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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 15:18

Depuis les élections de décembre dernier (voir mon article du 21 décembre 2015 : « Espagne - élections générales – Aucune majorité »), qui avaient vu l’émergence de deux formations contestataires (Podemos à gauche et Ciudadanos à droite), aucune coalition gouvernementale n’a pu être mise sur pied. Le gouvernement conservateur sortant de Mariano Rajoy continue donc d’expédier les affaires courantes (laissant, de fait, la direction du pays à la Commission européenne de Bruxelles). Les résultats du scrutin qui a eu lieu le 26 juin ne sont différents de ceux de décembre qu’à la marge. La surprise a néanmoins été le recul relatif de Podemos, qui n’arrive qu’en troisième position, alors que les sondages lui prédisaient une avance suffisante pour dépasser les socialistes du PSOE.

1/ Rappelons les modalités du système électoral espagnol (ceux qui les connaissent peuvent tout de suite passer au paragraphe suivant) :

Le système politique espagnol est celui d’une démocratie parlementaire. Le parlement est composé de deux chambres, le Congrès des députés et le Sénat, dont les membres sont élus à la proportionnelle sur une base provinciale (qui avantage les petites régions rurales). Le roi est tenu de désigner un président du gouvernement, investi par les députés, susceptible de recueillir une majorité parlementaire. Celui-ci n’est pas nécessairement le chef du parti qui a le plus de députés ; la formation d’une majorité résulte de négociations entre partis. Sauf élections anticipées, la durée normale d’une législature est de cinq ans. Le Congrès des députés a le pouvoir principal mais le Sénat (où la droite est structurellement avantagée ; pas fou le système !) a un pouvoir de blocage. En cas de majorités différentes, le dernier mot appartient néanmoins aux députés (système classique en démocratie parlementaire).

Depuis le retour de l’Espagne à la démocratie (1975), il y a eu une alternance de majorités dirigées par le Parti Populaire (droite) ou le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE, gauche). Depuis l’année dernière, la nouveauté est l’émergence d’une troisième force, « Podemos », de niveau comparable aux deux grands partis historiques, et, dans une moindre mesure, d’une quatrième, « Ciudadanos », qui s’ajoutent aux partis nationalistes catalans et basques (parfois associés à des coalitions nationales, d’autres fois concourant sous leurs propres couleurs) et autres formations régionales, de sorte que la constitution de majorités unicolores est devenue beaucoup plus difficile.

Aucune coalition gouvernementale n’ayant pu être mise sur pied depuis décembre, le roi, après consultation des partis, a dû se résoudre à convoquer de nouvelles élections.

2/ La participation a été plus faible cette fois qu’en décembre, ce qui montre une lassitude de l’électorat : la classe politique est largement déconsidérée en Espagne et nombre d’Espagnols en sont venus à estimer que, avec ou sans gouvernement, les choses n’étaient pas très différentes, d’autant que « plus ça change, plus c’est pareil ». Les Espagnols vivent sous le coup de l’austérité décidée à Bruxelles. Ils semblent résignés et il en est même qui estiment qu’il vaut encore mieux être gouverné par les technocrates de Bruxelles ou par Madame Merkel que par les politiciens corrompus de Madrid (les Espagnols ne contestent que très minoritairement l’Union européenne et son fonctionnement, même parmi les indépendantistes catalans ; ils sont quasiment désormais les derniers en Europe dans cette attitude – Je le regrette mais, les connaissant bien, je dois reconnaitre que cela est une réalité ! Cela s’explique par l’histoire et l’isolement de l’Espagne du temps de la dictature franquiste : l’entrée dans l’OTAN et dans l’UE, qui est allée de pair avec le rétablissement de la démocratie, a été vue comme la reconnaissance internationale du fait que, désormais, l’Espagne était un pays « normal »).

Le taux de participation a été hier de 69,8% des inscrits (beaucoup de jeunes, les plus affectés par le chômage, ne le sont pas) contre 73,2%, en décembre. C’est dans les grandes régions urbaines de Madrid, Valence et de la Catalogne, là où Podemos était le mieux implanté, que l’abstention a le plus progressé.

3/ La droite sortante du Parti Populaire de Mariano Rajoy reste le premier parti avec 33% des voix (contre 28% en décembre) et 137 députés (contre 123).

Les socialistes du PSOE ont 22,7% et 85 députés (22% et 90 en décembre)

La coalition « Unidos-Podemos » (qui unie Podemos à la gauche de la gauche, l’ancienne Izquierda Unida, obtient 21% et 71 députés (contre 20,7+3,7% et 69+2 députés).

La formation (en fait un conglomérat de forces locales) de droite hors système « Ciudadanos » (« Citoyens ») obtient 13% des voix et 32 députés (contre 13,9% et 40).

Les partis nationalistes catalans et basques qui ne sont pas entrés dans la coalition de Podemos ont environ 10% des voix et une vingtaine de députés.

La majorité absolue est de 176 députés. Aucun parti n’y parvient.

De son côté, le sénat reste largement dominé par le Parti Populaire qui a 124 sénateurs sur 200.

4/ Les sondages se sont trompés, y compris à la sortie des urnes. Ils plaçaient Podemos avant le PSOE. C’était l’objectif de Pablo Iglesias, le charismatique leader de ce parti.

Rappelons que Podemos (« nous pouvons », ce qui rappelle le « yes, we can » d’Obama) est né en 2014 à la suite du mouvement contestataire des « Indignés » (qui ont longtemps campé sur la Puerta del Sol de Madrid) sur une ligne anti-corruption, anti-austérité et, d’une façon générale, anti-politique traditionnelle. Cette formation a su capitaliser sur le ras-le-bol de nombreux Espagnols, notamment les plus jeunes, dégoûtés par les scandales de corruption et de gaspillage de fonds publics à répétition qui ont mis en cause de nombreux dirigeants nationaux et, plus encore, régionaux, appartenant tant au PP qu’au PSOE. Aux municipales du printemps 2005, Podemos avait réussi à rafler les municipalités de Madrid et de Barcelone avant, en décembre dernier, de talonner le PSOE au parlement.

On s’attendait hier à une nouvelle progression, d’autant que Podemos a bénéficié de l’appoint d’Izquierda unida.

Mais le saut qualitatif et quantitatif n’est pas venu. Comparé au score cumulé de Podemos et de IU de décembre, la coalition perd un million de voix et rate son objectif de passer devant le PSOE, formation pourtant largement déconsidérée après la désastreuse gouvernance de Zapatero, qui se termina par la victoire de la droite il y a six ans, et compte tenu d’une attitude « pro-système » (notamment soutien à la monarchie et hostilité à la tenue du référendum d’autodétermination en Catalogne) qui a déconcerté beaucoup de ceux qui votaient autrefois pour lui.

Pourquoi ?

J’y vois deux explications principales :

a/ Les contradictions de Podemos.

Podemos a axé son langage sur le rejet de la politique traditionnelle, de l’austérité imposée par Bruxelles et de la corruption qui frappe la plus grande partie de la classe politique espagnole.

Or, depuis décembre, Podemos a donné l’impression de faire comme les autres, c’est-à-dire de rechercher des combinaisons politiciennes afin de participer à une coalition gouvernementale et, si-possible, la diriger.

C’est dans l’objectif d’être le mieux placé pour conduire une coalition de gauche que Podemos s’est allié à l’extrême-gauche (alliance non comprise par une partie de son électorat, la moins politisée), ce qui a entrainé une certaine cacophonie dans sa campagne, et a évité d’attaquer frontalement le PSOE (allant, chez Iglesias, jusqu’à dire que Zapatero avait été le meilleur chef de gouvernement de l’Espagne démocratique !).

Le langage antisystème et une attitude en définitive participant entièrement à ce système (Pablo Iglesias, qui porte de plus en plus la cravate, ce qui n’est pas anodin, et qui s’entretient volontiers avec le roi, donne, de plus en plus l’impression d’être « récupéré » ; de là à penser que, le moment venu, il sera aussi corrompu que les autres, certains de ses partisans de la première heure ont franchi le pas) est la première contradiction.

Il y en a d’autres. Iglesias dénonce l’austérité imposée par Bruxelles mais se dit attaché à l’Union européenne. Il s’est ainsi dit très déçu du vote britannique en faveur du la sortie de l’UE.

Autre contradiction, ou plutôt flou (même pas artistique) : sur la Catalogne. Le programme de Podemos (je l’ai lu) est incompréhensible sur cette question, pourtant capitale pour l’avenir de l’Espagne. On ne sait si Podemos (relativement bien implanté en Catalogne) est pour ou contre l’indépendance de la Generalitat. Il affirme seulement, avec prudence, qu’il ne s’opposerait pas à un référendum d’autodétermination. Et il croit trouver une solution moyenne en prônant la constitution d’un Etat fédéral. Le PSOE semble également aller dans ce sens, mais aucune des deux formations n’est précise sur les modalités.

Enfin, dernière contradiction. Podemos s’est allié à la Gauche Unie. Cette dernière (un peu équivalente au français Mélenchon) est anticapitaliste. Podemos se contente d’être anti-corruption, ce qui est une posture morale sympathique mais pas vraiment un programme de gouvernement.

b/ Les incertitudes en Europe issues du « Brexit », complaisamment entretenues par les médias du système (et en premier lieu par El Pais, sorte de « Monde » espagnol : un social-libéralisme tellement pro-UE, pro-OTAN, et, en définitive si peu contestataire de l’ordre établi qu’on a de la difficulté d’y voir encore quelque chose de gauche), jointes à l’absence de gouvernement en Espagne depuis six mois, ont, en définitive, joué en faveur de la droite de Rajoy (rejointe par nombre d’électeurs de Ciudadanos qui ont préféré voter « utile ») et contre l’ « aventure » incertaine de Podemos.

5/ Et maintenant ?

Sauf grande coalition PP-PSOE, rejetée, au moins en paroles, par le PSOE (et, compte tenu du rejet de ce type de coalition en Autriche et, peut-être bientôt aussi, en Allemagne), aucune majorité de gouvernement n’a de chance d’émerger.

Le PSOE et Podemos pourraient théoriquement arriver ensemble à la majorité absolue de 176 députés. Le PP+Ciudadanos n’en seraient pas loin.

Mais de telles coalitions sont désormais improbables. Si Podemos acceptait d’être la force d’appoint d’un PSOE critiqué par son électorat, ce serait peut-être la fin de Podemos.

La probabilité la plus forte (qui a le soutien d’El Pais et, sans doute, de madame Merkel) est la constitution d’un gouvernement monocolore du Parti Populaire à nouveau conduite par Mariano Rajoy (qui bénéficie de l’expérience du pouvoir, même si ses résultats sont loin d’être probants) qui pourrait être investi au parlement avec l’abstention du PSOE.

Cela ne présage rien de bon pour l’Espagne.

D’abord, parce que ce gouvernement, à la légitimité réduite, risque d’être faible car à la merci d’un renversement.

Ensuite et surtout, parce que l’Attitude agressive de la droite espagnole envers les légitimes aspirations des peuples basque et catalan, laisse présager un immobilisme institutionnel et, sans doute, de nouvelles tensions dans les régions irrédentistes.

L’affrontement aura d’abord lieu sur le terrain catalan.

A suivre donc.

Yves Barelli, 27 juin 2016

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 12:01

Du fait de l’émergence de deux nouvelles formations politiques qui contestent les deux partis traditionnels de gouvernement et compte tenu de l’existence de partis nationalistes en Catalogne et au Pays Basque, l’Espagne se retrouve sans majorité évidente à la suite des élections générales du 20 décembre. Les jeux sont ouverts.

1/ Le système politique espagnol est celui d’une démocratie parlementaire. Le parlement est composé de deux chambres, le Congrès des députés et le Sénat, dont les membres sont élus à la proportionnelle sur une base provinciale (qui avantage les petites régions rurales). Le roi est tenu de désigner un président du gouvernement, investi par les députés, susceptible de recueillir une majorité parlementaire. Celui-ci n’est pas nécessairement le chef du parti qui a le plus de députés ; la formation d’une majorité résulte de négociations entre partis. Sauf élections anticipées, la durée normale d’une législature est de cinq ans. Le Congrès des députés a le pouvoir principal mais le Sénat a un pouvoir de blocage. En cas de majorités différentes, le dernier mot appartient néanmoins aux députés (système classique en démocratie parlementaire).

2/ Depuis le retour de l’Espagne à la démocratie (1975), il y a eu une alternance de majorités dirigées par le Parti Populaire (droite) ou le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE, gauche). Cette fois, la physionomie de ce scrutin qui a passionné les Espagnols (taux de participation 73,2%) était différente du fait de l’émergence de deux formations contestataires, l’une de gauche (Podemos), l’autre de droite (CIudadanos) dont les sondages, confirmés par les urnes, prédisaient depuis plus d’un an de bons résultats.

3/ Le Parti Populaire du sortant Mariano Rajoy, obtient 28,3% des voix, ce qui lui assure 123 députés (sur 350) et 123 sénateurs (sur 208).

Le PSOE, avec 22% des voix en a respectivement 90 et 48. Il pourra en outre compter sur son allié de la Coalition canarienne (1 député et 1 sénateur)

Podemos, avec 20,7%, en a 69 et 18

Ciudadanos, 13,9%, a 40 députés mais aucun sénateur.

L’extrême gauche (« Izquierda Unida ») obtient 3,7% des voix et 2 députés.

Les partis nationalistes catalans et basques non alliés à des formations nationales ont, de leur côté, près de 10% des suffrages, 25 députés et 18 sénateurs.

Par rapport à 2010 (qui avait vu la victoire de la droite sur la gauche sortante), le Parti Populaire et le PSOE sont en fort recul (ils avaient respectivement 185 et 110 députés sortants).

4/ Podemos (« nous pouvons) n’a pas réussi son pari de devenir la première formation de l’opposition, ce qui lui aurait permis de revendiquer d’être l’axe d’une éventuelle majorité de gauche (renforcée par certains nationalistes catalans et basques). Il ne s’en faut pas de beaucoup puisque, à 1 pour cent près, le parti du médiatique Pablo Iglesias, talonne le vieux parti socialiste (qui a retrouvé une jeunesse, toute relative, avec l’émergence de Pedro Sanchez qui, avec une nouvelle génération, a pris la place des leaders déconsidérés, à commencer par l’ancien premier ministre Zapatero dont le gouvernement a été un désastre).

