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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 22:21

En désignant Boris Johnson premier ministre, la reine d’Angleterre a formellement (cela est symbolique, la souveraine n’étant que le rouage automatique des institutions démocratiques du Royaume-Uni) entériné le choix des membres du Parti Conservateur qui détient la majorité à la Chambre des Communes. Cela laisse espérer un nouveau départ du pays après les incompréhensibles tergiversations qui ont suivi le choix des Britanniques, exprimé il y a bientôt trois ans par référendum, de quitter l’Union Européenne (« Brexit »).

1/ Comme ceux de France en 2005, lorsque le peuple français avait refusé la « constitution » européenne en dépit des recommandations du gouvernement mais aussi de l’opposition, les dirigeants conservateurs britanniques, appuyés par l’opposition travailliste, étaient favorables au maintien du Royaume Uni dans l’UE. Seule une minorité des conservateurs (y compris Boris Johnson) et le nouveau parti pro-Brexit de Nigel Farage, avaient fait campagne pour le oui à la sortie.

A la différence des dirigeants français (qui ont annulé le vote populaire en entérinant un peu plus tard par la voie parlementaire la « constitution », revenue sous une forme à peine modifiée - traité de Lisbonne -, le premier ministre britannique David Cameron a eu l’honnêteté de reconnaitre son échec et a démissionné. Pour éviter une opposition frontale au sein du parti conservateur, un personnage de compromis a été choisi : Theresa May, qui était hostile au Brexit mais qui s’est engagée à appliquer la décision des électeurs.

2/ Elle a alors commis une double faute politique.

La première a été de convoquer des élections anticipées qui se sont traduites par un échec relatif sous la forme d’une majorité devenue très étroite (elle ne tient qu’à trois voix, et encore avec l’appui de députés hors parti conservateur, notamment les unionistes nord-irlandais). L’opposition travailliste ne s‘en est pas mieux tirée : affaiblie aussi, et aussi divisée que les conservateurs, entre une direction pro-UE et une base majoritairement hostile.

La seconde faute a été de ménager en quelque sorte la chèvre et le chou : Brexit mais avec un « bon » accord avec l’UE, c’est-à-dire ménageant les intérêts des grands groupes industrialo-financiers attachés à sauvegarder leur insertion dans le grand marché unique et commun européen.

Et comme en face, la Commission européenne, encouragée par les plus durs des gouvernements européistes (la France de Macron en tête), a voulu « punir » le Royaume-Uni pour avoir décidé de sortir de l’UE (avec ce raisonnement simpliste mais pas faux : si ça marche avec le RU, d’autres pays risquent de prendre la même voie), la négociation a été difficile et pas à l’avantage des Anglais.

Les négociateurs européens, avec à leur tête le commissaire français Michel Barnier (un européiste convaincu, qui fut ministre des affaires étrangères « français » et qui, dans cette fonction – je m’en souviens pour l’avoir pratiqué – n’arrivait pas à dire deux phrases, y compris sur des continents éloignés, sans que le mot « Europe » revienne plusieurs fois), ont imposé toutes sortes de contraintes au RU pour accepter de signer l’accord les « autorisant » à sortir. Parmi ces contraintes : le paiement de 40 milliards d’euros au titre, parait-il, d’arriérés de paiements, et la nécessité d’assurer une frontière ouverte entre l’Irlande du Nord (qui fait partie du Royaume-Uni) et la République d’Irlande (le reste de l’île).

3/ Ces contraintes étaient en fait inacceptables pour Londres mais Theresa May a cru bon de les accepter. D’où les rejets successifs par les « Communes » de plusieurs versions à peine modifiées de l’ « accord » (les partisans du Brexit ont parlé à plus juste titre de « diktat »). Nombre de Britanniques ont été choqués que leur premier ministre accepte une remise en cause, même partielle, de la souveraineté du pays sur une portion de son territoire (l’Irlande du Nord). Et encore plus choqués que cette vieille et encore puissante nation ait à négocier avec des bureaucrates apatrides sans légitimité démocratique.

L’hostilité d’une part croissante de l’électorat envers la Première ministre s’est traduit par un effondrement du vote conservateur dans plusieurs élections partielles et surtout par le score spectaculaire du parti de Monsieur Farage aux « européennes » de juin dernier (avec cet aspect cocasse, et pour tout dire ridicule, à l’image de nombre d‘institutions et de pratiques de l’UE, de demander aux Britanniques de désigner des députés au « parlement » européen alors que ces derniers étaient appelés à cesser rapidement leurs fonctions).

4/ La situation devenait dès lors ingérable et le sort de Madame May scellé. Elle fut acculée à la démission (au moins, dans ce pays les dirigeants désavoués démissionnent ; ce n’est hélas pas la même chose partout, notamment en France).

5/ La nomination au 10 Downing Street de Boris Johnson est donc logique.

On se demande pourquoi ce n’est pas lui qui a été chargé de former le gouvernement après le vote du Brexit. Je ne suis pas suffisamment au fait des arcanes de la politique britannique et, en son sein, du fonctionnement du parti conservateur, pour émettre une opinion.

Je n’ai pas non plus d’opinion définitive sur le nouveau premier ministre. Les médias français, au service du « système » qui nous asservit, sont évidemment très critiques vis-à-vis de Boris Johnson. Ce serait un « populiste » inconséquent, menteur, bref une sorte de Trump, presque un Poutine, évidemment peu recommandable.

Inutile de vous dire que ces critiques suffisent à me le rendre sympathique.

J’espère que les Britanniques vont, après ces presque trois ans perdus, avec Johnson redresser la tête. Ils n’ont objectivement rien à faire et rien à gagner de cette Union européenne décadente et prison des peuples. L’Angleterre est une grande nation depuis dix siècles. Elle a apporté beaucoup au monde, pas seulement la langue anglaise. Son prestige et son rayonnement international sont sans commune mesure avec ceux de n’importe quel autre pays européen.

Alors que la Francophonie et la « Françafrique » sont en voie de disparition (par la faute de la France qui, en misant tout sur l’UE et l’ « amitié » avec l’Allemagne, a sacrifié l’Afrique en même temps que ses intérêts et son honneur), les liens de l’Angleterre avec plus de cinquante pays du Commonwealth sont une réalité que n’importe quel voyageur même pressé note au premier coup d’œil.

Dans tous ces pays le Royaume-Uni n’est pas représenté par des ambassadeurs mais par des « hauts commissaires ». La différente de vocabulaire n’est pas que symbolique et résidu du passé, elle recouvre une réalité. J’ai habité en Inde : pour les Indiens, peu ouverts sur le monde extérieur, il y a les Anglais et les étrangers, les premiers faisant partie de la famille et en Inde les témoins vivants de feu l’ « empire britannique des Indes » sont omniprésents, du pas des militaires et policiers indiens dans les défilés de la fête nationale à tous les monuments victoriens des villes, petites ou grandes. Les chutes Victoria, les plus grandes d’Afrique et l’une des trois principales cataractes du monde, à la frontière du Zimbabwe et de la Zambie, portent toujours le nom de la grande reine anglaise du 19ème siècle et nul n’aurait l’idée dans ces pays de les débaptiser. Au Soudan, pays arabe qui fut une colonie anglaise, la langue anglaise est langue officielle à côté de l’arabe alors qu’en Algérie, au Maroc et en Tunisie, le français, pourtant largement utilisé, n’a aucun caractère officiel.

Et je pourrais citer sur plusieurs pages, hélas peu glorieuses pour la France, la différence, le fossé même, qui existe entre l’influence française, en chute libre partout et par notre faute (les Africains, notamment, ont compris, qu’il vaut mieux, désormais, être amis avec les Chinois qu’avec les Français car ils leur apportent bien plus ; ne reste comme attrait de la France que, pompe aspirante à l’immigration incontrôlée, nos prestations sociales généreuses, y compris pour les clandestins, ce qui n’empêche pas les nationaux de ces pays, y compris ayant acquis la nationalité française, de continuer à dénoncer le « colonialisme », exutoire à toutes leurs frustrations et leur incapacité, souvent, à faire les efforts nécessaires pour se développer) et l’influence anglaise, intacte partout.

Quand j’entends des « commentateurs » (soit ignares, soit de mauvaise foi, ou les deux en même temps), gloser sur l’ « isolement » de ces « pauvres » Britanniques qui se sont laissés « abuser » par des prophètes du malheur en votant pour le Brexit, ce qui, à les entendre, les met au ban de l’Europe et du monde, et les condamne au chaos économique (on l’annonçait déjà il y a trois ans ; pourtant, l’économie britannique se porte mieux que la française), cela ne me fait même pas rire. Je me contente de « zapper » et de m’affliger pour mon pays.

Sortir de cette prison flottante qui prend l’eau de toutes parts et qui va bientôt couler qui s’appelle l’Union européenne, c’est sans doute un moment un peu délicat à passer, tant cette EU, incapable de construire quoi que ce soit, mais qui est encore une machine efficace à mettre des bâtons dans les roues des peuples qui donnent encore un sens au mot « nation » (les Britanniques ont de la chance ; eux, en ont quatre, y compris l’Ecosse ou le Pays de Galles, alors qu’en France on refuse ce substantif à la Bretagne, la Corse ou l’Occitanie, pourtant nations aussi vieilles que la France, et où, dans la bouche d’un Macron, parler de « nation française » est presque une injure, tant on abdique tout à une entité artificielle, l’UE, sans passé mais aussi sans avenir). Ensuite, objectivement, le fait pour Londres d’avoir une politique économique, monétaire, fiscale, industrielle, agricole et commerciale indépendante, d’avoir sa propre monnaie et de contrôler ses frontières, s’avèrera évidemment un avantage que la France s’auto-interdit.   

Alors, bonne chance au Royaume-Uni et merci aux peuples de ce pays de nous montrer, comme en 1940, ce qu’est l’honneur et dans quelle direction on doit aller pour le sauvegarder.

L’homme ne vit pas seulement de pain mais aussi d’idéaux. Hélas, l’UE ne nous apporte ni l’un ni les autres./.

Yves Barelli, 24 juillet 2019      

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29 mai 2019 3 29 /05 /mai /2019 17:11

Si cela n’était tragique pour les peuples européens, cela en serait comique. On nous a serinés les oreilles depuis des semaines pour ces élections « européennes » dont on présentait l’ « enjeu » comme capital. Nous avons donc désigné nos « députés » (quand je dis « nous », ce sont les 50% d’électeurs qui se sont dérangés…et qui, semble-t-il, ont perdu leur temps puisqu’on nous apprend que ce soit disant « parlement » - un parlement représente le peuple dans un Etat ; or il n’y a ni Etat ni peuple « européen », tout juste un « machin » auquel les Etats ont délégué, par faiblesse et à l’usure, des parcelles de plus en plus étendues de souveraineté -, la seule « institution » européenne élue au suffrage universel, en fait, n’a aucun pouvoir, en tout cas pas celui de désigner les membres de la bureaucratie de Bruxelles qui prétend diriger l’Union européenne.

Ce sont donc les bons vieux Etats, que les « européistes »-mondialistes à la Macron estiment « dépassés », voire « ringards », qui vont le faire : le grand marchandage a commencé. Merkel a son candidat, Macron a le sien. Aucun autre n’en veut, d’autant que l’allemande comme le français sont bien affaiblis. Alors, on va se rabattre sur le plus petit commun diviseur : un personnage sans envergure, si possible issu d’un petit pays, pas même politiquement majoritaire dans son pays (afin de ne pas lui donner trop d’importance) et surtout, politiquement et « européennement » correct afin d’être bien en phase avec les « lobbies » capitalistes qui font la pluie et le beau temps (surtout la pluie !) à Bruxelles.

