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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 18:14

Je viens de passer quelques jours au Maroc, pays que j’ai bien connu pour y avoir été en poste diplomatique au milieu des années 1980, mais, où, depuis, je n’y ai fait que des apparitions épisodiques. Si j’en parle aujourd’hui, c’est au regard de ce qui se passe en France depuis le 13 novembre.

1/ Longtemps, j’ai fait partie, avec la gauche française mais aussi de nombreux Marocains, de ceux qui critiquaient le système royal marocain au vu de trois de ses caractéristiques majeures : l’absence de démocratie (ou, du moins, une pseudo-démocratie très limitée), la pauvreté moyenne du pays et de ses habitants et, sans doute le plus scandaleux, l’extrême inégalité des revenus, des patrimoines et des niveaux d’éducation entre une élite riche et un prolétariat des villes et des campagnes pauvre, exploité et sans protection sociale.

2/ Ces caractères n’ont pas fondamentalement changé aujourd’hui. Si le niveau de vie a tout de même augmenté, les inégalités restent criantes.

Parmi les inégalités, il y a celle de l’éducation. 5% des jeunes Marocains ont accès à un enseignement privé payant qui va du passable à l’excellent. Dans ces écoles, l’enseignement est en grande partie dispensé en français et ceux qui en sont issus trouvent assez facilement du travail. L’élite de l’élite est souvent scolarisée dans les établissements scolaires qui appartiennent à la mission culturelle française (établissements français du Maroc, avec programmes français). Nombre de bacheliers de ces écoles privées ou publiques françaises poursuivent des études dans des filières marocaines d’excellence ou dans les universités françaises (les élèves marocains de nos grandes écoles forment le contingent étranger le plus important).

Les autres élèves marocains (95%) sont scolarisés dans les établissements publics. Le niveau y est variable mais le plus souvent médiocre, parfois même catastrophique. Si aujourd’hui la quasi-totalité des jeunes enfants sont scolarisés (dans les régions rurales les plus reculées, ce n’est pas toujours le cas), beaucoup abandonnent rapidement et les autres trainent des tares éducatives rédhibitoires : en régions rurales (40% de la population), on estime que plus du tiers des élèves oublient à la sortie du système scolaire le peu qu’ils y ont appris et redeviennent, de fait, analphabètes.

Ce système marocain d’éducation publique a deux défauts majeurs. Je me permets d’insister là-dessus car ces défauts sont une image de la société marocaine : dans les années 1980, pour répondre au début de l’islamisation rampante de la société, le pouvoir marocain a trouvé judicieux, pour éviter la contestation, d’abandonner l’enseignement aux secteurs les plus conservateurs de la société (on a fait pareil en Algérie). Cela s’est traduit par l’arabisation et l’islamisation des programmes scolaires, à tel point que l’étude de la littérature arabe se réduisait, pour l’essentiel, à l’œuvre religieuse du prophète Mohamed et de ses disciples. La récitation du coran est devenue la norme.

On a doublé cette islamisation du choix éducatif du tout arabe. Non seulement, la place du français a été fortement réduite, mais les langues parlées au Maroc, le berbère (la moitié de la population) et l’arabe dialectal marocain, en ont été totalement écartées. Comme peu d’enseignants avaient les connaissances linguistiques requises, on a fait venir des Palestiniens, des Syriens ou des Egyptiens.

Le résultat a été catastrophique. Non seulement la majorité des Marocains, désormais, maitrisent mal le français (et parfois pas du tout : les francophones courants sont aujourd’hui un tiers de la population, un autre tiers comprend plus ou moins le français et s’exprime encore plus mal dans la langue de Molière), mais la plupart ne maitrisent pas beaucoup mieux l’arabe classique (qui est à l’arabe marocain à peu près ce que le latin est au français), avec toutefois des progrès depuis dix ans grâce aux télévisions par satellite des pays du Golfe, notamment la chaine qatari Al Jézirah, qui véhicule aussi bien du « bon » arabe que de l’islamisme wahhabite.

Le roi Hassan II, puis son fils Mohamed VI, ont pris conscience du problème. La situation a été quelque peu redressée. Le niveau des enseignants et celui des élèves est un peu meilleur mais reste mauvais. On a remis un peu plus de français dans les écoles. Dans les médias, on a fait pareil : développement de chaines privées francophones, mais aussi de la télévision publique en français et en berbère (désormais co-langue officielle du Maroc, même si sa place dans la vie publique est presque nulle. Il n’y a pas toutefois de revendication identitaire comme en Kabylie algérienne : l’arabe dialectal marocain et le français restent les langues de communication de la vie quotidienne pour les Marocains, berbérophones ou non).