Podemos est néanmoins le gagnant relatif de l’élection. Cette formation, qui a axé sa campagne sur la lutte contre l’austérité imposée par Bruxelles et contre la corruption, mal endémique espagnol, ainsi que sur la nécessaire réforme de la Constitution afin de tenir compte des personnalités des « peuples » de l’Espagne, en premier lieu catalan et basque, s’impose désormais comme un acteur essentiel de la politique espagnole. Son programme plutôt flou et les sensibilités diverses qui le composent ne l’imposent toutefois pas encore vraiment. On verra s’il tient la distance sur le long terme.

La question catalane a été en filigrane de l’élection. Face à l’intransigeance des partis « espagnolites » (PP et PSOE), Podemos a tenté d’être une force de proposition. Sans se prononcer clairement sur la légitimité d’un éventuel référendum d’indépendance, Podemos, bien implanté en Catalogne (mais aussi dans les autres régions les plus développées, Madrid et le Pays Valencien), propose une alternative sous forme d’Etat fédéral (c’est aussi, partiellement, la position, désormais, du PSOE).

Podemos n’a été créé qu’il y a un an, en 2014. Ce parti anti-partis est l’héritier du mouvement des « indignés ». Malgré son implantation locale encore en formation, Podemos a réussi lors des municipales de mai 2015 (voir mon article sur ce blog : « Espagne. Elections municipales et régionales », du 25 mai. Voir aussi les divers articles que j’ai écrits cette année sur la Catalogne) à emporter les mairies de Madrid et de Barcelone.

De son côté, « Ciudadanos » (les Citoyens) a mené une contestation parallèle à celle de Podemos (en dénonçant aussi la corruption), mais à droite. Ce parti a émergé cette année à partir de la Catalogne où il est devenu, à la place du PP et du PSOE, complètement déconsidérés dans la « Generalitat », le pôle de ceux qui s’opposent à l’indépendance. Ce parti a ensuite fusionné avec des mouvements locaux antisystèmes plutôt de droite qui sont apparus en diverses régions, notamment au Pays Valencien (dont le gouvernement à majorité Parti Populaire a conduit la Généralité valencienne à la faillite et aux scandales de corruption) ; lui aussi a enregistré de bons résultats aux municipales (voir mon article).

5/ Au vu des chiffres, aucune majorité évidente n’est sortie des urnes.

A supposé que Ciudadanos accepte de former une coalition avec le Parti Populaire, cette coalition n’obtiendrait que 163 députés, donc moins que la majorité absolue (176). Vu l’attitude anti-basque et anti-catalane de Mariano Rajoy, il est à priori exclu que la droite basque (PNV, qui a 6 députés) s’allie au PP. Même ainsi, la majorité absolue ne serait pas atteinte et on ne voit aucune réserve chez les Catalans. Ou alors, au prix, d’un virage à 180% de Rajoy, ce qui est peu probable.

De son côté, la gauche peut compter sur 162 députés (PSOE+Podemos+IU+Canariens), loin aussi de la majorité absolue. Une majorité dirigée par le PSOE n’aurait quasiment aucune chance d’être renforcée par des Catalans ou des Basques qui estiment, à juste titre, que ce parti leur est hostile, et on voit mal le PSOE se mettre sous la coupe de Podemos.

Il y a donc blocage.

Le roi peut choisir de nommer Mariano Rajoy, chef du parti arrivé en tête, comme chef du gouvernement mais avec le risque, à supposer qu’il soit investi, d’être renversé à la première occasion.

Il peut aussi constater, conformément à la Constitution, que, dans un délai de deux mois, aucune majorité n’est passible et donc appeler à de nouvelles élections.

Reste la dernière solution possible : la grande coalition PP – PSOE.

Pour le moment, le chef du PSOE, Pedro Sanchez, exclue cette possibilité. Mais il s’agit peut-être d’une position de départ destinée à faire monter les enchères.

Il va sans doute mesurer les inconvénients et les avantages de cette grande coalition hypothétique.

L’inconvénient majeur serait, pour le PSOE, la contradiction qu’il y aurait à continuer de prétendre être la force d’alternance et de changement à la majorité actuelle tout en la rejoignant.

L’avantage serait de montrer que le PSOE a le sens des responsabilités. Il pourrait tenter de bénéficier dans l’opinion (et à l’étranger, notamment à Bruxelles) de son geste présenté comme « sauveur » de l’Espagne en rassemblant les forces politiques « responsables » face au « danger » séparatiste catalan et face aux « populistes » de gauche et de droite.

Un avantage annexe mais pas négligeable pour Pedro Sanchez, tout neuf en politique (face au « vieux » dinosaure Rajoy (60 ans, l’un des leaders historiques du Parti Populaire dont il a été député dès 1986 et occupé de nombreux postes ministériels de premier plan depuis 1996), serait d’acquérir une stature d’homme d’état en occupant la deuxième place d’un gouvernement de coalition et ainsi de se créer une image d’ici les prochaines élections.

Dans cette configuration d’allié indispensable, le PSOE serait en mesure d’imposer à Mariano Rajoy quelques concessions : un peu plus de social (pour couper l’herbe sous les pieds de Podemos), une lutte anti-corruption plus efficace (pour plaire à tout le monde) et une réforme de la Constitution en transformant l’Espagne en pays fédéral afin de contrer les indépendantistes catalans et basques.

Sur le fond, la politique d’austérité, européiste, atlantiste, monarchiste (alors qu’une grande partie des Espagnols, peut-être la majorité, aspire à la République), bref, celle du « politiquement correct », est à peu près identique entre le PP et le PSOE.

Cette concordance, qui bloque toute évolution sérieuse, est la même que dans la plupart des pays européens. Elle se traduit par « tout sauf le FN » est France et par des gouvernements de coalition à majorité de droite en Allemagne et en Autriche notamment.

Malgré les dénégations répétées la main sur le cœur par les dirigeants du PSOE hier soir sur les plateaux des télévisions espagnoles (je me trouve actuellement en Espagne), cette hypothèse de la grande coalition me parait hélas la plus probable.

« Plus ça change, plus c’est pareil ». En Espagne comme ailleurs. Le « système » sait se défendre.

Le « cambio », ce sera pour plus tard. En attendant, la crise continue (plus de 20% de chômeurs en Espagne) de même que le déni démocratique (le roi, dont personne ne voulait plus, est toujours là, et les Catalans comme les Basques n’ont toujours pas le droit de choisir s’ils restent ou s’ils sortent de l’Espagne).

Je peux évidemment me tromper. Rien n’est jamais sûr.

On verra.

Yves Barelli, 21 décembre 2015.

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 03:28

Les élections anticipées pour renouveler le parlement de la « Communauté Autonome de Catalogne », qui se sont déroulées le 27 septembre, ont donné une majorité absolue de députés favorables à l’indépendance. La victoire des indépendantistes, qui formaient déjà la majorité sortante, est nette. Acquise avec une forte participation, elle va même au-delà de ce que donnaient les derniers sondages.

1/ 77% des électeurs inscrits sont allés voter, soit 6 points de plus que lors du dernier scrutin. 135 sièges étaient à pourvoir au scrutin de liste proportionnelle par province (4).

L’enjeu très clair du scrutin, qui explique la forte participation, était non seulement le renouvellement du parlement catalan mais surtout un plébiscite pour ou contre l’indépendance.

La coalition indépendantiste « Junts pel Si » (ensemble pour le oui), formée de la « Convergencia Democratica de Catalunya » (CDC, ex Convergencia i Unio) du président sortant de la Generalitat, Artur Mas (centre droit), de l’ « Esquerra Republicana de Catalunya » (ERC, gauche) et d’autres formations moins importantes, obtient 66 députés.

La « Candidatura d’Unitat Popular » (CUP, gauche radicale), favorable à une proclamation de l’indépendance encore plus rapide que JPS, obtient 10 sièges.

Ces deux listes soutiendront le processus d’indépendance proposé par Artur Mas. Elles dépassent à elles seules la majorité absolue des sièges.

Les autres formations étaient soit favorables à la tenue d’un référendum d’indépendance sans se prononcer clairement sur l’option finale, soit hostiles à l’indépendance, mais avec, le cas échéant, une réforme constitutionnelle de l’Espagne :

« Catalunya si que es pot » (oui, la Catalogne le peut), formée de divers partis alternatifs de gauche (Podemos, Alternativa, etc), favorable à un référendum d’autodétermination en penchant plutôt pour un oui à l’indépendance, recueille 11 sièges.

« Ciutadans » (citoyens), alternatif mais de droite, favorable au maintien de la Catalogne dans l’Espagne mais avec une autonomie renégociée, obtient 25 sièges.

Les partis de gouvernement à Madrid, qui ont bloqué l’année dernière le processus d’indépendance au parlement espagnol, paient cette posture mal ou pas comprise en Catalogne : le Parti Populaire du chef de gouvernement espagnol Mariano Rajoy, n’obtient que 11 sièges tandis que le Parti Socialiste de Catalogne (associé au PSOE) en a 16.

On note donc que les partis dits « espagnolites », c’est-à-dire les partis de gouvernement central qui sont hostiles à l’indépendance catalane et qui refusent même de laisser la possibilité aux Catalans de s’exprimer sur le sujet ne recueillent à eux deux que 25 sièges sur les 135. On peut parler de réel divorce avec Madrid. Le recul socialiste, déjà effectif dans les précédentes élections, est symptomatique de ce divorce (alors que les socialistes ont longtemps tenu la municipalité de Barcelone). Le PSOE se prononce pour un Etat fédéral pour l’Espagne mais il ne précise pas exactement lequel et, dans le même temps, refuse le référendum sur l’indépendance auquel il aurait pourtant la possibilité d’appeler à voter non.

On note, dans le même temps, que Podemos, qui a encore le vent en poupe en Espagne (mais qui subit un tassement dans les sondages), est en recul en Catalogne. Son langage alambiqué, qui résulte de divergences d’appréciation parmi ses cadres, n’est pas compris parce qu’incompréhensible : favorable à un référendum sur l’indépendance sans qu’on sache s’il y voterait oui, comme le souhaitent nombre de ses militants à Barcelone mais comme hésitent à le dire ses cadres à Madrid (quand on lit le programme de Podemos, on est frappé de la vacuité des propositions s’agissant de la Catalogne et du Pays Basque, et même des autres autonomies).

L’opposition au parlement catalan sera finalement le fait non des « espagnolites » ou de Podemos, mais d’une formation alternative de droite, « Ciutadans », sans programme clair, ni au niveau catalan, ni au niveau espagnol, qui a eu un certain succès lors des dernières élections locales espagnoles (voir mon article sur ce blog du 25 mai : « Espagne : élections locales et régionales ») en faisant campagne contre la corruption (sujet sensible dans le pays, vu son niveau). Cette formation, qui, en Catalogne, recrute beaucoup chez les non Catalans d’origine, n’a pas de position très claire : contre l’indépendance, mais favorable à un nouveau statut d’autonomie, sans qu’on sache vraiment lequel.

Le nouveau parlement et l’exécutif qui en sera issu (le président Mas sera reconduit) ont donc un mandat impératif : négocier avec Madrid en vue de l’indépendance de la Catalogne, afin que celle-ci recouvre la souveraineté internationale perdue au 16ème siècle.

Mas a d’ores et déjà indiqué qu’il se donnait 18 mois pour aboutir à une indépendance négociée et que, si Madrid persistait dans son refus, celle-ci serait déclarée unilatéralement.

2/ Je renvoie les lecteurs qui souhaitent avoir une vue complète de la problématique de l’indépendance catalane aux articles précédents que j’ai écrits sur le sujet dans ce blog : « La Catalogne sera-t-elle bientôt indépendante ? » (13 septembre 2012), « Prochaines élections cruciales au parlement catalan » (22 novembre 2012), « Vote à double sens au parlement catalan » (30 novembre 2012), « nuages noirs sur l’Espagne » (3 janvier 2014), « Espagne : crise économique et incertitudes politiques » (28 février 2014), « Espagne-Catalogne, et maintenant ? » (11 avril 2014), « Mobilisation indépendantiste en Catalogne » (13 septembre 2014), « Référendum catalan : le ton monte entre Madrid et Barcelone » (3 octobre 2014) et « Consultation sur l’indépendance de la Catalogne » (9 novembre 2014). Ils peuvent aussi consulter les sites internet, notamment de Wikipedia, qui donnent le détail de l’historique mais aussi des nombreux sondages d’opinion organisés en Catalogne.

