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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 21:39

Ce texte, écrit en 2005 reste valable aujourd’hui. Je n’y ai ajouté in-fine que les développements intervenus depuis. Il se veut une synthèse de présentation des divers conflits, liés entre eux, intervenus dans l’ex-Yougoslavie dans les années 1990.   

1/ Contexte et raisons de fond du déclenchement des conflits yougoslaves

La désintégration de la Yougoslavie en 1991 s’est accompagnée de plusieurs conflits simultanés ou successifs plus ou moins liés les uns aux autres : guerre entre la Serbie et la Croatie, conflit interne de Croatie entre la minorité serbe et la majorité croate, guerre de Bosnie, affrontements au Kosovo et intervention de l’OTAN contre la Serbie, troubles en Serbie, conflit inter-ethnique en Macédoine. Le conflit croato-serbe n’a pas été le plus meurtrier, mais il a été le premier et a été fatal à la Yougoslavie car il a opposé les deux républiques qui en constituaient jusque-là l’armature et la raison d’être.

 On a parfois tenté d’expliquer les violences par de vieilles haines ancestrales entre Serbes et Croates ou encore par les séquelles de la seconde guerre mondiale au cours de laquelle un Etat croate fasciste allié de l’Allemagne avait été créé ; le nationalisme croate aurait seulement été mis sous le boisseau par la main de fer de Tito et serait naturellement reparu après sa mort.

Ces explications sont peu pertinentes. Le développement économique de la Yougoslavie et la laïcisation de la société avaient fait oublier les soit disant querelles inter-ethniques ou inter-religieuses du passé (il y en eut en fait très peu au cours de l’histoire). Quant à l’écrasement du nationalisme croate sous Tito, la réalité le dément : Tito était lui-même croate, les Croates avaient été majoritaires chez les partisans qui avaient libéré le pays en 1945. Par la suite, le système fédéral yougoslave avait donné toutes les possibilités à chacune des républiques, y compris la croate, de s’épanouir, tant sur le plan linguistique et culturel qu’économique (système de l’autogestion). La seule nationalité qui a pu se sentir brimée était l’albanaise. Cela a d’ailleurs joué un rôle de détonateur.

La véritable raison des conflits doit être recherchée dans les ambitions concurrentes des personnels politiques qui ont émergé tant à Zagreb qu’à Belgrade après la disparition de Tito. Les nouveaux dirigeants ont pu alors utiliser les appareils bureaucratiques et les médias pour flatter le patriotisme local existant dans chacune des républiques. Celui-ci a servi de terreau sur lequel des minorités nationalistes se sont appuyées. A l’effondrement des régimes communistes dans les pays multinationaux, ce processus a été classique : Ieltsine a utilisé l’appareil russe pour chasser Gorbatchev en jouant le séparatisme ; les deux partis qui avaient gagné les élections à Prague et à Bratislava ont chacun trouvé leur compte à la séparation des républiques tchèque et slovaque (sans d’ailleurs consulter les populations). La différence avec la Yougoslavie est que le divorce tchéco-slovaque a été de « velours » et que la plus importante des républiques soviétiques a laissé partir les autres sans les retenir (et même en les poussant) pour les raisons exposées plus haut alors que l’éclatement de la Yougoslavie a entraîné une réaction en chaîne rapidement incontrôlée. 

Le contexte international a favorisé l’éclatement. Dans l’effondrement des régimes communistes à la fin des années 1980 et au début des années 1990, les Etats-Unis, suivis par une partie de l’Europe, ont systématiquement joué l’affaiblissement, voire l’éclatement, des anciens pays communistes. L’idéologie du « moins d’Etat » s’est appliquée là aussi. Dans le cas yougoslave, la vieille et ambiguë amitié entre l’Allemagne et la Croatie a été un facteur aggravant ; deux autres puissances, qui auraient pu aller à l’encontre de la désintégration de la Yougoslavie, ne l’ont pas fait : la France pour ne pas contrarier ses ambitions européennes, l’URSS parce que déjà en état de mort clinique. Un autre facteur aggravant a été que, à la fin de 1990, l’ensemble du monde avait les yeux tournés vers le Golfe où les hostilités contre l’Irak allaient être incessamment déclenchées.

2/ Une fédération yougoslave qui ne fonctionnait plus

La situation avait commencé à se dégrader dans les années 1970. La répression du « printemps croate » en 1971 comme l’arrêt porté aux tentatives serbes de libéralisation l’année suivante avaient figé le paysage politique. La nouvelle constitution qui en 1974 avait donné beaucoup plus de pouvoirs aux républiques n’avait sans doute pas été la bonne réponse aux demandes de changement apparues dans la société. Après la mort du maréchal Tito en 1980, le pouvoir de veto dont disposaient désormais les républiques dans de nombreux domaines commença à paralyser la fédération. Les jeux olympiques de Sarajevo de 1984 marquèrent l’apogée apparente d’un pays qui était déjà miné de l’intérieur.

Slobodan Milošević fut le premier à capitaliser sur les réactions nationalistes et populistes de la population serbe que la montée identitaire albanaise au Kosovo inquiétait (le Kosovo, considéré comme berceau historique de la nation serbe mais très majoritairement peuplé d’Albanais, n’était pas une composante de la Fédération mais seulement une province autonome de la Serbie).

