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Yves Barelli, ancien élève de l'ENA, ancien ambassadeur, donne ici ses analyses sur les relations internationales, la politique française et européenne, les grands problèmes du monde contemporain...

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INDE ETERNELLE

 

En cette période estivale, pour vous changer un peu de la politique, je vous propose des récits de voyage un peu insolites. Voici le second.

[Je viens de prendre mes fonctions de consul général de France à Pondichéry, Madras et  Inde du Sud. Pays fascinant mais compliqué. L’un de mes principaux collaborateurs indiens, un garçon très intelligent et cultivé, va m’initier à la civilisation indienne. Appartenant à la classe supérieure des Brahmanes, il est le mieux placé pour le faire. Grâce à lui, je serai notamment associé à des lieux et à des cérémonies hindoues dont, normalement, les non-Indiens sont écartés. Premier dimanche sur place, il m’emmène à l’extérieur de Pondichéry, pour visiter, entre autre, un temple. Je tiens un journal quotidien : en voici deux extraits]       

 

Dimanche 7 juillet 2002 (visite d’un temple hindou)

 

Je ne me suis pas levé trop tôt ce matin (9h). Comme tous les jours, mon petit déjeuner est servi par mon maître d’hôtel. Je n’ai rien demandé en arrivant s’agissant des week-ends. La pratique est que le personnel de la résidence travaille comme les autres jours. En compensation, ils sont en congés quand le chef de poste est absent (J’ai rapidement mis fin à cette pratique en demandant simplement qu’on me laisse de la nourriture pour la fin de semaine : j’estime que le repos hebdomadaire est un droit et qu’un consul général doit être capable de manger seul !). Pareil pour les chauffeurs. Quand je libère mon chauffeur personnel, un autre (il y en a quatre en tout) est de permanence.

 

J’ai passé la matinée à consulter internet, puis à me promener dans le jardin. Depuis ma remarque du début sur la propreté douteuse, il est désormais mieux entretenu. J’ai encore vu plusieurs petits écureuils, je ne m’en lasse pas. Dommage qu’ils soient si craintifs et si rapides pour s’enfuir dès qu’ils détectent ma présence. Quand Eva (ma fille de six ans) sera là, il faudra trouver un moyen de les apprivoiser en leur donnant de la nourriture. Les caméléons, de la taille des petits écureuils, de sorte qu’on dirait plutôt de gros lézards, sont tout aussi difficiles à approcher. J’ai vu aussi de très beaux papillons, certains bleus et blancs, d’autres rouges. Ils sont d’une taille nettement supérieure à ceux d’Europe. Et puis toujours beaucoup de corbeaux qui jacassent beaucoup. Ceux-là sont nettement moins farouches que les petits quadrupèdes.

 

A seize heures, comme nous en étions convenus, nous partons en voiture avec Ananth (mon collaborateur) et sa copine, tous deux francophones, en plus du chauffeur qui reste toujours à l’écart lorsque nous mettons pied à terre (j’ai essayé d’associer mes chauffeurs à mes activités et à mes repas à l’extérieur, comme je l’ai toujours fait ailleurs. Mais en Inde, ils y sont réticents. J’ai compris que cela les mettait mal à l’aise et je n’ai plus insisté d’autant que lorsque je suis avec d’autres Indiens, on ne mêle pas facilement les castes, même si les barrières sont désormais moins strictes qu’avant).

 

Direction le littoral sud jusqu’à Cuddalore, à 21 km de Pondichéry (la distance parait courte mais en Inde, on circule tellement difficilement qu’il faut toujours beaucoup de temps). Cette ville, qui dépasse cent mille habitants avait été développée par les Anglais pour surveiller Pondichéry. C’est un grand centre ferroviaire car le réseau ferré construit sous l’empire des Indes évitait le comptoir français, de même d’ailleurs que la grande route de Madras vers le Sud.

 

Après Cuddalore, à quelques km, nous nous engageons sur une petite route qui conduit au temple de Thiruvendhipuram (puram signifie temple). Il s’agît d’un grand temple, très connu dans la région dédié à Vichnou. Vichnou est l’une des trois divinités principales de l’hindouisme qui sont généralement considérées (mais il y a plusieurs écoles) comme trois formes différentes d’un même dieu. C’est le cas aussi de la multitude de divinités secondaires, considérées comme des émanations ou des réincarnations concomitantes ou successives du dieu universel.