Je résume les épisodes précédents du « feuilleton » catalan : a/ La Catalogne est une nation depuis le 10ème siècle, avec sa langue, sa culture, ses particularités et une riche histoire. b/ L’Espagne est née à la fin du 15ème siècle de la réunion de deux Etats souverains, la Castille et le royaume d’Aragon (lui-même formé de la Catalogne, sa composante principale, de l’Aragon et du Pays Valencien), chaque entité conservant ses institutions. c/ au terme de la « guerre de succession d’Espagne », le candidat au trône soutenu par la France, Philippe V de Bourbon (dont le roi actuel est le descendant), a mené une répression féroce contre ceux qui avaient soutenu le candidat autrichien : en 1714, les troupes espagnoles sont entrées dans Barcelone et toutes les libertés catalanes ont été supprimées ; chaque année, en septembre, une forte mobilisation catalane commémore cet évènement. d/ Un renouveau national catalan a pu s’opérer au 19ème siècle, concomitant avec le décollage économique de la Catalogne, qui reste encore aujourd’hui la région la plus développée d’Espagne e/ La Catalogne a recouvré au vingtième siècle une forte autonomie sous la République f/ Les libertés catalanes ont à nouveau été supprimées par Franco g/ Avec le retour de la démocratie, en 1975, la Catalogne a retrouvé son statut d’autonomie, avec de fortes compétences pour le gouvernement de la « Generalitat », notamment en matière d’enseignement, désormais dispensé en catalan, h/ Toutefois, l’Espagne n’étant pas un pays fédéral (avec des autonomies « à la carte »), les conflits de compétence entre le pouvoir central et le gouvernement catalan sont constants (à titre d’exemple, l’espagnol est la seule langue officielle de l’Espagne, que « tout espagnol a le droit d’utiliser », mais le catalan est la seule langue officielle de la Catalogne, nombreux autres exemples dans d’autres domaines, comme la police ou les transports, i/ Lorsque le parlement catalan a voulu se doter d’un nouveau statut d’autonomie (constitution locale), le « tribunal constitutionnel » espagnol (équivalent au Conseil Constitutionnel français) a censuré le 9 juillet 2010 le préambule du nouveau texte qui rappelait que la Catalogne est une Nation depuis le moyen-âge. j/ Cette décision a été reçue comme un affront par les Catalans, même les plus attachés à l’Espagne ; elle a été suivie d’une montée importante du sentiment indépendantiste dans la population : alors qu’auparavant, les opinions pro-indépendance plafonnaient à 40%, elle ont ensuite régulièrement atteint ou dépassé 50%, k/devant ce que les Catalans estiment être la fermeture et même le mépris du pouvoir central pour leurs aspirations (qui ne sont passées que progressivement de plus d’autonomie à désir d’indépendance), le parlement catalan a décidé fin 2013 d’organiser un référendum sur l’indépendance de la Catalogne prévu pour le 9 novembre 2014, l/ Cette décision a entrainé un bras de fer avec le pouvoir central qui a estimé, en application de la Constitution espagnole, qui ne prévoie pas la possibilité d’une indépendance pour une partie de son territoire, la consultation illégale et qui a même menacé ses organisateurs de poursuites judiciaires. Les Cortes (parlement espagnol) ont voté à une large majorité un soutien au gouvernement de Monsieur Rajoy ; l’opposition socialiste s’est jointe à la droite dans ce vote. Après la censure du tribunal constitutionnel de 2010, les Catalans ont interprété ce vote comme une nouvelle manifestation de mépris pour leur nation. Nul doute que cette posture de refus même de discuter d’une éventualité de référendum d’autodétermination a encore fait monter le sentiment indépendantiste des Catalans, m/ le référendum sur l’indépendance a malgré tout été organisé par les autorités catalanes, mais, d’une part, ceux qui sont opposés à l’indépendance ont boycotté le vote et, d’autre part, le tribunal constitutionnel l’a déclaré illégal et donc sans signification. n/ C’est pour suppléer à l’impossibilité d’organiser un référendum décisif que le gouvernement catalan a dissous le parlement régional et a organisé les élections d’hier, elles parfaitement légales au regard de la Constitution espagnole. Les partis favorables à l’indépendance ont clairement indiqué que, s’ils avaient la majorité au parlement, cette majorité aurait la signification d’un vote du peuple catalan en faveur de l’indépendance.

3/ Que va-t-il se passer maintenant ?

Le nouveau gouvernement catalan sort renforcé du scrutin. Il peut se targuer de la légitimité pour poursuivre la route à l’indépendance.

Toutefois, le dialogue de sourd avec Madrid va continuer. Avec une mauvaise foi évidente, le gouvernement de Mariano Rajoy et les socialistes du PSOE, tout en reconnaissant la victoire d’Artur Mas pointent le fait que sa formation n’a pas, à elle seule, la majorité absolue et donc que le sentiment indépendantiste est minoritaire. Ils font semblant d’oublier qu’avec les 10 députés de la CUP, les indépendantistes ont la majorité absolue. Ils font également semblant d’oublier que, parmi ceux qui ne se sont pas prononcés clairement pour l’indépendance, il y a aussi les 11 députés de Podemos qui sont favorables à l’organisation d’un référendum d’autodétermination.

Le dialogue, même si publiquement il n’existe pas, est néanmoins une réalité depuis l’année dernière. Dialogue du sourd, mais dialogue quand même. Il va se poursuivre au cours du délai de 18 mois que la majorité catalane s’est fixé avant de proclamer l’indépendance.

Pour le moment, les positions paraissent figées. Côté exécutif catalan, l’indépendance, côté pouvoir central, rien du tout, puisque, selon lui, la Constitution espagnole prévoit qu’une telle question est du seul ressort du parlement national et, comme celui-ci ne veut même pas en entendre parler, la question ne se pose pas.

Rien ne se passera dans l’immédiat. Tout le monde attend les prochaines élections générales espagnoles dont la date n’a pas encore été fixée mais qui doivent avoir lieu au plus tard fin décembre de cette année. On verra donc avec le nouveau gouvernement. Fraichement élu, il pourrait se montrer, quel qui soit, un peu plus ouvert. Pour le moment, il reste fermé parce que l’option de l’indépendance de la Catalogne n’est pas populaire en Espagne à l’exception de la Catalogne et du Pays basque (qui attends son heure). Je constate, pour bien connaitre l’Espagne, que la majorité des Espagnols sont assez « remontés » contre les Catalans, souvent perçus comme hautains (ce sont les plus riches), voire méprisants vis-à-vis des autres Espagnols. Ce sentiment est majoritaire y compris dans le Pays Valencien, où, pourtant, on parle catalan (même si on préfère appeler cette langue, qui y est officielle, le « valencien »). Seules les Baléares, où on parle aussi catalan, se sentent davantage en phase avec les Catalans, ainsi que, évidemment, les Basques.

Le sentiment indépendantiste est-il réellement majoritaire en Catalogne ? Je connais bien cette nation (dire que c’est une « région » est aussi réducteur que de dire que le Québec est une simple province du Canada), puisque le suis professeur associé à l’université de Barcelone, où je me rends régulièrement.

La réponse n’est pas simple. Les Catalans se sentent profondément catalans. Ils sont fiers de leur langue, qu’ils parlent tous (toute la campagne électorale, de même que les débats qui suivent l’élection, ne se passent qu’en catalan, y compris lorsqu’un « espagnolite » y prend la parole). Ils sont fiers du combat contre le fascisme et pour la démocratie. La langue est le support de leur identité et celle-ci s’exprime dans toutes les occasions de la vie courante, par exemple autour du Barça, club de foot emblématique qui, à la différence de beaucoup d’autres, est essentiellement formé de joueurs locaux, fiers de leur catalanisme.

Mais le nationalisme catalan n’est pas fermé. Les Catalans se considèrent comme Européens : l’Union Européenne et l’euro y sont populaires, bien plus qu’en France. Ils sont aussi traditionnellement ouverts sur l’Espagne. Un bon tiers de la population est originaire d’autres régions espagnoles (en particulier d’Andalousie) mais s’est totalement intégré à la deuxième génération parce que, pour des Andalous pauvres, devenir Catalans était une promotion.

Les liens humains (pas seulement chez les originaires d’autres régions) avec l’Espagne sont anciens et forts. Tous les Catalans sont parfaitement bilingues et ils passent volontiers d’une langue à l’autre.

Le divorce, si divorce il y a, est récent. Il vient de ce que j’ai mentionné plus haut : le mépris affiché par le pouvoir central pour les Catalans, que la censure du Tribunal Constitutionnel et le refus du parlement espagnol (droite et gauche confondues) de laisser les Catalans s’exprimer en sont, aux yeux des Catalans, d’humiliantes illustrations.

Ce divorce, comme tout divorce, fait mal. Si les Catalans se prononcent, semble-t-il, majoritairement pour l’indépendance (mais cette majorité n’est pas écrasante : sans doute pas plus de 55 à 60%), c’est, disent-t-ils, contraints par l’attitude de Madrid. Nombre d’entre eux hésitent encore ou, lorsque ils se sont décidés, le font avec des sentiments contradictoires. En dehors d’un noyau dur assez minoritaire de nationalistes catalans, je dirais que la majorité est probablement constituée de gens qui se considèrent comme Catalans et, encore, malgré tout, Espagnols. Il en est même qui considèrent que cette question n’est pas vraiment essentielle.

L’attitude madrilène a déjà fait beaucoup de mal. Est-ce irrémédiable ? Je ne sais pas, mais je n’exclurais pas qu’un compromis serait possible si l’Espagne se décidait enfin, rompant avec ses vieux démons de jusqu’auboutisme, d’intransigeance, d’attitude parfois collectivement suicidaire, de guerre civile dans les têtes et, hélas, parfois dans les actes, comme l’histoire tragique de ce pays l’a prouvé, a se montrer plus raisonnable.

Le refus d’autodétermination sous prétexte que la Constitution ne la permet pas est absurde, et, pour tout dire, criminel. On se souvient que la France mettait un tel argument fallacieux en avant pour refuser l’autodétermination à ses « départements » algériens. On sait ce qu’il en est advenu : 8 ans de guerre et, au final, une indépendance douloureuse.

Quatre possibilités s’offrent à l’Espagne et à la Catalogne.

La première est le refus réitéré de l’Espagne de concéder l’indépendance à la Catalogne en espérant que les Catalans finiront par renoncer, car beaucoup d’Espagnols sont convaincus que les Catalans parlent beaucoup et défilent dans la rue mais qu’ils n’auront pas le courage de se battre. Si cette attitude persistait, elle serait très risquée. On ne joue pas impunément avec le feu.

La seconde est l’acceptation par Madrid du référendum. Il n’est pas gagné d’avance, les précédents québécois et écossais le montrent. Cette solution démocratique serait idéale. Hélas, elle est peu probable.

La troisième possibilité est l’indépendance arrachée. On peut envisager un scénario pacifique ; refus de payer les impôts, désobéissance civile, paralysie à tous les niveaux de l’administration espagnole et du fonctionnement normal des institutions. Un scénario alternatif ou concomitant est moins optimiste : la lutte armée avec son cortège d’attentats émanent d’activistes et de répression policière ou militaire. Certains me disent à Barcelone que cela n’est pas possible, que les tanks espagnols sur les « rambles », c’est impossible, que nous sommes en Europe ! L’Union européenne ne laisserait pas faire. J’espère qu’ils ont raison. Mais je connais bien le cas yougoslave. C’était aussi un pays développé d’Europe. On a vu ce qui s’est passé. L’Ukraine aussi est en Europe et le gouvernement de Kiev a fait bombarder Donetsk.

Le quatrième scénario aurait ma préférence et nombre de Catalans ne l’écartent pas, quoique, plus l’intransigeance de Madrid dure, moins elle sera possible : la création d’un Etat catalan associé à l’Espagne au sein d’un Etat fédéral. Les modèles canadien, belge ou suisse pourraient être une source d’inspiration. Dans ces pays, chaque entité fédérée a de très fortes prérogatives et l’Etat fédéral est la résultante des composantes. Dans un tel système, les statuts des entités fédérées ne sont pas octroyés ou accordés par l’Etat fédéral mais ce sont les entités fédérées qui acceptent librement de déléguer une partie de leur souveraineté à l’Etat fédéral. Symboliquement, le statut des langues résume cet état d’esprit. Au Canada, par exemple, le Québec a une seule langue officielle, le français, et les institutions fédérales sont bilingues. Système analogue en Suisse et en Belgique. Pour l’Espagne, si on veut satisfaire l’identité catalane (mais aussi basque et galicienne), il faut que les Catalans puissent choisir librement leurs institutions, ce que, de fait, ils ont à peu près la possibilité de faire aujourd’hui (mais toujours avec la réticence de Madrid et, souvent, au prix d’une guérilla juridique) et il faut que la catalan soit langue officielle de l’Espagne (où il est parlé par le quart de la population, proportion supérieure à celle des Suisses ou des Canadiens francophones), à égalité avec le castillan (et le basque et le galicien, mais ces langues, étant moins utilisées que le catalan, ne seraient pas utilisées systématiquement). Compte tenu de la proximité linguistique (un Castillan comprend assez bien le catalan avec un peu de pratique), cela ne poserait pas beaucoup de problèmes concrets, notamment au parlement espagnol. Seules les communications internationales seraient, de fait sinon de droit, réservées au castillan (comme les Belges utilisent le français, y compris les Flamands).

Cette piste est, selon moi, celle d’un compromis possible.

Je terminerai sur une question à laquelle j’ai déjà implicitement répondu. Pourquoi les Catalans veulent l’indépendance ? Je la pose parce que la réponse qui y est donnée par la plupart de nos médias est fausse. L’égoïsme fiscal est souvent présenté comme la motivation principale des Catalans qui en auraient assez de payer des impôts pour le reste de l’Espagne. Nombre d’entre eux ont effectivement le sentiment de payer des impôts dont ils ne sont pas maîtres de l’utilisation et de ne pas recevoir leur dû en retour. Mais cette motivation est très secondaire. Je crois connaitre suffisamment les Catalans pour dire qu’ils se considèrent comme une nation spécifique, qu’ils sont parfaitement conscients que l’indépendance a des avantages mais aussi des inconvénients et que, s’ils s’y résolvent, c’est parce que le dialogue est devenu impossible avec Madrid. Pas pour des histoires de gros sous. Las d’attendre que l’Espagne veuille bien se réformer, ils préfèrent désormais la quitter.

Que l’Espagne se réforme et ils changeront peut-être d’avis.

Et j’ajouterai une remarque en forme d’annexe. La Catalogne, c’est près de 8 millions d’habitants pour un PIB de près de 200 milliards de dollars. Ceux qui disent que c’est trop petit pour être un pays, doivent garder à l’esprit deux choses. La première est que la taille est indépendante de la richesse. La Suisse et la Norvège sont les pays les plus riches d’Europe et ils sont petits. Parmi les micro-pays, le Luxembourg a le revenu par habitant le plus élevé d’Europe. La Catalogne indépendante serait donc viable. Son revenu par habitant serait d’un tiers supérieur à celui de l’Espagne. La deuxième considération est que, en termes de population ou de richesse, si la Catalogne était membre de l’Union européenne, elle serait, dans le classement, dans la première moitié des pays. Parmi les jacobins indécrotables, si nombreux à Paris, qui s’opposent par principe à la libre disposition des peuples autres que le leur, il faudra trouver d’autres arguments. En tout cas, je ne leur reconnais pas le droit de choisir à la place des Catalans.