Si j’avais le goût des paris, voici ce qui serait le mien : cette « commissaire » à la concurrence, dont j’ai oublié le nom (il sera bien temps de le mémoriser lorsqu’elle sévira) : elle est totalement « skotchée » au dogme de la concurrence à tout prix, y compris au prix d’empêcher de former de grandes entreprises européennes qui, certes, auraient des positions dominantes (en apparence car l’UE étant ouverte aux quatre vents, les entreprises européennes sont toujours concurrencées sur leur propre terrain), mais pourraient compter dans le monde face aux Américains, Chinois, Japonais et autres Coréens (un petit pays qui réussit ; la Suisse aussi ; comme quoi, tout ce qu’on nous dit sur la nécessité d’avoir une grande taille n’est que fadaises, l’UE a cette taille, mais un gros édredon difforme n’a jamais gagné aucune course !); elle s‘est employée à « interdire » toute velléité de regroupement européen efficace ; en revanche, elle n’a rien trouvé à redire aux acquisitions d’entreprises par des intérêts extra-européens dans des secteurs stratégiques. Elle a deux autres « qualités » : elle vient d’un petit pays, le Danemark, où elle est dans l’opposition : après le « président » de l’UE, Donald Tusk, battu aux élections en Pologne, ce ne serait pas la première « recalée » du suffrage universel à nous diriger. Deux autres qualités additionnelles : c’est une femme : il parait que c’est important aux pays de la parité à tout prix (y compris celui de choisir une nulle face à un homme compétent, seulement pour respecter cette « parité » absurde). En plus, il parait qu’elle parle français : Macron s’en fout mais il reste quelques « attardés », pas seulement en France (et peut-être plus ailleurs que chez nous) pour estimer que l’égalité entre français et anglais prévue par les textes européens doit, quand même, être, au moins nominalement, respectée. Cette personne si politiquement correcte est sans doute une « bobo », autre « qualité » propice aux carrières, pas seulement à la République en marche (vers le néant !), puisqu’elle est propriétaire d’une résidence secondaire sur l’île d’Oléron (où il n’y a pas encore beaucoup d’éoliennes ; au pays de la « petite sirène », il y en a tellement que les gens en ont le tournis et on comprend qu’ils aiment Oléron ou Ré, où, en outre, il y a plus de soleil).   

Comme on dit chez moi, on risque fort de se l’ « empéguer ». Et si ce n’est elle, ce pourrait être un personnage encore plus falot : l’UE a le génie de tomber de plus en plus bas et quand elle au fond du trou, elle creuse encore. Pauvre Europe, de plus en plus déclassée sur l’échiquier mondial (quand on en parle encore, c’est désormais souvent soit pour s’en amuser, soit pour dire « pas ça chez nous » !). Les peuples européens, las de  cette mascarade, se réveilleront-t-ils un jour ?  En Angleterre, en Hongrie, en Italie, en Pologne et dans quelques autres pays de l’UE, ils ont commencé à le faire. En France, un peu sur les ronds-points (qui, pour une fois, ont servi à quelque chose). Mais, globalement, c’est encore le sommeil profond. Réveillez-vous ! Il y a le feu./.

Yves Barelli, 29 mai 2019                       

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26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 21:11

Depuis des semaines, nos médias et nos politiciens nous rebattaient les oreilles avec l’élection des figurants (souvent des « recalés » du suffrage universel dans leurs pays ou, dans le nôtre, des jeunes sans doute plein d’avenir, désignés par les partis pour faire leurs  premières armes dans la vie politique) au « parlement » européen. La plupart de ces médias et politiciens, adeptes de la religion européiste ou/et au service du système mondialisé qui entend briser les nations et transformer les citoyens en consommateurs interchangeables d’un « territoire » (remplaçant les bons vieux « pays ») à l’autre (c’est dans cet esprit qu’on fait circuler des « travailleurs détachés », l’un des scandales de l’UE), ont souligné à qui mieux mieux l’ « enjeu historique» du scrutin (il fallait barrer la route aux méchants « populistes ») et l’importance capitale (désormais à leurs yeux supérieure aux vrais parlements, les nationaux) de ce « machin » coûteux qu’ils baptisent « parlement » (un vrai parlement représente le peuple dans un Etat ; or l’Union européenne n’est pas un Etat et ses habitants ne forment pas une nation). Ils ont pourtant oublié (ou alors ils n’en tiennent pas compte, ce qui est encore pire) que les peuples ne se sentent pas concernés par cette mascarade qu’est la « construction » européenne, œuvre de technocrates au profit de politiciens au service du système. En dépit de la propagande éhontée qui les abreuve, les Européens (c’est-à-dire les habitants du continent) sont étrangers à la machine bruxelloise à laquelle d’ailleurs ils ne comprennent pas grand-chose. C’est pourquoi à peine la moitié se sont dérangés pour voter et ceux qui l’ont fait ne l’ont fait, dans leur écrasante majorité, qu’en fonction de considérations politiques nationales, se souciant comme d’une guigne de ce qu’il adviendra de ce soit disant « parlement ».

1/ Vu ce qui précède, ce nouveau « parlement » « élu » ne mérite pas de commentaire particulier. Compte tenu du faible taux de participation, il ne constitue même pas un sondage d’opinion en grandeur réelle tant l’ « échantillon » n’est pas représentatif. Je me contenterai de me féliciter de la « montée » dans ce « parlement » du « populisme » « eurosceptique », comme on dit (terme, au demeurant absurde : l’Europe est une réalité géographique ; peut-on être sceptique vis-à-vis d’une réalité ? Réalité, j’ajoute, qui n’a rien à voir avec l’UE : personnellement, je me sens très Européen, parce qu’il y a, de l’Atlantique à l’Oural, et au-delà, une communauté de civilisation : dans le même temps, je souhaite qu’on mette fin à cette « Union européenne » qui ne sert à rien et qui est même nuisible pour le continent et ses peuples). Cette assemblée a très peu de pouvoirs mais, avec le peu qu’elle  a, si elle peut bloquer l’œuvre néfaste de la Commission (avant qu’on supprime celle-ci), ce ne sera pas plus mal.

2/ L’ «enjeu » en France était de sanctionner ou non Macron. C’est fait : en arrivant en tête, la liste du Rassemblement National de Marine Le Pen concrétise cette sanction. Je m’en félicite tout en gardant la tête froide. Fondamentalement ce vote-sanction a peu de signification : Marine Le Pen est loin d’être aux portes du pouvoir !

3/ Je regrette que la liste de Debout la France n’atteigne pas les 5% qui lui aurait permis d’envoyer des représentants au « parlement » européenne. Nombre de ses soutiens ont préféré voter « utile » en votant Le Pen. Je les comprends.

Je regrette aussi que les listes de François Asselineau et de Florian Philippot aient, comme celle de Dupont Aignan, souffert du vote utile. Ce sont des personnalités de qualité qui ont beaucoup de choses intelligentes à dire. Mais pourquoi se sont-ils obstinés à se lancer dans cette galère ? Ils auraient été bien plus utiles en rejoignant la liste du RN ou celle de DLF.

4/ Le mouvement des « gilets jaunes » a indirectement pesé sur le vote de ce jour. S’il a permis de « gonfler » le vote Rassemblement National, tant mieux. J’ai beaucoup de sympathie pour tous ceux qui ont passé du temps sur les ronds-points et qui défilent, dans le danger de la répression policière, tous les samedis depuis six mois. Cela a été utile et le reste. Mais cela ne saurait suffire : un prolongement politique est nécessaire ; être « gilet jaune », cela ne doit pas empêcher de voter ; au contraire, cela devrait inciter à le faire.

5/ Dans chaque pays, les votes ont reflété, plus ou moins (quand il n’y a que 15% de participation, comme par exemple en Tchéquie, cela reflète rien du tout), les rapports de force internes.

A cet égard, je me félicite de la victoire de la liste « Brexit » en Grande Bretagne, victoire cocasse et absurde, d’ailleurs, quand on sait que, le Royaume-Uni quittant l’UE, les élus britanniques au « parlement » européen ne siègeront pas.

Je me félicite aussi de celle des patriotes « populistes » d’Italie, de Hongrie (la liste Orban a la majorité absolue), de Pologne et d’ailleurs. Salvini ou Orban nous montrent la voie à suivre. Merci. 

En Espagne, la victoire des listes indépendantistes à Barcelone (on votait aussi en Espagne pour les municipales et certains parlements de Communautés Autonomes) me fait chaud au cœur. Manuel Valls, ancien premier ministre de Hollande, s’est ridiculisé en se présentant à l’élection de la capitale catalane aux côtés de la droite anti-indépendantiste. Ce personnage opportuniste qui se gargarisait du mot « république » lorsqu’il était à Matignon fait désormais campagne pour l’intégrité du « royaume » d’Espagne. Lamentable ! Aux poubelles de l’histoire, tant de la France que de la Catalogne. Il ne méritait même pas les cinq lignes que je lui ai consacrées.

XXX

Comme on disait autrefois « ce n’est qu’un début, continuons le combat ». Les peuples européens ne sont pas encore libres. Ils commencent à se libérer dans leur tête, préalable à la libération continentale./.

Yves Barelli

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 13:56

Défaite cuisante, pire encore qu’attendue, pour Theresa May avec le rejet par la Chambre des Communes, à une majorité des deux-tiers, du projet d’accord sur la sortie du Royaume-Uni conclu entre la Première Ministre britannique et la Commission européenne. En voulant ménager la chèvre et le choux, c’est-à-dire les intérêts à court terme du patronat britannique et ceux du peuple, la titulaire du 10th Downing Street a réussi à mécontenter tout le monde. Leçon à tirer, à Londres comme ailleurs : les temps où les gouvernements mondialisés pouvaient contourner les décisions populaires (comme ce fut le cas du vote français sur la « constitution » européenne de 2005) semblent révolus. Les Britanniques ont voté pour le « Brexit » et Madame May paye aujourd’hui au prix fort sa tentative de vider cette sortie d’une part significative de sa substance.

1/ Le vote à 432 voix contre 202 du rejet de l’accord UK-UE est d’ampleur inhabituelle. Il montre tout à la fois la faiblesse de Madame May, contestée dans son propre camp, l’indépendance de nombre de députés britanniques (qui devrait occasionner quelques examens de conscience chez les députés français qui, s’ils étaient honnêtes et courageux, devraient prendre des distances avec la politique impopulaire du gouvernement) et la conjonction de l’hostilité tant des partisans d’un Brexit « dur » que du « Remain ».

2/ Cette conjonction des oppositions ne suffit évidemment pas à suggérer une solution alternative à la crise engendrée par l’imminence (fin mars) d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE. Pour les uns, les nostalgiques de l’appartenance à une Union Européenne davantage sensible aux intérêts des capitalistes et aux aspirations des rêveurs d’un monde sans frontières qu’à ceux des peuples, le rejet de l’accord nécessiterait un nouveau référendum pour permettre aux Britanniques de rattraper leur « erreur » d’avoir voté en faveur du Brexit. Pour les autres, les défenseurs de ce Brexit, la tentative de Theresa May de trouver des accommodements avec la Commission visant à atténuer les conséquences du Brexit, est une trahison de la volonté populaire décidée à couper définitivement les amarres du royaume avec le continent (du moins dans sa forme institutionnalisée concrétisée par une Union de plus en plus incompatible avec les souverainetés nationales).

3/ En fait l’ambiguïté existait tant chez les Conservateurs que chez les Travaillistes. Cette ambiguïté n’est pas l’apanage des Britanniques : on la constate partout en Europe et elle résulte de la contradiction entre les « mondialistes », cette élite autoproclamée, maîtresse du politiquement correct qui se déverse à longueur de journée dans presque tous les médias, et les « souverainistes », émanation des peuples qui aspirent à la protection, sociale comme nationale à l’intérieur de frontières, et qui veulent vivre « chez nous », avec nos traditions, nos identités et des pouvoirs politiques proches des citoyens ne prenant pas ses instructions auprès de bureaucrates apatrides (en fait leur véritable patrie, c’est l’argent), émanation des intérêts des possédants mondialisés.

Cette « élite » mondialisée, c’est celle qui a voté Macron, Hilary Clinton ou Prodi. Elle regroupe deux catégories, deux « classes » sociales même. La première est formée par ceux qui possèdent le capital financier, qui se jouent des frontières nationales en utilisant tout l’arsenal de l’UE et des accords commerciaux multinationaux en investissant là où c’est le plus rentable, en délocalisant au mieux de leurs intérêts, en vendant sur les marchés les plus rentables, en optimisant les avantages fiscaux et en minimisant les coûts salariaux et sociaux et en « important », par l’immigration massive, une main d’œuvre plus servile et des nouveaux consommateurs (subventionnés par les impôts des classes moyennes).

La seconde est formée par des gens moins fortunés ou pas fortunés du tout ayant fait des études, formant souvent une élite professionnelle (cadres supérieurs, hauts fonctionnaires, professions libérales), pouvant à l’occasion se montrer généreuse via la redistribution au profit du « prolétariat » (de plus en plus formé d’immigrés) et partageant souvent un idéal d’internationalisme « prolétarien » (plutôt un « prolétariat » idéalisé et abstrait car ces gens-là, comme les capitalistes, se sentent mieux sur la Cinquième Avenue, à Oxford Street ou dans le 7ème arrondissement que dans le Bronx, East Ham ou la Seine Saint-Denis) concrétisé par l’utilisation du « global English » (pas celui des classes populaires anglaises), la consommation des marques mondialisées et le sentiment qu’être patriote, c’est être ringard, « fermé », voire « fasciste ».