 

Les trois dieux majeurs ont des fonctions principales (mais ils sont tous capables de jouer des rôles multiples) : Brahma est le créateur, Vichnou le conservateur et Shiva le destructeur, mais pas dans un sens négatif, plutôt dans un sens de régénération, révolutionnaire en quelque sorte. Brahma n’est quasiment pas honoré, on considère qu’il a fait son “ travail ” une fois pour toutes et donc qu’on n’a plus rien à lui demander. En revanche, Vichnou et Shiva font l’objet d’un culte populaire très intense. Le monde hindouiste se partage à peu près à part égales en “ vichnouistes ” et “ shivaïstes ” qui se sont parfois affrontés. On est l’un ou l’autre par tradition familiale, ce n’est pas nécessairement lié aux castes.

 

Le temple que nous visitons est dédié à Vichnou, généralement représenté par un être à forme humaine assis et ayant quatre bras. Mais il peut prendre bien d’autres formes. On considère qu’il en a déjà eu neuf, qui correspondent à des âges de l’humanité. Il faudra attendre encore plusieurs milliers d’années (une comptabilité précise est tenue depuis la création supposée du monde) avant qu’apparaisse la dixième et dernière forme qui verra Vichnou représenté par un être à tête de cheval, symbole de puissance.

 

 Vichnou est parfois venu sur terre généralement sous une apparence humaine. On appelle cela ses “ avatars ”. Il y en aurait 22, dont les plus connus sont Rama, Krishna, mais aussi Bouddha (fondateur du bouddhisme au 6ème siècle av.JC).

 

Le panthéon hindou est souvent apparenté. Parmi les principales divinités qui complètent la trilogie, celles qui jouissent de la plus forte popularité sont Parvati, épouse de Shiva et leurs enfants Ganesh, homme à tête d’éléphant, qui porte chance, Lakshmi, par ailleurs épouse de Vichnou, qu’elle trompe allègrement, et qui est le symbole de la prospérité, et Saraswati, déesse de la connaissance, de la science et des arts, qui a épousé Brahma. 

 

C’est du moins ce que j’ai retenu des explications fournies par Ananth qui a l’air de très bien connaître tout ça car, étant de la caste des “ brahmanes ”, c’est un “ spécialiste ” qui tient à honorer cette connaissance réputée supérieure aux autres. Il a commencé à m’explique un peu la logique interne de ces croyances et pratiques. Je ne les maîtrise pas encore, car tout est compliqué en Inde, la religion comme le reste. Il me faudra encore pas mal lire, visiter et parler avant de prétendre connaître un peu l’hindouisme. Si ce séjour me permet d’y parvenir, je n’aurai pas perdu mon temps. Jusqu’à présent, je dois dire que je n’avais de cette civilisation qu’une connaissance très superficielle. J’ajoute d’ailleurs qu’elle ne m’avait jamais attiré. On verra si mon appréciation est modifiée par ce séjour.

 

Le temple de Thiruvendhipuram est vaste et se compose de plusieurs parties que nous allons traverser une à une, non sans avoir au préalable laissé nos chaussures dans la voiture : un temple hindou se visite toujours pieds nus.

 

On passe d’abord sous une sorte de porche qui donne sur une cour. En face, et donc au centre, une enceinte couverte dont on peut faire le tour par la cour. Au centre de cette partie couverte, une autre encore plus enfoncée. C’est le principe des temples hindous : on s’enfonce toujours plus avant vers le saint des saints, vers la connaissance, vers le dieu, Vichnou en l’occurrence. Il peut y avoir jusqu’à 7 enceintes successives. Il paraît que dans certains temples, seuls les Hindous sont admis jusqu’au bout. Là, j’y vais. Personne ne semble faire attention à ma présence, pourtant sans doute visible. Il est vrai que je suis accompagné par des Indiens. Cela fait la différence.