Yves Barelli, 28 septembre 2015

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 12:58

Les Espagnols ont voté le 24 mai pour renouveler leurs conseils municipaux et une partie de leurs assemblées régionales. Ces élections montrent un recul du Parti Populaire, qui dirige le gouvernement espagnol depuis 2011, mais qui reste le premier parti du pays, un maintien des socialistes en seconde position et, surtout, une poussée de « Podemos » et des autres forces politiques alternatives.

1/ Le système électoral espagnol est, pour tous types d’élections, celui de la proportionnelle à un tour. 65% des électeurs ont participé à ce scrutin. On votait dans tout le pays pour les « municipales », mais pas partout pour les « régionales » (les plus grandes régions, notamment la Catalogne, le Pays Basque, l’Andalousie et la Galice, n’étaient pas concernées : ces « communautés autonomes » au fort particularisme, qui disposent de leurs propres constitutions, ont un calendrier électoral distinct du reste de l’Espagne).

2/ Les deux partis de « système » n’ont obtenu ensemble qu’un peu plus de la moitié des voix : 27,3% pour le Parti Populaire (droite) et 25% pour le PSOE (socialiste). Le principal enseignement du scrutin est la désaffection des Espagnols pour ces partis, ce qui montre leur mécontentement tant face au gouvernement actuel qu’à celui qui l’a précédé.

S’agissant des « régionales, là où elles ont eu lieu, le Parti Populaire reste majoritaire dans les régions du centre de la péninsule tandis que le PSOE l’emporte en Asturies et en Extrémadure.

3/ Le mouvement « Podemos » (« Podem » en pays catalan, « nous pouvons »), qu’on peut définir comme une gauche protestataire (on le compare souvent au Parti de Gauche français, à Die Linke allemand ou, mieux, à Syriza, qui a récemment remporté de façon spectaculaire les élections en Grèce), confirme son implantation, nouvelle (ce parti, dirigé par Pablo Iglesias, un nouveau en politique, n’a été créé qu’en janvier 2014) mais déjà forte, dans le pays. Pas présent partout, ou sous d’autres noms, souvent associé à d’autres formations, il est difficile de dire exactement quel pourcentage de l’électorat cette sensibilité représente, sans doute de l’ordre de 15 à 20%. Dans les deux plus grandes villes, Madrid et Barcelone, « Podemos » est en position d’emporter la municipalité (surtout à Madrid ; dans les deux villes, nul n’ayant la majorité absolue, cela dépendra des alliances).

Ce résultat est de bon augure pour « Podemos » pour les prochaines législatives, à l’automne de cette année (date non encore fixée, en tout cas avant le 20 décembre).

4/ Comme d’habitude, les partis identitaires catalans et basques, les deux au pouvoir dans ces « communautés autonomes », réalisent localement les meilleurs scores.

La plupart des municipalités basques seront dirigées, comme les sortantes, par des nationalistes ou des indépendantistes.

Cela est également le cas en Catalogne, bien que le parti indépendantiste de droite « Convergencia i Unió » d’Artur Mas, perde des voix, en général au profit d’autres indépendantistes, comme l’ERC (« Esquera Republicana Catalana ») ou, dans le cas de Barcelone, au profit de « Podem » (cf infra).

Une nouvelle formation, « Compromis », fait une percée remarquée dans le Pays Valencien (près de 5 millions d’habitants), où le Parti Populaire, actuellement au pouvoir et affecté par de graves affaires de corruption et de gabegie des deniers publics, est très menacé : le PP aura 31 conseillers, le PSOE 23, « Compromis » 19, « Ciudadans » 13 et « Podem » 13 ; le gouvernement devrait passer à gauche (mais, compte tenu des combinaisons locales, rien n’est joué d’avance).

Cette région valencienne est symptomatique de la volatilité, désormais, de l’électorat. « Compromis » se veut à la fois écologiste et nationaliste valencien. Il a fait campagne contre la corruption et pour la sauvegarde tant de l’environnement, souvent menacé par le bétonnage du littoral, que de la culture valencienne (la langue valencienne, une variété de catalan, est langue officielle et d’enseignement mais, pour des raisons budgétaires – la Communauté Valencienne est en quasi-faillite – la chaîne de télévision en valencien de la « Generalitat », « Canal Nòu », a cessé d’émettre depuis deux ans). « Compromis » a fait un « carton » dans les localités rurales ou semi-rurales où les Valenciens sont très majoritaires (sur le littoral, on a souvent des gens venus d’ailleurs) : il obtient dans certaines municipalités plus de 50% des voix.

« Ciudadans » (ou « Ciudadanos » en pays castillanophone, « les citoyens ») est le type de parti un peu « attrape-tout ». Il est né en Catalogne en 2005 en réaction contre l’indépendantisme et a ensuite essaimé ailleurs, mais sur des programmes parfois contradictoires d’une région à l’autre. On le considère comme un parti de centre-gauche, plutôt proche des milieux d’affaire, mais progressiste (il se définit comme « libéral-progressiste ») sur le plan sociétal (favorable à l’avortement et au « mariage pour tous »).

5/ Sans entrer dans des détails qui n’auraient qu’un intérêt limité (on pourra visiter les sites d’ « El Pais » et d’autres journaux pour les résultats exhaustifs), voici le nombre de conseillers municipaux obtenus par parti pour les villes de Madrid et de Barcelone (qui ont de nombreuses municipalités de banlieue qui ne votent pas nécessairement comme les villes-centres) :

Madrid : 57 conseillers dont 21 PP, 20 « Ahora Madrid » (« Podemos » et autres), 9 PSOE et 7 « Ciudadanos ». A priori, « Podemos » est en position d’avoir le poste de maire.

Barcelone : 41 conseillers, dont 11 « Barcelona en Comú » (« Podem » et autres), 10 CiU (nationalistes catalans), 5 « Ciudadans », 5 ERC (gauche catalaniste), 4 PSP (Parti Socialiste de Catalogne, proche du PSOE mais favorable à un référendum sur l’indépendance), 3 PP et 3 CUP (« Unitat Popular », centre gauche catalaniste). Rien n’est joué pour le poste de maire.

XXX

Echaudés par la succession de gouvernements qui, de droite comme de gauche, ont enfoncé l’Espagne dans la crise économique, les plans d’austérité, le chômage et un recul général du niveau de vie, les Espagnols, lorsqu’ils votent encore, sont devenus très circonspects face à la politique. Ils se prononcent désormais plus facilement pour des partis alternatifs, sans toujours se faire beaucoup d’illusions sur leurs capacités de changer les choses s’ils arrivaient au pouvoir.

Pour les prochaines élections générales, on peut anticiper des scores relativement médiocres pour le PP et le PSOE, des votes indépendantistes majoritaires, comme d’habitude, en Catalogne et au Pays Basque, des résultats significatifs pour les formations alternatives (« Ciudadanos », « Compromis », etc) et, surtout, une percée, peut-être historique, de « Podemos ».

Reste, s’agissant de ce parti, une double-inconnue : Que propose exactement « Podemos » ? Son programme est loin d’être clair. Combien d’électeurs franchiront le pas pour se lancer ainsi dans l’inconnue et lui confier la conduite des affaires espagnoles?

Yves Barelli, 25 mai 2015

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 23:34

Les Catalans ont voté en masse le 9 novembre pour exprimer solennellement leur désir d’indépendance, mais cette consultation ne règle rien sur le fond.

Selon les chiffres disponibles en fin de journée, deux millions d’électeurs ont pris part au vote. La quasi-totalité d’entre eux ont dit oui à l’indépendance. Ceux qui y étaient hostiles ont boycotté le scrutin. Le seul chiffre significatif est en conséquence le nombre de votants.

Il est difficile d’établir avec précision le pourcentage de participation par rapport aux inscrits, puisque le corps électoral potentiel ne correspondait pas exactement aux votants habituels. A ce scrutin pouvaient en effet prendre part les citoyens espagnols présents en Catalogne âgés de plus de seize ans (contre 18 habituellement), mais aussi les étrangers résidant en Catalogne depuis plus de dix ans. On ne sait si ces derniers se sont déplacé s en nombre.

Les deux millions de votants représenteraient de l’ordre de 50% des inscrits potentiels, ce qui est un joli score compte tenu des difficultés d’organisation de la consultation sans être toutefois un raz de marée. Ce chiffre correspond à peu près à ce qui était espéré par les organisateurs. Il permet de penser que dans un référendum avec participation tant des partisans de l’indépendance que de ses adversaires, les premiers auraient pu franchir la barre de 50% de oui.

C’était le but recherché sans qu’il soit totalement atteint. Ceux qui se sont déplacés l’ont en tout cas fait le plus souvent dans l’enthousiasme. C’est la première fois que le peuple catalan a pu ainsi manifester de manière massive dans les urnes son aspiration à l’indépendance.     

Cette consultation avait été décidée depuis longtemps par les autorités catalanes (voir mes articles du 13 septembre – « mobilisation indépendantiste en Catalogne » - et du 3 octobre – « référendum catalan : le ton monte entre Barcelone et Madrid ») et une forte mobilisation des partis et de la société civile avait eu lieu mais le pouvoir madrilène s’y opposait, arguant que la Constitution espagnole ne prévoit pas la possibilité de l’indépendance de l’une de ses régions.

Le gouvernement de M. Rajoy avait mobilisé toutes les instances juridiques de l’Etat espagnol pour tenter d’empêcher la tenue de ce référendum déclaré illégal par le Tribunal Constitutionnel (équivalent du Conseil Constitutionnel en France ou de la Cour Suprême aux Etats-Unis).

Le gouvernement catalan a rusé pour organiser quand même la consultation tout en tentant de montrer qu’il restait dans le cadre de la loi. Au lieu d’en faire une opération menée par la « Generalitat », Artur Mas, président catalan, a laissé se développer une initiative citoyenne pour tenir néanmoins le référendum. Formellement, c’est donc le « Pacte pour le Droit à Décider », qui regroupe 3000 associations à travers toute la Catalogne qui a organisé la « consultation » à laquelle on a évité de donner le nom de « référendum ». 40 900 volontaires ont tenu les bureaux de votes dans des lieux prêtés par les municipalités, le plus souvent des écoles.

Cette consultation appelle de ma part les observations suivantes :

1/ C’est un coup pour rien, ou pour pas grand-chose, dans le bras de fer qui s’éternise entre Barcelone et Madrid.

Formellement, la Generalitat n’est pas sortie de la légalité puisqu’elle a indiqué qu’il s’agissait d’une « consultation » pour savoir si les Catalans étaient favorables à l’indépendance. Le gouvernement catalan n’a pas l’intention, en l’état, de déclarer l’indépendance  de la Catalogne.

De son côté, le pouvoir central (avec le soutien de l’opposition socialiste) s’est cantonné dans son attitude légaliste mais n’a pas engagé l’épreuve de force sur le terrain. Bien que le référendum ait été déclaré anticonstitutionnel, les forces de l’ordre de l’Etat central n’ont pas cherché à empêcher la tenue effective du scrutin.

Le gouvernement espagnol s’est borné à dire que la consultation était « nulle et non advenue » et donc que, pour lui, ses résultats étaient sans signification.

Suite donc au prochain épisode.

2/ La bonne participation au scrutin est en soi une victoire pour le gouvernement catalan.

Il faut toutefois tempérer cette victoire puisque le boycott par les citoyens hostiles à l’indépendance enlève une part de la signification de la consultation. Les conditions optimales n’étaient en effet pas réunies.

3/ Sans doute la forte participation conforte-t-elle l’impression qu’il y a effectivement une majorité  de Catalans qui aspirent à l’indépendance.

Mais, cela, finalement, on le savait déjà. Tous les sondages d’opinion montrent en effet depuis trois ans qu’il y aurait une majorité de oui dans le cas d’un référendum contradictoire et reconnu.

4/ Cette aspiration à l’indépendance, le gouvernement de Madrid, mais aussi l’ensemble des Espagnols la connaissent mais ils ne veulent pas en tenir compte. Pour eux, les Catalans ne sont pas propriétaires de la Catalogne et le fait qu’ils veuillent prendre le large est pour eux secondaire et même sans importance.

Il s’agit ni plus ni moins d’un dénie démocratique qui rappelle l’attitude de Pékin face à Hong Kong. Ils veulent l’indépendance ? Nous non, et leur opinion n’a aucun intérêt.

5/ La suite logique de la consultation est l’organisation d’élections anticipées en Catalogne afin que la majorité indépendantiste du parlement de Barcelone sorte encore renforcée et donne un mandat impératif à l’exécutif catalan pour mener à bien le projet indépendantiste.  

6/ Mais sous quelles formes ?

Après toutes les démonstrations de masse qui se succèdent en faveur de l’indépendance et qui prennent les formes les plus diverses : rassemblements géants le jour de la « diada », fête nationale catalane, chaînes humaines dans toute la Catalogne, etc, il faut maintenant passer à autre chose. Il ne suffit pas de montrer à Madrid la volonté catalane, il faut trouver le moyen de lui forcer la main.

Les nouvelles actions devraient prendre, à mon sens, la forme de désobéissances civiles (ne plus payer les impôts, refus de collaboration des autorités locales, etc), mais aussi une action plus vigoureuse vis-à-vis de l’opinion internationale. Artur Mas, qui parle parfaitement français et anglais, devrait faire le tour des plateaux de télévisons internationaux. Il se cantonne trop à l’Espagne. 

En France, par exemple, le combat des Catalans est méconnu. Certains l’assimilent à celui de nantis égoïstes qui ne voudraient plus être solidaires des régions espagnoles plus pauvres.

Ce n’est pas cela. Si les Catalans se tournent massivement vers l’idée indépendantiste, ce n’est pas par égoïsme fiscal, mais parce qu’ils en ont assez d’être humiliés par les autorités madrilènes et en particulier par ce Tribunal Constitutionnel juge et partie.

La Catalogne est une Nation qui forma un Etat dès le moyen-âge, qui a sa langue, sa culture, son histoire, son identité. Cette Nation pourrait (ou aurait pu, il est peut-être trop tard) cohabiter avec les autres Nations d’Espagne au sein d’un même Etat, mais à condition que ce soit sur un pied d’égalité, pas en position d’infériorité et de soumission à l’hégémonie castillane.

