins seront décomptés, avec toutefois une incertitude quant à la qualification de l’une ou l’autre liste de Verts.

La participation a été forte, de l’ordre de 80%.

2/ Le gouvernement sortant était, comme en Allemagne, formé par une « grande » coalition droite-gauche. Les chances qu’elle soit reconduite sont infimes, tant les programmes de l’ÖVP et du SPÖ sont éloignés.

Une coalition ÖVP-FPÖ est davantage probable. Les deux partis ont développé des programmes électoraux assez semblables, accès sur la réduction drastique de l’accueil de nouveaux immigrants et la réduction des allocations versées à ceux qui sont déjà dans le pays.

3/ Cette question migratoire a largement dominé la campagne électorale. Elle est au centre des préoccupations des Autrichiens et il y a un rejet massif des immigrants dans l’opinion. Le pays a en effet accueilli près de 200 000 migrants (soit une proportion aussi forte qu’en Allemagne) arrivés illégalement dans le pays. Beaucoup s’accordent à estimer inassimilables ces nouveaux venus, presque tous musulmans, qui s’ajoutent à une immigration ancienne de Turcs, musulmans aussi, qui, en pratique, vivent en marge de la société autrichienne, très catholique (l’Autriche n’est pas un pays laïque et la religion catholique y est la religion de l’Etat, ce qui n’est toutefois pas en contradiction avec la liberté de culte, mais il y est difficile d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat et de l’administration si l’on n’est pas enregistré comme « catholique »). Ils posent de nombreux problèmes, dans l’enseignement notamment. En outre, la délinquance et les incivilités sont plus fortes chez les immigrés musulmans que la moyenne autrichienne).

4/ Le probable futur chancelier (chef du gouvernement, poste qui a la réalité du pouvoir dans ce pays à régime parlementaire, les prérogatives du président de la République étant surtout symboliques), le chef de l’ÖVP, Sebastian Kurz, n’a que 31 ans mais n’est pas un novice en politique. Il est ministre des affaires étrangères dans le gouvernement sortant depuis 2013. En 2015, il s’est opposé frontalement à la chancelière allemande Angela Merkel sur la question des migrants. Alors que celle-ci ouvrait les portes de son pays aux migrants illégaux arrivant par la route des Balkans, l’Autriche, sous l’impulsion de Kurz, et la Hongrie de Viktor Orban fermaient les leurs.

Kurz a repris ce thème pendant la campagne et a tenu un discours très ferme.

5/ Le FPÖ, de Hanz-Christian Strache, que les commentateurs « politiquement corrects » qualifient un peu vite d’extrême-droite pour le discréditer, n’est pas, à la différence de l’AfD allemande, un nouveau venu dans la politique autrichienne. Le FPÖ est associé depuis des années aux gouvernements de certains Länder (l’Autriche est un Etat fédéral), en association le plus souvent avec la droite, mais parfois aussi avec les socio-démocrates. Il a donc l’expérience de la gestion des affaires publiques.

L’année dernière, le candidat du FPÖ a frôlé la victoire à l’élection présidentielle, avec un score de 48% au second tour.

A la différence du FN en France, le FPÖ est donc un parti qui ne fait pas peur à l’électorat et qui est considéré comme « fréquentable ». Il n’a nul besoin de se « dé-diaboliser ». Même la gauche, dans certains cas, ne rechigne pas à s’afficher avec lui. Il est vrai que les pays germaniques sont beaucoup plus consensuels que les latins…    

6/ Il faut évidemment juger les gens sur leurs actes et non sur leur discours. Il est pas impossible que le leader de la droite ait tenu un langage « dur » pour mieux siphonner les voix du FPÖ, un peu comme Sarkozy l’avait fait en 2007 avec les voix du FN.

Je me garderai donc de tout pronostic.

7/ Je me contente de relever que le vote autrichien de ce jour va dans le sens de ceux de la plupart des autres pays d’Europe Centrale, notamment la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie. Les peuples de ces pays sont attachés à leur identité, chrétienne (Pologne, Hongrie en particulier) ou laïque (cas, en particulier de la Tchéquie, à majorité athée, ou de l’ex RDA), qu’ils considèrent incompatible avec celle des musulmans. De ces derniers, ils ne veulent pas sur leurs sols.

L’Allemagne n’est pas tout à fait sur la même longueur d’onde, mais la forte poussée de l’AfD, notamment en Allemagne de l’Est, aux législatives du 24 septembre montre qu’une part significative des Allemands réagissent comme les Autrichiens et les autres Centre-européens.

Il est trop tôt pour dire si un axe identitaire et souverainiste est en train de se constituer en Europe Centrale. Ce ne serait pas impossible tant ces peuples ont de choses en commun, à commencer par le souvenir de l’ancien empire des Habsbourg dont il reste, près d’un siècle après, une certaine nostalgie.

La Russie est une autre terre qui cultive une identité propre, appuyée sur son passé tant impérial que soviétique.

Les partisans de la mondialisation et de l’européisme dogmatiques qui nous gouvernement encore devraient réaliser que leurs penchants pour des sociétés multiculturelles au sein desquelles les identités nationales et le fondement « chrétien et de race blanche », pour reprendre les mots du général de Gaulle, sont niés, sont en contradiction avec les aspirations des peuples. Pas seulement à l’Est et au centre de l’Europe.

On ne peut préjuger qui l’emportera, des mondialistes ou des souverainistes identitaires, mais la confrontation se met en place.

L’Autriche pourrait être un exemple et un modèle, y compris pour les pays de l’Ouest de l’Europe (et au-delà).

Le soleil se lève à l’Est. Il pourrait nous apporter une lumière de nature à éclaircir l’horizon obscur qui est le nôtre depuis quelques temps.

Yves Barelli, 15 octobre 2017                                

    

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 14:11

Les élections législatives qui se sont déroulées en Allemagne le 24 septembre ont donné une victoire étriquée à Angela Merkel, chancelière sortante, qui sera obligée de composer avec d’autres formations politiques mais aussi avec l’aile « dure » de son propre parti. Elle y parviendra, je n’en doute pas, la culture du consensus en Allemagne étant suffisamment forte pour favoriser les compromis. Plus intéressants que cette politique « politicienne » me paraissent être les enseignements à tirer de ce scrutin sur l’évolution de l’opinion publique allemande, notamment dans les Länder de l’Est, et sur la politique prévisible quant à l’Europe. Sur ce dernier point, l’ « européiste » hors du temps qu’est Emmanuel Macron a du souci à se faire…

1/ Le système électoral allemand est beaucoup plus simple et plus juste que le français. Les députés du Bundestag (Assemblée Nationale) sont élus, pour quatre ans, à la proportionnelle (pour être exact : une partie des députés sont élus par circonscription en un seul tour, comme en Angleterre, et les autres à la proportionnelle intégrale avec, en outre, attribution de sièges supplémentaires pour compenser les déficits éventuels résultant des élections directes, de sorte que l’assemblée reflète exactement les rapports de forces au niveau national) et seuls les partis qui recueillent plus de 5% des voix sur l’ensemble du pays entrent à l’assemblée.

Schéma classique en régime parlementaire, il appartient aux partis de constituer ensuite une  coalition, si nécessaire, afin de former une majorité et un gouvernement et c’est le chef du parti vainqueur qui devient premier ministre (« chancelier »). Dans ce système, le président de la République n’a qu’un rôle honorifique, de continuité de l’Etat et, le cas échéant, de « facilitateur » pour les discussions entre partis.

Par ailleurs, il existe une deuxième chambre, le « Bundesrat », qui représente les Länder (les 15 Etats fédérés). Les lois doivent être adoptées, jeu parlementaire classique, en concertation entre les deux chambres, le dernier mot appartenant, en cas de désaccord persistant, au Bundestag. Rappelons en outre que les Länder ont des compétences étendues sans commune mesure avec celles des régions françaises (à titre d’exemple, il n’y a pas de ministère fédéral de l’éducation, chaque Land ayant son propre système éducatif).

Ce système, très stable (il n’a pas changé depuis la création de la république fédérale en 1948), a toujours parfaitement fonctionné. Il est vrai qu’il était surtout adapté à un système bipartisan (CDU-CSU et SPD) avec parti charnière (FDP) s’alliant soit avec l’un soit avec l’autre. On a eu aussi des « grandes coalitions » réunissant tous les partis « institutionnels » (cas du gouvernement sortant).

Le système est moins adapté au multipartisme, cas actuel avec l’émergence de partis « hors système » : die Linke (équivalent de la France Insoumise), AfD (proche du Front National) ou Verts (en fait intégrés au système). L’élection de dimanche a fait apparaitre que les deux grands partis du système ne représentent plus que la moitié des électeurs, ce qui est nouveau et est de nature à compliquer la formation d’une majorité.

Mais ce qui pourrait être une cause de blocage sera probablement corrigé par une règle non écrite valable dans tous les pays germaniques, celle du « consensus », chaque force politique faisant les concessions nécessaires pour aboutir à une ligne commune médiane. Il n’est pas sûr qu’un tel système fonctionnerait en pays latin (on l’a vu en Espagne, restée plusieurs mois sans gouvernement, où la recherche du compromis ne semble pas être dans les « gènes » : on le voit encore, concrètement, aujourd’hui, dans la crise catalane).         

2/ Cinq partis entrent au Bundestag (les pourcentages donnés sont ceux des voix et donc des députés) : CDU-CSU (CDU : droite démocrate-chrétienne et son équivalent pour la seule Bavière, le CSU) = 33% ; SPD (social-démocratie)=21% ; FDP (« Libéraux »)=10% ; Verts=9% et deux partis qu’on peut qualifier d’antisystème : l’AfD (« Alternative pour l’Allemagne »)=13% et « die Linke » (« la gauche »)=9%.

Les deux grands partis « de système », la démocratie chrétienne et la social-démocratie, restent en tête mais subissent une forte érosion de leur électorat (moins 7 points pour la CDU et le plus mauvais score socialiste depuis 1948). Ces partis étaient associés dans le gouvernement sortant. Visiblement, cette compromission a été désavouée par les électeurs.

3/ L’Allemagne est un pays géographiquement et sociologiquement beaucoup moins homogène que ceux qui la connaissent mal pensent. Les ancrages des forces politiques sont souvent très typés. En simplifiant, on peut dire que la droite chrétienne a ses principaux bastions dans le sud catholique (la CSU, allié local de la CDU a toujours été hégémonique dans la très catholique Bavière) et les socialistes dans le nord protestant. Quant aux partis hors-système, c’est surtout en Allemagne de l’Est qu’ils y ont leurs principaux soutiens (nous y reviendrons infra).

4/ Le fait nouveau est l’émergence de l’AfD, parti formé il y a moins de cinq ans, qui entre en force au Bundestag.

Méfions-nous des caricatures présentées par nos médias « bienpensants » selon lesquelles, cette force serait « cripto », « archéo » ou « néo » nazie. Si certaines déclarations maladroites de certains de ses dirigeants sont de nature à le laisser penser (la « fierté » des soldats allemands qui se sont battus au cours des deux guerres mondiales ne signifie pas être d’accord avec l’holocauste : dans notre « politiquement correct », on fait la différence entre combattants ordinaires et assassins nazis, doit-on interdire aux Allemands d’évoquer leur passé ? Il est vrai que la finesse n’est pas le fort des Allemands et on devrait attendre d’eux qu’ils s’abstiennent d’évoquer le passé, surtout pour en être « fier »), la ligne de l’AfD n’a rien à voir avec le passé nazi de l’Allemagne.

Ce parti et ses électeurs sont préoccupés par le présent, pas par le passé : ils dénoncent à la fois le laxisme de la société envers la délinquance, la complaisance face à l’islam conquérant, la faute impardonnable de Merkel d’avoir laissé entrer un million d’immigrants illégaux, pour l’essentiel musulmans, dont le mode de vie est plus que différent de celui des Allemands, pour certains d’entre eux incompatible, et enfin les méfaits de l’Union européenne et de l’euro.

Même si la manière de le dire est maladroite et, dans certains cas, inacceptable, le programme de l’AfD, pour l’essentiel, est plutôt raisonnable et est, d’ailleurs, largement partagé, selon les sondages d’opinion, par une majorité d’Allemands. Il est vrai que l’arrivée massive de centaines de milliers d’immigrants difficiles à intégrer et sans doute impossible à assimiler, pose problème. L’Allemagne était un pays sûr, discipliné, propre, travailleur, aux valeurs bien ancrées. Ce n’est malheureusement plus le cas. Tous les immigrants musulmans ne sont évidemment pas tous des terroristes ou des violeurs, mais il y en a un certain nombre parmi eux. Cela pose problème et refuser de le voir pose encore plus problème.

5/ La social-démocratie allemande est à l’image de la française, de l’espagnole, de l’anglaise et des autres social-démocraties européennes. Elle a tourné le dos à ses valeurs traditionnelles de solidarité, de défense des plus faibles et de dénonciation du capitalisme immoral. Elle en paye le prix : pourquoi voter pour un parti de « gauche » qui fait la politique de la droite (parfois en pire) ? Réponse : cela ne sert à rien si on reste socialiste. Et si on ne l’est pas, autant carrément voter à droite.

Une remarque au passage : non seulement la social-démocratie trahit ses valeurs, mais elle refuse toute alliance avec ce qui reste de gauche, ce qui, pour elle, est suicidaire. Le SPD et die Linke ont fait ensemble presque autant de voix que le parti de Merkel, en France si Benoit Hamon ne s’était pas obstiné à maintenir son inutile candidature, Mélenchon aurait peut-être pu figurer au second tour et en Espagne si le PSOE faisait alliance avec Podemos, il pourrait renverser Rajoy. Si quelqu’un comprend la stratégie suicidaire de la social-démocratie européenne, qu’il me l’explique. Moi, je laisse le culte de l’absurde à Kafka.

6/ Une génération après la fin de la République Démocratique Allemande, l’intégration (l’absorption ou l’annexion sont des mots qui conviendraient mieux) de l’Allemagne de l’Est n’est pas encore une réalité dans les esprits.

Près de la moitié des électeurs est-allemands ont voté pour l’un ou l’autre des partis hors-système, l’AfD ou die Linke. L’AfD fait son meilleur score en Saxe (principales villes Dresde et Leipzig) avec 27% des voix (16% pour die Linke) et die Linke en Brandebourg, Saxe-Anhalt et Mecklembourg (Land où est élue Madame Merkel)  avec 18% dans chacun de ces Länder (l’AfD y fait encore mieux, y dépassant 20%).

