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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 19:21

Je salue la décision des représentants légitimes du peuple catalan qui ont proclamé ce jour l’indépendance de la Catalogne, nation vieille de 1000 ans, l’une de celles qui ont apporté le plus à la culture et à la personnalité européennes. Je condamne la surdité du gouvernement espagnol qui a obstinément refusé depuis 2010 tout dialogue avec Barcelone en se retranchant derrière des arguties juridiques d’un autre âge et je déplore la myopie des dirigeants européens, en premier lieu, les français qui, eux aussi, se retranchent derrière ce soit disant « état de droit », qui n’est que celui des oppresseurs de refuser le droit des peuples (avec un tel raisonnement, la Révolution de 1789 aurait été « illégale », puisque en contradiction avec l’ « état de droit » de l’ancien régime et le général de Gaulle, dans l’illégalité vis-à-vis du régime de Vichy, n’aurait pu conduire la résistance française). J’aurais préféré une Espagne fédérale, union de peuples libres et non prison qui les enferme. Mais c’est trop tard. Le gouvernement espagnol a créé les conditions de la déchirure de l’Espagne. Face à son aveuglement, le peuple catalan a tranché. Vive donc la République catalane libre.

Reste à organiser le divorce. Espérons que l’Espagne saura surmonter ses vieux démons, ceux du refus du dialogue, de la propension à utiliser la force, jusqu’au suicide si nécessaire, comme, hélas, l’histoire de ce pays l’a souvent illustré. Quant aux dirigeants européens, ils  seraient bien inspirés de procéder à une introspection. Pourquoi les peuples se démarquent-ils de plus en plus de cette Union européenne qui ne leur apporte qu’austérité, recul social, déni des identités et une mondialisation financière dont ils ne veulent pas ?

1/ Le parlement catalan a adopté ce jour à 15h15 par 70 voix pour, 10 contre, 2 bulletins blancs sur 135 membres (les autres, hostiles, ont préféré ne pas prendre part au vote) la motion qui proclame la République catalane souveraine. Il l’a fait en présence de plus de 1000 maires (une majorité absolue) catalans, ce qui a accru encore la légitimité du vote. Tous les présents ont ensuite entonné l’hymne national catalan, tandis que des milliers de citoyens, rassemblés devant le parlement, exprimaient leur joie en ce moment historique. Comme beaucoup, j’ai pu assister en direct à l’évènement en le suivant sur TV3-Catalunya, principale chaine de télévision en catalan. Les chaines françaises et espagnoles d’information en continu ont également couvert la proclamation, puis les rassemblements populaires devant le palais de le Généralité à Barcelone. Des scènes comparables de liesse se sont déroulées dans toutes les localités catalanes.

2/ Continuant dans sa logique folle, le gouvernement espagnol a fait adopter à Madrid la mise en œuvre de l’article 155 de la constitution espagnole sur lequel il entend s’appuyer pour supprimer l’autonomie de la Catalogne, destituer son président et traduire en justice (sa justice) les dirigeants catalans et nombre de responsables de la société civile. Il a également annoncé son intention de prendre le contrôle des administrations et médias catalans.

3/ On est entré dans une période d’affrontements et d’incertitudes.

Je suis incapable de prévoir qui va l’emporter. L’indépendance va-t-elle pouvoir entrer effectivement dans les faits ? Et dans ce cas, quelles seront les conséquences politiques, économiques et internationales?

Le gouvernement espagnol va-t-il pouvoir reprendre le contrôle de la Catalogne ? Quelle sera la résistance effective des Catalans ?

Et si les Catalans  résistent effectivement, Rajoy osera-t-il envoyer les tanks à Barcelone et fera-t-il tirer sur la foule ?

Autre incertitude, quels seront les pays qui reconnaitront le nouvel Etat ? Il y en aura sans doute.

Je suis, en tout cas, convaincu que l’indépendance de la Catalogne est irréversible, aujourd’hui ou plus tard.  

A suivre.

Yves Barelli, 27 octobre 2017                     

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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 15:37

Ils l’ont fait ! Le premier ministre espagnol Rajoy vient de décider, avec la complicité d’une Union européenne sans valeurs, autres que celles de la finance, sans scrupules quand il s’agit d’abaisser les peuples, et sans morale, de supprimer l’autonomie de la Catalogne en destituant, comme l’avaient fait les Bourbon en 1717 et Franco en 1939, son gouvernement et son parlement légitimes car issu d’élections démocratiques, en « reprenant en mains » son administration et sa télévision.

L’Espagne retrouve ses vieux démons, son incapacité à accepter la démocratie dès lors qu’elle concerne les peuples qu’elle asservit depuis des siècles, sa propension maladive à rechercher le conflit plutôt que le dialogue. Cette décision du chef d’un gouvernement et d’une majorité dont les membres, couchés devant Bruxelles et ses politiques d’austérité, ne savent bomber le torse que lorsqu’il s’agit des Catalans et des Basques, est insupportable. Cette image d’un président de la Commission européenne, jamais élue, et d’un fantoche « président » d’une Union européenne, non élu non plus, accourus à Oviedo le jour même du coup de force de Rajoy, pour se voir décerner une médaille par un roi sans légitimité, fils de la marionnette corrompue placée sur le trône d’Espagne par Franco, dictateur sanguinaire arrivé au pouvoir grâce au soutien militaire de Hitler et de Mussolini, est choquante.

Décidément, cette UE tombe de plus en plus bas. Elle aussi retrouve ses vieux démons qui lui ont fait abandonner la République espagnole sans lever le petit doigt ou qui ont livré à Munich la Tchécoslovaquie à Hitler. Cette UE rappelle cette « Sainte Alliance » des monarchies répressives mises en place en Europe après 1815 pour détruire les acquis et le souvenir même de la Révolution de 1789 dont les idées de Liberté avaient essaimé sur tout le continent. Honte à cette Europe-là. Elle ne sera pas éternelle.

1/ Mariano Rajoy a décidé de « destituer » le président de la Généralité de la Catalogne, de dissoudre son parlement, de placer toutes les administrations catalanes sous la tutelle directe de Madrid et même d’exercer un contrôle direct sur la télévision, sur internet et sur les télécommunications de la Catalogne. Même si Rajoy dit que cela ne supprime pas l’autonomie catalane, c’est bien, en réalité, de cela qu’il s’agit.

Reste à savoir comment il compte s’y prendre pour faire entrer dans les faits ces décisions scélérates. 90% des fonctionnaires catalans dépendent aujourd’hui de la Généralité. La population reste très mobilisée et ne semble pas décidée à accepter le fait accompli.

On peut hélas s’attendre à un usage accru de la force par Madrid. Déjà les présidents des deux principales associations culturelles ont été arrêtés (c’est symptomatique : quand on parle de culture, les ennemis de la démocratie et de la pensée sortent leurs armes. Comme Hitler, Franco et Pinochet) ; le chef des « mossos d’Esquadra » va passer devant la justice. Et ce n’est pas fini. On peut s’attendre à ce que Carles Puigdemont soit aussi arrêté et, bientôt, les automitrailleuses des forces espagnoles de répression stationneront sur la Rambla. Comme sous Franco.

2/ Malheureusement, les Catalans sont pacifiques et non-violents. On le sait à Madrid où on estime pouvoir passer en force face à des gens qui, in fine, se coucheront. Ils font peut-être la bonne analyse. Mais cette fois, je crois que ce sera plus difficile pour eux. A force de tirer sur le ressort de la patience catalane, il se pourrait qu’il casse et que la non-violence ne soit pas éternelle.

Je suis personnellement assez sévère sur la stratégie de Puigdement. Je crois qu’il a commis trois erreurs :

La première est d’avoir lancé le référendum d’autodétermination au mauvais moment, c’est-à-dire dans un contexte de gouvernement espagnol faible. Il ne dispose pas d’une réelle majorité au parlement. Il a donc peu de marges de manœuvres. Rajoy est en fait prisonnier des barons et de la base de son parti où les nostalgiques de Franco et de sa « mano dura » sont légion. Pour négocier, c’est-à-dire pour accepter de faire des concessions, il faut être fort. Or il est faible. Cela rappelle la 4ème République en France, incapable de rechercher une solution négociée en Algérie, incapable de s’écarter d’une constitution, qui, comme l’espagnole d’aujourd’hui, garantissait la pérennité de l’Etat unitaire et interdisait en conséquence d’accepter une autodétermination en Algérie. Seul de Gaulle a pu la réaliser et malheureusement dans des conditions qui étaient devenues très défavorables à la France, alors que des négociations menées plus tôt auraient sans doute permis de trouver un bon compromis. Les Catalans étaient prêts à trouver un bon compromis avec l’Espagne sous la forme d’un Etat fédéral avec une souveraineté-association de la Catalogne et du Pays Basque. Je crains que maintenant le divorce soit irrémédiable. Les Catalans ne sont sans doute pas en mesure d’obtenir aujourd’hui l’indépendance. Mais plus on continuera à les humilier, plus il est certain qu’un jour ils l’auront.

A cette faiblesse du gouvernement de droite s’en ajoute une seconde,  celle des socialistes. Elle est encore plus navrante. Le PSOE soutient le gouvernement de Rajoy tout en déplorant de manière hypocrite la violence policière le jour du référendum et en préconisant la modification de la constitution qu’ils n’ont même pas eu la velléité d’envisager quand ils étaient au pouvoir. Aujourd’hui, les socialistes espagnols laissent faire le « sale boulot » à Rajoy, espérant peut-être tirer un jour le bénéfice de l’échec de sa politique. En Espagne, comme ailleurs, les socio-démocrates, auxquels le vieux sobriquet de « socio-traitres » s’applique plus que jamais, ont trahi tous leurs idéaux. En Espagne comme ailleurs, ils sont sanctionnés par les électeurs et ils le seront de plus en plus. Triste à constater.

Droite et socialistes sont faibles par rapport à l’opinion publique. Je n’ai pas connaissance de sondages récents (le dernier date de septembre ; il est déjà obsolète) mais je crains que l’opinion majoritaire des Espagnols (ailleurs qu’en Catalogne et au Pays Basque), que je connais bien, soit hostile aux Catalans. Les Espagnols sont viscéralement attachés à l’Espagne, son unité et sa « grandeur » (hélas passée). Il y a une forme de paranoïa et de complexe collectif. Les Espagnols ont tout abdiqué face à Bruxelles, y compris leur honneur. Ils se sont soumis aux pires programmes d’austérité de Bruxelles (on a baissé les salaires des fonctionnaires et les retraites de 20% pendant que les banquiers responsables de la crise continuaient à s’engraisser). Ils ne sont plus capables de bomber le torse que lorsqu’il s’agit des Catalans et des Basques. Un peu comme un individu humilié se venge sur plus faible que lui.

Sans doute les Catalans auraient-dû attendre un peu que le gouvernement de Rajoy s’affaiblisse davantage. Une majorité de substitution Podemos-socialistes n’était pas impossible. Podemos sont les seuls coopératifs avec les Catalans.

Les Catalans ont commis deux autres erreurs stratégiques.

La première est de penser que les Espagnols n’oseraient pas dénier ouvertement la démocratie et le droit des gens et qu’ils n’utiliseraient pas la force. Le gouvernement de Rajoy, convaincu de l’impunité et même du soutien national et international, a osé envoyer la police le 1er octobre pour tenter d’empêcher les gens de voter, il a osé arrêter des patriotes catalans, il a osé destituer les dirigeants catalans et il s’apprête à oser censurer la télévision. S’il pense devoir envoyer les tanks à Barcelone, il le fera.

La deuxième erreur a été de penser que l’Europe ne laisserait pas faire. Les mêmes qui ont dépecé l’Union soviétique et la Yougoslavie, qui ont livré le Kosovo aux mafias albanaises, qui dénoncent les régimes autoritaires ou soit disant autoritaires sur la terre entière, ne trouvent rien à redire au déni démocratique en Catalogne, à la censure de la télévision, aux arrestations d’opposants politiques, à l’envoi de flics pour « confisquer » des urnes. La démocratie, oui, pour les autres, tant qu’il s’agit de dépecer des Etats communistes, mais pas en Europe, devenue prison des peuples. Chez nous, on peut encore voter, mais seulement pour entériner, jamais pour décider. On l’a vu en France en 2005 lorsque nous avons dit non à la soit disant constitution européenne, imposée ensuite sans vote.

Il était certainement naïf de compter sur l’Europe. Je le disais déjà à mes étudiants de Barcelone il y a trois ans. Je leur disais aussi qu’un jour ils verraient des tanks dans les rues de Barcelone. Ils ne me croyaient pas. Nous y sommes presque.                  

Les Catalans ont leur part de responsabilité dans cette situation. Ils n’ont jamais su expliquer leur cause et sont toujours apparus aux yeux des autres Espagnols comme des gens fiers,  prétentieux, peut-être trop imbus de leur réussite économique et culturelle. Ils n’ont même pas su convaincre les Valenciens, qui, pourtant, parlent la même langue qu’eux.

3/ Que faire maintenant ?

Les Catalans ne peuvent plus reculer. Ils vont sans doute proclamer l’indépendance dans le courant de la semaine. Cela ne changera rien à la situation et renforcera la détermination de Madrid en lui donnant un argument supplémentaire pour imposer ses vues par la force.

Mais cette proclamation est inévitable. Ne pas la faire ajouterait le ridicule à l’humiliation.

Et ensuite ? Si j’étais à la place de Puigdemont, je me réfugierais dans le monastère de Montserrat, haut-lieu de l’âme et de la résistance catalanes sous Franco, et j’y organiserais la riposte. Des intellectuels y avaient trouvé refuge, sous la protection des moines. Franco n’osa pas les en déloger. Ce que Franco n’a pas fait, Rajoy le ferait-il ? Je ne l’exclue pas. Mais il faut le mettre au défi.