En face d’eux, on a la masse de ceux qui sont encore attachés aux valeurs nationales et qui ne se retrouvent plus dans des pouvoirs de plus en plus lointains et qui abandonnent ceux d’ « en bas », cette « France périphérique » qui se reconnait dans les « gilets jaunes », cette Angleterre des Midlands et du « Black Country », cette Allemagne des profondeurs de Leipzig ou d’Essen, cette Amérique de la Pensylvanie intérieure ou cette Italie qui a voté Salvini ou Grillo.

En Angleterre, cette deuxième catégorie est celle qui a voté pour le Brexit, soit parce qu’elle a la nostalgie de l’Angleterre « anglaise », fière de ses particularités, qui n’entend renoncer ni à la conduite à gauche, ni à ses miles, ses « pounds » et le lait déposé le matin devant la porte, et qui ne veut surtout pas se voir imposer des « directives » de Bruxelles sur lesquelles elle n’a aucune prise, soit parce qu’elle ne se sent plus chez elle dans les quartiers pakistanais de Londres ou polonais de Bradford, soit pour toutes ces raisons en même temps ou pour aucune raison « rationnelle » particulière, simplement parce qu’on veut rester « anglais en Angleterre », comme d’autres sur le continent veulent demeurer français, allemand, italien ou hongrois. Dans cette catégorie, il n’y a pas que des « pommés » smicards et ruraux. Il y a aussi des gens comme moi, et je le revendique, attachés à leur(s) identité(s) (les miennes sont marseillaise, provençale, occitane, française et européenne – celle du continent, pas de l’UE – et même mondiale - mais pas mondialisée) tout en sentant bien partout (j’ai habité quinze pays sur tous les continents), qui n’ont rien contre les valeurs de l’Amérique ou de l’Afrique, mais en Amérique ou en Afrique, pas chez nous.   

4/ L’ambiguïté de Theresa May est qu’elle était hostile au Brexit parce qu’attachée à ce qu’elle croit être l’intérêt du patronat, donc des Britanniques (pour les gens de droite, la richesse des capitalistes « ruisselle » automatiquement sur l’ensemble du peuple, pourvu qu’on laisse faire les « lois » du marché, ce qui est un dogme au pays d’Adam Smith) mais qu’elle a assumé le choix de ses compatriotes en ne remettant pas en cause leur vote mais en recherchant ce qu’elle a pensé être un « bon » compromis avec Bruxelles, c’est-à-dire en acceptant quelques obligations supranationales, y compris s’agissant de la place des étrangers européens en Grande Bretagne mais aussi l’ouverture de la frontière avec la République d’Irlande.

Cette conduite « centriste », ménageant les « brexiters » et les « remainers », les deux présents, pour des raisons différentes, tant chez les conservateurs (au sein desquels on trouve des mondialistes et des souverainistes) que chez les travaillistes (avec des dirigeants internationalistes et européistes et un électorat qui a massivement voté pour le brexit), a finalement mécontenté tout le monde, brexiters comme remainers, conservateurs comme travaillistes.

5/ Theresa May va-t-elle passer la main ? Pas sûr car les conservateurs sont trop divisés et trop affaiblis pour se mettre d’accord sur un successeur. La motion de censure présentée ce jour par les travaillistes va-t-elle passer ? Probablement pas car la faible majorité conservatrice actuelle au parlement a trop peur de nouvelles élections qui pourraient amener une majorité travailliste alternative.

6/ Un nouveau référendum sur le Brexit serait-il la solution ? Il ne ferait qu’amplifier le clivage dans la société britannique et nul ne peut en prédire le résultat (maintien dans l’UE ou, au contraire, majorité renforcée pour en sortir ?). Ce ne serait pas, non plus, un bon signe de démocratie car il tendrait à prouver (d’autres exemples l’ont montré) que la démocratie façon UE n’en est pas vraiment une car quand le peuple se « trompe », on le fait revoter aussi longtemps que nécessaire jusqu’à ce qu’il entérine enfin ce que l’ « élite », plus « intelligente » évidemment que lui, a imaginé pour lui, un peu comme la punition des « radars » « pour notre sécurité ».

7/ Mon opinion (que j’exprime avec prudence et humilité car je ne suis pas britannique et que, en l’occurrence, c’est aux Britanniques de décider et non aux autres ; je suis, au passage, scandalisé par l’attitude de certains Français vivant en Angleterre, dont nos médias se font complaisamment l’écho, qui prétendent participer au débat sur le Brexit, en s’y opposant car, pensent-t-ils, contraire à leurs intérêts : quand on est étranger dans un pays, il me semble décent de respecter les choix des nationaux de ce pays en se réservant, si on n’en est pas satisfait, la possibilité d’en partir) est que Theresa May a eu tort d’accepter la discussion avec la Commission de Bruxelles.

Il me semble qu’une attitude en cohérence avec le choix des Britanniques de sortir de l’UE aurait été (et demeure, je crois, la seule politique juste) de ne pas chercher à passer un accord global avec l’UE mais, au contraire, des accords point par point (exemples : contrôle des ports, accords aériens, etc) avec l’UE quand cela est nécessaire (le moins possible) ou avec les Etats sur une base bilatérale. L’erreur principale de May a été, je crois, d’avoir accepté de discuter avec Bruxelles de la question de la frontière avec l’Irlande. Le Royaume-Uni et l’Irlande sont des Etats souverains : à eux de régler leur coopération transfrontalière, pas à une institution supranationale éloignée.

Ce choix politique de privilégier le bilatéral au multilatéral n’est pas une vue de l’esprit. A titre d’exemple, la coopération en matière d’aéroports entre la France et la Suisse (non membre de l’UE) se passe très bien : les aéroports de Genève et de Bâle sont gérés conjointement par la France et la Suisse en vertu d’accords bilatéraux dont la Commission de Bruxelles n’a jamais eu à se saisir (c’est pour cela qu’ils fonctionnent bien !). On peut régler toutes les relations à venir entre le Royaume Uni et les pays encore membres de l’UE (à laquelle je ne prédis pas un grand avenir) sur la base d’accords bilatéraux.

Ceux qui s’arcboutent au dogme de l’UE méconnaissent les réalités : la Suisse, la Norvège ou l’Islande ne sont pas dans l’UE et tant le commerce que les déplacements de personnes entre ces pays et leurs voisins de l’UE ne posent pas plus de problèmes qu’entre Etats au sein de l’UE.

Quant à ceux qui prédisent le chaos en cas de non accord d’ici mars, ils prennent leurs désirs ou leurs appréhensions pour des réalités. La coopération entre le Royaume-Uni et ses voisins européens est dans l’intérêt mutuel, y compris dans l’intérêt des membres de l’UE dont la balance commerciale vis-à-vis du Royaume Uni est positive. On peut être sûr que quand il s’agira concrètement de passer un nouvel accord, les gouvernements d’Irlande, de France, de Belgique ou d’Allemagne accepteront les discussions bilatérale et auront le réalisme de se passer des services d’une Commission dont on réalise de plus en plus qu’elle est globalement bien plus négative que positive pour les Etats et, plus encore, les peuples d’Europe.

En outre, n’y aurait-il pas contradiction à entraver les relations commerciales avec le Royaume-Uni alors que cette Union européenne, cas unique dans le monde, est ouverte à tous les vents de la mondialisation et donc aux importations de tous les pays-tiers ? On continuerait à importer tout ce que les Chinois veulent nous vendre et on se fermerait aux Britanniques, sachant que cette fermeture serait en définitive encore plus préjudiciable aux entreprises continentales qu’aux Britanniques? Non-sens ! Seul le dogmatisme des Européistes peut tenter de faire croire le contraire.

Il est vrai que si la Grande Bretagne montre qu’elle s’en tire mieux en dehors de l’UE que dedans, cela enlèvera beaucoup de poids au dogmatisme de ceux qui prétendent que l’UE est une nécessité pour l’Europe. C’est sans doute la raison pour laquelle la Commission, qui défend en fait son existence sur le long terme, a été si dure dans la négociation avec Londres. L’erreur, la faute même, de Theresa May a été de se laissé piéger dans le « jeu » bruxellois. J’ai connu en d’autres occasions des négociateurs anglais bien meilleurs.

D’autant que les temps ne sont plus favorables aux Européistes, contestés par la montée des « populismes » et par les défis des gouvernements qui ont choisi de rester dans l’UE mais d’y faire ce qu’ils veulent en refusant d’obéir à Bruxelles (les exemples de l’Italie, de la Pologne et de la Hongrie sont les plus intéressants).

D’autant aussi que l’argument de ceux qui estiment que les Anglais sont désormais isolés est risible : le Royaume Uni ne manque pas d’atouts dans son jeu. Ses liens avec le Commonwealth (50 pays, plus d’un milliard de citoyens) dépassent les intérêts à court terme des gouvernements et peuvent être considérés comme solides, ceux avec les Etats-Unis, qui constituent en fait un accord « stratégique » le sont tout autant, les liens aussi avec l’Europe du Nord et germanique (l’Allemagne est moins agressive vis-à-vis de Londres que Macron, lui-même plus vraiment en mesure de peser) au sein même de l’UE sont forts et de nature à ne pas aller jusqu’à une rupture entre le RU et l’UE, enfin, la « City », c’est-à-dire la puissance financière de Londres demeure intacte (les soit disant décisions de se délocaliser sur le continent, notamment dans la France en crise que l’on sait, ne sont que du vent) et le Royaume Uni serait en mesure, en cas d’une improbable guerre commerciale et politique entre lui et l’UE, de se transformer en super « paradis fiscal et financier », une sorte de Jersey à l’échelle mondiale, qui ruinerait à coup sûr le Luxembourg, Francfort et plus encore Paris.

Je ne suis donc inquiet ni pour le Royaume Uni, s’il décide enfin de jouer le vrai Brexit (pas l’abaissement d’esprit munichois de May), ni pour les relations entre le Royaume-Uni et les pays d’Europe continentale. Je suis même convaincu qu’un Royaume Uni indépendant et fort donnera envie aux autres peuples européens de reprendre eux aussi leur indépendance et de mettre en place une coopération entre Etats débarrassée du carcan d’une UE nuisible, obsolète et en contradiction avec les peuples qui souffrent du non-sens qu’elle constitue encore./

Yves Barelli, 11 janvier 2019                                                                                        

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 12:14

J’aurais préféré commencer 2019 en vous souhaitant bonheur, santé et réussite à titre personnel et collectif. Le réveil du peuple français concrétisé par le mouvement des « gilets jaunes » peut, c’est vrai, nous rendre un peu plus confiant dans nos capacités à relever la tête. Mais il reste encore tellement à faire pour transformer drastiquement un système objectivement pourri non seulement parce qu’injuste mais aussi le plus souvent inefficace que, parfois, on en vient à désespérer. Nos malheurs ne viennent pas tous, c’est vrai, de l’Union européenne, mais beaucoup en sont issus et j’espère que les Européens sauront concrétiser leur légitime mécontentement en glissant en mai dans les urnes les bons bulletins de vote. De ce système de l’UE qui marche sur la tête, je vais vous en donner un exemple très concret, pas le pire en termes de gaspillage des deniers publics (nos impôts, ceux des gilets jaunes et de leurs équivalents sur le continent qui triment sans parvenir à joindre les deux bouts et qui contribuent aux 163 milliards d’euros, dont 21 payés par la France, du budget de Bruxelles, mais symptomatique du scandale permanent que constitue cette usine à gaz dénommée Union européenne.

Il est simple, concret et ne constitue qu’une goutte d’eau de l’océan de dépenses inutiles dans lesquelles nous sommes en train de nous noyer.

Le voici.                                                                                                                                         

A côté du programme d’échanges universitaires appelé « Erasmus », il y a aussi « Erasmus+ » pour les enseignants.

J’ai eu connaissance par la personne qui a été chargée de traduire les dix pages du « contrat financier pour la mobilité du personnel de l’enseignement scolaire du programme  Erasmus+ » passé entre le ministère français de l’éducation nationale, agissant en sous-traitant de l’UE, et un enseignant français de collège (pas le plus expérimenté puisqu’il n’a que trois ans d’ancienneté) et qui concerne la Tchéquie, d’où la traduction du français au tchèque.

