Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 22:03

Un président nouvellement élu d’une république bananière devenue province périphérique sans pouvoir et sans identité, qui s’envole, sitôt investi, pour aller rendre hommage et prendre ses ordres chez une chancelière étrangère, des politicards qui se bousculent et qui rampent pour se disputer les miettes de fromages électoraux, un monarque « républicain » qui réunit ses « sujets » à Versailles pour leur servir des banalités et un premier ministre si inexistant que la majorité des Français peinent à se souvenir de son nom…

Avouez que cette actualité est si insipide qu’elle ne donne pas envie de la commenter.

Alors, je préfère vous emmener dans un voyage vers le passé d’un village de la Montagne Noire, noire des ruines d’une civilisation qui brilla sous les « troubadours » et qui mourut assassinée par la force brutale, noire des idées qui sont les miennes en contemplant ce passé et en voyant notre présent.

Je vous emmène à Minerve, village occitan perché dans un site grandiose et sauvage témoin d’une tragédie intervenue dans un passé déjà ancien.

J’ai traversé le Minervois en avril 2017 en me rendant en Espagne depuis Paris. C’est un itinéraire certes un peu plus long en temps mais pas en distance. Pour celui qui est habitué à ce type de voyage nord-sud, cela change. En descendant l’A75 depuis Clermont-Ferrand, au lieu de filer direct sur Millau et Béziers, on peut alors prendre à droite sur Rodez, puis Albi, Castres, Mazamet. Après cette localité, on bifurque sur Albine puis on traverse la Montagne Noire sur des routes hélas très médiocres (il semble qu’en France tous les crédits routiers sont désormais consacrés à la soit disant « sécurité » qui consiste à compliquer la vie des usagers par des ronds-points et toutes sortes de ralentisseurs le plus souvent inutiles au lieu d’améliorer les routes, notamment dans les zones un peu reculées totalement laissées à l’abandon !) mais très peu fréquentées. On rejoint Minerve par Ferrals-les-Montagne. De Minerve, on descend sur Narbonne via Aigues-Vives. On rejoint alors la route classique de l’Espagne. Seul ou presque dans la montagne, on profite de la nature, des fleurs de la garigue (surtout au printemps). On se sent alors, libre, loin de tout et de tous, mais près de ceux qui vécurent il y a longtemps en ces lieux et qui, pour une partie d’entre eux, y moururent, persécutés pour leur foi, comme nous allons le voir concernant le village de Minerve.                      

Minerve, 131 habitants (il y en avait quatre fois plus au 19ème siècle ; la population était tombée à 104h en 1990 ; elle remonte désormais) mais 300 000 visiteurs chaque année. Cette localité, ancienne « capitale » du Minervois, mérite le détour pour deux raisons : son histoire, tragique au 13ème siècle, et son site, absolument remarquable.

Minerve est un village-forteresse protégé sur plus des quatre-cinquièmes de son contour par un immense ravin formé par les gorges encaissées de la Cesse (qui s’écoule vers Narbonne) et de son petit affluent le Rieussec (comme son nom l’indique, un torrent – rieu - le plus souvent à sec). La Cesse a creusé de profonds canyons en amont et en aval du village. Je n’ai malheureusement pas la possibilité sur ce blog de joindre des photos. Mais reportez-vous sur internet sur les sites de wikipédia et de bing.com (spécialisé dans les photos : vous tapez « images de Minerve »), vous en trouverez de superbes.     

Le site de Minerve a été occupé dès la préhistoire mais il semble qu’il fut abandonné à la fin de l’ère romaine. C’est au 9ème siècle qu’un château, siège d’une vicomté, y est construit. Elle dépend de Béziers et donc du Comté de Toulouse et commande un territoire stratégiquement important entre le Biterrois et l’Albigeois, tous deux fiefs de la famille des Trencavel.

En 1209, des milliers de chevaliers « croisés » foncent sur le Languedoc pour, officiellement, y combattre l’ « hérésie » cathare et, accessoirement et, pour certains, principalement, mettre la main sur l’Occitanie, région alors plus riche et culturellement plus en avance que la France. Le Comte de Toulouse et ses vassaux sont un modèle de tolérance envers les minorités cathare et juive.

Le sinistre Simon de Montfort s’attaque d’abord aux terres de Raimond-Roger Trencavel (vicomte de Béziers, Carcassonne et Albi), premier bastion sur la route de Toulouse. Béziers est mise à sac et ses habitants massacrés (« tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens », cri hystérique attribué à Simon de Montfort), puis Carcassonne tombe. Les Occitans étant sans doute meilleurs poètes que guerriers, et en outre divisés (chacun, le vicomte de Béziers, le comte de Toulouse, le roi d’Aragon-Catalogne, qui a des fiefs en Languedoc et Provence, essaie de négocier séparément avec le pape, qui a lancé la « croisade »), doivent reculer.

