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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 20:38

 Tombouctou vient d’être libérée le 28 janvier par les troupes françaises après presque un an d’occupation par des milices armées composées de fanatiques islamistes, de trafiquants sans scrupule (souvent les mêmes) et de quelques Touaregs égarés aux revendications légitimes mais bien vite marginalisés (et souvent physiquement éliminés).

 

La folie meurtrière de ces individus paranoïaques qui se réclament d’une religion dont ils appliquent stupidement et bestialement de supposés préceptes (la question n’est pas de savoir si leur interprétation est juste ou fausse : il n’y a pas lieu d’entrer dans un débat inopportun sur la justification ou non d’un crime pour des motifs religieux ou autres. Un crime est un crime et il faut s’y opposer. Point final. C’est vrai aujourd’hui des « djihadistes », comme ce le fut autrefois des inquisiteurs qui envoyaient les « hérétiques » au bucher. Quant à l’exercice, utile, d’exégèse des écritures saintes d’une religion, je le laisse aux adeptes de cette religion) est en opposition avec l’histoire humaniste de la cité du désert.

 

D’un côté, les assassinats, la terreur, les lapidations, les mutilations, les interdictions stupides de tout et n’importe quoi, pas seulement l’alcool mais aussi fumer ou écouter de la musique, l’imposition du port du voile pour les femmes et, pour les hommes, d’une tenue identique à celle portée au 7ème siècle dans le Hedjaz par les compagnons du prophète, les destructions de monuments religieux inscrits au patrimoine de l’humanité sous prétexte qu’ils seraient incompatibles avec leur conception folle de la religion, et bien d’autres signes de l’arriération mentale et de la perversité de desperados venus des quatre coins de la « oumma » (communauté des pays musulmans), mais aussi de certaines banlieues françaises où des enfants perdus suivent le chant de haine propagé complaisamment par la chaine de télévision qatari « al Jazira » (qui appartient à cette famille Al Thani qui possède le Qatar – où il n’y a jamais eu d’élection – le PSG, des palaces et des entreprises en Europe, qui construit des mosquées en Afrique, qui fournit des armes directement aux rebelles syriens et indirectement aux terroristes d’Al Qaida et qui s’ « honore » de l’ « amitié » de certains Français intéressés.

 

De l’autre, la civilisation brillante et humaniste qui fit au moyen-âge la splendeur et la renommée de Tombouctou. Le contraste entre ce que l’Humanité peut produire de pire et de meilleur ne pouvait trouver meilleure illustration qu’à Tombouctou.

 

Le scandale n’est pas seulement dans le fait que de tels cinglés aient pu s’emparer d’un haut lieu de la culture. Il est aussi dans le long délai qui a pu se passer entre l’entrée des islamistes – quelques centaines au départ - à Tombouctou et la libération de la ville par les troupes françaises. Mais, mieux vaut tard que jamais. J’avais honte d’être français. J’en suis aujourd’hui fier.                

 

Tombouctou est un nom un peu magique qui fait rêver et qui est propulsé aujourd’hui sur le  devant de l’actualité. Mais peu savaient jusqu’à hier où se trouvait exactement cette cité.

 

Voici donc quelques rappels géographiques et historiques, mais aussi, et cela va en étonner plus d’un, une information sur un programme de coopération d’avant-garde qui associe le nom de l’antique université Sankoré de Tombouctou à la modernité.    

 

Tombouctou, aujourd’hui à peine peuplée de quelques milliers d’habitants, se trouve au Mali, légèrement à l’écart de la boucle du Niger à l’entrée du grand désert saharien. Cet emplacement stratégique explique son destin exceptionnel. Là aboutissaient les caravanes apportant le sel et d’autres denrées du nord et celles qui transportaient les produits du sud, en particulier l’or du pays Akan (actuel Ghana, qui s’appelait autrefois la « Côte de l’Or »). Cette cité fut longtemps fermée aux étrangers non musulmans. Il fallut attendre 1828 pour que René Caillié « découvre » ce lieu mystérieux pour les Occidentaux.

 

Carrefour commercial, Tombouctou devint aussi très tôt un centre intellectuel. Dès le 13ème siècle, tous les écrits des plus grands savants arabes, mais aussi des philosophes grecs de l’Antiquité, sont présents à Tombouctou qui joue un rôle de premier plan dans l’empire du Mali, puis dans celui des Songhaï. Ces Etats étaient parmi les pouvoirs politiques les plus brillants qui existaient dans l’Afrique sub-saharienne bien avant la colonisation. Ils fédéraient les ethnies, notamment bambara, peul ou songhaï qui peuplent encore aujourd’hui la vallée centrale du fleuve Niger qui constitue l’actuel Mali (l’un des Etats africains les moins artificiels dans sa configuration). Dans le même temps, les caravaniers touaregs, dont la zone d’action s’étendait à l’ensemble du Sahara, mettaient en relation ces Etats avec les pouvoirs arabo-berbères de l’Afrique du Nord et de l’Espagne.

  

L’âge d’or de Tombouctou se situe au 16ème siècle. La cité compte alors de nombreuses mosquées, 180 écoles coraniques et jusqu’à 25 000 étudiants dans son université Sankoré. De nombreux savants et des écrivains viennent s’y installer depuis l’ensemble du monde arabo-musulman.

