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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 21:55

Avec l’élection le 14 mai de Quim Torra comme nouveau président pour son gouvernement, à défaut de Carles Puigdemont, contraint à l’exil, la situation en Catalogne tend à se normaliser, au moins dans la forme, après six mois de crise institutionnelle. Le bras de fer avec Madrid continue néanmoins avec, pour les Catalans, un objectif réaffirmé d’indépendance encore rappelé par le nouveau président dans son discours d’investiture. La mise sous tutelle de la Catalogne par application de l’article 155 de la constitution espagnole pourrait être levée. Toutefois, rien n’est réglé : Puigdemont, actuellement retenu en Allemagne en attendant l’examen de la demande d’extradition de l’Espagne, reste provisoirement hors-jeu tandis que cinq autres conseillers sont réfugiés en Belgique et que six autres leaders catalans sont en détention à Madrid depuis six mois sans jugement ; tous sont accusés d’appel à la sécession. Le déni de justice et de démocratie continue donc en Catalogne où le droit à l’autodétermination est refusé par le pouvoir néo-franquiste de Madrid. Cela en dépit de la volonté manifestée par une majorité du peuple catalan d’instaurer une république souveraine et dans un contexte de complicité des pays membres de l’Union européenne qui, sans peur de la contradiction, ont une politique de défense des droits de l’homme et des droits des peuples à géométrie variable (droit à l’indépendance, par exemple, pour le Kosovo ou le Sud-Soudan, mais pas pour la Catalogne ou le Pays Basque).

1/ Quim Torra (Quim est l’abréviation de Joaquim) est un avocat, écrivain et éditeur né à Blanes, localité du sud de la Costa Brava, comarque de la Selva, entre Barcelone et Girone. Il a 56 ans, sans affiliation directe à un parti (il fait le lien entre « Junts per Catalunya », le parti de Puigdemont, et l’Esquera Republicana) mais militant de toujours du « camp » indépendantiste. Il a notamment présidé l’Omnium Cultural, conglomérat de mouvements militant pour la langue, la culture et la souveraineté catalanes.

S’il a été choisi, c’est parce qu’il a la confiance de Carles Puigdemont, ex président formel du gouvernement catalan et toujours considéré comme son président légitime qui a dû quitter le pays pour ne pas être arrêté par le pouvoir espagnol pour « crime » de sécession pour avoir été à la tête de la Catalogne lorsqu’elle a proclamé son indépendance, non reconnue comme chacun sait par l’Espagne. C’est aussi parce qu’il est l’un des rares à avoir eu la chance de ne pas être poursuivi par la justice espagnole pour « sédition ».  

Quim Torra, dès son investiture, a prononcé un discours très ferme en rappelant le droit et la volonté des Catalans d’établir une république indépendante, en dénonçant la répression menée par le pouvoir espagnol et en rappelant la légitimité de Pugdemont, lui-même ne se considérant que comme président par intérim. Il a dit que toutes les décisions continueraient à être soumises à Pugdemont. Symboliquement, il n’occupera pas le bureau présidentiel au siège de la « Generalitat de Catalunya » à Barcelone.

2/ Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, qui s’est concerté avec le leader de l’opposition socialiste, Pedro Sanchez, et celui du parti des « Ciudadanos » Albert Rivera, a indiqué qu’il jugerait Torra à ses actes et non à ses déclarations, mais que ce dernier restait sous surveillance afin qu’il ne franchisse pas la « ligne rouge » de la « légalité » (sous- entendu de la légalité espagnole qui n’est pas, en l’occurrence, la légitimité catalane).

Dans ce contexte tendu de retour à la « légalité », l’article 155, qui suspend une « autonomie » lorsque la « communauté autonome » (région) ne peut fonctionner normalement, sera à nouveau mis en réserve : le gouvernement catalan devrait recouvrer ses prérogatives. Elles sont étendues, mais pas suffisamment au goût des Catalans : la tutelle du gouvernement central reste présente, avec un « tribunal constitutionnel » (équivalent du Conseil Constitutionnel) entièrement acquis aux conservateurs centralistes dans la lignée de Franco : c’est lui qui avait déclenché la colère des Catalans en censurant en 2010, le projet de nouveau « statut » de la Catalogne avec pour « motif » principal que le préambule parlait de « peuple » et de « nation » catalanes existant depuis plus de 1000 ans. Quand le dogmatisme est au pouvoir, on n’a pas peur d’y nier les évidences ! (Il est vrai que cela n’est pas exceptionnel : en France, on fait la même chose s’agissant de la Corse).

Maintenant que la Catalogne a, à nouveau, son président et bientôt son gouvernement, elle va pouvoir être à nouveau gouvernée. On peut s’attendre rapidement à des conflits de compétence avec le pouvoir de Madrid : ainsi, Torra a annoncé son intention de rétablir dans leurs fonctions tous les fonctionnaires destitués par Madrid depuis six mois, notamment le chef des « mossos d’esquadra », la police autonome catalane. Le pouvoir madrilène laissera-t-il faire ?

