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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 16:32

En annonçant la sortie de la France de l’euro si elle était élue, Marine Le Pen a commis une erreur, utilisée avec mauvaise foi par ses adversaires. Cela lui a probablement coûté plusieurs millions de voix au premier tour. Elle a pourtant raison sur le fond, mais a eu tort de présenter les choses de cette manière. L’euro est une monnaie artificielle condamnée en tant que monnaie unique. Il ne s’agit pas d’en sortir. Il faut seulement constater avec nos partenaires que l’euro n’est pas viable sur le long terme et qu’il vaudrait mieux y mettre fin de concert, à froid, plutôt que d’attendre qu’une nouvelle crise, plus grave encore que les précédentes, précipite sa fin. La France, pays majeur de cette monnaie n’a pas à « sortir » de l’euro. Tout simplement parce que, si elle n’en veut plus, il n’y a plus d’euro, un peu comme une indivision patrimoniale ou une entreprise industrielle ou commerciale formée par des associés lorsque l’un de ses membres veut y mettre fin.

1/ La monnaie unique européenne, qui n’a pas encore vingt ans d’existence, a subi des crises récurrentes depuis sa fondation tout simplement parce qu’elle est la monnaie artificielle de pays à structures économiques profondément différentes et même antagonistes. En Europe, il y a un profil économique du « Nord » et un autre du « Sud ». Ce qui vaut pour l’Allemagne ne vaut pas, l’expérience le prouve, pour l’Italie, et réciproquement. C’est un fait que les promoteurs de l’euro, à Maastricht, savaient parfaitement mais ils se sont engagés dans l’aventure de l’euro avec la conviction que cela pousserait l’Union européenne au fédéralisme qu’ils souhaitaient.

Or, l’UE n’est pas un Etat fédéral, pour la simple raison que ni les peuples ni les gouvernements (même quand ils font semblant d’affirmer le contraire) n’en veulent. Comme le disait justement Hubert Védrine, la France et l’Allemagne ne sont pas le Dakota du Nord et le Dakota du Sud. Ce sont des pays avec des histoires, des cultures, des identités et des comportements économiques différents qui, chacun, défend ses intérêts propres. L’euro ne pourrait marcher que si nous nous fondions dans un même Etat fédéral avec un budget commun qui jouerait des péréquations entre pays, devenus régions, pauvres et riches, un peu comme les Hauts de Seine contribuent à la Lozère par le budget de l’Etat.

Or, le budget européen est minime au regard de la somme des budgets nationaux. Il n’y a pas d’Europe fédérale et il n’y en aura pas dans un avenir prévisible. Faire comme si elle existait est un leurre dangereux qui, tôt ou tard, fera éclater cette construction fragile, ne serait-ce que parce certains pays, comme la Grèce, ne peuvent suivre le train commun, ou parce que certains peuples, sans doute une majorité, diront tôt ou tard qu’ils n’en veulent plus. Pas seulement la France de Madame Le Pen. Sans doute aussi les Allemands, qui ont le sentiment qu’ils payent pour les autres, qui commencent à en avoir assez et qui ont la nostalgie de leur solide Deutsche Mark.

2/ Depuis une dizaine d’années, la périodicité des crises de l’euro s’est accélérée. Elles ont chaque fois été provisoirement réglées au cours de « sommets » dramatiques à coup de déboursements considérables. Voyez ce qu’ont coûté les crises grecques, jamais vraiment réglées, se contentant finalement d’accorder chaque fois un nouveau sursis à la Grèce et à l’euro. Et il y a eu aussi les crises portugaises, espagnoles, irlandaises, chypriotes, italiennes, et j’en passe. Tout le monde s’attend à ce que le système bancaire italien craque bientôt et soit la cause d’une crise systémique bien plus forte encore que les précédentes.

3/ Lorsque j’ai ouvert ce blog, c’était au cours de l’une de ces crises récurrentes de l’euro, en 2011. J’ai mis en ligne (28 et 29 septembre 2011) quatre articles successifs détaillés (j’en ai écrit d’autres depuis) collectivement intitulés : « L’euro est sauvé, jusqu’à quand ? Comment sortir d’une utopie dangereuse ». Le premier avait pour sous-titre « une crise systémique », le second « la faillite de la construction européenne », le troisième « des spécificités nationales niées » et le quatrième « construire un nouveau système monétaire européen ». J’y renvoie le lecteur intéressé. Ces articles n’ont pas pris une ride. Je pourrais les réécrire tels quels aujourd’hui.

Je ne suis pas le seul à être allé dans ce sens. La plupart des économistes sensés (il y en a !) et libres de leurs écrits (il n’y en a pas beaucoup car la plupart travaillent, et sont souvent grassement payés, pour des banques ou des organismes publics nationaux ou dépendant de l’UE) l’ont fait, notamment des prix Nobel.

L’idée centrale de ma réflexion (je constate à la fois avec satisfaction d’avoir été l’un des précurseurs, car peu s’exprimaient comme moi il y a six ans, et en même temps avec regret de ne pas être davantage lu et écouté et surtout que la plupart des gens préfèrent, lorsqu’on leur annonce de mauvaises nouvelles, ne pas écouter et faire comme l’autruche, mettre la tête dans le sable et ne pas voir. Jusqu’au moment, hélas, où la réalité les rattrape. Nombre de malades font ainsi : ils attendent d’être très atteints pour commencer à se soigner, parfois trop tard) est maintenant partagée par beaucoup. Marine Le Pen l’a compris et elle a eu le courage de le dire, malheureusement de façon maladroite.

Cette idée centrale est qu’il est illusoire de vouloir conserver indéfiniment une parité monétaire qui ne concorde pas avec les possibilités de l’économie. De tous temps et dans tous les pays, on a procédé à des ajustements monétaires lorsque c’était nécessaire. La monnaie est le reflet de l’économie, pas un don du ciel révélé pour l’éternité. Dans la période récente, les Etats-Unis, le Japon, la Chine, la Grande Bretagne, la Suisse, pour s’en tenir à de grands pays (la Suisse l’est par son économie et sa monnaie) développés, ont ajusté leurs parités. La banque centrale européenne l’a fait aussi, mais de façon limitée, pour deux raisons. La première est que sa mission majeure est de conserver la valeur de l’euro et de lutter contre l’inflation, pas d’œuvrer pour permettre à l’économie de mieux fonctionner. La deuxième est que, quand bien même voudrait-elle améliorer l’économie (ce qu’elle souhaite aussi, évidement), sa marge de manœuvre serait fort limitée car certains pays-membres auraient intérêt à ce qu’on dévalue l’euro et d’autres, au contraire, à ce qu’on le réévalue.

Dans l’un de mes articles, écrits en plein Tour de France cycliste, j’avais pris la comparaison d’un peloton cycliste montant le col du Galibier auquel on imposerait, pour tous les coureurs, d’avoir un seul développement (les « vitesses ») de ses roues. Pour les plus forts, avec un développement moyen, ils doivent pédaler dans le vide. Un pignon plus petit leur permettrait d’aller plus vite avec moins d’efforts car chaque coup de pédale permettrait de faire plus de mètres. Mais pour cela, encore faut-il avoir les mollets qui permettent de donner ces coups de pédale. Tous ceux qui ont fait du vélo me comprennent. En revanche, il en est dans le peloton de plus faibles qui aimeraient passer sur un pignon plus gros parce que, avec le rapport imposé, ils n’y arrivent plus. Certains ne vont pas tarder à abandonner, épuisés.

Le fort, c’est l’allemand, le largué le grec, le quasi-largué l’italien. Quant au français, il arrive encore à peu près à suivre mais il en paye le prix (pour le cycliste qui fournit plus d’efforts que raison, le prix à payer est qu’il risque de ne pouvoir monter le prochain col ; pour l’économie, le prix à payer c’est trop d’austérité et des délocalisations).

Toute économie qui est devenue trop peu compétitive a besoin d’une dévaluation de la monnaie et, au contraire, celle qui l’est trop, doit réévaluer (une monnaie trop faible peut être un inconvénient comme la monnaie trop forte, mais pas le même, car, avec une monnaie plus forte, on peut gagner plus : si on augmente le prix des BMW sur le marché chinois, les riches qui les achètent continueront à les acheter ; la Suisse qui a récemment réévalué, a continué à exporter parce que ses produits sont appréciés et les acheteurs acceptent de payer plus cher pour conserver la qualité. Par contre, si je vends du bas de gamme, je suis pénalisé par une monnaie forte). 

La dévaluation se traduit par une perte de valeur de la monnaie, pas interne mais par rapport aux autres. Cela se traduit, pour les produits importés, par un renchérissement et pour les produits exportés par une baisse de prix sur les marchés étrangers. On peut donc viser plus d’exportations et moins d’importations. Mais une dévaluation ne marche pas à tous les coups. Il y faut plusieurs conditions : une maitrise des prix (si le commerçant ou l’industriel profite du changement de parité pour augmenter sa marge à court terme plutôt que d’en tirer le bénéfice à plus long terme, ça ne sert à rien. Si le pays n’est pas capable d’augmenter sa production pour exporter davantage en profitant des marchés qui s’ouvrent à lui grâce à sa meilleure compétitivité, cela ne sert à rien non plus. Et si le pays n’est pas capable d’exporter plus tout en étant dépendant d’importations (désormais plus chères) qu’il ne peut réduire (le pétrole, par exemple), le résultat peut même être catastrophique. La dévaluation n’est donc pas la panacée universelle. Si c’était le cas, on dévaluerait sans arrêt.

Quand on dévalue, il faut réunir les conditions évoquées plus haut. Il vaut mieux aussi le faire à froid car, dans une situation de crise, la spéculation à la baisse de la monnaie s’en mêle et dans ce cas, on est contraint de dévaluer plus que nécessaire et on risque d’être entrainé dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir.

C’est la raison pour laquelle, je ne conseillerais pas à Madame Le Pen de « sortir » de l’euro sitôt élue. Les « marchés », qui ne l’aiment pas, comme on le sait, car ils n’aiment pas ceux qu’ils considèrent comme des anti ou même des hors-systèmes (Mélenchon aurait le même problème), perdant confiance dans la France, son économie et sa monnaie, se lanceraient dans une spéculation contre notre monnaie que les tenants de l’ « oligarchie » alimenteraient volontairement, aidés aussi, il faut bien le dire, par tout un chacun, y compris vous et moi (si j’ai des dollars ou des francs suisses chez moi, je ne vais pas les changer contre des francs si je pense que la monnaie française va perdre de la valeur ; je vais même anticiper l’achat de dollars si je prévois un voyage à l’étranger ou si, tout simplement, je suis prudent. Les plus âgés d’entre vous se souviennent des crises passées du franc).

Je constate que Madame Le Pen a changé de langage entre les deux tours, notamment à la demande de Nicolas Dupont-Aignan, mais aussi de pas mal de cadres du FN qui avaient de mauvaises « remontées », comme on dit, de terrain. C’est un peu tard, mais elle a raison de le faire.

4/ Il n’en demeure pas moins que, pour mener une véritable politique économique et sociale, un gouvernement doit avoir la maitrise de la monnaie. Si on reste dans le système des règles européennes et si on s’en remet à la Banque centrale de Francfort pour fixer les règles monétaires, on est condamné à n’agir que dans le cadre de ces règles.

C’est ce qu’ont fait notamment l’Italie, l’Espagne et le Portugal, pays qui ne s’en sortiront jamais s’ils conservent l’euro comme monnaie nationale.

Pourquoi ? Tout simplement parce que leurs économies ne sont plus compétitives. Ils sont comme le coureur fatigué qui aurait besoin de changer de braquet mais qui ne le peut pas parce que son vélo n’en a qu’un, celui du « braquet unique » du peloton.

Alors, au lieu de la dévaluation monétaire, on applique la dévaluation sociale. En Espagne, par exemple, on a réduit les salaires des fonctionnaires et les retraites de tout le monde de 20% (dans le même temps où on n’a pas touché à la rémunération des banquiers pourtant responsables de la crise de 2008 : non seulement les remèdes de l’UE sont inefficaces mais ils sont profondément injustes. Ceux qui les appliquent s’estiment contraints de le faire : les Espagnols ne s’opposent pas à l’UE parce qu’ils ont été traumatisés par cinquante ans d’isolement sous Franco, que l’entrée dans l’Europe a été la reconnaissance de la démocratie et que, pour cela, ils veulent être les élèves disciplinés, même s’ils en souffrent. Portugais et Grecs idem. Nous ne sommes heureusement pas dans cette situation).

Ceux qui reprochent à Madame Le Pen sur tous les plateaux de télévision une sortie de l’euro qui se traduirait par une dévaluation du franc retrouvé de 20%, disent-t-ils (Marine Le Pen parle de 6% ; à la vérité nul ne peut dire de combien elle serait compte tenu des incertitudes quant à la spéculation), en faisant peur aux petits épargnants et aux retraités en leur disant qu’ils perdraient 20% de leur épargne (ce qui est totalement faux, sauf pour ceux qui ne dépensent leurs avoirs qu’à l’étranger) devraient avoir l’honnêteté de dire qu’ils préconisent, si on conserve l’euro, de diminuer les salaires des fonctionnaires et les retraites de tout le monde de 20%, le tout assorti d’une hausse de la TVA et de la CSG, de l’allongement du temps de travail et de l’âge de la retraite et de coupes dans les prestations sociales, bref, de la politique généralisée d’austérité imposée par Bruxelles, la même qui a déjà frappé la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Irlande, politique qui non seulement a pénalisé, et parfois assassiné, les plus faibles et même les classes moyennes, mais, souvent, complètement ruiné l’économie de ces pays (si les gens ont moins de revenus, ils consomment moins, payent moins de TVA et moins de cotisations sociales, ce qui creuse encore les déficits publics. Croire que tous les pays peuvent comprimer leur marché intérieur et compter sur les seules exportations, devenues plus compétitives, est une absurdité).

