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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 00:32

L’Olympique de Marseille a été battue en finale de la coupe Europa par l’Atletico de Madrid. Les Marseillais n’ont pas démérité. Ils ont joué de malchance et ont dû s’incliner face à une équipe objectivement plus forte. Au-delà du résultat, il y a lieu de rappeler que l’OM reste l’équipe la plus titrée de France (elle est la seule à avoir remporté la coupe de la Ligue des Champions, la plus prestigieuse, celle de la Ligue n’étant, en quelque sorte, qu’un lot de consolation, en 1993), et qu’elle a toujours été un élément identitaire fondamental de la seconde ville de France. Rendons hommage aussi au football espagnol, au sommet des performances européennes, réussite qui n’est pas due au hasard ni même aux moyens financiers (le PSG est très riche mais moins soutenu par les Parisiens), mais à la passion pour le sport des Espagnols et en particulier pour leur véritable culte du ballon rond.

1/ La victoire de l’Atletico est méritée même si le score (3-0) est sévère pour l’OM qui méritait mieux compte tenue de la qualité de son jeu. L’OM a failli marquer au moins à deux reprises. Autre malchance : son capitaine Dimitri Payet, a dû sortir dès la première mi-temps du fait de problèmes musculaires.

2/ L’OM est une institution à Marseille et en France. Club français le plus titré, tant pour les coupes de France que pour le championnat, il est le seul de l’hexagone à avoir remporté la prestigieuse Coupe de la Ligue. Marseille sans l’OM et sans Notre-Dame de la Garde ne serait plus Marseille. Dans cette ville, tout le monde est derrière son club (même ceux, comme moi, qui en d’autres circonstances sont plutôt indifférents au foot) et le public marseillais est considéré comme le plus enthousiaste de France et l’un des meilleurs d’Europe. Son audience va d’ailleurs bien au-delà de la cité phocéenne. Des clubs de supporters existent partout en France. A Paris même, les magazines de l’OM se vendent plus que ceux du PSG. Dans les moindres villages africains, l’OM est populaire. J’ai vu au Sénégal ou au Mali, des bistrots appelés « Allez l’OM » et, personnellement, au fond de la brousse, lorsque je dis que je suis Marseillais, j’y suis immédiatement populaire grâce à l’OM.

L’histoire de l’OM est faite de crises et de périodes de gloire mais, même au fond du trou, l’OM parvient toujours à renaitre de ses cendres. C’est à cela qu’on reconnait un grand club et c’est à cela qu’on reconnait une ville tout entière derrière son club.

3/ Marseille est un peu une exception en France où le foot est certes populaire mais draine moins de public (sauf à Marseille) et suscite moins de passion que dans d’autres pays.

Parmi ces pays (on pourrait aussi citer en Europe l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre parmi les plus importants), l’Espagne occupe une place à part. Je connais bien l’Espagne et je peux témoigner que le football est « le » sujet qui revient toujours dans les conversations. Pour beaucoup d’Espagnols, c’est même le seul sujet. Dans quasiment tous les bars et restaurants du pays, je peux en témoigner, il y a des écrans de télévision qui retransmettent en continu, en direct ou en différé, des matches. Les clients ne les regardent pas en permanence mais ils constituent une sorte de musique de fond.

En Espagne, il n’y a pas un seul club vedette comme dans la plupart des autres pays. Il y a en a au moins deux : le Real Madrid, vainqueur à douze reprises de la Ligue des Champions, et le Barça de Barcelone (véritable phare identitaire de la Catalogne, l’un des symboles forts de la Nation et de l’attachement à la langue ; sans surprise, le Barça milite en faveur de l’indépendance de la Catalogne). Ils sont en concurrence permanente, le Real se montrant le fort dans les coupes mais le Barça remportant plus régulièrement le championnat.

