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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 10:37

 

En cette période de vacances, si vous habitez la moitié nord de la france ou au-dela des frontières, vous vous trouvez peut-être dans le sud de la France. Bien que ceux qui parlent occitan réservent en général leur langue pour des uages privés, vous aurez peut-être l'occasion de l'entendre. Vous remarquerez, de toute façon, que le français parlé dans le sud n'est pas le même que dans le nord parce qu'il reste très influencé par la langue occitane, quelle que soient les appellations qu'on lui donne: provençal, langue d'oc, gascon, niçart, etc. Ce texte vous permettra d'en savoir plus sur cette langue qui fut celle des "troubadours" au moyen-âge et qui, avec Frédéric Mistral reçut un prix Nobel de littérature. Si vous êtes vous-même Français du Midi, il y a de fortes chances pour que vous ayez des connaissances au moins partielle de cette langue. Ce texte vous sera aussi utile car ils vous aidera peut-être à retrouver ou cultiver vos racines.    

L’occitan, qu’es aquò ?, qu’est-ce que c’est ? (es= c’est, aquò= cela). Qu’es aquò ? Cette expression est usitée aujourd’hui en français du sud mais aussi dans celui du nord, en l’orthographiant de divers façons, telles que « késaco ». Ceux qui l’utilisent ont rarement conscience qu’il s’agit d’une expression occitane.

 

L’occitan, c’est la langue première du sud de la France, c’est une langue qui est moins parlée aujourd’hui, que certains croient même morte tant le silence des médias français est assourdissant quand il s’agit des langues dites « régionales », comme l’occitan, mais aussi le breton, le corse et quelques autres. Pourtant cette langue, que ses locuteurs nomment aussi la « lengo nòstro » (notre langue) ou encore provençal, langue d’oc, ou simplement « patois » (mais cette appellation péjorative inventée pour tout ce qui n’est pas français en France est, fort heureusement, de moins en moins employée), est encore parlée par deux millions de personnes et comprise, plus ou moins, par quelques autres millions. Pas seulement des vieux de villages isolés. Regardez les rares émissions en occitan à la télévision (par exemple « Vàqui » en Provence ou « Volèm viure al pais » en Languedoc), vous y verrez des citadins dans la force de l’âge et même des enfants y parler dans un occitan le plus souvent très correct.

 

Quant à ceux qui ne le parlent plus, ils font souvent, comme Monsieur Jourdain, de la prose en langue d’oc sans le savoir. Lorsque nous disons que le « pitchounet » (tout petit) monte la « calade » (la montée) ou fait des « piades » (des traces avec ses pieds), c’est l’occitan que nous utilisons. Quand on joue à la pétanque (mot qui est formé sur « pè tancat », les pieds plantés dans un rond) avec des boules et un bouchon (le « bouchon », que les parisiens nomment de ce vilain mot « cochonet », est littéralement une petite boule - « bòcho= boule, « bouchoun »= petite boule -), c’est encore l’occitan qu’on parle, de même lorsqu’on est « quillé » (quilhat=perché), quand on ramasse de la « farigoule » (le thym), quand on est « escagassé » (fatigué, épuisé), « esquiché » (« quichat=écrasé) et même quand on fait l’amour (ce mot occitan est passé dans la langue française au moyen âge sous l’influence des troubadours, ces poètes courtois occitans ; l’ancien mot français était « ameur », comme on a douleur, bonheur ou tracteur contre « doulour », « bounour » ou « tractour » en occitan). Le mot « labour » est également passé au français à côté de « labeur ». Notez au passage qu’on reconnait souvent les mots occitans ou d’origine occitane entre autres à l’abondance du son « ou ».

 

Dans l’usage quotidien d’un Français du Sud, ce sont plusieurs centaines de mots occitans qui sont employés dans une langue qu’il croit être du français pur. Des lexiques par exemple de « parler marseillais » sont en vente dans les librairies de la cité phocéenne.

 

Quant aux noms de lieux, la plupart ont été à peine traduits et parfois pas du tout. A Marseille par exemple, les noms des 113 quartiers constitueraient à eux seuls un lexique occitan. Pour ne prendre qu’une poignée d’exemple, la « Capelette » est une petite chapelle (capèlo= chapelle, capelèto : diminutif), le « Roucas Blanc » est un gros rocher blanc (ròc= rocher, roucas= gros rocher, rouquèt= petit rocher : l’occitan aime bien les augmentatifs et les diminutifs), la « Calade » une côte tandis que « l’Estaque » est un lieu où on amarrait les bateaux (« estacar »). A Nice, on a le lieu-dit « rompo capèu » parce que, étant situé en haut d’une côte, on y perdait son chapeau les jours de mistral (rompar=casser, « capèu=chapeau). La liste pourrait être longue d’un bout à l’autre du domaine occitan. Presque chaque village, chaque lieu-dit, a sa signification en occitan qu’un simple francophone ne comprend pas toujours.   

 

Ajoutez à cela notre accent « chantant » avec ses voyelles allongées et ses nasales spécifiques et vous aurez toutes les caractéristiques du français tel qu’il est parlé dans les régions méridionales de la France. En un mot, même lorsqu’on a perdu la langue dont on a oublié les paroles, il nous reste la musique. Celle-ci est suffisamment originale pour nous inciter, même si nous ne sommes ni linguistes ni militants de l’ « Occitanie », à nous intéresser à la langue occitane, le plus souvent perdue de vue mais dont les Français du sud restent, parfois sans en être totalement conscients, orphelins.