Evidemment, ceux qui alertent sur le « danger » du programme de Madame Le Pen, se gardent bien de dire ce qu’ils proposent à la place (François Fillon l’a un peu fait. Cela ne lui a pas réussi). Monsieur Macron, qui ne dit rien sur aucun sujet, encore moins que les autres.

5/ Je conseille donc à Madame Le Pen d’être prudente. Cela ne signifie pas que, si elle est élue, elle ne doive rien faire.

a/ Je lui conseille d’appliquer, si par bonheur elle est élue, la partie de son programme qui peut encore se faire, au moins pour un temps, avec l’euro.

Le contrôle des frontières, la taxe sur les importations de produits en provenance des pays ne respectant pas les conditions minimales sociales et environnementales, la fin des travailleurs détachés, la préférence nationale seraient des mesures qui iraient dans le bon sens.

Et qu’on ne vienne pas me dire que ce serait interdit par Bruxelles. Bruxelles a-t-il des porte-avions et de l’infanterie à nous envoyer pour nous obliger à lui obéir ? Non. La France est encore une grande puissance. Nous ne sommes ni l’Estonie, ni la Grèce, ni même l’Espagne.

Lorsque le général de Gaulle ou Madame Thatcher ont voulu s’abstraire des « règles » européennes, ils ont pu le faire en toute « impunité ». Lorsque les Anglais ont eu le « culot » de choisir le Brexit, certains irresponsables (Hollande le premier) ont préconisé des mesures de rétortion immédiates. Ils sont rentrés dans le rang et les 27 vont négocier calmement avec Londres parce que personne n’a intérêt à un clash. 

Si la France applique sa politique, les autres s’y plieront, quelles que soient les règles actuelles, et ils accepteront de changer les règles pour trouver un compromis avec nous. Ne serait-ce que pour une raison simple : mettre la France en faillite, c’est mettre l’Europe en faillite. Ils peuvent se le permettre avec la Grèce, pas avec nous. Ils ne le font même pas avec la Hongrie, un peu plus solide que la Grèce, parce que, aller contre la Hongrie, c’est aller contre les banques et les entreprises allemandes et autrichiennes qui y sont implantées et, cela, Madame Merkel n’en veut pas.

b/ Dans le même temps, parallèlement aux mesures en faveur de l’emploi préconisées plus haut, elle pourrait (elle devrait même) prendre l’attache de nos partenaires en disant : « Constatons ensemble que l’euro, ça ne marche plus ; n’attendons pas la prochaine crise qui risque d’être fatale et trouvons ensemble une solution. De toute façon, comprenez que, si la France membre-fondateur de l’euro et deuxième contributeur à la banque centrale et aux budgets européens n’en veut plus, tout simplement, il n’y a plus d’euro ».

Un tel langage serait entendu par tous les pays qui ne sont pas satisfaits du fonctionnement de l’euro : les pays du Sud parce qu’ils n’en peuvent plus de l’austérité, ceux du Nord parce qu’ils en ont assez de jeter leur argent dans le tonneau des Danaïdes européen avec la conviction que la cigale sera toujours la cigale et la fourmi toujours la fourmi et qu’il vient un moment où la fourmi en a assez de travailler pour la cigale qui, à ses yeux, ne fait que chanter (je m’insurge évidemment contre cette stigmatisation scandaleuse de la sympathique cigale qui est, comme chacun doit le savoir, l’animal national de la Provence !).

c/ J’ai exposé dans mon article de 2011 quelle pourrait être une solution durable pour la France et pour l‘Europe. On commence à y venir. Madame Le Pen aussi.

Elle consiste à conserver l’euro comme monnaie commune utilisable pour les transactions internationales, pour les paiements dans les commerces pour les touristes étrangers qui le souhaitent (en Suisse, on peut payer partout ou à peu près en euros et autrefois en francs français. De toute façon, avec une carte visa, on paye dans le monde entier, quelle que soit la monnaie. Ceux qui mettent en avant la réintroduction des monnaies nationales comme une entrave aux échanges et aux voyages sont des malhonnêtes ou des ignorants. On voit qu’ils n’ont jamais vécu dans une région frontalière. On pourrait encore mieux s’en remettre au dollar, monnaie universelle, mais gardons l’euro puisqu’il a le mérite d’exister et qu’il est quand même plus facile d’organiser un système continental plutôt que mondial). 

Les pays qui souhaiteraient conserver l’euro comme monnaie unique pourraient le faire. Les autres se doteraient de monnaies nationales gagées sur l’euro. Bien évidemment, le changement de monnaie ne changerait rien à la valeur de l’épargne de chacun. Si je gagne 1000€ et que je paye ma baguette de pain 1€, j’aurai par exemple 6000F et ma baguette me coûtera 6F. Le résultat est exactement le même. On ne reviendrait d’ailleurs pas à la valeur du franc d’antan. On aurait au départ des euro-francs, des euro-lires ou des euro-marks valant tous 1€. Ensuite, les valeurs de chaque monnaie seront réajustées selon les besoins. Un peu comme, quand, la Tchécoslovaquie s’est scindée en deux, au départ la couronne tchèque et la slovaque avaient la même valeur. Elles ont légèrement divergé ensuite. Dans ce cas, le changement de monnaie n’aurait pas davantage de conséquence interne que le passage à l’euro : les riches sont restés riches et les pauvres sont restés pauvres. Tenter de faire croire aux bons petits vieux que leur compte à la Caisse d’Epargne serait touché, et même supprimé, est malhonnête. (Mais comme les gens d’en face sont de mauvaise foi, il aurait mieux valu que Marine Le Pen ne parle même pas d’euro et de retour au franc : il ne faut jamais annoncer à l’avance une dévaluation ; même les plus mauvais ministres des finances le savent).

Avec un tel système, il est probable que l’euro-franc se déprécierait un peu, l’euro-lire et l’euro-peseta davantage tandis que l’euro-mark, l’euro-florin et l’euro-schilling s’apprécieraient plus ou moins.

A intervalles réguliers, les ministres des finances se réuniraient pour décider collectivement des parités, exactement comme ils le faisaient du temps de l’ « écu », ancêtre de l’euro, qui servait de référence aux monnaies nationales.

Certains objectent que dans un tel système, la discipline ne pourrait être maintenue, que chacun ferait ce qu’il veut et qu’il y aurait une guerre des monnaies.

Sans doute pas, parce qu’il y aurait un intérêt commun à trouver les bonnes parités, qui, d’ailleurs, pourraient être suggérées par un panel d’économistes indépendants (en cherchant bien, on en trouve).

Si on considère que, pour être compétitive, la monnaie italienne a besoin d’une dévaluation de 20%, c’est l’intérêt de ses partenaires de l’accepter car une Italie en crise coûte cher quand, d’une façon ou d’une autre, on doit la renflouer. Il ne faudrait certes pas l’autoriser à aller trop loin dans la dévaluation, ce qui pénaliserait les pays concurrents. Mais la refuser, c’est condamner tout le monde. Il faut donc trouver la bonne parité. Un peu comme un restaurateur fixe le prix de ses menus. Trop bas, il ne gagne rien. Trop haut, il perd des clients. Son prix va dépendre de sa compétitivité. S’il est étoilé, il peut être cher. Si sa cuisine est plus ordinaire et est concurrencée par d’autres, il doit jouer sur le prix. Un pays, c’est pareil.

Les dévaluations et réévaluations décidées d’un commun accord couperaient l’herbe sous le pied de la spéculation car les monnaies nationales, étant gagées sur la monnaie commune, seraient plus difficilement attaquables et parce que le changement de parité serait le gage d’une économie plus solide, marqueur en dernier ressort de la valeur d’une monnaie.

Ce système est possible. Pas seulement parce qu’il est bon. Cela les représentants des « marchés » s’en fichent autant que du sort des peuples. Mais parce que c’est l’intérêt bien compris de tous, à commencer par les Allemands.

Vous pensez peut-être que ce système est séduisant, mais vous le trouvez risqué. Vous avez raison. Il y a toujours un risque dans le changement. Mais, en l’occurrence, il est bien plus risqué de conserver le système actuel sans le changer. Les billets multicolores en euros avec leurs ponts qui ne mènent nulle part sont bien jolis, mais quand l’euro se cassera la figure parce que nous marchons, nous courrons même, vers le mur, alors, nos euros ne vaudront plus rien, vous pourrez en tapisser votre cave et il vaudra mieux avoir quelques francs suisses et dollars de côté pour voir venir.

6/ Une France forte et qui sait ce qu’elle veut arrivera toujours à trouver un accord avec les Allemands. Pas en allant prêter allégeance à Berlin chez la chancelière au soir d’une élection présidentielle ou en acceptant à l’avance toutes les injonctions de la Commission de Bruxelles. Mais en défendant sans timidité nos positions.

La France est l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, elle a l’arme nucléaire, elle était dans les rangs des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, elle a quarante partenaires africains et francophones, a la sympathie des pays du Sud et a encore une voix qui porte dans le monde. Nous n’allons évidemment pas discuter à Bruxelles et à Berlin avec la bombe atomique. Mais certains Français ont oublié leur force collective parce qu’ils n’ont plus confiance dans leur pays. Ceux qui, comme moi, connaissent le monde et l’Allemagne, savent que les Allemands connaissent notre force et que, à un complexe français répond un complexe allemand. Le plus faible n’est pas celui qu’on croit.

Les Britanniques savent ce qu’ils veulent et ils connaissent leur poids dans le monde. Face à une Europe faible et divisée, ils savent que le Commonwealth, la City ou les liens particuliers avec l’Amérique, ce n’est pas rien. C’est pourquoi ils vont gagner la négociation du Brexit. Nous avons les mêmes atouts objectifs que le Royaume Uni. Eux comme nous, sommes les seules Nations européennes à avoir des responsabilités mondiales, au Conseil de sécurité comme sur les théâtres d’opérations militaires extérieurs. C’est notre force. Les Allemands, eux, n’ont pas cette force. Le poids d’un pays n’est évidemment pas seulement le nombre de ses divisions militaires. Mais ce n’est pas non plus seulement le montant de son excédent commercial ou budgétaire.

Dans la grande discussion qui s’annonce pour mettre sur pied une Europe des coopérations entre nations souveraines à la place de cette Europe sans identité et sans âme qui est devenue une prison des peuples, notre voix peut être entendue. A condition que nous ayons quelque chose de cohérent à dire et à condition de vouloir le dire.

Un peuple ou une personne qui part battue dans une discussion est toujours perdante et en ressort soumise.

Soyons forts. Et pas seulement pour l’euro.

C’est la seule voie vers le redressement de la France, mais aussi de notre continent.

Il appartient aux Français de faire entendre cette voix dimanche prochain.

Oseront-t-ils le faire ou continueront-t-ils à baisser la tête avec Emmanuel Hollande ?

Yves Barelli, 1er mai 2017

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 23:03

Les votes qui ont eu lieu dans deux pays européens le 4 décembre sont contradictoires. Les Italiens ont massivement rejeté par référendum le projet de modification de la constitution que leur proposait le premier ministre Mateo Renzi. Les Autrichiens n’ont pas osé franchir le pas d’une sorte de dissidence européenne et n’ont pas élu en définitive le candidat souverainiste à la présidence de la république qui avait pourtant le vent en poupe. Le système européiste et mondialiste n’est donc qu’ébranlé. Les électorats européens sont de plus en plus clivés en deux blocs antagonistes d’importance comparable. Rien n’est joué et les pronostics pour l’avenir proche sont difficiles à faire. En Italie, en Autriche et ailleurs, y compris en France.

1/ Le jeune et ambitieux premier ministre italien Mateo Renzi souhaitait renforcer son pouvoir en proposant de modifier la constitution italienne, source il est vrai d’instabilité chronique. Il proposait ainsi de diminuer les pouvoirs du Sénat et, accessoirement, de supprimer les « provinces », équivalent des départements au profit des seules régions. Cela rappelait le projet de réforme de 1969 en France sur lequel Charles de Gaulle fut battu, ce qui entraina son retrait de la vie politique.

Renzi a voulu tenter un coup de poker en mettant, lui aussi, sa démission dans la balance.

Le résultat est cinglant : 60% de non, venant de tout l’échiquier politique : les antisystèmes du « Movimento Cinque Stelle » de Beppe Grillo, la Ligue du Nord (proche du Front National français), le parti de Silvio Berlusconi, mais aussi des « frondeurs » du Parti Démocrate de Renzi (une coalition de centre-gauche).

La campagne électorale a vite quitté le strict domaine de la réforme constitutionnelle pour se transformer en plébiscite pour ou contre le premier ministre et pour ou contre l’austérité imposée par l’Union européenne.

2/ Comme prévu, Renzi a remis sa démission au président de la République.

Celui-ci lui a demandé de retarder un peu sa démission afin de faire voter le budget par le parlement mais il est peu probable que le président lui demande de former un gouvernement. Peu probable aussi qu’on aille vers des élections anticipées.

On parle de la nomination de l’actuel ministre des finances, Pier Carlo Padoan, comme nouveau premier ministre, ce qui serait un déni cynique de démocratie comme l’Union européenne soit disant démocratique (mais dont la conception toute particulière de la démocratie consiste à applaudir quand le peuple vote « bien » et à ne pas en tenir compte quand il vote « mal ») en a l’habitude. Ce ministre, bien en cours chez les bureaucrates de Bruxelles, est en effet actuellement chargé d’appliquer en Italie la politique antisociale décidée à Bruxelles et à Berlin. Une fois de plus, on fait rentrer par la fenêtre ce qui a été jeté par la porte.