 

L’intellectuel local le plus célèbre fut Ahmed Baba. Né en 1556, il reçoit l’enseignement des plus grands savants de Tombouctou. Lorsque les Marocains s’emparent de la ville, Baba est emmené à Marrakech où pendant douze ans il exerce une grande influence ; il y écrit 29 des 58 ouvrages qu’il a rédigés au cours de sa vie. De retour à Tombouctou en 1607, il consacra les 20 dernières années de sa vie à l’enseignement et à la rédaction de « fatwas » (préceptes religieux tirés de l’interprétation des textes saints).

 

Par la suite, Tombouctou tomba en déclin et, partiellement, en ruines. Les conflits locaux avaient désorganisé le commerce transsaharien et la colonisation du littoral guinéen avait dévié le commerce de l’or vers la voie maritime. René Caillié ne put être que déçu en découvrant une bourgade modeste. 

 

Le « centre culturel Ahmed Baba » de Tombouctou est dédié aujourd’hui à la récupération et à la restauration des manuscrits anciens dont le plus vieux date de 1241. Il en détient 15 000  et on estime que beaucoup plus dorment, mal conservés, dans des coffres chez des particuliers (j’en ai vu). Ces manuscrits sont pour la plupart écrits en arabe ; certains, en caractères également arabes, sont rédigés en langues africaines, songhaï et peul en particulier. Les ouvrages traitent de religion, mais aussi de philosophie, d’astronomie, de mathématiques, d’anatomie et d’autres sciences. Ils ont une réelle importance non seulement pour le Mali mais pour l’ensemble du monde arabe. Cela a notamment justifié que Tombouctou ait été  inscrite sur la liste du patrimoine de l’humanité de l’UNESCO.

 

C’est à ces trésors que les fous islamistes s’en sont pris. On espère que les destructions n’ont pas été trop importantes (au moment où j’écris ces lignes, j’apprends que les islamistes ont mis le feu, avant de partir, à ce qui est présenté comme « la » bibliothèque de Tombouctou, brulant des manuscrits. Je ne sais s’il s’agit du centre Ahmed Baba. Ce serait dramatique). On connaitra sans doute dans les jours à venir les actes d’héroïsme de personnes ayant caché au péril de leur vie ces témoignages du passé et de la culture. Quand il entendait le mot « culture », Himler sortait son révolver. Les islamistes, eux, sortent couteaux et kalachnikov, récupérées, oh ironie, en Libye après la « libération » du pays par les mêmes troupes françaises (décidément l’héritage de Sarkozy est lourd. Mais celui-là, les socialistes ont du mal à le dénoncer car ils se sont bêtement associés à l’invasion de la Libye).

 

Le caractère symbolique de la pérennité de la culture africaine est illustré par le nom « Sankoré », la fameuse mosquée-université de Tombouctou.           

 

C’est pourquoi le terme de « Sankoré » a été repris pour l’attribuer à un portail informatique qui se propose de mettre en rapport les enseignants africains par l’intermédiaire d’une université numérique virtuelle.

 

J’ai eu la chance d’être associé à ce projet porté il y a quelques années par le Fonds Mondial de Solidarité Numérique et son président, l’ancien ministre français Alain Madelin, en compagnie duquel je me suis rendu pour la première fois à Bamako pour préparer une  conférence internationale, intitulée « la solidarité numérique au service de l’enseignement et du développement », qui s’est tenu dans la capitale malienne le 27 janvier 2009 et au cours de laquelle a notamment été lancé officiellement le portail informatique Sankoré.

 

Le projet Sankoré a par la suite pris de l’ampleur. De simple site sur internet, il est devenu un programme cohérent de coopération. En 2010, la Délégation Interministérielle (française) à l’Education Numérique en Afrique (DIENA) a été créée. Elle est dotée d’un budget de 50M€ sur cinq ans placé auprès du ministère des affaires étrangères. Le professeur Albert Claude Benhamou en est le délégué interministériel et il m’est revenu d’en diriger la partie diplomatique, qui consiste notamment à assurer la liaison avec nos ambassades et les gouvernements africains.

 

Ce programme de coopération est original. Il s’agit de fournir à nos amis africains et selon des modalités qui sont arrêtées en coopération avec eux (la « coopération », pour être efficace – il y a malheureusement trop de programmes qui ne servent à rien, si ce n’est à engraisser quelques entreprises et bureaux d’études -, doit évidemment être un flux dans les deux sens, et, en l’occurrence cette expérience africaine est utile en France même), un système cohérent d’éducation numérique.

 

Qu’est-ce que l’éducation numérique ? C’est l’enseignement par le professeur (qu’il n’est pas question de remplacer par l’ordinateur) assisté par les moyens numériques. Le matériel est constitué d’un tableau numérique interactif (on fait désormais mieux que les premiers « tableaux », lourds, encombrants et chers, en utilisant des projections sur un simple mur blanc, donc qui ne coûte rien. Ces images virtuelles restent interactives, un stylet lumineux servant de souri), d’un rétroprojecteur et d’un ordinateur. Ce type de matériel, vendu au départ plus de 5000€ en Europe, nous coûte désormais 1000€, et cela, grâce à nos spécifications, avec des appareils résistant à la chaleur, au sable et à la poussière, et économes en énergie (c’est encore le point faible : il faut de l’électricité, mais bientôt le solaire permettra de la produire).

 

Ce matériel permet de projeter des cours et des illustrations et de travailler sur le produit, qui est ensuite saisi sur ordinateur. Comme le dit Alain Madelin, « je mets l’équivalent du contenu des meilleures bibliothèques du monde sur une clé USB connectée, au fond de la brousse, à un simple netbook ». Tout est dans la clé, aucune connexion internet (rare ou de mauvaise qualité en Afrique) n’est nécessaire.  