Pour le reste, la résistance passive sera la bonne méthode. Mais elle ne suffira pas. Je ne préconise pas la violence côté catalan, mais il faudrait en laisser planer le doute. La dissuasion est une arme efficace. Ne jamais dire qu’on utilisera jamais la force. Face à des gens qui ne comprennent qu’elle, c’est être sûr de perdre. C’est comme avoir la bombe atomique et dire que ne l’utilisera jamais.     

Rendre la vie impossible à l’Espagne me parait être la bonne stratégie. S’attaquer au fonctionnement de l’économie, dissuader les touristes de venir, commencerait à faire réfléchir, non seulement à Madrid mais aussi à Bruxelles et dans les grandes entreprises, dont Bruxelles a l’oreille.

Alors, on se mettra peut-être autour d’une table pour discuter. Seul un rapport de forces plus favorable aux Catalans y parviendra. Ils ne vont pas se libérer seuls, mais en posant un problème durable en Espagne, ils pourront parvenir à convaincre une majorité d’Espagnols et d’Européens qu’un asservissement permanent des Catalans n’est pas une solution viable sur le long terme.

4/ J’ai parlé de cette question avec pas mal d’interlocuteurs, espagnols et français.

Beaucoup d’Espagnols sont effondrés par ce qui se passe. Ils ont conscience qu’il y a un engrenage qui risque de dépasser tout le monde. Ils n’ont pas oublié le drame de la guerre civile espagnole et ils considéraient massivement que les erreurs et les crimes du passé ne pourraient plus se reproduire, que l’Espagne, enfin, était devenue un pays « normal ».

Je suis sur cette ligne-là. Comme une majorité d’Espagnols et de Catalans, j’étais attaché à l’existence d’une Espagne unie parce qu’on est plus fort ensemble que séparés. Mais pas à n’importe quel prix. Une Espagne fédérale, union libre de peuples libres, d’accord. Pas une Espagne, prison de peuples captifs, pas une Espagne où un « tribunal constitutionnel » ose censurer un statut d’autonomie sous prétexte que son préambule rappelle que la Catalogue est une Nation depuis le 10ème siècle (c’est pourtant un fait historique) et qui ose affirmer que le seul pouvoir réside dans le gouvernement de Madrid qui consent à déléguer aux « régions » la part de compétences qu’il veut bien leur déléguer, qui crée sa propre constitution en y incluant une clause interdisant l’autodétermination et qui se réfugie ensuite derrière cette constitution, garante d’un soit disant état de droit, pour empêcher les gens même de voter (et l’Europe fait semblant de gober tout cela !).

Une bonne constitution fédérale assurant l’égalité entre les peuples d’Espagne, aurait eu l’assentiment des Catalans et, par la même occasion, de moi-même.

Il est sans doute trop tard. Le divorce est dans les esprits. Plus vite il sera dans la réalité, plus vite on pourra recréer les conditions d’une bonne coopération entre la Catalogne et l’Espagne. Je citais hier dans mon article consacré aux élections tchèques le cas de l’ancienne Tchécoslovaquie. Un divorce « de velours » est intervenu entre Tchèques et Slovaques (beaucoup, dont moi, pensent qu’on aurait pu l’éviter, mais c’est fait ; on ne refait pas l’histoire). Aujourd’hui, les deux peuples ont des relations exemplaires. Ils continuent à consommer les mêmes produits et continuent à regarder les chaines de télévision de l’autre, mutuellement diffusées). Ils s’estiment en fait quasiment faire partie du même pays. Le probable nouveau premier ministre tchèque est d’origine slovaque et a l’accent slovaque quand il parle tchèque. Cela ne gêne personne à Prague. Ce serait le cas, aussi, de la Catalogne et de l’Espagne. Mêmes « tapas », même paella, même passion pour le foot, même sentiment, finalement, de faire partie d’un même monde, d’une même communauté de valeurs. A condition que ce soient des valeurs de liberté et d’égalité.

Ceux qui lisent mes textes peuvent penser que je suis un indépendantiste catalaniste invétéré. Ils se trompent. J’étais pour l’Espagne unie. Mais pas n’importe quelle Espagne.

Les discussions que j’ai avec certains Français sont souvent placées sous le sceau d’une grande incompréhension. La plupart parlent alors qu’ils ne connaissent rien à l’Espagne. Défaut bien français. Ils vivent dans un pays si centralisé qu’il a réussi à tuer les identités « régionales ». Le black-out complet des médias fait que beaucoup de Français ne savent même pas qu’il y a encore des gens qui parlent breton ou occitan (dont moi). Beaucoup ne savaient pas non plus que les Catalans parlent catalan et combien savent qu’il y aussi des Catalans en Roussillon ? Leur monde s’arrête le plus souvent au boulevard périphérique parisien. Navrant.

Beaucoup sortent un argument, certes un peu plus recevable, pour s’opposer à l’indépendance de la Catalogne, le précédent yougoslave, ses guerres entre républiques et ses « nettoyages ethniques ». Je connais bien ces conflits que j’ai eu le temps d’étudier lorsque j’ai été en poste diplomatique dans l’ancienne Yougoslavie. Je ne vais pas en parler ici, ce n’est pas le sujet. Mais l’Europe y a eu sa part de responsabilités.

Aujourd’hui, il y a un problème en Espagne et en Catalogne. Ce n’est pas en le niant qu’on va le résoudre. Au contraire. Nier le droit des Catalans à choisir leur destin sous prétexte que cela donnerait des idées à d’autres de faire pareil n’est pas la solution.

Il vaudrait mieux, je crois, s’interroger sur l’avenir (et déjà le présent) que l’on propose aux peuples d’Europe. Certains pensent qu’on évite le nationalisme (néfaste, alors que le patriotisme est utile) en niant les nations. C’est non seulement antidémocratique, mais c’est une erreur.

A force de nier les identités, en voulant transformer les citoyens en simples consommateurs dans une société mondialisée, les gens ne savent plus où ils en sont. Avoir une identité, c’est savoir d’où l’on vient pour avoir une chance de choisir où l’on va. Là où il n’y a plus d’identité, il n’y a plus de lien social. Vous voulez supprimer ce que vous appelez les « égoïsmes nationaux » et vous ne récoltez que des égoïsmes individuels et de classes ou, pis, du communautarisme, forme accomplie de l’égoïsme le plus primaire.

Transformons cette Europe, caricature d’un système si pervers qu’il ne peut déboucher que sur le chaos et l’oppression. Construisons de véritables rapports humains entre citoyens fiers de leur histoire, de leur culture, bref, de leur identité. Je suis internationaliste mais j’ai des racines et j’y tiens. L’internationalisme sans racines ni identités, c’est une construction artificielle qui non seulement débouche sur rien mais est porteuse de tous les dangers. Les peuples comme la nature ont horreur du vide. Plus vous « mondialiserez », plus vous obtiendrez en réaction ces « populismes » que vous combattez parce que, simplement, vous n’avez rien compris. Vous essayez de boucher la marmite en vous bouchant les yeux et vous vous étonnez ensuite qu’elle explose !        

Et si les Catalans peuvent nous aider à ouvrir les yeux, merci à eux. On rapporte l’interpellation au 19ème siècle du tsar de Russie, lorsque la Pologne était dépecée et occupée par la Russie, la Prusse et l’Autriche. Quelqu’un s’approcha de lui et lui dit « Vive la Pologne, Monsieur ».

Je dis aujourd’hui à ceux qui veulent l’entendre « Visca Catalunya lliura, Senhor ! », vive la Catalogne libre, Monsieur ! Et honte à ceux qui veulent l’enfermer dans la soumission.  

On va voir ce qui va se passer cette semaine. Je vous en reparlerai. C’est loin d’être fini.

Yves Barelli, 22 octobre 2017      

                                                                   

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 16:54

Ce qui se passe en Catalogne est grave et malheureusement ne me surprend pas. Le pouvoir  espagnol agit dans une logique de guerre civile. Il refuse toute idée de dialogue avec les Catalans. Il entend les sanctionner et s’achemine vers une occupation militaire de la Catalogne. Jusqu’à présent, le mouvement catalaniste a été non violent. Je crains que cela ne dure pas. Les dirigeants madrilènes, gouvernement de droite de Rajoy mais aussi roi, dont on se souviendra qu’il est le fils de la marionnette mise en place par Franco pour perpétuer son régime aux fondements fascistes, s’arcboutent derrière la fiction d’une Espagne immuable qui serait une, indivisible et éternelle parce que de construction divine. Ils sont prêts à tout, même à détruire l’Espagne, comme l’a fait Franco, pour persister coûte que coûte dans la paranoïa de leur logique irrationnelle. Ils bénéficient hélas encore du soutien de nombreux Espagnols qui n’ont pas encore compris que ce pays est composé de plusieurs nations et que ces nations ne peuvent vivre dans un Etat commun que si c’est sur la base d’un libre choix et non imposé avec des arguments fallacieux. D’autres, plus intelligents, sont davantage ouverts. Mais n’est-il pas trop tard ? Je suis pessimiste pour ce pays avec lequel j’ai des attaches personnelles fortes.

1/ L’antagonisme de fond entre Catalans et pouvoir madrilène n’est pas nouveau. Sans remonter aux Bourbons du 18ème siècle, ancêtres, imposés depuis l’étranger, de l’actuel roi d’Espagne, ni même à Franco et ses centaines de milliers d’Espagnols assassinés, y compris le premier président de la Catalogne autonome, fusillé par les sbires du fascisme de Franco, et ni même à la longue résistance catalane pendant les quarante ans qu’a duré la nuit fasciste, l’antagonisme dans sa forme actuelle  a commencé en 2010.

Cette année-là, le nouveau statut (constitution) d’autonomie catalane, adopté par le parlement catalan et qui, selon la constitution espagnole, devait également être approuvé par le parlement espagnol, a été retoqué par le « tribunal constitutionnel » de Madrid, à peine sur le fond mais surtout pour son préambule qui replaçait la Catalogne contemporaine dans la lignée de son histoire, celle de la « nation » catalane qui émergea au 10ème siècle (bien avant l’Espagne dont la plus grande partie, à l’époque, était sous la domination musulmane) et qui forma, pour plusieurs siècles, un Etat souverain qui accepta de s’unir à la Castille à la fin du 15ème siècle sur une base, à l’époque, égalitaire, égalité respectée jusqu’à l’arrivée au pouvoir des Bourbons.

Ce refus de reconnaitre une réalité pourtant historique a été à l’origine de l’approfondissement du malentendu entre Barcelone et Madrid : pour les Catalans l’appartenance à l’Espagne ne saurait qu’être volontaire et librement consentie par son peuple, tandis que pour les tenants d’un Espagne mythique, éternelle et immuable, toute autonomie accordée aux « régions » (et non nations) ne pouvant qu’être une concession décidée par le seul gouvernement central.

Du coup, les partisans de l’indépendance, qui n’étaient que 10 à 20% selon les enquêtes d’opinion, ont vu leurs rangs progresser au fur et à mesure qu’un nombre croissant de Catalans, qui se sentaient humiliés d’être traités en mineurs à vie, ont perdu l’espoir de voir les choses changer dans le cadre de l’Etat espagnol.

L’idée d’un référendum d’autodétermination a alors émergé, soutenue par les indépendantistes, que les sondages ont montré de plus en plus nombreux mais aussi par d’autres Catalans, attachés à l’Espagne, mais souhaitant que cette question soit tranchée démocratiquement, les premiers espérant une majorité de oui à l’indépendance, les seconds, une majorité de non (comme cela fut le cas des autodéterminations québécoise et écossaise).

Lors des élections de 2011 une majorité indépendantiste émergea. Elle se prononça pour la convocation d’un référendum pour novembre 2014. Il a eu lieu en prenant des précautions pour éviter de prêter le flanc aux critiques de Madrid : organisé par la « société civile » et destiné à faire connaitre l’avis en grandeur réelle des Catalans sur le principe de l’indépendance. Malgré ces précautions, Madrid a considéré avant même le vote cette  consultation « nulle et non avenue ». La plupart des opposants à l’indépendance ne se sont pas dérangés, près de la moitié des inscrits ont voté donnant évidemment une écrasante majorité pour le oui. Donc, référendum pas vraiment conclusif, ce qui correspond, je crois, aux sentiments des Catalans à ce moment-là : partagés entre leur catalanité et un attachement réel à l’Espagne ; je l’ai moi-même constaté sur place (je donne un cours de relations internationales à l’université de Barcelone et j’ai de nombreux contacts dans cette nation-région).

Le gouvernement catalan procéda alors à une dissolution de son parlement pour rendre les choses plus claires : les élections de 2015 furent menées sur quasiment le seul thème de l’indépendance. La coalition « Junts pel si » (ensemble pour le oui), qui réunit des partis de droite et de gauche, détient aujourd’hui la majorité absolue au parlement catalan. Elle dispose de 76 députés sur un total de 135. Par ailleurs, les 11 députés de Podemos, sans se prononcer sur le fond (indépendance ou pas), se sont déclarés favorables à un scrutin d’autodétermination. Les partis dits « espagnolistes », qui collent au gouvernement de Madrid en refusant l’idée même de référendum, n’ont que 25 députés au parlement catalan. C’est dire le clivage existant entre Barcelone et Madrid. La participation électorale a été de 76%.

On peut donc dire  que le gouvernement catalan indépendantiste de Carles Puigdemont a une légitimité certaine.

C’est lui, avec le soutien du parlement catalan, qui a organisé le référendum, jugé illégal par Madrid, du 1er octobre.