3/ Où en est-on aujourd’hui en Espagne et en Catalogne ?

Le processus judicaire à l’encontre de ceux qui se sont mis en avant dans la convocation du référendum d’autodétermination du 1er octobre dernier et dans la proclamation de l’indépendance qui l’a suivi est toujours en cours. Les six emprisonnés risquent trente ans de prison et des demandes d’extradition pour les six (dont Pugdemont) réfugiés à l’étranger ont été transmises aux gouvernements concernés. La Belgique vient de faire savoir le 16 mai qu’elle n’entendait pas y donner suite s’agissant des ex membres du gouvernement catalan ou députés du parlement (Toni Comin et Maetxell, membres de l’ERC – Esquera Republicana Catalana - , et Lluis Puig, de Junts per Catalunya). Elle met en avant des vices de forme. On se souvient que les indépendantistes catalans ont reçu l’appui des partis et du gouvernement flamand.

S’agissant de Puigdemont, c’est un peu plus compliqué. Il a fait l’erreur de quitter le territoire belge pour se rendre en Scandinavie (pour une rencontre politique) par la route via l’Allemagne : surveillé par les « services » espagnols et dénoncé, il a été intercepté par la police allemande, incarcéré quelques jours avant d’être libéré mais assigné à résidence à Berlin dans l’attente de l’examen de la demande d’extradition espagnole : une partie des griefs a été refusée par la justice allemande, mais il reste l’autre partie, toujours en cours d’examen.

En Catalogne, on reste sur la ligne suivie jusqu’à présent : non-violence et respect de la légalité, attitude quelque peu illogique dans la mesure où la déclaration d’indépendance était « illégale » et que, si on reste dans la « légalité » espagnole, il n’y aura jamais d’indépendance puisque la constitution l’interdit.

Pour l’heure, la situation est calme. Mais le calme peut toujours précéder une tempête. Chacun vaque à ses occupations, les drapeaux indépendantistes sont moins nombreux mais toujours présents, y compris sur les panneaux officiels des municipalités. A titre d’exemple, j’ai traversé la semaine dernière la localité de Vilafranca del Penedès, entre Barcelone et Tarragone : les drapeaux indépendantistes (drapeau catalan traditionnel avec, en plus, une étoile sur le côté) sont présents tout au long de l’avenue principale et sur la mairie. C’est le cas ailleurs dans la quasi-totalité des cités catalanes. Le pouvoir espagnol préfère laisser faire pour éviter tout incident.

A Madrid, le gouvernement de Rajoy continue d’afficher sa fermeté. Il est soutenu par le PSOE (socialistes), ce parti qui fut autrefois républicain et qui a tout abdiqué, tant son socialisme que son républicanisme. Affligeant ! Les « Ciudadanos » (citoyens), nouveau parti de droite qui taille des croupières dans les sondages au Parti Populaire (droite au pouvoir) en surfant sur la vague nationaliste et anti-catalane qui submerge l’opinion espagnole depuis le début de la crise catalane, accuse Rajoy de mollesse. Seul « Podemos » (gauche radicale), refuse de hurler avec les loups. Il montre de la compréhension, sinon pour l’indépendance catalane (il ne prend pas position), au moins pour le droit à l’autodétermination (il a soutenu le référendum du 1er octobre sans appeler à voter oui ou non). Cela lui vaut une sérieuse baisse dans les sondages.

Le gouvernement de Rajoy est placé devant une contradiction : pas de pitié pour les « sécessionnistes » (tout en respectant hypocritement l’ « indépendance » de la justice), mais, en même temps, on est prêt à composer avec le nouveau gouvernement catalan.

Il est vrai que Rajoy est sur une corde raide. D’un côté, il doit se montrer ferme, mais il sait que sa majorité parlementaire ne tient que par l’apport des voix du Parti Nationaliste Basque (PNB) au pouvoir à Vitoria, qui soutient le gouvernement espagnol à la suite d’un compromis budgétaire favorable aux Basques, mais qui apporte aussi un soutien aux nationalistes catalans : le PNB apporte donc un soutien conjoncturel à Rajoy, mais pas au-delà d’une ligne rouge s’agissant de la répression anti-catalane.

Pour l’heure, nul n’a intérêt à précipiter une crise gouvernementale à Madrid. On est déjà resté six mois sans gouvernement il y a deux ans et nul ne veut recommencer. De plus, des élections anticipées se traduiraient par un recul tant du PP que du PSOE au profit des Ciudadanos, tandis que Podemos, en recul aussi, ne saurait être une alternative à Rajoy, même dans l’hypothèse d’une alliance avec le PSOE. Aucune majorité ne pourrait être trouvée.