Ce contrat est passé pour que cet enseignant français se rende une semaine (je dis bien une semaine, soit 5 jours ouvrés) dans une petite ville de l’est de la République tchèque pour « animer des conversations en anglais dans un collège ».

Là où cela devient carrément cocasse est que cet enseignant exerce dans le département français le plus lointain, la Réunion, pour aller animer ses conversations dans la langue de Shakespeare dans le lieu le plus excentré de Tchéquie.

Cette petite virée à l’utilité contestable coûte (frais de traduction et d’instruction par les ministères de l’éducation français et tchèque et les établissements scolaires concernés – dont les secrétariats soumis aux compressions de personnels suggérés par l’UE ont certainement des taches plus utiles à accomplir – non compris) au contribuable européen la bagatelle de 2 508€ se répartissant entre 1008€ de frais de séjour (ce qui fait cher la nuit dans cette petite ville du bassin minier d’Ostrava où on peut se loger à bon compte, y compris chez les collègues de l’enseignant qui probablement ne demanderaient aucune rémunération), 1300€ de frais de voyage (dans sa pingrerie, l’UE ne paye que la classe éco sur les multiples vols à prendre entre Saint-Denis de la Réunion et Ostrava) et 200€ de « soutien organisationnel » dont je ne sais à quoi il correspond au juste. Je ne vois pas apparaitre de ligne « rémunération » : sans doute estime-t-on que le voyage (dans lequel on espère quand même une petite visite touristique de Prague, l’une des plus belles villes d’Europe) constitue en soi la rémunération (ajoutée au bénéfice sur le séjour du fait qu’aucune note d’hôtel n’est exigée) puisque cet enseignant, déchargé de ses cours à la Réunion, conserve son salaire. Certes, tout cela coûte moins cher que les conférences de Sarkozy, mais quand même !   

Mes remarques sont évidemment au nombre de deux.

La première est qu’il ne manque pas de bons profs d’anglais en Tchéquie sans qu’on soit obligé de faire appel à un Français réunionnais venu de l’autre côté de la planète.

La seconde est plus générale : il y en a marre de ces bêtises (pour le pas employer un mot plus grossier) de cette Union européenne qui constitue un carcan pour les peuples et qui est source de dépenses inutiles (je pourrais en citer quelques autres, comme les « ambassadeurs » de l’UE dans la plupart des pays du monde, mieux payés que les ambassadeurs nationaux, mieux pourvus en parc automobile et résidentiel et dont tout le monde, collègues ambassadeurs nationaux et autorités des pays d’accueil, se demandent à quoi ils peuvent bien servir).

Il est clair que l’urgence est de supprimer cette machine nuisible centrée à Bruxelles et de la remplacer par une bonne et utile coopération entre Etats européens (on pourrait, comme on le faisait avant que l’UE s’immisce partout, faire des échanges de profs ou d’étudiants par exemple entre la France et la Tchéquie, directement, plus efficacement et de manière moins coûteuse sans passer par la bureaucratie budgétivore et chronophage (ceux qui ont déjà essayé de « monter » des programmes européens savent de quoi je parle) de Bruxelles.

Bonne et heureuse année, si possible sans UE./.

Yves Barelli, 10 janvier 2019                    

      

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 14:07

En perdant la majorité absolue au parlement régional de Bavière, la droite chrétienne-démocrate de la CSU, qui est associée, mais de manière critique, au niveau fédéral à la grande coalition, en crise, dirigée par Madame Merkel, paye sa participation à cette coalition. On assiste parallèlement à une recomposition du paysage politique bavarois avec la marginalisation des socio-démocrates au profit des Verts, et l’entrée en force au parlement bavarois des souverainistes de l’AfD. La CSU n’aura aucun mal, grâce à l’apport de petits partis, à conduire à nouveau, comme elle le fait depuis 1960, le gouvernement bavarois. Ces élections étaient non seulement importantes pour ce « Land » de la République Fédérale, à la taille (13 millions d’habitants), à l’histoire et à l’identité d’une véritable Nation, mais aussi pour l’Allemagne et l’Europe car elles reflètent une tendance lourde visible presque partout sur le continent.

1/ Comme on le sait, l’Allemagne est une fédération, donc avec des composantes, les Länder (pluriel de Land) dotés de prérogatives importantes. La Bavière en est le Land le plus vaste, l’un des plus peuplés et des plus riches (quasiment pas de chômage, une agriculture, des services, une industrie – avec des entreprises comme BMW ou Siemens – prospères et une puissance financière propre), mais aussi et surtout une identité spécifique, à laquelle les Bavarois sont très attachés, fondée sur une histoire prestigieuse (Munich est une véritable capitale et la Bavière, qui fut un Etat souverain, jusqu’à son adhésion à l’empire allemand en 1870, qui existait depuis la 8ème siècle) et l’attachement au catholicisme.

2/ Cette spécificité bavaroise se retrouve dans le parti qui y est continuellement au pouvoir : la CSU « Union chrétienne-sociale de Bavière » n’est pas une filiale des Chrétiens-Démocrates allemands d’Angela Merkel, mais un parti indépendant historiquement allié (seule la Bavière est dans ce cas).

Jusqu’à il y a peu, cette indépendance pouvait paraitre théorique, tant la CDU et la CSU avaient le même fondement idéologique (le christianisme « social »), le même programme (le « libéralisme » économique et une orientation « européenne ») et le même destin politique (toujours associés au gouvernement ou ensemble dans l’opposition).

Les choses ont changé avec la vague migratoire de 2016 (un million de migrants entrés en Allemagne, en grande majorité musulmans) voulue par Madame Merkel et le patronat (qui, comme ailleurs, y trouve son compte en recrutant une main d’œuvre nouvelle peu exigeante et, surtout, en trouvant de nouveaux consommateurs au pouvoir d’achat gonflé par les allocations publiques payées par les impôts des classes moyennes). Les Bavarois se sont sentis submergés, ils ont considéré, à raison, que leurs mode de vie, leur identité et leur sécurité (l’essentiel de la délinquance vient des immigrés ; en dépit des efforts pour le cacher, en Allemagne comme ailleurs, la réalité saute aux yeux) étaient menacés. Première frappée, géographiquement (la, Bavière est la porte d ‘entrée en provenance des Balkans) et numériquement, la Bavière l’a fait savoir : la CSU a, pour la première fois, signifié son désaccord avec la politique du gouvernement auquel, pourtant, elle appartenait.

La réélection très difficile de Madame Merkel en 2017 s’est traduite par la constitution d’un gouvernement hétéroclite, avec le parti de la chancelière, les socio-démocrates du SPD et la CSU bavaroise (l’opposition, hétéroclite aussi, est formée de « die Linke » (comparable au parti de Mélenchon) et de l’ « AfD » (« Alternative pour l’Allemagne », hostile tant à l’invasion migratoire qu’à l’Union européenne).

Dans cette coalition, la CSU ne s’est pas contentée d’un strapontin puisque Horst Seehofer, chef de la CSU et « ministre-président » (c’est-à-dire chef de l’exécutif) bavarois, y est le ministre de l’intérieur. Le désaccord de Seehofer avec Merkel a pris une tournure spectaculaire à l’été 2018 lorsque le ministre a menacé publiquement de fermer les frontières à l’immigration en dépit de l’opposition de la chancelière.

3/ Il n’empêche que cette attitude, même si elle correspond au sentiment majoritaire en Bavière (et sans doute ailleurs) a été mal comprise, nombre de Bavarois reprochant au ministre de rester néanmoins au sein du gouvernement.

Cela explique le revers électoral relatif de la CSU du 14 octobre puisque l’Union Chrétienne Sociale de Bavière n’obtient « que » 37,3% des voix (et à peu près autant des sièges répartis à la proportionnelle avec double vote, par circonscription et par liste, le premier étant corrigé en proportion des voix obtenues, avec un minimum de 5%), ce qui serait enviable partout ailleurs, mais en forte baisse par rapport à 2013 quand la CSU avait, comme d’habitude, près de la moitié des voix.

4/ A qui profite le recul relatif de la CSU ?

Derrière, aucun parti n’atteint 20%

Les Verts semblent les grands gagnants puisqu’ils totalisent 17,6%, en hausse de près de 9 points. Mais cette hausse est parallèle à l’effondrement du SPD (socio-démocrates) qui passe de 20,7% à 9,8%. Nos « européistes » du « politiquement correct », dont la quasi-totalité des médias sont les porte-voix, se satisfont de ce résultat objectivement médiocre. Ils y voient l’ « effondrement » des anti-migrants au pouvoir à Munich qu’ils présentent comme quasiment battus par les bons « écolos », à la fois « gentils et généreux » pro-migrants et « Européens convaincus ».

La réalité est pourtant (mais les médias passent vite sur les chiffres, que, souvent ils ne citent même pas) que la CSU fait deux fois plus de voix que les Verts. La gauche, dans son ensemble, stagne : SPD + Verts à moins de 30% Même les « mélenchonistes » de « die Linke » n’arrive pas à décoller : elle fait 3,2% et n’obtient aucun élu (minimum 5%). Ce faible score (habituel en Bavière) tient à la fois à l’ancrage très catholique de la Bavière, à sa prospérité économique (il y, certes, aussi, des pauvres mais peu) et à la faible implantation locale de die Linke (qui fait ses meilleurs résultats en Allemagne de l’Est, où les anciens communistes se reportent sur elle, et en Allemagne du Nord, plus laïque ou plus protestante, qui vote traditionnellement à gauche.

5/ La véritable poussée est celle des souverainistes (que nos médias s’obstinent à appeler « populistes », ce qui, finalement peut être revendiqué puisqu’ils représentent le peuple) ou « identitaires ». En Bavière, deux partis entrent dans cette catégorie : l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), qui a axé sa campagne sur le danger migratoire, l’incompatibilité de l’islam avec les valeurs de la Bavière et la critique de l’Union européenne, et les FW, les « Electeurs libres », un parti qui n’a pas d’équivalent ailleurs, et qui défend les valeurs spécifiques de la Bavière.

L’AfD (parti récent) obtient 10,2% (il n’existait pas encore en 2013) et les FW 11,6% (près de 3 points de plus que la dernière fois). Ceux qui disent ou écrivent que les « populistes » ne font « que » 10%, sous-entendant que les « anti-immigrations » et « anti Europe » subissent un « échec » ou un « arrêt », prennent leurs désirs pour des réalités : le vote directement « populiste » atteint 20% et, si on y ajoute les « quasi-populistes » (ou « populistes » bis) de la CSU, on a une majorité absolue.

A bon entendeur, salut !

6/ La CSU n’aura aucun mal à former une majorité. Elle gouvernera probablement avec les « Electeurs Libres » et avec les Libéraux (centre, qui, en arrivant cette fois à 5,1%, franchissent la barre et obtiennent des députés).

7/ Ce vote bavarois n’est pas totalement transposable ailleurs en Allemagne et à l’étranger compte tenu des spécificités locales mais il donne néanmoins une idée des tendances lourdes constatables presque partout en Europe :

- « Poussée » des souverainistes qui devraient réaliser un très bon score aux élections européennes de 2019.

- Effacement de la gauche social-démocrate remplacée par le vote Vert : les élections municipales de dimanche dernier en Belgique sont allées dans ce sens. Ce transfert de voix s’explique à la fois par le discrédit qui frappe la gauche social-démocrate partout en Europe (ses électeurs traditionnels sont déroutés par ce qu’ils nomment souvent la « trahison » de formations devenues des partis de « bobos » qui ont abandonné tout programme de gauche en se ralliant avec armes et bagages au capitalisme le plus arrogant et le plus injuste – voyez, par exemple, le mandat de Hollande ou la participation du SPD au gouvernement de Merkel- , ce qui électoralement signe leur arrêt de mort) et la montée des craintes en rapport avec le réchauffement climatique.

- montée aussi, ce qu’on ne voit pas en Bavière mais qui est fréquent ailleurs, du « populisme de gauche » : Mélenchon en France, Podemos en Espagne, Cinq Etoiles en Italie.

Lorsque les « populismes » de droite et de gauche se rejoignent cela peut donner des majorités de gouvernement : en Italie, mais aussi en Hongrie, en Tchéquie ou en Russie par exemple où le vote est à la fois identitaire et « communo-nostalgique ».