Pourquoi ce vote est-allemand ? Pour trois raisons.

La première est que l’ex RDA n’a pas été « réunifiée » en 1992 mais purement et simplement annexée et même colonisée. Tous ceux qui étaient dans la fonction publique en ont été exclus, même les fonctionnaires les plus subalternes et s’occupant de secteurs très loin de la politique. Ce qu’on n’a pas fait après la seconde guerre mondiale (sauf à l’Est), la « dénazification », on l’a fait en Allemagne de l’Est pour éradiquer tout ce qui pouvait rappeler le communisme (on y a ainsi détruit le système de santé et fermé la plupart des crèches). Dans le même temps, les anciens propriétaires sont revenus et ont mis la main sur les propriétés publiques, allant jusqu’à récupérer des bâtiments abritant des maisons de retraites dont on a expulsé les locataires. Inutile de dire que tout cela a été très mal vécu sur place.

La seconde raison est que ce qui avait été promis n’a pas été tenu. Les centaines de milliards versés sur l’ex RDA ont surtout profité aux capitalistes de l’Ouest qui se sont accaparé des anciennes entreprises nationales de l’Est. Les salariés, eux, continuent à avoir des salaires inférieurs à ceux de l’Ouest et ils ont perdu beaucoup d’avantages sociaux. Comme ailleurs en Europe de l’Est, le passage au capitalisme, s’il a apporté des avantages dans de nombreux domaines, s’est aussi traduit par un recul social généralisé et l’explosion des inégalités.

Après la « réunification », le ressentiment est-allemand s’est concrétisé par la persistance d’un vote communiste fort, devenu aujourd’hui la principale composante de l’électorat de die Linke (du moins pour eux qui ne sont pas passés au vote AfD).   

La troisième raison est sociologique. Elle est commune à tous les autres pays de l’Europe de l’Est. Les sociétés communistes étaient égalitaires et fondées sur certaines valeurs, notamment celle de l’ordre, largement partagées dans les populations, Ces sociétés étaient homogènes : très peu d’inégalités sociales et très peu d’immigration.

On a peine à réaliser ailleurs combien ces valeurs sont ancrées dans la population. Elles expliquent le refus absolu et général de tous les pays de l’Est de s’ouvrir à l’immigration musulmane. Que cette réaction de défense soit liée à l’attachement aux valeurs chrétiennes comme en Pologne ou en Hongrie ou à celles de la laïcité comme en Tchéquie (pays qui détient le record mondial pour la proportion d’athées dans la population) ou en ex RDA (presque aussi « incroyante »), cela revient au même. Il y a, dans l’esprit de ces populations, incompatibilité absolue entre eux et l’islam, religion qu’ils connaissent très peu et qu’ils ne veulent pas connaitre car véhiculant des « valeurs » infériorisant la femme et encline à se répandre dans l’espace public là où les populations locales ne veulent pas, selon les cas,  autre chose que le christianisme ou pas de religion du tout.

Et ce n’est pas seulement une question de religion. Dans les pays de l’Est, on ne comprend pas le laxisme de la justice envers la délinquance, la tolérance de populations marginales vivant d’ « allocs » sans travailler, mais aussi l’existence d’inégalités sociales ou de rémunérations jugées « scandaleuses ».

Je connais très bien tous ces pays où j’ai vécu, dont, pour plusieurs, je parle la langue et où j’ai de nombreux contacts. Les peuples de ces pays sont très critiques vis-à-vis du capitalisme qui, souvent, leur a été imposé sans qu’ils l’aient choisi et vis-à-vis de nos sociétés qu’ils estiment, en fin de compte, plus « immorales » que le communisme qui, pourtant, et tout le monde le reconnait, avaient de nombreux défauts.

Cet état d’esprit explique la popularité de Vladimir Poutine en Russie, celle des régimes durs, souvent qualifiés chez nous de « cléricaux » ou « populistes », qui se sont établis, je pense pour longtemps, en Pologne et en Hongrie, la constitution d’un « axe » de l’Est hostile à l’immigration et critique envers le fonctionnement de l’Union européenne.

Cela explique aussi, et c’est ce qui nous intéresse spécifiquement dans cet article, le vote AfD et celui de die Linke (mais qui perd du terrain car muet sur la question de l’immigration et de l’islam) en Allemagne de l’Est.

Analyser le vote AfD par la résurgence du nazisme est, soit une grossière erreur, soit de la malhonnêteté. Quand nos médias s’arrêteront de voir du « populisme », du « racisme », de l’ « islamophobie », du « repli sur soi », voire du « fascisme » ou du « nazisme » là où les gens, seulement, sont attachés à la laïcité que nos aïeux ont obtenu, après une longue lutte en 1905, laïcité qui est menacée par des adeptes d’une religion importée, là où on en a assez de la délinquance et là où on n’est pas d’ accord avec le capitalisme mondialisé qui nous gouverne, alors on pourra ouvrir un débat sur la société que nous voulons. Ceux qui préfèrent l’invective à l’argument ne sont pas prêts à ce débat. Ils parlent de démocratie et de droits de l’homme alors que leur état d’esprit est à l’opposé. Ils sont complètement prisonniers de leurs schémas artificiels et de leur dogmatisme. Ils refusent de regarder la réalité. C’est dommage.

7/ Les Allemands sont des gens plutôt raisonnables. Ils préfèrent la stabilité à l’anarchie et reconnaissent à Madame Merkel (et à ses prédécesseurs) la qualité d’avoir géré le pays en « bon père de famille » (dans ce pays où la moyenne d’âge est élevée du fait de la faible démographie, la sécurité, la stabilité et l’épargne sont des valeurs fortes). Cela ne les empêche pas d’être mécontents, à l’Est bien sûr, mais aussi à l’Ouest.

Madame Merkel a vu passer tout près le boulet. On peut penser qu’elle va en tenir compte.

Elle a laissé entrer un million d’immigrants pour satisfaire le patronat allemand qui y trouve un grand intérêt (main d’œuvre peu revendicative qu’il faut certes former, mais sur fonds publics, et, surtout, des consommateurs supplémentaires : les immigrants reçoivent des allocations, payées grâce aux impôts des classes moyennes, et ils achètent les produits des capitalistes qui en tirent bénéfice). Mais cela a suscité des réactions hostiles, pas seulement chez les électeurs de l’AfD, mais aussi chez ceux qui ont, malgré tout, voté pour elle. On peut penser que, désormais, les frontières allemandes seront moins poreuses.

Quant à l’Union européenne, le sentiment que les Allemands payent pour tous les autres est très fort outre-Rhin.

Beaucoup de Français se méprennent totalement sur l’Allemagne. Aucun peuple européen ne veut dissoudre sa nation dans une nation hypothétique et, pour tout dire, mythique et purement dogmatique, européenne. Il n’y a ni nation ni patrie européenne. Seulement des nations et des Etats qui essaient de tirer parti, à tort ou à raison (je pense à tort) de l’Union européenne pour satisfaire leurs intérêts.

Le président Macron croit en cette « nation » mythique européenne et il croit aussi que cette nation va pouvoir émerger du « couple » franco-allemand.

Il se trompe doublement. Les Allemands ne veulent pas abandonner leur souveraineté. S’ils jouent encore le jeu européen, c’est surtout parce qu’ils sont prisonniers de leur passé. La force de l’Allemagne fait peur, et fait peur en premier lieu aux Allemands eux-mêmes. En conservant la fiction d’une direction européenne franco-allemande, ils pensent faire moins peur. Seuls des Français naïfs peuvent y croire. Monsieur Macron en fait partie.

La réalité est que l’euroscepticisme est encore plus fort en Allemagne que chez ses voisins. Et cela est logique. L’idéal, pour l’Allemagne, serait d’être une super-Suisse indépendante. Ils ont accepté l’euro à contrecœur (qu’ils ont échangé avec Mitterrand contre la réunification). Les Allemands sont convaincus que seuls ils s‘en tireraient mieux qu’en compagnie des « cigales » des pays du « club Med » qu’ils doivent sans cesses renflouer. Ils ne veulent pas d’un gouvernement de la zone euro avec ministre des finances et budget communs.

Les Allemands sont évidemment divisés sur cette question, comme les Français. Le SPD et les verts sont les plus européens « intégrationnistes ». Le SPD vient de subir une « raclée » et les Verts, aussi divisés que leurs homologues français ne pèsent que 9%. Ils iront « à la soupe », mais devront se contenter de quelques mesures symboliques (comme Nicolas Hulot).

Le gros de l’électorat et des dirigeants de la CDU continueront à tenir le langage de l’ « intégration » européenne, mais en trainant les pieds.

L’infléchissent vers plus de réticence à cette intégration va venir des Bavarois de la CSU (qui ont toujours été très hostiles à l’accueil de migrants, d’autant plus qu’ils entrent par Munich) et des Libéraux du FDP. Ceux-là sont réputés être en partie la voix du patronat. Celui-ci a déjà eu son apport de migrants. Il ne va pas pousser pour en avoir d’autres. En revanche, tout ce qui peut affaiblir l’économie et surcharger le budget n’est pas bon pour lui. Le FDP estime que toute intégration supplémentaire de la zone euro est une ligne rouge et comme cette attitude est celle d’une bonne partie de la CDU, on peut penser qu’elle ne sera pas franchie.

Notre président Macron va sans doute au-devant de désillusions.

Il a assis toute sa stratégie, encore plus que ses prédécesseurs, sur le partenariat avec l’Allemagne. Il considère qu’en faisant des réformes impopulaires et en faisant des économies budgétaires partout, il va pouvoir convaincre les Allemands du « sérieux » de la France et donc, via le « couple » franco-allemand, il va pouvoir influer fortement, de l’intérieur, sur cette Europe fédérale à laquelle il aspire.

Pour plaire aux Allemands, Emmanuel Macron est allé jusqu’à accepter la mainmise de Siemens sur Alstom (présenté comme un mariage alors qu’il s’agit d’un rapt), lui qui avait refusé aux Italiens de s’approprier les chantiers navals de Saint-Nazaire.

Je suis convaincu que cette stratégie est erronée car contraire aux intérêts de la France.

Malheureusement, cette stratégie est celle que la France suit depuis plus de trente ans. Nous avons tout misé sur une « construction » européenne qui va bientôt voler en éclats et sur une alliance privilégiée avec l’Allemagne qui ne va pas tarder à nous faire comprendre qu’elle n’en veut plus.

Je rentre de voyage en Afrique et cela me renforce dans ma conviction qu’une autre stratégie était possible. Celle de l’édification d’un grand bloc franco-africain (auquel aurait pu adhérer les pays de l’Europe du Sud et qui aurait pu établir des relations privilégiées avec l’Amérique latine) de nature à peser fortement dans le monde. Dans une union, il faut s’assurer que tous les partenaires y trouvent leur compte. Il y avait une forte demande de France en Afrique (même en Algérie en dépit de la guerre de libération) parce que les pays francophones connaissent leurs faiblesses et désirent pour cette raison se placer sous la protection d’un pays plus fort avec lequel ils partagent la langue et quelques valeurs, en l’occurrence la France qui, en retour, a intérêt à s’appuyer sur la masse démographique africaine (et quelques autres pays comme le Vietnam), pas seulement comme marché mais, surtout, comme zone de coopération et d’influence.

A contrario, malgré toute la sympathie que j’ai pour les Allemands, trente ans d’étroite coopération avec eux (lorsque j’étais diplomate en activité les instructions que je recevais allaient toujours dans le même sens : travaillez avec vos collègues allemands) m’amène à dire que nos sociétés sont suffisamment dissemblables pour empêcher une alliance privilégiée solide et durable.

La question que devrait se poser Monsieur Macron est simple : quel intérêt pour l’Allemagne de coopérer de façon privilégiée (tout le monde veut coopérer avec tout le monde, mais de façon privilégiée, c’est autre chose) avec nous ? L’Allemagne est présente dans le monde par son commerce, sa technologie et ses réserves financières. Sur ce terrain, elle n’a pas besoin de la France. Nous, c’est la politique, la force militaire et la culture. Si notre conception de l’alliance franco-allemande consiste à leur demander de payer pour notre défense et celle du Mali, elle risque, pour le moins, de se heurter à quelques réticences…

Yves Barelli, 27 septembre 2017                                                                                                 

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 16:32

En annonçant la sortie de la France de l’euro si elle était élue, Marine Le Pen a commis une erreur, utilisée avec mauvaise foi par ses adversaires. Cela lui a probablement coûté plusieurs millions de voix au premier tour. Elle a pourtant raison sur le fond, mais a eu tort de présenter les choses de cette manière. L’euro est une monnaie artificielle condamnée en tant que monnaie unique. Il ne s’agit pas d’en sortir. Il faut seulement constater avec nos partenaires que l’euro n’est pas viable sur le long terme et qu’il vaudrait mieux y mettre fin de concert, à froid, plutôt que d’attendre qu’une nouvelle crise, plus grave encore que les précédentes, précipite sa fin. La France, pays majeur de cette monnaie n’a pas à « sortir » de l’euro. Tout simplement parce que, si elle n’en veut plus, il n’y a plus d’euro, un peu comme une indivision patrimoniale ou une entreprise industrielle ou commerciale formée par des associés lorsque l’un de ses membres veut y mettre fin.

1/ La monnaie unique européenne, qui n’a pas encore vingt ans d’existence, a subi des crises récurrentes depuis sa fondation tout simplement parce qu’elle est la monnaie artificielle de pays à structures économiques profondément différentes et même antagonistes. En Europe, il y a un profil économique du « Nord » et un autre du « Sud ». Ce qui vaut pour l’Allemagne ne vaut pas, l’expérience le prouve, pour l’Italie, et réciproquement. C’est un fait que les promoteurs de l’euro, à Maastricht, savaient parfaitement mais ils se sont engagés dans l’aventure de l’euro avec la conviction que cela pousserait l’Union européenne au fédéralisme qu’ils souhaitaient.

Or, l’UE n’est pas un Etat fédéral, pour la simple raison que ni les peuples ni les gouvernements (même quand ils font semblant d’affirmer le contraire) n’en veulent. Comme le disait justement Hubert Védrine, la France et l’Allemagne ne sont pas le Dakota du Nord et le Dakota du Sud. Ce sont des pays avec des histoires, des cultures, des identités et des comportements économiques différents qui, chacun, défend ses intérêts propres. L’euro ne pourrait marcher que si nous nous fondions dans un même Etat fédéral avec un budget commun qui jouerait des péréquations entre pays, devenus régions, pauvres et riches, un peu comme les Hauts de Seine contribuent à la Lozère par le budget de l’Etat.