 

Certains nous ont dit : « mais vous voulez utiliser en Afrique le luxe couteux des pays développés ». Notre réponse est de montrer que, au contraire, ce système est particulièrement adapté à l’Afrique parce qu’il est simple, économique et fonctionnel. J’ai visité de nombreuses classes d’écoles africaines. Qu’y voit-on ? Plus de cent gamins, plus ou moins bien installés, sans manuels (la plupart du temps), voyant mal un tableau noir sur lequel un malheureux instituteur, mal formé (la moitié des instits sénégalais, pays « nanti » au Sahel, n’ont pas le bac), parlant mal français et s’adressant à des élèves non francophones, est obligé de recopier sur le tableau la leçon du jour (oui, ces profs sont des hussards de la république, comme étaient les nôtres au 19ème siècle). Avec nôtre système, il enseigne efficacement et, même, il apprend lui-même en enseignant. En outre, disposant des meilleures techniques du moment, ce système est valorisant tant pour les enseignants que les élèves et leurs familles.    

 

Plusieurs milliers de « tableaux numériques » ont déjà été fournis en Afrique. A 1000€ par classe de 100 élèves, ce n’est pas cher. Les instits sont très motivés, on l’imagine. Dans les quelques pays, dont le Mali, où le système est opérationnel, les instituteurs volontaires sont formés (quelques heures suffisent pour utiliser cette technique très simple), des installateurs (le matériel tient dans une valise) opèrent sous le contrôle des ministères, mais aussi des services de coopération de nos ambassades. Bref, ça marche, même si ça et là des problèmes inévitables apparaissent.

 

Quant aux enseignants qui participent au programme Sankoré, ils peuvent s’informer, se procurer gratuitement les cours, les modifier à leur guise et faire profiter leurs collègues de leur expérience grâce à la communauté Sankoré, forte maintenant de plusieurs milliers d’enseignants.

 

Dans certains pays, les plus démunis, dont le Mali, les ministères de l’éducation nationale (il faut avoir visité l’administration centrale de Bamako, un petit bâtiment délabré, pour comprendre la tache gigantesque qui est celle des responsables sahéliens de l’éducation, qui, avec peu de moyens, représentant pourtant une part significative du budget de l’Etat, doivent scolariser des effectifs qui doublent tous les dix ans du fait de la généralisation de l’éducation – déjà 80% presque partout – mais aussi de l’expansion démographique), sont surtout receveurs de l’action de la DIENA. Dans d’autres, cette action complète des programmes nationaux de haut niveau : j’ai ainsi visité à Alger la cellule numérique du ministère de l’éducation dont le niveau est comparable à ce qu’on fait à Paris ; leur expérience nous est utile). Les Tunisiens, mais aussi les Libyens (mais oui !) avaient aussi un niveau remarquable que les pouvoirs islamistes ou le chaos sont en train de ruiner.                                        

 

Par cette initiative, c’est symboliquement un lien qui sera tissé entre le passé prestigieux du continent africain et, au-delà des difficultés présentes, son avenir que l’on souhaite meilleur.

 

Ainsi va le programme Sankoré, modeste mais utile contribution au développement de l’Afrique, qui entend se placer dans la perspective historique de la civilisation d’un continent qui, certes, attend encore beaucoup de nous, mais qui a tant à donner, et a déjà donné, à la civilisation universelle.

 

Cette civilisation doit être fondée sur l’homme. L’humanisme est intrinsèquement lié à la civilisation. La culture est un facteur essentiel de développement économique parce les peuples ont besoins de racines et de valeurs, indispensables pour mettre la modernité à leur service et non le contraire, ces racines et ces valeurs que jamais les seules « lois » du marché ne pourront leur apporter. La sagesse africaine va retrouver possession de Tombouctou, joyau d’un passé au service du présent. La civilisation chasse la barbarie.

 

Cet réflexion ne concerne pas seulement le continent noir. Nous avons, en Europe aussi, besoin d’humanisme, de valeurs de partage et de racines sans lesquelles l’arbre du développement se meurt, laissant alors la place à toutes les barbaries, celle du nazisme autrefois, celle de l’islamisme aujourd’hui, mais, aussi, celle de ces « marchés » au nom desquels on asservit les peuples d’Europe.

 

Contempler Tombouctou, son passé, ses malheurs, c’est réfléchir au destin de l’Humanité et au monde que nous voulons construire.     

 

                                                                                  Yves Barelli, 28 janvier 2013 

 

 

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Published by Yves Barelli - dans culture
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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 12:00

L’opération « Marseille, capitale européenne de la culture » (simplement désignée ici sous le sigle de « MP2013 », MP pour Marseille-Provence. 13, associé ou non à 2000, est le chiffre porte-bonheur de Marseille, celui qui figure sur les plaques d’immatriculation) a été lancée le 12 janvier par un ensemble de manifestations festives qui ont rassemblé dans la cité phocéenne près d’un demi-million de personnes, du jamais vu, parait-il, depuis 1945. Parallèlement, des rassemblements et des spectacles avaient lieu à Aix-en-Provence, Arles, Martigues, Salon, Aubagne et d’autres localités de la région marseillaise.  

Dès la mi-journée, le centre-ville de Marseille a été interdit à la circulation automobile et aux transports en commun terrestres (seul le métro fonctionnait). Des parkings ont été aménagés à la périphérie et les gens ont pu se répandre à pied dans les rues (l’hyper centre de Marseille constitue un carré d’un peu plus d’un kilomètre de côté).