 

Les gens sont occupés à prier, à méditer ou simplement à se promener. Nous sommes dans l’une des trois plages horaires de la journée (tôt le matin, entre 12 et 13 heures et le soir à partir de 16 heures) où se déroulent les prières. Mais aucun cérémonial précis ne semble conduire les fidèles, comparable par exemple à une messe. A proximité de la statue de Vichnou, recouverte de feuilles d’or, un brahmane tient une torche (dans cette partie l’électricité est exclue) et rallume la flamme. Un autre fait une sorte de bénédiction de diverses offrandes ou objets apportés par les fidèles. On donne un peu d’argent (généralement des billets de 10 roupies – 1F50-). Un peu plus loin de cet étroit boyau, un autre brahmane tient un récipient de poudre rouge, la même que celle qu’il y avait chez le gouverneur (lors de ma visite de courtoisie). Chacun en prend une petite poignée qu’il conserve au bout de ses doigts. Je fais comme les autres et me défais d’un nouveau billet (il faut toujours en avoir une collection sur soi). Un peu plus loin, on recommence, cette fois pour recevoir un petit bouquet d’herbe odorante, une sorte de persil.

 

On retraverse ensuite la cour où déambulent quelques vaches sacrées pour se retrouver dans une autre partie où Vichnou est représenté sous une autre forme : une longue statue couchée. A certaines heures, on relève la statue et on la sort avant de la rentrer à nouveau et de fermer une grande porte grillagée afin de le laisser tranquille pour dormir. Pour les grandes fêtes, Vichnou est sorti sur un char de bois très lourd muni d’immenses roues et qui est tiré par la foule. Le principe est que les dieux mènent une vie comparable à celle des hommes. Ils sont également mariés, ils ont des enfants ; il en est même qui meurent avant de se réincarner sous une autre forme.

 

Dans les diverses parties du temple, des gens sont là, certains complètement immobiles, d’autre parlant à voix haute. On a de la chance parce qu’il n’y a pas foule aujourd’hui. Il y a davantage d’affluence le samedi et bien sûr lorsqu’il y a des fêtes spéciales, par exemple pour les nuits de pleine lune. Il paraît que dans ces occasions règne une grande pagaille. On a l’impression que chacun fait ce qu’il veut. Il faut simplement éviter certaines positions, par exemple être dans l’axe de Vichnou et d’un autre dieu car cela pourrait perturber la transmission des ondes par lesquelles ils communiquent. Cela n’est pas vraiment interdit, car rien n’est interdit en Inde et il n’y aurait d’ailleurs aucune autorité chargée de faire respecter des règles, mais ce n’est pas recommandé : les dieux peuvent être bons, mais ils peuvent également punir. Tout cela dans un état d’esprit où la magie, les jeteurs de sorts, les mauvais esprits et les périodes favorables et défavorables sont omniprésentes (on consulte toujours les horoscopes avant de faire quoi que ce soit)

 

A l’air libre, ça va mieux car plus on s’enfonce dans l’intérieur, plus cela manque d’aération et l’odeur des bougies ou de l’encens brûlé est à la limite du supportable. C’est encore pire que la crypte de certaines basiliques chrétiennes mal aérées et où brûlent trop de cierges, comme par exemple dans celle de ND de la Garde à Marseille. Ici, c’est bien pire. En outre, on est dans un environnement où la saleté et même la crasse sont omniprésentes. Il paraît que, presque par tradition, les temples de Vichnou sont plus sales que ceux de Shiva.

 

Autour du temple principal, il en a d’autres, plus petits, sortes de chapelles, dédiés à d’autres divinités, que certains évoquent dans des buts plus spécifiques. Cela ressemble un peu au culte traditionnel des saints de la chrétienté ou de l’islam.