Or, le budget européen est minime au regard de la somme des budgets nationaux. Il n’y a pas d’Europe fédérale et il n’y en aura pas dans un avenir prévisible. Faire comme si elle existait est un leurre dangereux qui, tôt ou tard, fera éclater cette construction fragile, ne serait-ce que parce certains pays, comme la Grèce, ne peuvent suivre le train commun, ou parce que certains peuples, sans doute une majorité, diront tôt ou tard qu’ils n’en veulent plus. Pas seulement la France de Madame Le Pen. Sans doute aussi les Allemands, qui ont le sentiment qu’ils payent pour les autres, qui commencent à en avoir assez et qui ont la nostalgie de leur solide Deutsche Mark.

2/ Depuis une dizaine d’années, la périodicité des crises de l’euro s’est accélérée. Elles ont chaque fois été provisoirement réglées au cours de « sommets » dramatiques à coup de déboursements considérables. Voyez ce qu’ont coûté les crises grecques, jamais vraiment réglées, se contentant finalement d’accorder chaque fois un nouveau sursis à la Grèce et à l’euro. Et il y a eu aussi les crises portugaises, espagnoles, irlandaises, chypriotes, italiennes, et j’en passe. Tout le monde s’attend à ce que le système bancaire italien craque bientôt et soit la cause d’une crise systémique bien plus forte encore que les précédentes.

3/ Lorsque j’ai ouvert ce blog, c’était au cours de l’une de ces crises récurrentes de l’euro, en 2011. J’ai mis en ligne (28 et 29 septembre 2011) quatre articles successifs détaillés (j’en ai écrit d’autres depuis) collectivement intitulés : « L’euro est sauvé, jusqu’à quand ? Comment sortir d’une utopie dangereuse ». Le premier avait pour sous-titre « une crise systémique », le second « la faillite de la construction européenne », le troisième « des spécificités nationales niées » et le quatrième « construire un nouveau système monétaire européen ». J’y renvoie le lecteur intéressé. Ces articles n’ont pas pris une ride. Je pourrais les réécrire tels quels aujourd’hui.

Je ne suis pas le seul à être allé dans ce sens. La plupart des économistes sensés (il y en a !) et libres de leurs écrits (il n’y en a pas beaucoup car la plupart travaillent, et sont souvent grassement payés, pour des banques ou des organismes publics nationaux ou dépendant de l’UE) l’ont fait, notamment des prix Nobel.

L’idée centrale de ma réflexion (je constate à la fois avec satisfaction d’avoir été l’un des précurseurs, car peu s’exprimaient comme moi il y a six ans, et en même temps avec regret de ne pas être davantage lu et écouté et surtout que la plupart des gens préfèrent, lorsqu’on leur annonce de mauvaises nouvelles, ne pas écouter et faire comme l’autruche, mettre la tête dans le sable et ne pas voir. Jusqu’au moment, hélas, où la réalité les rattrape. Nombre de malades font ainsi : ils attendent d’être très atteints pour commencer à se soigner, parfois trop tard) est maintenant partagée par beaucoup. Marine Le Pen l’a compris et elle a eu le courage de le dire, malheureusement de façon maladroite.

Cette idée centrale est qu’il est illusoire de vouloir conserver indéfiniment une parité monétaire qui ne concorde pas avec les possibilités de l’économie. De tous temps et dans tous les pays, on a procédé à des ajustements monétaires lorsque c’était nécessaire. La monnaie est le reflet de l’économie, pas un don du ciel révélé pour l’éternité. Dans la période récente, les Etats-Unis, le Japon, la Chine, la Grande Bretagne, la Suisse, pour s’en tenir à de grands pays (la Suisse l’est par son économie et sa monnaie) développés, ont ajusté leurs parités. La banque centrale européenne l’a fait aussi, mais de façon limitée, pour deux raisons. La première est que sa mission majeure est de conserver la valeur de l’euro et de lutter contre l’inflation, pas d’œuvrer pour permettre à l’économie de mieux fonctionner. La deuxième est que, quand bien même voudrait-elle améliorer l’économie (ce qu’elle souhaite aussi, évidement), sa marge de manœuvre serait fort limitée car certains pays-membres auraient intérêt à ce qu’on dévalue l’euro et d’autres, au contraire, à ce qu’on le réévalue.

Dans l’un de mes articles, écrits en plein Tour de France cycliste, j’avais pris la comparaison d’un peloton cycliste montant le col du Galibier auquel on imposerait, pour tous les coureurs, d’avoir un seul développement (les « vitesses ») de ses roues. Pour les plus forts, avec un développement moyen, ils doivent pédaler dans le vide. Un pignon plus petit leur permettrait d’aller plus vite avec moins d’efforts car chaque coup de pédale permettrait de faire plus de mètres. Mais pour cela, encore faut-il avoir les mollets qui permettent de donner ces coups de pédale. Tous ceux qui ont fait du vélo me comprennent. En revanche, il en est dans le peloton de plus faibles qui aimeraient passer sur un pignon plus gros parce que, avec le rapport imposé, ils n’y arrivent plus. Certains ne vont pas tarder à abandonner, épuisés.

Le fort, c’est l’allemand, le largué le grec, le quasi-largué l’italien. Quant au français, il arrive encore à peu près à suivre mais il en paye le prix (pour le cycliste qui fournit plus d’efforts que raison, le prix à payer est qu’il risque de ne pouvoir monter le prochain col ; pour l’économie, le prix à payer c’est trop d’austérité et des délocalisations).

Toute économie qui est devenue trop peu compétitive a besoin d’une dévaluation de la monnaie et, au contraire, celle qui l’est trop, doit réévaluer (une monnaie trop faible peut être un inconvénient comme la monnaie trop forte, mais pas le même, car, avec une monnaie plus forte, on peut gagner plus : si on augmente le prix des BMW sur le marché chinois, les riches qui les achètent continueront à les acheter ; la Suisse qui a récemment réévalué, a continué à exporter parce que ses produits sont appréciés et les acheteurs acceptent de payer plus cher pour conserver la qualité. Par contre, si je vends du bas de gamme, je suis pénalisé par une monnaie forte). 

La dévaluation se traduit par une perte de valeur de la monnaie, pas interne mais par rapport aux autres. Cela se traduit, pour les produits importés, par un renchérissement et pour les produits exportés par une baisse de prix sur les marchés étrangers. On peut donc viser plus d’exportations et moins d’importations. Mais une dévaluation ne marche pas à tous les coups. Il y faut plusieurs conditions : une maitrise des prix (si le commerçant ou l’industriel profite du changement de parité pour augmenter sa marge à court terme plutôt que d’en tirer le bénéfice à plus long terme, ça ne sert à rien. Si le pays n’est pas capable d’augmenter sa production pour exporter davantage en profitant des marchés qui s’ouvrent à lui grâce à sa meilleure compétitivité, cela ne sert à rien non plus. Et si le pays n’est pas capable d’exporter plus tout en étant dépendant d’importations (désormais plus chères) qu’il ne peut réduire (le pétrole, par exemple), le résultat peut même être catastrophique. La dévaluation n’est donc pas la panacée universelle. Si c’était le cas, on dévaluerait sans arrêt.

Quand on dévalue, il faut réunir les conditions évoquées plus haut. Il vaut mieux aussi le faire à froid car, dans une situation de crise, la spéculation à la baisse de la monnaie s’en mêle et dans ce cas, on est contraint de dévaluer plus que nécessaire et on risque d’être entrainé dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir.

C’est la raison pour laquelle, je ne conseillerais pas à Madame Le Pen de « sortir » de l’euro sitôt élue. Les « marchés », qui ne l’aiment pas, comme on le sait, car ils n’aiment pas ceux qu’ils considèrent comme des anti ou même des hors-systèmes (Mélenchon aurait le même problème), perdant confiance dans la France, son économie et sa monnaie, se lanceraient dans une spéculation contre notre monnaie que les tenants de l’ « oligarchie » alimenteraient volontairement, aidés aussi, il faut bien le dire, par tout un chacun, y compris vous et moi (si j’ai des dollars ou des francs suisses chez moi, je ne vais pas les changer contre des francs si je pense que la monnaie française va perdre de la valeur ; je vais même anticiper l’achat de dollars si je prévois un voyage à l’étranger ou si, tout simplement, je suis prudent. Les plus âgés d’entre vous se souviennent des crises passées du franc).

Je constate que Madame Le Pen a changé de langage entre les deux tours, notamment à la demande de Nicolas Dupont-Aignan, mais aussi de pas mal de cadres du FN qui avaient de mauvaises « remontées », comme on dit, de terrain. C’est un peu tard, mais elle a raison de le faire.

4/ Il n’en demeure pas moins que, pour mener une véritable politique économique et sociale, un gouvernement doit avoir la maitrise de la monnaie. Si on reste dans le système des règles européennes et si on s’en remet à la Banque centrale de Francfort pour fixer les règles monétaires, on est condamné à n’agir que dans le cadre de ces règles.

C’est ce qu’ont fait notamment l’Italie, l’Espagne et le Portugal, pays qui ne s’en sortiront jamais s’ils conservent l’euro comme monnaie nationale.

Pourquoi ? Tout simplement parce que leurs économies ne sont plus compétitives. Ils sont comme le coureur fatigué qui aurait besoin de changer de braquet mais qui ne le peut pas parce que son vélo n’en a qu’un, celui du « braquet unique » du peloton.

Alors, au lieu de la dévaluation monétaire, on applique la dévaluation sociale. En Espagne, par exemple, on a réduit les salaires des fonctionnaires et les retraites de tout le monde de 20% (dans le même temps où on n’a pas touché à la rémunération des banquiers pourtant responsables de la crise de 2008 : non seulement les remèdes de l’UE sont inefficaces mais ils sont profondément injustes. Ceux qui les appliquent s’estiment contraints de le faire : les Espagnols ne s’opposent pas à l’UE parce qu’ils ont été traumatisés par cinquante ans d’isolement sous Franco, que l’entrée dans l’Europe a été la reconnaissance de la démocratie et que, pour cela, ils veulent être les élèves disciplinés, même s’ils en souffrent. Portugais et Grecs idem. Nous ne sommes heureusement pas dans cette situation).

Ceux qui reprochent à Madame Le Pen sur tous les plateaux de télévision une sortie de l’euro qui se traduirait par une dévaluation du franc retrouvé de 20%, disent-t-ils (Marine Le Pen parle de 6% ; à la vérité nul ne peut dire de combien elle serait compte tenu des incertitudes quant à la spéculation), en faisant peur aux petits épargnants et aux retraités en leur disant qu’ils perdraient 20% de leur épargne (ce qui est totalement faux, sauf pour ceux qui ne dépensent leurs avoirs qu’à l’étranger) devraient avoir l’honnêteté de dire qu’ils préconisent, si on conserve l’euro, de diminuer les salaires des fonctionnaires et les retraites de tout le monde de 20%, le tout assorti d’une hausse de la TVA et de la CSG, de l’allongement du temps de travail et de l’âge de la retraite et de coupes dans les prestations sociales, bref, de la politique généralisée d’austérité imposée par Bruxelles, la même qui a déjà frappé la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Irlande, politique qui non seulement a pénalisé, et parfois assassiné, les plus faibles et même les classes moyennes, mais, souvent, complètement ruiné l’économie de ces pays (si les gens ont moins de revenus, ils consomment moins, payent moins de TVA et moins de cotisations sociales, ce qui creuse encore les déficits publics. Croire que tous les pays peuvent comprimer leur marché intérieur et compter sur les seules exportations, devenues plus compétitives, est une absurdité).

Evidemment, ceux qui alertent sur le « danger » du programme de Madame Le Pen, se gardent bien de dire ce qu’ils proposent à la place (François Fillon l’a un peu fait. Cela ne lui a pas réussi). Monsieur Macron, qui ne dit rien sur aucun sujet, encore moins que les autres.

5/ Je conseille donc à Madame Le Pen d’être prudente. Cela ne signifie pas que, si elle est élue, elle ne doive rien faire.

a/ Je lui conseille d’appliquer, si par bonheur elle est élue, la partie de son programme qui peut encore se faire, au moins pour un temps, avec l’euro.

Le contrôle des frontières, la taxe sur les importations de produits en provenance des pays ne respectant pas les conditions minimales sociales et environnementales, la fin des travailleurs détachés, la préférence nationale seraient des mesures qui iraient dans le bon sens.

Et qu’on ne vienne pas me dire que ce serait interdit par Bruxelles. Bruxelles a-t-il des porte-avions et de l’infanterie à nous envoyer pour nous obliger à lui obéir ? Non. La France est encore une grande puissance. Nous ne sommes ni l’Estonie, ni la Grèce, ni même l’Espagne.

Lorsque le général de Gaulle ou Madame Thatcher ont voulu s’abstraire des « règles » européennes, ils ont pu le faire en toute « impunité ». Lorsque les Anglais ont eu le « culot » de choisir le Brexit, certains irresponsables (Hollande le premier) ont préconisé des mesures de rétortion immédiates. Ils sont rentrés dans le rang et les 27 vont négocier calmement avec Londres parce que personne n’a intérêt à un clash. 

Si la France applique sa politique, les autres s’y plieront, quelles que soient les règles actuelles, et ils accepteront de changer les règles pour trouver un compromis avec nous. Ne serait-ce que pour une raison simple : mettre la France en faillite, c’est mettre l’Europe en faillite. Ils peuvent se le permettre avec la Grèce, pas avec nous. Ils ne le font même pas avec la Hongrie, un peu plus solide que la Grèce, parce que, aller contre la Hongrie, c’est aller contre les banques et les entreprises allemandes et autrichiennes qui y sont implantées et, cela, Madame Merkel n’en veut pas.

b/ Dans le même temps, parallèlement aux mesures en faveur de l’emploi préconisées plus haut, elle pourrait (elle devrait même) prendre l’attache de nos partenaires en disant : « Constatons ensemble que l’euro, ça ne marche plus ; n’attendons pas la prochaine crise qui risque d’être fatale et trouvons ensemble une solution. De toute façon, comprenez que, si la France membre-fondateur de l’euro et deuxième contributeur à la banque centrale et aux budgets européens n’en veut plus, tout simplement, il n’y a plus d’euro ».