A plus long terme, il y aura quand même des élections. « Cinq Etoiles » est bien placé pour être en tête (le système est celui de la proportionnelle) mais Grillo pourra-t-il nouer les alliances indispensables à la formation d’une majorité ? Rien n’est moins sûr.

3/ On votait, ou plutôt on revotait (le vote d’il y a huit mois avait été invalidé pour irrégularités) en Autriche au suffrage universel pour élire le président de la République. C’était un deuxième tour et il n’y avait donc que deux candidats en lice. D’une part ; Norbert Hofer, du FDO, parti souverainiste qui fait campagne contre l’immigration inconsidérée et contre les diktats de Bruxelles (il se proposait d’organiser un référendum sur la sortie de l’UE), largement en tête du premier tour. De l’autre un vieil écologiste néophyte en politique, Alexander Van des Bellen, un professeur d’université honnête qui avait devancé en juin dernier les candidats des deux partis au pouvoir en coalition, les chrétiens-démocrates et les socialistes, littéralement balayés par un rejet massif.

Les sondages donnaient à 50/50 les deux candidats (confirmant ainsi le résultat invalidé de juin qui avait donné la victoire de justesse à l’écologiste).

Finalement, c’est l’écologiste qui l’a emporté assez largement (beaucoup plus que prévu) par 53/47. En juin, les Autrichiens avaient rejeté les partis du système. Cette fois, ils n’ont pas voulu prendre le risque d’élire le candidat antisystème. Ils ont écouté les voix de la « sagesse » venues de l’étranger et relayées par une presse servile et ils ont eu peur devant les menaces d’être mis au ban de l’Europe.

Les conséquences pratiques sont limitées. Le président de la république autrichienne n’a pas le pouvoir exécutif mais un homme antisystème aurait pu mettre des bâtons dans les roues de ce système.

On verra lors des prochaines législatives, d’ici deux ans, quels sont les nouveaux rapports de forces. Le FPO est souvent comparé au FN. Ce n’est que partiellement vrai. Le FPO a déjà l’expérience du pouvoir. Il a notamment été associé aux exécutifs régionaux en coalition avec les partis du système.

4/ Après le vote du « Brexit » en Grande Bretagne, l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, les « poussées » constatées un peu partout depuis quelques mois par les partis souverainistes et antisystème, ces votes italien et autrichien montrent que les peuples commencent vraiment à rêver à un autre système, plus humain, davantage respectueux des souverainetés et des identités.

Mais le cas autrichien nous montre aussi que, parfois, au dernier moment, les peuples renoncent à sauter l’obstacle et à prendre le risque de ce qui leur est présenté comme un saut dans l’inconnue ou, pis, comme la voie aux régimes « antidémocratiques » de types « fascistes », « communistes » ou « poutiniens » présentés comme l’incarnation du mal absolu.

Mais ces peuples sont de moins en moins perméables à la propagande éhontée qui leur est servie à longueur de journée par le système.

Allons, encore un peu de courage !  La voie vers la libération est ouverte.

Si nous le voulons !

Yves Barelli, 5 décembre 2016                      

     

 

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Published by Yves Barelli - dans Europe
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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 21:34

Les Chrétiens-démocrates de la chancelière Angela Merkel sortent largement battus des élections dans le Mecklembourg qui ont eu lieu le 4 septembre. Le vote peut être analysé comme une défaite personnelle de la chancelière dans ce Land allemand de l’ex RDA qui constituait son « fief » électoral et comme le rejet populaire de sa politique d’ouverture à l’immigration musulmane décidé il y a un an (1 million d’entrées) contre une majorité de l’opinion, y compris à l’intérieur de son propre parti, et par la constatation par les Allemands que la montée de la délinquance et la recrudescence du terrorisme islamiste trouvent leurs racines au sein de cette « communauté » aux « valeurs » souvent en contradiction avec celles du pays d’accueil.

1/ Le système fédéral allemand confère une grande autonomie aux seize « Länder », compétents dans de nombreux domaines, tel, par exemple, l’éducation. Chaque Land a son calendrier électoral, ce qui permet de multiplier les élections partielles entre deux élections nationales. Les enjeux sont certes en partie locaux, mais les résultats ont le plus souvent une portée nationale, d’autant que les mêmes partis sont présents partout.

C’est d’autant plus le cas dans le Land de Mecklembourg-Poméranie antérieure (c’est son nom complet) qu’il s’agit du fief électoral traditionnel d’Angela Merkel.

Ce Land, situé au nord de l’ancienne République Démocratique Allemande (façade baltique autour de Rostock) est certes peu peuplé (1,6 million d’habitants) et en mauvaise situation économique et sociale, mais le scrutin qui vient de s’y dérouler, venant après des votes antérieurs dans des Länder plus importants et plus dynamiques (les derniers scrutins en mars en Baden Württemberg, en Rhénanie-Palatinat et en Saxe-Anhalt : voir mon article du 13 mars 2016 : « Allemagne – Sanction électorale pour Merkel »), a une signification à un an des prochaines élections au parlement fédéral.

2/ Selon les estimations (fiables) sortie des urnes, les socio-démocrates du SPD sont en tête avec 30% des suffrages exprimés (en baisse de 5 points sur 2011), devant l’AFD (« Alliance für Deutschland »), qui en recueille 21% tandis que la CDU de Madame Merkel obtient 19% (moins 3 points), le parti de gauche hors système die Linke 12,5% (moins 6 points) et les Verts 5%.

La coalition au pouvoir était, comme au niveau fédéral, formée par le SPD et la CDU. On ne sait si elle sera reconduite ou si le SPD préfèrera s’allier avec die Linke et les Verts.

3/ Le principal enseignement du scrutin est la forte poussée de l’AFD qui prend des voix à toutes les autres formations. Il s’agit d’un parti nouveau, créé il y a seulement deux ans, qui axe son programme sur la dénonciation de l’immigration incontrôlée, la montée du communautarisme musulman, le danger islamiste et la dénonciation de l’Union européenne (l’AFD se prononce pour la fin de l’euro). Ce parti est qualifié par ses adversaires de « populiste » et même d’ «extrême-droite ». Pourtant, comme celui du Front National en France, son programme est de gauche par certains aspects et de droite par d’autres. Il serait plus juste de dire simplement qu’il est souverainiste et défenseur de l’identité nationale.

Die Linke, dont une partie de l’électorat a rejoint l’AFD, est constitué de dissidents du SPD et surtout de l’ancien parti communiste de RDA. Son équivalent en France est le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon.

XXX

La montée des partis souverainistes est une réalité dans de nombreux pays d’Europe occidentale. Aucun n’a jusqu’à présent été en capacité de gouverner. Il se pourrait que ce soit le cas lors de la prochaine élection présidentielle en Autriche le 2 octobre prochain. J’y reviendrai le moment venu.

Yves Barelli, 4 septembre 2016

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 13:23

L’ancien président de la Commission de Bruxelles, Barroso, qui passe chez Goldmann and Sachs, cette banque scélérate responsable du déclenchement de la crise financière de 2008, ou une ancienne commissaire qui, après avoir traité, très favorablement, le dossier d’Uber, se met au service, confortablement rémunéré, de cette entreprise américaine sulfureuse, ne sont que les parties émergées spectaculaires de la dérive de l’UE, qui maltraite les peuples et agit de plus en plus cyniquement au service du seul grand capital international. Mais y a-t-il encore des « gogos » pour croire à cette UE du fric, de l’immoralité et, un comble pour ceux qui se targuent d’être plus intelligents que les peuples, de l’inefficacité ?

1/ J’ai déjà souvent écrit dans ce blog sur l’Union européenne. Ceux qui me lisent savent ce que j’en pense. Pour les autres, je résume ma pensée : l’UE est une institution baroque qui n’est ni une zone de coopération entre Etats, ni une organisation fédérale. Ses membres lui ont délégué suffisamment de compétences normalement apanages des Etats souverains pour que ces Etats ne soient plus maitres de leur politique économique, sociale et fiscale, et donc de leur destin. Ce n’est pas pour autant que l’UE est en mesure d’avoir une politique volontariste. Son seul principe, c’est l’ouverture des marchés au profit des grands groupes industriels et financiers avec, dans le meilleur des cas, la conviction que l’enrichissement des riches profite aussi aux autres, et, dans le pire, seulement pour tirer quelques avantages personnels, comme dans le cas de Barroso et consorts.

Dans une telle configuration, l’UE est une machine à brider les peuples et les Etats. Même les « européistes » qui aspirent à l’émergence d’une véritable Europe fédérale et démocratique le reconnaissent. Mais la différence entre eux et les « souverainistes », dont je fais partie, est que nous estimons qu’une telle Europe idéale n’a aucune chance de voir le jour pour la bonne raison qu’il faudrait une identité qui n’existe pas et un pouvoir politique porteur de cette identité. Ce n’est pas le cas. Les exemples historiques de création d’entités fédérales à partir d’Etats multiples ne sont pas légion dans l’histoire. L’unification de l’Allemagne et celle de l’Italie au 19ème siècle sont quasiment les seuls. Il y existait depuis le moyen-âge (et même avant), des sociétés civiles qui se reconnaissaient, grâce à la communauté de langue et de culture, appartenir à une même nation : même sans Etats communs, l’Allemagne et l’Italie étaient des réalités dès la fin de l’empire romain. Sur ces soubassements, les unifications politiques ont pu se concrétiser sous la direction de la Prusse pour l’Allemagne et du Piémont pour l’Italie. Leur direction fut unanimement acceptée.

A contrario, il n’existe rien de tel en Europe. Y a-t-il une langue, une culture, une communauté de sociétés civiles, de droit, en Europe autre que le système américain qui s’impose partout ? Mc Do, Google ou Facebook sont sans doute devenus des « valeurs » communes. Elles n’ont rien d’européennes. Il y aura peut-être un jour une fédération atlantique centrée sur Washington si les peuples européens acceptent de perdre leurs identités, mais certainement jamais une fédération européenne. C’est la principale explication à l’absence d’Europe politique : l’UE se réduit, et elle se réduira jusqu’à sa disparition, à un « marché » dirigé par des Barroso qui agissent au profit des entreprises multinationales essentiellement américaines (d’où le projet de zone atlantique de libre échange que la Commission voudrait imposer) au mépris des intérêts et des valeurs des peuples.

2/ Seuls les naïfs ou les « européistes » pour lesquels l’Europe est une religion, donc un dogme, croient qu’on pourra démocratiser et moraliser le système. Ils sont aussi choqués que moi par la dérive de l’ancien président de la Commission et de plus du tiers des anciens commissaires qui passent avec armes (les directives qu’ils ont pondues) et bagages (leur carnet d’adresses) chez les capitalistes qui ont été leurs interlocuteurs privilégiés pendant la durée de leurs fonctions.

Ces naïfs et « croyants » voudraient « améliorer » la pratique européenne. Mais, même si on régule davantage ce « pantouflage » indécent, il restera le système : l’appareil de Bruxelles est tout entier accès autour des relations avec les groupes capitalistes. Ceux-ci ont pignon sur rue, de manière tout à fait légale, à Bruxelles. Les « lobbies » travaillent au quotidien avec les commissaires. Quand une « directive » est en préparation, elle est discutée avec les experts des grands groupes (exemple : les laboratoires pharmaceutiques, les constructeurs automobiles, les pétroliers, etc). Ce sont souvent eux-mêmes qui rédigent le texte des directives au bas duquel les commissaires n’ont plus qu’à signer.

Ce système est calqué sur le système des « lobbyistes » du Congrès américain. Il s’impose donc à l’Europe parce que l’UE est la copie conforme du système américain, le pouvoir politique en moins, et que l’UE n’a jamais été considérée par les Américains pour autre chose que ce qu’elle est : un relai, en parallèle à l’OTAN, de l’hégémonie américaine.

3/ Penser qu’on pourra un jour édifier une Europe forte capable de lutter à armes égales avec les Etats-Unis et les autres grandes puissances mondiales est une vue de l’esprit. Il n’y a pas et il ne peut y avoir d’entité politique européenne tout simplement parce qu’il n’y a ni société civile européenne ni pouvoir politique susceptible de l’entrainer. Celui de Madame Merkel ? Soyons sérieux : le pouvoir allemand n’agit que pour défendre les seuls intérêts allemands et, notamment, ceux de ses rentiers dans ce pays où, désormais, on gère les finances publiques comme le budget d’une caisse de retraite. Les Allemands se sont laissé imposer l’euro dont ils ne voulaient pas (ils l’ont échangé contre le droit à la réunification). Aujourd’hui, leur hantise est que cette monnaie ne perde pas sa valeur, d’où les « sanctions » infligées à la Grèce et aux autres « cigales » du Sud. Mais cela ne fait ni une politique économique ni un comportement de puissance politique en construction (d’ailleurs, les Allemands n’en veulent pas plus que les autres).

4/ La civilisation européenne, pourtant, existe. C’est un corpus qui unie des nations, des cultures, des histoires riches et encore capables de réussites. Airbus, par exemple, est magnifique. Ce n’est pas l’œuvre de l’Union européenne, mais celle d’une poignée d’Etats qui, souverainement, ont décidé de faire quelque chose ensemble à une époque où cela était encore possible (aujourd’hui, la Commission s’y opposerait probablement sous prétexte qu’un tel cartel fausserait la dogmatique libre concurrence ; on pourrait même craindre que le commissaire en change de l’aviation soit « intéressé » par Boeing).