Il est important de constater aussi que le gouvernement catalan s’est toujours déclaré prêt à discuter avec le gouvernement espagnol. La seule réponse qui lui a été donnée, celle qui revient en boucle dans la bouche de Mariano Rajoy, avant, pendant et après le référendum,  et du roi Felipe hier, est : la Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution. Comme celle-ci ne prévoit pas la possibilité d’une scission du territoire espagnol, il n’y a évidemment rien à discuter. C’est sur cet argument primaire que Rajoy a envoyé ses gardes civils pour « confisquer » les urnes, « joujou » de ces « turbulents » Catalans, petits enfants pas sages, qui doivent être ramenés à la « raison ». Pour les fascistes et néo-fascistes espagnols, la démocratie s’arrête où commence l’intégrité de l’Espagne. Pour eux, les Catalans ne sont pas propriétaires de la Catalogne, ils n’en sont que locataires et, quand bien même les indépendantistes seraient majoritaires, cela n’a rigoureusement aucune importance ni aucune incidence.

2/ Le gouvernement espagnol a donc choisi la force pour régler, croit-il, la question. Après avoir envoyé sa police (avec peu de résultats puisque le vote a quand même eu lieu, même s’il s’est fait dans des conditions plus que difficiles), le gouvernement de Rajoy a déjà fait savoir qu’il appliquerait la « loi »,  sa loi, dans toute sa rigueur. Des procédures d’amendes sont déjà en cours vis-à-vis des maires (presque tous) qui ont collaboré au déroulement du scrutin. Une procédure disciplinaire et sans doute judicaire est mise en route contre les responsables de la police catalane (les « mossos d’esquadra ») accusés de ne pas avoir collaboré avec la police espagnole pour « confisquer » les urnes et le matériel électoral. Le ministère des finances a fait savoir qu’une journée de salaire sera retenue sur les grévistes (presque tous) dans les administrations lors de la grève générale d’hier. Plus quelques autres mesures, décidées ou à venir, toutes plus mesquines les unes que les autres, et destinées à imposer mais aussi à humilier.  

C’est donc la force qu’a choisi le pouvoir de Madrid. Au risque assumé de faire encore monter les sentiments indépendantistes chez les Catalans. Visiblement, cela, on « s’en fout » à Madrid.

3/ Le gouvernement et le parlement catalan ne vont plus reculer (ils l’ont déjà trop fait depuis 2010) sans résultat. Il est probable que l’indépendance de la Catalogne sera proclamée avant la fin de la semaine.

4/ Madrid va y répondre en dissolvant les institutions catalanes (comme l’avaient fait les Bourbons en 1710 !), peut-être en arrêtant les membres du gouvernement catalan et peut-être les députés et quelques maires, et en établissant l’état d’urgence, peut-être même la loi martiale.

Je disais il y a quatre ans à mes amis catalans qu’un jour ils verraient stationner des tanks sur la Rambla de Barcelone, me heurtant au scepticisme de leur part. Ils estimaient qu’une telle situation aujourd’hui en Europe est inconcevable. Je leur répondais que la Yougoslavie aussi est en Europe et que cela n’a pas empêché ce pays autrefois tranquille (que j’ai bien  connu aussi)  de sombrer dans un conflit meurtrier et, in fine, de disparaitre.

L’inquiétant est qu’il y a beaucoup de têtes brulées castillanes prêtes à détruire l’Espagne plutôt que d’accepter l’indépendance de la Catalogne (ou du Pays Basque).

5/ Les Catalans comptent encore sur l’Europe pour ramener Madrid à la raison. Je les trouve naïfs. Les dirigeants catalans croient que, en se laissant arrêter par la garde civile, ils vont décider l’Europe à bouger.

Je crois hélas que l’Europe, à commencer par la France (Macron vient honteusement de réitérer son appui à Rajoy), attendra qu’il y ait des morts à Barcelone. Pas un ou deux, mais des centaines. Ils risquent de venir vite : si les institutions catalanes sont supprimées et ses dirigeants emprisonnés, il n’y aura plus aucune autorité pour calmer les nombreux jeunes Catalans qui, ayant épuisé toutes les possibilités d’un « dialogue » inexistant, sont maintenant prêts à en découdre. Et pas mal d’adultes, qui ont vécu le franquisme, les soutiendront.

XXX

J’espère me tromper dans ces prévisions pessimistes. Il y a encore des gens intelligents à Madrid. Seront-ils entendus par des dirigeants sourds et aveugles qui sont encore restés dans leur tête dans l’Espagne de Franco, celle où l’on utilise et on ne comprend que la force bestiale ; pour eux, l’ « état de droit », c’est le droit d’opprimer

N’est-il pas, aussi, trop tard pour qu’ils soient  entendus à Barcelone ?

Une commentatrice ce matin sur une chaine de télévision, une Madrilène qui se dit monarchiste (il n’y en a pas beaucoup mais ça existe) et attachée à l’unité de l’Espagne (et qui déplore en même temps les violences policières de dimanche) disaient : « deux TGV, celui de Madrid et de Barcelone, sont lancés à pleine vitesse sur la même voie et en sens inverse, le choc va être terrible ». Elle n’a pas dit si elle en acceptait l’idée. Beaucoup de ses compatriotes y sont prêts.    

La connaissance que j’ai de l’histoire de l’Espagne et de l’hypocrisie impuissante de l’Europe ne me rendent pas optimiste. Un conducteur de TGV n’aime pas faire machine arrière et, de toute façon, quand il est lancé, c’est difficile de l’arrêter rapidement.  

Yves Barelli, 4 octobre 2017                                   

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 01:16

Des policiers casqués, venus du reste de l’Espagne, qui brutalisent des femmes et des vieillards venus voter, des écoles saccagées pour tenter de s’emparer des urnes, plus de 700 blessés : une honte pour le gouvernement de Mariano Rajoy qui a ainsi montré son vrai visage, celui, honteux, d’un héritier du fascisme de Franco.

En dépit de ce déploiement de force destiné à empêcher par tous les moyens les Catalans de s’exprimer, le référendum sur l’indépendance a pu se dérouler, nonobstant l’ « interdiction » décidée par un gouvernement et un « tribunal constitutionnel » espagnols, juges et parties. Peu importe le résultat de cette consultation qui, en maints endroits, n’a pu se dérouler dans des conditions normales. Elle  sera, de toute façon, contestée. L’important est qu’elle se soit néanmoins tenue, avec la participation de millions de votants.   

Reste à voir sur quoi cette journée qui se voulait « historique » va déboucher : le parlement catalan se réunira mercredi ; l’indépendance pourrait être proclamée. Parallèlement, le chef du gouvernement espagnol va réunir les partis. Le chef du PSOE (socialiste), qui renvoie dos à dos Rajoy et Puigdemont (président catalan), mais qui a dénoncé les violences policières, pourrait tenter de faire renouer le dialogue. Podemos et le gouvernement basque  pourraient aussi jouer les intermédiaires. Un fossé s’est creusé aujourd’hui entre la Catalogne et l’Espagne. Il pourrait ne pas encore être irréversible. Mais le temps presse.

1/ On a pu voir sur les chaines françaises d’information en continu les longues files de citoyens faisant la queue sous la pluie pour aller voter dans des bureaux de vote où de nombreux jeunes ont campé toute la nuit pour les protéger des descentes de la police. J’ai personnellement regardé toute la journée sur internet la chaine d’information en continu du journal espagnol El Pais (intéressant car ce quotidien, équivalent du Monde, ne peut être suspecté de sympathie avec les indépendantistes catalans ; il a cependant rendu compte honnêtement du déroulement du « référendum illégal d’indépendance », comme il le nomme). On montrait notamment les urnes arriver à l’ouverture des bureaux, amenées en voitures de lieux secrets que la police n’a pu découvrir. On y a aussi vu les difficultés matérielles, les moyens de l’Etat ayant souvent réussi à perturber l’accès au fichier informatique des listes électorales, de sorte que, dans certains bureaux, on a du recopier les listes à la main.

Une petite incidente sur les bulletins de vote : ils sont bilingues, non pas catalan et espagnol, mais catalan et occitan, deuxième langue officielles de la Catalogne grâce au petit Val d’Aran, de langue occitane : les électeurs ont donc pu dire « òc » (oui) à l’indépendance. C’est peut-être de l’enfantillage, mais ça me fait plaisir.

2/ On a pu voir sur ces mêmes chaines d’information les charges policières contre des électeurs, certes avec une volonté très contenue de ne pas faire trop de mal. Mais ce spectacle de femmes poussées, voire trainées, à terre est indigne d’un pays qui se dit « démocratique ». On ne déplore heureusement aucun blessé grave. C’est une chance. Ces policiers ne sont pas catalans. Les « mossos d’esquadra », que chacun a vus lorsque les attentats islamistes ont frappé Barcelone le mois dernier, se sont contentés d’observer la situation. Ils se sont heurtés ça et là aux policiers « nationaux » et aux gardes civils (équivalents de gendarmes). Là aussi, on a évité le pire. Une procédure judiciaire a été ouverte contre eux à l’initiative du gouvernement de Madrid.

Ce sont 20 000 forces de l’ « ordre », en l’occurrence du désordre, qui ont été amenées du reste de l’Espagne. Sachant qu’ils ne seraient pas les bienvenus, on a évité de leur faire traverser la Catalogne : ils ont débarqué par bateau dans un endroit retiré du port de Barcelone. Une sorte d’expédition en terrain colonial !

Comme ces policiers nationaux et ces gardes civils ne pouvaient être partout, ce ne sont finalement que quelques bureaux de vote qui ont été perturbés : à Barcelone, mais aussi à Girone, où le président catalan, Carles Puigdemont, est inscrit. Il a néanmoins réussi à voter. Selon le gouvernement catalan, 96% des bureaux de vote (chiffre impossible à vérifier) auraient fonctionné normalement.

3/ On ne saura sans doute jamais combien exactement d’électeurs ont pu participer au référendum. Beaucoup, certainement. Une majorité du corps électoral ? On ne le saura sans doute pas. Les indépendantistes diront que oui, le gouvernement dira le contraire. Ceux qui sont opposés à l’indépendance ne se sont pas, le plus souvent, déplacés. Néanmoins, certains d’entre eux l’ont fait pour montrer leur désapprobation avec la prétention de Madrid à l’interdire.

L’important est en tout cas que le référendum ait eu lieu malgré tout. Les conditions dans lesquelles il s’est déroulé lui ôte, de fait, une signification autre que celle, et c’est déjà beaucoup, de la capacité des Catalans à l’avoir tenu.

4/ Quelle est la réalité des sentiments des habitants de la Catalogne ? En l’absence de consultation dans des conditions normales, par la faute du gouvernement de Madrid, on ne peut que s’en remettre aux sondages et aux élections précédentes. Le parlement catalan a été renouvelé il y a deux ans sur un programme clair de marche vers l’indépendance. Les députés favorables à celle-ci sont majoritaires. Cela confère une légitimé à ce parlement et à sa volonté de rompre avec l’Espagne. Les sondages donnent au coude à coude, en cas de « vrai » référendum d’autodétermination, les partisans du oui et du non. Cela n’est pas étonnant : il y a de l’ordre d’un tiers de non-Catalans (certains intégrés et même assimilés, d’autres non) parmi les résidents de Catalogne de nationalité espagnole (les étrangers ne votent pas). Avec une minorité de Catalans « espagnolistes », on s’approche de la moitié.

Quelles seront les conséquences des évènements d’aujourd’hui sur les sentiments des Catalans ? Certains craignant l’enchainement de violences pourraient rejoindre le statuquo pro-espagnol. Mais, selon les observateurs, y compris d’El Pais (hostile à l’indépendance) l’attitude de Rajoy visant à humilier et intimider les Catalans va sans doute encore renforcer le camp indépendantiste.

5/ Que va-t-il se passer maintenant ?

On a déjà eu ce soir un grand rassemblement populaire sur la Plaça de Catalunya de Barcelone. Les orateurs qui s’y sont exprimés se sont prononcés pour la proclamation sans plus tarder de la « République catalane ».

Mercredi 4 octobre le parlement catalan se réunit. On dit qu’il pourrait proclamer l’indépendance.

Mariano Rajoy va-t-il envoyer la garde civile pour tenter d’arrêter députés et membres du gouvernement catalan ? Je ne l’exclue pas. Verra-t-on des automitrailleuses stationner sur la Place de Catalogne et sur la Rambla comme du temps de Franco ? Je ne l’exclue pas non plus.

6/ Il y a heureusement des gens plus sensés que le chef du gouvernement espagnol pour lui dire qu’il est allé trop loin.

Il est vrai que le référendum était annoncé depuis longtemps et que Rajoy n’a strictement rien fait pour entamer ne serait-ce qu’un début de dialogue avec les dirigeants catalans. Son seul langage a été de répéter que la Constitution espagnole interdit la sécession d’une partie de l’Espagne (c’est ce qu’on disait à Paris en 1954 à propos de l’Algérie. On voit ce qu’il est advenu…) et que, en conséquence, tout référendum d’autodétermination est « interdit » (sur un ton que même des parents ne tiennent plus quand ils s’adressent à des enfants) et que, puisqu’il est interdit il est normal qu’on envoie la police pour « confisquer » les urnes.

Le chef du gouvernement espagnol, très critiqué par une partie de la classe politique et des médias, s’est résolu à organiser dans la semaine une réunion avec les partis espagnols.

Podemos a soutenu dès le départ le droit des Catalans à voter et a condamné les violences policières. C’est le cas aussi des partis basques.  

