Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 18:35

Ces derniers jours, les Etats-Unis ont encore connu un accès de violence « raciale ». Cela est récurrent dans ce pays.

Un jury populaire a estimé que le policier qui avait abattu un jeune Noir à Fergusson, dans le Missouri (voir mon article « les Américains sont-ils racistes ? », du 24 août 2014), ne devait pas été jugé pour homicide volontaire, ce qui a déclenché deux jours de violences et la venue de la garde nationale (force militaire fédérale, un peu équivalente à la gendarmerie en France)  dans la localité.

La même semaine, on a appris que dans un autre Etat, un policier avait tiré et tué un jeune enfant de 12 ans jouant avec un pistolet factice sur une aire de jeu ; le policier a tiré parce que l’enfant ne répondait pas aux sommations.

Ce ne sont que des exemples récents de faits similaires qui se produisent plusieurs fois par an aux Etats-Unis.

Lorsque de tels faits se produisent de manière aussi récurrente, il ne peut s’agir de simples « bavures » mais plutôt d’un système pervers.

Peut-on analyser le comportement de la police comme du racisme ? Pas si simple. Le phénomène est plus complexe.

1/ Les polices locales sont en général surarmées aux Etats-Unis. Ceci est peut-être un effet pervers de la démocratie : les sheriffs sont élus, ils sont redevables devant leurs électeurs de la sécurité et il y a une demande, compréhensible, des citoyens pour être protégés.

2/ La société américaine est violente. Pas seulement celle des Etats-Unis. C’est une constante sur tout le continent américain. Sans doute peut-on y trouver des raisons historiques et sociologiques. Les pays américains se sont créés par la conquête, le « far west » était souvent une zone de non droit où les sociétés locales se protégeaient de la violence des truands par la violence à leur endroit (bien décrite dans le cinéma de « western » : jugements expéditifs et pendaisons sans procès des « coupables »). Cette violence était d’ailleurs institutionnelle, notamment vis-à-vis des Amérindiens et des esclaves.

3/ Dans une société violente, tout le monde est violent. Aujourd’hui encore les malfaiteurs américains sont traditionnellement plus violents qu’en Europe (encore que, sur ce terrain, on est en train de les rattraper, mais il y a encore de la marge) et, pour y répondre, la police est elle-même plus violente.

4/ La violence ne concerne pas seulement le domaine du maintien de l’ordre, elle est en fait diffuse dans toute la société. Les rapports au sein des entreprises sont moins encadrés qu’en Europe (on peut se faire « virer » avec une heure de préavis). L’économie est plus dure qu’en Europe : lors de la crise des « subprimes », des retraités ont tout perdu parce que leurs fonds de pension avaient fait faillite ; il n’y a pas de sécurité sociale ; pas de « filet » social. C’est la loi générale du plus fort et de l’argent.

5/ La violence est aussi celle de la justice et du système carcéral américains : pour le même crime ou délit, c’est la qualité de l’avocat qui fait la différence. Celui qui a l’argent pour le payer est avantagé par rapport à celui qui ne l’a pas.    

6/ Comme partout, la violence est proportionnelle aux inégalités. Sur le continent américain, elles sont plus fortes qu’ailleurs. Aux Etats-Unis, les inégalités sont auto-entretenues d’une génération à l’autre. Ceux qui peuvent payer les bonnes écoles à leurs enfants leur donnent la possibilité d’avoir les meilleurs emplois et le capital entretient le capital. Il y a des « self-made-men », mais statistiquement ils sont très minoritaires. Le cas général est que les enfants de riches restent riches et les enfants de pauvres restent pauvres.

7/ La violence est-elle liée à l’origine raciale aux Etats-Unis ? Sans doute encore, mais moins qu’autrefois.

Toutefois, aux Etats-Unis, les races se mélangent peu. Il y a beaucoup moins de métis qu’en Europe. Et, comme au départ, les Noirs, anciens esclaves, étaient plus pauvres que les Blancs, et comme le système de richesse est héréditaire, les Noirs sont restés pauvres et ils vivent majoritairement dans des quartiers noirs. Les traditions culturelles des uns et des autres ne les placent pas non plus à égalité.