La manifestation a débuté par le survol à 13 heures de Marseille, mais aussi d’Aix-en-Provence, par la Patrouille de France, formation prestigieuse de l’Armée de l’air connue pour sa maitrise des figures aériennes acrobatiques, qui a tracé dans le ciel trois bandes bleu, blanc et rouge.

A 17 heures, a eu lieu la « parade des lumières » au « Grand Littoral », dans les quartiers nord de la ville. Celle-ci a marqué le début de l’embrasement de la cité.

Au même moment, le MUCEM, musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, installé à l’entrée du port de Marseille, était inauguré par le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, par le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, par plusieurs ministres et d’autres personnalités.     

A 19 heures précises, a eu lieu ce qu’on a appelé la « grande clameur » dans 31 lieux différents de la ville : la foule a crié à l’unisson dans une sorte de happening simultané.

Dans le même temps, étaient tirés en divers endroits des feux d’artifice tandis que des jets d’eau multicolores s’élevaient des rives du Vieux-Port.

De toute la ville, on a pu voir s’illuminer la Vierge de la Garde, qui domine Marseille comme chacun sait et qui en est l’âme et le symbole. La basilique a été illuminée en bleu et blanc, couleurs de la cité dont le blason est celui des Grecs qui fondèrent la ville en 600 avant Jésus-Christ (voir la « légende de la fondation de Marseille », que j’ai publié dans le blog la semaine dernière). Cet éclairage a été particulièrement réussi et on peut espérer qu’il sera pérennisé.

Un grand défilé réunissant 1800 membres de 50 groupes folkloriques en costumes provençaux accompagnés de « tambourinaires » et de « gardians » montés sur des chevaux blancs camarguais a ensuite eu lieu. Le sénateur-maire de Marseille a déclaré à cette occasion que « nous tenions à ce que l’identité provençale soit partie prenante des festivités de MP2013 ».  

Ensuite divers spectacles et animations ont été organisés dans tous les points de la ville tandis que des milliers de Marseillais déambulaient sur la Canebière. Ceux qui ont voulu s’amuser tard ont pu le faire en toute quiétude, les transports fonctionnant exceptionnellement jusqu’à 3 heures du matin.

La journée suivante, dimanche 13 janvier, a connu d’autres festivités, notamment des courses aux trésors pour les enfants organisées dans plusieurs quartiers de Marseille et d’autres localités. Dans la matinée, une messe en langue provençale a été dite à la cathédrale de Marseille, en présence de la plupart des élus, y compris ceux qui ne sont pas croyants ou pas catholiques.     

Quel est le bilan de ces premières journées de MP2013 ?

Un succès populaire incontestable, une ville reconquise par les piétons, aucun incident grâce à un déploiement considérable de forces de l’ordre, présentes absolument partout. Ce déploiement policier a dissuadé voyous, malfrats ou simples turbulents inciviques de venir, ce qui a donné une ambiance bon enfant inhabituelle.

Pour ce qui est de la qualité des feux d’artifice et des spectacles, franchement, on a vu mieux, mais ce n’était pas le plus important. La Provence parue ce 16 janvier s’insurge contre l’appréciation critique de la qualité des spectacles portée par une partie de la presse parisienne. Le quotidien marseillais a raison : une fois de plus les journalistes parisiens qui s’érigent en donneurs de leçons autoproclamés n’ont rien compris. Les Marseillais ne sont pas venus voir des spectacles. Même sans aucune animation, ils se seraient rassemblés aussi bien car, dans cette ville en crise, ils ont simplement voulu montrer par leur présence leur attachement à leur ville et leur foi dans son avenir, quel que soit son présent. Ce présent n’est d’ailleurs pas si noir. Aujourd’hui même, une grande première médicale a été faite par une équipe de médecins d’un hôpital marseillais. Le même jour, le New York Times a classé notre ville parmi la poignée de cités à découvrir cette année. Non, Marseille n’est pas morte !

Quant à l’absence du président Hollande, qui devait inaugurer le MUCEM mais qui a été retenu in-extremis à Paris par les évènements militaires en Afrique, si elle a chagriné les officiels, elle a laissé plutôt indifférents les Marseillais. Ceux-ci étaient de toute façon exclus de l’inauguration où seuls quelques invités triés sur le volet étaient admis. 

Les Marseillais aiment la fête improvisée. Celle-là était peut-être trop organisée et trop encadrée. Mais il y aura de nombreuses autres occasions de célébrer MP2013, de manière peut-être plus décontractée.

Qu’en sera-t-il de la suite ?

Des manifestations sont prévues toute l’année. D’ailleurs, comme les travaux de rénovation de la ville ont pris du retard, les inaugurations se succèderont au cours des mois prochains. Ainsi le MUCEM a refermé ses portes sitôt le tapis rouge ayant accueilli les officiels replié. Il ne sera ouvert au public que dans six mois lorsque les travaux seront terminés.

D’autres travaux, engagés grâce à quelques crédits grappillés en marge de cette « capitale », sont toujours en cours, notamment la rénovation du palais Longchamp et la réhabilitation du jardin zoologique (celui-ci n’a plus d’animaux depuis quarante ans et les anciennes cages, toujours visibles, étaient rouillées depuis longtemps : on est en train d’y passer un peu de peinture).

Que faut-il attendre de cette « capitale culturelle » ?