Pedro Sanchez, leader du PSOE (socialiste) a tenu ce soir un langage balancé, renvoyant dos à dos Puigdemont pour avoir pris l’initiative du référendum « illégal » et Rajoy pour n’avoir rien fait pour essayer de dialoguer et pour résoudre la crise de manière politique et non, comme c’est le cas, avec rien d’autre que des arguments juridiques (fallacieux) et des policiers tentant de voler les urnes.

Rappelons que le gouvernement de Rajoy est fragile. Il ne tient que par une majorité relative et non absolue.

Y aura-t-il une conjonction du PSOE, de Podemos et de quelques autres, dont les partis basques, pour le renverser ? Peut-être.

Il est clair que désormais la personne de Mariano Rajoy est une partie du problème et non de sa solution.

Sur le fond, le PSOE, qui a beaucoup à se faire pardonner tant son actuation quand il était aux affaires a été lamentable, pourrait enfin (pourquoi ne l’a-t-il pas fait quand il était au pouvoir ?) approfondir son idée de transformer l’Espagne en Etat fédéral avec quelques concessions aux Catalans, telle la liberté de choisir librement leur statut sans censure du « tribunal constitutionnel », qu’il y aurait évidemment lieu de réformer car c’est lui qui a mis le feu aux poudres en 2010 en interdisant l’emploi du mot « peuple, catalan » dans le statut (constitution) de la Catalogne. On pourrait aussi introduire au niveau fédéral l’égalité entre toutes les langues d’Espagne (catalan, basque, galicien) alors qu’aujourd’hui la seule langue de l’Etat espagnol est la castillan (tandis que, en Catalogne, c’est seulement le catalan, et symboliquement l’occitan, ce qui entraine des conflits incessants de compétences).             

7/ A supposer que cette évolution du pouvoir madrilène ait lieu, cela suffira-t-il à dissuader les Catalans de proclamer l’indépendance ? En d’autres termes, le fossé entre la Catalogne et l’Espagne, qui s’est considérablement approfondi aujourd’hui, est-il irréversible ?

La seule manière de savoir si les Catalans ont définitivement décidé de sortir de l’Etat espagnol serait évidemment de le leur demander. Je ne crois pas que l’Espagne pourra faire l’économie d’un véritable référendum d’autodétermination avec toutes les garanties de transparence et d’honnêteté sur le modèle de ce qui s’est fait en Ecosse et au Québec.

Quel en serait l’issue ? Aujourd’hui sans doute le oui à l’indépendance. Mais dans des conditions plus sereines et dans l’hypothèse d’une Espagne, union volontaire de ses peuples et non prison de ses peuples, ce serait peut-être une autre affaire.

Yves Barelli, 1er octobre 2017                                   

                                                         

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 10:16

Je suis inquiet,  scandalisé mais pas surpris par ce qui se passe en Catalogne où le pouvoir espagnol prétend interdire aux Catalans de s’exprimer librement sur leur avenir. Inquiet parce qu’il semble qu’un processus dangereux qui risque de devenir rapidement incontrôlable est en train de s’enclencher.  Scandalisé parce que l’Etat espagnol se conduit en Catalogne comme un pouvoir colonial dans la tradition du despotisme des Bourbons depuis le 17ème siècle et du fascisme franquiste au 20ème siècle. Pas surpris parce que je m’attendais, hélas, au dérapage en cours.

L’indépendance de la Catalogne n’est pas une fin en soi. Les Catalans avaient autant de bonnes raisons d’y aspirer, comme de préférer vivre, = volontairement =, dans un Etat espagnol fédéral. Mais l’attitude bornée, méprisante, intolérante du gouvernement néo franquiste actuel est non seulement dangereuse mais stupide car elle est en train de contraindre nombre de Catalans qui auraient souhaité vivre dans une Espagne démocratique et pluraliste à préférer prendre le large plutôt que de se soumettre.

La question de oui ou non à l’indépendance est une question en soi qui aurait besoin d’être abordée sereinement par les Catalans. Ils ont autant de bonnes raisons de quitter l’Espagne que d’y rester. Mais, aujourd’hui, la question n’est pas là. La question est « peut-on empêcher dans l’Europe d’aujourd’hui un peuple, une Nation vieille de dix siècles, de décider librement de son destin ? ». Madrid refuse cette liberté qui devrait pourtant apparaitre comme élémentaire et la soit disant « communauté internationale », en fait le capitalisme mondialisé qui fait la pluie et le beau temps à Washington et à Bruxelles, soutient ce refus. Du moins le soutient, en se voilant la face, en refusant de regarder la réalité, par facilité, par conformisme, par petit intérêt à court terme (chaque Etat, ou presque, a ses propres séparatismes, avérés, potentiels ou possibles, et la France l’est pas le  dernier dans ce cas), attendant peut-être les premiers morts en Catalogne pour enfin commencer à ouvrir les yeux.  

Pourtant, là où la démocratie est acceptée, l’autodétermination ne débouche pas nécessairement sur la séparation, parce que, je le répète, il y a, le plus souvent, autant de raisons de dire oui que de dire non. On peut en effet se sentir pleinement à la fois Catalan =et= Espagnol, à la fois Corse =et= Français, ou Breton =et= Français. Mais le problème commence lorsqu’on veut imposer d’être Espagnol et pas Catalan, être Français et pas Corse ou Breton. L’Etat canadien n’a pas empêché les Québécois de s’autodéterminer et l’Etat britannique, encore récemment (il y a deux ans) a laissé cette facilité aux Ecossais. Les uns et les autres ont choisi de rester canadiens ou britanniques. La démocratie y a gagné. La fierté des peuples et la cohésion des Etats multinationaux aussi.    

En 1954 lorsqu’a commencé la guerre d’Algérie, l’Algérie était une partie de la République française, une et indivisible. Même l’autonomie lui était refusée. Nombre d’Algériens auraient pourtant souhaité rester dans le cadre français (relisez ce que disait alors Ferhat Abbas, le premier dirigeant du FLN). Mais une politique obtuse et méprisante pour les intéressés les a contraint à prendre les armes contre la France et l’Algérie est, quand même, devenue indépendante après huit ans d’une guerre meurtrière.

Les Catalans devront-ils prendre les armes contre l’Espagne pour prendre en main leur destin ?

Ces serait dramatique et ce serait un lamentable gâchis.

J’ose croire qu’on n’en viendra pas à cette extrémité. J’ose croire que la raison va enfin revenir à Madrid. Pour moi et comme pour beaucoup de Catalans, une Espagne fédérale, union libre de nations reconnues, serait la meilleure solution. On est plus forts unis que séparés.

Il y a encore dix ans, il n’y avait qu’une minorité de séparatistes en Catalogne. La gestion imbécile du dossier catalan par Madrid, caractérisée par l’humiliation bornée des Catalans à coups d’arguments juridiques fallacieux, a créé un problème là où il n’y en avait pas et a contraint un nombre de plus en plus grand de Catalans à se tourner vers une séparation qu’ils ne souhaitaient pas au départ.

Aujourd’hui encore, si un référendum d’autodétermination était organisé dans des conditions sereines en proposant aux Catalans le choix entre la sortie et une Espagne fédérale démocratique et multinationale à la Constitution librement négociée par les peuples qui la composent et non imposée par une oligarchie héritière de Franco (les Espagnols doivent notamment subir l’existence d’une monarchie dont les sondages montrent qu’ils n’en veulent pas et un drapeau imposé par Franco à la place de celui de la République assassinée par les armes d’un coup d’Etat et d’une répression impitoyable. Il est temps de remettre tout à plat dans ce pays et de se débarrasser des séquelles d’un passé dramatique et cela ne concerne pas que la Catalogne), il n’est pas sûr qu’ils choisiraient la première option.

Mais cela est leur affaire. Pas celle des autres. Pas celle du pouvoir madrilène et encore moins de ses soutiens à Paris ou à Bruxelles.

Il est grand temps de revenir à la raison avant qu’il ne soit trop tard.

A Madrid, bien sûr. Mais aussi à Barcelone. Les Catalans ont eu tendance jusqu’à présent à être naïfs. Ils croyaient, quelques-uns le croient encore, que jamais Madrid n’oserait s’opposer à leur autodétermination et que l’Europe les soutiendrait dans leur juste aspiration à la démocratie. Madrid a commencé à « oser » en arrêtant des fonctionnaires municipaux, en confisquant du matériel électoral, en fermant arbitrairement des sites internet dans le but d’empêcher coûte que coûte le référendum prévu demain 1er octobre. L’Europe hypocrite, qui soutient les indépendances lorsque cela l’arrange (éclatement de l’URSS ou de la Yougoslavie, indépendance du Kosovo, pourtant berceau historique de la nation serbe, territoire qui n’a jamais été une nation dont on a fait cadeau aux mafias albanaises) et qui refuse, quand cela ne l’arrange pas, la libre détermination des peuples (basque, catalan, mais aussi habitants de la Crimée).

Le référendum de demain aura peut-être lieu, ou n’aura pas lieu. On verra. De toute façon, tout le monde ne pourra pas voter et, même si le oui à l’indépendance peut s’exprimer massivement, il est clair que le résultat sera contesté, à juste titre d’ailleurs car les conditions sereines du vote ne sont pas réunies.

Ce sera sans doute une victoire à court terme et à courte vue de Madrid et des ennemis de la démocratie. Si les votants sont nombreux, ce ne sera qu’une victoire partielle du gouvernement catalan, émanation, rappelons-le, d’une majorité parlementaire indépendantiste librement élue.

Les Catalans conquerront leur liberté en l’imposant à Madrid. Les batailles sont souvent gagnées par la détermination et la dissuasion. Cela ne suffit pas de défiler à plusieurs millions dans les rues de Barcelone. Cela ne suffit pas d’organiser un référendum qui, de toute façon, ne peut être conclusif parce que le pouvoir espagnol le considère comme « illégal » et en sabote le déroulement.

Les Catalans gagneront (sinon ils perdront) par la dissuasion : dissuasion de Madrid de persister dans son attitude irresponsable en faisant comprendre aux têtes dures castillanes que, certes, les Catalans n’ont pas les moyens militaires d’arracher l’indépendance, mais que, en revanche, ils peuvent rendre la vie tellement impossible à l’Espagne que celle-ci aura intérêt à trouver un compromis, en tout cas à commencer à discuter sérieusement, ce que le gouvernement de Rajoy se refuse à faire. Les Catalans doivent savoir aussi que ce dernier est fragile et pas éternel. Ils auraient intérêt à se chercher des alliés à Madrid. Ils sont déjà soutenus par Podemos et Izquierda Unida. Ce n’est pas rien, mais pas suffisant. Les socialistes espagnols ont certes beaucoup trahi, mais ils peuvent eux aussi revenir à la raison. Et ce peut même être l’attitude, in fine, de nombre de dirigeants de droite (les milieux possédants d’affaire qu’ils représentent ont besoin de tranquillité pour faire leurs affaires).

Je commenterai bien évidement lundi le référendum de demain et essaierai d’analyser l’évolution de la situation et les perspectives d’avenir.

Yves Barelli, 30 septembre 2017                                      

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 21:29

Comme cela était prévu (voir mon article du 24 août sur ce même blog), plusieurs centaines de milliers de Barcelonais se sont rassemblés ce samedi 26 août pour, en principe, exprimer leur solidarités avec les victimes du terrorisme, mais en fait pour plus que cela.

Si ce premier aspect du rassemblement était présent, avec un langage « politiquement correct » affiché sur des pancartes (en minorité) et dans les quelques mots prononcés par une actrice catalane en plus des poèmes à la paix qu’elle a lus, un autre était encore plus visible : le combat des Catalans pour l’indépendance et contre le pouvoir de Madrid, illustré par la forêt de drapeaux indépendantistes qui entouraient le roi et le chef du gouvernement espagnol et par les copieux sifflets chaque fois qu’ils apparaissaient sur les écrans géants qui montraient en direct le rassemblement.

Du let motif repris depuis une semaine par les Barcelonais et inscrit en lettres capitales sur la grande banderole qui ouvrait la marche, « no tenim por », on doit faire une double lecture : les Catalans n’ont pas peur du terrorisme ; ils n’ont pas peur non plus du pouvoir de Madrid qui persiste à les empêcher de s’autodéterminer (un référendum, jugé « illégal » par le pouvoir espagnol, sera organisé le 1er octobre par le gouvernement catalan).

1/ Comme cela avait été décidé, la marche sur le « Passeig de Gracia » jusqu’à la place de Catalogne, était ouverte par les représentants de tous les corps qui ont secourus les victimes et ont traqué les terroristes (policiers, secouristes, médecins, pompiers, ambulanciers, etc). Cela avait été décidé par le gouvernement catalan pour que ni le roi ni le chef du gouvernement espagnol ne soient au premier rang (c’était la condition posée pour leur présence, très critiquée).

Elle s’est terminée sur la place de Catalogne par une lecture de poèmes et par l’interprétation par deux violonistes de l’ « hymne, traditionnel, aux oiseaux », l’un des symboles de la résistance catalane au régime fasciste de Franco. Cet hymne avait été joué la première fois à New York au début des années 1950.

2/ Tous les poncifs du politiquement correct étaient présents : une femme voilée aux côtés du roi, une autre sur la tribune à côté de l’actrice, quelques pancartes « non à l’islamophobie» ou l’inénarrable « l’islam ce n’est pas ça » et même « l’islam condamne le terrorisme ». Bref, il fallait montrer la volonté des Barcelonais de « vivre ensemble » (du moins par ceux qui n’ont pas encore été tués par ceux qui refusent ce « vivre ensemble ») et le fait que « la meilleure réponse est la paix » (certes, mais on n’a jamais vu une guerre gagnée en refusant de se battre ; si un tel mot d’ordre avait été proféré pendant la seconde guerre mondiale, les nazis seraient encore à Paris!). Bref, une pathétique attitude, comme à Paris, à Nice, à Londres et ailleurs, de la part de ceux qui croient que c’est avec des bougies, des nounours et des paroles de « paix » qu’on en finira avec le terrorisme.