Ce n’est pas en bridant les Etats et les peuples européens qu’on créera une Europe forte. Au contraire. La force de l’Europe, ce sont les identités de ses peuples. Vouloir créer artificiellement une identité européenne est non seulement une illusion, mais un gâchis et même un crime. Personnellement, j’aime le bon vin français et j’adore la bière allemande. C’est parce que j’aime la France et l’Allemagne que je ne veux pas d’Europe supranationale. Je ne veux pas d’un breuvage européen qui serait un mélange de bière allemande et de vin français et qui, probablement au final, aurait le goût d’un ersatz de coca-cola.

C’est parce que je me sens européen et que j’aime ce continent que je ne veux pas d’Europe supranationale.

Mon Europe, c’est celle des peuples, des cultures et de la coopération entre des Etats souverains qui sont la matérialisation de nations multiséculaires.

Pour le salut de l’Europe et des Européens, terminons-en le plus tôt possible avec l’Union européenne. Faisons-le d’un commun accord et à froid avant que cette « Union » ne fasse encore des dégâts et n’éclate dans la douleur de ses contradictions.

Et à la place, on pourra organiser une bonne coopération entre Etats souverains.

Alors, globalement, nous serons plus forts parce que, en assumant nos identités, nous aurons la cohésion sociale que la supranationalité tend à nous enlever.

Yves Barelli, 12 juillet 2016

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 10:08

Les Britanniques viennent de décider par référendum de quitter l’Union Européenne. C’est la victoire du courage sur la peur, du peuple sur les soit disant « élites », des Nations sur les « marchés» apatrides. C’est la revanche de l’histoire et de la géographie sur ceux qui les nient et qui tentent depuis des années d’imposer aux peuples qui n’en veulent pas des supposées « valeurs » fondées sur l’argent et le déni des réalités humaines.

1/ A l’heure matinale où sont écrites ces lignes, les résultats définitifs n’ont pas encore été proclamés mais la victoire confortable du « Brexit » ne fait aucun doute. Le taux de participation au référendum a été très important (72%). L’adhésion à la sortie de l’UE devrait être proche de 52%.

Cette victoire va au-delà des pronostics puisque, encore en début de nuit, on s’attendait à un résultat plus serré et même (intox ?) à une victoire du maintien dans l’UE.

2/ Avant même de tenter d’anticiper les conséquences du choix des Britanniques, une remarque sur la dramatisation éhontée voulue par les dirigeants européens (et américains) et par leurs relais médiatiques à sens unique. Tout a été fait pour terroriser les électeurs britanniques. Le mot n’est pas trop fort. Des enquêtes bidon avaient annoncé une catastrophe économique et même le chaos en cas de sortie de l’UE. Les menaces de quasi-blocus du Royaume-Uni avaient été proférées par la Commission européenne et son fidèle caniche, François Hollande. Le président Obama, porte-voix du grand capital, était lui-même intervenu pour mettre en garde les Britanniques sur les conséquences « désastreuses » de leur geste, si, d’aventure, ils mettaient leur désir d’émancipation à exécution.

Quant aux médias français, pour s’en tenir à eux (mais je suppose que les autres ont été à l’unisson), leurs reportages et commentaires à sens unique ont été affligeants et les déshonorent (mais ce n’est pas la première fois ni le seul sujet. La réalité est que nous vivons dans une société totalitaire où toute voix hors système, immédiatement qualifiée de « populiste », est systématiquement déconsidérée, quand elle n’est pas simplement niée).

Une fois de plus, le parti-pris a été joint au manque de professionnalisme. Non seulement, on n’a entendu sur nos ondes presque que des partisans du « remain » (banquiers, Français de Londres, professeurs ou députés francophones et francophiles : ils sont sympathiques mais pas représentatifs ; sans doute une part d’entre eux est propriétaire de résidences secondaires en Dordogne ou dans le Lubéron ; ils anticipent déjà quelques difficultés administratives !), mais, surtout, on s’est ingénié à montrer que les partisans du « Brexit » étaient forcément peu éduqués, provinciaux (ce qui, pour nos commentateurs des beaux quartiers de Paris, est une tare), frustrés et surtout égoïstes et même racistes. Un peu court : ils nous avaient déjà fait le même coup en France pour le référendum de 2005 sur la « constitution » européenne.

Ce matin, les commentateurs repartent de plus belle. La Grande Bretagne, après son vote « suicidaire » serait isolée et condamnée au chaos annoncé.

Messieurs les commentateurs ignares, reprenez vos livres d’histoire et de géographie, si vous les avez un jour ouverts. L’Angleterre est l’une des plus vieilles nations. Elle a apporté au monde la démocratie, la révolution industrielle, la langue anglaise et même le rugby et le football et elle a longtemps dominé le monde avant de passer le relai à sa fille d’outre-mer, l’Amérique. Aujourd’hui, le Royaume-Uni, ce sont des liens particuliers avec cinquante pays du Commonwealth, c’est Londres, plaque-tournante du transport aérien et maritime mondial et siège de la City. Napoléon et Hitler parlaient déjà d’isoler l’Angleterre. Ils ont été battus et l’Angleterre a gagné. Les Anglais ont un sentiment national fort et ce ne sont pas quelques technocrates bruxellois apatrides qui en viendront à bout. L’Union européenne est condamnée par l’histoire, par la géographie et par les peuples. L’Angleterre, elle, vivra.

3/ Que va-t-il se passer maintenant ?

On a tellement annoncé le chaos que les « marchés » financiers l’ont cru. Quand on parle de « marchés financiers », il faut savoir qu’il s’agit pour l’essentiel de spéculateurs professionnels complètement déconnectés des réalités qui cherchent à gagner de l‘argent en jouant à la baisse ou la hausse de tout et n’importe quoi : monnaies, mais aussi matières premières et valeurs d’actions d’entreprises dont ils n’ont même aucune idée de savoir ce qu’elles fabriquent.

Ce matin, les bourses asiatiques (les premières à coter compte tenu du décalage horaire) sont toutes en chute relativement modérée (moins de 10% ; on parle de « crack » boursier à partir de moins 20%) et la livre est attaquée.

Cela ne va pas durer. Une fois les bénéfices pris, les choses vont rentrer dans l’ordre pour la bonne raison qu’il n’y a pas crise économique, mais un simple épiphénomène à l’échelle du capitalisme international.

La Grande Bretagne n’est plus dans l’UE. Et alors ? La Suisse et la Norvège n’y ont jamais été. Cela ne les empêche pas d’être pleinement intégrées à l’économie européenne et mondiale.

Je ne crois absolument pas aux menaces proférées par les dirigeants européens de « faire payer » aux Anglais leur conduite « effrontée ». Sans doute en ont-ils envie car s’ils y parvenaient, cela pourrait ôter l’envie à d’autres peuples de reprendre leur liberté. Mais la Grande Bretagne n’est pas la Grèce. Compte tenu du poids économique de Londres, frapper l’Angleterre, c’est se frapper soi-même. Si les dirigeants européens sont fous, ce n’est pas le cas des capitalistes. Avec la Grande Bretagne, ils ont de l’argent à gagner. Qu’elle soit « in » ou « out ».

On peut donc s’attendre à quelques mois un peu compliqués. Il faudra reprendre ses marques, renégocier des accords. Et puis tout rentrera dans l’ordre. Le vote britannique n’a pas été un vote contre le capitalisme mais contre une bureaucratie et un carcan qui entravent l’identité nationale et qui, on va s’en rendre compte y compris à la « corbeille », gêne de plus en plus l’activité économique.

Le capitalisme international a toujours eu une remarquable faculté d‘adaptation. Certes, l’UE lui plait : voilà une zone économique ouverte où le capital mondialisé y est comme un poisson dans l’eau tant l’idéologie de la Commission est, comme on dit, totalement (et uniquement) « pro-business ». Les affaires sont les affaires. Alors, dans l’UE ou en dehors, c’est du pareil au même. On préférait la Grande Bretagne à l’intérieur. Maintenant qu’elle est à l’extérieur, on ne va pas s’arrêter de commercer et d’investir. « Business as usual ». Comme pour la Suisse. Une Grèce ou un Portugal « turbulents », on peut taper dessus et punir. Pas sur l’Angleterre. Les Chinois vendent tout ce qu’ils veulent en Europe, les Américains ou les Qataris y investissent comme ils l’entendent. Alors, plus les Anglais ? Ce n’est pas sérieux !

4/ Plus embêtantes vont être les conséquences pour la cohésion du Royaume-Uni.

La fracture entre pro et anti Brexit a fissuré tous les partis. Comme en France en 2005. Peut-être David Cameron va-t-il être contraint de démissionner [Il vient de l’annoncer à 9h : ce sera pour octobre. Son discours, d’une grande tenue, est un modèle de respect de la démocratie. Il devrait être une honte pour les politiciens français qui, malgré les défaites électorales, s’accrochent toujours et, vingt ans après, continuent de nous infliger leur présence prétentieuse].

Dans ce pays démocratique où on sait encore ce qu’est l’honneur, un dirigeant qui perd une élection importante généralement démissionne. C’est ce qu’ont fait tous les dirigeants des partis qui ont perdu les dernières élections générales, celles qui ont donné une large majorité à Cameron. Il a fait une grave erreur d’appréciation. Il aurait été mieux inspiré en prenant la tête du Brexit, ce qui aurait donné sans doute plus de 60% au « leave ». Il est pourtant aussi « eurosceptique » que ses compatriotes, mais il a pensé gagner sur tous les tableaux : obtenir des avantages spécifiques pour le RU (ce qu’il a obtenu) tout en continuant à contrôler Bruxelles de l’intérieur et, par-dessus le marché, renforcer sa position à Londres. Il a perdu son pari. Si la règle doit être sa démission, il sera remplacé. Ce ne sera ni la fin du monde ni celle de la Grande-Bretagne. Il laissera le souvenir d’un dirigeant à la fois économiquement efficace (ça ne va pas trop mal en Angleterre, surtout comparé à la France) et démocrate (il avait déjà fait un pari risqué avec le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse).

La question écossaise est la plus préoccupante. Les indépendantistes écossais avaient perdu d’assez peu leur référendum. Les Ecossais ont, cette fois, voté à 60% pour le maintien dans l’UE. Le gouvernement écossais a déjà fait savoir qu’il demanderait un nouveau référendum d’autodétermination. Je ne suis pas sûr qu’ils le gagnent. L’identité écossaise est certes forte. Mais elle est bien respectée dans le cadre du Royaume-Uni : Edinburgh a son propre parlement, son propre gouvernement (aux compétentes étendues), ses propres lois et même sa propre monnaie (à parité avec la livre sterling). Une majorité d’Ecossais a estimé il y a deux ans que cela était suffisant. Un argument alors mis en avant par les indépendantistes était que, grâce à son pétrole, l’Ecosse pourrait être auto-suffisante. Depuis, le cours du baril a été divisé par deux. Cela ne joue pas en faveur de l’indépendance. Quant aux sentiments parait-il pro-européens des Ecossais, si complaisamment mis en avant par nos médias, ils restent à démontrer. Si cela était le cas, les Ecossais serait bien le seul peuple européen à les avoir.

L’aspiration à l’indépendance de l’Ecosse dépendra en fait de la tenue de l’économie britannique dans les deux ou trois ans à venir. Si le chaos annoncé se produit, l’Ecosse partira. Si le pays ne s’effondre pas et même libère ses énergies grâce à la levée de l’hypothèque européenne et à la souveraineté retrouvée, l’Ecosse a toutes chances de rester britannique. Comme le Pays-de-Galle, qui a voté à 60% pour le Brexit. L’Irlande du Nord a voté contre ; son sort est sans doute lié à celui de l’Ecosse. Je pense que ce royaume des quatre nations (Angleterre, Ecosse, Galles, Irlande du Nord), toutes représentées à l’international (par exemple dans l’euro de foot en cours) bien que parties constituantes du même Etat, a encore de beaux jours devant lui. Quand bien même le Royaume-Uni serait amputé de l’Ecosse (10% seulement de sa population), il resterait viable et resterait une grande puissance.

5/ Le Royaume-Uni est, parait-il, désormais isolé.

Et l’Union européenne, ne va-t-elle pas l’être davantage ?

Alors qu’il y a un sentiment national fort au Royaume-Uni, le sentiment européen n’existe nulle part.

Qu’est l’Union européenne sans la Grande Bretagne ? Essentiellement le « couple franco-allemand. Les Scandinaves ne se sont jamais vraiment sentis appartenir à cette Union dont les « valeurs » sont aux antipodes des leurs. La Pologne catholique se sent beaucoup plus proche de l’Amérique chrétienne que de cette Europe qui ouvre ses portes à une immigration musulmane que ni Varsovie, ni Prague, ni Bratislava, ni Budapest ne veulent. L’euroscepticisme est un sentiment fort en Autriche. La dernière élection présidentielle, mais aussi tous les sondages depuis vingt ans, le montrent. Cet euroscepticisme se confond avec la méfiance de l’Allemagne. On se dit de plus en plus en Autriche que l’adhésion à l’UE a été une erreur et qu’il eut mieux valu organiser une coopération spécifique entre tous les petits Etats d’Europe centrale (là aussi l’histoire et la géographie, celle des anciens pays de l’empire des Habsbourg, finiront par reprendre leurs droits), y compris sans doute la Suisse. Quant à la Hollande, où les aspirations eurosceptiques sont fortes, elle s’est toujours sentie plus proche de l’Angleterre que de l’Allemagne.