Un tel langage serait entendu par tous les pays qui ne sont pas satisfaits du fonctionnement de l’euro : les pays du Sud parce qu’ils n’en peuvent plus de l’austérité, ceux du Nord parce qu’ils en ont assez de jeter leur argent dans le tonneau des Danaïdes européen avec la conviction que la cigale sera toujours la cigale et la fourmi toujours la fourmi et qu’il vient un moment où la fourmi en a assez de travailler pour la cigale qui, à ses yeux, ne fait que chanter (je m’insurge évidemment contre cette stigmatisation scandaleuse de la sympathique cigale qui est, comme chacun doit le savoir, l’animal national de la Provence !).

c/ J’ai exposé dans mon article de 2011 quelle pourrait être une solution durable pour la France et pour l‘Europe. On commence à y venir. Madame Le Pen aussi.

Elle consiste à conserver l’euro comme monnaie commune utilisable pour les transactions internationales, pour les paiements dans les commerces pour les touristes étrangers qui le souhaitent (en Suisse, on peut payer partout ou à peu près en euros et autrefois en francs français. De toute façon, avec une carte visa, on paye dans le monde entier, quelle que soit la monnaie. Ceux qui mettent en avant la réintroduction des monnaies nationales comme une entrave aux échanges et aux voyages sont des malhonnêtes ou des ignorants. On voit qu’ils n’ont jamais vécu dans une région frontalière. On pourrait encore mieux s’en remettre au dollar, monnaie universelle, mais gardons l’euro puisqu’il a le mérite d’exister et qu’il est quand même plus facile d’organiser un système continental plutôt que mondial). 

Les pays qui souhaiteraient conserver l’euro comme monnaie unique pourraient le faire. Les autres se doteraient de monnaies nationales gagées sur l’euro. Bien évidemment, le changement de monnaie ne changerait rien à la valeur de l’épargne de chacun. Si je gagne 1000€ et que je paye ma baguette de pain 1€, j’aurai par exemple 6000F et ma baguette me coûtera 6F. Le résultat est exactement le même. On ne reviendrait d’ailleurs pas à la valeur du franc d’antan. On aurait au départ des euro-francs, des euro-lires ou des euro-marks valant tous 1€. Ensuite, les valeurs de chaque monnaie seront réajustées selon les besoins. Un peu comme, quand, la Tchécoslovaquie s’est scindée en deux, au départ la couronne tchèque et la slovaque avaient la même valeur. Elles ont légèrement divergé ensuite. Dans ce cas, le changement de monnaie n’aurait pas davantage de conséquence interne que le passage à l’euro : les riches sont restés riches et les pauvres sont restés pauvres. Tenter de faire croire aux bons petits vieux que leur compte à la Caisse d’Epargne serait touché, et même supprimé, est malhonnête. (Mais comme les gens d’en face sont de mauvaise foi, il aurait mieux valu que Marine Le Pen ne parle même pas d’euro et de retour au franc : il ne faut jamais annoncer à l’avance une dévaluation ; même les plus mauvais ministres des finances le savent).

Avec un tel système, il est probable que l’euro-franc se déprécierait un peu, l’euro-lire et l’euro-peseta davantage tandis que l’euro-mark, l’euro-florin et l’euro-schilling s’apprécieraient plus ou moins.

A intervalles réguliers, les ministres des finances se réuniraient pour décider collectivement des parités, exactement comme ils le faisaient du temps de l’ « écu », ancêtre de l’euro, qui servait de référence aux monnaies nationales.

Certains objectent que dans un tel système, la discipline ne pourrait être maintenue, que chacun ferait ce qu’il veut et qu’il y aurait une guerre des monnaies.

Sans doute pas, parce qu’il y aurait un intérêt commun à trouver les bonnes parités, qui, d’ailleurs, pourraient être suggérées par un panel d’économistes indépendants (en cherchant bien, on en trouve).

Si on considère que, pour être compétitive, la monnaie italienne a besoin d’une dévaluation de 20%, c’est l’intérêt de ses partenaires de l’accepter car une Italie en crise coûte cher quand, d’une façon ou d’une autre, on doit la renflouer. Il ne faudrait certes pas l’autoriser à aller trop loin dans la dévaluation, ce qui pénaliserait les pays concurrents. Mais la refuser, c’est condamner tout le monde. Il faut donc trouver la bonne parité. Un peu comme un restaurateur fixe le prix de ses menus. Trop bas, il ne gagne rien. Trop haut, il perd des clients. Son prix va dépendre de sa compétitivité. S’il est étoilé, il peut être cher. Si sa cuisine est plus ordinaire et est concurrencée par d’autres, il doit jouer sur le prix. Un pays, c’est pareil.

Les dévaluations et réévaluations décidées d’un commun accord couperaient l’herbe sous le pied de la spéculation car les monnaies nationales, étant gagées sur la monnaie commune, seraient plus difficilement attaquables et parce que le changement de parité serait le gage d’une économie plus solide, marqueur en dernier ressort de la valeur d’une monnaie.

Ce système est possible. Pas seulement parce qu’il est bon. Cela les représentants des « marchés » s’en fichent autant que du sort des peuples. Mais parce que c’est l’intérêt bien compris de tous, à commencer par les Allemands.

Vous pensez peut-être que ce système est séduisant, mais vous le trouvez risqué. Vous avez raison. Il y a toujours un risque dans le changement. Mais, en l’occurrence, il est bien plus risqué de conserver le système actuel sans le changer. Les billets multicolores en euros avec leurs ponts qui ne mènent nulle part sont bien jolis, mais quand l’euro se cassera la figure parce que nous marchons, nous courrons même, vers le mur, alors, nos euros ne vaudront plus rien, vous pourrez en tapisser votre cave et il vaudra mieux avoir quelques francs suisses et dollars de côté pour voir venir.

6/ Une France forte et qui sait ce qu’elle veut arrivera toujours à trouver un accord avec les Allemands. Pas en allant prêter allégeance à Berlin chez la chancelière au soir d’une élection présidentielle ou en acceptant à l’avance toutes les injonctions de la Commission de Bruxelles. Mais en défendant sans timidité nos positions.

La France est l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, elle a l’arme nucléaire, elle était dans les rangs des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, elle a quarante partenaires africains et francophones, a la sympathie des pays du Sud et a encore une voix qui porte dans le monde. Nous n’allons évidemment pas discuter à Bruxelles et à Berlin avec la bombe atomique. Mais certains Français ont oublié leur force collective parce qu’ils n’ont plus confiance dans leur pays. Ceux qui, comme moi, connaissent le monde et l’Allemagne, savent que les Allemands connaissent notre force et que, à un complexe français répond un complexe allemand. Le plus faible n’est pas celui qu’on croit.

Les Britanniques savent ce qu’ils veulent et ils connaissent leur poids dans le monde. Face à une Europe faible et divisée, ils savent que le Commonwealth, la City ou les liens particuliers avec l’Amérique, ce n’est pas rien. C’est pourquoi ils vont gagner la négociation du Brexit. Nous avons les mêmes atouts objectifs que le Royaume Uni. Eux comme nous, sommes les seules Nations européennes à avoir des responsabilités mondiales, au Conseil de sécurité comme sur les théâtres d’opérations militaires extérieurs. C’est notre force. Les Allemands, eux, n’ont pas cette force. Le poids d’un pays n’est évidemment pas seulement le nombre de ses divisions militaires. Mais ce n’est pas non plus seulement le montant de son excédent commercial ou budgétaire.

Dans la grande discussion qui s’annonce pour mettre sur pied une Europe des coopérations entre nations souveraines à la place de cette Europe sans identité et sans âme qui est devenue une prison des peuples, notre voix peut être entendue. A condition que nous ayons quelque chose de cohérent à dire et à condition de vouloir le dire.

Un peuple ou une personne qui part battue dans une discussion est toujours perdante et en ressort soumise.

Soyons forts. Et pas seulement pour l’euro.

C’est la seule voie vers le redressement de la France, mais aussi de notre continent.

Il appartient aux Français de faire entendre cette voix dimanche prochain.

Oseront-t-ils le faire ou continueront-t-ils à baisser la tête avec Emmanuel Hollande ?

Yves Barelli, 1er mai 2017

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 23:03

Les votes qui ont eu lieu dans deux pays européens le 4 décembre sont contradictoires. Les Italiens ont massivement rejeté par référendum le projet de modification de la constitution que leur proposait le premier ministre Mateo Renzi. Les Autrichiens n’ont pas osé franchir le pas d’une sorte de dissidence européenne et n’ont pas élu en définitive le candidat souverainiste à la présidence de la république qui avait pourtant le vent en poupe. Le système européiste et mondialiste n’est donc qu’ébranlé. Les électorats européens sont de plus en plus clivés en deux blocs antagonistes d’importance comparable. Rien n’est joué et les pronostics pour l’avenir proche sont difficiles à faire. En Italie, en Autriche et ailleurs, y compris en France.

1/ Le jeune et ambitieux premier ministre italien Mateo Renzi souhaitait renforcer son pouvoir en proposant de modifier la constitution italienne, source il est vrai d’instabilité chronique. Il proposait ainsi de diminuer les pouvoirs du Sénat et, accessoirement, de supprimer les « provinces », équivalent des départements au profit des seules régions. Cela rappelait le projet de réforme de 1969 en France sur lequel Charles de Gaulle fut battu, ce qui entraina son retrait de la vie politique.

Renzi a voulu tenter un coup de poker en mettant, lui aussi, sa démission dans la balance.

Le résultat est cinglant : 60% de non, venant de tout l’échiquier politique : les antisystèmes du « Movimento Cinque Stelle » de Beppe Grillo, la Ligue du Nord (proche du Front National français), le parti de Silvio Berlusconi, mais aussi des « frondeurs » du Parti Démocrate de Renzi (une coalition de centre-gauche).

La campagne électorale a vite quitté le strict domaine de la réforme constitutionnelle pour se transformer en plébiscite pour ou contre le premier ministre et pour ou contre l’austérité imposée par l’Union européenne.

2/ Comme prévu, Renzi a remis sa démission au président de la République.

Celui-ci lui a demandé de retarder un peu sa démission afin de faire voter le budget par le parlement mais il est peu probable que le président lui demande de former un gouvernement. Peu probable aussi qu’on aille vers des élections anticipées.

On parle de la nomination de l’actuel ministre des finances, Pier Carlo Padoan, comme nouveau premier ministre, ce qui serait un déni cynique de démocratie comme l’Union européenne soit disant démocratique (mais dont la conception toute particulière de la démocratie consiste à applaudir quand le peuple vote « bien » et à ne pas en tenir compte quand il vote « mal ») en a l’habitude. Ce ministre, bien en cours chez les bureaucrates de Bruxelles, est en effet actuellement chargé d’appliquer en Italie la politique antisociale décidée à Bruxelles et à Berlin. Une fois de plus, on fait rentrer par la fenêtre ce qui a été jeté par la porte.

A plus long terme, il y aura quand même des élections. « Cinq Etoiles » est bien placé pour être en tête (le système est celui de la proportionnelle) mais Grillo pourra-t-il nouer les alliances indispensables à la formation d’une majorité ? Rien n’est moins sûr.

3/ On votait, ou plutôt on revotait (le vote d’il y a huit mois avait été invalidé pour irrégularités) en Autriche au suffrage universel pour élire le président de la République. C’était un deuxième tour et il n’y avait donc que deux candidats en lice. D’une part ; Norbert Hofer, du FDO, parti souverainiste qui fait campagne contre l’immigration inconsidérée et contre les diktats de Bruxelles (il se proposait d’organiser un référendum sur la sortie de l’UE), largement en tête du premier tour. De l’autre un vieil écologiste néophyte en politique, Alexander Van des Bellen, un professeur d’université honnête qui avait devancé en juin dernier les candidats des deux partis au pouvoir en coalition, les chrétiens-démocrates et les socialistes, littéralement balayés par un rejet massif.

Les sondages donnaient à 50/50 les deux candidats (confirmant ainsi le résultat invalidé de juin qui avait donné la victoire de justesse à l’écologiste).

Finalement, c’est l’écologiste qui l’a emporté assez largement (beaucoup plus que prévu) par 53/47. En juin, les Autrichiens avaient rejeté les partis du système. Cette fois, ils n’ont pas voulu prendre le risque d’élire le candidat antisystème. Ils ont écouté les voix de la « sagesse » venues de l’étranger et relayées par une presse servile et ils ont eu peur devant les menaces d’être mis au ban de l’Europe.

Les conséquences pratiques sont limitées. Le président de la république autrichienne n’a pas le pouvoir exécutif mais un homme antisystème aurait pu mettre des bâtons dans les roues de ce système.

On verra lors des prochaines législatives, d’ici deux ans, quels sont les nouveaux rapports de forces. Le FPO est souvent comparé au FN. Ce n’est que partiellement vrai. Le FPO a déjà l’expérience du pouvoir. Il a notamment été associé aux exécutifs régionaux en coalition avec les partis du système.

4/ Après le vote du « Brexit » en Grande Bretagne, l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, les « poussées » constatées un peu partout depuis quelques mois par les partis souverainistes et antisystème, ces votes italien et autrichien montrent que les peuples commencent vraiment à rêver à un autre système, plus humain, davantage respectueux des souverainetés et des identités.

Mais le cas autrichien nous montre aussi que, parfois, au dernier moment, les peuples renoncent à sauter l’obstacle et à prendre le risque de ce qui leur est présenté comme un saut dans l’inconnue ou, pis, comme la voie aux régimes « antidémocratiques » de types « fascistes », « communistes » ou « poutiniens » présentés comme l’incarnation du mal absolu.

Mais ces peuples sont de moins en moins perméables à la propagande éhontée qui leur est servie à longueur de journée par le système.

Allons, encore un peu de courage !  La voie vers la libération est ouverte.

Si nous le voulons !

Yves Barelli, 5 décembre 2016                      

     

 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 21:34

Les Chrétiens-démocrates de la chancelière Angela Merkel sortent largement battus des élections dans le Mecklembourg qui ont eu lieu le 4 septembre. Le vote peut être analysé comme une défaite personnelle de la chancelière dans ce Land allemand de l’ex RDA qui constituait son « fief » électoral et comme le rejet populaire de sa politique d’ouverture à l’immigration musulmane décidé il y a un an (1 million d’entrées) contre une majorité de l’opinion, y compris à l’intérieur de son propre parti, et par la constatation par les Allemands que la montée de la délinquance et la recrudescence du terrorisme islamiste trouvent leurs racines au sein de cette « communauté » aux « valeurs » souvent en contradiction avec celles du pays d’accueil.