3/ D’autres slogans aussi pacifiques mais plus vindicatifs étaient également présents : ils reprochaient aux autorités de l’Etat espagnol de pactiser avec des pays (non nommés) soutenant le terrorisme en leur vendant des armes. Pacifisme, somme toute assez classique, venant sans doute de sympathisants de Podemos ou de la gauche de la gauche. Ça ne mange pas de pain…

4/ Mais l’essentiel, pour une bonne partie des manifestants, était ailleurs (peut-être, pour certains, non antinomique des slogans pacifistes ou du « vivre ensemble ») : l’expression de la détermination des Catalans de choisir leur destin, contre Madrid si nécessaire. Ceux-là ont copieusement sifflé le roi.

Ceux qui ne connaissent pas l’Espagne sont peut-être tentés de penser que cela était déplacé en ce jour de recueillement et, en principe, d’unité. Ceux qui le pensent ne connaissent pas, en effet, l’Espagne et encore moins la Catalogne : les Catalans (et beaucoup d’Espagnols avec eux) ont au moins trois bonnes raisons de siffler le roi. a/ les Bourbons, d’origine étrangère, ont été installés sur le trône espagnol par la force lors de la « guerre de succession d’Espagne » en 1707 et la répression qu’ils ont menée, particulièrement dans les territoires de la « couronne d’Aragon (Catalogne, Aragon, Valence) a été atroce avec des milliers de gens massacrés dans de nombreuses villes. C’est cette année noire, 1707, que les Catalans célèbrent chaque 10 septembre, lors de la « Diada » (journée) ; nul doute que celle de cette année sera de grande ampleur b/ le père de Felipe, Juan Carlos, a été installé sur le trône par Franco, c’est son « bébé ». Son règne s’est terminé dans les scandales qui l’ont forcé à abdiquer. En dépit de sondages d’opinion montrant que les Espagnols souhaitent majoritairement le retour de la République, Felipe a pris la succession du père honteux. On comprend mieux les sifflets, n’est-ce pas ? c/ Les Catalans favorables à l’indépendance ont en outre sifflé le chef d’un Etat dont ils ne veulent plus. Sa présence sur le Passeig de Gracia était vue comme une provocation. A la limite, ils en veulent moins à Mariano Rajoy. Lui, au moins, a été élu.

En tout cas, le souverain n’était visiblement pas à la fête. Libre à lui de s’afficher avec une femme voilée. Libre à lui personnellement. Cela est plus contestable dans son rôle de représentant de l’Espagne (et sans doute plus d’un spectateur a du se chanter in petto cette chanson républicaine « los moros que trajo Franco en Madrid quieren entrar… ». Felipe, lui, c’est à Barcelone qu’il semble vouloir les amener ! Mais le roi entouré d’une forêt de drapeaux indépendantistes et de pancartes en catalan, pour son image, ce n’est sans doute pas le « top » ! Peut-être va-t-il se demander s’il a bien fait de venir.

5/ La page des attentats de Barcelone va se tourner (jusqu’au prochain, sans doute ailleurs). Place maintenant à la suite du « match » Catalogne-Espagne. Prochains épisodes, le vote au parlement catalan le 6 septembre de la loi organisant le référendum du 1er octobre, la « Diada » du 10 septembre et le référendum du 1er octobre.

Je vous en reparlerai.

6/ Un mot pour terminer sur la couverture des « évènements » par les médias français. Je regarde le plus souvent BFM TV et j’écoute France-Info. Je crois qu’il faudra encore du temps avant que les Français réalisent bien ce qu’est la Catalogne et ce qui s’y passe. La France est un pays si centralisé, si intolérant pour les cultures « régionales » et si ignorant de ce qui se passe loin des capitales, que ses journalistes ont beaucoup de mal à sortir de leurs schémas tout prêts. Ils étaient évidemment venus à Barcelone (intention sans doute louable !) pour couvrir un beau moment d’unité « nationale » autour du roi. Visiblement, l’aspect manifestation indépendantiste du rassemblement d’aujourd’hui leur a échappé. Ils ont certes noté les sifflets adressés au roi, ils ont découvert avec les attentats (comme quoi, à quelque chose malheur est parfois bon) l’existence d’un gouvernement catalan et même d’une police catalane (le premier jour, cela les interpelait). Ils ont enfin compris (pas tous, mais certains) qu’il y a une langue catalane qui n’est pas un « patois » espagnol et que les discours à Barcelone se font dans cette langue. C’est un bon début. Peut-être arriveront-t-ils à comprendre un jour qu’il y a même une « nation » catalane ! Il ne faut pas désespérer.        

Yves Barelli, 26 aout 2017           

                                

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 00:58

Les évènements de Barcelone et Cambrils n’ont pas entamé la marche à l’indépendance des Catalans. Sans doute ont-ils encore renforcé leur détermination. La gestion de la lutte anti-terroriste du gouvernement catalan a, aux yeux des observateurs, montré sa capacité à gérer une situation de crise. Selon le « Wall Street Journal », il apparait  que « le gouvernement catalan est en mesure de gouverner indépendamment de Madrid ». Il a, en tout cas, réussi à marginaliser le roi et le président du gouvernement espagnol en dépit de leur tentative de donner l’impression d’être à la tête du mouvement. Le 6 septembre prochain, le parlement de Catalogne devrait approuver la loi de convocation du référendum sur l’indépendance du 1er octobre, d’ores et déjà déclaré illégal par le Tribunal Constitutionnel de Madrid. Les ponts ne sont toutefois pas coupés mais le dialogue entre Barcelone et Madrid est tendu.

1/ Rappel des faits pour ceux qui ne sont pas familiers de la situation de l’Espagne. Ce pays n’est pas un Etat fédéral mais il n’est plus vraiment un Etat unitaire. Les 17 « communautés autonomes » (régions) d’Espagne disposent chacune d’un « statut » (constitution) décidé par le parlement local et qui doit être approuvé par le parlement espagnol. Ces statuts, qui sont le résultat de compromis, se sont mis en place au retour de la démocratie à la mort de Franco, dans les années qui ont suivi 1975. Ils sont « à la carte », c’est-à-dire qu’ils ne sont pas les mêmes partout, les communautés « historiques » (Catalogne et Pays Basque en particulier) disposent de compétences supérieures à celles qui ne le sont pas.

Les conflits de compétences sont constants du fait de l’opposition entre tendances centrifuges et centripètes. A titre d’exemple, en Catalogne, la seule langue officielle est le catalan (l’enseignement, à tous les niveaux, est dans cette langue) mais la Constitution espagnole stipule que l’espagnol (castillan) est la langue de l’Etat et que tout Espagnol a le droit et le devoir de le connaitre et de l’utiliser s’il le souhaite. Autre exemple : la police est de la compétence de la Catalogne mais l’Etat central est compétent en matière de poursuite du terrorisme.

2/ Depuis 1975, les relations entre la Catalogne et le gouvernement espagnol n’ont donc jamais été simples. Elles sont devenues carrément conflictuelles en 2010 lorsque le Tribunal Constitutionnel espagnol a retoqué la nouvelle version du statut d’autonomie de la Catalogne en censurant le préambule qui parlait de « Nation » catalane et qui rappelait, pourtant un fait historique, que celle-ci existe depuis le 10ème siècle. Le « tribunal », que les Catalans accusent d’être juge et partie, a estimé qu’il n’y a qu’une nation, l’espagnole, et il en a profité pour rappeler que, dans le dialogue et la hiérarchie entre l’Etat et les communautés, l’Etat central est supérieur.

Cette décision du Tribunal Constitutionnel a été vue par nombre de Catalans comme un affront et une provocation. Du coup, alors que les partisans de l’indépendance étaient jusque là minoritaires dans les sondages, ils sont devenus majoritaires.

Dès lors, les évènements se sont enchainés. Le principal parti catalan, CiU (« Convergencia i Unió), de centre droit, qui a formé l’ossature de tous les gouvernements catalans depuis 1975, prudent jusque là (comme tous les Catalans, qui avaient préféré, dans le cadre du « compromis démocratique » espagnol, mettre entre parenthèses la question de l’indépendance, parallèlement à celles, à l’échelle espagnole, d’un éventuel retour à la République, et de la poursuite des crimes de la période de Franco, arrivé au pouvoir, rappelons-le, par un putsch militaire suivi d’une longue guerre civile et d’une répression épouvantable ensuite), remis cette question sur le tapis.

Des voix de plus en plus insistantes venues de la « société civile » et des partis, se sont exprimées pour demander un référendum d’autodétermination. En 2012, la plupart des municipalités catalanes ont organisé des référendums consultatifs sur l’indépendance et des campagnes de pavoisement des villes et villages avec des drapeaux indépendantistes (drapeau catalan traditionnel avec, en plus, une étoile). Chaque année, la « Diada » (journée) catalane, qui commémore le 10 septembre 1707 lorsque le pouvoir royal des Bourbons (d’origine française, arrivé au pouvoir après une guerre civile à connotation internationale, la « guerre de succession d’Espagne ») a supprimé toutes les « libertés » et institutions, non seulement de la Catalogne, mais aussi des deux autres entités de la « couronne » d’Aragon (Aragon et Pays Valencien) et s’est rendu coupable de violations massives des droits de l’homme dans ces territoires, chaque année, donc, cette journée est l’occasion de mobilisations populaires considérables à travers toute la Catalogne. Depuis 2010, elle se transforme en manifestation pour l’indépendance. Parallèlement, le parlement catalan, où une coalition indépendantiste est majoritaire, a émis des vœux pour demander, sans succès, au gouvernement central, d’organiser un référendum d’autodétermination, sur le modèle de ceux qui se sont déroulés au Québec, en Ecosse, au Kosovo ou au Monténégro. Le gouvernement catalan, d’abord présidé par Artur Mas puis (l’actuel) Carles Puigdemont, s’est montré de plus en plus actif, en tentant d’entamer un dialogue avec le gouvernement central. Le dialogue existe mais c’est un dialogue de sourds.        

En 2014, à l’initiative (soutenue, téléguidée même, par le gouvernent catalan), d’une coalition d’institutions de la société civile, de municipalités et de partis politiques baptisée « Junts pel si » (ensemble pour le oui), un référendum consultatif s’est tenu dans l’ensemble de la Catalogne. Seuls les partisans de l’indépendance y ont participé. Il a donné évidemment une quasi unanimité de oui avec une participation proche de la majorité. Les deux camps ont donc estimé avoir gagné, les indépendantistes parce que le peuple s’est exprimé, les autres parce que les votants n’ont pas représenté la majorité du corps électoral. Le Tribunal Constitutionnel et le gouvernement espagnol ont déclaré ce référendum « nul et non avenu » et des poursuites judiciaires (processus en cours) ont été entamées contre Artur Mas pour avoir couvert l’opération.

Depuis, rien de conclusif ne s’est passé. A Madrid, on est resté un an avec un gouvernement minoritaire « expédiant les affaires courantes » et les deux élections générales n’ont pas permis de dégager une majorité (beaucoup d’Espagnols, sur fond de scandales de corruption qui affectent tant les autorités nationales que régionales, y compris catalanes, se demandent si leur gouvernement central sert encore à quelque chose, la vie de tous les jours étant réglée par les autorités régionales (éducation, santé, police, la plupart des routes, etc) et les grandes affaires étant plutôt dictées par l’Union européenne, y compris les politiques d’austérité) ; le gouvernement actuel de Mariano Rajoy, droite, minoritaire au parlement, ne tient que par le soutien d’un petit parti canarien et par l’abstention des socialistes, eux-mêmes en crise, avec, en toile de fond, la montée, mais qui reste minoritaire, de « Podemos » et de son équivalent de droite, un peu plus faible, de « Ciudadanos » (« Ciutadans » en Catalogne, «  citoyens »). Des difficultés internes ont parallèlement affecté le gouvernement catalan, ce qui a amené le remplacement d’Artur Mas par Carles Puigdemont.

Ce dernier semble avoir repris la main et l’affaire des attentats va l’aider. Il s’appuie sur une coalition indépendantiste formée de CiU, de l’ERC (« Gauche Républicaine Catalane ») et d’autres formations de moindre importance (les socialistes catalans, autrefois assez forts mais très affaiblis, qui ne sont pas sur la même longueur d’onde que les socialistes de Madrid, essaient de jouer un les intermédiaires entre Madrid et Barcelone ; ils ne sont pas favorables à l’indépendance mais soutiennent le projet de référendum).

3/ C’est dans ce contexte qu’a été gérée, plutôt bien, la situation créée par les actes terroristes de Barcelone et Cambrils. Du début à la fin, elle a été menée par le président catalan, son ministre de l’intérieur et la police catalane, les « Mossos d’Esquadra » (littéralement les « garçons d’escadre »). Ces policiers (ou gendarmes, leur statut est un peu intermédiaire) ont réussi à neutraliser ou à interpeler les terroristes et ont mené des enquêtes que tout le monde s’accorde à considérer comme efficaces. Ceux qui ont assisté en direct sur BFM (et probablement d’autres chaines d’info) le 21 août à la conférence de presse du chef de gouvernement catalan et du chef de sa police, ont noté la maitrise très subtile du discours : ils ne se sont exprimé qu’en catalan et Carles Puigdemont a tenu à en faire, lui-même, un résumé en castillan mais aussi en anglais et en français, exactement dans les mêmes termes, ces deux langues placées donc au même niveau que l’espagnol, abaissé de fait à une langue étrangère.