La Catalogne a résisté pendant toute la nuit franquiste. Elle a payé un lourd tribut.

Aujourd’hui, elle veut reprendre son destin en main.

L’indépendance serait bonne pour le Kosovo ou le Soudan du Sud. De quel droit la refuse-t-on aux Catalans et aux Basques ?

On souhaiterait que les défenseurs des droits de l’Homme et des Peuples, à condition qu’ils soient d’outre-mer, se réveillent et se mobilisent.

7/ Le bras de fer est engagé entre Barcelone et Madrid. Mais il ne suffit de vouloir l’indépendance, il faut pouvoir l’obtenir.

Aux Catalans d’établir un rapport de forces en leur faveur. Il leur reste encore beaucoup à faire.

L’indépendance n’est probablement pas pour demain.  

 

Yves Barelli, 9 novembre 2014                                     

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 23:22

Je rentre de Barcelone où je viens de passer une semaine dans un contexte de tension en relation avec le référendum d’indépendance prévu pour le 9 novembre.

J’ai fait le point dans mon article du 13 septembre (« mobilisation indépendantiste en Catalogne ») sur le dialogue de sourds qui oppose les autorités catalanes à celles de l’Etat espagnol quant à la tenue du référendum.

1/ J’en rappelle les termes : le gouvernement de la « Generalitat » de Catalogne (région d’Espagne dotée d’un statut d’autonomie), approuvé par la majorité du parlement catalan, a décidé d’organiser un référendum pour consulter la population catalane sur la possible indépendance de la région. Ce projet figurait dans le programme électoral des partis appartenant à la coalition au pouvoir à Barcelone. Les partis indépendantistes (droite modérée de CiU et gauche républicaine : le président de la Généralité, Artur Mas appartient à CiU) disposent de près des deux-tiers des députés au parlement ; ils ont été élus au suffrage universel direct à la proportionnelle. Les anti-indépendantistes (droite principalement affiliée au Parti populaire, au pouvoir à Madrid) ne représentent que le quart de l’électorat tandis que le Parti Socialiste Catalan (distinct du PS espagnol), un peu moins de 10% des votes, est favorable au principe du référendum d’indépendance mais ne se prononce pas sur le fond.

Face à ces aspirations indépendantistes et au projet de référendum, la posture du pouvoir espagnol est sans ambiguïté ni nuance : la Constitution ne prévoit pas la possibilité pour une partie du territoire espagnol de se déclarer indépendante ; le parlement et le gouvernement catalans n’ont en conséquence pas le droit d’organiser un tel référendum et, si le  référendum se tenait néanmoins, le gouvernement catalan violerait la loi, ce qui pourrait entrainer des poursuites judiciaires. L’attitude du chef de gouvernement, Mariano Rajoy, est approuvée par une large majorité des députés espagnols, y compris l’opposition socialiste.

2/ Le gouvernement catalan vient de passer outre aux mises en garde de Madrid. Le 27 septembre, Artur Mas a annoncé que la préparation effective commençait avec organisation des modalités pratiques du vote et lancement de la campagne institutionnelle. Les municipalités seront notamment mises à contribution pour les bureaux de vote. Dans le cas où certaines ne collaboreraient pas, des dispositions alternatives seraient prises. 96% des municipalités catalanes, y compris Barcelone et toutes les grandes villes, ont déjà apporté leur appui au référendum.

La riposte ne s’est pas fait attendre. Dès le lendemain (dimanche 28), le gouvernement central a saisi le Conseil d’Etat (qui, comme en France, est en quelque sorte le conseil juridique du gouvernement), réuni le jour même. Celui-ci a rendu un avis quasi immédiat et à l’unanimité dans un sens favorable au gouvernement qui a alors transmis le dossier au « tribunal constitutionnel » (conseil constitutionnel). Moins de vingt-quatre heures après avoir été saisi, celui-ci a décidé la « suspension » (en attendant une décision sur le fond), donc l’interdiction, de l’initiative catalane. On notera, au passage, la rapidité exceptionnelle des saisines et des arrêts rendus, tout cela au cours d’un week-end. Le président catalan l’a ironiquement qualifiée de vitesse  « supersonique ».

Le soir du 30 septembre, des manifestations pacifiques (elles l’ont toutes été jusqu’à présent) à l’appel des organisations représentatives de la société civile ont eu lieu à Barcelone et dans toutes les villes catalanes pour protester contre les décisions madrilènes et pour demander au gouvernement catalan de tenir bon.

Le gouvernement catalan a pris le jour même une décision très alambiquée. Il tient compte de l’arrêt du tribunal constitutionnel et met entre parenthèses la campagne institutionnelle pour le référendum tout en continuant en fait la préparation de la consultation. Le parlement catalan, à nouveau réuni, a désigné les membres de la commission « consultative » pour le référendum tout en laissant le soin au président de la Généralité de les nommer officiellement. Les municipalités ne seront pas, par ailleurs, réquisitionnées mais associées via la société civile. Ces artifices permettent de ne pas donner l’impression de braver la légalité tout en continuant néanmoins dans la voie de la consultation du 9 novembre.

A l’heure où sont écrites ces lignes, on en est là. L’épreuve de force est engagée mais les ponts ne sont pas totalement coupés. Le gouvernement catalan va probablement faire un recours devant le tribunal constitutionnel. Ceci pour la forme car cette instance, qui s’est toujours prononcée en faveur du pouvoir central et a toujours interprété restrictivement le statut d’autonomie, est juge et partie. Ce n’est pas étonnant compte tenu de sa composition (comme en France, ses membres sont nommés par le gouvernement ou le parlement : ils appartiennent tous soit au Parti Populaire, aujourd’hui au pouvoir, soit au Parti Socialiste, qui l’a été. Ces deux partis « institutionnels » sont hostiles à l’indépendance de la Catalogne et même à la possibilité pour le peuple catalan de donner son avis).

3/ Face à la machine de l’Etat espagnol et à son refus de laisser s’exprimer la démocratie (avec l’argument fallacieux que la démocratie appartient à l’ensemble du « peuple » espagnol et non à une partie de celui-ci), les Catalans ne peuvent compter que sur leur mobilisation.

Cette mobilisation est forte mais, visiblement, les millions de gens qui sont descendus dans la rue le 11 septembre et les dizaines de milliers de drapeaux catalans arborés par les particuliers sur leurs balcons et leurs fenêtres (il suffit de se promener dans n’importe quelle localité catalane pour le constater. A Barcelone, il y en a partout) n’impressionnent pas les « gardiens du temple » du centralisme madrilène, en général convaincus que l’Espagne est immuable, éternelle et de création quasi divine et que, bien évidemment, la Catalogne n’appartient pas aux Catalans mais à l’ensemble des Espagnols (auxquels, d’ailleurs, on ne demande pas non plus leur avis).

Les Catalans iront-ils plus loin ? Pas pour le moment, mais on parle de désobéissance civile, de refus de collaborer avec l’administration d’Etat, y compris fiscale, voire de passer à des modes d’expression moins non-violents que ceux employés jusqu’à présent (à titre préventif, le ministère de l’intérieur a envoyé en Catalogne en renfort 500 policiers supplémentaires anti-émeutes dotés de véhicules blindés).

Pour le moment, personne en Catalogne ne parle d’insurrection. On n’en est pas encore là.

Au niveau espagnol, le gouvernement est ferme, mais un dialogue discret est maintenu. Le PSOE (Parti Socialiste) tente de jouer sa propre partition en proposant une réforme de la Constitution pour créer un Etat fédéral. Mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait quand il était au pouvoir? Le PSOE, et son nouveau SG, Pedro Sanchez, tentent ainsi de relancer ce parti en pleine crise. Cette idée d’Etat fédéral pourrait néanmoins être une porte de sortie. Rajoy lui-même pourrait l’entre-ouvrir.

Dans ce concert anti-catalan, seules deux voix rompent l’unanimité : la gauche de la gauche (en fait, la vraie gauche, tant on ne voit plus ce qui reste de gauche au PSOE) qui reproche au gouvernement son intransigeance, et les Basques. L’exécutif basque demande lui aussi la reconnaissance de la souveraineté du peuple basque (sans appeler encore à l’indépendance, mais cela viendra) et apporte son soutien aux Catalans.

4/ Le référendum se tiendra probablement comme prévu mais il ne sera pas reconnu. Il est en outre probable que ceux qui sont contre l’indépendance n’y participeront pas. C’est donc le nombre de votants qui aura valeur indicative de la volonté populaire catalane.

Il y a encore cinq ans, les sondages d’opinion ne donnaient pas de majorité en faveur  de l’indépendance. L’attitude des autorités de Madrid, y compris de son tribunal constitutionnel si peu objectif, ne fait que renforcer le désir croissant des Catalans d’en finir avec l’Espagne. Selon les sondages, une nette majorité d’entre eux sont maintenant favorables à la sécession.

5/ L’attitude de Madrid apparait à la fois cynique et maladroite. Exemple de maladresse : dans le budget 2015 qui vient d’être présenté, les investissements publics en Catalogne sont en chute libre. La part de l’investissement public espagnol ne sera plus que de 9,5% du total national alors que la contribution de la Catalogne au PIB espagnol est de 19% et que la population catalane représente 16% du total espagnol. Le gouvernement catalan parle à cet égard de tentative d’asphyxie. On a l’impression, en Catalogne, que Madrid veut punir les Catalans.

Si une telle attitude hostile du pouvoir central devait se poursuivre, le divorce serait alors consommé et, face au blocage, les Catalans risqueraient de changer de stratégie s’ils estiment que celle adoptée jusqu’ici, la non-violence, n’est pas payante.

Rendez-vous le 10 novembre. Je ferai alors le point pour vous sur le référendum de la veille, à moins qu’il ne soit reporté, ce qui n’est pas, aujourd’hui, la tendance.

Yves Barelli, 3 octobre 2014                                

 

                     

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 17:37

La célébration le 11 septembre à Barcelone par une foule immense de la « fête » (la « diada ») de la Catalogne a marqué un point fort de la mobilisation des partisans de l’indépendance à quelques semaines du référendum d’autodétermination prévu le 9 novembre.

1/ La « diada » commémore chaque année l’entrée dans Barcelone en 1714 des troupes de Philippe V de Bourbon au terme de la « guerre de succession d’Espagne » qui opposait le prétendant au trône d’Espagne soutenu par la France à celui soutenu par la maison autrichienne de Habsbourg. La victoire du candidat français s’accompagna d’une répression féroce dans toute l’Espagne et plus encore en Catalogne qui avait choisi le parti autrichien. Pour punir les Catalans de ce choix, le nouveau roi abolit toutes les institutions catalanes (pourtant garanties depuis l’union entre le royaume catalano-aragonais et la Castille en 1472).

Le fait que la commémoration d’une défaite soit érigée en fête nationale est assez rare dans le monde pour être souligné.

2/ Cette défaite n’a été qu’un épisode dans la longue histoire de la nation catalane et dans celle des affrontements qui l’ont souvent opposée à l’hégémonie castillane.

C’est dès le 10ème siècle que le Comté de Barcelone s’érige en Etat indépendant. Celui-ci va connaitre une expansion rapide tant dans la péninsule ibérique (étendu à la région voisine de Saragosse, mais, dirigé par une dynastie catalane, il deviendra le « royaume d’Aragon ») qu’en Méditerranée, les Catalans réunissant sous leur coupe, de façon plus ou moins durable, le royaume de Naples, la Sardaigne et le comté de Provence.

L’apogée de la civilisation catalane correspond avec celle de la civilisation occitane, marquée par le pouvoir des comtes de Toulouse et la splendeur de la poésie des troubadours (à cette époque, les langues catalane et occitane étaient peu différenciées ; elles restent proches aujourd’hui).

Après la conquête de l’Occitanie par les troupes françaises (une coalition catalano-occitane est vaincue à Muret en 1213 ; le roi d’Aragon y perd la vie), les Catalans abandonnent toute ambition au nord et se concentrent sur la Méditerranée ; ils s’étendent au Pays de Valence, qui continue aujourd’hui à parler catalan, en 1238.

Mais la conquête de l’Amérique par Christophe Colomb et ses descendants fait passer le centre de gravité du monde de la Méditerranée à l’Atlantique. De plus, le dynamisme démographique castillan est supérieur à celui de la Catalogne. L’union, en principe à égalité, entre la Castille et les terres d’Aragon va tourner de plus en plus à l’avantage de la première, plus homogène, plus peuplée et bénéficiant davantage des richesses d’outre-Atlantique.

La défaite catalane de 1714 s’inscrit donc dans un processus de déclin face à la puissance castillane.

Mais la revanche viendra au 19ème siècle. L’Espagne est alors en plein déclin. Pauvre, rurale, éloignée du reste de l’Europe, elle reste à l’écart de la révolution industrielle, sauf deux régions : la Catalogne et le Pays basque, désormais plus riches et tournées vers l’Europe. C’est le début de la Renaissance culturelle catalane, de l’affirmation d’un capitalisme local et du prestige de Barcelone, qui se couvre de monuments et d’opérations d’urbanisme d’autant plus étonnantes qu’il n’y a pas de pouvoir politique : Barcelone s’affirme la métropole d’une nation (encore) sans Etat.

En 1932, une république catalane est proclamée dans le cadre de la République espagnole. Les institutions catalanes sont rétablies et le catalan y est langue officielle. L’embellie sera de courte durée puisque, avec la victoire franquiste en 1939, la Catalogne retombera dans la nuit et l’oppression ; sa langue, à nouveau, sera interdite, avant de réapparaitre, de fait mais pas encore de droit, dans les années 1970 (avec les grands chanteurs contestataires comme Raimon - « diguem no !», « nous disons non » -, LLach ou Serrat et 80 000 supporters du Barça chantant à chaque match l’hymne national catalan sans que le pouvoir ne puisse rien faire).      

Deux hommes de grande valeur dirigent la « Generalitat de Catalunya » sous la République : Francesc Macià, puis après sa mort, Lluis Companys.