 

En face de l’entrée principale du temple, de l’autre côté de la rue, un immense escalier conduit à un autre temple, juché sur une colline. Tout cela correspond à des symboles et à des épisodes mythologiques. Ananth m’en a compté quelques-uns dans la voiture, mais j’ai du mal à m’y retrouver. On peut aisément les imaginer : lorsqu’un dieu jette une pierre, cela devient une colline et on construit un temple dessus. Quand c’est l’eau qu’il apporte, il y a un grand bassin dans lequel on fait des ablutions, etc. L’imaginaire indien paraît sans limite pour raconter toutes les histoires de dieux qui font les choses les plus diverses en apparaissant sous les formes les plus inattendues. Comme dans cette religion, autant philosophie, symbolique et ensemble de rites et de croyances plus ou moins magiques, il y a très peu de dogmes,  pratiquement pas de théologie unanimement reconnue et aucun clergé hiérarchisé pour appliquer ce qui serait une doctrine, chacun est libre de croire ce qui lui plait. Il n’y a pas de vérité révélée. On peut ainsi croire qu’il y a une multitude de dieux, ou alors seulement trois dont les autres seraient des émanations, ou encore un seul en trois personnes, sorte de Sainte Trinité On peut même être athée, ne croyant que dans la nature, mais cela est plus rare. Chacun, en fait, croit ce qu’il veut : l’hindouisme est un ordre social et une philosophie, plus qu’une religion.    

 

A l’extérieur du temple, la rue est très commerçante car les temples sont un lieu d’animation et d’attraction de la population. Je l’ai déjà constaté autour des autres temples que j’ai déjà vus.

 

Nous avons regagné Pondichéry en fin d’après-midi par des petites routes à l’intérieur des terres en traversant notamment Panruti, ville qui paraît très active. On est ensuite rentrés par la route qui vient de Villipuram, où je ne suis pas encore allé. La circulation est la même que ce que j’ai vu partout en Inde. Bientôt je n’en parlerai plus, tellement c’est le quotidien : peu de voitures particulières, beaucoup de cars et d’autobus fonçant à grands coups de klaxons au milieu de la chaussée, des motos, des scooters, des mobylettes, des vélos, des tricycles, des piétons, des chars à bœufs et des vaches isolées qui déambulent on ne sait vers où, sans oublier des chiens errant et, parfois, des moutons et des chèvres, plus rarement un éléphant. Entre les villes, des paysages agrestes souvent jolis : cocotiers, bananeraies, rizières.

 

Rentrée au consulat à 19 h 30. Il fait nuit depuis un peu plus d’une demi-heure. Après la tombée du jour, la circulation reste la même, avec en plus les gros phares jamais baissés d’une partie des usagers et l’absence totale d’éclairage d’une autre partie. Bien évidemment, aucun deux-roues ne porte de casque et si l’on disait aux Indiens que les voitures européennes sont équipées de ceintures de sécurité, ils tomberaient des nues. On voit des vélos ou des mobylettes montés par trois et même quatre personnes. Nombreux enfants derrière ou entre leurs parents. Autre détail : jamais personne n’utilise les clignotants, le klaxon est l’instrument universel. Il ne semble pas que la police routière existe. De ce point de vue-là, c’est moins stressant que chez nous. Chacun fait ce qu’il veut sur la route, c’est la liberté totale et il n’y a pas de PV. En outre l’obtention d’un permis de conduire est simple ; il suffit de payer, il n’y a pas vraiment d’examen. Revers de la médaille : les accidents mortels sont fréquents, au consulat, rares sont ceux qui n’en ont pas eu dans la famille ou parmi les proches. On espère pour les victimes qu’ellesa uront plus de chance dans leur prochaine réincarnation. Voilà l’Inde…           

 

Jeudi 18 juillet 2002 (Lakshmi, l’éléphante sacrée)

 

A dix-sept heures moins dix, ma secrétaire me dit que Lakshmi est déjà en train d’arriver. Déjà ? Je me précipite dans la rue. Elle est effectivement là et elle est sur le point de franchir la grande porte qui donne accès au jardin du consulat. Lakshmi c’est l’éléphante qui “ garde ” le temple hindou situé à 100 mètres du consulat et avec lequel je me suis mis d’accord pour qu’elle vienne passer un moment dans le jardin.

 

Cette arrivée ne passe pas inaperçue. Une bonne partie des agents du consulat sont là. Lakshmi remonte la grande allée du jardin avec beaucoup de majesté. Elle repère les lieux, envoyant sa trompe à droite à gauche. Les habitués la caressent.