Sans doute pas de miracle. Depuis plus de vingt ans, les « capitales » européennes de la culture se succèdent, à raison d’une cargaison de quatre ou cinq chaque année. Toutes les grandes villes du continent, à quelque chose près, l’ont déjà été ou le seront un jour ou l’autre. Cela est devenu très banal mais les responsables marseillais croient, ou feignent de croire, que leur ville a vraiment été sélectionnée pour ses mérites propres. Aussi en attendent-t-ils probablement trop. Il n’est pas sûr que les retombées économiques soient fantastiques. Cela a cependant été prétexte pour les éditeurs de guides touristiques de ressortir leurs ouvrages agrémentés d’une nouvelle couverture ventant la « capitale ». Commerçants et restaurants de bouillabaisse espèrent augmenter leurs chiffres d’affaire.    

Il est vrai qu’à l’étranger, Marseille n’est, finalement, pas très connue et, lorsqu’elle l’est, elle est méconnue. On peut douter que cette promotion change réellement les choses. La seule manifestation qui avait vraiment amené beaucoup de touristes ensuite sur la Canebière et plus encore au stade vélodrome avait été il y a une vingtaine d’années lorsque l’OM avait été championne d’Europe.

On peut en tout cas penser que ceux qui viendront visiter la ville seraient venus de toute façon. C’est notamment le cas des croisiéristes maritimes, de plus en plus de bateaux choisissant de faire escale dans le port de Marseille, vaste et parfaitement bien aménagé.

Certes, l’impact touristique ne sera pas nul, mais probablement pas considérable.

Marseille avait-elle besoin de cette manifestation ?

Oui et non. Un supplément de publicité et de notoriété ne peut pas faire de mal. Ce n’est toutefois pas le plus important. Si MP2013 permet à Marseille et aux Marseillais de reprendre confiance en eux-mêmes, cet évènement aura été utile. Pour le reste, cette cité multimillénaire creuset de Méditerranée, n’a pas besoin de label européen pour, déjà, être ville de culture.  

Cette culture prend ici une forme particulière. On verra si le musée des civilisations méditerranéennes tient ses promesses. Attendons son ouverture pour se faire une opinion.

Les musées existants ne sont pas vraiment à la hauteur d’une ville de cette importance, pourtant l’une des plus vieilles du continent. Quelques occasions ont été ratées par le passé, par exemple, d’abriter un musée du sculpteur César, natif de la ville. Rien n’existe non lus en relation avec la mer. C’est dommage.  

Il y a pourtant une culture populaire très vivante dans cette cité. Elle est souvent spontanée, ce qui ajoute à son intérêt, mais ce qui la rend plus évanescente et moins perceptible par un observateur extérieur. Celle-ci peut, si on veut en avoir une vue d’ensemble, être appréhendée chaque année à ce qu’on appelle le « festival des Sud », qui se tient près du port de commerce, dans un quartier populaire.

Cette culture prend la forme de la chanson, de la musique, du théâtre mais aussi du cinéma. Une forte littérature locale existe aussi. Elle est assez connue, y compris au-delà des limites de la cité.

Cette culture s’appuie sur le langage local de la rue. On ne parle pas à Marseille comme ailleurs. L’accent marseillais est connu. Mais il y a aussi un lexique spécifique. Accent et vocabulaire sont les héritiers du provençal (une variante de l’occitan), longtemps parlé ici, encore un peu connu mais désormais très peu utilisé. Le « marseillais », c’est en quelque sorte du provençal dont on aurait gardé la musique mais oublié la plupart des paroles. Pas toutes, néanmoins. Plusieurs centaines de mots occitans sont quotidiennement utilisés dans notre français local.    

De ce marseillais, il existe une version presque officielle, celle de Pagnol, de Rému, de Fernandel, de Galabru. Et puis, une autre, plus populaire, plus argotique où le franco-occitan est enrichi d’apports de toutes les rives de la Méditerranée. Ce marseillais populaire éclot dans une production artistique très riche. On le trouve dans « I am » ou dans le « Massilia Sound System », mais aussi chez beaucoup de groupes moins connus qu’on peut écouter dans les bars proches de la Plaine (place Jean-Jaurès). Cette chanson mêle français et provençal. Elle est très populaire, même chez ceux, les plus nombreux, qui ne parlent pas occitan.

A cette culture marseillaise autochtone d’origine, s’ajoutent des cultures venues d’ailleurs mais qui se sont « marseillanisées ». Elles s’expriment en langue corse, en arabe, en kabyle, en espagnol, en italien, en wolof, en bambara et dans d’autres langues parlées dans la cité phocéenne. Cette culture fait aujourd’hui partie du patrimoine marseillais.

Marseille est certainement la ville de France qui a la culture populaire la plus riche et la plus authentique. C’est pourquoi, elle est relativement peu organisée et peu connue ailleurs. Elle ne cherche d’ailleurs pas à s’exporter. Les « minots » marseillais y tiennent et ils « se la gardent » pour eux. Si vous voulez l’entendre, allez donc assister à un match de l’OM. Et si vous êtes parisiens, essayez de ne pas parler « pointu » trop fort. On risquerait de vous prendre pour un supporter honni du PSG et de vous traiter d’ « estrassaïre » (chiffonnier) !

Voilà donc pour ce lancement de l’opération capitale culturelle.

Ces temps-ci je vous ai parlé plusieurs fois de ma ville de naissance. Ce n’est pas par chauvinisme, et vous avez d’ailleurs constaté que je n’épargne pas vraiment mes concitoyens, pas toujours à la hauteur de ce que pourrait être cette belle cité (je ne parle pas de son architecture, plutôt laide, mais de son site).

Si je l’ai fait, c’est parce que l’actualité s’y prêtait. Actualité souvent tragique et négative avec divers évènements qui ont ponctué 2012. Actualité plus réjouissante en ce début de 2013. Pourvu que ça dure !