Si vous allez à Barcelone, vous verrez sur la place de Catalogne le monument érigé après la chute de Franco à Macià. C’est une figuration moderne surmontée d’une carte en béton de la Catalogne.

Le destin de Companys a été plus tragique. Après la défaite républicaine face aux troupes putschiste de Franco aidées par l’Allemagne nazie (le bombardement sauvage un jour de marché de Gernika, ville basque, a été immortalisé par Picasso), Companys, comme beaucoup d’autres républicains, trouve refuge en France. Il y sera arrêté par la gestapo et livré au régime de Franco qui, après l’avoir torturé, le fusilla en 1940 dans la citadelle de Montjuic, qui domine Barcelone. Lorsqu’il fut assassiné par les fascistes, 2760 patriotes catalans avaient déjà subi le même sort à la suite de parodies de procès. D’autres suivront, le dernier Julian Grimau, garroté peu de temps avant la mort de Franco en 1975. De nombreuses institutions catalanes portent aujourd’hui le nom du martyr, notamment le stade olympique de Barcelone.

3/ Si j’ai fait ce rappel historique, c’est pour mettre les choses au point s’agissant de l’indépendantisme catalan, souvent stupidement présenté par certains médias français comme une sorte de révolte de contribuables riches et égoïstes qui ne veulent plus que la Catalogne paye pour des régions plus pauvres et donc qui ne veulent plus participer à la solidarité nationale.

On dit souvent la même chose pour l’Ecosse ou pour la Flandre. Cela participe, je crois, de la part de ceux qui veulent tout expliquer de manière seulement comptable, d’une méconnaissance affligeante tant de l’histoire que de la psychologie, passée comme actuelle, des peuples. Enferrés dans des préjugés purement matérialistes, sans doute sous l’emprise de l’idéologie dominante corrompue par le capitalisme financier mondialisé qui se joue des frontières et des peuples et par une union européenne qui nie les nations et les aspirations des gens, nombre de « commentateurs » et d’hommes politiques oublient tout simplement deux notions qui tiennent pourtant à cœur de beaucoup den gens, sans doute une majorité : l’identité et la dignité.

La réalité de l’identité catalane est une évidence. Cette nation a une histoire, une langue, une culture, un sentiment fort d’appartenir à une entité originale.

Une nation a le plus souvent une matérialisation étatique, mais pas nécessairement. Il peut y avoir des Etats multinationaux. Certains fonctionnent mal, comme la Belgique, d’autres réussissent mieux, comme la Suisse ou, en son temps, la Yougoslavie de Tito. Je ne suis pas systématiquement indépendantiste partout. Il y a en fait à la fois des avantages et des inconvénients dans les situations de grands Etats multinationaux et d’Etats plus petits et plus homogènes. Un grand ensemble sans cohésion peut s’avérer plus faible qu’une petite entité bien soudée et réciproquement (ce raisonnement est valable, aussi, dans le débat actuel sur les « grandes » régions françaises ou encore s’agissant de l’Union européenne, vaste mais sans consistance).

Dans le débat qui oppose indépendantistes et unionistes en Catalogne et ailleurs (en Belgique par exemple, mais aussi en Ecosse ou en Corse), souvent les mêmes personnes sont hésitantes. On peut être attaché à sa langue, sa culture, son histoire, se sentir profondément appartenir à sa petite nation et, en même temps, se trouver bien au sein d’un ensemble plus vaste, à la condition toutefois que cet ensemble ne cherche pas à éliminer la petite nation, ce qui est le cas d’un pays trop centralisé, comme l’est la France (qui a réussi à quasiment faire disparaitre ses langues dites régionales).

4/ Dans le cas catalan, ce qui a fait pencher la balance en faveur du sentiment indépendantiste, si on en croit les sondages, c’est le sentiment que la dignité catalane a été meurtrie par l’attitude du gouvernement central de Madrid.

L’Espagne a un système politique un peu bâtard. C’est un Etat unitaire mais qui accorde à ses régions des autonomies « à la carte » (certaines en ont plus que d’autres, notamment la Catalogne). Ce n’est donc pas un Etat fédéral. Ces autonomies ont souvent des conflits de compétence avec les institutions centrales et le problème est que l’organe chargé d’arbitrer, le Tribunal constitutionnel, est l’émanation du pouvoir central. Exemple de contradiction : la langue espagnole est la seule langue officielle de l’Espagne (alors que, par exemple, la Belgique et le Canada sont officiellement bilingues et la Suisse trilingue), ce qui interdit l’usage du catalan au parlement espagnol. A côté de cela, le catalan est la seule langue officielle de la Catalogne, mais, comme la Catalogne est en Espagne, le tribunal constitutionnel « retoque » souvent les lois linguistiques catalanes en défendant le « droit de tout citoyen espagnol d’utiliser la langue nationale ».

Alors qu’il n’y avait qu’une minorité en faveur de l’indépendance jusqu’en 2010, l’opinion a basculé lorsque le tribunal constitutionnel a déclaré illégal le préambule de la constitution catalane rappelant que, depuis le moyen-âge, la Catalogne est une « nation » librement associée à l’Espagne. La majorité des Catalans, même attachés à l’Espagne, se sont sentis humiliés par ce déni de ce qui est pourtant une évidence, le fait que la Catalogne soit une nation. C’est ce qui a incité le parlement catalan à envisager un référendum d’autodétermination.

5/ Revenons à la célébration de la « diada » qui a pris cette année un relief particulier. D’abord parce qu’il s’agissait du trois-centième anniversaire de la défaite de 1714. Ensuite parce que les autorités catalanes ont convoqué le référendum pour le 9 novembre prochain, dans moins de deux mois donc.

Concrètement, la célébration du 11 septembre a consisté à canaliser le million (ou à peu près) de participants à Barcelone sur deux très grandes artères du centre : la « Gran Via de les Cortes catalanes » et l’ « avinguda Diagonal », le point d’orgue étant à 17h14 (référence à 1714) lorsque les deux cortèges se sont rencontrés à la jonction des deux avenues. Vu du ciel (vous pouvez voir des photos sur internet), le rassemblement a formé un grand V dont les branches avaient chacune cinq kilomètres. V pour victoire, mais aussi V pour vote le 9 novembre. Les personnalités dirigeantes de la Catalogne (politiques et « omnium » culturel) ont ensuite pris la parole et le grand chanteur Lluis LLach a interprété, s’accompagnant d’un piano installé au centre du carrefour, la chanson « el cant de la senyera » (« le chant du drapeau »).

Tout s’est déroulé dans un calme parfait.

6/ Le mouvement indépendantiste a donc montré sa force. Ce n’est pas la première fois. La Catalogne en a l’habitude. A tous les moments clés de son histoire, les Catalans se sont toujours mobilisés.

7/ Quelle est la situation ?

Le gouvernement catalan maintient, plus que jamais, son intension de tenir le référendum le 9 novembre. Curieusement deux questions seront posées : « voulez-vous un Etat catalan ? » et, si oui, « voulez-vous qu’il soit indépendant ?».

Le gouvernement de droite espagnol de Mariano Rajoy, appuyé par un vote au parlement au cours duquel les socialistes ont voté avec le gouvernement, considère ce référendum comme anticonstitutionnel et a déclaré qu’il s’opposerait à sa tenue. Pour lui, la question de l’unité de l’Espagne n’est pas négociable.

Les ponts ne sont toutefois pas complètement coupés. Artur Mas, président de la Catalogne, a rencontré le chef du gouvernement central en juillet, mais il n’en est rien sorti, chacun campant sur ses positions. Les socialistes tentent de recoller les morceaux mais ils sont affaiblis et divisés (les socialistes catalans sont favorables au référendum) et proposent une réforme de la constitution qui ferait de l’Espagne un Etat fédéral. Cette piste est intéressante, mais le gouvernement de Rajoy y est hostile.

Le gouvernement catalan est prudent. Il a indiqué que le référendum serait indicatif, c’est-à-dire destiné à montrer la volonté populaire et que l’indépendance, si le oui l’emporte, ne serait pas proclamée immédiatement.

Mais on ne voit pas très bien quel pourrait être un compromis (si le fédéralisme est refusé) : si le référendum se tient, Rajoy perd la face ; s’il est ajourné, c’est Mas.

L’hypothèse qui semble la plus probable est la tenue du référendum mais avec boycott de ceux qui sont opposés à l’indépendance. Il y aurait donc une très large majorité de oui, mais les non n’ayant pas voté, le résultat serait contesté.

On risque de se retrouver le 9 novembre au soir dans la même situation qu’aujourd’hui.                                        

8/ Le dossier pourrait alors commencer à s’internationaliser. Pour le moment, les partenaires européens de l’Espagne sont plus que prudents, ils campent dans une attitude aussi timorée qu’hypocrite en rappelant, lorsqu’ils sont interrogés, que cette question est une affaire strictement intérieure à l’Espagne (c’est ce qu’à notamment dit le président français).

Une victoire du oui à l’indépendance en Ecosse le 18 septembre (pour le moment le oui et le non sont au coude à coude dans les sondages) suivie d’une indépendance effective (le gouvernement britannique a assuré qu’il l’accepterait si tel était le choix des Ecossais) serait évidemment une aide à l’indépendantisme catalan. Le gouvernement espagnol aurait alors du mal à justifier son intransigeance. Ce serait toutefois mal connaitre les Espagnols de penser que cela seul les fera fléchir.

Seule une paralysie économique de la Catalogne et, par voie de conséquence, de l’Espagne pourrait faire bouger tant Madrid que Bruxelles.

Ou encore des affrontements violents, ce que personne ne souhaite. Quant à l’insurrection armée, elle est, pour le moment, totalement exclue.     

9/ Quelle est la détermination des Catalans ?

C’est évidemment une chose d’être favorable à l’indépendance et autre chose de se battre contre un pouvoir qui la refuse.

La plupart des Catalans se sentent (en tout cas se sentaient) profondément espagnols tout en étant viscéralement catalans. Ce sont surtout les fautes du pouvoir central espagnol (droite aujourd’hui, mais aussi gauche hier) qui, en donnant l’impression aux Catalans d’être humiliés, ont convaincu un nombre croissant d’habitants de la Generalitat que la seule solution était désormais l’indépendance même si, initialement, ce n’était pas leur choix.

Par ailleurs, en Catalogne comme ailleurs en Espagne, les gens sont surtout préoccupés par le chômage, la crise économique et le recul du niveau de vie. Les Catalans ne rêvent pas. Ils savent bien que l’indépendance ne résoudrait pas tous leurs problèmes (et sans doute les aggraverait, au moins dans un premier temps). Cela pourrait diminuer leur ardeur.   

Je suis souvent à Barcelone où j’enseigne à l’université. J’ai beaucoup discuté de cette question, notamment avec mes étudiants. Sans doute la plupart sous-estiment-ils la totale fermeture des autres Espagnols à leur endroit, pas seulement le gouvernement actuel et l’opposition socialiste, aussi peu démocrates l’un que l’autre. Beaucoup disent aussi que, s’ils souhaitent l’indépendance, ils n’en font pas une priorité absolue.

Il est vrai que l’opinion publique des autres régions espagnoles (en dehors des Basques) n’est pas ouverte à l’idée de l’indépendance catalane, même dans le Pays de Valence, où, pourtant, on parle la même langue (qu’on préfère appeler « valencien »). Les Catalans, parce qu’ils avaient la région la plus dynamique (c’est moins vrai aujourd’hui), ont souvent donné, et continuent de le faire, l’impression d’être un peuple imbu de sa supériorité et ayant tendance à mépriser les autres Espagnols.

Quant à d’éventuels soutiens internationaux, rien à attendre. Le séparatisme n’a pas bonne presse, sauf quand il sert les intérêts américains (cf la dissolution de l’URSS et de la Yougoslavie).

10/ Que va-t-il se passer en novembre ?

Le référendum aura lieu. Le gouvernement catalan ne pourra reculer. Mais son résultat ne sera pas reconnu, ni à Madrid, ni ailleurs.

Une longue période de tension s’ensuivra. On parle de désobéissance civile. Je n’exclue malheureusement rien. La Yougoslavie et l’Ukraine étaient des pays pacifiques avant de sombrer dans la guerre. L’histoire de l’Espagne me donne les plus grandes inquiétudes. Je ne serais pas étonné d’un déploiement de l’armée espagnole dans les rues de Barcelone si le gouvernement central a l’impression de perdre son contrôle du territoire catalan (si affrontements il y a, c’est surtout dans les petites villes catalanes qu’ils se produiront. Là, le sentiment indépendantiste y est encore plus fort qu’à Barcelone).

Mais nous n’en sommes pas encore là.

Les affrontements violents interviendront peut-être, mais pas tout de suite. On peut prévoir encore beaucoup de discussions dans l’appareil politique espagnol. Les Catalans ne sont pas des violents (c’est ce qu’on leur reprochait pendant la guerre civile : je me souviens de la réflexion d’un vieux combattant républicain castillan : « les Catalans, ils parlent beaucoup, mais quand il faut se battre, il n’y a plus personne ! »).

Espérons seulement que le pouvoir de Madrid acceptera un compromis qui pourrait prendre la forme d’une république fédérale avec plus d’autonomie pour la Catalogne et les langues autres que le castillan sur un pied d’égalité à l’échelon fédéral (ce n’est pas une utopie et ce serait même légitime : la proportion des Espagnols de langue catalane est supérieure à celle des Suisses francophones ou des Canadiens francophones).

De toute évidence, l’indépendance de la Catalogne, si elle intervient, un jour, n’est pas pour demain.

Les lecteurs intéressés par la question pourront se reporter aux articles antérieurs que j’ai écrit dans ce blog, notamment le dernier publié le 11 avril ; « Espagne-Catalogne : et maintenant ? ».

