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7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 15:30

Ni vainqueur ni vaincu après les élections de mi-mandat du 6 novembre aux Etats-Unis. Les Démocrates emportent la Chambre des Représentants mais les Républicains conservent le Sénat en y amplifiant leur majorité. La fracture idéologique et ethnique du pays est confirmée : d’un côté les soutiens du président Trump qui plébiscitent sa fermeté quant à la vague migratoire et apprécient les baisses d’impôts, les mesures protectionnistes et la bonne tenue de l’économie ; de l’autre, les minorités noire, hispanique et musulmane renforcées par ceux qu’inquiètent la remise en cause du système solidaire de santé, le conservatisme sociétal, le creusement des inégalités et le soutien au lobby des armes à feu.

1/ Les résultats sont les suivants : 219 Démocrates contre 193 Républicains à la Chambre des Représentants et 51 Républicains contre 45 Démocrates au Sénat [chiffres pas tout à fait définitifs en ce début d’après-midi du 7, mais justes à quelques unités près qui ne changeront pas les majorités].

On votait aussi pour le renouvellement de 36 postes de gouverneurs d’Etats sur 50. Les gains des uns et des autres s’y compensent à peu près avec une certaine poussée démocrate sur la côte Est et républicaine dans le Middle West et l’Ouest intérieur.

Il y avait aussi quelques rares élections municipales et des référendums locaux sur lesquels à l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas d’information.

2/ Comme d’habitude, l’argent a été un puissant moteur de la « guerre ». Je rappelle à ceux qu’égare l’attrait du mirage américain, à leurs yeux le pays de la liberté et la quintessence de la démocratie, qu’aux Etats-Unis, il n’y a pas de financement public des partis ni respect des temps de parole ou de propagande : dans ce pays, ou on paye, ou on n’existe pas. Pour apparaitre à la télévision ou dans les pages des journaux, il faut y acheter des « spots » ou des espaces publicitaires. Les dépenses des deux grands partis ont battu un record avec 5,2 milliards de dollars. Les « indépendants » et les « petits » partis sont, à moins de fortunes personnelles (c’est ce qui a permis à Tromp d’émerger), inexorablement écartés du champ médiatique. Le corolaire de ce système est que les candidats, sur le plan national et plus encore local, dépendent des « lobbies », qui ne sont pas de mécènes : à leur financement, ils exigent un « retour sur investissement », attendant du pouvoir qu’il favorise leurs intérêts privés, rarement en phase avec l’intérêt général.       

3/ Il est trop tôt pour faire une analyse fine des votes mais, autant qu’on puisse le savoir, il semble que les Républicains aient fait leurs meilleurs scores dans l’électorat blanc, ouvrier, employés, cadres moyens et chez les habitants des petites villes et zones rurales. Les Démocrates ont surtout séduit les minorités ethniques, un peu plus les femmes que les hommes (à vérifier), les homosexuels, les cadres et dirigeants d’entreprises « mondialisés » et ceux qui contestent le système capitaliste. La mobilisation de ces derniers explique que des Démocrates « socialistes » (qualificatif traditionnellement repoussoir dans ce pays de l’ultra-capitalisme) aient été élus, à l’image de Bernie Sanders, le « challenger » d’Hilary Clinton lors de la dernière présidentielle, brillamment réélu en Nouvelle Angleterre, la plus « européenne » des régions des Etats-Unis.

Il ne semble pas que les médias (télévisions et journaux), tellement parti pris contre Trump (à 90%) qu’ils en perdent beaucoup de leur crédibilité, aient réussi à influencer sensiblement l’opinion. Le puissant « lobby » juif, de son côté, n’a pas fait pencher la balance en faveur de Trump, à l’unilatéralisme outrancier pro-Israël, les Démocrates n’étant pas en reste quant à l’alignement sioniste. Il n’est pas sûr non plus que les lobbies évangéliste, des armes à feu ou anti-avortement aient pu peser notablement sur le scrutin. L’obsession féministe des propagandistes des campagnes « me too », n’a certainement pas fait pencher la balance non plus, ceux qui sont séduits par cette paranoïa ayant sans doute été compensés par ceux qui en sont agacés (pas seulement des hommes). Les campagnes personnelles contre Trump n’ont pas joué non plus, les électeurs jugeant davantage les résultats d’une politique que les à-priori moralistes.      