4/ Il n’est pas encore l’heure de faire le bilan de la crise catalane puisqu’elle est toujours en cours. Je ne vais pas l’analyser aujourd’hui en profondeur. Je l’ai fait dans les articles précédemment publiés sur ce blog où le lecteur peut les retrouver.

Disons seulement trois choses :

a/ Il y a une volonté indépendantiste très majoritaire chez les Catalans « de souche », ce qui devrait donner une courte majorité en cas de référendum incontestable (celui du 1er octobre, boycotté par les « espagnolistes », ne pouvait l’être), les immigrés étant un peu moins nombreux que les vrais Catalans.                 

b/ Il y a un déni de démocratie en Espagne où la ligne officielle, hélas appuyée par une majorité d’Espagnols, est que la Catalogne n’appartient pas aux Catalans mais à l’ensemble des Espagnols et donc que les Catalans, quelles que soient leurs opinions, ne peuvent sortir unilatéralement de l’Espagne.

c/ Cela les Catalans le savaient. Cela ne les a pas empêché de commettre trois erreurs d’appréciation.

La première a été d’avoir sous-estimé la détermination du gouvernement de Madrid, mais aussi de la population espagnole hors Catalogne (y compris, c’est un paradoxe, au Pays Valencien, où je suis souvent, encore la semaine dernière : on y parle catalan, qu’on nomme localement le « valencien », mais on y est aussi anti-catalan qu’ailleurs) de défendre coûte que coûte l’intégrité de l’Espagne : remettre en cause celle-ci, c’est comme agiter une cape rouge face à un taureau ; cela suscite des réactions épidermiques qui peuvent tourner à l’hystérie (et je pèse mes mots en l’écrivant).

La seconde a été de penser que les Espagnols n’oseraient pas réprimer la volonté démocratiquement exprimée des Catalans : or, ils l’ont fait en envoyant les policiers matraquer le 1er octobre ceux qui votaient, puis en arrêtant les dirigeants indépendantistes et en lançant des procédures d’extradition pour ceux partis se réfugier à l’étranger.

La troisième erreur a été de penser que, au vu de l’évidence de leur bon droit, l’Union européenne allait les soutenir : c’est le contraire qui s’est produit, tous les Etats-membres et la Commission de Bruxelles se sont cachés derrière la non-ingérence dans les affaires intérieures espagnoles et le respect de la « légalité » espagnole, sachant pourtant que dans le cadre de cette « légalité » la seule évocation du droit à l’autodétermination et à l’indépendance est déjà passible de la justice et donc interdit tout changement de statut. Cette attitude européenne a été pour les Catalans, pourtant les plus « européistes » parmi les « européistes », une véritable douche froide.                                                                                     

Sans m’envoyer des fleurs pour ma clairvoyance (j’aurais préféré me tromper), cela je l’avais dit il y a plus de deux ans à mes étudiants de la faculté de sciences politiques de l’université de Barcelone où j’ai donné trois années de suite un cours de relations internationales (je les avais fait notamment travailler sur les processus d’accession à l’indépendance qui se sont produits dans d’autres pays). Je leur avais prédit la réaction forte du gouvernement espagnol (je leur avais même donné l’image forte de tanks espagnols sur la Rambla au cas où l’indépendance aurait été effectivement mise en application, ce qui n’a pas été le cas) et je leur avais dit qu’ils n’avaient rien à attendre de l’Union européenne, sorte de « Sainte Alliance » de la conservation d’un ordre immuable. Ils ne m’avaient pas cru.

Il est clair que, de ces erreurs d’appréciation, les Catalans doivent maintenant tenir compte pour réviser totalement leur stratégie. Ce n’est pas à moi de leur donner des leçons ou de leur prodiguer des conseils, à moins qu’ils me le demandent.

Mais, et cela est valable partout, pas seulement en Catalogne, il ne suffit pas d’avoir raison pour gagner. Et encore moins d’avoir raison tout seul contre tous les autres. Lorsqu’on engage un combat, il faut analyser lucidement la situation et voir les rapports de force. Si on a un bon espoir de gagner, on peut engager le combat. Et dans ce cas, on a intérêt à rechercher des alliés (ce que les Catalans n’ont pas cherché à faire en Espagne). Dans le cas contraire, il vaut mieux temporiser, attendre un meilleur moment pour lancer l’attaque et, en attendant, chercher des compromis.