 

Yves Barelli, 13 septembre 2014                                                    

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 22:21

J’ai écrit le 7 juin un article sur l’abdication du roi d’Espagne et sur la prochaine intronisation de son fils. J’ai écrit en substance que ce monarque placé sur le trône d’Espagne par l’un des tyrans les plus méprisables que l’Europe ait connu et qui termina son règne dans les scandales, ce qui l’obligea à abdiquer, a été imposé aux Espagnols en vertu d’un compromis à la rigueur compréhensible au moment de la transition démocratique de 1975 (dans le cadre de ce compromis, on a conservé la musique de l’hymne espagnol franquiste mais en enlevant les paroles : l’Espagne a la situation ridicule d’avoir un hymne national muet. C’est ce qui explique qu’on voit au « mondial » de foot des joueurs sans voix !). Mais ce compromis n’a plus de raison d’être aujourd’hui puisque, selon les sondages, 62% des Espagnols souhaitent un référendum sur l’option entre monarchie et république et que, parmi eux, probablement une majorité veut la république. Mais le choix leur est refusé.

Je ne vais pas revenir aujourd’hui sur ce thème. Je renvoie mes lecteurs à mon article précédent.

Je voudrais simplement faire part de mon étonnement, et même de mon indignation, face à la couverture par les médias français de l’ « évènement » de ce jour, l’intronisation de Felipe VI.

Je n’ai pas passé ma journée à regarder cette cérémonie à la TV. J’ai autre chose à faire que de perdre mon temps pour de telles stupidités.

Mais le peu que j’en ai vu me navre.

Pourquoi les mêmes médias qui n’hésitent pas à critiquer vertement, et même plus, notre président de la république, l’actuel ou ses prédécesseurs, se croient-ils soudain obligés de prendre ce ton déférent et faillot dès qu’il s’agit d’une tête couronnée ? Il y a deux semaines, Bourdin, de BFM-RMC interviewait sans ménagement le président Hollande, allant jusqu’à lui demander s’il avait encore la force de gouverner avec des sondages aussi catastrophiques. Imaginerait-t-on un journaliste français, ou autre, s’adresser à Juan Carlos ou à son rejeton et lui dire « ça ne vous gêne pas que la majorité des Espagnols ne vous aiment pas et veulent la République ? ». Poser la question, c’est y répondre. Non, bien sûr. Alors pourquoi la liberté de ton, et même le manque de respect, pour des chefs d’Etat légitimés par le suffrage universel et, au contraire, cette déférence contrainte et ridicule pour des personnages sans légitimité ?

Passe encore les monarchies des pays où elles sont, apparemment, populaires ou, au moins, assez populaires. Si les Anglais veulent conserver la reine et sa famille qui coûtent une fortune aux contribuables britanniques, libre à eux. C’est leur choix, leur affaire, pas les miens et je n’ai rien à dire.

S’agissant du roi d’Espagne, je crois, au contraire, qu’il y a beaucoup à dire et cela pour deux raisons.

La première est que l’imposition de la monarchie, avec tout le complexe politico-historique sous-jacent, à un peuple qui, apparemment, n’en veut pas est un déni de démocratie. Je me sens concerné par cette injustice faite à un peuple frère.

La seconde raison m’interpelle en tant que Français. Même si c’est déjà une histoire relativement ancienne, je n’oublie pas que le régime de Franco était et demeure illégitime car issu d’une insurrection militaire contre la République espagnole, légitime elle, que cette insurrection a bénéficié de l’aide active de l’Allemagne de Hitler et que, ça, c’est le péché originel du franquisme dont est issue la restauration monarchique.

Mais il y a plus, c’est la responsabilité des démocraties occidentales. La France du Front Populaire est restée sans bouger face aux crimes de Franco et de ses sbires. On les a laissés envahir jusqu’au dernier recoin de la « piel de toro ». Ceux d’entre vous qui connaissent les Pyrénées Orientales savent peut-être qu’il existe en Cerdagne une minuscule enclave espagnole entièrement entourée de territoire français et reliée au reste de l’Espagne par une route extra-territorialisée de deux kilomètres. Ce village s’appelle Llivia. Et bien, même cette enclave, pourtant, défendue par les Républicains, a été livrée à la soldatesque de Franco ! Pis, l’accueil des réfugiés républicains, parqués dans des camps à la frontière, a été lamentable. Et en 1945, le devoir et l’honneur des démocraties aurait été de chasser le dernier tyran fasciste de l’Europe, ne serait-ce que eu égard aux milliers d’anciens républicains espagnols qui se sont battu aux côtés des Français pour libérer notre pays. Hélas, on oublia le leur. On a établi des relations diplomatiques, politiques, économiques et même militaires avec Franco, les Américains ont ouvert des bases aériennes en Espagne (accueillie dans l’OTAN !) et la France n’a pas tardé à investir là-bas. Tout cela sur une période très longue : 1945-1975, trente ans. Quelques mois avant sa mort, l’assassin Franco faisait encore exécuter des patriotes qui résistaient contre son régime immonde. On préfère aujourd’hui faire le silence sur cette période qui est une honte pour la France.

On a rien fait à l’époque pour s’opposer à Franco. Cela ne servirait à rien de tomber aujourd’hui dans la repentance plus ou moins hypocrite.

Mais, au moins, qu’on n’encense pas ce roitelet d’opérette dans son spectacle ridicule d’intronisation. Vous avez vu à la télévision ce carnaval de monarque en tenue militaire, de sa femme en robe blanche et surtout de ces pauvres enfants (8 et 6 ans) obligés de faire de la figuration pendant toute la cérémonie. Lorsque Sarkozy avait été élu, on avait critiqué à juste titre qu’il ait exhibé devant les caméras ses enfants, pourtant bien plus âgés que les filles de Felipe. Pourquoi nulle télévision ne fait le même commentaire sur le roitelet espagnol ?

Et la soit disant « simplicité » de la cérémonie ? Le roi, la reine et ses marmots transportés du palais au parlement en Rolls-Royce. Que ne dirait-on pas d’un Sarkozy ou d’un Hollande traversant Paris dans un tel attelage ?

Et puis, ces commentaires des envoyés spéciaux de BFM, de France-info et de France 2 (je n’ai pas vu ou entendu les autres) : « le peuple espagnol salut son roi », « grande ferveur des Espagnols », etc, etc. Il serait intéressant de savoir qui exactement était rassemblé devant le palais royal de Madrid (apparemment, d’ailleurs, pas des foules immenses, mais, ça, on se garde de le dire). Probablement les fils de ceux qui ont combattu et détruit la République, qui ont assassiné les patriotes espagnols, les secteurs les plus réactionnaires de la société espagnole, ceux qui n’ont rien compris à l’évolution des temps, ceux pour qui démocratie rime avec le diable. Les autres sont restés chez eux.

Saluer ces gens-là, c’est faire fi de la majorité du peuple espagnol qui ne veut pas de la monarchie, c’est faire injure aux centaines de milliers de victimes du fascisme en Espagne et ailleurs.

Certains de ceux qui me lisent trouvent peut-être que j’exagère, que mon commentaire est excessif. Il se trouve que je connais bien l’Espagne, que j’ai parlé avec beaucoup d’anciens combattants républicains. Je connais leurs souffrances et ce sentiment, hélas justifié, d’abandon qui était le leur. Réécoutez Léo Ferré. Il les a chanté bien mieux que je ne saurais le dire. La plupart sont morts aujourd’hui. Certains de leurs enfants, qui ont fait souche en France, me lisent peut-être. Je sais ce qu’ils ont sur le cœur. Je le partage. Et tant pis si le commentaire froid laisse place à l’émotion. Je l’assume et la revendique.

Viva la Republica !

                                                                       Yves Barelli, 19 juin 2014                              

 

      

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 19:27

Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) n’en finit pas de tomber.

1/ Electoralement d’abord : aux dernières élections européennes, il a perdu la moitié de ses voix antérieures. Dans les régions « ethniques » (Catalogne et Pays Basque), son électorat est presque totalement passé à la  gauche indépendantiste ou autonomiste. En Catalogne, alors qu’il y a quelques années, les socialistes contrôlaient encore la municipalité de Barcelone, ils ne sont quasiment plus rien : sa direction, comme ses militants, sont divisés entre indépendantistes et « espagnolistes » ; ses électeurs ont fui. Au Pays Basque, la crise est plus ancienne encore : pour barrer la route aux indépendantistes, majoritaires dans l’électorat, ils sont allés jusqu’à s’allier, il a sept ans, à la droite pure et dure du Parti Populaire, actuellement au pouvoir à Madrid, avant de perdre lamentablement les dernières élections basques.

Ailleurs dans le pays, le PSOE est désormais talonné par la gauche « radicale » (la seule gauche, en fait, tant il est difficile de considérer encore le PSOE comme un parti de gauche) de l’ « Izquierda Plural » (proche du Front de Gauche français) et de « Podemos », parti issu du mouvement des « Indignés ».

La défaite du 25 mai a entrainé une crise à la tête du parti. Le secrétaire général du PSOE, Alfredo Rubalcaba, qui dirigeait la formation depuis l’effacement de Zapatero, Premier Ministre dont la politique calamiteuse s’était terminée par une défaite électorale retentissante (voir mon article du 21 novembre 2011 : « Espagne, élections : leçons d’un suicide socialiste »), a démissionné de son poste au lendemain du scrutin. Il a d’abord été remplacé par la responsable des socialistes d’Andalousie, où les résultats du PSOE ont été moins catastrophiques qu’ailleurs. Celle-ci vient de rendre son tablier. Désormais, c’est la foire d’empoigne : quatre prétendants, quadras peu ou pas connus, jeunes loups aux dents longues mais aux idées plutôt courtes (mais a-t-on encore des convictions dans ce parti ?), se disputent les faveurs de ce qui reste de direction du parti. Ils défilent sur les plateaux télé. Ils n’ont pas grand-chose à dire, sinon des paroles creuses : avec chacun, ce se sera le « renouveau » et le « cambio » - changement -. Sur quel programme ? On ne sait. C’est à peine s’ils cachent que seule leur carrière personnelle les intéresse : la direction d’un ex grand parti de gouvernement est toujours bonne à prendre, on y trouve encore quelques moyens matériels.

2/ Moralement surtout. De reniement en reniement, le PSOE est tombé au niveau zéro de l’honneur et de la morale. Ce parti social-démocrate n’a plus rien de social (son passage au pouvoir l’a montré). Il n’est même plus démocrate.

Désormais, sur les grands enjeux de l’Espagne, le PSOE se caractérise par un alignement systématique sur la droite au pouvoir. Si cela était rentable électoralement, on pourrait comprendre à défaut d’approuver. Mais c’est le contraire qui se produit : plus ce parti se renie, plus il coule, perdant à vitesse accélérée ses électeurs et ses militants.

Deux reniements de taille sont à noter.

Le premier a été le refus du parlement espagnol d’autoriser le référendum sur l’indépendance souhaité à une écrasante majorité par le parlement catalan (où même la plupart des députés socialistes ont voté pour). Le 8 avril (voir mon article du 11 avril : « Espagne, Catalogne : et maintenant ? »), les députés de droite et ceux du PSOE ont mêlé leurs voix pour refuser aux Catalans le droit de se prononcer sur une éventuelle indépendance. Ce n’était pourtant pas un vote sur l’indépendance mais seulement sur le droit des Catalans à éventuellement choisir cette option. Pour la droite espagnole, comme pour les « socialistes » du PSOE, l’Espagne est une propriété qui n’appartient qu’à une mythique (et mystique) Nation. Les Catalans et les Basques ne sont pas propriétaires de leurs terres, ils n’y sont que des locataires et le droit à l’indépendance leur est refusé à tout jamais. Les « socialistes » du PSOE se sont ainsi alignés sur la vieille tradition franquiste antidémocratique contre laquelle les ancêtres du PSOE avaient pourtant lutté.

Ce n’est pas tout. Comme on sait, le roi Juan Carlos, pris dans un faisceau de scandales, s’est décidé à abdiquer après 39 ans sur le trône sur lequel l’avait placé Franco (voir mon article du 7 juin : « abdication du roi d’Espagne »). Lors de la transition vers la démocratie de 1975, on avait loué l’esprit de compromis des anciens républicains, dont le PSOE, qui avaient accepté, contre leurs convictions, l’instauration de la monarchie (n’oublions pas que c’est Franco qui a assassiné la république espagnole par une insurrection militaire avec l’aide de la Wehrmacht de Hitler).

On pouvait comprendre que ce « compromis historique » ait permis de laisser Juan Carlos dans son palais de la Zarzuela, d’autant plus facilement que ce personnage, falot à ses débuts, sut se vêtir des habits de démocrate (du moins jusqu’à il y a peu car la fin de règne a montré que cette réputation était largement usurpée) et que, de toute façon, dans cette monarchie parlementaire, la réalité du pouvoir appartient au gouvernement et au parlement.

Mais cette attitude de « compromis » du PSOE s’est transformée aujourd’hui en compromission et en trahison des idéaux qui étaient ceux de la gauche espagnole.

La fin de règne, difficile, de Juan Carlos, était l’occasion de permettre aux Espagnols de choisir une fois pour toutes (en tout cas durablement), la forme de régime qu’ils souhaitent. Selon un récent sondage, 62% des Espagnols sont favorables à un référendum permettant de décider soit la monarchie soit la république.

Mais le PSOE, mêlant une fois de plus ses voix à celles de la droite, a refusé cette possibilité au peuple espagnol. Lors de la séance solennelle organisée au Congrès des députés, Rubalcaba a encore pris la parole au nom des socialistes pour remercier le « grand démocrate » qu’a été Juan Carlos et pour saluer son œuvre « immense ». Comme le ridicule ne tue pas, le parlement a décidé d’autoriser Juan Carlos a conservé son titre de « roi ». On continuera, bien qu’il ne soit plus en fonction, à lui donner de « Sa Majesté ». Aux Espagnols qui ne veulent plus de roi, on impose désormais d’en avoir deux !

Des manifestations ont lieu dans plusieurs villes, des municipalités votent des résolutions pour demander un référendum, mais le PSOE, imperturbable, comme le quotidien El Pais, porte-voix du « système » autant que Le Monde l’est devenu en France, comme les nostalgiques de Franco, restent favorables à la monarchie. Tant pis pour le peuple, tant pis aussi pour les militants socialistes, auxquels on ne demande pas leur avis.

La « social-démocratie » espagnole avait déjà mis en œuvre une politique antisociale. Elle montre maintenant qu’elle est carrément anti-démocratique.