Ce phénomène « populiste » ou « souverainiste » ou « identitaire » se cherche encore (on n’a pas même pas encore trouvé un nom commun). Il est encore divers selon les pays et il aura en conséquence encore besoin de « murir ».

Mais on trouve d’ores et déjà des caractères communs en formation qui correspondent plus ou moins au ressenti, pas toujours exprimé, des peuples : assez des gouvernements des « élites » auto-proclamées qui nient les identités nationales et locales au profit d’une mondialisation sans âme qui se concrétise sur notre continent par l’aberration de l’Union européenne, attachement à nos valeurs, celles qui ont fait les nations et qui sont communes à l’ensemble de l’Europe : valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, un slogan en France mais une aspiration partout, attachement aussi à nos racines chrétiennes (même lorsqu’on est athée) et « blanches » (les Noirs sont les bienvenus chez nous, mais à condition qu’ils acceptent de vivre comme les Européens, pas comme en Afrique ; dire ceci n’est pas être « raciste » ou « islamophobe » ou je ne sais quoi encore : j’apprécie personnellement les valeurs de l’Afrique, mais en Afrique, pas en Europe, et, corollaire, je ne veux en aucun cas imposer les valeurs de l’Europe à l’Afrique ; je n’ai rien contre les musulmans mais je ne veux pas d’islam en Europe et je ne veux pas que mon pays soit « multiculturel », sauf s’agissant des langues et cultures régionales auxquelles je suis attachés parce qu’elles contribuent à notre identité).

Tout ne mérite peut-être pas d’être retenu de ceux qu’on nomme « populistes » et les électeurs, évidemment, n’ont pas toujours forcément raison, mais, à tout le moins, serait-il  utile de voir ce qu’ils proposent plutôt que de les rejeter à priori.  

En Allemagne ou en Scandinavie par exemple, un débat existe sur les thèmes que j’ai mentionnés (il y en a d’autres, comme la pertinence de l’euro, le rôle de l’Etat dans l’économie ou le protectionnisme économique) plus haut. En France, c’est encore un sujet largement tabou. On en est encore à parler de « jeunes des quartiers » là où il faudrait dénoncer la délinquance maghrébine et l’islamisme. Nous sommes quasiment les derniers en Europe. Il serait temps de commencer plutôt que de se renvoyer à la figure des mots en « isme » ou en « phobe » qui figent ce qui n’est même pas un début de débat au lieu de le lancer et de le faire progresser.

Pourtant, les réalités sont là. Incontournables.

En Bavière et ailleurs/.

Yves Barelli, 17 octobre 2018                                              

                                        

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 23:54

Le « sommet » franco-allemand qui vient de se tenir le 19 juin près de Berlin, avait quelque chose de pathétique et de ridicule : plus l’Union européenne échoue et donne la preuve de son inutilité, pis, de sa nuisibilité, plus on en veut. Le remède est mauvais ? Au lieu d’en changer, on veut augmenter la dose ! Le malade pourra alors mourir « guéri ».  

Et pendant ce temps, l’Europe, collectivement (mais existe-t-elle autrement que négativement pour ses Etats?) et, individuellement chacun de ses pays, sont de plus en plus absents de la scène internationale. Entravés par des politiques économiques « européennes » paralysantes, frappés, sans aucune réflexion sur le problème et la manière de le résoudre, par l’afflux incontrôlé de migrants qui ne cherchent plus à s’assimiler (et s’assimiler à quoi ? On ne leur propose comme nouvelle « patrie » que des « critères » théoriques et absurdes de Maastricht !), les Etats de l’Union européenne sombrent, chacun, dans la crise.

Les peuples ne veulent plus de ce système. Ils aspirent à davantage d’identité et de sécurité, davantage de démocratie (que leurs soit disant élites mondialisées leur refusent). Leurs réponses sont encore parcellaires, hésitantes, mal coordonnées, mais il y a un espoir de vrai changement. La route sera néanmoins longue. Du chaos naitra-t-il un nouveau système ? Espérons-le, tout en reconnaissant que cet espoir aura du mal à se concrétiser.

1/ La « construction » européenne repose sur des fictions parmi lesquelles le « couple » franco-allemand est une vieille rengaine inlassablement ressassées qui a la vie dure. Ce « couple » fonctionne sur une illusion (pour les naïfs), sur une mystification (pour les calculateurs) et surtout sur une ambiguïté qui remonte à l’immédiat après-seconde guerre mondiale : les Français croyaient pouvoir diriger l’Europe en faisant travailler les Allemands pour eux (sur le tandem, la France au guidon et l’Allemagne aux pédales) et les Allemands, conscients que les effets de la guerre n’ont pas encore disparu (ils savent qu’ils continent à faire peur, et en premier lieu à eux-mêmes), ont cherché à faire passer leur « leadership » européen pour une « direction » franco-allemande.

Mais ce « couple » ne fait plus illusion. En acceptant des règles du jeu allemandes (une Europe « tout « économique », donc allemande, alors que la force de la France résidait dans le politique, le militaire et le culturel), les Français se sont condamnés à se mettre à la remorque de Berlin (et, n’ayant plus les moyens d’une politique qui se veut encore mondiale, à la remorque de Washington pour leurs interventions extérieures). Ils ont toutefois réussi (Mitterrand en son temps, parce que, désormais, ses successeurs sont devenus incapables d’imposer quoi que ce soit) à faire accepter par les Allemands la monnaie commune dont ils ne voulaient pas (le « mark » se suffisait à lui-même) et toutes les contraintes budgétaires qui vont avec (l’euro, monnaie artificielle, ne peut tenir sur le long terme qu’à coups de renflouements périodiques au grès des crises successives ; cela coûte cher, et les Allemands commencent à en avoir assez de payer pour les autres).

Désormais, tout le monde est entravé par des politiques « communes » dont on ne saisit même plus l’objet et la logique et qui, en définitive, ne profitent plus à personne.

2/ Comme d’habitude, quand on est incapable d’avancer par une politique cohérente, on invente des « gadgets » pour donner l’illusion du mouvement. Ainsi, hier dans une conférence de presse pathétique, tant elle était éloignée des réalités, Macron et Merkel (surtout le premier, Merkel, embourbée dans ses problèmes intérieurs, est restée plus discrète) ont annoncé la création d’un « budget » de la zone euro, c’est-à-dire des dépenses et des recettes spécialement affectées à des projets communs. Mais lesquels ? Incapables de le dire ? Pour quel montant ? On en discutera avec les partenaires. Bref, encore une idée sans aucune portée sur laquelle il n’y a pas vraiment d’accord. Mais, comme d’habitude, on fait semblant de s’accorder. En fait sur rien sauf sur l’illusion d’avancer ensemble.

Ce « budget » de la zone euro va s’ajouter à la déjà longue liste de gadgets coûteux et inutiles que plus personne n’est capable de comprendre. Un exemple dans un domaine qui est le mien : il existe une « ministre » des affaires étrangères européenne, des « ambassadeurs » de l’UE un peu partout, une « diplomatie » européenne formée de diplomates des pays européens détachés auprès de l’UE. Tout le monde sait que tout cela ne sert strictement à rien. Notre « ministre » européenne participe à toutes les réunions internationales où elle fait de la figuration. Quand elle parle, c’est soit pour faire le perroquet en s’alignant sur les Etats-Unis (quand il s’agit de « taper » sur Poutine ou sur Assad, elle est toujours disponible), soit pour sortir des phrases creuses (on est tous, évidement  pour la paix, pour les droits de l’homme, pour le progrès et pour l’amitié entre les peuples). Mais rien de consistant et rien de concret : logique, puisque l’Europe n’est pas un Etat et qu’elle n’a pas de politique étrangère (j’ai participé pendant trente ans à des réunions d’ambassadeurs des pays de l’UE un peu partout : après des heures de palabres, on arrivait, par exemple à New-York, à des explications de vote communes là où certains votaient oui, d’autres non et d’autres s’abstenaient. Intéressant, non ? Utile ? Je vous laisse juge. Coûteux, certainement : les « ambassades » de l’UE ont beaucoup plus de moyens, grâce à nos contributions, en hommes, voitures et matériels que n’importe quelle ambassade, les vraies, des pays membres, et dans les pays concernés, les autochtones nous demandent à quoi tout cela sert. Réponse : à rien). Je suis allé visiter une fois à Strasbourg le « bataillon » militaire franco-allemand, esquisse d’une armée européenne qui n’existera jamais. Pathétique ! Un théâtre d’ombres. 

Outre ce « budget » de la zone euro, Merkel et Macron ont aussi annoncé un lancement problématique d’une étude pour envisager de construire ensemble un char d’assaut et un avion de combat. Lesquels, quand, comment ? A vrai dire, tout le monde s’en fout. L’important n’est pas de faire ensemble (souvent jamais) mais d’annoncer qu’on va le faire. Tout sommet franco-allemand doit se terminer par des annonces. Alors, allons-y pour le char ou l’avion. La prochaine fois, on trouvera autre chose (à titre d’exemple, lorsque j’étais en poste en Pologne, on avait annoncé la création d’un centre culturel franco-allemand à Varsovie. Mais, en fait, ni les Polonais, ni les Français ni les Allemands n’en voulaient vraiment).

Ces gesticulations coûteuses se résument en un mot : la fuite en avant.

3/ Mais la vacuité du « projet » européen saute maintenant aux yeux de beaucoup. Il y en a encore beaucoup d’autres, certes, qui continuent à y croire. Certains par idéal, d’autres par simple habitude. J’en connais. Ils parlent d’une Europe idéale et idéalisée comme d’autres parlent du « Messie » qui viendra à la fin des temps sauver l’humanité. Je laisse les européistes à leur croyance. Ouvriront-ils un jour les yeux ? Les plus lucides se contentent de faire semblant d’y croire encore pour ne pas reconnaitre qu’ils s’étaient fourvoyés. Nos politiques, à commencer par Macron, et nos médias porte-voix du « système » qui continuent encore et encore à persévérer dans cette « construction » qui va droit dans le mur, et qui viennent, imperturbables, le répéter à la télévision, je les trouve personnellement pitoyables.

Il est vrai que mettre en avant « la » solution « nécessaire » européenne, c’est très pratique lorsqu’on est incapable de proposer quelque chose de cohérent. Répondre au défit migratoire ? L’Europe. Traiter le terrorisme ? L’Europe. Avoir un système de GPS indépendant de celui des Etats-Unis ? L’Europe. Et quand il fait trop froid en hiver ou trop chand en été, comme disait le général de Gaulle, ils sautent sur leur chaise comme des cabris en s’écriant « Europe, Europe, Europe ! ». Leur Europe, c’est une religion. Mais moi, je suis agnostique.   

Mais quelle Europe ? Et y a-t-il une Europe capable de faire autre chose que de préconiser les privatisations des services publics nationaux et de professer une autre philosophie économique que toujours plus de concurrence (ce qui par dogmatisme empêche des regroupements d’entreprises européennes au nom de la concurrence, alpha et oméga des politiques bruxelloises, acceptées, il faut le dire, par dogmatisme ou lâcheté, par les gouvernements)  et autre chose que toujours plus d’ouverture ?

Ma réponse est non. L’Union européenne ne peut être le cadre approprié pour trouver les réponses aux problèmes de notre continent. Pis, par son existence et son fonctionnement, elle empêche que soient trouvées les solutions dans d’autres cadres.

Or ces autres cadres existent. Ils s’appellent les cadres nationaux (ceux qui disent que la France, par exemple, est désormais trop petite pour avoir une politique nationale sont des ignorants ou des menteurs. Des pays bien plus petits dans le monde y parviennent. Exemple : la petite Corée ou la petite Suisse. Il y en a d’autres) et les coopérations bilatérales ou entre un petit nombre de pays (Airbus ou Ariane ont été fait avec une poignée de pays et en dehors de l’UE ; c’est pour cela que ça marche ; croire qu’en l’absence d’UE, ce serait la jungle est faux : des tas d’accords bilatéraux régissent les relations entre pays européens ; à titre d’exemple, les aéroports de Genève et de Bâle sont franco-suisses et ils fonctionnent très bien et bien mieux qu’en mettant en œuvre la bureaucratie bruxelloise compliquée, paralysante et coûteuse).