Cette mauvaise situation scolaire n’a pas de répercussions politiques : le peuple, qui n’a jamais été associé à rien, est fataliste ; quant à l’élite, elle a recours au français un peu comme au Moyen-Age les nobles utilisaient le latin, elle a ses bonnes écoles et universités francophones, lit, écoute et regarde des médias francophones et fait des vas-et-viens avec la France (ce qui est la cas aussi du million de binationaux franco-marocains - au moins, car ils ne sont pas tous immatriculés dans les consulats marocains ; on estime à près de cinq millions les Français avec des origines marocaines ou de parents ou grands-parents marocains -).

Lorsque, aujourd’hui, on s’adresse à un passant à Rabat ou à Marrakech en français, on tombe souvent sur des personnes parlant français comme un Français et, dans d’autres cas, sur quelqu’un incapable de comprendre le premier mot ; il y a aussi les situations intermédiaires de ceux qui ne comprennent pas grand-chose ou qui ont de grandes difficultés à aligner quatre mots de français.

Oui, le Maroc est un pays de contrastes. Il n’y a pas un Maroc unique, mais des catégories très différentes de Marocains qui se côtoient mais ne se rencontrent pas.

Il est vrai que la situation n’est pas très différente en Algérie et en Tunisie. Dans ces pays, l’enseignement public est un peu meilleur (surtout en Tunisie), mais les allers-retours entre arabisation classique et refrancisation et l’abandon de fait, pour les mêmes raisons, de l’enseignement aux islamistes a produit deux types de citoyens : ceux qui sont tournés vers la France et ceux qui regardent vers le Moyen-Orient. En Algérie, cette fracture s’est traduite par la guerre civile des années 1990 (100 000 morts). En Tunisie d’après Ben Ali, le processus est loin d’être terminés : face aux « démocrates », de tendance laïque, on a la masse des citoyens, en général les plus pauvres, défrancisés et islamisés.

3/ Cela m’amène à évoquer la société marocaine et son niveau de développement.

Le niveau de vie moyen reste faible, mais on trouve beaucoup moins de mendiants et d’extrême pauvreté qu’autrefois. Tous les Marocains ne bénéficient pas de la sécurité sociale (en particulier les millions de travailleurs de l’économie informelle), mais ceux qui ont un emploi fixe y ont accès.

La natalité est moins élevée qu’autrefois, surtout en ville. En zone urbaine la norme est maintenant d’un peu plus de deux enfants par ménage. Mais comme la natalité autrefois était plus forte, le nombre de femmes en âge de procréer est élevé, ce qui entraine un accroissement de la population qui reste assez fort, accroissement dans les villes renforcé par l’exode rural. Ainsi la population de Marrakech, qui était de 300 000 dans les années 1980 dépasse aujourd’hui 1 million. Les autres villes ont crû dans des proportions comparables. La population du Maroc est passée dans le même temps de 20 à 35 millions d’habitants.

Les taux démographiques médiocres (encore 24 pour mille de mortalité infantile – 5 fois plus qu’en France -), et les insuffisances en matière de santé et d’éducation se traduisent par un mauvais taux de « développement humain » (indice synthétique calculé par l’ONU) : le Maroc est à la 127ème place (sur 190) dans le monde pour l’IDI (l’Algérie et la Tunisie, respectivement 93ème et 94ème , font légèrement mieux).

En contraste du niveau social, il y a des progrès économiques. Le pays n’a pas de pétrole mais beaucoup de phosphates. Sa main d’œuvre bon marché aux portes de l’Europe engendre une industrialisation qui reste modeste mais en progrès.

Les infrastructures constituent le progrès le plus visible : le réseau d’autoroutes, le meilleur d’Afrique, couvre le pays, les grandes routes nationales, souvent à deux fois deux voies, sont meilleures (mais rarement les secondaires), le réseau ferroviaire, lui aussi le meilleur du continent, permet d’aller rapidement entre les grandes villes et les ports et aéroports sont à la hauteur des besoins.

Si le niveau scolaire n’était pas aussi lamentable, le pays pourrait espérer un meilleur développement économique. Ce n’est pas encore le cas, d’autant que, à la formation insuffisante, s’ajoutent les mauvaises habitudes (corruption, bureaucratie, népotisme, lenteur, nonchalance, etc).

4/ Je termine sur le régime politique qui, il faut le dire, est le point fort du pays.

On a longtemps considéré le régime marocain comme anachronique et antidémocratique. Le Maroc que j’ai connu dans les années 1980 était un pays de violation massive des droits de l’homme ; le mépris des riches envers les pauvres était criant.