 

J’appelle Eva (ma fille, six ans) et Lenka (sa mère) qui étaient sur le balcon pour voir arriver l’éléphant par la rue et le filmer. Elles descendent par l’escalier en colimaçon qui permet d’arriver au jardin. Le cornac arrange Lakshmi avec une grande couverture rouge avec des dessins et la décore. Juché sur le dos de l’éléphante, en fait au début de sa tête, on lui passe Eva, ce qui n’est pas très facile car l’éléphante est haute. Le cornac l’assoie devant lui. A ma grande surprise, Eva fait bonne contenance. Elle ne semble pas très à l’aise au début, mais ne laisse rien voir aux “ spectateurs ” qui reconnaissent son courage. L’éléphante bouge sa trompe, sa tête et son corps en commençant à se déplacer, d’abord librement puis selon les indications du cornac. Au-dessus, ça bouge paraît-il encore plus que sur un chameau.

 

Pendant que l’éléphante nous montre tout ce qu’il est capable de faire, Eva reste sur lui. Elle commence à y prendre goût. Elle est bien placée, ses deux pieds atteignant le début des oreilles, ce qui lui donne un bon appui. Elle caresse l’animal, veut lui tirer un poil, mais celui-ci ne vient pas, ce qui est mieux, il n’aurait peut-être pas apprécié. L’éléphante commence alors à faire son numéro : elle se saisit de la nourriture qu’on lui donne au bout de la trompe qu’elle utilise comme deux grands doigts. On lui fait boire dans un grand sceau qu’on avait préparé à son intention du jus de mangue dont elle raffole. On l’asperge avec une lance à eau, ce qui l’amuse. Lorsqu’on lui tend une pièce de monnaie, elle s’en saisit avec la trompe et la pose délicatement sur la tête de celui qui vient de la lui passer. Dans un autre grand sceau, on a mis trois kilos de riz mélangé à divers légumes. Elle ne met pas longtemps à le finir. Ensuite on lui donne plusieurs noix de coco. Sa technique est parfaitement au point : Lakshmi la prend avec la trompe, la place sous son pied et délicatement mais fermement presse la noix jusqu’à ce qu’elle craque, elle retire alors son pied pour que la noix intérieure ne se transforme pas en bouillie ; elle peut alors s’en régaler eu la mangeant morceau par morceau.

 

Tout ce manège dure un bon moment. Eva descend enfin de l’éléphant, remplacée par la petite fille (6 ans) de l’un de mes collaborateurs indiens. Comme il l’a mise dans une école spéciale où on leur apprend le français dès la maternelle, elle se débrouille plutôt bien en français. Cela devrait faire honte à nos “ Français ” pondichériens qui ignorent ce qui devrait être aussi leur langue. Cette petite fille, qui s’appelle Angélica, n’a pas peur ; ce n’est pas la première fois qu’elle fait l’expérience de l’éléphant. Elle descend à son tour, remplacée cette fois par Lenka. Pour monter, un adulte pose d’abord son pied sur la jambe repliée de l’éléphant que celui-ci place de telle sorte qu’elle sert de marche pied. Mais ensuite, il faut littéralement escalader l’éléphant à l’aide d’une corde et se rétablir pour se placer sur la tête. C’est pas facile. C’est pourquoi, malgré mon envie de faire l’expérience, je préfère y renoncer. C’est pas la peine de me donner en spectacle. Eva, qui est remontée, et Lenka, seules sur l’animal, font alors le tour du jardin. Il paraît que ça bouge beaucoup.

 

Après environ trois quarts d’heure de ces activités, et tout le monde désormais en bas, je fais signe au cornac que c’est fini et qu’il peut repartir. Je confie alors à Lakshmi un billet qu’elle prend délicatement avec sa trompe, et le remet au cornac qui nous dit merci et fait signe à son éléphante de s’engager vers la sortie. Elle part alors, de son pas de super-sénateur, vers la rue qu’elle va remonter, au milieu de badauds et de cyclistes qui n’ont pas l’air très étonnés ; ils doivent y être habitués. Sa taille l’autorise à franchir les carrefours sans s’arrêter, elle est prioritaire.

 

Nous avons parlé toute la soirée de cette expérience, qui restera un moment fort de notre séjour indien.

 

Yves Barelli, 18 juillet 2002, mis en ligne le 8 août 2018

 

 

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