De toute évidence, en Catalogne, ce n’était pas le moment idéal pour lancer le processus d’indépendance. Parce que la droite est au pouvoir à Madrid (la gauche traditionnelle ne vaut pas beaucoup mieux, mais un peu quand même, et elle ne peut accéder au pouvoir qu’avec Podemos, mieux disposé envers les Catalans). Parce que le gouvernement de Rajoy est faible : les gouvernements faibles sont incapables de bouger de leur ligne car, s’ils le font, ils peuvent être renversés par les « gardiens du temple ». Enfin parce que l’Europe, après le « Brexit » et face au mécontentement des peuples (ce qui se traduit par la montée des votes « populistes » et eurosceptiques), est elle-même en crise et que, dans les périodes de crise, on n’innove pas et on ne prend pas des positions courageuses ; on se réfugie au contraire derrière la défense de la « légalité », celle de Madrid en l’occurrence, et derrière la non-intervention dans les affaires intérieures.

Dans l’attente d’un meilleur moment, l’heure est peut-être venue aux compromis, ce qui peut se concrétiser dans l’approfondissement du statut actuel d’autonomie. Il est d’autres exemples de compromis qui fonctionnent : le Pays Basque a obtenu beaucoup plus que la Catalogne (notamment sur le plan fiscal). Ailleurs, la Flandre fonctionne pratiquement comme un Etat indépendant tout en restant dans le cadre institutionnel belge.

Il est vrai que pour un compromis, il faut être deux. Les Espagnols y sont-ils prêts ? On peut hélas avoir des doutes : six politiciens catalans, qui n’ont jamais commis aucune violence, sont sous les verrous depuis six mois ; les libérer aurait permis de faire baisser la tension. Ce n’est pas le cas. La guerre au Pays Basque est terminée, l’ETA s’est auto-dissoute, le gouvernement basque est coopératif et évite de parler d’indépendance. Pourtant, il reste  plusieurs centaines de prisonniers politiques basques ; non seulement on leur refuse l’amnistie mais on n’a même pas satisfait la demande de les incarcérer près de leurs familles.

On peut certes demander aux Catalans d’être plus réalistes et de se contenter, dans l’immédiat, du possible. Mais il faudrait aussi, de l’autre côté, faire preuve de souplesse et de générosité.

Sans quoi, à terme, il ne restera qu’une alternative : la soumission ou la lutte armée. Il se pourrait que l’heure de cette dernière soit un jour l’ultime possibilité.

A moins que l’intelligence s’installe enfin à Madrid. L’histoire de l’Espagne a souvent été une suite de tragédies. Cela devrait inciter à ne pas retomber dans les travers du passé. Je n’engagerais toutefois pas les paris sur la probabilité que la sagesse triomphe…/.

Yves Barelli, 16 mai 2018           

 

   

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commentaires

G
L UE est d une hypocrisie sans limite concernant cette « affaire ». Aujourd’hui la Belgique vient de rejeter l extradition des 4 conseillers qui s y sont exilés, pour un vice de forme (palme d Or de l amateurisme au régime néo-franquiste et à ses juges ...) . Ce jugement va sans doute entraîner les mêmes effets dans les autres pays qui ont « accueilli » les autres indépendantistes : l Allemagne et l Écosse. On voit mal comment une jurisprudence européenne (cas du chauffeur roumain Bob-Dogi) serait applicable dans un état membre et pas dans l autre. Autrement dit la justice de la Belgique vient de fermer la porte aux éventuelles extraditions y compris en Ecosse et en Allemagne puisque les dossiers sont identiquement frappés de la même carence quant au respect de la procédure de demande d extradition et ridiculise la JUstice de l État Espagnol . Lequel a annoncé qu il n’en presentera pas de recours... Mais il semble que le délai soit forclos (cela rappelle la fable du renard et des raisins : je n en mangerai pas. Ils sont trop verts et bons pour un goujat). Les Catalans sont des pacifistes. Et les conseillers exilés en divers pays européens et aussi en Suisse ont eu l intelligence (et non la lâcheté comme cela leur a été reproché) de le faire. Aujourd’hui le pouvoir néo-franquiste doit affronter sa « discalification » sur la scène Européenne et bientôt auprès du monde (diverses procédures lancées par les Indépendantistes auprès de tribunaux internationaux). Les Indépendantistes exilés en Belgique (et bientôt les autres aussi) seront libres d aller et venir partout dans le monde sauf chez eux... parce qu ils sont coupables de demander que le droit à l auto-détermination du Peuple Catalan . .. Comment va « jouer » Rajoy sur cet échiquier ? En maintenant l application du 155 quand bon lui semble : Montoro vient d annoncer qu il fera procéder mensuellement à la vérification des comptes de la Generalitat . Cette façon de gouverner par abus de pouvoir reçoit le plebiscite de Ciudadanos .... qui verrait bien Manuel Valls, Monsieur 49.3, à la mairie de Barcelone... Valls grand démocrate à la mode Rajoy. Gageons que « la Seny » du Peuple Catalan les sauvera de ce qui commence à ressembler à un ethnocide.
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