J’en suis personnellement venu à cette conclusion : l’Union européenne est irréformable. Elle est devenue un monstre et un carcan nuisible. Plus vite on y mettra fin, mieux on se portera. Et il est urgent de le faire car le temps commence à presser : l’Europe est déjà fortement engagée sur la voie du déclin. On peut encore la redresser, mais il faut se dépêcher et l’étape numéro un du redressement s’appelle « dissolution de l’UE ». On pourra alors organiser la coopération entre les pays européens sur des bases plus réalistes, plus saines et plus efficaces.

Je constate avec satisfaction que je suis loin d’être le seul à penser ainsi. Mais sans doute faudrait-il que nous soyons encore plus nombreux.

4/ La vérité est que de plus en plus d’esprits lucides reconnaissent que l’UE actuelle nous mène droit au mur. Le diagnostic est même en passe d’être à peu près unanimement partagé. Mais il n’y a pas encore unanimité sur les remèdes. Certains croient encore à une réforme du système pour lui permettre enfin de fonctionner. D’autres, comme moi, souhaitent passer à l’étape suivante : au-delà de la défunte UE.

L’idée de la fin de l’UE progresse. Mais il y a un jeu de poker menteur.

Certains pays restent dans l’UE par commodité parce qu’ils estiment que, l’un dans l’autre, il vaut mieux être dedans que dehors, mais ils font ce qu’ils veulent. C’est le cas de la plupart des pays d’Europe centrale qui sont désormais dans une situation confortable : il y a encore quelques mois, on parlait de sanctions contre la Pologne, accusée d’avoir adopté des lois contraires aux « valeurs » de l’UE. Désormais, on ne dit plus rien pour la bonne raison qu’on n’est plus en position de le faire.

Et puis il y a le plus gros des pays de l’UE, l’Allemagne. Nombre d’Allemands, peut-être une majorité, estiment que désormais l’UE ne leur sert plus à rien. Pis, qu’elle est contraire à leur intérêt national : leur pays a un excédent commercial, sa monnaie était autrefois forte, l’Allemagne paye pour les autres, c’est-à-dire pour le « club Med », ces pays du Sud incapables à leurs yeux de bien gérer l’économie. Les Allemands se rêvent de plus en plus en  une super-Suisse, ce pays indépendant parce que hors UE qui s’en tire très bien, preuve vivante que ça marche mieux en dehors que dedans (la Norvège est un autre exemple).

Les Allemands n’osent pas encore dire tout haut ce qu’ils pensent. Mais ils ne sont pas loin de franchir le pas.

5/ Je crois que l’UE va tomber sur la question migratoire. Parce qu’elle ne pourra pas trouver une solution « européenne ». Et parce que les peuples n’en veulent plus.

Les pays européens qui passent au « populisme » seront bientôt majoritaires : la plupart des anciens pays communistes. Mais aussi l’Autriche, la Finlande, le Danemark (on s’attend à ce que la Suède franchisse à son tour le pas) et surtout l’Italie.

Il est trop tôt pour dire si le gouvernement italien va réussir ou non. S’il échoue, les « européistes » auront encore quelques beaux jours devant eux. Mais s’il réussit, un « modèle » sera né.

Plus intéressant encore est ce qui se passe en Allemagne. Madame Merkel y est déjà affaiblie. Sa coalition est menacée d’explosion. Pas par sa gauche (là comme ailleurs, les socialistes, qui n’ont plus rien à proposer et dont la capacité de réflexion est devenue proche de zéro, se sont ralliés pieds et poings liés au système capitaliste mondialisé qu’ils prétendaient encore combattre il n’y a pas si longtemps) mais par sa droite : la CSU, parti conservateur bavarois, est en passe de rompre avec la CDU, le parti de Merkel ; son leader est le ministre de l’intérieur ; il a lancé un ultimatum à la chancelière pour qu’elle ferme les frontières. Peut-être qu’un compromis sera trouvé, mais il ne sera ni à l’avantage de la chancelière ni durable. Par ailleurs, l’AFD, parti qui conteste plus radicalement le système, progresse.

La France de Macron et l’Espagne de Sanchez, ce social-démocrate revenu presque miraculeusement (et provisoirement) au pouvoir parce que la droite en a été éjectée pour cause de corruption à grande échelle, seront bientôt les derniers à défendre encore envers et contre tout cette mythique « construction » européenne.

Macron est arrivé au pouvoir un peu par effraction. Sa chance est que son opposition est fragmentée. Par dogmatisme ou habitude, la gauche « populiste » (Mélenchon) refuse même de parler à la droite « populiste » (Le Pen) alors que leurs équivalents italiens sont dans le même gouvernement. Pis, la droite classique refuse, elle aussi, d’envisager une alliance avec le Rassemblement National de Marine Le Pen en dépit du souhait d’une partie importante de la base. L’union viendra peut-être un jour. Des gens comme Nicolas Dupont-Aignant y travaillent. Mais ce n’est pas encore mûr.

Il y a un peu partout (même si en France c’est plus compliqué et en Espagne encore hors de question) une aspiration de plus en plus forte des peuples à ce que les médias nomment péjorativement le « populisme » (ce qui en dit long, finalement, sur leur haine du peuple), mot que personnellement je revendique comme une notion positive.

Ce populisme, ce n’est pas « la peur de l’autre », comme les tenants du système disent, mais, au contraire une aspiration à quelque chose de fort et de positif et qui peut se résumer dans le triptyque « identité, sécurité, solidarité ».

J’ai eu l’occasion d’aborder un peu marginalement ce thème dans plusieurs articles de ce blog. Je me propose d’y revenir plus en détails le moment venu.

En attendant, je vous encourage à suivre l’actualité. Notre monde évolue plus vite que ce qu’on pensait il y a peu. Une nouvelle idéologie basée sur le « populisme » émerge de ci de là. Les initiatives sont encore dispersées. Les solutions qui s’esquissent manquent parfois de cohérence. Tout n’est pas nécessairement bon à prendre et sans doute faudra-t-il faire un tri. Mais n’écoutez pas les médias dans leurs appréciations débiles et leurs critiques souvent malhonnêtes. Suivez avec un regard neuf ce que disent Poutine, Trump, Orban ou Salvini. Tout n’est pas peut-être pas à retenir. Mais je crois que nous devrions nous inspirer au moins d’une partie de leurs solutions.

Ils ont en tout cas le mérite, d’abord de poser les vrais problèmes (notre « politiquement correct » refuse de le faire) et ensuite de proposer des solutions.

Cela tranche avec les inepties éculées encore ressassées par Macron et Merkel le 19 juin./.

Yves Barelli, 20 juin 2018                                                                                    

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 13:58

Le capitalisme européiste et mondialisé qui nous gouverne et nous opprime a une conception très particulière de la démocratie. Quand le peuple vote « bien », vive la démocratie ! Quand il se « trompe » (« trompé », évidemment, par les « démagogues » et les « populistes » ; les gens « raisonnables », donc qui soutiennent le « système », eux, c’est bien connu, ne se trompent jamais !), tel un enfant irresponsable, on le « réprimande », dans son « intérêt », bien sûr (comme les radars « pour notre sécurité »), c’est-à-dire qu’on ne tient pas compte de son vote. Et, si cela ne suffit pas, on fait jouer tout l’arsenal à la disposition du « système » : matraquage médiatique, agitation des « marchés » à la bourse et sur les taux d’intérêts, injonctions de l’Union européenne, voire de l’OTAN, du FMI et de toutes autres institutions du « système », enfin, tout l’arsenal juridique mis en place comme garde-fous pour se prémunir contre le changement.  

Ce qui se passe en Italie corrobore, jusqu’à la caricature, ce qui précède.

Les électeurs italiens ont balayé le 4 mars (voir mon article du 7 mars sur ce blog : « élections italiennes ; un message clair ») les partis du « système » qui gouvernaient le pays avec l’appui de l’Union européenne (qui impose depuis des années l’austérité à la péninsule).

Les deux partis antisystème qui ont gagné les élections, le « Mouvement Cinq Etoiles » et la « Ligue », ont adopté conjointement un programme de gouvernement qui prévoit notamment des mesures fortes contre l’immigration et une politique économique et sociale qui se démarque des injonctions de l’UE, contraires à l’intérêt national italien (l’économie italienne souffre beaucoup de l’euro) et se sont mis d’accord pour confier le gouvernement à une personnalité hors partis, Giuseppe Conte, un universitaire.

La constitution italienne est celle, typique, d’une démocratie parlementaire dont l’exécutif est dirigé par le chef de gouvernement, émanation de la majorité parlementaire, donc du vote populaire.

Le rôle du président de la république est d’être le garant des institutions. Le président italien est élu pour 7 ans par un collège électoral formé des députés, des sénateurs et de 58 représentants des conseils régionaux. Donc pas directement par le peuple. C’est lui qui, formellement, nomme le gouvernement et les hauts fonctionnaires, promulgue les lois et peut dissoudre la Chambre des Députés. Il est chargé de vérifier que tout se passe dans les formes constitutionnelles et légales. Un peu comme un notaire qui vérifie la véracité et la bonne forme d’un testament ou d’un acte de vente sans pouvoir s’y opposer pour un motif extravagant que la personnalité de l’héritier ou de l’acheteur ne lui conviendrait pas. En régime parlementaire, le président de la république (ou le roi dans les monarchies) doit se comporter comme le notaire de l’Etat.       

Le président de la république italienne, Sergio Mattarella (âgé de 78 ans, originaire de Sicile, en fonction depuis février 2015) a, de toute évidence, outrepassé ses prérogatives en refusant le gouvernement que lui soumettait, pour la forme, Giuseppe Conte (Mattarella avait dû, déjà, se faire un peu « prié » pour investir Conte). Son motif était clair : il (c’est-à-dire le « système ») ne voulait pas du ministre des finances proposé, Paolo Savona, parce que celui-ci est contre la politique imposée par Bruxelles et émet des réserves sur l’euro.

Voilà qui est fait et qui est dit : le « système » ne veut pas d’un gouvernement italien (mais cela risque d’être la même chose ailleurs) qui remet en cause la mainmise de l’Union européenne (donc du capitalisme mondialisé) sur les pays qui en sont membres.

Nous sommes donc dans un système de souveraineté limitée : nos nations peuvent encore prendre des décisions indépendantes sur des sujets secondaires (on a ainsi le droit d’abaisser en France la vitesse limite sur les routes ou, au contraire, en Allemagne de ne pas fixer de limite sur certaines autoroutes ; chacun a sa politique fiscale, dans certaines limites, et on peut encore statuer sur tout un tas de domaines, secondaires, répétons-le). En revanche, interdiction de toucher au cœur de l’essentiel : la monnaie, le budget, la concurrence et le soit disant « état de droit », qui se résume surtout au « droit » du système de se perpétuer, donc aux capitalistes de s’engraisser et au peuple de trimer.

Le président Mattarella va nommer un autre premier ministre (un ancien du FMI : vraiment, une caricature !) et un gouvernement formé de « techniciens », c’est-à-dire de ministres ayant la bénédiction du « système » et de l’UE. Autant mettre à la tête de l’Italie le président de la Commission européenne. Ce serait plus clair.  

Ce gouvernement ne pourra évidemment pas obtenir la confiance du parlement. Il devra donc y avoir de nouvelles élections. Par l’intimidation, le « système » espère que le peuple, qui s’est trompé en mars, va se « ressaisir ».

J’espère au contraire, et tout démocrate devrait être de cet avis, que les élections confirmeront et même amplifieront la majorité actuelle.

On ne peut pas se prétendre « démocrate » et refuser la véritable alternance politique. Si le choix doit se limiter entre une gauche « modérée », une droite « molle » ou, pis, un Macron ni à droite ni à gauche mais directement en dessous du « système » dont il reçoit les ordres, alors autant supprimer les élections et laisser notre « élite » autoproclamée (celle qui a l’argent) nous gouverner directement. Ce sera moins hypocrite.

Il est clair que si nous avions des médias libres, il devrait y avoir un tollé contre le coup d’état à apparence constitutionnelle du président italien.

Mais, hélas, nos médias nous ont déjà donné habitués aux émotions à géométrie variable : ils s’émeuvent face à la réélection de Maduro au Venezuela, face au « populisme » d’Orban ou de Poutine. En revanche, le déni démocratique en Catalogne, en Italie ou en Corse, cela ne les émeut pas. Pas plus que l’emprisonnement de Lula au Brésil à la suite d’un procès bidon.

On disait autrefois « vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Désormais on doit subir la même vérité des deux côtés des Pyrénées, des deux côtés des Alpes et des deux côtés de l’océan Atlantique.