Quelques députés socialistes ont eu le courage de s’abstenir lors du vote qui a « accepté » l’abdication de roi Juan Carlos et qui a ouvert la voie à l’intronisation (prévue dans les prochains jours) de Felipe VI. L’un d’eux a expliqué dans une interview qu’il n’approuvait pas l’attitude de son parti et qu’il demandait (ce qui sera sans doute refusé) que cette question soit abordée au sein du PSOE. Cette position réfractaire a ainsi rejoint celle de la gauche plurielle et celle des partis indépendantistes ou autonomistes.    

On pourrait être tenté de considérer cette question de la monarchie comme anecdotique. Après tout, nul ne conteste le caractère démocratique de la Grande Bretagne ou des pays scandinaves. Ce sont même, surtout ces derniers, les pays les plus démocratiques du monde. Mais ce serait une erreur de ne voir qu’un aspect anecdotique à la monarchie espagnole. Il ne s’agît ici ni d’une tradition historique incontestée ni d’une institution pittoresque. Elle revêt en effet un caractère hautement symbolique et souvent émotionnel. La guerre qui a déchiré l’Espagne entre 1936 et 1939 a opposé la République aux militaires factieux emmenés par Franco. La dictature qui s’est abattue ensuite sur l’Espagne a été une abomination de barbarie : on fusillait encore des républicains cinq ans après la fin du conflit, des centaines de milliers de personnes se sont exilées, notamment en France.

Certains disent qu’il faut oublier tout cela, que, de toute façon, il y a eu des crimes des deux côtés et qu’il vaut mieux se tourner vers l’avenir que de ressasser le passé. Ils se trompent : pour un crime républicain, il y en eut plus de dix chez les ennemis de la République et, encore aujourd’hui, les plaies sont loin d’être cicatrisées. La véritable réconciliation consistera à faire la lumière sur le passé. Il ne servirait certes à rien de vouloir juger les criminels de Franco. Pas seulement parce que la plupart sont morts (je préfère la méthode Mandela : on oublie les bourreaux, mais on réhabilite les victimes). Mais tant que ce passé sera occulté, on ne pourra parler de réconciliation.

Parmi les scories d’un passé scandaleux, il y a la monarchie, illégitime parce que née elle-même d’un régime illégitime et parce que le peuple espagnol n’a jamais eu son mot à dire. Or, le moins qu’on puisse dire, si on en croit les sondages, est que cette monarchie ne fait pas l’unanimité.

On peut avoir envie de garder un roi, même si l’on n’est pas un nostalgique de Franco. On peut penser que c’est le symbole du pays et qu’un personnage non soumis à élection peut être un meilleur garant des institutions. C’est ce qui explique que des pays aussi égalitaires que la Suède conservent la monarchie. Mais, au moins, le roi de Suède vit simplement, ne va pas tuer l’éléphant en Afrique pendant que ses compatriotes subissent la crise, et sa fille n’est impliqué dans aucun détournement de fonds publics.  

On peut accepter l’idée monarchique. Mais vouloir l’imposer sans débat est inacceptable. Dans un pays démocratique, on consulte le peuple. Tant que le peuple espagnol ne se sera pas prononcer pour ou contre la monarchie, pour ou contre la république, cette démocratie sera incomplète.

Quant au PSOE, hélas, son comportement est plus qu’un reniement de ses valeurs anciennes (je ne parle pas des actuelles, il n’en a plus), c’est une insulte aux millions de gens qui se sont sacrifiés pour, avant même le début de la seconde guerre mondiale, s’opposer au nazisme et eu fascisme.

Il est désolant de constater qu’un parti au grand passé soit devenu si médiocrement petit. Il n’est certes pas le seul en Europe. Mais ceci est une autre histoire !

 

                                                     Yves Barelli, 15 juin 2014                                                    

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 19:11

Le roi Juan Carlos d’Espagne a annoncé le 2 juin qu’il abdiquait en faveur de son fils Felipe. Cette annonce n’est pas vraiment une surprise tant ce roi, « vieux » (mais pourtant âgé que de 76 ans) et en mauvaise santé, était déconsidéré. Une majorité absolue d’Espagnols, selon un récent sondage, souhaitait ce retrait.

J’écrivais dans l’un de mes derniers articles que la question qui se posait était de savoir si les Espagnols souhaitaient seulement que Juan-Carlos abdique ou, allant plus loin, ils aspiraient à mettre un terme définitif à cette monarchie imposée par Franco avant sa mort et acceptée sans joie en 1975 par les anciens républicains dans un soucis de réconciliation nationale.

La monarchie a été associée aux temps les plus glorieux de l’Espagne lorsque Castille et Aragon s’unirent pour former ce grand royaume qui partit à la conquête de l’Amérique. Les choses se gâtèrent ensuite, d’abord parce que les dynasties qui ont régné sur le pays ont souvent été d’origine étrangère : le plus fameux des rois espagnols, Charles Quint, était d’origine flamande et bourguignonne et il régna en définitive plus sur l’Allemagne que sur l’Espagne. Ses lointains successeurs, y compris le roi qui vient d’abdiquer, ont été, eux aussi, des souverains d’ « importation », puisque originaires du pays voisin, ennemi héréditaire, la France : ce sont des Bourbon.

Cette origine ne serait pas rédhibitoire si les rois d’Espagne n’avaient pas passé le plus clair de leur temps à combattre le peuple, plutôt qu’à le représenter.

Le roi Philippe V, premier Bourbon d’Espagne, monta sur le trône en 1700 à l’occasion de la guerre de succession d’Espagne, qui opposait le roi de France aux Habsbourg d’Autriche. Inutile de dire que les Espagnols n’eurent absolument pas droit au chapitre dans ce « choix ».

La violence des souverains tyranniques ne se limita pas à leur avènement. Beaucoup de rois d’Espagne s’illustrèrent surtout par un absolutisme méprisant pour le peuple dont ils étaient totalement coupés et par leur manque d’ambition autre que les petits intérêts d’une aristocratie à courte vue, naviguant entre le luxe privé et une austérité de façade mêlée de bigoterie.

Pour une partie aussi des peuples d’Espagne, cette monarchie a toujours été associée à la répression sanglante et au déni des libertés locales et des langues et cultures autochtones. Ce fut notamment le cas en Catalogne, au Pays Valencien et au Pays Basque.

Aussi, lorsque la république fut proclamée en 1931, cela correspondit aux aspirations de la majorité de la population espagnole.

Franco et ses légions renversèrent la république par un coup de force et ce n’est qu’après une guerre atroce de quatre ans, marquée par la cruauté inhumaine du caudillo et de ses sbires, que la république espagnole fut vaincue grâce au soutien militaire de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste.

Ensuite la nuit fascisante s’abattit sur l’Espagne pendant plus de trois longues décennies.

Lorsque Franco mourut en 1975, malheureusement dans son lit, il laissa en héritage le jeune « roi » Juan Carlos, ressorti des ténèbres d’une monarchie sans gloire oubliée de tous.

On ne peut pas dire, dans ces conditions, que la restauration de la monarchie en Espagne correspondit aux aspirations populaires et intervint dans la sérénité. D’ailleurs, peu prédisaient une longue carrière à ce roi sans légitimité ni charisme.

Sa chance fut seulement que dans la période compliquée du rétablissement de la démocratie, la personne du roi se montra finalement utile. La droite chrétienne et les nostalgiques de Franco y trouvaient un symbole de l’Espagne « éternelle » et chrétienne tandis que, pour la gauche ex républicaine, ce jeune monarque un peu falot était un moindre mal : il avait certes été placé là par Franco, mais il était relativement peu compromis avec l’ancien régime et on pouvait supposer qu’il avait envie de racheter son « péché originel », celui d’être une créature du dictateur. Tout était, de toute façon, une question de symbole, celui de l’unité nationale retrouvée, symbole sans autre fonction que de n’être qu’un symbole puisque l’Espagne démocratique en création était une monarchie parlementaire dans laquelle le roi n’avait aucun pouvoir effectif.

Juan Carlos eut la chance de devoir affronter dès sa prise de fonction un mini putsch avec des gardes civils d’opérette essayant de s’emparer du parlement. La réaction ferme du roi surprit et rassura : il s’opposa avec détermination aux putschistes qui rendirent les armes.

Après cet épisode, la démocratie espagnole se mit en place, puis fonctionna, plutôt sereinement. La gauche replia sa bannière républicaine et accepta sans arrière-pensée le fait monarchique. L’alternance entre droite « populaire » et gauche socialiste fonctionna bien. Les autonomies régionales se mirent en place et l’Espagne devint un pays européen « normal ».

Dans un contexte de développement économique et de « movida », Juan Carlos s’acquitta, finalement, plutôt bien de sa tache. Il incarnait la continuité de l’Etat dans le va et vient des alternances politiques et il représenta plutôt bien son pays sur la scène internationale, notamment en Amérique latine.  

Mais lorsqu’on chasse le naturel, il revient au galop. Ce roi, soit disant démocrate qu’on disait simple, se comporta de plus en plus comme un parasite budgétivore (le mariage de sa fille coûta 50 millions d’euros !), bien plus à l’aise dans les régates au milieu de la « jet set » et surtout dans les safaris dans la brousse africaine qu’avec « son » peuple. Une sorte de reine d’Angleterre finalement avec bien moins de panache et de prestige que l’hôte de Buckingham Palace, avec un passé plus sulfureux aussi (Elisabeth II et sa mère, au moins, avaient participé à la lutte héroïque du peuple britannique contre la menace nazie ; lui, le roi d’opérette, n’avait été sorti de ses palais dorés que par un vieillard assassin porté au pouvoir par les nazis !).

Le prestige du roi avait commencé à se détériorer depuis une dizaine d’années.

Depuis trois ans, on était carrément entré dans une zone de fortes turbulences, tant pour le roi et sa famille que pour l’Espagne :

1/ la crise économique et sociale s’est installé, avec ses 25% de chômeurs et ses « indignés ». 2/ les relations entre la Catalogne et le pouvoir central se sont considérablement détériorées, à tel point que le gouvernement catalan a décidé de braver l’hostilité de Madrid en organisant en novembre prochain un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, 3/ la famille royale est secouée par des scandales à répétition : l’ « infante » (fille du roi) et son mari sont poursuivis pour détournements de fonds ; pis, le roi a lui-même été touché, notamment à l’occasion de l’une de ses nombreuses escapades pour aller chasser l’éléphant en Afrique, escapades secrètes dont l’une fut découverte à l’occasion d’un accident de chasse, escapades qui ont d’autant plus scandalisé les Espagnols qu’on leur demande par ailleurs des sacrifices du fait des plans d’austérité (pour plus de détails sur ces évènements, se reporter à mes articles de ce blog publiés le 4 janvier – « nuages noirs sur l’Espagne », le 28 février – « Espagne : crise économique et incertitudes politiques », et le 11 avril – « Espagne-Catalogne : et maintenant ? »).

Le départ de Juan Carlos correspond donc à un besoin. Sans doute a-t-il été « poussé » vers la sortie par cette coalition non avouée Parti Populaire – PSOE qui dirige de fait le pays depuis trente ans.

En faisant abdiquer le vieux monarque démonétisé, les tenants du système pensent limiter les dégâts. Ils désamorcent la montée de l’anti-monarchisme qui s’exprime de plus en plus dans le pays. Un tabou de trente ans est brisé. Déjà, des pétitions viennent de la gauche (la vraie gauche, pas celle des socialistes dont on se demande ce qui leur reste de gauche), mais aussi des partis autonomistes. Ces forces ont obtenu ensemble plus de 50% des voix à l’élection européenne du 25 mai où, pour la première fois de l’histoire de l’après Franco, les partis de gouvernement –PP+PSOE) sont minoritaires.

Ils espèrent qu’avec le nouveau roi, Philippe, qui gouvernera sous le nom de Philippe VI, la monarchie sera à nouveau présentable : le nouveau roi est jeune et, semble-t-il, plutôt moderne et sympathique (c’est du moins come cela qu’on essaie de le présenter), il a fait son service militaire, essaie d’avoir le contact avec les Catalans (le mois dernier à Barcelone, il est allé jusqu’à prononcer quelques mots en catalan dans un discours) et est marié à une journaliste roturière (c’est le signe, parait-il, qu’on est « proche » du peuple).

Télévisons, El Pais et autres porte-voix de la « pensée unique » à l’appui vont essayer de faire rentrer dans la tête des Espagnols que le nouveau roi est un véritable démocrate et qu’il est l’homme de la situation tant pour représenter le pays dans cette période économique difficile que pour garantir l’unité de l’Espagne menacée par le séparatisme catalan.

Y parviendront-ils ?

Dans un premier temps, probablement. Le jeune roi aura sans doute sa période d’ « état de grâce ».

Ensuite ?

Il faudra bien qu’on en vienne à la question longtemps taboue. L’Espagne a-t-elle besoin d’une monarchie que beaucoup non seulement considèrent comme anachronique mais que, en outre, de nombreux Espagnols, pas seulement les anciens républicains, estiment illégitime ?

Si dans un premier temps, qui a déjà trop duré (depuis 1975), la monarchie a pu paraitre servir à assurer la transition démocratique, il est peut-être temps de considérer que les injustices du passé doivent être réparées. La République espagnole a été assassinée, en même temps que des centaines de milliers de patriotes, par un régime qui n’a pu s’imposer que par la force de la Wehrmacht et la lâcheté des démocraties.

La monarchie est le dernier avatar du passé fasciste de l’Espagne. Il est temps d’y mettre fin. Il est temps, en tout cas, de consulter, enfin, le peuple espagnol. Veut-il de la monarchie ou de la République ?

Si j’étais espagnol, je me prononcerais pour la République. Ne serait-ce qu’en mémoire des milliers de morts victimes de la barbarie d’un tyran sanguinaire.

Tant que la république ne sera pas rétablie en Espagne, la seconde guerre mondiale ne sera pas tout à fait terminée. En cette veille de la commémoration du débarquement de Normandie de 1944, il serait bon de s’en souvenir.

                                                           Yves Barelli, 2 juin 2014                                                    

 

 

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