Restera le cas des membres fondateurs de l’UE (peut-être même pas tous, comme vu pour la Hollande) élargis à l’Espagne et au Portugal. Tout dépendra du « couple franco-allemand » car les autres pays (économiquement diminués pour ceux du Sud), n’ont aucune ambition internationale.

La France était une grande puissance internationale au même titre que l’Angleterre. Depuis quelques années, mes interlocuteurs étrangers ne la reconnaissent plus. Elle a pourtant conservé tous les atouts qui pourraient lui redonner une place dans le monde comparable à celle de l’Angleterre.

Mais les Français semblent avoir abdiqué. Ils se sont mis, pour des raisons objectivement incompréhensibles, à la remorque de l’Allemagne. Pour leur plus grand malheur, tant sur le plan de l’économie que de l’identité.

Les Français oseront-t-ils reprendre leur indépendance, leur souveraineté et leur personnalité ?

Les Anglais l’ont fait. Sommes-nous plus bêtes, plus avachis, plus complexés qu’eux ?

Aux Français de redresser la tête et de se ressaisir.

J’y reviendrai.

Yves Barelli, 24 juin 2016

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 00:16

Le premier tour de l’élection présidentielle autrichienne du 24 avril, marquée par une forte poussée souverainiste, est riche d’enseignements, tant pour l’Autriche que pour l’Europe.

1/ L’enjeu n’était certes pas considérable. Le président de la république autrichienne a des compétences très réduites, sans commune mesure par exemple avec le président français. Le pays a un régime parlementaire : le pouvoir y appartient donc au chef du gouvernement, émanation de la majorité au parlement. Néanmoins, le président, gardien de la constitution et symbole national y jouit d’un prestige certain.

2/ Traditionnellement, l’Autriche avait un régime bipartisan, avec deux partis de gouvernement, le Parti Populaire (droite) et le parti social-démocrate (gauche).

Ces partis sont néanmoins contestés depuis quelques années, sur leur gauche, avec l’émergence des Verts, et sur leur droite, avec le Parti de la Liberté (FPÖ), assez comparable au Front National français.

Cette montée des partis antisystème ou a-système a conduit les deux grands partis à former, comme en Allemagne, une coalition. Si la grande coalition allemande est à direction chrétienne-démocrate, celle d’Autriche est dirigée par les socio-démocrates, qui détiennent le poste de Premier Ministre, mais aussi celui du Président de la République sortant.

3/ Le premier tour de la présidentielle de dimanche a donné un résultat qui s’apparente à un séisme.

En effet, les deux grands partis de gouvernement ont été battus à plate couture, n’arrivant qu’en quatrième et cinquième position, avec à peine un peu plus de 10% des voix chacun.

C’est le candidat souverainiste Norbert Hofer qui est arrivé nettement en tête avec 35,6% des voix.

Il devance Alexander Van des Bellen, écologiste, avec 21%

En troisième position, une candidate (seule femme en lice), pas antisystème mais hors système, Imgard Griss, magistrat, ancienne présidente de la cour constitutionnelle. Hors partis mais proche tant des souverainistes que des écologistes, avec 18,6%

Seuls les deux arrivés en tête, le souverainiste et l’écologiste, pourront concourir pour le deuxième tour, dans un mois.

4/ Quel que soit l’issue du deuxième tour, cette élection aura été marquée par un rejet massif des partis actuellement au pouvoir.

Ces partis, comme l’ensemble du « système », vont sans doute amplifier le « tam tam » médiatique, soutenu par les instances de l’Union européenne, qui va certainement marteler pendant le mois à venir la « nécessité » de faire barrage aux « populistes » et « crypto-fascistes », voire « nostalgiques du nazisme » que sont, à leurs yeux, les dirigeants et les adhérents du Parti de la Liberté.

Ce Parti de la Liberté, le FPÖ, qui est-il ?

Quelque chose un peu comme le Front National français.

Ses cadres historiques étaient fortement ancrés à l’extrême-droite.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ce parti a déjà formé une coalition gouvernementale avec la droite du Parti Populaire il y a quelques années, du temps de Jörg Haider, décédé dans un accident de voiture en 2008. Cette participation au gouvernement autrichien suscita des réactions très négatives ailleurs en Europe chez les tenants du « système ».

Aujourd’hui, le FPÖ axe son langage sur trois thèmes : la crise économique, et son corolaire, la montée du chômage ; la dénonciation d’une immigration non maitrisée, que la vague des migrants de l’été dernier, attirés par l’ « appel d’air » de l’irresponsable Madame Merkel (très critiquée en Bavière voisine, elle aussi, comme l’Autriche, en première ligne au débouché de la « route » migratoire des Balkans) ; enfin une réaction face à la perte de souveraineté de l’Autriche, tant vis-à-vis de l’Union européenne en général que de l’Allemagne en particulier.

5/ Ces thèmes sont très porteurs car ils sont au centre de la problématique autrichienne. L’Autriche est un pays petit par sa taille, mais grand par son histoire. Les Autrichiens se sentent doublement dépossédés et menacés dans leurs valeurs par la dérive « libérale » de l’Union européenne, contraire à ses traditions dans lesquelles les valeurs de travail et de justice tiennent une grande place, et par la présence d’une « communauté » musulmane formée essentiellement de Turcs, renforcés aujourd’hui par des Syriens, qui ne peut ou ne veut s’assimiler à une société fortement catholique.

6/ Nombreux sont aujourd’hui les Autrichiens (où les sentiments « europhobes » sont parmi les plus élevés en Europe depuis de nombreuses années) qui se demandent si l’entrée dans l’Union européenne a été une bonne chose.

Cette appartenance à l’UE (mais pas à l’OTAN, spécificité autrichienne) a entrainé, comme ailleurs, une perte de souveraineté au profit d’une bureaucratie bruxelloise sans légitimité démocratique. Cette perte de souveraineté est vue aussi comme une dépendance accrue vis-à-vis de l’Allemagne.

La problématique de la relation avec l’Allemagne est une question existentielle pour l’Autriche. Ce pays est de langue allemande et peut être vu comme une simple composante de la Nation allemande. C’est ce qui justifia l’ « Anschluss » de 1938, quand le pays fut annexé par l’Allemagne nazie avec, il faut le dire, l’assentiment d’une majorité de la population d’alors.

Occupée par les alliés en 1945, avec quatre zones, comme en Allemagne, le pays bénéficia de la fin de la guerre froide et d’un accord entre Occidentaux et Soviétiques pour recréer en 1955 une Autriche souveraine mais neutre. Ce fut une chance : pendant trente ans, l’Autriche servit de pont entre l’Est et l’Ouest, ce qui assura sa prospérité économique mais aussi sa raison d’être.

La fin du communisme au début des années 1990 et l’adhésion à l’Union européenne ont changé la donne. L’Autriche, en s’intégrant à l’Europe, s’est, de fait, à nouveau intégrée à l’Allemagne et est apparue, encore davantage après la disparition des frontières en vertu des accords de Schengen, comme le seizième Land allemand.

Cette proximité et cette quasi assimilation est pesante. Il suffit de se promener le dimanche en Tyrol ou à Salzbourg et de voir le nombre des plaques bavaroises sur les voitures (beaucoup d’Allemands possèdent des résidences secondaires dans les Alpes autrichiennes) pour comprendre les sentiments de la population. Beaucoup se sentent envahis.

Si l’Autriche n’était que le petit pays que l’on voit sur les cartes, sans doute cette intégration apparaitrait-elle comme plutôt normale.

Mais il y a l’Histoire. L’Autriche a été le grand empire des Habsbourg qui fut l’une des grandes puissances du continent.

Et cela n’est pas que de l’histoire. Cet empire a laissé un souvenir plutôt bon à Prague, à Budapest, à Cracovie, à Zagreb et jusqu’aux lointaines Lviv (Ukraine) et Cluj (Roumanie). Je connais suffisamment bien ces pays pour affirmer que l’ « esprit » autrichien y est toujours une réalité. Même le touriste le moins familier de ces pays remarque au premier coup d’œil un air de famille dans toute cette Europe centrale où un Autrichien n’y est jamais considéré comme un étranger. Et la réciproque est vraie. Prenez un annuaire du téléphone viennois et vous verrez que les noms d’origine hongroise, tchèque ou yougoslave y sont légion.

Un sentiment croissant, à Vienne comme à Prague ou à Budapest, est que l’Union européenne, au total, a apporté plus d’inconvénients que d’avantages à ces pays. Et parmi le premier inconvénient, on cite la perte d’identité. Ces pays ont de plus en plus le sentiment de ne pas peser sur leur destin, car ils sont noyés dans un ensemble dont ils ne sont pas les maitres. La formidable levée des populations pour s’opposer à la venue de migrants étrangers à leurs valeurs que l’Union européenne voudrait leur imposer explique le vote autrichien de dimanche et les positions, partagées par les gouvernements et les peuples, très critiques vis-à-vis de l’UE prises par la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie et d’autres pays de la région.

Mon sentiment, partagé par de nombreux Autrichiens, mais aussi Tchèques ou Hongrois, est que ces pays auraient intérêt à prendre leurs distance avec l’UE et à agir de concert pour défendre collectivement leurs intérêts.

Une Autriche dans le giron allemand ne compte pas en Europe. Une Autriche alliées avec les pays voisins de sa taille, de son histoire et de ses affinités reprendrait une place de choix dans le continent. Ensemble, ces pays ont une population et un poids économique à peine inférieur à celui de la France. Alliés à la Suisse voisine, déjà hors UE, c’est un PIB qui dépasse celui de la France et qui n’est pas loin de l’Allemagne.

Il est temps que les peuples d’Europe retrouvent leurs souverainetés et leurs valeurs, malmenées par une Union européenne technocratique, au service du grand capital et ouverte à tous les vents néfastes de la mondialisation.

Dans ce processus, l’Europe centrale et, en premier lieu l’Autriche, peuvent nous aider.

Le soleil se lève à l’Est.

Depuis Austerlitz, on le savait mais on l’avait un peu oublié. Il est temps de s’en souvenir.

Yves Barelli, 26 avril 2016

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 23:50

La sanction électorale subie par Madame Merkel dans les élections régionales du 13 mars est sévère. L’irresponsabilité de la chancelière dans sa folle ouverture aux migrants en est la cause. C’est une leçon pour toute l’Europe.

1/ On votait ce jour dans trois Länder allemands pour renouveler les parlements et les exécutifs, dotés d’importants pouvoir dans ce pays fédéral.

a/ Le Baden-Württemberg est l’un des plus riches et plus peuplés d’Allemagne (11,5M d’habitants). Sa capitale Stuttgart est le siège de Mercedes-Benz et de nombreuses autres entreprises industrielles. C’est une terre conservatrice, où le catholicisme est bien ancré (mais moins que dans la Bavière voisine) où on votait traditionnellement CDU (parti de droite de la chancelière). Toutefois, le Land est gouverné depuis 2011 par une majorité Verts-SPD (socio-démocrates) dirigée par les Verts.

Selon les premières estimations (20 heures), les Verts-SPD sont en tête avec 32% des suffrages exprimés, devant la CDU (27,5). Le fait nouveau est l’apparition d’un nouveau parti, Alternative pour l’Allemagne (AfD) que les tenants de la pensée unique en France qualifient mécaniquement et péjorativement de « populiste » (il est vrai que, pour ces partisans d’une forme dévoyée de démocratie qui ne consiste qu’à entériner les décisions du « système », le mot « peuple » ne suscite que crainte et mépris) et que je préfère, moi, appeler souverainiste ou défenseur d’une identité menacée par les apprentis sorciers qui nous gouvernent. AfD recueille, pour cette première participation, 11% des voix et sera donc représenté au parlement local. Ce parti n’est pas seulement contre l’immigration massive incontrôlée mais aussi pour la fin de l’euro et de l’Union européenne, au moins dans sa forme actuelle.

Il est trop tôt pour dire quel sera le nouvel exécutif : Verts-SPD, comme aujourd’hui, ou grande coalition avec la CDU, comme au niveau fédéral.

b/ La Rhénanie-Palatinat, avec 4M d’habitants, est un Land moyen. Comme le Baden-Württemberg, il est frontalier de l’Alsace. C’est un Land équilibré avec des industries, mais aussi un sympathique vignoble. Sa capitale, Mayence, abrite l’un des plus vieux évêchés d’Allemagne et a joué un rôle de premier plan dans l’histoire du pays et même de l’Europe (on y a inventé l’imprimerie).

Comme au BW, l’exécutif sortant était composé de socio-démocrates et de Verts avec, là, le premier rôle au SPD.

La coalition sortante maintient sa suprématie avec 37,5% des voix, devant la CDU (33%), mais avec, comme dans le BW, l’émergence de l’AfD qui obtient 12,5% des suffrages.

Mêmes possibilités de gouvernement que dans le BW.

c/ La Saxe-Anhalt est un Land relativement peu peuplé avec 2,6M. C’est l’un des « nouveaux Länder », c’est-à-dire issu de l’ancienne RDA (Allemagne de l’Est). Cette terre industrielle (Halle, Magdebourg) a été durement frappée par les dégâts d’une « réunification » dogmatique et mal pensée qui s’est traduite par la perte des avantages sociaux et le sentiment d’être colonisé par des gens arrogants venus de l’Ouest.

Comme dans d’autres Länder de l’Est, une large majorité de la population (80%) est sans religion (en Allemagne, on demande aux citoyens de s’affilier à une religion chrétienne - catholique ou protestante – ce qui entraine le paiement d’une partie des impôts pour ces religions, ou de se déclarer « non affilié »).