Avant de poursuivre sur Toulouse, les « croisés » nettoient un à un les châteaux vassaux de Trencavel. En juin 1210, ils mettent le siège devant Minerve et, en cette saison sèche, réussissent à rendre inutilisable l’unique puits. Les assiégés, sous la direction du vicomte Guilhem, tiennent cinq semaines et doivent se rendre, les vivres et l’eau épuisés. Les croisés promettent la vie sauve aux non cathares et aux cathares qui acceptent d’abjurer leur foi. 140 d’entre eux refusent et préfèrent mourir sur le bucher dans lequel, selon le chroniqueur croisé qui relate les opérations, « les nôtres n’eurent pas besoin de les y jeter, tous obstinés qu’ils étaient dans le mal, ils se précipitèrent dans le feu ».

Minerve fut prise. Mais la lutte continua. Guilhem lui-même participa à cette guerre qui concerna les Comtés de Toulouse et de Foix, mais aussi une bonne partie de l’Aquitaine et de la Provence. Les Occitans et les Catalans furent battus en 1213, à Muret, mais les envahisseurs croisés subirent ensuite de nombreux revers. Simon trouva la mort devant Toulouse. La résistance occitane dura encore 40 ans avant d’être vaincue et les derniers Cathares exterminés.    

Aujourd’hui, une stèle dépouillée et émouvante est placée devant la mairie, sur un terre-plein face au paysage sublime des montagnes avec cette simple inscription : « Als Catars. 1210 ». La rue principale du petit village, qui conduit à la mairie, s’appelle « rue des martyrs ». Une inscription en langue occitane est apposée sur la place.

Ceux qui, comme moi, connaissent l’histoire de l’Occitanie, ne peuvent qu’être émus en de tels lieux. Pour les autres, l’immense majorité, y compris des Occitans qui ne connaissent le plus souvent pas grand-chose d’une réalité qu’on leur a toujours cachée, car le génocide cathare et la conquête de notre pays ne figurent pas dans nos livres de l’histoire de France enseignée dans les écoles, qu’ils ne restent pas indifférents ! Il ne s’agit pas de ressasser un passé révolu. Je suis personnellement fier d’être Français. Mais je suis aussi Occitan et je demande qu’on respecte ma double culture et ma double histoire. Pour ceux qui veulent s’informer, il y a une bonne librairie-vente de souvenirs dans la rue des Martyrs de ce village. Elle regorge de bons livres sur l’Occitanie et son histoire. Lisez-les ! L’un d’eux a été écrit par un écrivain-poète, Léon Cordes, l’un des meilleurs conteurs Occitans du Vingtième siècle, mort en 1987. Il s’intitule simplement « lo libre de Minerba ». Ceux d’entre vous qui savent encore lire la « lenga nòstra » peuvent lire l’original ; les autres une traduction.

La tête remplie du souvenir du passé, vous pourrez alors mieux profiter de la nature exceptionnelle qui entoure ce site. Apprécier la géographie et l’environnement de son pays, connaitre son histoire, sa culture et sa langue, cela s’appelle avoir une identité. Un homme ou un peuple qui ont une identité savent qui ils sont et d’où ils viennent. Cela leur donne la force et la compétence pour choisir où ils veulent aller. Le passé prépare le futur. C’est tout le contraire du passéisme. Les autres, ceux qui s’en foutent, ne sont que des « consommateurs », pas des citoyens, ce sont des êtres manipulables, des moutons bêlant derrière un berger qui s’appelle le ou les « marché(s) ». Je les plains.                       

Sur ces pensées, en ce lieu sublime témoin de ce que fut notre passé,  j’ai repris ma route et  suis encore longtemps resté accroché dans ma tête à ce passé tragique en rêvant à ce qu’aurait pu devenir notre civilisation occitane si des sauvages venus du nord ne l’avaient pas détruite…

Si vous passez par là, allez voir ce lieu un peu magique. Poussez aussi, puisque vous y êtes, ailleurs en « Pays Cathare ». Imprégnez-vous du passé en contemplant les châteaux de Peyrepertuse, de Quéribus et, bien sûr, de Montségur.

Pleurez, si cela vous soulage, sur le sort des civilisations perdues (et j’ai eu le même sentiment en visitant, il n’y a pas si longtemps le site inca du Machu Pichu, au Pérou, et, plus récemment, celui de Persépolis, en Iran). Ecoutez aussi le chanteur Marti (on peut trouver ses chansons sur internet, y compris ses paroles et leur traduction en français, si vous ne comprenez pas l’occitan). Il a merveilleusement chanté Montségur.

On ne refait certes pas l’histoire, mais la connaitre doit nous permettre de mieux comprendre le présent et, sans doute, de mieux appréhender les menaces qui pèsent, plus que jamais, sur notre civilisation. Des barbares, il y en a encore ; les plus dangereux viennent, cette fois, du sud…

Yves Barelli, 4 juillet 2017                  

Repost 0
Published by Yves Barelli - dans Histoire Occitanie
commenter cet article

Recherche