1/ Le système fédéral allemand confère une grande autonomie aux seize « Länder », compétents dans de nombreux domaines, tel, par exemple, l’éducation. Chaque Land a son calendrier électoral, ce qui permet de multiplier les élections partielles entre deux élections nationales. Les enjeux sont certes en partie locaux, mais les résultats ont le plus souvent une portée nationale, d’autant que les mêmes partis sont présents partout.

C’est d’autant plus le cas dans le Land de Mecklembourg-Poméranie antérieure (c’est son nom complet) qu’il s’agit du fief électoral traditionnel d’Angela Merkel.

Ce Land, situé au nord de l’ancienne République Démocratique Allemande (façade baltique autour de Rostock) est certes peu peuplé (1,6 million d’habitants) et en mauvaise situation économique et sociale, mais le scrutin qui vient de s’y dérouler, venant après des votes antérieurs dans des Länder plus importants et plus dynamiques (les derniers scrutins en mars en Baden Württemberg, en Rhénanie-Palatinat et en Saxe-Anhalt : voir mon article du 13 mars 2016 : « Allemagne – Sanction électorale pour Merkel »), a une signification à un an des prochaines élections au parlement fédéral.

2/ Selon les estimations (fiables) sortie des urnes, les socio-démocrates du SPD sont en tête avec 30% des suffrages exprimés (en baisse de 5 points sur 2011), devant l’AFD (« Alliance für Deutschland »), qui en recueille 21% tandis que la CDU de Madame Merkel obtient 19% (moins 3 points), le parti de gauche hors système die Linke 12,5% (moins 6 points) et les Verts 5%.

La coalition au pouvoir était, comme au niveau fédéral, formée par le SPD et la CDU. On ne sait si elle sera reconduite ou si le SPD préfèrera s’allier avec die Linke et les Verts.

3/ Le principal enseignement du scrutin est la forte poussée de l’AFD qui prend des voix à toutes les autres formations. Il s’agit d’un parti nouveau, créé il y a seulement deux ans, qui axe son programme sur la dénonciation de l’immigration incontrôlée, la montée du communautarisme musulman, le danger islamiste et la dénonciation de l’Union européenne (l’AFD se prononce pour la fin de l’euro). Ce parti est qualifié par ses adversaires de « populiste » et même d’ «extrême-droite ». Pourtant, comme celui du Front National en France, son programme est de gauche par certains aspects et de droite par d’autres. Il serait plus juste de dire simplement qu’il est souverainiste et défenseur de l’identité nationale.

Die Linke, dont une partie de l’électorat a rejoint l’AFD, est constitué de dissidents du SPD et surtout de l’ancien parti communiste de RDA. Son équivalent en France est le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon.

XXX

La montée des partis souverainistes est une réalité dans de nombreux pays d’Europe occidentale. Aucun n’a jusqu’à présent été en capacité de gouverner. Il se pourrait que ce soit le cas lors de la prochaine élection présidentielle en Autriche le 2 octobre prochain. J’y reviendrai le moment venu.

Yves Barelli, 4 septembre 2016

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 13:23

L’ancien président de la Commission de Bruxelles, Barroso, qui passe chez Goldmann and Sachs, cette banque scélérate responsable du déclenchement de la crise financière de 2008, ou une ancienne commissaire qui, après avoir traité, très favorablement, le dossier d’Uber, se met au service, confortablement rémunéré, de cette entreprise américaine sulfureuse, ne sont que les parties émergées spectaculaires de la dérive de l’UE, qui maltraite les peuples et agit de plus en plus cyniquement au service du seul grand capital international. Mais y a-t-il encore des « gogos » pour croire à cette UE du fric, de l’immoralité et, un comble pour ceux qui se targuent d’être plus intelligents que les peuples, de l’inefficacité ?

1/ J’ai déjà souvent écrit dans ce blog sur l’Union européenne. Ceux qui me lisent savent ce que j’en pense. Pour les autres, je résume ma pensée : l’UE est une institution baroque qui n’est ni une zone de coopération entre Etats, ni une organisation fédérale. Ses membres lui ont délégué suffisamment de compétences normalement apanages des Etats souverains pour que ces Etats ne soient plus maitres de leur politique économique, sociale et fiscale, et donc de leur destin. Ce n’est pas pour autant que l’UE est en mesure d’avoir une politique volontariste. Son seul principe, c’est l’ouverture des marchés au profit des grands groupes industriels et financiers avec, dans le meilleur des cas, la conviction que l’enrichissement des riches profite aussi aux autres, et, dans le pire, seulement pour tirer quelques avantages personnels, comme dans le cas de Barroso et consorts.

Dans une telle configuration, l’UE est une machine à brider les peuples et les Etats. Même les « européistes » qui aspirent à l’émergence d’une véritable Europe fédérale et démocratique le reconnaissent. Mais la différence entre eux et les « souverainistes », dont je fais partie, est que nous estimons qu’une telle Europe idéale n’a aucune chance de voir le jour pour la bonne raison qu’il faudrait une identité qui n’existe pas et un pouvoir politique porteur de cette identité. Ce n’est pas le cas. Les exemples historiques de création d’entités fédérales à partir d’Etats multiples ne sont pas légion dans l’histoire. L’unification de l’Allemagne et celle de l’Italie au 19ème siècle sont quasiment les seuls. Il y existait depuis le moyen-âge (et même avant), des sociétés civiles qui se reconnaissaient, grâce à la communauté de langue et de culture, appartenir à une même nation : même sans Etats communs, l’Allemagne et l’Italie étaient des réalités dès la fin de l’empire romain. Sur ces soubassements, les unifications politiques ont pu se concrétiser sous la direction de la Prusse pour l’Allemagne et du Piémont pour l’Italie. Leur direction fut unanimement acceptée.

A contrario, il n’existe rien de tel en Europe. Y a-t-il une langue, une culture, une communauté de sociétés civiles, de droit, en Europe autre que le système américain qui s’impose partout ? Mc Do, Google ou Facebook sont sans doute devenus des « valeurs » communes. Elles n’ont rien d’européennes. Il y aura peut-être un jour une fédération atlantique centrée sur Washington si les peuples européens acceptent de perdre leurs identités, mais certainement jamais une fédération européenne. C’est la principale explication à l’absence d’Europe politique : l’UE se réduit, et elle se réduira jusqu’à sa disparition, à un « marché » dirigé par des Barroso qui agissent au profit des entreprises multinationales essentiellement américaines (d’où le projet de zone atlantique de libre échange que la Commission voudrait imposer) au mépris des intérêts et des valeurs des peuples.

2/ Seuls les naïfs ou les « européistes » pour lesquels l’Europe est une religion, donc un dogme, croient qu’on pourra démocratiser et moraliser le système. Ils sont aussi choqués que moi par la dérive de l’ancien président de la Commission et de plus du tiers des anciens commissaires qui passent avec armes (les directives qu’ils ont pondues) et bagages (leur carnet d’adresses) chez les capitalistes qui ont été leurs interlocuteurs privilégiés pendant la durée de leurs fonctions.

Ces naïfs et « croyants » voudraient « améliorer » la pratique européenne. Mais, même si on régule davantage ce « pantouflage » indécent, il restera le système : l’appareil de Bruxelles est tout entier accès autour des relations avec les groupes capitalistes. Ceux-ci ont pignon sur rue, de manière tout à fait légale, à Bruxelles. Les « lobbies » travaillent au quotidien avec les commissaires. Quand une « directive » est en préparation, elle est discutée avec les experts des grands groupes (exemple : les laboratoires pharmaceutiques, les constructeurs automobiles, les pétroliers, etc). Ce sont souvent eux-mêmes qui rédigent le texte des directives au bas duquel les commissaires n’ont plus qu’à signer.

Ce système est calqué sur le système des « lobbyistes » du Congrès américain. Il s’impose donc à l’Europe parce que l’UE est la copie conforme du système américain, le pouvoir politique en moins, et que l’UE n’a jamais été considérée par les Américains pour autre chose que ce qu’elle est : un relai, en parallèle à l’OTAN, de l’hégémonie américaine.

3/ Penser qu’on pourra un jour édifier une Europe forte capable de lutter à armes égales avec les Etats-Unis et les autres grandes puissances mondiales est une vue de l’esprit. Il n’y a pas et il ne peut y avoir d’entité politique européenne tout simplement parce qu’il n’y a ni société civile européenne ni pouvoir politique susceptible de l’entrainer. Celui de Madame Merkel ? Soyons sérieux : le pouvoir allemand n’agit que pour défendre les seuls intérêts allemands et, notamment, ceux de ses rentiers dans ce pays où, désormais, on gère les finances publiques comme le budget d’une caisse de retraite. Les Allemands se sont laissé imposer l’euro dont ils ne voulaient pas (ils l’ont échangé contre le droit à la réunification). Aujourd’hui, leur hantise est que cette monnaie ne perde pas sa valeur, d’où les « sanctions » infligées à la Grèce et aux autres « cigales » du Sud. Mais cela ne fait ni une politique économique ni un comportement de puissance politique en construction (d’ailleurs, les Allemands n’en veulent pas plus que les autres).

4/ La civilisation européenne, pourtant, existe. C’est un corpus qui unie des nations, des cultures, des histoires riches et encore capables de réussites. Airbus, par exemple, est magnifique. Ce n’est pas l’œuvre de l’Union européenne, mais celle d’une poignée d’Etats qui, souverainement, ont décidé de faire quelque chose ensemble à une époque où cela était encore possible (aujourd’hui, la Commission s’y opposerait probablement sous prétexte qu’un tel cartel fausserait la dogmatique libre concurrence ; on pourrait même craindre que le commissaire en change de l’aviation soit « intéressé » par Boeing).

Ce n’est pas en bridant les Etats et les peuples européens qu’on créera une Europe forte. Au contraire. La force de l’Europe, ce sont les identités de ses peuples. Vouloir créer artificiellement une identité européenne est non seulement une illusion, mais un gâchis et même un crime. Personnellement, j’aime le bon vin français et j’adore la bière allemande. C’est parce que j’aime la France et l’Allemagne que je ne veux pas d’Europe supranationale. Je ne veux pas d’un breuvage européen qui serait un mélange de bière allemande et de vin français et qui, probablement au final, aurait le goût d’un ersatz de coca-cola.

C’est parce que je me sens européen et que j’aime ce continent que je ne veux pas d’Europe supranationale.

Mon Europe, c’est celle des peuples, des cultures et de la coopération entre des Etats souverains qui sont la matérialisation de nations multiséculaires.

Pour le salut de l’Europe et des Européens, terminons-en le plus tôt possible avec l’Union européenne. Faisons-le d’un commun accord et à froid avant que cette « Union » ne fasse encore des dégâts et n’éclate dans la douleur de ses contradictions.

Et à la place, on pourra organiser une bonne coopération entre Etats souverains.

Alors, globalement, nous serons plus forts parce que, en assumant nos identités, nous aurons la cohésion sociale que la supranationalité tend à nous enlever.

Yves Barelli, 12 juillet 2016

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 10:08

Les Britanniques viennent de décider par référendum de quitter l’Union Européenne. C’est la victoire du courage sur la peur, du peuple sur les soit disant « élites », des Nations sur les « marchés» apatrides. C’est la revanche de l’histoire et de la géographie sur ceux qui les nient et qui tentent depuis des années d’imposer aux peuples qui n’en veulent pas des supposées « valeurs » fondées sur l’argent et le déni des réalités humaines.

1/ A l’heure matinale où sont écrites ces lignes, les résultats définitifs n’ont pas encore été proclamés mais la victoire confortable du « Brexit » ne fait aucun doute. Le taux de participation au référendum a été très important (72%). L’adhésion à la sortie de l’UE devrait être proche de 52%.

Cette victoire va au-delà des pronostics puisque, encore en début de nuit, on s’attendait à un résultat plus serré et même (intox ?) à une victoire du maintien dans l’UE.

2/ Avant même de tenter d’anticiper les conséquences du choix des Britanniques, une remarque sur la dramatisation éhontée voulue par les dirigeants européens (et américains) et par leurs relais médiatiques à sens unique. Tout a été fait pour terroriser les électeurs britanniques. Le mot n’est pas trop fort. Des enquêtes bidon avaient annoncé une catastrophe économique et même le chaos en cas de sortie de l’UE. Les menaces de quasi-blocus du Royaume-Uni avaient été proférées par la Commission européenne et son fidèle caniche, François Hollande. Le président Obama, porte-voix du grand capital, était lui-même intervenu pour mettre en garde les Britanniques sur les conséquences « désastreuses » de leur geste, si, d’aventure, ils mettaient leur désir d’émancipation à exécution.

Quant aux médias français, pour s’en tenir à eux (mais je suppose que les autres ont été à l’unisson), leurs reportages et commentaires à sens unique ont été affligeants et les déshonorent (mais ce n’est pas la première fois ni le seul sujet. La réalité est que nous vivons dans une société totalitaire où toute voix hors système, immédiatement qualifiée de « populiste », est systématiquement déconsidérée, quand elle n’est pas simplement niée).

Une fois de plus, le parti-pris a été joint au manque de professionnalisme. Non seulement, on n’a entendu sur nos ondes presque que des partisans du « remain » (banquiers, Français de Londres, professeurs ou députés francophones et francophiles : ils sont sympathiques mais pas représentatifs ; sans doute une part d’entre eux est propriétaire de résidences secondaires en Dordogne ou dans le Lubéron ; ils anticipent déjà quelques difficultés administratives !), mais, surtout, on s’est ingénié à montrer que les partisans du « Brexit » étaient forcément peu éduqués, provinciaux (ce qui, pour nos commentateurs des beaux quartiers de Paris, est une tare), frustrés et surtout égoïstes et même racistes. Un peu court : ils nous avaient déjà fait le même coup en France pour le référendum de 2005 sur la « constitution » européenne.

Ce matin, les commentateurs repartent de plus belle. La Grande Bretagne, après son vote « suicidaire » serait isolée et condamnée au chaos annoncé.