Aux élections de 2011, la CDU, qui forme le gouvernement sortant, avait obtenu 32,5%, le Parti de Gauche (die Linke et ancien parti communiste) 23,7%, le SPD 21,5% et les Verts 7%.

Dans le scrutin d’hier, la CDU baisse à 29% et Die Linke à 17% tandis que l’AfD, présente pour la première fois obtient 22%. Le SPD est laminé.

Die Linke (l’équivalent allemand de la coalition française Mélenchon-PC) n’ayant, semble-t-il, l’intention de gouverner ni avec la droite et avec les souverainistes, la formation d’un exécutif s’annonce difficile.

2/ Madame Merkel, originaire de l’Allemagne de l’Est, y faisait plutôt de bons scores électoraux (tandis que le SPD n’avait jamais supplanté l’ancien parti communiste).

Son parti paye aujourd’hui sa politique irresponsable d’accueil sans limite des migrants.

Pourquoi ce rejet (attesté par les sondages depuis le début de l’année) de ce que beaucoup considèrent comme une invasion, qui se renforce en Allemagne occidentale, est-il particulièrement élevé dans l’ancienne RDA ?

Pour deux raisons.

La première est que les habitants de l’Est, dont beaucoup cultivent l’ « Ostalgie », se sentent délaissés. Le chômage y est plus fort qu’à l’Ouest et la venue d’immigrants y est ressentie comme une menace pour l’emploi et les salaires.

La seconde raison est sociologique. L’ex RDA est restée de peuplement homogène. L’immigration turque de masse qui a sévi à l’Ouest a épargné l’Est et on a aujourd’hui exactement le même phénomène qu’en Pologne, en Tchéquie, en Slovaquie et en Hongrie. Les gens qui voyagent dans la partie occidentale de l’Allemagne, mais aussi ailleurs en Europe de l’Ouest, sont choqués par ce qu’ils y voient : la délinquance, les incivilités, la saleté qui sont souvent le fait des populations « musulmanes ». Les viols massifs de la saint Sylvestre, mais aussi les dégradations matérielles dans tous les lieux publics où sont passés les migrants, notamment en Bavière, ont entrainé un phénomène de rejet massif, visible dans la population ouest-allemande, et plus encore à l’Est où les gens ne veulent pas ajouter au sentiment de dépossession lié à la réunification celui de la vague migratoire.

Dans la partie occidentale de l’Allemagne, il y a encore un complexe de la seconde guerre mondiale. Les Allemands savent que tout ce qui peut ressembler à la manifestation de nationalisme fait peur et leur fait peur. D’où une certaine retenue dans la défense de l’identité allemande et dans l’attachement aux valeurs traditionnelles de cette société faite d’ordre, de travail et de propreté.

Les « Osties » n’ont pas ce complexe. Toute trace de nazisme avait été éradiquée en RDA, bien plus qu’en RFA. Les gens n’ont donc aucun scrupule à refuser l’ « invasion » musulmane. Je connais un peu l’ex RDA, mais je connais bien plus la Tchéquie et la Pologne. Ces pays n’ont pas été confrontés à l’immigration de masse (du temps du communisme la présence de 30 000 Vietnamiens en Tchécoslovaquie, chiffre objectivement dérisoire, faisait l’objet de toutes les conversations et de toutes le peurs).

De par leur histoire, ces sociétés n’ont jamais été confrontées à l’islam (si ce n’est à la menace mongole du 13ème siècle qui reste encore dans la mémoire collective de Cracovie) qui suscite tous les fantasmes (dans ces pays où le communisme avait été bénéfique pour l’égalité entre femmes et hommes, le sort des femmes musulmanes y suscite répulsion et condamnation ; personne ne veut voir à Prague ce qu’on voit en Seine-Saint-Denis ou dans les quartiers nord de Marseille). Les femmes voilées dans le métro de Prague, « ne, děkuji » - non merci – dit-on souvent sur les bords de la Vltava

Les technocrates sans légitimité coupés des peuples qui sévissent à Bruxelles, les capitalistes avides de main d’œuvre étrangère bon marché et de consommateurs subventionnés par les impôts des classes moyennes, et leurs relais politiques, en premier lieu Madame Merkel, ont eu tort de sous-estimer la réaction des peuples et leur attachement aux valeurs qui sont celles de l’Europe depuis des siècles.

Il se pourrait bien que cette réaction que la bien-pensance de la gauche-caviar et de la droite foie-gras qualifie d’un ton condescendant et méprisant de « frileuse », « populiste », « raciste » ou « islamophobe », qui s’exprime aujourd’hui massivement en Europe centrale et qui se traduit par la montée du Front National en France, d’autres partis comparables ailleurs en Europe et par le phénomène Trump en Amérique gonfle encore dans les mois qui viennent.

Si nos dirigeants et l’ensemble du « système » (propriétaire de quasiment tous les médias) pensent que cette réaction n’est que de mauvaise humeur et qu’elle passera sitôt cette « reprise économique », que les médias et les politiques annoncent mais qui ne vient jamais, sera au rendez-vous, je crois qu’ils font une erreur d’appréciation.

Depuis des années, les peuples acceptent tous les méfaits de la « mondialisation » qui se traduit par le recul social mais aussi la déstructuration des sociétés. Ils le font évidemment beaucoup plus par résignation que par adhésion.

Il n’est sûr que leur patience et leur capacité à « encaisser » les coups soit sans limite.

De ce point de vue, nous sommes tous « Allemands » et la Saxe-Anhalt ressemble à la Provence et, comble de la déculturation et du déni d’identité, à ces « Nord-Pas-Calais-Picardie » et « Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes » qui n’ont plus de nom et qu’on menace d’affubler de nouvelles appellations ridicules.

Trop, c’est trop. Le refuser, c’est avoir une chance de survivre en tant que sociétés occidentales.

Yves Barelli, 13 mars 2016

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 18:54

Dans tous les domaines, l’UE apporte la preuve, au mieux, de son inefficacité, au pire, de son pouvoir de nuisance : croissance zéro, chômage de masse, austérité pour le plus grand nombre, crises récurrentes de l’euro, incapacité à gérer quoi que ce soit, notamment l’agriculture, frontières passoire, absence de politiques étrangère ou de défense autre qu’un alignement sans imagination ni honneur sur les Etats-Unis, aucune politique sociale (si ce n’est de recul social), industrielle, fiscale, de services publics et, depuis au moins deux ans, crise honteuse des « migrants ».

1/ Dans le domaine de l’immigration, comme dans la plupart des autres, le langage de l’UE est absolument inaudible et sa gesticulation grotesque et pathétique. Les deux principaux responsables en sont l’Allemagne et la France. La première pour la gestion irresponsable du dossier, entre autres, des migrants. La seconde par la totale et multiforme perte de crédibilité du président Hollande (son prédécesseur n’était pas mieux).

Madame Merkel a pris une lourde responsabilité en ouvrant l’été dernier les portes de l’Allemagne (et donc de l’Europe) aux migrants.

L’Allemagne était prête, disait-elle, à accueillir un million de « réfugiés » sur son sol. Elle pensait ainsi répondre à son besoin de main d’œuvre (la natalité est si faible que les générations ne sont pas renouvelées ; le soit disant « miracle allemand » est un mythe) et croyait voir une aubaine dans la venue de migrants déjà formés et bon marché.

Mais les effets négatifs sur la société n’avaient pas été anticipés (ou, en tout cas, avoués). Profits pour le patronat mais impôts supplémentaires (il faut financer l’accueil : plusieurs milliards d’euros) et surtout inconvénients de toutes sortes pour la population : centres d’accueil saturés (on a réquisitionné tout ce qu’on pouvait trouver : gymnases, locaux de colonies de vacances, etc), et surtout insécurité et incivilités contraires aux traditions allemandes. On a tellement répété, avec la caisse de résonnance d’associations subventionnées dont l’ « accueil » est le business, que les migrants étaient les bienvenus, que ceux-ci (en tout cas beaucoup d’entre eux) en ont tiré la conviction que tout leur était dû et que c’était à la société allemande de s’adapter à eux et non le contraire.

La dérive a été telle et les effets collatéraux sur le pays si catastrophiques (on se souvient des viols en série de la nuit de la Saint Sylvestre à Cologne : les responsables en ont été sans doute davantage des Maghrébins entrés en Allemagne grâce à Schengen que des Syriens ; mais, c’est le même type de population, « musulmane », disons-le ; il n’y a pas que les viols : les montagnes d’immondices et la saleté partout où passent les migrants peut être constatée) qu’une réaction hostile n’a pas tardé à apparaitre. D’abord dans les régions les plus touchées, en particulier en Bavière, porte d’entrée en Allemagne, puis dans tout le pays.

Dépassées par la vague des arrivées et confrontées au mécontentement de la population, les autorités allemandes ont dû changer de discours et de cap. Trop, c’est trop. Désormais, le pays se ferme. Et les autres aussi : Hongrie (si critiquée l’été dernier, mais qu’on devrait féliciter aujourd’hui), puis la Pologne et les autres pays d’Europe centrale, y compris l’Autriche, qui ont eu la seule réaction raisonnable : fermer les frontières. Maintenant, ces pays ont la paix car tenter d ‘y pénétrer n’est plus « rentable » pour les passeurs.

L’attitude française a été, comme d’habitude, suiviste vis-à-vis de l’Allemagne mais aussi hésitante sur le fond. Confrontée à un chômage de masse et à la présence d’une population d’origine étrangère dont l’ampleur occasionne les problèmes que l’on sait, la France était face à une contradiction. On ne pouvait ou ne voulait s’opposer à l’Allemagne (dont on disait en privé que son attitude était folle), on ne pouvait non accueillir trop de monde, d’où les déclarations contradictoires de Hollande et de son premier ministre Valls.

2/ Tout le tamtam du « politiquement correct » a été mis en branle l’été dernier pour tenter de convaincre la population européenne de la « nécessité » d’accueillir ces « pauvres réfugiés » qui fuyaient la guerre en Syrie et les deux responsables désignés : l’Etat Islamique, bien sûr, mais aussi le « tyran » Bachar-el-Assad. Photos de cadavres d’enfants à l’appui, on a tenté de nous culpabiliser. Et ceux qui ont eu la lucidité (je me targue d’en faire partie : relisez mes articles du 30 août 2015 « l’afflux de migrants, que faire ? » et du 6 septembre 2015 « non aux migrants inassimilables et soit disant réfugiés ») de tirer la sonnette d’alarme ont été accusés d’ « égoïsme », d’ « islamophobie » et de « racisme ». J’ai personnellement essuyé quelques injures sur facebook et ailleurs.

Aujourd’hui, on commence à réaliser que les opinions publiques ont été bernées.

90% des migrants qui arrivent dans l’Union européenne sont pris en main par des mafias de passeurs qui gagnent beaucoup d’argent dans ce trafic particulièrement juteux (si vous avez vu hier soir l’émission « envoyé spécial » sur France 2, je pense que vous êtes désormais édifiés).

Le formidable appel d’air occasionné par les déclarations irresponsables de madame Merkel et d’autres dirigeants européens a convaincu des centaines de milliers de Syriens, mais pas seulement, que l’Europe est un eldorado et qu’il suffit d’y entrer pour être pris en charge, soigné, logé et subventionné.

Cette entrée en Europe a certes un coût et un risque. Le coût, ce sont les 2 à 10 000€ qu’il faut payer aux passeurs pour franchir les frontières. Vu ce qu’on reçoit à l’arrivée, c’est un investissement facile à rentabiliser (mais tous n’ont pas cette somme : seule une minorité peut le faire). Les plus fortunés peuvent payer les passeurs les plus sérieux (il y en a beaucoup ; c’est comme les agences de voyage : il y a les bonnes et les mauvaises, au « consommateur » d’être perspicace) : les « meilleurs » procurent faux papiers et billets d’avion, les plus filous font monter dans les embarcations bas de gamme sur lesquelles les risques sont les plus grands. Le risque c’est, pour les plus malchanceux, la mort par noyade, pour les autres, de se faire refouler (peu le sont).

Les morts tragiques en mer sont épouvantables et nul ne peut en accepter même l’idée. Mais qui sont les responsables ? Nous, les passeurs ou, plus encore, les criminels inconscients (oui, le père d’Aylan, ce « héros » mort sur une plage de la mer Egée, est un criminel) qui mettent un enfant de 3 ans sur un canot pneumatique ? Contrairement à ce qu’on tente de nous faire croire, les responsables, ce n’est pas nous.

Un mot sur ces naufrages : 3 ou 4000 morts, c’est tragique, c’est inacceptable. Mais qu’y pouvons-nous ? Transporter gratuitement dans des bateaux sécurisés ou en avion tous ceux qui se présentent ? Combien de millions ? Ces morts, c’est évidemment trop, mais relativement peu par rapport au million et demi de migrants entrés en Europe en 2015. C’est pourquoi, ils continuent de venir, assurés qu’ils sont que, une fois entrés dans l’UE, ils n’en sortiront jamais.

Ils prennent un risque assumé. Ce ne sont pas, pour la plupart et contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, des désespérés, mais plutôt des gens qui ont les moyens d’aller se « plaquer », un peu comme ces Français qui ont fui la seconde guerre mondiale pour s’installer en Californie ou en Australie. On ne demande pas à tous d’être des héros et de se battre sur le terrain contre « Daesh ». Mais qu’on ne vienne pas me dire que ces jeunes dans la force de l’âge qui viennent se planquer en Europe pour y vivre aux frais des Européens le sont !