Comme ces quartiers sont les plus pauvres, ils cumulent tous les problèmes sociaux et tous les trafics, générateurs de délinquance et de violence. Statistiquement, il y a plus de délinquants noirs que blancs comparé à leurs nombre. On peut alors comprendre que la police se méfie plus d’eux que des blancs.

8/ Si on peut comprendre, d’une certaine façon, que la police soit violente pour répondre à la violence, on ne peut, pour autant, excuser qu’elle tire si facilement pour tuer.

9/ La violence est évidement liée au nombre d‘armes à feu en circulation. Cela constitue le problème numéro un de société aux Etats-Unis. La tradition de l’auto-défense issue des origines du pays et la puissance du lobby des armes à feu ont empêché jusqu’à présent de légiférer dans ce domaine.

10/ Tout ce qui précède montre que je suis très critique vis-à-vis de la société américaine. Mais il ne faut pas simplifier à l’extrême.

Il n’y a pas, ou plus, fondamentalement de discrimination raciale, mais des problèmes sociaux. Quand on dit, par exemple, que la police de Fergusson est « raciste », on devrait se poser la question : pourquoi dans une ville peuplée à 70% de Noirs, la municipalité et le sheriff sont-ils blancs ? La réponse est que les Noirs votent peu. Sans doute auraient-ils intérêt à mieux s’organiser et se mobiliser.

Une dernière remarque, et elle concerne aussi bien les Etats-Unis que la France, arrêtons les tendances communautaristes et jugeons les gens et les situations en fonction des systèmes en place et des qualités personnelles des individus et non sur des critères raciaux ou « communautaires ». A la différence de beaucoup de naïfs ou de racistes, je n’ai jamais pensé que l’élection d’Obama allait changer quoi que ce soit à la situation de ceux qui sont au bas de l’échelle sociale aux Etats-Unis et qui se trouvent être, pour les raisons indiquées plus haut, majoritairement des gens à couleur de peau foncée. Personnellement, je me fiche éperdument de la couleur de peau d’Obama. Ce n’est pour moi ni un critère positif ni négatif. Je ne juge le président américain que sur sa politique.

Lorsque je vois que Madame Taubira a jugé un peu trop rapidement et de manière critique ce qui se passe à Fergusson, je déplore qu’elle donne l’impression d’avoir réagi en tant que « Noire ». Elle est membre d’un gouvernement, non la représentante d’une soit disant diversité.

Je déplore tout autant que Nicolas Sarkozy ait fait hier soir l’éloge de Rama Yade et de Rachida Dati en mettant en exergue leurs origines ethniques. C’est dévaloriser un individu  que de le ramener à ses origines ethniques. S’il venait à quelqu’un l’idée saugrenue de me qualifier d’ambassadeur d’ « origine provençale », même à titre élogieux, je trouverais cela inadmissible et je lui ferais savoir.

Pour moi, il n’y a qu’une catégorie de Français et, plus généralement, d’hommes. Soyons « divers » en fonction de nos tempéraments, de nos goûts, de nos parcours personnels ou professionnels, mais pas en fonction d’origines ethniques supposées ou avérées. Dans ce domaine, toute discrimination, positive comme négative, est « raciste ». La loi française condamne le racisme et c’est bien.

                                                                       Yves Barelli, 26 novembre 2014                           

Partager cet article
Repost0

commentaires

E
L'assassinat de Freddie Gray (avec une violence inouïe suite à une arrestation parfaitement arbitraire)à Baltimore jette une lumière assez crue sur l'action des forces de l'ordre aux Etats-Unis en général et dans certaines villes en particulier.La totale impunité de "policiers" dont le comportement s'apparente à celui de tueurs pose évidemment l'épineux problème du racisme d'Etat aux Etats-Unis.Comment se fait-il que le gouvernement fédéral ne fasse pas tout pour y mettre bon ordre ?Le risque de fragmentation et de troubles sérieux dans la société américaine est grand,suffisamment grand pour que la question ne soit pas traitée à la légère.
Répondre

Recherche