Et pour conclure sur Marseille (promis, sauf nécessité, je vous parlerai désormais d’autre chose !), je vous livre une poésie que j’ai écrite il y a quelques années sur ma ville, lorsque j’habitais le Monténégro (sans doute un vague à l’âme nostalgique !). Sans prétention littéraire. Simplement pour résumer ce que j’en pense.

La voici :

 Marseille

                        Vingt-six siècles d’histoire

                        Pas toujours de gloire

                        Mais une personnalité forte

                        Avec une voix qui porte

 

                                   Fière cité en bleu et blanc

                                   Qui défie le temps

                                   Le soleil est ton étendard

                                   Et la mer ton rempart

 

                        Du haut de tes collines

                        La vue au loin fascine

                        Lorsque l’astre couchant

                        S’éteint doucement

 

                                   Quand le Mistral souffle sur le Roucas

                                   On croit que tout rompt et se casse

                                   Le ciel soudain devient limpide

                                   Marseille radieuse tu es féerique

 

                        Au large du Frioul et du Château d’If

                        Tes « pointus » sont alors de frêles esquifs

                        Les rochers deviennent encore plus blancs

                        Tandis que dans le ciel crient les goélans                                                  

 

Plus que toute autre, tu es ville de lumière

                                   Passionnée, excessive, toujours tu exagères

                                   Mais tu sais aussi être solidaire et hospitalière

                                   Tu méprises les puissants, tu es si sincère

 

                        On te dit violente, tu sais pourtant être amour

                        Un marin grec le découvrit un magnifique jour

                        Lorsque, après un long voyage, il jeta l’ancre                                

                        Entre pins et figuiers au fond d’une calanque

 

                                   Oui, par une histoire d’amour, Marseille naquit

                                   Lorsque sur la rive du Lacydon une fille a souri

                                   Le séduisant marin avait pour nom Protis

                                   Et la belle marseillaise se nommait Gyptis

 

                        Par les Grecs tu fus ainsi fondée

                        Romains et Français t’ont façonnée

                        Provençale tu es demeurée

                        Enrichie de Méditerranée

 

                                   Marseille aux odorantes saveurs

                                   Marseille bonheur et malheur

                                   Cité parfois trop exubérante

                                   Tu ne laisses pas indifférente

                                              

                        J’aime sur la Corniche contempler les flots

                        Sur lesquels s’en sont allés tant de matelots

                        Les reflets argentés me font alors rêver

                        A notre destin et au sort de l’humanité

                                              

                                   Marseille belle et rebelle

Marseille, cité révolutionnaire

                                   Marseille qu’avec l’OM on aime

                                   Même si elle est parfois cruelle

 

                        Capable du pire comme du meilleur

                        Tu as un tempérament de farceur

                        Ville de mes amours

                        Seras-tu adulte un jour ?

 

                                   C’est vrai que des occasions, tu en as manquées

                                   D’être une capitale tu aurais pu ambitionner

                                   Mai, de Prouvenço, as perdu la lengo mairale

                                   Et à côté de Lyon et Barcelone, tu es bien pâle

                                                                      

                        Pourtant tu n’es pas banale

                        Et même si souvent je râle

                        Marseille je t’aime comme tu es

                        J’ai la chance d’y être né !

                                                                                  Yves Barelli, Podgorica, 28 janvier 2006

                                                                       Yves Barelli, 16 janvier 2013        

 

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 23:08

Marseille est capitale européenne de la culture pour 2013. L’année qui vient de s’achever n’a pas été excellente (c’est un euphémisme) pour notre ville. Formons le vœu que cette cité vieille de 2613 ans renoue avec ses traditions de tolérance, d’ouverture et de convivialité. Qu’elle renoue avec l’esprit de sa fondation, illustrée par une belle légende : une merveilleuse histoire d’amour entre un marin grec et une jolie Ligure au fond d’une calanque (le Vieux Port actuel) dans la senteur des oliviers et sous le chant des cigales.

Lorsque j’étais consul général de France en Pologne, à Cracovie, cette autre ville d’histoire, d’art et de culture, j’ai donné dans la prestigieuse université Jagellone, à la demande de son recteur qui connaissait notre langue et notre culture (il avait été lecteur de polonais à Aix-en-Provence), un cours de langue et civilisation occitane (pour ceux qui ne le savent pas, l’occitan est enseigné dans 33 universités étrangères !). J’avais écrit pour mes étudiants (j’en avais quand même une cinquantaine) un texte dans cette langue relatant cette légende. Je vous le livre (écrit en graphie occitane classique ; ceux qui maitrisent mieux la graphie mistralienne n’auront pas trop de difficultés à le lire), ainsi que sa traduction française (pour ceux qui ne lisent pas l’occitan, passez tout de suite à la deuxième partie de mon texte).

J’espère que cette légende, mais aussi toutes les manifestations qui vont ponctuer 2013, vous feront aimer ma ville qui vaut mieux que l’image qui en a été donné par quelques malfrats qui ne méritent pas la mer et le soleil que l’antique Phocée offre si généreusement à ceux, venus de tous horizons, qui s’y sont fixés (voir aussi deux textes écrits précédemment sur mon blog : « Allez l’OM » novembre 2011, et « Marseille, une crise de plus », octobre 2012. Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur la langue occitane, un autre texte du même blog : « Les langues régionales de France, patrimoine méconnu », octobre 2011).