Une autre remarque sur les migrants coincés aux frontières. Avez-vous remarqué que la « pression migratoire » se déplaçait d’une frontière à l’autre au gré des circonstances ? On a eu Melilla et Lampedusa. Miracle, il n’arrive plus grand monde à ces lieux. On a eu la route au départ de l’Italie et remontant en Allemagne via la France. Moins d’amateurs aujourd’hui. C’est la route du Danube qui depuis l’été dernier « tient la corde ». La Hongrie s’est fermée, on a tenté la Croatie. Cette semaine, des dizaines de milliers de migrants tentent de passer de Grèce en Macédoine, pays non membre de l’UE. Pourquoi n’essaient-il pas d’entrer en Bulgarie, membre de l’UE, ou en Albanie ? Ces pays ont des frontières avec la Grèce plus longues que la Macédoine.

La réponse est simple. Les migrants sont manipulés par les passeurs avec la complicité objective des ONG. Ils sont amenés là où on pense que l’effet de masse, bien médiatisé, finira par ouvrir le passage. Il n’y a aucun mouvement spontané.

Autre remarque enfin. Pourquoi veulent-t-ils tous venir dans l’Union européenne ? Simplement à cause de l’appel d’air mentionné plus haut. On a fait croire à des millions de gens que l’Europe allait les accueillir, les nourrir et leur servir, avec ou sans travail, des revenus plusieurs fois supérieurs à ceux qu’ils avaient là-bas.

L’attitude européenne a été irresponsable. Plus on en recevra, plus il en viendra, plus le business des passeurs (et des ONG) sera fructueux, plus les profits du patronat allemand seront grands, mais aussi, plus les politiques d’austérité, déjà insupportables, pour les peuples européens, seront aggravées, plus aussi la vie de nos citoyens sera rendue insupportable au quotidien, plus aussi, et ce n’est pas négligeable, sera facilitée la tâche des terroristes islamistes qui veulent détruire notre civilisation.

3/ Que faire ?

Je renvoie le lecteur à mes articles précédents que je résume :

a/ Faire le tri entre vrais réfugiés et migrants attirés par le mythe européen (le mythe, pas la réalité!) et faire ce tri dans les pays de premier refuge (au sens des conventions internationales) et non en Europe sous le fait accompli. Bien sûr qu’il faut accueillir (et transporter depuis leur lieu de départ) les anciens traducteurs de l’armée française en Afghanistan menacés de mort par les talibans, bien sûr qu’il faut accueillir les Chrétiens et les Yazidis menacés d’extermination par les barbares islamistes. A ceux-là, il faut donner des titres de séjour sans délai et ne pas mégoter sur l’accueil. C’est l’honneur de la France de le faire (ce qu’elle ne fait pas beaucoup). Les autres, en particulier ces femmes voilées qui fuient le régime laïc de Syrie, ils n’ont pas leur place chez nous. L’Arabie saoudite et le Qatar seraient mieux adaptés, mais Hollande, soucieux d’y vendre « ses » Rafale, se garde bien de faire pression.

b/ N’accueillir que des gens assimilables. Assimilables, cela signifie pouvoir et vouloir travailler, connaitre les langues des pays d’accueil (ce n’est pas rédhibitoire, cela s’apprend) et adhérer aux valeurs de nos sociétés. Soyons clair sur ce dernier point, essentiel : être musulman, si on accepte le fait qu’on se trouve dans un pays laïc de tradition chrétienne et si on garde sa religion pour sa vie privée, ce n’est pas un problème insurmontable. Mais vouloir recréer en Europe des sociétés (ou des contre-sociétés) régies par la charia, ce n’est pas acceptable. A moins que les sociétés occidentales aient le goût du suicide.

c/ Rétablir les frontières et le droit. Cela signifie qu’on ne rentre pas dans notre pays comme dans un moulin, que tout étranger doit avoir un titre de séjour en règle et que ceux qui n’en ont pas tombent sous le coup de la loi (à titre d’exemple, entrer aux Etats-Unis sans titre et être pris se traduit par l’arrestation, le procès et l’expulsion après avoir payé une forte amende ; chez nous, au maximum, on est reconduit à la frontière et on tente sa chance le jour suivant, sans aucune sanction).

Et ceux qui sont déjà là, me direz-vous, par exemple dans la « jungle » de Calais ? Le principe devrait être la reconduite = effective = à la frontière. Tout principe a évidemment des exceptions. On peut être ferme et faire preuve, aussi, d’humanité. Il y a des cas dramatiques. Il faut les traiter comme tels. A cet égard, avait-on besoin d’envoyer des bulldozers sur la « jungle » de Calais en plein hiver et sous la pluie ? Je ne crois pas. Il fallait le faire avant, ou alors attendre le printemps.

d/ Traiter le problème syrien à la source par une lutte sans merci (et autre que par des postures) contre Daesh et ses complices en coordination et alliance avec tous ceux qui sont décidés à lutter, en particulier la Russie et la Syrie légale, celle du président Assad.

Quant à ceux qui fuient la misère et non la guerre, ils ont droit, aussi, à la dignité. La mondialisation a des conséquences catastrophiques partout, chez nous mais aussi dans le tiers-monde. Arrêtons avec l’absurde « construction » européenne, qui, en fait, détruit nos sociétés au lieu de les renforcer. Rétablissons nos frontières nationales et proposons à l’Afrique un bon partenariat mutuellement avantageux (fait il y a vingt ans, cela était possible et souhaité par les Africains ; ce serait plus difficile aujourd’hui, mais il n’est peut-être pas trop tard ; trop tard, ce le sera dans dix ans quand l’islamisation obscurantiste du Maghreb et du Sahel sera devenue irréversible).

4/ Une dernière observation qui pourrait être ironique si le thème n’était aussi tragique. Quel signal, quelle crédibilité donne l’Union européenne avec un « président » (l’ancien dirigeant polonais battu aux élections et reconverti) qui « demande » aux migrants de ne plus venir après avoir dit le contraire, avec une « ministre des affaires étrangères » que personne ne connait mais qui se promène de réunion internationale en forum en faisant des déclarations que personne n’écoute, avec des sommets grotesques où jamais aucune décision sérieuse n’est prise et avec ces sempiternelles rencontres Merkel-Hollande (après Merkel-Sarkozy) commentées par un président français qui veut donner l’illusion qu’il a encore une prise sur les évènements et sur sa partenaire ?

Un signal pathétique et une crédibilité nulle.

On a parfois l’impression d’assister à la fin d’un monde qui risque de s’écrouler comme s’écroula l’empire romain.

Saurons-nous reprendre notre destin en main ?

« To be or not to be », être ou ne pas être, voilà la question identitaire de l’Europe.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus.

Si nous voulons à nouveau exister, il est urgent de mettre fin à l’ « Union » européenne, qui ne peut être que désunion et qui détruit notre continent. Mettre fin à cette institution et à cette imposture qui ressemble de plus en plus à un monstre, ce n’est pas une condition suffisante pour faire revivre l’Europe, mais c’en est assurément une condition nécessaire.

Ensuite, on pourra reconstruire nos pays et établir une coopération internationale entre peuples souverains.

Yves Barelli, 4 mars 2016

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 15:28

David Cameron a obtenu tout ce qu’il voulait à l’issue du faux suspense de la négociation à Bruxelles sur le « Brexit ». Le scénario était écrit d’avance : les membres de l’UE (en premier lieu Allemagne et France) étaient prêts, comme d’habitude, à n’importe quel compromis boiteux, pourvu qu’on conserve la fiction d’une Union qui « va de l’avant », sans que nul ne puisse dire, ni même imaginer, vers où. Reste à voir si les électeurs britanniques se contenteront de ce pseudo accord ou s’ils choisiront de prendre le large.

1/ Le sommet européen qui s’est achevé le 19 février s’est déroulé comme d’habitude : une dramatisation destinée à berner les opinions publiques, des discussions serrées de marchands de tapis en vue d’obtenir in fine tel ou tel avantage secondaire, mais un scénario écrit à l’avance débouchant sur un compromis et un texte final ambigu que chacun lira comme il voudra.

En diplomate adroit, le chef du gouvernement britannique demandait le maximum pour obtenir l’essentiel. Le maximum, c’était un droit de regard sur la politique de la zone euro dont le Royaume-Uni n’est pas membre. C’était évidemment inacceptable, mais cela servait en fait non seulement à obtenir satisfaction sur tout le reste mais aussi à donner quelques « biscuits » à Merkel et à Hollande pour faire croire à leurs opinions publiques, probablement pas dupes, que, grâce à une volonté « responsable » d’aboutir, non dénuée de « fermeté » (cela pour la galerie), ils avaient sauvé l’essentiel, à savoir les grands « principes » (lesquels ?) européens et, surtout, la volonté « commune » de continuer à « construire » une Union européenne dont nul ne voit plus aujourd’hui en quoi consiste exactement cette mythique construction, si ce n’est à fortifier un peu plus une bureaucratie bruxelloise qui paralyse les Etats sans proposer de véritable projet alternatif.

Cameron est rentré à Londres avec ce qu’il voulait : son pays conforte son statut « particulier » (obtenu du temps de Madame Thatcher) ; il sera donc engagé moins que jamais dans les abandons de souveraineté présents et à venir et, de fait, entre la loi de Londres et celle de Bruxelles, c’est toujours la première qui prévaudra.

Un aspect pratique est que, pour au moins sept ans (cela est le compromis affiché ; la réalité est qu’on ne reviendra jamais à la situation antérieure), le Royaume-Uni est libre de réserver à ses nationaux les avantages sociaux décidés par le gouvernement ou les Communes. Les étrangers communautaires seront donc soumis au régime général de tous les autres étrangers. Ils conservent toutefois le droit de s’installer au Royaume-Uni. Il n’est même pas sûr qu’ils conservent encore longtemps ce privilège.

Cameron a le mérite de ne pas être hypocrite, travers que d’aucuns prêtent souvent aux citoyens de sa Gracieuse Majesté. Il a affirmé haut et fort tout au long de la négociation, à l’usage de ses (encore ?) « partenaires » et surtout de ses propres concitoyens, que seuls les intérêts britanniques motivaient sa démarche. Pour que ce soit encore plus clair, c’est devant le seul étendard britannique que le « premier » britannique s’adresse à la presse et, au-delà, au monde (quelle différence avec notre président, toujours affublé, où qu’il soit, de ce ridicule « drapeau » européen !).

Comme prévu, sa fermeté a payé. Cela était d’autant plus facile pour lui qu’il savait que, en face, il n’aurait que des dirigeants seulement soucieux de sauver les apparences, en particulier celle d’un accord « unanime » permettant à l’UE de continuer sa marche chaotique mais déterminée vers un mur dont on ne sait où il se trouve mais dont les observateurs lucides sont convaincus de la réalité. Nos négociateurs réussiront peut-être longtemps à éviter ce mur au dernier moment, mais au prix d’un mouvement en rond condamnant les peuples européens au cercle vicieux du déclin.

2/ J’avoue que, désormais, lorsque je vois François Hollande (ou tout autre représentant de la bien-pensance politiquement et européistement correcte) s’exprimer sur l’Europe (en fait sur n’importe quel autre sujet), je « zappe ». Cette autosuffisance m’est devenue insupportable. Son langage est pathétique lorsqu’il nous parle de « projet » européen, de « marche en avant » de l’Union, de « construction » européenne. Mais quel projet ? Quelle marche ? Quelle construction ?

Que du vide et doublement vide. Notre président, totalement inféodé aux intérêts du grand capital (devenu apatride), aux décisions de Berlin et de Washington et à celles de technocrates grassement payés à Bruxelles et sans aucune légitimité démocrate, n’a aucun pouvoir réel. Non que la France n’ait plus de moyens mais parce qu’il ne lui vient même pas à l’idée de les utiliser (pourquoi le Royaume-Uni, qui a à peu près la même taille et le même poids économique que la France, obtient tout et la France rien ? Voyez l’exemple agricole, il est pathétique).

Et si encore les « protectorats » de Berlin et de Washington nous assuraient croissance et prospérité, ce serait un moindre mal. Mais là aussi, c’est le vide sidéral. Des guignols se disputent l’honneur d’entrer à la Maison Blanche pour exercer un pouvoir qui, en fait, ne leur appartient pas et à Berlin, une chancelière sans envergure et dans l’improvisation (ce qui, pour un Allemand est grave : un jour elle veut accueillir un million de migrant et le lendemain, elle trouve qu’il y en a trop !) dont le seul objectif est de conserver la valeur de l’épargne de rentiers qui ne font même plus d’enfants.

3/ David Cameron a promis un référendum (probablement courant juin de cette année) sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Il n’est pas gagné d’avance.

En bon pragmatique, Cameron estime que, l’un dans l’autre, le RU a intérêt à rester dans l’UE.

Non par amour de ce « machin » dont il est convaincu, comme la plupart des Britanniques (mais aussi de beaucoup d’autres à l’extérieur, dont je fais partie), que non seulement il est inutile mais même qu’il est nuisible.

En restant dans une « Union » au sein de laquelle le Royaume-Uni fait, de toute façon, ce qu’il veut, Cameron estime qu’il pourra mieux la contrôler, y compris en bloquant ses décisions les plus mauvaises.

En outre, la Grande Bretagne bénéficie d’une situation paradoxale. Ce pays, qui est le moins « européen », a massé au sein de la Commission et de l’appareil administratif de Bruxelles, de nombreux fonctionnaires et « lobbyistes » qui y ont une influence déterminante.