Le système capitaliste européiste mondialisé est abject. A force de plier, les peuples en auront un jour assez et ils s’en débarrasseront. Avec des élections ou par tout autre moyen devenu légitime lorsque le choix électoral est interdit./.

Yves Barelli, 28 mai 2018                       

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 20:48

L’Irlande était l’un des trois seuls pays du continent européen (avec Malte et la Pologne) où l’avortement était interdit ou quasiment interdit (dérogation lorsque la vie de la mère était en danger). Ce ne sera bientôt plus le cas après la nette victoire (64,1%, avec une participation de 61%) du oui au référendum sur sa légalisation qui s’est tenu le 25 mai. Il faut se réjouir de cette avancée. Cela ne remet certes pas en cause l’attachement, respectable, des Irlandais aux racines chrétiennes de leur Nation (qui, dans son histoire, n’a survécu que par son encrage catholique), mais ils l’adaptent en le plaçant dans le cadre des valeurs de liberté et de tolérance (la possibilité d’avorter doit être un choix individuel que ceux qui sont contre, position respectable aussi, sont libres de ne pas faire). Après l’acceptation du divorce en 1995 (l’un des derniers pays européens à l’avoir fait), l’Irlande tend désormais à être un pays européen comme les autres. Reste à voir ce que sera effectivement la nouvelle législation sur l’IVG (libérale ou restrictive) et comment elle sera appliquée.

1/ L’Irlande reste un pays très catholique. Selon le recensement de 2016, 78,3% des Irlandais (république d’Irlande) se déclarent catholiques, 11,9% sont d’autres religions (surtout des immigrés protestants ou musulmans) et 9,8% sans religion. La pratique, même si elle a diminué, reste élevée (de l’ordre du tiers de pratique régulière – 90% jusque dans les années 1980 -, plus pour les grandes fêtes ; le baptême et le mariage religieux restent habituels).

La constitution irlandaise n’établit pas de religion officielle et précise que l’Etat ne peut financer aucun culte et que toute discrimination religieuse est interdite.

Toutefois, cette même constitution soumet la liberté religieuse à un impératif d’ « ordre et de moralité publics » et elle stipule que le blasphème est un délit. Elle stipule aussi que les principes de « justice et la charité » (ce dernier mot a une connotation chrétienne) doivent guider le législateur. Même si la référence au catholicisme, « religion de la majorité des Irlandais » a été supprimée en 1973, le président de la République doit continuer à prêter serment « devant Dieu ».

Le code civil, quant à lui, privilégie les liens du mariage dans la famille : les personnes vivant en union non maritale ont moins de droits que ceux qui sont mariés (le caractère traditionnel du mariage de type chrétien a toutefois été estompé par l’adoption par référendum en 2015 du mariage entre personnes de même sexe, ainsi que par l’établissement d’un PACS).

On peut donc résumer la situation en disant que l’Irlande est un pays laïc dans un environnement catholique privilégié.

Cet environnement catholique est particulièrement visible dans l’éducation (91% des écoles primaires et des lycées se déclarent d’ « orientation catholique » : leurs conseils d’administration sont placés sous le patronage des diocèses), dans les services de santé et dans les services sociaux.

2/ L’influence de l’Eglise catholique reste forte mais tend à décroitre. L’adoption successive des lois sur le divorce, le mariage « gay » et l’établissement d’une sorte de PACS ont incontestablement constitué des défaites pour l’Eglise. Cette fois, s’agissant de l’avortement, l’Eglise, pressentant probablement un combat perdu d’avance, a préféré rester plus discrète, laissant des associations se mettre en avant.

3/ L’évolution des esprits en Irlande est en conformité avec la tendance européenne. Seule la Pologne va à contre-courant (sa législation était libérale sous le communisme). Outre la Pologne, les régions de résistance à l’évolution concernent désormais surtout les Balkans, notamment la Grèce, et davantage les pays orthodoxes (la Russie a toutefois conservé la législation libérale communiste) que les catholiques et les protestants.

Selon un sondage Gallup (corroboré par les mesures d’ « Eurobaromètre » dans les pays de l’UE), la majorité des habitants du continent européen considèrent que les questions de religion sont « sans importance ». Beaucoup ont des difficultés à répondre quand on leur demande s’ils croient en Dieu. Nombre d’entre eux hésitent entre cette croyance et le sentiment qu’il « existe une forme d’esprit » au-dessus d’eux. Visiblement, beaucoup ne se posent même pas la question.

Il n’y a toutefois pas de sentiment « européen » unanime en matière de croyance.

Les situations sont contrastées. Seul un petit nombre de pays ont une religion chrétienne qu’on pourrait qualifier de  « militante », avec donc un lien fort entre religion et vie publique et même privée : Irlande, Pologne, Malte, Grèce, Arménie, Géorgie, Croatie. Seuls les 3 premiers avaient (ce ne sera bientôt plus le cas de l’Irlande) des législations sévères anti-avortement (le divorce est en revanche reconnu partout). La Pologne a une situation mixte (législation restrictive mais réalité des mœurs  libre). Les autres ont conservé les législations communistes libérales. C’est aussi le cas de la Grèce.

Dans d’autres pays, on peut dire que la religion est considérée comme constitutive de l’identité sans, en général, d’incidence très normative sur la vie publique et les mœurs : Espagne, Portugal, Italie, Lituanie, Slovaquie, Autriche pour les catholiques. En pays orthodoxe et luthérien, il y a un lien traditionnel entre la nation et la religion, revendiqué par une majorité des populations dans les Balkans. En Scandinavie, tradition luthérienne reconnue mais majorité de sans religion. Idem en Russie, Biélorussie et Ukraine (où l’adhésion populaire à la religion est un peu plus élevée) pour l’orthodoxie. La Bosnie est un cas particulier où les trois religions sont des phénomènes communautaires.

L’Allemagne et la Suisse sont partagées en trois groupes d’importance presque égale : catholiques, protestants et sans religion (ces derniers sont majoritaires en ex RDA). En Hongrie les catholiques ne sont que la moitié.

En France, Tchéquie (record du nombre d’athée : les deux-tiers), Pays-Bas, Estonie, Lettonie, Albanie, la religion a presque totalement disparu de la vie publique, l’appartenance religieuse étant devenue un phénomène minoritaire et privé. Les seuls problèmes religieux sont liés aux minorités musulmanes issues d’une immigration non assimilée ni même intégrée.

Dans le contexte mondial, on tend désormais à une opposition entre, d’une part, les continents américain et africain où la religion reste prégnante (ainsi, la plupart des pays d’Amérique latine continuent à interdire l’avortement), et l’Europe et l’Asie (large majorité de sans religion en Chine et Japon notamment) où l’influence de la religion est en moyenne marginale (le Moyen-Orient est une exception en Asie).

Pour nous en tenir à notre continent, l’évolution de l’Irlande atteste que, désormais, la religion chrétienne n’est plus un obstacle aux libertés individuelles et collectives des peuples. Elle demeure, en tout cas, même pour les incroyants, un élément de notre identité. La question religieuse nous a longtemps divisés. Ce n’est plus le cas. Raison de plus pour ne pas admettre de dérogation et encore moins d’ingérence dans notre vie publique de la part de la religion importée qu’est l’islam. C’est à lui de s’adapter à l’Europe et non le contraire./.    

Yves Barelli, 26 mai 2018       

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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 10:52

Les élections générales du 8 avril ont reconduit pour la troisième fois la large majorité qui soutient le chef du gouvernement hongrois. Cette nouvelle victoire, qui était attendue, conforte Viktor Orban dans sa posture de contre-modèle à la politique de l’Union européenne : non catégorique à l’immigration, mais aussi une action qui combine la valorisation de l’identité hongroise et une politique souverainiste interventionniste qui taxe les profits indus des intérêts économiques étrangers (qui s’étaient appropriés, comme ailleurs à l’Est, des pans entiers de l’économie hongroise lors du passage du communisme au capitalisme) et qui renationalise en partie l’économie pour en faire profiter les Hongrois. Cette politique s’oppose presque frontalement à la Commission de Bruxelles et à l’Allemagne qui l’inspire, mais celles-ci n’osent pas contraindre Budapest à rentrer dans le rang car non seulement l’adhésion populaire à Orban est massive, mais, en outre, la Hongrie fait corps avec ses partenaires du groupe de Visegrad (Pologne, Tchéquie, Slovaquie) et rencontre le soutien du nouveau gouvernement autrichien. Il n’est pas inintéressant de comprendre pourquoi les politiques souverainistes réussissent si bien à l’Est (Russie, avec laquelle la Hongrie a des liens amicaux étroits, comprise). Sans doute pourrait-on s’inspirer de recettes qui « marchent » ailleurs en Europe, à commencer par la France.

1/ La participation a été très forte (plusieurs points au-dessus de 2014) avec plus de 70% de votants. Système à un tour combinant élection directe par circonscription et proportionnelle au niveau national.

Le FIDESZ, parti de Viktor Orban, a obtenu 49,5% des voix et 133 sièges (sur les 199 du parlement monocaméral de Budapest, soit plus des deux-tiers des députés, majorité qualifiée requise pour décider, le cas échéant, d’une modification de la constitution), devançant ainsi largement le JOBBIC (nationaliste réputé par nos médias d’extrême-droite), 20% des voix et 34 sièges, et le Parti Socialiste (ex communiste), 12% et 20 sièges, le reste allant à divers partis en majorité de centre-gauche et « pro-européens ».

A quelques petites variations près, les résultats sont identiques à ceux de 2010 et 2014 : l’implantation de Viktor Orban et des idées qu’il incarne est donc devenue structurelle. Une telle constance est remarquable. On note que la forte mobilisation des électeurs n’a pas changé la donne. On remarque aussi qu’il n’y a pas usure du pouvoir. Visiblement, les Hongrois sont d’accord avec la politique menée et ne veulent pas en changer.

Une fois de plus, je veux féliciter l’encyclopédie en ligne wikipédia qui a publié les résultats complets dès qu’ils ont été connus. Je n’ai trouvé un tel professionnalisme dans aucun autre média français ou occidental. Je ne lis malheureusement pas le hongrois, ce qui me prive de sources plus directes.

Ce professionnalisme n’est pas celui de la plupart de nos médias, porte-voix d’un « système » qui a du mal à accepter les résultats électoraux, où que ce soit, quand ils ne leur plaisent pas. La correspondante de France-info à Budapest s’est ainsi crue obligée de faire état d’une « campagne à sens unique » et de « soupçons d’irrégularités » (dans le même temps, les leaders de l’opposition hongroise ont accepté leur défaite ; France-info est plus royaliste que le roi). Sa collègue de Moscou avait eu le même langage lors de la réélection triomphale de Vladimir Poutine. On attend dans le même temps en vain les commentaires de la chaine de service public (payée avec nos impôts) sur les dénis, eux réels, de démocratie au Brésil ou en Catalogne (Poutine et Orban sont « autoritaires » mais, un Rajoy qui envoie sa police pour empêcher les Catalans de voter et une dictature brésilienne qui jette un ancien président populaire en prison pour l’empêcher de se représenter, eux, c’est bien connu, ne font que défendre l’ « état de droit » (en fait, l’état du droit des oppresseurs : cet état, les Hongrois n’en veulent pas et ils ont raison).

Il est toujours intéressant d’affiner les résultats électoraux par région et catégorie socioprofessionnelle. Je n’ai pas ces informations mais, ayant entendu que le parti au pouvoir a fait un véritable « carton plein » dans les campagnes et les petites villes, j’en conclue que Budapest a du voter légèrement moins en faveur du pouvoir : c’est là qu’on trouve les quelques « bobos » anglophones européistes que doit probablement fréquenter la correspondante de France-info.             

2/ Quelques données sur la Hongrie pour mieux comprendre ce petit pays, mais à la grande histoire, d’Europe Centrale : 93 030 km2, 10 millions d’habitants, capitale Budapest (une ville magnifique), PIB de 150 Mds$, IDH de 0,83, soit un assez bon niveau (l’« indice de développement humain » combine niveau de vie, d’éducation et de santé, 1 serait un pays parfait et 0 le néant), industries variées, notamment métallurgie, chimie et construction automobile, bon niveau de la recherche et de l’éducation, société assez égalitaire (plus qu’en Europe occidentale), héritage de près de 50 ans de communisme.