Le lendemain de l’attentat, Mariano Rajoy a fait le déplacement à Barcelone. Il fallait qu’il montre que le gouvernement espagnol se saisissait d’une affaire, dont les images ont fait le tour du monde, qui se passe en Espagne. Aucun membre du gouvernement catalan n’était présent à l’aéroport pour l’accueillir et c’est ensuite au siège du ministère de l’intérieur catalan que se sont déroulées, à huis-clos, les longues discussions entre Puigdemont, Rajoy, plusieurs ministres de part et d’autre et les responsables de la police (catalane mais on peut penser aussi probablement espagnole). Pour l’extérieur, on a parlé d’ « unanimité » face au terrorisme.                                              

Lors de la manifestation « unanime » qui s’est tenue le 18 août sur la Place de Catalogne, en présence du roi et du chef de gouvernement espagnol, les autorités catalanes ont imposé le tempo : aucun discours, aucun drapeau et un seul mot d’ordre scandé par la foule, en catalan : « no tinc pòr », je n’ai pas peur.

Une nouvelle manifestation populaire est prévue samedi prochain 26 août. Elle se déroulera sur le Passeig de Gracia (à proximité de la Place de Catalogne et de la « Rambla », mais au-delà du cœur historique, pour des raisons de sécurité). Le roi et Mariano Rajoy vont y participer. Mais ils seront au second rang, le premier étant occupé par les représentants des corps catalans qui ont participé aux opérations : policiers, pompiers, secouristes, ambulanciers, etc).

4/ Les ponts ne sont pas rompus entre Barcelone et Madrid. Lundi dernier (le 21 août), un peu après l’arrestation des derniers terroristes en fuite et la conférence de presse du chef du gouvernement catalan, le cinéaste catalan Père Portabella a monté un dîner dans sa villa de la Costa Brava avec 70 participants dont Carles Puigdemont, le leader de l’ERC mais aussi le président du Parti Socialiste Catalan, le responsable de Podemos catalan ((« En Comú podèm ») et, fait remarquable, le Secrétaire Général du PSOE (Parti socialiste espagnol), Pedro Sanchez. Le Parti Populaire de Mariano Rojoy et « Ciutadans » avaient, en revanche décliné l’invitation.

Il est donc probable que les socialistes et, sans doute, Podemos, qui, rappelons-le, peuvent mettre Rajoy en minorité à tout moment (l’hypothèse d’un gouvernement de coalition PSOE-Podemos n’est plus à exclure), sont appelés à jouer les intermédiaires. Il est possible que l’idée socialiste de transformer l’Espagne en un pays fédéral fasse son chemin. Une souveraineté-association de la Catalogne pourrait être une autre piste, jusque là pas vraiment explorée mais que les responsables catalans avaient sans doute en tête en posant deux questions au référendum de 2014 : voulez-vous que la Catalogne soit un Etat, et voulez-vous que ce soit un Etat souverain.

5/ Le gouvernement catalan entend poursuivre son initiative vers l’indépendance. On s’attend à ce que le parlement catalan vote le 6 septembre la loi d’organisation du référendum qui se déroulera le 1er octobre. Son nom, cela a de l’importance, n’a pas encore été décidé : référendum d’ « autodétermination », hypothèse maximaliste peu probable, ou consultation en vue de recueillir, comme la dernière fois, le sentiment du peuple catalan sur l’hypothèse d’une indépendance. La ou les questions ne sont pas non plus connues à ce jour. Toujours est-il que le Tribunal Constitutionnel a déjà déclaré que cette consultation serait illégale. En tout cas, ce ne sera pas une simple répétition de 2014 puisque, cette fois, c’est le gouvernement catalan qui mènera l’opération, avec l’appui du parlement, les deux se plaçant ainsi volontairement et ouvertement dans l’illégalité espagnole.

En attendant, la « Diada » du 10 septembre devrait être de grande ampleur.

6/ Mon pronostic : ce nouveau référendum ne devrait pas être, comme le précédent, conclusif. C’est une chose de permettre au peuple de se prononcer pour l’indépendance. C’est autre chose, pour le gouvernement catalan, de la proclamer unilatéralement. La participation électorale sera à scruter avec attention.   

Les rapports de force sont partagés. Il y a sans doute une légère majorité catalane pour l’indépendance mais on est très loin de l’unanimité. Beaucoup de Catalans sont en fait partagés entre leur attachement viscéral à leur « catalanité » et, en même temps, un certain attachement à l’Espagne. (Je m’appuie, pour le dire, sur mes contacts permanents avec les Catalans – j’enseigne à l’université de Barcelone -). A titre d’exemple, ils sont tous bilingues et la plupart d’entre eux utilisent volontiers le castillan. Beaucoup disent qu’ils se résolvent à l’indépendance seulement à cause de l’intransigeance de Madrid. C’est une sorte de dépit.

En sens inverse, la droite au pouvoir à Madrid reste totalement opposée, dans la tradition franquiste, à l’indépendance de la Catalogne et ne veut même pas entendre parler de référendum car, à ses yeux, l’Espagne est indivisible et la Catalogne n’appartient pas aux Catalans, quels que soient leurs sentiments, mais à l’ensemble des Espagnols.

Cette attitude me parait partagée par l’opinion publique espagnole, sauf, évidement en Catalogne. Cela est même vrai dans le Pays Valencien, qui pourtant partage la même langue avec la Catalogne. Seuls les Basques les soutiennent franchement.

Mais les choses évoluent. Le PSOE, qui était sur une position à peine moins dure que la droite, a commencé à évoluer. C’est sans doute de lui que pourront venir des solutions de compromis.

Et cela d’autant plus que  Podemos (à gauche du PSOE), bien qu’assez partagée et qui a toujours été prudente sur ce thème, est plutôt bienveillante face aux revendications catalanes.

Le contexte espagnol mais aussi international est désormais moins défavorable aux Catalans. Le gouvernement de droite est affaibli, le PSOE évolue et Podemos moins hostile que les autres. Les pays de l’Union européenne, qui soutenaient jusque là totalement Madrid, commencent enfin à saisir les enjeux. Nul n’a intérêt à voir une Espagne déchirée, voire allant à la guerre civile. C’est sans doute aussi le cas des Etats-Unis.         

Mon opinion est que la seule solution viable dans le futur serait une forme de souveraineté-association : souveraineté de la Catalogne sans partage avec Madrid, mais avec un abandon volontaire de compétences à l’Espagne : défense nationale, monnaie (on a déjà l’euro), douanes, diplomatie. L’Espagne resterait l’Espagne mais les Catalans feraient ce qu’ils voudraient chez eux (c’est déjà très largement le cas) et nul ne perdrait la face. Ce type de statut intermédiaire est peu courant dans le monde mais il y a des cas. Par exemple, les îles Féroë, les îles Cook, les Mariannes. C’était aussi, de fait, le statut de la principauté de Monaco avant qu’elle ne prenne sa pleine indépendance. On peut le considérer comme une autonomie étendue ou une quasi-indépendance. Ne manque, en fait, que le siège à l’ONU. Une minorité de Catalans ne s’en contenterait pas, mais, à mon avis, une majorité si.   

Si on est raisonnable de part et d’autre, c’est la direction à prendre. Mais c’est comme dans un couple avec enfants et biens communs : une séparation de fait en conservant quelques affaires communes peut s’avérer la meilleure solution. Mais lorsque le ton monte et la discussion s’emballe et dégénère, il peut y avoir des actes irréversibles et la gestion du différend peut devenir irrationnelle, sans doute au-delà de ce qui était souhaité.

Par le passé, les Espagnols ont très souvent, trop souvent, dérapé dans l’irrationnel.

Seront-ils plus sages cette fois ?

A suivre la suite du feuilleton dès le mois prochain.

Yves Barelli, 24 août 2017                                                          

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 22:28

Le lâche  assassinat de masse qui s’est produit sur la Rambla de Barcelone le 17 août (14 morts à ce jour et des dizaines de blessés), évidemment ne me laisse pas indifférent. Je connais très bien cette ville qui occupe une place spéciale dans mon cœur et j’y ai de nombreux amis, notamment à l’université où j’ai enseigné. Mais je ne veux pas me cantonner dans ces épanchements ridicules (oui, au risque de choquer, je dis bien ridicules) de compassion qui s’étalent dans tous nos médias. J’en ai assez de ces montagnes de fleurs, de ces nounours et de ces bougies déposés en « hommage » aux victimes.

L’islamisme a déclaré la guerre au monde civilisé, il veut reconquérir l’Espagne et conquérir le monde. Ce ne sont pas les pleurnicheries, les psychodrames collectifs et ces images qui passent en boucles et qui font le jeu des tueurs (ils veulent frapper les imaginations autant que les gens innocents, et on les aide dans cette entreprise) qui sont la solution. Aux armes, on doit répondre par les armes, aux attaques par des attaques plus fortes et préventives, non par de dérisoires défenses (du genre : mettre du béton partout pour empêcher les voitures de monter sur les trottoirs ;  et quand ils attaqueront avec des hélicoptères, on mettra des filets sur nos têtes ?).

Sur les assassins qui nous attaquent, on doit riposter non par des fleurs mais par des balles, non par le droit mais par la force. Le meilleur hommage à rendre aux victimes de Barcelone, de Londres, de Nice et d’ailleurs (la liste s’allonge tous les jours), n’est ni de prier pour eux, ni d’observer des minutes de silence, ni de fleurir les trottoirs, le seul même qui servirait à quelque chose, en l’occurrence, éviter les prochains attentats (parce que, si les sociétés occidentales continuent avec leur dérisoire système de défense, il y en aura beaucoup d’autres), c’est de réagir, de frapper, et de frapper très fort l’islamisme , dans le cadre de l’état de droit, ou en dehors de ce cadre, partout où il se trouve, en Syrie, en Irak, mais aussi et surtout dans nos cités, et de le frapper avant même que ses adeptes ne passent à l’acte.

1/ Si on veut être efficace dans la lutte contre le terrorisme, il faut d’abord poser le problème en mettant de côté le politiquement correct et appeler un chat un chat, comme l’on dit.

Quel est le problème ? Une idéologie politico-religieuse qui prétend imposer au monde entier la loi de l’islam.

Quelle est la menace ? Les adeptes d’un islam conquérant sont persuadés qu’ils ont une mission divine, ils estiment légitimes les moyens qu’ils emploient et ils sont prêts à mourir, la fin en « martyr » étant à leurs yeux la certitude d’aller au paradis.

Qui sont les terroristes ? Des musulmans souvent en même temps délinquants ordinaires qui vivent en général dans un milieu communautaire dans lequel ils savent trouver complicité ou au moins bienveillance (même si tous les musulmans pratiquants ne partagent pas leur penchant pour la violence aveugle et même si nombreux sont ceux qui la réprouvent, mais pour eux aussi, il y a deux catégories d’êtres humains, les musulmans et les autres).

Y a-t-il un langage commun entre eux et nous ? Non, ils ne partagent pas nos valeurs, ils ne veulent pas de notre état de droit et ils prennent pour de la faiblesse méprisable toutes les garanties offertes par la loi en faveur des délinquants et tous les principes selon lesquels on ne condamne pas sans preuve et on réprime les actes et non les intentions.

2/ Si on veut bien accepter cette évaluation, il est clair que nous avons affaire à des gens décidés à nous attaquer, partout, notamment là où on ne les attend pas, décidés à employer tous les moyens, et n’ayant pas peur de mourir, recherchant même la mort comme une délivrance et un billet d’allers simple vers le bonheur éternel.

Lorsqu’on est attaqué par un animal enragé, on ne discute pas avec lui, on l’abat. Il faut faire la même chose avec les terroristes selon le principe du Far West : il faut tirer le premier pour éviter d’être le premier abattu.

3/ Attaquer préventivement les islamistes avant qu’ils nous attaquent nécessite de poser  clairement les bases de cette action. La première base est de déclarer l’islamisme idéologie dangereuse contraire aux valeurs universelles et donc l’interdire et la réprimer. On l’a fait pour le nazisme ou le racisme et l’antisémitisme, punis par la loi. Il faut faire la même chose avec l’islamisme. L’islamisme consiste à vouloir imposer l’islam, même à ceux qui n’en veulent pas. Il n’y a pas, en l’occurrence, à faire de différence entre islamisme « radical » et « normal » ou « modéré ». Cette idéologie est dangereuse. Point, c’est tout.

Pour s’attaquer à l’islamisme, il faut le traquer là où il est et avoir présent à l’esprit que cette idéologie dangereuse est généralement associée à la délinquance ordinaire et au communautarisme. Réprimer la délinquance ordinaire, même « petite », et refuser toute revendication de type communautariste religieux (menus particuliers à l’école, absences d’élèves  pour des fêtes religieuses non prévues par le calendrier, tenue vestimentaire, etc), c’est permettre une lutte plus efficace contre l’islamisme.

Dans ces conditions, les 10 000 fichiers « S », catalogués comme islamistes à risque devraient soit être enfermés à titre préventif, soit expulsés de France. Toute expression publique ou privée devant témoin d’opinion islamiste devrait être poursuivie.

On ne saurait évidemment tolérer la présence sur notre sol d’islamistes étrangers. S’agissant des islamistes ayant la nationalité française, on devrait appliquer l’article du code pénal (ce n’est même pas la peine de voter une nouvelle loi et encore moins de modifier la constitution), qui prévoit la déchéance de la nationalité française pour ceux qui prennent les armes contre la France ou qui en sont les complices. L’islamisme nous a déclaré la guerre et un Français qui prend le parti de l’ennemi ne doit plus être français. Appliquons donc le code pénal, tout le code pénal, que le code pénal.