Messieurs les commentateurs ignares, reprenez vos livres d’histoire et de géographie, si vous les avez un jour ouverts. L’Angleterre est l’une des plus vieilles nations. Elle a apporté au monde la démocratie, la révolution industrielle, la langue anglaise et même le rugby et le football et elle a longtemps dominé le monde avant de passer le relai à sa fille d’outre-mer, l’Amérique. Aujourd’hui, le Royaume-Uni, ce sont des liens particuliers avec cinquante pays du Commonwealth, c’est Londres, plaque-tournante du transport aérien et maritime mondial et siège de la City. Napoléon et Hitler parlaient déjà d’isoler l’Angleterre. Ils ont été battus et l’Angleterre a gagné. Les Anglais ont un sentiment national fort et ce ne sont pas quelques technocrates bruxellois apatrides qui en viendront à bout. L’Union européenne est condamnée par l’histoire, par la géographie et par les peuples. L’Angleterre, elle, vivra.

3/ Que va-t-il se passer maintenant ?

On a tellement annoncé le chaos que les « marchés » financiers l’ont cru. Quand on parle de « marchés financiers », il faut savoir qu’il s’agit pour l’essentiel de spéculateurs professionnels complètement déconnectés des réalités qui cherchent à gagner de l‘argent en jouant à la baisse ou la hausse de tout et n’importe quoi : monnaies, mais aussi matières premières et valeurs d’actions d’entreprises dont ils n’ont même aucune idée de savoir ce qu’elles fabriquent.

Ce matin, les bourses asiatiques (les premières à coter compte tenu du décalage horaire) sont toutes en chute relativement modérée (moins de 10% ; on parle de « crack » boursier à partir de moins 20%) et la livre est attaquée.

Cela ne va pas durer. Une fois les bénéfices pris, les choses vont rentrer dans l’ordre pour la bonne raison qu’il n’y a pas crise économique, mais un simple épiphénomène à l’échelle du capitalisme international.

La Grande Bretagne n’est plus dans l’UE. Et alors ? La Suisse et la Norvège n’y ont jamais été. Cela ne les empêche pas d’être pleinement intégrées à l’économie européenne et mondiale.

Je ne crois absolument pas aux menaces proférées par les dirigeants européens de « faire payer » aux Anglais leur conduite « effrontée ». Sans doute en ont-ils envie car s’ils y parvenaient, cela pourrait ôter l’envie à d’autres peuples de reprendre leur liberté. Mais la Grande Bretagne n’est pas la Grèce. Compte tenu du poids économique de Londres, frapper l’Angleterre, c’est se frapper soi-même. Si les dirigeants européens sont fous, ce n’est pas le cas des capitalistes. Avec la Grande Bretagne, ils ont de l’argent à gagner. Qu’elle soit « in » ou « out ».

On peut donc s’attendre à quelques mois un peu compliqués. Il faudra reprendre ses marques, renégocier des accords. Et puis tout rentrera dans l’ordre. Le vote britannique n’a pas été un vote contre le capitalisme mais contre une bureaucratie et un carcan qui entravent l’identité nationale et qui, on va s’en rendre compte y compris à la « corbeille », gêne de plus en plus l’activité économique.

Le capitalisme international a toujours eu une remarquable faculté d‘adaptation. Certes, l’UE lui plait : voilà une zone économique ouverte où le capital mondialisé y est comme un poisson dans l’eau tant l’idéologie de la Commission est, comme on dit, totalement (et uniquement) « pro-business ». Les affaires sont les affaires. Alors, dans l’UE ou en dehors, c’est du pareil au même. On préférait la Grande Bretagne à l’intérieur. Maintenant qu’elle est à l’extérieur, on ne va pas s’arrêter de commercer et d’investir. « Business as usual ». Comme pour la Suisse. Une Grèce ou un Portugal « turbulents », on peut taper dessus et punir. Pas sur l’Angleterre. Les Chinois vendent tout ce qu’ils veulent en Europe, les Américains ou les Qataris y investissent comme ils l’entendent. Alors, plus les Anglais ? Ce n’est pas sérieux !

4/ Plus embêtantes vont être les conséquences pour la cohésion du Royaume-Uni.

La fracture entre pro et anti Brexit a fissuré tous les partis. Comme en France en 2005. Peut-être David Cameron va-t-il être contraint de démissionner [Il vient de l’annoncer à 9h : ce sera pour octobre. Son discours, d’une grande tenue, est un modèle de respect de la démocratie. Il devrait être une honte pour les politiciens français qui, malgré les défaites électorales, s’accrochent toujours et, vingt ans après, continuent de nous infliger leur présence prétentieuse].

Dans ce pays démocratique où on sait encore ce qu’est l’honneur, un dirigeant qui perd une élection importante généralement démissionne. C’est ce qu’ont fait tous les dirigeants des partis qui ont perdu les dernières élections générales, celles qui ont donné une large majorité à Cameron. Il a fait une grave erreur d’appréciation. Il aurait été mieux inspiré en prenant la tête du Brexit, ce qui aurait donné sans doute plus de 60% au « leave ». Il est pourtant aussi « eurosceptique » que ses compatriotes, mais il a pensé gagner sur tous les tableaux : obtenir des avantages spécifiques pour le RU (ce qu’il a obtenu) tout en continuant à contrôler Bruxelles de l’intérieur et, par-dessus le marché, renforcer sa position à Londres. Il a perdu son pari. Si la règle doit être sa démission, il sera remplacé. Ce ne sera ni la fin du monde ni celle de la Grande-Bretagne. Il laissera le souvenir d’un dirigeant à la fois économiquement efficace (ça ne va pas trop mal en Angleterre, surtout comparé à la France) et démocrate (il avait déjà fait un pari risqué avec le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse).

La question écossaise est la plus préoccupante. Les indépendantistes écossais avaient perdu d’assez peu leur référendum. Les Ecossais ont, cette fois, voté à 60% pour le maintien dans l’UE. Le gouvernement écossais a déjà fait savoir qu’il demanderait un nouveau référendum d’autodétermination. Je ne suis pas sûr qu’ils le gagnent. L’identité écossaise est certes forte. Mais elle est bien respectée dans le cadre du Royaume-Uni : Edinburgh a son propre parlement, son propre gouvernement (aux compétentes étendues), ses propres lois et même sa propre monnaie (à parité avec la livre sterling). Une majorité d’Ecossais a estimé il y a deux ans que cela était suffisant. Un argument alors mis en avant par les indépendantistes était que, grâce à son pétrole, l’Ecosse pourrait être auto-suffisante. Depuis, le cours du baril a été divisé par deux. Cela ne joue pas en faveur de l’indépendance. Quant aux sentiments parait-il pro-européens des Ecossais, si complaisamment mis en avant par nos médias, ils restent à démontrer. Si cela était le cas, les Ecossais serait bien le seul peuple européen à les avoir.

L’aspiration à l’indépendance de l’Ecosse dépendra en fait de la tenue de l’économie britannique dans les deux ou trois ans à venir. Si le chaos annoncé se produit, l’Ecosse partira. Si le pays ne s’effondre pas et même libère ses énergies grâce à la levée de l’hypothèque européenne et à la souveraineté retrouvée, l’Ecosse a toutes chances de rester britannique. Comme le Pays-de-Galle, qui a voté à 60% pour le Brexit. L’Irlande du Nord a voté contre ; son sort est sans doute lié à celui de l’Ecosse. Je pense que ce royaume des quatre nations (Angleterre, Ecosse, Galles, Irlande du Nord), toutes représentées à l’international (par exemple dans l’euro de foot en cours) bien que parties constituantes du même Etat, a encore de beaux jours devant lui. Quand bien même le Royaume-Uni serait amputé de l’Ecosse (10% seulement de sa population), il resterait viable et resterait une grande puissance.

5/ Le Royaume-Uni est, parait-il, désormais isolé.

Et l’Union européenne, ne va-t-elle pas l’être davantage ?

Alors qu’il y a un sentiment national fort au Royaume-Uni, le sentiment européen n’existe nulle part.

Qu’est l’Union européenne sans la Grande Bretagne ? Essentiellement le « couple franco-allemand. Les Scandinaves ne se sont jamais vraiment sentis appartenir à cette Union dont les « valeurs » sont aux antipodes des leurs. La Pologne catholique se sent beaucoup plus proche de l’Amérique chrétienne que de cette Europe qui ouvre ses portes à une immigration musulmane que ni Varsovie, ni Prague, ni Bratislava, ni Budapest ne veulent. L’euroscepticisme est un sentiment fort en Autriche. La dernière élection présidentielle, mais aussi tous les sondages depuis vingt ans, le montrent. Cet euroscepticisme se confond avec la méfiance de l’Allemagne. On se dit de plus en plus en Autriche que l’adhésion à l’UE a été une erreur et qu’il eut mieux valu organiser une coopération spécifique entre tous les petits Etats d’Europe centrale (là aussi l’histoire et la géographie, celle des anciens pays de l’empire des Habsbourg, finiront par reprendre leurs droits), y compris sans doute la Suisse. Quant à la Hollande, où les aspirations eurosceptiques sont fortes, elle s’est toujours sentie plus proche de l’Angleterre que de l’Allemagne.

Restera le cas des membres fondateurs de l’UE (peut-être même pas tous, comme vu pour la Hollande) élargis à l’Espagne et au Portugal. Tout dépendra du « couple franco-allemand » car les autres pays (économiquement diminués pour ceux du Sud), n’ont aucune ambition internationale.

La France était une grande puissance internationale au même titre que l’Angleterre. Depuis quelques années, mes interlocuteurs étrangers ne la reconnaissent plus. Elle a pourtant conservé tous les atouts qui pourraient lui redonner une place dans le monde comparable à celle de l’Angleterre.

Mais les Français semblent avoir abdiqué. Ils se sont mis, pour des raisons objectivement incompréhensibles, à la remorque de l’Allemagne. Pour leur plus grand malheur, tant sur le plan de l’économie que de l’identité.

Les Français oseront-t-ils reprendre leur indépendance, leur souveraineté et leur personnalité ?

Les Anglais l’ont fait. Sommes-nous plus bêtes, plus avachis, plus complexés qu’eux ?

Aux Français de redresser la tête et de se ressaisir.

J’y reviendrai.

Yves Barelli, 24 juin 2016

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 00:16

Le premier tour de l’élection présidentielle autrichienne du 24 avril, marquée par une forte poussée souverainiste, est riche d’enseignements, tant pour l’Autriche que pour l’Europe.

1/ L’enjeu n’était certes pas considérable. Le président de la république autrichienne a des compétences très réduites, sans commune mesure par exemple avec le président français. Le pays a un régime parlementaire : le pouvoir y appartient donc au chef du gouvernement, émanation de la majorité au parlement. Néanmoins, le président, gardien de la constitution et symbole national y jouit d’un prestige certain.

2/ Traditionnellement, l’Autriche avait un régime bipartisan, avec deux partis de gouvernement, le Parti Populaire (droite) et le parti social-démocrate (gauche).

Ces partis sont néanmoins contestés depuis quelques années, sur leur gauche, avec l’émergence des Verts, et sur leur droite, avec le Parti de la Liberté (FPÖ), assez comparable au Front National français.

Cette montée des partis antisystème ou a-système a conduit les deux grands partis à former, comme en Allemagne, une coalition. Si la grande coalition allemande est à direction chrétienne-démocrate, celle d’Autriche est dirigée par les socio-démocrates, qui détiennent le poste de Premier Ministre, mais aussi celui du Président de la République sortant.

3/ Le premier tour de la présidentielle de dimanche a donné un résultat qui s’apparente à un séisme.

En effet, les deux grands partis de gouvernement ont été battus à plate couture, n’arrivant qu’en quatrième et cinquième position, avec à peine un peu plus de 10% des voix chacun.

C’est le candidat souverainiste Norbert Hofer qui est arrivé nettement en tête avec 35,6% des voix.

Il devance Alexander Van des Bellen, écologiste, avec 21%

En troisième position, une candidate (seule femme en lice), pas antisystème mais hors système, Imgard Griss, magistrat, ancienne présidente de la cour constitutionnelle. Hors partis mais proche tant des souverainistes que des écologistes, avec 18,6%

Seuls les deux arrivés en tête, le souverainiste et l’écologiste, pourront concourir pour le deuxième tour, dans un mois.

4/ Quel que soit l’issue du deuxième tour, cette élection aura été marquée par un rejet massif des partis actuellement au pouvoir.

Ces partis, comme l’ensemble du « système », vont sans doute amplifier le « tam tam » médiatique, soutenu par les instances de l’Union européenne, qui va certainement marteler pendant le mois à venir la « nécessité » de faire barrage aux « populistes » et « crypto-fascistes », voire « nostalgiques du nazisme » que sont, à leurs yeux, les dirigeants et les adhérents du Parti de la Liberté.

Ce Parti de la Liberté, le FPÖ, qui est-il ?

Quelque chose un peu comme le Front National français.

Ses cadres historiques étaient fortement ancrés à l’extrême-droite.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ce parti a déjà formé une coalition gouvernementale avec la droite du Parti Populaire il y a quelques années, du temps de Jörg Haider, décédé dans un accident de voiture en 2008. Cette participation au gouvernement autrichien suscita des réactions très négatives ailleurs en Europe chez les tenants du « système ».

Aujourd’hui, le FPÖ axe son langage sur trois thèmes : la crise économique, et son corolaire, la montée du chômage ; la dénonciation d’une immigration non maitrisée, que la vague des migrants de l’été dernier, attirés par l’ « appel d’air » de l’irresponsable Madame Merkel (très critiquée en Bavière voisine, elle aussi, comme l’Autriche, en première ligne au débouché de la « route » migratoire des Balkans) ; enfin une réaction face à la perte de souveraineté de l’Autriche, tant vis-à-vis de l’Union européenne en général que de l’Allemagne en particulier.

5/ Ces thèmes sont très porteurs car ils sont au centre de la problématique autrichienne. L’Autriche est un pays petit par sa taille, mais grand par son histoire. Les Autrichiens se sentent doublement dépossédés et menacés dans leurs valeurs par la dérive « libérale » de l’Union européenne, contraire à ses traditions dans lesquelles les valeurs de travail et de justice tiennent une grande place, et par la présence d’une « communauté » musulmane formée essentiellement de Turcs, renforcés aujourd’hui par des Syriens, qui ne peut ou ne veut s’assimiler à une société fortement catholique.