Mais le Maroc a eu la chance d’avoir en la personne du roi Hassan II un souverain intelligent. Il pouvait certes être d’une grande cruauté (notamment envers les familles de ceux qui avaient tenté de le renverser dans les années 1970), mais c’était un homme de grande culture sachant séduire ses interlocuteurs (dont j’ai fait partie).

Sans doute Hassan avait-il compris avant les autres la psychologie du monde arabo-musulman.

Certes tous les peuples ont droit à la démocratie et, sans doute, en tout cas peut-on l’espérer, l’auront-ils un jour. Mais tous les peuples ne sont pas préparés de la même manière à la démocratie.

Il a été de bon ton de condamner les dictatures de Saddam Hussein, de Kadhafi, de Bachar el Assad, de Ben Ali ou du régime militaire algérien. Nos braves consciences politico-médiatiques des beaux quartiers de Paris et de Neuilly se sont engouffrées dans les soit disant « révolutions arabes » du début des années 2010 qui, en fait, étaient téléguidées par les pires antidémocrates de la terre, les monarchies wahhabites du Golfe.

Ces braves consciences ont ainsi célébré à grands coups de chapeaux les révolutions de jasmin et autre noms romantiques (célébré, mais pas financé pour autant les nouvelles « démocraties »). Les mêmes, lorsque j’étais en poste diplomatique à Alger, dénonçaient les atteintes aux droits de l’homme du régime militaire, pires à leurs yeux que les barbares islamistes les plus sanguinaires. Heureusement que les militaires algériens ont gagné la partie. Sinon, on aurait un Daesh à Alger. Ou le chaos, comme en Irak, grâce à l’ « œuvre » des Américains, ou en Libye, du fait de l « œuvre » de Sarkozy et Bernard Henri Lévy. De toutes ces bonnes âmes, pas un mot sur leurs amis saoudiens ou du Qatar, dont, il est vrai, nombre d’entre eux tirent des avantages personnels substantiels (comme les « conférences » à 100 000€ de Sarkozy).

Aujourd’hui, où en est politiquement le Maroc ?

On a un régime subtilement composite qui allie un zeste de démocratie à un pouvoir autoritaire, un vernis de modernisme occidental qui couvre des fondements hyper-traditionnalistes. En un mot, c’est un régime pragmatique de liberté surveillée.

Le pragmatisme, c’est d’avoir des élections partiellement libres. Un peu plus libres qu’autrefois (lorsque j’étais en poste diplomatique, l’ambassade de France connaissait la composition exacte du parlement trois mois avant les élections : le palais choisissait sa majorité et n’oubliait pas de saupoudrer l’assemblée d’opposants de sa Majesté de toutes obédiences : quelques islamistes, des représentants du Mouvement Berbère, des socialistes et même des communistes. Dans les années 1990, le roi a accepté de composer avec la gauche de l’USFP qui s’est vu confier la direction du gouvernement, compétent pour l’ « intendance », mais pas pour les grands choix politiques. Plus récemment, c’est le parti islamiste « modéré » qui a reçu le gouvernement (il l’a encore aujourd’hui) : on lui a laissé quelques os à ronger, comme les programmes scolaires, dans lesquels l’islam est roi, ou comme les licences de vente d’alcool dans les commerces et restaurants (un peu plus restrictives mais pas absentes. Et quand on compose sur sa droite, on lâche du lest à gauche : ainsi, pour répondre à une vieille revendication de la société civile, un nouveau code de la famille a été promulgué au début des années 2000 : la femme n’est plus sous tutelle, elle peut travailler, voyager, acheter et vendre, divorcer sans l’accord du mari ou du père ; on n’est pas loin du système français.

Le résultat est plutôt bon, surtout si on le compare à n’importe quel autre régime arabe. La Tunisie est un cas particulier, pas encore stabilisé (plus de liberté, mais bien davantage d’insécurité, ce qui fait regretter à beaucoup l’ère de Bel Ali). L’Algérie est un peu plus comparable au Maroc : élections plus ou moins arrangées, liberté d’expression assez grande mais avec des limites (pas question d’évoquer la religion, sujet tabou), droit de la famille mieux qu’ailleurs en pays musulman. Dans ces deux pays, le pouvoir veille : l’armée en Algérie, le « maghzen » (palais royal et son système, qui constitue une hiérarchie parallèle à l’administration moderne) au Maroc.

Le Maroc a un avantage différentiel par rapport à l’Algérie, c’est la légitimité du régime et l’identité nationale (qui existent aussi en Algérie, mais sous une autre forme et du fait de circonstances spécifiques : l’Algérie est un pays neuf, pour l’essentiel créé par la colonisation française mais c’est un pays au fort patriotisme né au cours de la guerre de libération et dont la hiérarchie militaire qui en est issue tire sa légitimité).