4/ Je crois qu’il faut aller plus loin. Oublions le « politiquement correct » selon lequel, tous les musulmans ne sont pas à mettre dans le même sac, que les terroristes sont très minoritaires et qu’il convient en conséquence de ne pas faire d’amalgame et de ne pas stigmatiser une certaine catégorie de « Français ».

Ne pas reconnaitre qu’il y a un problème avec les musulmans en général et avec l’islam en particulier, c’est faire de l’idéologie et c’est méconnaitre la réalité. La notion de population « à risque » est un principe scientifique selon lequel, sans généraliser à toute une population, il convient de surveiller spécialement une population. Un gros fumeur a davantage statistiquement de chances de développer un cancer du poumon qu’un non-fumeur. Par les temps qui courent ne pas reconnaitre qu’il y a davantage de risques de terrorisme et même de délinquance (70% de musulmans en prison en France, signe d’une délinquance supérieure) chez les musulmans que chez ceux qui ne le sont pas, ce n’est pas être « raciste », « islamophobe », « fasciste » ou « populiste », c’est simplement reconnaitre une réalité. Dire le contraire, c’est se comporter en dogmatique et en myope.

5/ C’est pourquoi il me parait nécessaire de mettre la religion musulmane sous une surveillance particulière et les musulmans aussi. Ainsi, pour ne pas prendre de risque, il me paraitrait utile d’éviter d’employer des musulmans dans tous les métiers liés à la sécurité : police, armée, vigiles, contrôle des bagages dans les aéroports. C’est dommage pour les « bons » musulmans, mais, là comme ailleurs, il faut faire prévaloir le principe de précaution. Les Américains avaient appliqué ce principe à leurs compatriotes d’origine japonaise pendant la seconde guerre mondiale : les « bons » Japonais étaient les premiers à en reconnaitre la légitimité.

Une surveillance particulière de la religion musulmane, après tout, serait une bonne mesure de réciprocité à ce qui se fait dans la quasi-totalité (peut-être même la totalité, je n’ai aucune exception présente à l’esprit) des pays ayant adopté l’islam comme religion officielle. Dans ces pays, les non musulmans ne peuvent en général devenir militaire, policier ou fonctionnaire d’autorité. La constitution algérienne précise par exemple que le président de la république doit obligatoirement être musulman ; elle stipule aussi que les binationaux sont écartés de presque tous les postes importants de l’administration.          

Certains préconisent la fermeture de tous les lieux de culte musulmans. Je ne vais pas aussi loin, mais si cela était appliqué, je ne protesterais pas.

6/ Je me refuse à porter un jugement sur la religion musulmane. Toute religion peut être vue comme une menace ou au contraire un bienfait. On peut faire dire aussi ce que l’on veut aux textes sacrés. J’accepte que l’on me dise que l’islam peut être une religion de paix qui prêche le bien. Mais, il convient de reconnaitre que, en d’autres circonstances, elle peut être aussi une religion de guerre, de haine et de mal. Force est de constater que les plus extrémistes, en l’occurrence ceux qui sont influencés par le wahhabisme saoudien ont le vent en poupe. Ne pas le reconnaitre, c’est du dogmatisme éloigné de la réalité.   

Certains épluchent le coran pour prouver ce qu’ils disent. Peu importe. Cela ne sert à rien. Je respecte l’islam comme toutes les autres religions. Ni plus ni moins.

Mais je suis réaliste, non un idéologue ou un exégète des religions. Je constate deux choses :

a/ L’islam est en France une religion importée.  Quand bien même aurait-elle toutes les qualités, elle ne saurait s’imposer comme  une norme acceptée. La France est un pays laïque de tradition chrétienne. L’islam est et doit rester étranger à notre culture, à notre histoire, à nos valeurs et à notre identité. C’est aux musulmans de s’adapter à nous, pas à nous de nous adapter à eux. S’ils estiment leur religion compatible avec leur présence en France, qu’ils restent musulmans s’ils le veulent, mais dans la discrétion. Sinon, qu’il s‘en aillent. C’est leur problème. Ce ne devrait pas être le nôtre.

b/ Qui pourrait contester que l’islam, en tout cas beaucoup de musulmans, sont dangereux ? Tous les musulmans ne sont certes pas terroristes, mais il se trouve que tous les terroristes, actuellement, sont musulmans et que, en matière de délinquance, notamment de trafic de drogue, les musulmans règnent en maitres. Bien sûr la majorité d’entre eux ne sont pas délinquants, mais, parmi les délinquants, une majorité l’est.

De ce qui précède, il faut tirer les conséquences. Je n’ai rien contre l’islam et les musulmans (j’en connais beaucoup qui sont tout à fait convenables), mais, les choses étant ce qu’elles sont, il faut les mettre sous surveillance en même temps qu’on lutte contre le terrorisme et la délinquance.

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.

Quand la situation sera redevenue « normale », on pourra alors considérer nos compatriotes musulmans comme des Français « ordinaires », avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Pour le moment, c’est loin d’être le cas.

Certains m’objecteront que j’ai des idées trop simples et même simplistes. Mais avoir les idées simples permet de poser plus simplement les problèmes et donc d’avoir une chance de trouver les solutions adaptées.

C’est le « politiquement correct » qui est compliqué et donc incompréhensible et donc sans aucune chance de solution aux problèmes.

Moi, je veux bien du « vivre  ensemble» ! Mais quand on a affaire à des gens qui refusent ce « vivre ensemble » parce qu’ils veulent nous imposer une manière de vivre qui n’est pas la nôtre, alors, eux et nous, on n’a plus rien à se dire et on ne peut plus vivre « ensemble ».

S’ils voulaient mettre en œuvre leurs débilités sur une île déserte et entre eux, je l’accepterais. Mais, eux, ne veulent pas de notre mode de vie, chez nous, et, de fait, ils nous rendent la vie impossible.

Quand un parasite menace un corps sain, on l’éradique. La seule solution à l’islamisme, c’est l’éradication. Toute autre attitude n’est pas réaliste.

Assez de fleurs, de bougies et de peluches pour commémorer les victimes. Il est temps de passer aux actes. Il est temps que la peur change de camp.

Ceux qui ne partagent pas mon analyse peuvent déjà préparer les bougies. Ils en auront besoin pour le prochain massacre de masse. Ils s’accommodent de la fatalité ? Moi pas.   

Yves Barelli, 19 août 2017  

                                                                                              

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 15:18

Depuis les élections de décembre dernier (voir mon article du 21 décembre 2015 : « Espagne - élections générales – Aucune majorité »), qui avaient vu l’émergence de deux formations contestataires (Podemos à gauche et Ciudadanos à droite), aucune coalition gouvernementale n’a pu être mise sur pied. Le gouvernement conservateur sortant de Mariano Rajoy continue donc d’expédier les affaires courantes (laissant, de fait, la direction du pays à la Commission européenne de Bruxelles). Les résultats du scrutin qui a eu lieu le 26 juin ne sont différents de ceux de décembre qu’à la marge. La surprise a néanmoins été le recul relatif de Podemos, qui n’arrive qu’en troisième position, alors que les sondages lui prédisaient une avance suffisante pour dépasser les socialistes du PSOE.

1/ Rappelons les modalités du système électoral espagnol (ceux qui les connaissent peuvent tout de suite passer au paragraphe suivant) :

Le système politique espagnol est celui d’une démocratie parlementaire. Le parlement est composé de deux chambres, le Congrès des députés et le Sénat, dont les membres sont élus à la proportionnelle sur une base provinciale (qui avantage les petites régions rurales). Le roi est tenu de désigner un président du gouvernement, investi par les députés, susceptible de recueillir une majorité parlementaire. Celui-ci n’est pas nécessairement le chef du parti qui a le plus de députés ; la formation d’une majorité résulte de négociations entre partis. Sauf élections anticipées, la durée normale d’une législature est de cinq ans. Le Congrès des députés a le pouvoir principal mais le Sénat (où la droite est structurellement avantagée ; pas fou le système !) a un pouvoir de blocage. En cas de majorités différentes, le dernier mot appartient néanmoins aux députés (système classique en démocratie parlementaire).

Depuis le retour de l’Espagne à la démocratie (1975), il y a eu une alternance de majorités dirigées par le Parti Populaire (droite) ou le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE, gauche). Depuis l’année dernière, la nouveauté est l’émergence d’une troisième force, « Podemos », de niveau comparable aux deux grands partis historiques, et, dans une moindre mesure, d’une quatrième, « Ciudadanos », qui s’ajoutent aux partis nationalistes catalans et basques (parfois associés à des coalitions nationales, d’autres fois concourant sous leurs propres couleurs) et autres formations régionales, de sorte que la constitution de majorités unicolores est devenue beaucoup plus difficile.

Aucune coalition gouvernementale n’ayant pu être mise sur pied depuis décembre, le roi, après consultation des partis, a dû se résoudre à convoquer de nouvelles élections.

2/ La participation a été plus faible cette fois qu’en décembre, ce qui montre une lassitude de l’électorat : la classe politique est largement déconsidérée en Espagne et nombre d’Espagnols en sont venus à estimer que, avec ou sans gouvernement, les choses n’étaient pas très différentes, d’autant que « plus ça change, plus c’est pareil ». Les Espagnols vivent sous le coup de l’austérité décidée à Bruxelles. Ils semblent résignés et il en est même qui estiment qu’il vaut encore mieux être gouverné par les technocrates de Bruxelles ou par Madame Merkel que par les politiciens corrompus de Madrid (les Espagnols ne contestent que très minoritairement l’Union européenne et son fonctionnement, même parmi les indépendantistes catalans ; ils sont quasiment désormais les derniers en Europe dans cette attitude – Je le regrette mais, les connaissant bien, je dois reconnaitre que cela est une réalité ! Cela s’explique par l’histoire et l’isolement de l’Espagne du temps de la dictature franquiste : l’entrée dans l’OTAN et dans l’UE, qui est allée de pair avec le rétablissement de la démocratie, a été vue comme la reconnaissance internationale du fait que, désormais, l’Espagne était un pays « normal »).

Le taux de participation a été hier de 69,8% des inscrits (beaucoup de jeunes, les plus affectés par le chômage, ne le sont pas) contre 73,2%, en décembre. C’est dans les grandes régions urbaines de Madrid, Valence et de la Catalogne, là où Podemos était le mieux implanté, que l’abstention a le plus progressé.

3/ La droite sortante du Parti Populaire de Mariano Rajoy reste le premier parti avec 33% des voix (contre 28% en décembre) et 137 députés (contre 123).

Les socialistes du PSOE ont 22,7% et 85 députés (22% et 90 en décembre)

La coalition « Unidos-Podemos » (qui unie Podemos à la gauche de la gauche, l’ancienne Izquierda Unida, obtient 21% et 71 députés (contre 20,7+3,7% et 69+2 députés).

La formation (en fait un conglomérat de forces locales) de droite hors système « Ciudadanos » (« Citoyens ») obtient 13% des voix et 32 députés (contre 13,9% et 40).

Les partis nationalistes catalans et basques qui ne sont pas entrés dans la coalition de Podemos ont environ 10% des voix et une vingtaine de députés.

La majorité absolue est de 176 députés. Aucun parti n’y parvient.

De son côté, le sénat reste largement dominé par le Parti Populaire qui a 124 sénateurs sur 200.

4/ Les sondages se sont trompés, y compris à la sortie des urnes. Ils plaçaient Podemos avant le PSOE. C’était l’objectif de Pablo Iglesias, le charismatique leader de ce parti.

Rappelons que Podemos (« nous pouvons », ce qui rappelle le « yes, we can » d’Obama) est né en 2014 à la suite du mouvement contestataire des « Indignés » (qui ont longtemps campé sur la Puerta del Sol de Madrid) sur une ligne anti-corruption, anti-austérité et, d’une façon générale, anti-politique traditionnelle. Cette formation a su capitaliser sur le ras-le-bol de nombreux Espagnols, notamment les plus jeunes, dégoûtés par les scandales de corruption et de gaspillage de fonds publics à répétition qui ont mis en cause de nombreux dirigeants nationaux et, plus encore, régionaux, appartenant tant au PP qu’au PSOE. Aux municipales du printemps 2005, Podemos avait réussi à rafler les municipalités de Madrid et de Barcelone avant, en décembre dernier, de talonner le PSOE au parlement.

On s’attendait hier à une nouvelle progression, d’autant que Podemos a bénéficié de l’appoint d’Izquierda unida.

Mais le saut qualitatif et quantitatif n’est pas venu. Comparé au score cumulé de Podemos et de IU de décembre, la coalition perd un million de voix et rate son objectif de passer devant le PSOE, formation pourtant largement déconsidérée après la désastreuse gouvernance de Zapatero, qui se termina par la victoire de la droite il y a six ans, et compte tenu d’une attitude « pro-système » (notamment soutien à la monarchie et hostilité à la tenue du référendum d’autodétermination en Catalogne) qui a déconcerté beaucoup de ceux qui votaient autrefois pour lui.

Pourquoi ?

J’y vois deux explications principales :

a/ Les contradictions de Podemos.

Podemos a axé son langage sur le rejet de la politique traditionnelle, de l’austérité imposée par Bruxelles et de la corruption qui frappe la plus grande partie de la classe politique espagnole.

Or, depuis décembre, Podemos a donné l’impression de faire comme les autres, c’est-à-dire de rechercher des combinaisons politiciennes afin de participer à une coalition gouvernementale et, si-possible, la diriger.