En revanche, deux facteurs contradictoires, qui se sont au total plutôt annulés car ils ont concerné autant d’électeurs d’un « camp » que de l’autre, ont été au centre de la campagne : la question de l’immigration et de l’identité, favorable aux Républicains, et celle de la critique de la remise en cause du système de santé par Trump, favorable aux Démocrates.

Il n’est sans doute pas impossible que nombre d’électeurs souhaitant à la fois plus de protection sociale et un arrêt de l’immigration aient hésité au moment de mettre un bulletin dans l’urne. Certains, qui avaient voté Trump en 2016, ont peut-être voulu lui envoyer un signal en choisissant les Démocrates, surtout de la tendance Sanders, d’autant que l’enjeu des élections de mi-mandat est bien moindre que celle du président. Ils changeront peut-être encore de vote en 2020.                   

4/ Les élections de mi-mandat étant habituellement défavorables au pouvoir en place à Washington, le fait que la poussée démocrate ait été contenue est plutôt favorable à Donald Trump, bien placé pour une réélection en 2020, toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire dans la mesure où la bonne santé de l’économie se maintiendra d’ici là, ce qui est loin d’être acquis d’avance.

En attendant, la perte de la Chambre des Représentants est gênante pour le président sans être rédhibitoire, le Sénat ayant plus de pouvoirs que la Chambre et une obstruction des  Démocrates dans cette dernière assemblée pouvant se retourner contre eux, d’autant qu’il est à prévoir qu’ils se déchireront lors des primaires (entre « jeunes loups » et vieille garde, entre « socialistes » type Sanders et inféodés aux lobbies les plus capitalistes, comme l’a été Hilary Clinton).

5/ Un mot in fine sur le lamentable parti-pris de nos médias, aussi anti-Trump (comme anti-Poutine, anti-Orban, anti-Salvini, anti Bachar, etc etc), si ce n’est davantage que leurs confrères d’outre-Atlantique. Comme d’habitude, les chaines de service public, pourtant financées par nos impôts, se sont surpassées, France-Info, France 24 et Arte battant les records. Reconnaissons toutefois qu’ils ont un peu évolué : au début, Trump était un bouffon idiot. Aujourd’hui, il n’est plus que « méchant ». C’est déjà un progrès !   

Ces médias attendaient évidemment un « raz-de-marée » anti-Trump. Leurs correspondants sur place ayant choisi les circonscriptions susceptibles de basculer dans le camp démocrate. Leurs « héros » étaient les plus favorables à l’immigration et à l’ouverture des frontières.

Ils ont été le plus souvent déçus. La vague « mondialiste » et de la « diversité culturelle » n’étant pas venue. Ils ont tout de même eu quelques petites satisfactions : l’élection du premier gouverneur ouvertement « gay » (dans le Colorado, Etat réputé pour être un repère de « bobos », attirés par le soleil et la neige des Rocheuses) et surtout l’entrée pour la première fois au Capitole de deux musulmanes voilées : on se console comme on peut !

Je n’ai pas une sympathie sans borne pour Trump, son cynisme et ses outrances. Mais quand j’écoute les commentaires scandaleux et délirants de « nos » journalistes (méritent-ils encore ce titre ?), ils arrivent à me rendre très sympathique ce président américain. Lui, au moins, veut protéger ses concitoyens de l’islam conquérant et de la concurrence étrangère déloyale. Que ceux qui soutiennent cette invasion de l’islamo-fascisme, ces propagandistes de la réaction, de l’obscurantisme et des ennemis de nos valeurs, aillent en Arabie saoudite et qu’ils nous laissent tranquilles. A Ryad, ils pourront méditer sur la liberté et le pluralisme…avant, peut-être, d’être étranglés et découpés en morceaux, ou égorgés,  comme cela est la pratique chez les tenants du wahhabisme…/

Yves Barelli, 7 novembre 2018       

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