Le Maroc est une nation depuis le 7ème siècle. Son passé est prestigieux. Ses dynasties ont fait la splendeur de l’Andalousie arabe et ont étendu leur influence, plus ou moins constante et plus ou moins diffuse, à l’ensemble du Maghreb, du Sahara (lisez, si cela vous intéresse, ce que j’ai écrit sur Tombouctou (mon article sur ce blog du 28 janvier 2013 : « Tombouctou, cité au destin exceptionnel ») et même du Sahel (les mosquées de Dakar sont de style marocain et le rite malékite y a cours).

Le roi du Maroc (la dynastie chérifienne remonte au 17ème siècle) est en même temps « commandeur des croyants ». Cette fonction religieuse ajoute à sa légitimité. Elle lui permet de tenir tête aux islamistes. Elle lui ouvre aussi les tiroirs caisses des monarchies du Golfe (qui lui financent depuis quarante ans « sa » guerre du Sahara Occidental et, par Polisario interposé, contre l’Algérie réputée « laïque »). Dans le même temps, le roi se veut à l’avant-garde de la modernité. Le souverain est l’un des « ténors » de l’Organisation Internationale de la Francophonie, il a ses entrées dans tous les partis politiques français, ce qui ne l’empêche pas de cultiver des relations américaines. Son code de la famille est l’un des plus progressistes du monde musulman ; sur les chaines diffusées par le câble, il n’y a certes pas de porno, mais les femmes peu habillées des séries occidentales y sont courantes. Les jours fériés au Maroc restent le samedi et le dimanche (alors que, en Algérie, pour composer avec l’islamisme on les a mis les vendredis et samedis). Aujourd’hui, quand on voit ce qu’est devenu le monde arabe, on a l’impression, au Maroc, d’être dans une oasis de paix et de liberté. Idem en Algérie. Tout est relatif, évidemment. Il faut avoir voyagé au Moyen-Orient pour voir que c’est un monde totalitaire qui n’a rien à voir avec la liberté relative, notamment féminine, du Maghreb.

Alger comme Rabat vivent, comparées à l’Europe, sous une chape de plomb. C’est le règne du non-dit, en un mot de l’hypocrisie. La religion est officielle, les minarets des mosquées diffusent cinq fois par jour les appels à la prière à grands renforts de sonos poussées à fond (autrefois, peu faisaient ces prières, aujourd’hui davantage). Les tenues vestimentaires importées du Moyen Orient, totalement étrangères à la tradition marocaine (autant un kaftan ou une gandoura, c’est beau, autant ces « hidjabs » et ces accoutrements noirs de nones sont horribles) progressent (comme en France). Pendant le mois du ramadan, pas question de s’alimenter et de faire autre chose que somnoler en attendant l’heure de la rupture du jeûne (cela a toujours été ainsi : rompre le jeûne en public est un délit). La vie culturelle de ces pays est proche du néant. Plus que la censure, c’est l’autocensure qui bride la création (les écrivains et chanteurs maghrébins créent presque tous à Paris).

Mais, ce régime (et celui de l’Algérie) apparaissent, en fin de compte, comme les meilleurs du monde arabe (attendons de voir comment évoluera la Tunisie !). Disons, pour être plus juste, les moins mauvais.

Le Maroc, grâce à son régime fait de fermeté et d’ouverture, a réussi à traverser sans problème majeur la zone de turbulence des « révolutions arabes » et du repli religieux identitaire, si général dans le monde « musulman » (y compris en France).

Tous les Marocains que j’ai rencontré, tant dans ce bref séjour qu’auparavant, sont unanimes. Ils apprécient la fermeté de leur régime qui les protège du terrorisme et de la délinquance (plus faible qu’en France). Les Marocains sont « vissés » et ils l’apprécient. Dans ce pays, quand on attrape un délinquant, il est généralement passé à tabac par la police, avant même de se voir infliger une condamnation plus ou moins forte. Un Marocain (plutôt d’extraction populaire, semble-t-il) assis à côté de moi dans l’avion du retour de Marrakech me disait : « chez nous, celui qui passe par la prison, où il dort souvent à même le sol, n’a pas envie d’y retourner, il a compris ; c’est vous, on dit que c’est le Club Med ! »).

Au Maroc, la police et la gendarmerie sont omniprésentes. Je l’ai constaté moi-même tant à Marrakech (où, dans la « medina », on est désormais jamais importuné, à la différence de ce que j’ai connu il y a vingt ans) que sur les routes, où les barrages de police et de gendarmerie sont nombreux.