6/ Nombreux sont aujourd’hui les Autrichiens (où les sentiments « europhobes » sont parmi les plus élevés en Europe depuis de nombreuses années) qui se demandent si l’entrée dans l’Union européenne a été une bonne chose.

Cette appartenance à l’UE (mais pas à l’OTAN, spécificité autrichienne) a entrainé, comme ailleurs, une perte de souveraineté au profit d’une bureaucratie bruxelloise sans légitimité démocratique. Cette perte de souveraineté est vue aussi comme une dépendance accrue vis-à-vis de l’Allemagne.

La problématique de la relation avec l’Allemagne est une question existentielle pour l’Autriche. Ce pays est de langue allemande et peut être vu comme une simple composante de la Nation allemande. C’est ce qui justifia l’ « Anschluss » de 1938, quand le pays fut annexé par l’Allemagne nazie avec, il faut le dire, l’assentiment d’une majorité de la population d’alors.

Occupée par les alliés en 1945, avec quatre zones, comme en Allemagne, le pays bénéficia de la fin de la guerre froide et d’un accord entre Occidentaux et Soviétiques pour recréer en 1955 une Autriche souveraine mais neutre. Ce fut une chance : pendant trente ans, l’Autriche servit de pont entre l’Est et l’Ouest, ce qui assura sa prospérité économique mais aussi sa raison d’être.

La fin du communisme au début des années 1990 et l’adhésion à l’Union européenne ont changé la donne. L’Autriche, en s’intégrant à l’Europe, s’est, de fait, à nouveau intégrée à l’Allemagne et est apparue, encore davantage après la disparition des frontières en vertu des accords de Schengen, comme le seizième Land allemand.

Cette proximité et cette quasi assimilation est pesante. Il suffit de se promener le dimanche en Tyrol ou à Salzbourg et de voir le nombre des plaques bavaroises sur les voitures (beaucoup d’Allemands possèdent des résidences secondaires dans les Alpes autrichiennes) pour comprendre les sentiments de la population. Beaucoup se sentent envahis.

Si l’Autriche n’était que le petit pays que l’on voit sur les cartes, sans doute cette intégration apparaitrait-elle comme plutôt normale.

Mais il y a l’Histoire. L’Autriche a été le grand empire des Habsbourg qui fut l’une des grandes puissances du continent.

Et cela n’est pas que de l’histoire. Cet empire a laissé un souvenir plutôt bon à Prague, à Budapest, à Cracovie, à Zagreb et jusqu’aux lointaines Lviv (Ukraine) et Cluj (Roumanie). Je connais suffisamment bien ces pays pour affirmer que l’ « esprit » autrichien y est toujours une réalité. Même le touriste le moins familier de ces pays remarque au premier coup d’œil un air de famille dans toute cette Europe centrale où un Autrichien n’y est jamais considéré comme un étranger. Et la réciproque est vraie. Prenez un annuaire du téléphone viennois et vous verrez que les noms d’origine hongroise, tchèque ou yougoslave y sont légion.

Un sentiment croissant, à Vienne comme à Prague ou à Budapest, est que l’Union européenne, au total, a apporté plus d’inconvénients que d’avantages à ces pays. Et parmi le premier inconvénient, on cite la perte d’identité. Ces pays ont de plus en plus le sentiment de ne pas peser sur leur destin, car ils sont noyés dans un ensemble dont ils ne sont pas les maitres. La formidable levée des populations pour s’opposer à la venue de migrants étrangers à leurs valeurs que l’Union européenne voudrait leur imposer explique le vote autrichien de dimanche et les positions, partagées par les gouvernements et les peuples, très critiques vis-à-vis de l’UE prises par la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie et d’autres pays de la région.

Mon sentiment, partagé par de nombreux Autrichiens, mais aussi Tchèques ou Hongrois, est que ces pays auraient intérêt à prendre leurs distance avec l’UE et à agir de concert pour défendre collectivement leurs intérêts.

Une Autriche dans le giron allemand ne compte pas en Europe. Une Autriche alliées avec les pays voisins de sa taille, de son histoire et de ses affinités reprendrait une place de choix dans le continent. Ensemble, ces pays ont une population et un poids économique à peine inférieur à celui de la France. Alliés à la Suisse voisine, déjà hors UE, c’est un PIB qui dépasse celui de la France et qui n’est pas loin de l’Allemagne.

Il est temps que les peuples d’Europe retrouvent leurs souverainetés et leurs valeurs, malmenées par une Union européenne technocratique, au service du grand capital et ouverte à tous les vents néfastes de la mondialisation.

Dans ce processus, l’Europe centrale et, en premier lieu l’Autriche, peuvent nous aider.

Le soleil se lève à l’Est.

Depuis Austerlitz, on le savait mais on l’avait un peu oublié. Il est temps de s’en souvenir.

Yves Barelli, 26 avril 2016

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 23:50

La sanction électorale subie par Madame Merkel dans les élections régionales du 13 mars est sévère. L’irresponsabilité de la chancelière dans sa folle ouverture aux migrants en est la cause. C’est une leçon pour toute l’Europe.

1/ On votait ce jour dans trois Länder allemands pour renouveler les parlements et les exécutifs, dotés d’importants pouvoir dans ce pays fédéral.

a/ Le Baden-Württemberg est l’un des plus riches et plus peuplés d’Allemagne (11,5M d’habitants). Sa capitale Stuttgart est le siège de Mercedes-Benz et de nombreuses autres entreprises industrielles. C’est une terre conservatrice, où le catholicisme est bien ancré (mais moins que dans la Bavière voisine) où on votait traditionnellement CDU (parti de droite de la chancelière). Toutefois, le Land est gouverné depuis 2011 par une majorité Verts-SPD (socio-démocrates) dirigée par les Verts.

Selon les premières estimations (20 heures), les Verts-SPD sont en tête avec 32% des suffrages exprimés, devant la CDU (27,5). Le fait nouveau est l’apparition d’un nouveau parti, Alternative pour l’Allemagne (AfD) que les tenants de la pensée unique en France qualifient mécaniquement et péjorativement de « populiste » (il est vrai que, pour ces partisans d’une forme dévoyée de démocratie qui ne consiste qu’à entériner les décisions du « système », le mot « peuple » ne suscite que crainte et mépris) et que je préfère, moi, appeler souverainiste ou défenseur d’une identité menacée par les apprentis sorciers qui nous gouvernent. AfD recueille, pour cette première participation, 11% des voix et sera donc représenté au parlement local. Ce parti n’est pas seulement contre l’immigration massive incontrôlée mais aussi pour la fin de l’euro et de l’Union européenne, au moins dans sa forme actuelle.

Il est trop tôt pour dire quel sera le nouvel exécutif : Verts-SPD, comme aujourd’hui, ou grande coalition avec la CDU, comme au niveau fédéral.

b/ La Rhénanie-Palatinat, avec 4M d’habitants, est un Land moyen. Comme le Baden-Württemberg, il est frontalier de l’Alsace. C’est un Land équilibré avec des industries, mais aussi un sympathique vignoble. Sa capitale, Mayence, abrite l’un des plus vieux évêchés d’Allemagne et a joué un rôle de premier plan dans l’histoire du pays et même de l’Europe (on y a inventé l’imprimerie).

Comme au BW, l’exécutif sortant était composé de socio-démocrates et de Verts avec, là, le premier rôle au SPD.

La coalition sortante maintient sa suprématie avec 37,5% des voix, devant la CDU (33%), mais avec, comme dans le BW, l’émergence de l’AfD qui obtient 12,5% des suffrages.

Mêmes possibilités de gouvernement que dans le BW.

c/ La Saxe-Anhalt est un Land relativement peu peuplé avec 2,6M. C’est l’un des « nouveaux Länder », c’est-à-dire issu de l’ancienne RDA (Allemagne de l’Est). Cette terre industrielle (Halle, Magdebourg) a été durement frappée par les dégâts d’une « réunification » dogmatique et mal pensée qui s’est traduite par la perte des avantages sociaux et le sentiment d’être colonisé par des gens arrogants venus de l’Ouest.

Comme dans d’autres Länder de l’Est, une large majorité de la population (80%) est sans religion (en Allemagne, on demande aux citoyens de s’affilier à une religion chrétienne - catholique ou protestante – ce qui entraine le paiement d’une partie des impôts pour ces religions, ou de se déclarer « non affilié »).

Aux élections de 2011, la CDU, qui forme le gouvernement sortant, avait obtenu 32,5%, le Parti de Gauche (die Linke et ancien parti communiste) 23,7%, le SPD 21,5% et les Verts 7%.

Dans le scrutin d’hier, la CDU baisse à 29% et Die Linke à 17% tandis que l’AfD, présente pour la première fois obtient 22%. Le SPD est laminé.

Die Linke (l’équivalent allemand de la coalition française Mélenchon-PC) n’ayant, semble-t-il, l’intention de gouverner ni avec la droite et avec les souverainistes, la formation d’un exécutif s’annonce difficile.

2/ Madame Merkel, originaire de l’Allemagne de l’Est, y faisait plutôt de bons scores électoraux (tandis que le SPD n’avait jamais supplanté l’ancien parti communiste).

Son parti paye aujourd’hui sa politique irresponsable d’accueil sans limite des migrants.

Pourquoi ce rejet (attesté par les sondages depuis le début de l’année) de ce que beaucoup considèrent comme une invasion, qui se renforce en Allemagne occidentale, est-il particulièrement élevé dans l’ancienne RDA ?

Pour deux raisons.

La première est que les habitants de l’Est, dont beaucoup cultivent l’ « Ostalgie », se sentent délaissés. Le chômage y est plus fort qu’à l’Ouest et la venue d’immigrants y est ressentie comme une menace pour l’emploi et les salaires.

La seconde raison est sociologique. L’ex RDA est restée de peuplement homogène. L’immigration turque de masse qui a sévi à l’Ouest a épargné l’Est et on a aujourd’hui exactement le même phénomène qu’en Pologne, en Tchéquie, en Slovaquie et en Hongrie. Les gens qui voyagent dans la partie occidentale de l’Allemagne, mais aussi ailleurs en Europe de l’Ouest, sont choqués par ce qu’ils y voient : la délinquance, les incivilités, la saleté qui sont souvent le fait des populations « musulmanes ». Les viols massifs de la saint Sylvestre, mais aussi les dégradations matérielles dans tous les lieux publics où sont passés les migrants, notamment en Bavière, ont entrainé un phénomène de rejet massif, visible dans la population ouest-allemande, et plus encore à l’Est où les gens ne veulent pas ajouter au sentiment de dépossession lié à la réunification celui de la vague migratoire.

Dans la partie occidentale de l’Allemagne, il y a encore un complexe de la seconde guerre mondiale. Les Allemands savent que tout ce qui peut ressembler à la manifestation de nationalisme fait peur et leur fait peur. D’où une certaine retenue dans la défense de l’identité allemande et dans l’attachement aux valeurs traditionnelles de cette société faite d’ordre, de travail et de propreté.

Les « Osties » n’ont pas ce complexe. Toute trace de nazisme avait été éradiquée en RDA, bien plus qu’en RFA. Les gens n’ont donc aucun scrupule à refuser l’ « invasion » musulmane. Je connais un peu l’ex RDA, mais je connais bien plus la Tchéquie et la Pologne. Ces pays n’ont pas été confrontés à l’immigration de masse (du temps du communisme la présence de 30 000 Vietnamiens en Tchécoslovaquie, chiffre objectivement dérisoire, faisait l’objet de toutes les conversations et de toutes le peurs).

De par leur histoire, ces sociétés n’ont jamais été confrontées à l’islam (si ce n’est à la menace mongole du 13ème siècle qui reste encore dans la mémoire collective de Cracovie) qui suscite tous les fantasmes (dans ces pays où le communisme avait été bénéfique pour l’égalité entre femmes et hommes, le sort des femmes musulmanes y suscite répulsion et condamnation ; personne ne veut voir à Prague ce qu’on voit en Seine-Saint-Denis ou dans les quartiers nord de Marseille). Les femmes voilées dans le métro de Prague, « ne, děkuji » - non merci – dit-on souvent sur les bords de la Vltava

Les technocrates sans légitimité coupés des peuples qui sévissent à Bruxelles, les capitalistes avides de main d’œuvre étrangère bon marché et de consommateurs subventionnés par les impôts des classes moyennes, et leurs relais politiques, en premier lieu Madame Merkel, ont eu tort de sous-estimer la réaction des peuples et leur attachement aux valeurs qui sont celles de l’Europe depuis des siècles.

Il se pourrait bien que cette réaction que la bien-pensance de la gauche-caviar et de la droite foie-gras qualifie d’un ton condescendant et méprisant de « frileuse », « populiste », « raciste » ou « islamophobe », qui s’exprime aujourd’hui massivement en Europe centrale et qui se traduit par la montée du Front National en France, d’autres partis comparables ailleurs en Europe et par le phénomène Trump en Amérique gonfle encore dans les mois qui viennent.

Si nos dirigeants et l’ensemble du « système » (propriétaire de quasiment tous les médias) pensent que cette réaction n’est que de mauvaise humeur et qu’elle passera sitôt cette « reprise économique », que les médias et les politiques annoncent mais qui ne vient jamais, sera au rendez-vous, je crois qu’ils font une erreur d’appréciation.

Depuis des années, les peuples acceptent tous les méfaits de la « mondialisation » qui se traduit par le recul social mais aussi la déstructuration des sociétés. Ils le font évidemment beaucoup plus par résignation que par adhésion.

Il n’est sûr que leur patience et leur capacité à « encaisser » les coups soit sans limite.

De ce point de vue, nous sommes tous « Allemands » et la Saxe-Anhalt ressemble à la Provence et, comble de la déculturation et du déni d’identité, à ces « Nord-Pas-Calais-Picardie » et « Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes » qui n’ont plus de nom et qu’on menace d’affubler de nouvelles appellations ridicules.

Trop, c’est trop. Le refuser, c’est avoir une chance de survivre en tant que sociétés occidentales.

Yves Barelli, 13 mars 2016

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 18:54

Dans tous les domaines, l’UE apporte la preuve, au mieux, de son inefficacité, au pire, de son pouvoir de nuisance : croissance zéro, chômage de masse, austérité pour le plus grand nombre, crises récurrentes de l’euro, incapacité à gérer quoi que ce soit, notamment l’agriculture, frontières passoire, absence de politiques étrangère ou de défense autre qu’un alignement sans imagination ni honneur sur les Etats-Unis, aucune politique sociale (si ce n’est de recul social), industrielle, fiscale, de services publics et, depuis au moins deux ans, crise honteuse des « migrants ».