Les Hongrois sont les descendants des migrations post-empire romain des Huns et autres peuples associés. Ils parlent une langue non-indo-européenne (comme les Finlandais et les Estoniens), donc très différente tant de l’allemand que des langues slaves parlées dans les pays voisins. La Hongrie a formé un royaume chrétien en l’an 1000 (Etienne 1er). Domination ottomane aux 16ème et 17ème siècles (ce qui explique peut-être que les Hongrois ne veulent plus revoir de musulmans sur leur sol). Association ensuite à l’Autriche dans le cadre de l’empire des Habsbourg (« Autriche-Hongrie » formalisée en 1847). Traité traumatisant de Trianon de 1920 (les 2/3 du territoire perdu et le tiers des magyarophones). Régime collaborationniste pendant la seconde guerre mondiale. Communisme en 1947, Insurrection (autre traumatisme), contre l’Union soviétique en 1956, politique libérale à partir de 1958 et sortie en douceur du communisme en 1989. Adhésion à l’OTAN en 1999 et à l’UE en 2004. La Hongrie est une démocratie parlementaire ; elle appartient à l’espace Schengen mais pas à la zone euro (monnaie : le forint). La Hongrie est un pays de tradition chrétienne avec 55% de catholiques, 20% de protestants calvinistes et 25% sans religion. Population magyare homogène. La seule minorité notable est celle des Roms (300 000). Il y a 3 millions de Hongrois dans les pays voisins.

3/ Le premier ministre, « homme fort » du pays, Viktar Orban, a 55 ans. Il est originaire du centre de la Hongrie. Ses parents, de classe moyenne, étaient des militants communistes. Orban a étudié le droit à Budapest et passé plusieurs mois à Oxford grâce à une bourse d’étude de la fondation George Soros (milliardaire américain d’origine hongroise qui a fait fortune dans la spéculation boursière, donc sans jamais rien produire, aujourd’hui opposant acharné au « populisme » de Budapest). Orban a dirigé l’opposition au régime communiste vers la fin de celui-ci, ce qui l’a propulsé jeune parmi les leaders de l’après-communisme. Son cheminement politique a été ensuite assez hésitant et erratique (ce qui a été fréquent à l’Est) : d’abord plutôt social-libéral, il s’est ensuite davantage attaché à la valorisation de l’identité hongroise, notamment ses racines chrétiennes (bien que, lui-même calviniste, il ne soit pas spécialement pratiquant) et la valorisation de son histoire nationale.                  

Orban a une première fois dirigé le gouvernement entre 1998 et 2002 (battu ensuite par les ex-communistes qui, convertis au « libéralisme » européiste, ont trahi les valeurs qu’ils étaient sensés incarner), puis à nouveau en 2010 (raz-de-marée électoral avec 52% des voix et plus des deux-tiers des députés, ce qui lui a permis de faire voter en 2011 une nouvelle constitution qui fait référence dans son préambule aux « racines chrétiennes » de la Hongrie, à son « histoire millénaire », mentionne le mariage « entre un homme et une femme », le droit à la vie « dès la conception » et l’accès à la citoyenneté hongroise pour les 3 millions des Magyars des pays frontaliers. A nouveau chef du gouvernement en 2014, avec une  majorité similaire des deux-tiers, reconduite, comme vu plus haut, aujourd’hui.

4/ Comment s’expliquent ces victoires répétées de Viktor Orban et la persistance du soutien populaire à son gouvernement ?               

Essentiellement pour trois raisons :

a/ Une vigoureuse et constante politique de refus de l’immigration, en particulier musulmane (pour Orban, « les musulmans sont un danger pour la civilisation européenne »). C’est l’aspect le plus connu parce que le plus spectaculaire de sa politique. En 2015, lors de la grande vague migratoire incontrôlée vers l’Allemagne à travers les Balkans en provenance de Turquie (vague organisée par les mafias de passeurs avec, hélas, la complicité de nombreuses ONG, y compris la Croix Rouge), le gouvernement hongrois n’a pas hésité à prendre quelques dispositions législatives ou règlementaires, érigeant notamment en délit passible de prison le franchissement illégal de la frontière. En quelques mois, les Hongrois ont rendu hermétique la frontière avec la Serbie et la Croatie en construisant une clôture de barbelés. Malgré les protestations et les mises en demeure de l’Union européenne, la Hongrie a persisté. Résultat : un succès total, les migrants illégaux ne se risquent plus désormais à entrer en Hongrie et les Hongrois ont la tranquillité. Pas nous, à Calais et ailleurs.

Dans cette affaire, la Hongrie n’a pas été isolée. Les quatre pays du « groupe de Visegrad » ont agi de concert en refusant collectivement de répondre aux injonctions de l’UE d’accueillir des quotas de migrants. Le groupe de Visegrad, du nom d’une jolie petite ville de Hongrie aux maisons colorées sur le Danube qui en fut la première capitale, est une coopération informelle initiée en 1991 par les quatre Etats d’Europe centrale ex communistes (Hongrie, Pologne, Tchéquie et Slovaquie) qui a perduré même après leur entrée dans l’UE. Symboliquement, cette coopération a un antécédent historique : la signature en 1335 à Visegrad d’un pacte entre les rois de Pologne, de Bohème et de Hongrie. Il faut toujours avoir l’histoire présente à l’esprit pour comprendre les pays et les peuples. Nos journalistes devraient prendre des cours.

b/ Une politique économique et sociale originale. C’est moins connu mais fort intéressant. Un commentateur l’a résumée ainsi : « Economiquement à gauche, culturellement à droite », ajoutant « Poutine en moins violent, Berlusconi en moins capitaliste ». Si ce n’est que je ne qualifie pas moi-même Poutine de « violent », pour le reste, elle me parait assez bien refléter la réalité (encore qu’on puisse se sentir de gauche en étant patriote et attaché à l’identité de son pays).

Orban a pris quelques mesures « libérales », comme un taux d’imposition sur le revenu fixé à 16% pour tous (dans ce pays où les PDG n’ont pas les salaires indécents de chez nous, c’est moins choquant).

Mais, en contrepoint, l’Etat se veut interventionniste. Il taxe notamment fortement les activités des entreprises étrangères lorsqu’elles ne vont pas dans l’intérêt national. Cela est populaire car ces entreprises ont profité des privatisations hâtives (sur les conseils, et même les injonctions, des Etats-Unis, de l’UE et du FMI) pour s’approprier à bon compte des pans entiers du patrimoine national (à titre d’exemple, le vignoble du « Tokay », fierté des Hongrois, est passé en partie, pour ses crus les plus rentables, aux mains des Français). Le gouvernement hongrois a, en outre, obligé les fournisseurs étrangers d’électricité et de téléphone, à baisser leurs tarifs, jugés excessifs. Par ailleurs, on a recréé des entreprises nationales qui avaient disparu lors du passage au capitalisme (un exemple parmi d’autres : les chèques restaurants avaient été accaparés par une entreprise française : on a créé une  entreprise nationale en lui conférant un monopole et on a écarté l’étrangère). Dans le secteur bancaire, on a fortement taxé les établissements à capitaux étrangers, de sorte que leur valeur boursière a sensiblement baissé, ce qui a permis de les nationaliser à bon compte. L’UE a crié à la spoliation, mais la véritable spoliation, c’était les privatisations-bidon de l’ère post-communiste (Poutine a fait la même chose en Russie). La Hongrie a repris ainsi le contrôle de plus de 50% du secteur bancaire. Autre pratique : dans les appels d’offre, les entreprises hongroises sont systématiquement avantagées, malgré les directives européennes.

Le chômage a drastiquement diminué (4% aujourd’hui) grâce à l’obligation faite aux chômeurs d’effectuer des travaux d’intérêt général (entretien des infrastructures, accompagnement des personnes âgées et des handicapées) payées à un niveau légèrement supérieur aux indemnités de chômage qu’ils touchaient auparavant. Cette mesure est fort populaire et la plupart des chômeurs, semble-t-il, n’y trouvent rien à redire : ils ont enfin l’impression d’être utiles à la société.

c/ Un « dialogue » musclé permanent avec l’Union européenne. Il montre que, même un petit pays peut sortir vainqueur d’un tel « dialogue ». Certains parlent de chantage. Peut-être. En tout cas un chantage utile au pays et à son peuple.

La Hongrie reçoit des « fonds structurels » européens importants. Ils assurent de l’ordre de 80% des investissements publics (routes, etc). La manière dont ils sont utilisés est très critiquée par la Commission (favoritisme, etc). D’une façon générale, l’UE a envisagé plusieurs fois de mettre à exécution ses menaces de rétorsion, telle la suspension du droit de vote dans les conseils européens. Les griefs sont nombreux (atteinte à l’état de droit, non-respect des règles de concurrence, détournements de fonds européens, en plus du refus de recevoir des immigrants illégaux).

Ces menaces n’ont jamais été suivies d’effets. Pourquoi? Il faudrait l’unanimité pour les appliquer. Les Polonais et les autres de Visegrad s’y opposeraient.

Mais ce n’est pas déterminant. La principale raison, je crois, est que l’application de mesures de rétorsion à l’encontre de Budapest, notamment la suppression des fonds structurels, risquerait d’être très préjudiciable à l’économie hongroise. Un effondrement hongrois pénaliserait directement les entreprises étrangères présentes en Hongrois et risquerait surtout d’avoir des effets domino sur l’économie allemande et, plus encore, car plus présente et plus petite, sur l’économie autrichienne. D’où la bienveillance de Berlin et de Vienne pour la Hongrie en dépit de menaces non crédibles. En outre, le nouveau gouvernement autrichien, « populiste » lui aussi, éprouve encore plus de sympathie envers ce pays frère de l’ex empire des Habsbourg (les deux pays ont, depuis la fin du communisme, et même avant, une coopération très étroite ; à titre d’exemple, ils ont plusieurs ambassades communes, facilitées par la connaissance presque générale de l’allemand chez les Hongrois. Autre exemple concret : plusieurs villes frontalières hongroises se sont spécialisées dans les soins médicaux et dentaires pour les Autrichiens).

Ainsi la Hongrie, cet « enfant terrible» de l’Europe, arrive à faire quasiment ce qu’elle veut dans cette Europe qui n’en peut mais. Elle se permet même le luxe d’avoir les meilleures relations avec Poutine, elle vient de commander à la Russie une centrale nucléaire pour 12 milliards de dollars (probablement en partie financée par l’Europe !) et elle refuse d’appliquer les sanctions européennes contre la Russie.                                   

 Résultat global : pas trop mauvais, semble-t-il. (Je veux faire preuve ici d’humilité : je connais assez bien la Hongrie pour y être allé souvent mais je n’y ai, aujourd’hui, aucun contact direct, indispensable pour apprécier de l’intérieur une situation. En outre, je ne parle pas hongrois, langue hermétique et les études disponibles à l’étranger sur le pays sont assez rares, et souvent biaisés par les préjugés idéologiques. Je ne prétends donc pas écrire sur la Hongrie avec la même expertise que je puis le faire pour les pays qui l’entourent que je connais en profondeur et dont je parle les langues).  Sur le papier, en tout cas, cela semble positif : croissance de 4% l’an et faible chômage. Les résultats électoraux confirment cette perception positive. Seul bémol : le forint a fortement baissé, ce qui est sans doute bon pour l’emploi en Hongrie, mais ce qui pénalise les voyages des Hongrois à l’étranger.

5/ En guise de conclusion : l’Union européenne est un carcan nuisible. Mais, si on le veut, on peut échapper à ses diktats. Si la petite Hongrie le fait, la France ne le pourrait-elle pas ? Oui, bien sûr. A condition de le vouloir. Ce n’est pas la tendance avec Macron.

A tout le moins, pourrait-on appliquer quelques bonnes idées, comme le travail des chômeurs. Deux ou trois départements français en ont eu la velléité il y a deux ans pour ceux qui reçoivent le RMI. Le Conseil d’Etat a estimé la mesure illégale car attentatoire à la liberté ! Mais une loi pourrait peut-être le rendre obligatoire. Et si le Conseil d’Etat ou le Conseil Constitutionnel persistaient à l’estimer contraire à la Constitution, c’est que notre pays aurait le goût du suicide. Alors, pour ceux qui ne veulent pas mourir, il resterait la solution de s’installer à Budapest ou à Moscou !

En attendant, laissez-moi me réjouir, avec l’élection hongroise, de cette nouvelle victoire « populiste ». Elle en laisse espérer d’autres. Les peuples ne sont pas nécessairement condamnés au déclin et à la démission./.

Yves Barelli, 8 avril 2018      

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