Je ne peux m’empêcher de comparer avec la France et, hélas, la comparaison n’est pas flatteuse pour notre pays.

En France, la délinquance s’envole au moment où Madame Taubira veut vider les prisons et on vient de dévaliser une bijouterie à cinquante mètres de l’Elysée. Les terroristes, qui bénéficient de nombreuses complicités dans des populations pourtant « à risque » mais qu’on se refuse de contrôler par peur de l’ « amalgame », de la « stigmatisation » et de l’ « islamophobie », passent des frontières-passoires comme ils veulent, achètent des armes comme on va au supermarché et frappent où et quand ils veulent. Notre police est pourtant compétente, mais elle est tellement entravée par des lois censées protéger les libertés, mais qui sont en fait liberticides (puisqu’elles ne garantissent plus la première des libertés, celle de vivre en sécurité), et elle est tellement contrecarrée par une justice dont le laxisme n’est plus compris, qu’elle en est devenue impuissante.

Nous sommes en « état d’urgence ». Mais où sont les contrôles systématiques sur les routes et aux frontières? Je me suis rendu il y a deux semaines de Barcelone à Toulouse en voiture : personne à la frontière, pas une seule voiture de gendarmerie aperçue en 200 km (on les a fait monter à Paris. Gageons que le prochain attentat sera en province). Hier soir en rentrant de Marrakech, contrôle à l’aéroport très rapide des passeports, aucun bagage fouillé. C’est beau la liberté : la nôtre, mais celle des terroristes aussi !

L’état d’urgence, au Maroc il est permanent. Les frontières sont bouclées, on ne les franchit pas facilement. Le terrorisme n’y est pas impossible (il y a eu un attentat à Marrakech en 2010 ; mais, depuis, plus rien), mais il est rendu difficile car les milieux islamistes sont sous surveillance constante et que les suspects ne restent pas longtemps en liberté. Les mosquées sont étroitement contrôlées. Le parti « islamiste » au pouvoir (nominal), comme l’ensemble de la population acceptent cette surveillance policière. Ils y voient la garantie de leur sécurité.

Et je terminerai par la réflexion que j’entends de manière presque systématique au Maroc comme en Algérie (et aussi dans la bouche, en catimini, de nombreux « maghrébins » de France) : « Pourquoi en France, laisse-t-on faire tout et n’importe quoi, pourquoi les criminels sont-ils si facilement libérés de prison (quand ils y vont) ? ». Et quand on leur répond que ce sont, en général, des Maghrébins qui sont les délinquants, voici ce qu’on me répond ; « normal, on vous a exporté tout ce qu’on avait de racaille, gardez-les ! ».

Je livre ces réflexions à tous les « bobos » arrogants, méprisants pour le peuple, qui crient au fascisme quand on exprime les mêmes vérités de bon sens que Marine Le Pen, qui ne connaissent rien du Maghreb, des Maghrébins et de l’islam, ceux-là même qui nous traitaient de « racistes » ou d’ « égoïstes » lorsque nous attirions l’attention sur le danger de laisser entrer en France des milliers d’islamistes déguisés en « réfugiés ».

A ceux-là et à tous les autres, je vais leur dire une dernière chose. Pendant mon séjour marocain, je me suis senti dix fois plus en sécurité qu’à Paris.

Dénoncer les atteintes aux droits de l’homme, c’est bien. Mais quand on voit que plus de 500 personnes, journalistes, écrivains ou politiques doivent vivre chez nous sous protection policière constante parce que menacés par des islamistes en liberté, ceux qui le font se trompent de cible : avoir peur dans son propre pays laïque pour sa vie parce qu’on a « blasphémé » dans l’esprit des criminels obscurantistes, c’est la plus grande atteinte aux droits de l’homme qui existe. Les Zemmour, Houellebecq et autres Pelloux doivent-ils aller s’installer à Marrakech pour être en sécurité ?

Ce sont les services secrets marocains qui ont fourni les informations qui ont conduit à la neutralisation des terroristes de Saint Denis.

On devrait davantage collaborer avec le Maroc et l’Algérie. Avec la Syrie aussi.

Réflexion in fine plutôt désabusée. J’ai longtemps été hostile au régime marocain. Il était plein de défauts et il les a conservés. Mes critiques étaient et restent justifiées.

Mais par les temps qui courent, la monarchie marocaine est une chance pour le Maroc (et pour la France). Triste à dire, mais vrai.

Yves Barelli, 12 décembre 2015

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Published by Yves Barelli - dans maghreb
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