 

Voici donc quelques raisons pour ceux dont les ancêtres l’ont parlé et qui ne le parlent plus de s’intéresser à la langue occitane. Mais il en est d’autres, plus savantes et susceptibles d’intéresser des personnes qui n’ont aucune attache avec le sud de la France. Pour les littéraires, la langue occitane est l’une de celles qui ont développé le plus tôt et le plus massivement une littérature variée et même sans équivalent. Au moyen âge, les troubadours ont créé les premiers une littérature profane dans laquelle, pour la première fois, on a parlé d’amour. Cette littérature occitane du 11ème au 15ème siècle a eu une influence importante sur toutes les autres littératures en langue « vulgaire » en France (les « trouvères), en Italie (Pétrarque, qui a vécu en Avignon, en a été influencé), en Allemagne (les « minäusinger »), en Angleterre (Richard Cœur de Lion a écrit en occitan) et dans la péninsule ibérique (le portugais a une écriture tirée de l’occitan et le catalan jusqu’à la Renaissance était peu différencié de l’occitan ; il en est resté très proche).

 

La littérature de langue d’oc ne s’est pas arrêtée au moyen-âge. Le 19ème siècle a été un autre âge d’or avec le mouvement dit du « Félibrige », emmené par Frédéric Mistral, le plus grand poète provençal qui a sa statue et sa rue dans la quasi-totalité des localités de la région. Mistral a atteint une notoriété mondiale, ce qui lui valut en 1904 le prix Nobel de littérature pour son œuvre en provençal. Les jeunes sont moins sensibles à son génie, mais les anciens, y compris ceux des villes, sont capables de réciter au moins le début de son poème épique « Mirèio » (Mireille, relatif aux amours d’une jeune paysanne de la Crau, plaine alluviale de l’autre côté de la Camargue, près de l’embouchure du Rhône):

 

« Cante uno chato de Prouvènço.          (Je chante une fille de Provence)

   Dins lis amour de sa jouvènço,           (dans les amours de sa jeunesse)     

   A travers de la Crau, vers la mar, dins li blad, (à travers la Crau, vers la mer,                                                                                       dans les blés)

   Umble escoulan dóu grand Oumèro,   (humble élève du grand Homère)

   Iéu, la vole segui. Coume èro          (moi, je veux la suivre. Comme ce n’était)

   Rèn qu’uno chato de la terro,              (qu’une fille de la terre)

   En foro de la Crau se n’es gaire parla  (en dehors de la Crau, on n’en a guère                                                                                                  parlé)

    Emai soun front noun lusiguèsse        (bien que son front ne resplendit)

   Que de jouinesse ; emai n’aguèsse      (que de jeunesse ; bien qu’elle n’eut)

   Ni diadèmo d’or ni mantèu de Damas  (ni diadème d’or, ni manteau de                                                                                                          Damas)

   Vole qu’en glòri fugue aussado           (je veux qu’en gloire elle soit élevée)

   Coume uno rèino, e caressado             (comme une reine, et caressée)

   Pèr nostro lengo mespresado,              (par notre langue méprisée)

   Car cantan que pèr vautre, o pastre et gènt di mas ! (car nous chantons pour                                                                          vous,ô pâtres et gens des fermes)

  

On récitait aussi d’autres poèmes de Mistral, notamment « Calendal » (l’action se passe à Cassis, près de Marseille) ou « lou Pouèmo dàu Ròse » (le poème du Rhône) et, il y a encore peu, toute réunion amicale de Provençaux se terminait en chantant l’hymne provençal composé par Mistral, la « Coupo santo » (la sainte coupe offerte aux Catalans en signe d’amitié et de complicité historique).

 

Plus près de nous, des chanteurs et des poètes sont restés fidèles à la « lengo nostro ». Patric, Marti, Montanaro, le Massilia Sound System, les « fabulous troubadours » et quelques autres chantent aujourd’hui en occitan et les plus jeunes les écoutent aussi, même s’ils en comprennent de moins en moins les paroles (elles sont souvent bilingues pour être mieux comprises).   

 

Aujourd’hui, l’occitan, en tant que moyen de communication, est en voie de disparition. La centralisation française et la mondialisation sont en train d’en avoir raison. Pourtant, même s’ils ne le parlent plus, ceux qui l’étudient en classe sont nombreux, plus de 10 000 le choisissent chaque année comme épreuve à option au bac et il existe même quelques rares  écoles maternelles et primaires où l’enseignement se fait en occitan (les « bressòlas »). Une cinquantaine d’universités dans le monde s’intéressent à l’occitan, pas seulement en Occitanie, mais aussi dans des pays aussi variés que l’Allemagne, la Pologne ou le Japon.

 

 

Cela n’empêchera pas la langue de mourir, mais, au moins, il en restera le souvenir. Les villes et les villages qui tiennent à mettre des panneaux portant à l’entrée de la localité le nom en occitan et qui placent des plaques de rues avec le nom occitan, ont compris que les peuples avaient besoin de racines et d’identité. Pour les gens du sud de la France, ces racines sont occitanes et leur identité s’écrit dans la langue d’oc.

Yves Barelli, 14 août 2014

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