1/ Dans le domaine de l’immigration, comme dans la plupart des autres, le langage de l’UE est absolument inaudible et sa gesticulation grotesque et pathétique. Les deux principaux responsables en sont l’Allemagne et la France. La première pour la gestion irresponsable du dossier, entre autres, des migrants. La seconde par la totale et multiforme perte de crédibilité du président Hollande (son prédécesseur n’était pas mieux).

Madame Merkel a pris une lourde responsabilité en ouvrant l’été dernier les portes de l’Allemagne (et donc de l’Europe) aux migrants.

L’Allemagne était prête, disait-elle, à accueillir un million de « réfugiés » sur son sol. Elle pensait ainsi répondre à son besoin de main d’œuvre (la natalité est si faible que les générations ne sont pas renouvelées ; le soit disant « miracle allemand » est un mythe) et croyait voir une aubaine dans la venue de migrants déjà formés et bon marché.

Mais les effets négatifs sur la société n’avaient pas été anticipés (ou, en tout cas, avoués). Profits pour le patronat mais impôts supplémentaires (il faut financer l’accueil : plusieurs milliards d’euros) et surtout inconvénients de toutes sortes pour la population : centres d’accueil saturés (on a réquisitionné tout ce qu’on pouvait trouver : gymnases, locaux de colonies de vacances, etc), et surtout insécurité et incivilités contraires aux traditions allemandes. On a tellement répété, avec la caisse de résonnance d’associations subventionnées dont l’ « accueil » est le business, que les migrants étaient les bienvenus, que ceux-ci (en tout cas beaucoup d’entre eux) en ont tiré la conviction que tout leur était dû et que c’était à la société allemande de s’adapter à eux et non le contraire.

La dérive a été telle et les effets collatéraux sur le pays si catastrophiques (on se souvient des viols en série de la nuit de la Saint Sylvestre à Cologne : les responsables en ont été sans doute davantage des Maghrébins entrés en Allemagne grâce à Schengen que des Syriens ; mais, c’est le même type de population, « musulmane », disons-le ; il n’y a pas que les viols : les montagnes d’immondices et la saleté partout où passent les migrants peut être constatée) qu’une réaction hostile n’a pas tardé à apparaitre. D’abord dans les régions les plus touchées, en particulier en Bavière, porte d’entrée en Allemagne, puis dans tout le pays.

Dépassées par la vague des arrivées et confrontées au mécontentement de la population, les autorités allemandes ont dû changer de discours et de cap. Trop, c’est trop. Désormais, le pays se ferme. Et les autres aussi : Hongrie (si critiquée l’été dernier, mais qu’on devrait féliciter aujourd’hui), puis la Pologne et les autres pays d’Europe centrale, y compris l’Autriche, qui ont eu la seule réaction raisonnable : fermer les frontières. Maintenant, ces pays ont la paix car tenter d ‘y pénétrer n’est plus « rentable » pour les passeurs.

L’attitude française a été, comme d’habitude, suiviste vis-à-vis de l’Allemagne mais aussi hésitante sur le fond. Confrontée à un chômage de masse et à la présence d’une population d’origine étrangère dont l’ampleur occasionne les problèmes que l’on sait, la France était face à une contradiction. On ne pouvait ou ne voulait s’opposer à l’Allemagne (dont on disait en privé que son attitude était folle), on ne pouvait non accueillir trop de monde, d’où les déclarations contradictoires de Hollande et de son premier ministre Valls.

2/ Tout le tamtam du « politiquement correct » a été mis en branle l’été dernier pour tenter de convaincre la population européenne de la « nécessité » d’accueillir ces « pauvres réfugiés » qui fuyaient la guerre en Syrie et les deux responsables désignés : l’Etat Islamique, bien sûr, mais aussi le « tyran » Bachar-el-Assad. Photos de cadavres d’enfants à l’appui, on a tenté de nous culpabiliser. Et ceux qui ont eu la lucidité (je me targue d’en faire partie : relisez mes articles du 30 août 2015 « l’afflux de migrants, que faire ? » et du 6 septembre 2015 « non aux migrants inassimilables et soit disant réfugiés ») de tirer la sonnette d’alarme ont été accusés d’ « égoïsme », d’ « islamophobie » et de « racisme ». J’ai personnellement essuyé quelques injures sur facebook et ailleurs.

Aujourd’hui, on commence à réaliser que les opinions publiques ont été bernées.

90% des migrants qui arrivent dans l’Union européenne sont pris en main par des mafias de passeurs qui gagnent beaucoup d’argent dans ce trafic particulièrement juteux (si vous avez vu hier soir l’émission « envoyé spécial » sur France 2, je pense que vous êtes désormais édifiés).

Le formidable appel d’air occasionné par les déclarations irresponsables de madame Merkel et d’autres dirigeants européens a convaincu des centaines de milliers de Syriens, mais pas seulement, que l’Europe est un eldorado et qu’il suffit d’y entrer pour être pris en charge, soigné, logé et subventionné.

Cette entrée en Europe a certes un coût et un risque. Le coût, ce sont les 2 à 10 000€ qu’il faut payer aux passeurs pour franchir les frontières. Vu ce qu’on reçoit à l’arrivée, c’est un investissement facile à rentabiliser (mais tous n’ont pas cette somme : seule une minorité peut le faire). Les plus fortunés peuvent payer les passeurs les plus sérieux (il y en a beaucoup ; c’est comme les agences de voyage : il y a les bonnes et les mauvaises, au « consommateur » d’être perspicace) : les « meilleurs » procurent faux papiers et billets d’avion, les plus filous font monter dans les embarcations bas de gamme sur lesquelles les risques sont les plus grands. Le risque c’est, pour les plus malchanceux, la mort par noyade, pour les autres, de se faire refouler (peu le sont).

Les morts tragiques en mer sont épouvantables et nul ne peut en accepter même l’idée. Mais qui sont les responsables ? Nous, les passeurs ou, plus encore, les criminels inconscients (oui, le père d’Aylan, ce « héros » mort sur une plage de la mer Egée, est un criminel) qui mettent un enfant de 3 ans sur un canot pneumatique ? Contrairement à ce qu’on tente de nous faire croire, les responsables, ce n’est pas nous.

Un mot sur ces naufrages : 3 ou 4000 morts, c’est tragique, c’est inacceptable. Mais qu’y pouvons-nous ? Transporter gratuitement dans des bateaux sécurisés ou en avion tous ceux qui se présentent ? Combien de millions ? Ces morts, c’est évidemment trop, mais relativement peu par rapport au million et demi de migrants entrés en Europe en 2015. C’est pourquoi, ils continuent de venir, assurés qu’ils sont que, une fois entrés dans l’UE, ils n’en sortiront jamais.

Ils prennent un risque assumé. Ce ne sont pas, pour la plupart et contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, des désespérés, mais plutôt des gens qui ont les moyens d’aller se « plaquer », un peu comme ces Français qui ont fui la seconde guerre mondiale pour s’installer en Californie ou en Australie. On ne demande pas à tous d’être des héros et de se battre sur le terrain contre « Daesh ». Mais qu’on ne vienne pas me dire que ces jeunes dans la force de l’âge qui viennent se planquer en Europe pour y vivre aux frais des Européens le sont !

Une autre remarque sur les migrants coincés aux frontières. Avez-vous remarqué que la « pression migratoire » se déplaçait d’une frontière à l’autre au gré des circonstances ? On a eu Melilla et Lampedusa. Miracle, il n’arrive plus grand monde à ces lieux. On a eu la route au départ de l’Italie et remontant en Allemagne via la France. Moins d’amateurs aujourd’hui. C’est la route du Danube qui depuis l’été dernier « tient la corde ». La Hongrie s’est fermée, on a tenté la Croatie. Cette semaine, des dizaines de milliers de migrants tentent de passer de Grèce en Macédoine, pays non membre de l’UE. Pourquoi n’essaient-il pas d’entrer en Bulgarie, membre de l’UE, ou en Albanie ? Ces pays ont des frontières avec la Grèce plus longues que la Macédoine.

La réponse est simple. Les migrants sont manipulés par les passeurs avec la complicité objective des ONG. Ils sont amenés là où on pense que l’effet de masse, bien médiatisé, finira par ouvrir le passage. Il n’y a aucun mouvement spontané.

Autre remarque enfin. Pourquoi veulent-t-ils tous venir dans l’Union européenne ? Simplement à cause de l’appel d’air mentionné plus haut. On a fait croire à des millions de gens que l’Europe allait les accueillir, les nourrir et leur servir, avec ou sans travail, des revenus plusieurs fois supérieurs à ceux qu’ils avaient là-bas.

L’attitude européenne a été irresponsable. Plus on en recevra, plus il en viendra, plus le business des passeurs (et des ONG) sera fructueux, plus les profits du patronat allemand seront grands, mais aussi, plus les politiques d’austérité, déjà insupportables, pour les peuples européens, seront aggravées, plus aussi la vie de nos citoyens sera rendue insupportable au quotidien, plus aussi, et ce n’est pas négligeable, sera facilitée la tâche des terroristes islamistes qui veulent détruire notre civilisation.

3/ Que faire ?

Je renvoie le lecteur à mes articles précédents que je résume :

a/ Faire le tri entre vrais réfugiés et migrants attirés par le mythe européen (le mythe, pas la réalité!) et faire ce tri dans les pays de premier refuge (au sens des conventions internationales) et non en Europe sous le fait accompli. Bien sûr qu’il faut accueillir (et transporter depuis leur lieu de départ) les anciens traducteurs de l’armée française en Afghanistan menacés de mort par les talibans, bien sûr qu’il faut accueillir les Chrétiens et les Yazidis menacés d’extermination par les barbares islamistes. A ceux-là, il faut donner des titres de séjour sans délai et ne pas mégoter sur l’accueil. C’est l’honneur de la France de le faire (ce qu’elle ne fait pas beaucoup). Les autres, en particulier ces femmes voilées qui fuient le régime laïc de Syrie, ils n’ont pas leur place chez nous. L’Arabie saoudite et le Qatar seraient mieux adaptés, mais Hollande, soucieux d’y vendre « ses » Rafale, se garde bien de faire pression.

b/ N’accueillir que des gens assimilables. Assimilables, cela signifie pouvoir et vouloir travailler, connaitre les langues des pays d’accueil (ce n’est pas rédhibitoire, cela s’apprend) et adhérer aux valeurs de nos sociétés. Soyons clair sur ce dernier point, essentiel : être musulman, si on accepte le fait qu’on se trouve dans un pays laïc de tradition chrétienne et si on garde sa religion pour sa vie privée, ce n’est pas un problème insurmontable. Mais vouloir recréer en Europe des sociétés (ou des contre-sociétés) régies par la charia, ce n’est pas acceptable. A moins que les sociétés occidentales aient le goût du suicide.

c/ Rétablir les frontières et le droit. Cela signifie qu’on ne rentre pas dans notre pays comme dans un moulin, que tout étranger doit avoir un titre de séjour en règle et que ceux qui n’en ont pas tombent sous le coup de la loi (à titre d’exemple, entrer aux Etats-Unis sans titre et être pris se traduit par l’arrestation, le procès et l’expulsion après avoir payé une forte amende ; chez nous, au maximum, on est reconduit à la frontière et on tente sa chance le jour suivant, sans aucune sanction).

Et ceux qui sont déjà là, me direz-vous, par exemple dans la « jungle » de Calais ? Le principe devrait être la reconduite = effective = à la frontière. Tout principe a évidemment des exceptions. On peut être ferme et faire preuve, aussi, d’humanité. Il y a des cas dramatiques. Il faut les traiter comme tels. A cet égard, avait-on besoin d’envoyer des bulldozers sur la « jungle » de Calais en plein hiver et sous la pluie ? Je ne crois pas. Il fallait le faire avant, ou alors attendre le printemps.

d/ Traiter le problème syrien à la source par une lutte sans merci (et autre que par des postures) contre Daesh et ses complices en coordination et alliance avec tous ceux qui sont décidés à lutter, en particulier la Russie et la Syrie légale, celle du président Assad.

Quant à ceux qui fuient la misère et non la guerre, ils ont droit, aussi, à la dignité. La mondialisation a des conséquences catastrophiques partout, chez nous mais aussi dans le tiers-monde. Arrêtons avec l’absurde « construction » européenne, qui, en fait, détruit nos sociétés au lieu de les renforcer. Rétablissons nos frontières nationales et proposons à l’Afrique un bon partenariat mutuellement avantageux (fait il y a vingt ans, cela était possible et souhaité par les Africains ; ce serait plus difficile aujourd’hui, mais il n’est peut-être pas trop tard ; trop tard, ce le sera dans dix ans quand l’islamisation obscurantiste du Maghreb et du Sahel sera devenue irréversible).

4/ Une dernière observation qui pourrait être ironique si le thème n’était aussi tragique. Quel signal, quelle crédibilité donne l’Union européenne avec un « président » (l’ancien dirigeant polonais battu aux élections et reconverti) qui « demande » aux migrants de ne plus venir après avoir dit le contraire, avec une « ministre des affaires étrangères » que personne ne connait mais qui se promène de réunion internationale en forum en faisant des déclarations que personne n’écoute, avec des sommets grotesques où jamais aucune décision sérieuse n’est prise et avec ces sempiternelles rencontres Merkel-Hollande (après Merkel-Sarkozy) commentées par un président français qui veut donner l’illusion qu’il a encore une prise sur les évènements et sur sa partenaire ?

Un signal pathétique et une crédibilité nulle.

On a parfois l’impression d’assister à la fin d’un monde qui risque de s’écrouler comme s’écroula l’empire romain.

Saurons-nous reprendre notre destin en main ?

« To be or not to be », être ou ne pas être, voilà la question identitaire de l’Europe.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus.

Si nous voulons à nouveau exister, il est urgent de mettre fin à l’ « Union » européenne, qui ne peut être que désunion et qui détruit notre continent. Mettre fin à cette institution et à cette imposture qui ressemble de plus en plus à un monstre, ce n’est pas une condition suffisante pour faire revivre l’Europe, mais c’en est assurément une condition nécessaire.

Ensuite, on pourra reconstruire nos pays et établir une coopération internationale entre peuples souverains.

Yves Barelli, 4 mars 2016

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