Mais ils ne sont pas les seuls. L’Atletico est le second club de Madrid. Il a remporté trois fois la Coupe Europa. L’histoire des deux clubs recoupe celle de l’Espagne et de son clivage politique : le Real était le club du franquisme, l’Atletico ayant des traditions républicaines. On a eu des finales de coupe d’Europe opposant le Real à l’Atletico ou le Real au Barça, illustrations de la domination des clubs espagnols. La finale de la Coupe des Champions aura lieu le 26 mai. Elle opposera le Real à Liverpool. Si le Real l’emporte, deux clubs madrilènes s’adjugeront cette année les deux coupes. Belle performance !

Il y a aussi d’autres clubs, un peu moins titrés mais que bien des pays envieraient d’avoir comme club vedette. Le Séville a remporté 5 fois la coupe Europa. Bilbao est un autre club très titré. Comme Barça pour la catalane, il est le symbole de l’identité basque. Alors que la mondialisation du recrutement est devenue la règle dans les clubs professionnels, l’Atletic de Bilbao met un point d’honneur à ne jouer qu’avec des Basques. Etre basque d’ascendance ou d’adoption est une condition pour être recruté et la connaissance de la langue basque est exigée.

Cette  passion pour le foot en Espagne n’est que la face la plus visible de l’addiction des Espagnols pour le sport. Où que vous alliez, vous voyez en permanence des « joggers » et sur les routes, les cyclistes sont légion, omniprésents les fins de semaine et souvent là les autres jours. Autre sport pratiqué partout : le tennis. Nadal en est le représentant phare, mais il n’est que la partie émergée de l’ « iceberg » formé par les millions de pratiquants ; le moindre village a son (ou ses) court(s). Dans la résidence de la station balnéaire du Pays Valencien où j’ai mes habitudes, chaque année on y organise un tournoi et le gagnant y reçoit une coupe.  

XXX

Il n’y a pas de miracle en sport. L’argent est devenu certes essentiel. Sans lui, on ne peut recruter les meilleurs. Mais s’il n’y a que l’argent, il manque quelque chose de capital : le public. Le Paris-Saint-Germain, propriété de l’émirat pétrolier du Qatar, a le plus gros budget français (5 fois celui de l’OM), mais il n’aura jamais le prestige de l’OM car il n’a pas son public et il n’a pas l’impact sur la ville qu’a l’OM à Marseille. A eux le fric, à nous la gloire, la passion et l’amour pour nos joueurs et la « fierté d’être Marseillais » (l’un des slogans du club).

Quant au football espagnol, c’est l’enthousiasme de Marseille auquel s’ajoutent le talent des joueurs (les nôtres font ce qu’ils peuvent, mais c’est pas encore ça!) et des budgets bien supérieurs au nôtre (je parle de l’OM) avec le mérite de ne pas aller chercher l’argent au Qatar mais de le récolter sur place grâce aux « socios » et aux droits télé.

Pas étonnant que l’Atletico ait battu l’OM (on s’y attendait tout en espérant un miracle). Fier néanmoins d’être Marseillais (dans cette ville en crise, le foot est l’une de nos rares fiertés ; on se console comme on peut).

Vous avez trouvé cet article un peu chauvin marseillais et quelque peu anti-parisien ? Vous avez raison, il l’est, mais ne le prenez pas au premier degré : de temps en temps, on peut se défouler.

En tout cas, pour une fois il n’est pas antiespagnol. Ça change des articles que j’écris souvent dans ce blog (mon dernier a été mis en ligne aujourd’hui) sur la situation en Catalogne et le déni de démocratie que l’on doit y déplorer./.  

Yves Barelli, 16 mai 2018     

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commentaires

G
l OM et le BARÇA ont une âme faite de l attachement chevillé de leurs supporters/socios. Et si hier c est l Athletiico qui l a remporté n oublions pas la manche importante -peut-être décisive - que viennent de gagner les indépendantistes Catalans exilés en Belgique. Ce pays vient d infliger un nouveau camouflet à l Espagne en lui rappelant les formes élémentaires à respecter pour les procédures d extradition en Europe. Le symbole populaire de la Catalogne c est l âne. Mais cette fois c est le pouvoir Espagnol qui vient de remporter le bonnet d âne. VIsca Catalunya, VIsca El Barça. VIsca l OM
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