Ils y font souvent la pluie et le beau temps pas seulement parce que, désormais, on travaille en anglais à Bruxelles (de toute façon les diplomates et les hauts fonctionnaires britanniques maitrisent souvent bien le français, deuxième langue de l’UE), mais aussi et surtout parce que ces Britanniques ont souvent des qualités remarquables, bien au-dessus de la moyenne des Européens (les Français sont bons aussi, mais étant serviles par rapport à l’UE, ils sont moins efficaces que les Anglais dans la défense des intérêts nationaux. Je fais ici une parenthèse personnelle : en trente ans de carrière, j’ai participé à des milliers de réunions entre diplomates européens : nos instructions étaient presque toujours « vous vous concerterez avec vos partenaires pour aboutir à une position commune » ; mes collègues anglais, eux, recevaient des instructions impératives en leur demandant de les faire prévaloir même s’il étaient isolés ; le résultat était qu’on aboutissait à des compromis à mi-chemin entre la position anglaise et celle des autres et, lorsque ce compromis était trop éloigné de leur position initiale, les Anglais le refusaient et il n’y avait donc pas de « décision » européenne).

Si le RU sort de l’UE, ses fonctionnaires et ses lobbyistes devront quitter Bruxelles. Ce n’est pas déterminant, mais ce n’est pas rien.

Il existe un autre « argument » tout à fait fallacieux en faveur du maintien du RU dans l’UE selon lequel, compte tenu du fait que l’UE est le premier partenaire économique du RU, si celui-ci en sortait, il perdrait gros. Cela, y compris pour le rôle international de la « City ».

Cet argument est tellement stupide que je ne crois même pas que Cameron (à la différence de nos médias ignorants ou de mauvaise foi) le mettra en avant dans sa campagne référendaire. La Suisse et la Norvège sont hors UE et ils commercent exactement comme les autres. La Chine n’est pas dans l’UE et nous sommes inondés de produits chinois les plus divers. L’UE a réussi ce tour de force d’avoir démantelé à peu près totalement ses barrières douanières. Nous sommes désormais la zone économique la plus ouverte dans le monde. C’est la philosophie de l’UE que de laisser libre cours à la concurrence, qu’elle vienne de dedans ou de dehors. Il n’y a aucune politique industrielle, et en fait aucune politique du tout. Seule la préservation de la concurrence est l’alpha et l’oméga. L’Angleterre à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE, cela, d’un point de vue économique, ne changera pas grand-chose.

Mais il y a une autre considération que tout le monde a en tête à Londres, même si on en parle peu. L’année dernière, l’Ecosse a refusé l’indépendance de peu. Or, c’est une constance de l’histoire des îles britannique d’avoir été le théâtre d’une cohabitation souvent difficile entre « nations » inégales. L’Irlande, saignée au 19ème siècle par un pouvoir anglais impitoyable, l’a payé au prix fort. Pas étonnant que les Irlandais soient des « européens » militants. Pas par amour de l’UE (ils sont aussi pragmatiques que les Anglais). Pas non plus vraiment pas intérêt (l’Irlande profite de ses avantages fiscaux mais le peuple irlandais subit l’austérité européenne). Mais surtout pour mieux s’émanciper de l’encombrant voisin anglais. C’est pourquoi, l’Irlande a immédiatement adopté l’euro et est même passé au système métrique. Si le Royaume-Uni sort de l’UE, il est plausible de penser que l’Ecosse demandera un nouveau référendum d’autodétermination dont le résultat pourrait être, cette fois, un « oui » à l’indépendance. Il est probable que cette considération va jouer en juin prochain en faveur d’un oui à l’Europe. Chez les électeurs écossais certainement (mais ils ne sont que 10% du total) et aussi, sans doute, chez nombre d’électeurs anglais qui se fichent éperdument de l’Union européenne mais qui sont attachés à l’unité du royaume.

Les premiers sondages sont à peu près à 50/50. Le gouvernement de Cameron est lui-même divisés : près de la moitié des ministres vont faire campagne pour le non (ce qui montre le sens de la démocratie dans ce pays où on consulte le peuple, où on promet à l’avance de respecter son choix et où on évite les pressions y compris au sein de la majorité. Pouvons-nous en dire autant en France ?).

Le patronat, qui a horreur des incertitudes est plutôt favorable au maintien dans l’UE, mais il est lui-même divisé, comme l’est le peuple britannique.

La campagne a tout juste commencé. Elle va être passionnante à suivre.

Etant moi-même favorable à la fin de l’UE, je souhaite évidemment que les Britanniques disent non. Mais cela est mon point de vue de Français. Il est vrai que, d’un point de vue britannique, les arguments en faveur du oui et du non s’équilibrent. Si j’étais Anglais, je voterais par principe non par amour de ma Nation pluriséculaire. Mais je n’en voudrais pas à ceux qui prendraient une autre décision. Tous sont attachés à la souveraineté du Royaume-Uni. Et cela est réconfortant pour l’avenir de ce pays qui a tant apporté au monde.

Yves Barelli, 20 février 2016

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 11:54

Je ne sais s’il faut qualifier Alexis Tsipras de politicien astucieux et charismatique ou de politicard ambitieux et minable. Je ne connais sans doute pas assez l’homme et la Grèce pour le dire. Peut-être est-il en fait une combinaison des deux, à l’image de ce pays, habitué depuis l’Antiquité aux savantes combinaisons politiciennes données en spectacle sur l’Agora qui sont le reflet de jeux de l’esprit et de la pensée sophistiqués (enfin, si l’on veut, car j’y vois peu de cette « sophia », la sagesse en grec) mais à la déontologie souvent douteuse et aux prolongements pratiques rarement à la hauteur de la rhétorique.

1/ Les élections générales qui se sont tenues le 20 septembre en Grèce sont en fait un non évènement. On a tant parlé de ce pays ces derniers temps que les commentateurs s’y intéressent encore par habitude. Moi aussi. Pourtant, le résultat de ce vote était sans importance puisque le gouvernement grec a accepté cet été pour la troisième fois en peu de temps le dictact européen qui met le pays sous tutelle et lui impose un programme d’austérité que toute personne honnête juge irréaliste et nuisible dans la mesure où il va enfoncer davantage encore le pays dans la crise et, par ricochet, va encore plus fragiliser l’euro (on sait que la prochaine échéance, celle d’un remboursement impossible d’une partie de la dette grecque, est prévue avant la fin de l’année : il nous faudra, une fois de plus, payer pour empêcher la Grèce et l’euro de couler).

2/ Les trois capitulations en rase campagne de la Grèce devant les exigences allemandes ont été le fait de trois forces politiques opposées, les socialistes du PASOK d’abord, puis la droite de la Nouvelle Démocratie, enfin Syriza, présenté avant qu’il ne trahisse ses engagements comme une nouvelle force d’extrême-gauche antisystème.

La gauche du PASOK, là comme ailleurs en Europe, est si déconsidérée, qu’elle a quasiment disparue de l’échiquier politique. Elle a obtenu hier un dérisoire 7,5% des suffrages exprimés.

La droite de Nouvelle Démocratie a au moins le mérite de la constance dans son européisme et son soutien des possédants. Elle a recueilli 28,1%.

Syriza a sauvé les meubles en réunissant encore cette fois 35,5% des voix. Alexis Tsipras, par le jeu institutionnel qui attribue une prime de 50 sièges au parti arrivé en tête et grâce à l’apport de son allié « souverainiste » (mais qui accepte de faire au gouvernement le contraire de ce qu’il dit penser !) de l’ANEL (3,5%), formera à nouveau le gouvernement nominal de la Grèce (le véritable est à Bruxelles).

Les autres formations obtiennent des résultats non négligeables (« Aube dorée », parti présenté comme néo-nazi – 7,1% - et Parti Communiste – 5,5%). Elles seront représentées au parlement, mais n’y auront aucune influence.

Le « parti » qui, en fait, est majoritaire est celui de l’abstention : en dépit du vote en principe obligatoire, 45% des Grecs ne se sont pas présentés dans les bureaux de vote. Ils ont estimé, avec raison, qu’entre des partis qui passent leur temps à renier leurs promesses et d’autres qui ne correspondent pas à leurs aspirations, ils n’avaient pas vraiment le choix, d’autant que, de toute façon, le pouvoir n’est plus à Athènes, s’il y a jamais été.

3/ Ceux qui ont voté ont donc choisi à leurs yeux le moindre mal. Le peu de monde dans les rues d’Athènes pour fêter la dérisoire et amère « victoire » de Syriza montre qu’ils l’ont fait sans enthousiasme, en fait dans la résignation. Ils ont été déçus par Tsipras mais l’étaient encore davantage par les autres. Parmi tous les mauvais, Tsipras a réussi à apparaitre comme le moins mauvais. Ce n’est pas une moindre performance pour quelqu’un qui a menti avec un tel aplomb à son peuple et qui, au pouvoir, fait exactement le contraire de ce pourquoi il avait été élu en janvier dernier. Chapeau l’illusionniste. L’homme est un excellent orateur. Cela plait au bord de la mer Egée où la forme prime souvent sur le fond. Jeune, décontracté, il plait encore aux plus naïfs et, chez les autres, qui ne l’aiment plus, on le trouve quand même moins antipathique que ses concurrents. Pensez : il est allé jusqu’à dire cet été qu’il n’était pas d’accord avec ce qu’il venait de signer. Cela rappelle le soutien d’une bonne partie des Français au maréchal Pétain après sa capitulation face à l’Allemagne en 1940. Lorsqu’on est soi-même pleutre et un peu honteux, on est soulagé d’être représenté par un homme qui vous ressemble.

Les plus optimistes disent que Tsipras est très fort et que, finalement, il a réussi à rester aux commandes alors que les Allemands, la plupart des Européens et les « marchés » voulaient sa peau. Il a plié mais pas rompu et, finalement, au-delà des abandons, il préservera l’essentiel pour la Grèce en limitant les conséquences dramatiques pour les plus faibles du nouveau plan d’austérité imposé à la Grèce. Comme Pétain en 1940 (on sait ce qu’il est advenu après).

Ce n’est pas mon opinion. Les seules choses que Tsipras a sauvées ce sont son ego et son ambition personnelle. Du moins à court terme, car je ne donne cher de son avenir politique. A moins qu’il ne fasse une nouvelle carrière sur une ligne à l’opposé de celle qui l’a porté au pouvoir en janvier. Pas impossible après tout dans un pays où tout et son contraire font partie du paysage.

Mais la carrière de Monsieur Tsipras ne m’intéresse pas et j’ose croire que beaucoup de Grecs sont sur ce sentiment. Ce personnage a trahi et, qu’il réussisse ou pas (mais réussir à quoi, au juste ?), cela ne devrait pas intéresser. Je n’ai jamais eu d’estime pour les conseils de Machiavel au « prince ». Si j’ai apprécié en leurs temps Masaryk et Havel (avant qu’il ne devienne président), c’est parce que je crois qu’en politique et dans la vie la morale a une place. Gagner par la fourberie et la tricherie, cela ne m’intéresse pas. C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais fait une carrière politique. Ma démarche manque sans doute d’efficacité. Mais si, pour gagner, y compris pour la bonne cause, il faut mentir, ce sera sans moi.

4/ Pour revenir au sujet, celui de la Grèce, que va-t-il se passer maintenant ?

A court terme, rien. On continue comme avant. Syriza reste aux commandes nominales, le plan d’austérité et de destruction de l’économie et de la société grecques va continuer de s’appliquer et la zone euro continuera de s’enfoncer un peu plus.

Et à plus long terme ?

On peut espérer que les Grecs et les Européens comprendront un jour. Et le plus tôt sera le mieux car toute journée qui passe rend la solution plus difficile et plus douloureuse.

Ma conviction (je peux me tromper mais, depuis quelques temps, je dois dire que mes prévisions, et celles de quelques autres, pessimistes sur les chances de la Grèce et de l’Europe de se redresser en gardant le système actuel se sont avérées justes) est la suivante :

a/ la seule chance de la Grèce de sortir de la situation sans espoir actuelle est la sortie de l’euro = et = des réformes internes de grande ampleur, à commencer par celle des mentalités et des comportements : sortir de l’euro sans changer le fonctionnement du pays ne servirait pas à grand-chose, mais tenter de faire les réformes nécessaires en gardant l’euro est voué à l’échec. Les Grecs, dont les sondages montrent qu’ils sont majoritairement attachés à l’euro, et sans doute aussi à leurs travers historiques, n’y sont pas encore prêts. Sans doute leur faut-il encore plus d’austérité et encore plus de crise pour qu’ils comprennent. Espérons qu’ils ne tardent pas trop.

b/ On peut en dire autant pour les Européens. L’euro plombe nos économies parce que c’est une monnaie artificielle que l’on maintient en survie depuis dix ans à coup d’austérité, de recul social et de sacrifice des services publics. Une majorité de nos concitoyens est consciente de la faiblesse congénitale de l’euro mais a peur pour son épargne et craint qu’en arrêtant avec l’euro, le remède sera pire que le mal. Tant que cet état d’esprit perdurera, nous resterons dans la crise permanente, c’est-à-dire structurelle.

Ce qui est vrai pour l’euro l’est encore plus pour l’Union européenne. Ce monstre institutionnel n’apporte aucune solution, n’a aucune politique cohérente, aucun projet d’avenir (et même de présent). Pas assez de force pour les porter, mais assez de pouvoir pour empêcher les Etats-membres d’en avoir.

Face aux grands défis, croissance, chômage, protection sociale, protection de l’environnement, protection de nos valeurs et de notre sécurité face à l’islamisme conquérant, l’Europe n’a aucun projet et les gouvernements nationaux à peine plus de pouvoir que celui d’Athènes.

En l’état actuel, l’Europe est en train de se suicider.

Il est temps que l’instinct vital de survie entraine chez les peuples européens une reprise en main de leurs destins.

Sans quoi, nous serons tous Grecs.

Yves Barelli, 21 septembre 2015

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