A tous, amis de Marseille, de France et de l’étranger, je vous souhaite, malgré la crise, une excellente année 2013 et, comme on dit chez nous, « uno bono anado, ben granado e acoumpanhado » (une bonne année, bien productive et accompagnée – cette fois, je l’ai écrit en graphie mistralienne, plus courante en Provence), formule dite en buvant du vin cuit et suivie d’une autre : « a l’an que vèn, e si sian pas mai, que fuguen pas mens » (à l’année qui vient, et si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins !).        

LEGENDA DE LA FONDACION DE MARSILHA

Marsilha, amb mai d’un milion d’estajans, es la segunda ciutat de França, metròpoli dau Sud. Promier pòrt per lo trafique de Miegterràna tota, Marsilha es tambèn la vila mai vielha de França, fòrça mai que Paris.

 

La ciutat foguèt fondada per lei Grècs e a conservat fins ara una tradicion de dubertura a la mar e au monde. Pauc se saup dei circonstancias exactas de sa fondacion. I a solament una  història que se cònta dempuei de sègles, una legenda probablement, mai que pòu aver quacaurèn que veire amb l’història vertadièra. Aqui es aquèla legenda :    

 

Un còp i’aviá una granda mar, quàsi barrada. Sei limitas èran tamben, practicament, lei limitas dáu monde coneigut. Oc, èra dins un temps fòrça ancian, d’avans lei Romans, quora la mar Miegterràna èra un làc grèc. Lo centre de la civilisacion èra a l’Est ; faliá encara colonisar l’Oest.

 

Sus la riva d’aquèla mar, dins aquèu pais que li dison uei Turquia, i aviá una ciutat pron granda  e rica : Foçèa, pas luènh de Tròia, coneiguda per son cavau. Lei Foceièns cercàvan de novèus camins comerciaus au Ponènt.

 

Un jorn, una pichòta flòta s’embarquèt de Foçèa cap a l’Occident. Degun sap pas quant de gènts e de veissèus i aviá, probablement pas fòrça. Lo viatge foguèt longuèt fins a Grècia Granda – Sicilia e Itàlia miegjornala de uei – e, après, vers l’Ubàc e lo Ponent fins a n’aquèla terra qu’ès a l’ora d’ara Provènça.

 

Niça e Antibes foguèron lei promiers endrèts monte nòstrei Grècs fondèron de colonias. Mai, en n’aquèu temps, aquèlei ciutats avián pas lo même interès economic qu’ara.

 

Per aquò, lei Foceièns perseguèron mai a cercar. L’actuau Tolon aviá un pòrt naturau fòrça bòn mai lei còlas i èran tròp pròchas de la còsta e lei comunicacions amb lo reire-pais tròp dificilas.

 

Fin finala, lei Grècs arrivèron dins un gran gòu. Au fòns d’aquèu gòu, visquèron l’intrada d’una calanca pron lònga e estrècha, ben protegida dau vent per de còlas, mai en relacion aisada ambé de plànas e, mai luènh, ambé lo Ròse. Lo païsatge èra fòrça polit e, mai que mai, aquèu ròde èra un pòrt naturau ideàu.

 

Coma aquò, se finiguèt lo viatge dei Foceièns.

 

A costat de la calanca dau Lacidon, coma li disián, en n’aquèl endrèt tant resplendissènt, cubert de camps, de pinèdas e de bòscs de rore, un ròde ais iverns dos e au cèu presque totjorn blàu, restava un pòple pacific, lei Liguras, que vivián sus un territòri que correspond uei, mai o mens, a Lengadòc, Provènça e Liguria. Eran pacans e avián pas d’organisacion d’Estat.

 

Lo rescòntre entre lei Liguras e lei Grècs foguèt bòn, sèns gès d’agressivitat.

 

Dins lo vilatge ligur, i aviá, en n’aquèu moment, una fèsta e leis estajans invitèran lei Grècs a participar a un banquèt.

 

Lo cap dáu vilatge aviá una filha qu’èra pas encà maridada. Aquèla chata èra fòrça polida e bràva.

 

I aviá una tradicion que, en aquèsta ocasion, lei chatas libras podián desinhar cu amavan en donant una copa a lo que voliá coma son òme. S’aquèu dròle acetava, lo maridatge seguissiá lèu.

 

Coma lo leigeire d’aquèst tèste pòu imaginar, la filha dáu chèfe, que se sonava Giptis, donèt sa copa au cap dei Grècs, que, coma se pòu tamben pensar, èra jove e bèu. Son nom èra Protis.

 

Es coma aquò que nasquèt ma vila, Marsilha, amb’una polida història d’amor, a l’entorn de l’an siès cents avans nòstra èra.

 

Es-ti verai aquèsta història ò bèn es solament una polida legènda ? Aquò a gès d’impòrtancia. Solèt lo simbèu còmpta. D’autrei ciutats, d’autrei pais, nasquèron per la fòrça ò la guerra. En cò nòstre, foguèt merçè a l’amor entre un dròle e una chata que s’amorosèron a costat de la mar sota lo cant dei cigalas. Es-ti pas mai bèu e romantic ?

 

Verai o non, de tota mèna, coma dison leis Italians, « se non è vero, è ben trovato » (s’es pas verai, es ben trobat).

 

Daumage que Protis a rèn escrit. Sariá estat belèu nòstre promier trobador. En aguèriam agut fòrça d’autrei. Encara ara demòra en cada vertadier Marsilhès quaucarèn de l’ama de Protis. Coma èu, siam totei un pauc (ò fòrça) viajaires e trobadors.

 

N’en voletz una pròva ?