C’est dans l’objectif d’être le mieux placé pour conduire une coalition de gauche que Podemos s’est allié à l’extrême-gauche (alliance non comprise par une partie de son électorat, la moins politisée), ce qui a entrainé une certaine cacophonie dans sa campagne, et a évité d’attaquer frontalement le PSOE (allant, chez Iglesias, jusqu’à dire que Zapatero avait été le meilleur chef de gouvernement de l’Espagne démocratique !).

Le langage antisystème et une attitude en définitive participant entièrement à ce système (Pablo Iglesias, qui porte de plus en plus la cravate, ce qui n’est pas anodin, et qui s’entretient volontiers avec le roi, donne, de plus en plus l’impression d’être « récupéré » ; de là à penser que, le moment venu, il sera aussi corrompu que les autres, certains de ses partisans de la première heure ont franchi le pas) est la première contradiction.

Il y en a d’autres. Iglesias dénonce l’austérité imposée par Bruxelles mais se dit attaché à l’Union européenne. Il s’est ainsi dit très déçu du vote britannique en faveur du la sortie de l’UE.

Autre contradiction, ou plutôt flou (même pas artistique) : sur la Catalogne. Le programme de Podemos (je l’ai lu) est incompréhensible sur cette question, pourtant capitale pour l’avenir de l’Espagne. On ne sait si Podemos (relativement bien implanté en Catalogne) est pour ou contre l’indépendance de la Generalitat. Il affirme seulement, avec prudence, qu’il ne s’opposerait pas à un référendum d’autodétermination. Et il croit trouver une solution moyenne en prônant la constitution d’un Etat fédéral. Le PSOE semble également aller dans ce sens, mais aucune des deux formations n’est précise sur les modalités.

Enfin, dernière contradiction. Podemos s’est allié à la Gauche Unie. Cette dernière (un peu équivalente au français Mélenchon) est anticapitaliste. Podemos se contente d’être anti-corruption, ce qui est une posture morale sympathique mais pas vraiment un programme de gouvernement.

b/ Les incertitudes en Europe issues du « Brexit », complaisamment entretenues par les médias du système (et en premier lieu par El Pais, sorte de « Monde » espagnol : un social-libéralisme tellement pro-UE, pro-OTAN, et, en définitive si peu contestataire de l’ordre établi qu’on a de la difficulté d’y voir encore quelque chose de gauche), jointes à l’absence de gouvernement en Espagne depuis six mois, ont, en définitive, joué en faveur de la droite de Rajoy (rejointe par nombre d’électeurs de Ciudadanos qui ont préféré voter « utile ») et contre l’ « aventure » incertaine de Podemos.

5/ Et maintenant ?

Sauf grande coalition PP-PSOE, rejetée, au moins en paroles, par le PSOE (et, compte tenu du rejet de ce type de coalition en Autriche et, peut-être bientôt aussi, en Allemagne), aucune majorité de gouvernement n’a de chance d’émerger.

Le PSOE et Podemos pourraient théoriquement arriver ensemble à la majorité absolue de 176 députés. Le PP+Ciudadanos n’en seraient pas loin.

Mais de telles coalitions sont désormais improbables. Si Podemos acceptait d’être la force d’appoint d’un PSOE critiqué par son électorat, ce serait peut-être la fin de Podemos.

La probabilité la plus forte (qui a le soutien d’El Pais et, sans doute, de madame Merkel) est la constitution d’un gouvernement monocolore du Parti Populaire à nouveau conduite par Mariano Rajoy (qui bénéficie de l’expérience du pouvoir, même si ses résultats sont loin d’être probants) qui pourrait être investi au parlement avec l’abstention du PSOE.

Cela ne présage rien de bon pour l’Espagne.

D’abord, parce que ce gouvernement, à la légitimité réduite, risque d’être faible car à la merci d’un renversement.

Ensuite et surtout, parce que l’Attitude agressive de la droite espagnole envers les légitimes aspirations des peuples basque et catalan, laisse présager un immobilisme institutionnel et, sans doute, de nouvelles tensions dans les régions irrédentistes.

L’affrontement aura d’abord lieu sur le terrain catalan.

A suivre donc.

Yves Barelli, 27 juin 2016

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 12:01

Du fait de l’émergence de deux nouvelles formations politiques qui contestent les deux partis traditionnels de gouvernement et compte tenu de l’existence de partis nationalistes en Catalogne et au Pays Basque, l’Espagne se retrouve sans majorité évidente à la suite des élections générales du 20 décembre. Les jeux sont ouverts.

1/ Le système politique espagnol est celui d’une démocratie parlementaire. Le parlement est composé de deux chambres, le Congrès des députés et le Sénat, dont les membres sont élus à la proportionnelle sur une base provinciale (qui avantage les petites régions rurales). Le roi est tenu de désigner un président du gouvernement, investi par les députés, susceptible de recueillir une majorité parlementaire. Celui-ci n’est pas nécessairement le chef du parti qui a le plus de députés ; la formation d’une majorité résulte de négociations entre partis. Sauf élections anticipées, la durée normale d’une législature est de cinq ans. Le Congrès des députés a le pouvoir principal mais le Sénat a un pouvoir de blocage. En cas de majorités différentes, le dernier mot appartient néanmoins aux députés (système classique en démocratie parlementaire).

2/ Depuis le retour de l’Espagne à la démocratie (1975), il y a eu une alternance de majorités dirigées par le Parti Populaire (droite) ou le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE, gauche). Cette fois, la physionomie de ce scrutin qui a passionné les Espagnols (taux de participation 73,2%) était différente du fait de l’émergence de deux formations contestataires, l’une de gauche (Podemos), l’autre de droite (CIudadanos) dont les sondages, confirmés par les urnes, prédisaient depuis plus d’un an de bons résultats.

3/ Le Parti Populaire du sortant Mariano Rajoy, obtient 28,3% des voix, ce qui lui assure 123 députés (sur 350) et 123 sénateurs (sur 208).

Le PSOE, avec 22% des voix en a respectivement 90 et 48. Il pourra en outre compter sur son allié de la Coalition canarienne (1 député et 1 sénateur)

Podemos, avec 20,7%, en a 69 et 18

Ciudadanos, 13,9%, a 40 députés mais aucun sénateur.

L’extrême gauche (« Izquierda Unida ») obtient 3,7% des voix et 2 députés.

Les partis nationalistes catalans et basques non alliés à des formations nationales ont, de leur côté, près de 10% des suffrages, 25 députés et 18 sénateurs.

Par rapport à 2010 (qui avait vu la victoire de la droite sur la gauche sortante), le Parti Populaire et le PSOE sont en fort recul (ils avaient respectivement 185 et 110 députés sortants).

4/ Podemos (« nous pouvons) n’a pas réussi son pari de devenir la première formation de l’opposition, ce qui lui aurait permis de revendiquer d’être l’axe d’une éventuelle majorité de gauche (renforcée par certains nationalistes catalans et basques). Il ne s’en faut pas de beaucoup puisque, à 1 pour cent près, le parti du médiatique Pablo Iglesias, talonne le vieux parti socialiste (qui a retrouvé une jeunesse, toute relative, avec l’émergence de Pedro Sanchez qui, avec une nouvelle génération, a pris la place des leaders déconsidérés, à commencer par l’ancien premier ministre Zapatero dont le gouvernement a été un désastre).

Podemos est néanmoins le gagnant relatif de l’élection. Cette formation, qui a axé sa campagne sur la lutte contre l’austérité imposée par Bruxelles et contre la corruption, mal endémique espagnol, ainsi que sur la nécessaire réforme de la Constitution afin de tenir compte des personnalités des « peuples » de l’Espagne, en premier lieu catalan et basque, s’impose désormais comme un acteur essentiel de la politique espagnole. Son programme plutôt flou et les sensibilités diverses qui le composent ne l’imposent toutefois pas encore vraiment. On verra s’il tient la distance sur le long terme.

La question catalane a été en filigrane de l’élection. Face à l’intransigeance des partis « espagnolites » (PP et PSOE), Podemos a tenté d’être une force de proposition. Sans se prononcer clairement sur la légitimité d’un éventuel référendum d’indépendance, Podemos, bien implanté en Catalogne (mais aussi dans les autres régions les plus développées, Madrid et le Pays Valencien), propose une alternative sous forme d’Etat fédéral (c’est aussi, partiellement, la position, désormais, du PSOE).

Podemos n’a été créé qu’il y a un an, en 2014. Ce parti anti-partis est l’héritier du mouvement des « indignés ». Malgré son implantation locale encore en formation, Podemos a réussi lors des municipales de mai 2015 (voir mon article sur ce blog : « Espagne. Elections municipales et régionales », du 25 mai. Voir aussi les divers articles que j’ai écrits cette année sur la Catalogne) à emporter les mairies de Madrid et de Barcelone.

De son côté, « Ciudadanos » (les Citoyens) a mené une contestation parallèle à celle de Podemos (en dénonçant aussi la corruption), mais à droite. Ce parti a émergé cette année à partir de la Catalogne où il est devenu, à la place du PP et du PSOE, complètement déconsidérés dans la « Generalitat », le pôle de ceux qui s’opposent à l’indépendance. Ce parti a ensuite fusionné avec des mouvements locaux antisystèmes plutôt de droite qui sont apparus en diverses régions, notamment au Pays Valencien (dont le gouvernement à majorité Parti Populaire a conduit la Généralité valencienne à la faillite et aux scandales de corruption) ; lui aussi a enregistré de bons résultats aux municipales (voir mon article).

5/ Au vu des chiffres, aucune majorité évidente n’est sortie des urnes.

A supposé que Ciudadanos accepte de former une coalition avec le Parti Populaire, cette coalition n’obtiendrait que 163 députés, donc moins que la majorité absolue (176). Vu l’attitude anti-basque et anti-catalane de Mariano Rajoy, il est à priori exclu que la droite basque (PNV, qui a 6 députés) s’allie au PP. Même ainsi, la majorité absolue ne serait pas atteinte et on ne voit aucune réserve chez les Catalans. Ou alors, au prix, d’un virage à 180% de Rajoy, ce qui est peu probable.

De son côté, la gauche peut compter sur 162 députés (PSOE+Podemos+IU+Canariens), loin aussi de la majorité absolue. Une majorité dirigée par le PSOE n’aurait quasiment aucune chance d’être renforcée par des Catalans ou des Basques qui estiment, à juste titre, que ce parti leur est hostile, et on voit mal le PSOE se mettre sous la coupe de Podemos.

Il y a donc blocage.

Le roi peut choisir de nommer Mariano Rajoy, chef du parti arrivé en tête, comme chef du gouvernement mais avec le risque, à supposer qu’il soit investi, d’être renversé à la première occasion.

Il peut aussi constater, conformément à la Constitution, que, dans un délai de deux mois, aucune majorité n’est passible et donc appeler à de nouvelles élections.

Reste la dernière solution possible : la grande coalition PP – PSOE.

Pour le moment, le chef du PSOE, Pedro Sanchez, exclue cette possibilité. Mais il s’agit peut-être d’une position de départ destinée à faire monter les enchères.

Il va sans doute mesurer les inconvénients et les avantages de cette grande coalition hypothétique.

L’inconvénient majeur serait, pour le PSOE, la contradiction qu’il y aurait à continuer de prétendre être la force d’alternance et de changement à la majorité actuelle tout en la rejoignant.

L’avantage serait de montrer que le PSOE a le sens des responsabilités. Il pourrait tenter de bénéficier dans l’opinion (et à l’étranger, notamment à Bruxelles) de son geste présenté comme « sauveur » de l’Espagne en rassemblant les forces politiques « responsables » face au « danger » séparatiste catalan et face aux « populistes » de gauche et de droite.

Un avantage annexe mais pas négligeable pour Pedro Sanchez, tout neuf en politique (face au « vieux » dinosaure Rajoy (60 ans, l’un des leaders historiques du Parti Populaire dont il a été député dès 1986 et occupé de nombreux postes ministériels de premier plan depuis 1996), serait d’acquérir une stature d’homme d’état en occupant la deuxième place d’un gouvernement de coalition et ainsi de se créer une image d’ici les prochaines élections.

Dans cette configuration d’allié indispensable, le PSOE serait en mesure d’imposer à Mariano Rajoy quelques concessions : un peu plus de social (pour couper l’herbe sous les pieds de Podemos), une lutte anti-corruption plus efficace (pour plaire à tout le monde) et une réforme de la Constitution en transformant l’Espagne en pays fédéral afin de contrer les indépendantistes catalans et basques.

Sur le fond, la politique d’austérité, européiste, atlantiste, monarchiste (alors qu’une grande partie des Espagnols, peut-être la majorité, aspire à la République), bref, celle du « politiquement correct », est à peu près identique entre le PP et le PSOE.

Cette concordance, qui bloque toute évolution sérieuse, est la même que dans la plupart des pays européens. Elle se traduit par « tout sauf le FN » est France et par des gouvernements de coalition à majorité de droite en Allemagne et en Autriche notamment.

Malgré les dénégations répétées la main sur le cœur par les dirigeants du PSOE hier soir sur les plateaux des télévisions espagnoles (je me trouve actuellement en Espagne), cette hypothèse de la grande coalition me parait hélas la plus probable.

« Plus ça change, plus c’est pareil ». En Espagne comme ailleurs. Le « système » sait se défendre.

Le « cambio », ce sera pour plus tard. En attendant, la crise continue (plus de 20% de chômeurs en Espagne) de même que le déni démocratique (le roi, dont personne ne voulait plus, est toujours là, et les Catalans comme les Basques n’ont toujours pas le droit de choisir s’ils restent ou s’ils sortent de l’Espagne).

Je peux évidemment me tromper. Rien n’est jamais sûr.

On verra.

Yves Barelli, 21 décembre 2015.

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