 

Ièu, viaji fòrça e m’agradariá de vos balhar aquèlei vers :

 

« Vaudrièu, en aquèu jorn

Perquè me sènti trobador,

Çò que sièu urosament

M’adreissar cordialament

En totei lei Giptis

Qu’espèran son Protis

Dona-iè ta copa ! Mai que d’òr,

Es dins ton còr qu’as un tresòr

Que s’apèla l’Amor.

Aquò’s mon messatge dáu jorn. »     

 

Yves Barelli, Cracovia, 30-05-1996

 

 

LA LEGENDE DE LA FONDATION DE MARSEILLE

 

Marseille, avec plus d’un million d’habitants, est la seconde ville de France et sa métropole du Sud. Premier port de l’ensemble de la Méditerranée, Marseille est aussi la grande ville la plus vieille de France, beaucoup plus que Paris.

 

La ville fut fondée par les Grecs il y a plus de 26 siècles et elle a gardé jusqu’à aujourd’hui une tradition d’ouverture sur la mer et sur le monde. On sait peu de choses sur les circonstances exactes de sa fondation. Il y a seulement une histoire qui se raconte depuis des siècles, sans doute une légende, mais qui pourrait avoir un certain rapport avec la réalité.

 

Voici cette histoire :

 

Il était une fois une grande mer presque fermée. Ses limites étaient aussi, pratiquement, celles du monde connu. Cela se passait en un temps très ancien, avant les Romains, quand la Méditerranée était un lac grec. Le centre de la civilisation était à l’Est ; il fallait encore coloniser l’Ouest.

 

Sur le bord de cette mer, dans ce pays qui s’appelle aujourd’hui la Turquie, il y avait une cité assez grande et riche : Phocée, voisine de Troie, connue pour son cheval. Les Phocéens cherchaient de nouveaux chemins commerciaux vers le Couchant.

 

Un jour, une petite flotte s’embarqua de Phocée en direction de l’Occident. Personne ne sait combien il y avait de marins et de bateaux, sans doute pas beaucoup. Le voyage fut plutôt long jusqu’en Grande Grèce – Sicile et Italie du Sud d’aujourd’hui – et, ensuite, vers le Septentrion et le Couchant jusqu’à cette terre qui s’appelle maintenant la Provence.

 

Nice et Antibes furent les premiers lieux où nos Grecs fondèrent des colonies. Mais, en ce temps, ces villes n’avaient pas le même intérêt économique qu’aujourd’hui.

 

Aussi, les Grecs continuèrent-t-ils à chercher plus loin. L’actuelle Toulon avait un excellent port naturel mais les collines étaient trop proches de la côte et les communications avec l’arrière-pays étaient trop difficiles.

 

Enfin, les Grecs arrivèrent dans un grand golfe. Au fond de ce golfe, ils virent l’entrée d’une calanque assez longue et étroite, bien protégée du vent par des collines, mais en relation facile avec des plaines et, plus loin, avec le Rhône.

 

Ainsi se termina le voyage des Phocéens.   

 

A côté de la calanque du Lacydon, tel était son nom, dans ce lieu resplendissant, couvert de champs, de pinèdes et de forêts de chênes, il y avait un peuple pacifique, les Ligures. Ils habitaient sur ce qui est, plus ou moins aujourd’hui, le Languedoc, la Provence et la Ligurie. Ils étaient agriculteurs et ils n’avaient pas d’organisation étatique.

 

La rencontre entre Grecs et Ligures se passa bien, sans agressivité ni violence.

 

Dans le village ligure, il y avait, à ce moment-là, une fête. Les Grecs furent conviés à participer à un banquet.

 

Le chef du village avait une fille encore célibataire. Elle était très belle et bonne.

 

Selon une tradition de ce peuple, les jeunes filles à marier pouvaient désigner en cette occasion l’homme de leur choix en lui offrant une coupe de vin. Si le garçon l’acceptait, les noces suivaient bientôt.

 

Comme le lecteur peut l’imaginer, la fille du chef, qui s’appelait Gyptis, offrit la coupe au chef des Grecs qui, comme on peut également le penser, était jeune et beau. Son nom était Protis.

 

Ainsi naquit Marseille, ma ville, avec une belle histoire d’amour vers l’an 600 avant notre ère. 

 

Cette histoire est-elle vraie ou s’agît-il d’une simple légende ? Peu importe. Seul compte le symbole. D’autres cités, d’autres pays, naquirent par la force ou par la guerre. Chez nous ce fut grâce à un garçon et à une fille qui s’aimèrent au bord de la mer sous le chant des cigales. N’est-ce pas plus beau et romantique ?

 

Vrai ou non, comme disent les Italiens, « se non è vero, è ben trovato » (si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé).

 

Dommage que Protis n’ait rien écrit. Il aurait peut-être été notre premier troubadour. Il aurait été suivi par beaucoup d’autres. Encore aujourd’hui, demeure dans tout vrai Marseillais quelque chose de l’âme de Protis. Comme lui, nous sommes tous un peu (ou beaucoup) voyageurs et poètes.

 

Vous en voulez une preuve ?

 

Je voyage beaucoup et il me plait de vous offrir ces quelques vers :

 

« Amis, permettez qu’en ce jour

Parce que je me sens troubadour

Ce que je suis évidemment

M’adresser cordialement

A toutes les Gyptis

Qui attendent leur Protis :

Donne-lui ta coupe ! Plus que d’or

Il y a dans ton cœur un trésor

Qui s’appelle l’AMOUR

Tel est mon message du jour ! »

 

Yves Barelli – (traduit de l’occitan par l’auteur)                                                                                 

 

                                                                                  Yves Barelli, 7 janvier 2013

                                                                                                                    

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