En 1986, l’Académie des Sciences de Serbie publie un mémorandum alarmiste qui dénonce une menace de « génocide » anti-serbe au Kosovo. La crise qui se développe entre 1987 et 1989 est aiguë. Des troubles se produisent au Kosovo, qui aboutissent à la suppression du statut d’autonomie de la province mais aussi de la Voïvodine, autre région « autonome » de Serbie. Parallèlement des tensions se produisent entre la Serbie et les autres républiques qui s’inquiètent de ce qu’ils estiment être une volonté des Serbes de centraliser la fédération à leur profit. Il s’ensuit une paralysie des institutions.

Les élections de décembre 1990 donnent des majorités communiste en Serbie et au Monténégro, mais de droite en Croatie et en Slovénie. Aux provocations nationalistes de Milošević répondent celles de Tudjman ; le langage de ce dernier rappelle trop celui des oustachis fascistes. Par ricochet, les minorités dans les républiques s’inquiètent de la résurgence des nationalismes des majorités. En Croatie, la forte minorité serbe (près de      500 000 personnes) s’estime menacée. En Bosnie-Herzégovine, république pourtant la plus attachée à la Yougoslavie multiculturelle, un repli identitaire inédit s’exprime lors des élections de novembre 1990 où les trois partis à fondement communautaire obtiennent globalement 71% des voix, alors que, selon un sondage, 74% de Bosniens rejetaient ces partis quelques semaines auparavant.

3/ Le conflit croato-serbe 

Fin 1990-début 1991, la Slovénie et la Croatie s’éloignent inéluctablement de la Fédération. Leurs indépendances seront proclamées le 25 juin 1991, puis retardées après acceptation d’un moratoire à la demande des Européens. La situation devient vite incontrôlable : la Krajina (région de peuplement majoritairement serbe en Croatie le long de la frontière bosnienne) est en état d’insurrection ; le gouvernement de Bosnie-Herzégovine est paralysé par les antagonismes communautaires.

Les unités de l’armée fédérale (JNA) stationnées en Croatie et en Slovénie restent fidèles à Belgrade, elles traversent la Slovénie pour « protéger » la frontière extérieure de la Yougoslavie. Les heurts avec les unités de défense territoriale slovène sont limités ; la JNA n’insiste pas : un cessez-le-feu est signé trois jours après et la JNA se retire de Slovénie après les accords de Brioni, favorisés par la médiation de la troïka de l’UE (7 juillet 1991).

C’est plus compliqué avec la Croatie. Dès le mois de juillet 1991, les combats sont violents entre, d’une part, les forces croates qui s’organisent (dans l’ex Yougoslavie, la défense territoriale était un élément fondamental de la défense du pays : chaque république avait son stock d’armes), et, d’autre part, la JNA (dont les cadres étaient souvent serbes), renforcée de miliciens serbes. L’artillerie et l’aviation sont utilisées. En juillet-août, diverses tentatives européennes de cessez-le-feu sont sans effet. Le 26 août, le gouvernement croate de Franjo Tudjman annonce une « guerre de libération » contre les Serbes et l’armée fédérale. Les hostilités ont déjà fait 400 morts depuis juin. [Parallèlement, la Macédoine devient indépendante sans problème le 17 septembre 1991 après référendum. Ce pays est, comme la Slovénie, désormais à l’écart du conflit]. En septembre, les ministres croates quittent officiellement le gouvernement fédéral (déjà moribond) et le dernier président fédéral, le Croate Stipe Mesić, démissionne en octobre. Il n’y a plus de Fédération.     

D’août à novembre 1991, Vukovar, ville croate à l’Est du pays, est assiégée et bombardée. Elle tombera à la mi-novembre. Plusieurs milliers de victimes croates sont à déplorer, dont 200 assassinées dans un hôpital par des miliciens serbes ; la ville est presque anéantie : on a atteint un point de non retour. Pendant ce temps, l’avance serbo-fédérale se poursuit : leurs forces occupent désormais 30% du territoire croate, la route magistrale de l’Adriatique est sous leur feu et plusieurs villes du littoral dalmate sont bombardées dont l’emblématique Dubrovnik (300 morts pour cette seule ville).

L’Union européenne accepte le principe de l’indépendance des républiques. L’Allemagne passe la première à l’acte le 23 décembre 1991; le 28, Zagreb est bombardée par l’armée fédérale. L’envoyé spécial du Secrétaire Général de l’ONU, Cyrus Vance, obtient enfin un cessez-le-feu le 1er janvier 1992. Des casques bleus vont être déployés. Le 15 janvier, l’UE reconnaît l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie. En réponse, les Serbes de la Krajina proclament l’indépendance de la région, puis acceptent le déploiement des casques bleus. Le front va se stabiliser jusqu’en 1995.

4/ Le conflit en Bosnie-Herzégovine

La tension monte en Bosnie à l’automne 1991. En octobre, le parlement de Sarajevo déclare la souveraineté ; le SDS (principal parti serbe) boycotte ce vote. A Banja Luka, les milices serbes sont armées par la JNA. ; les Serbes de Bosnie menacent de créer leur propre république si la Bosnie devient indépendante. La commission d’arbitrage de l’UE présidée par le Français Robert Badinter estime dans un premier temps que les conditions de l’indépendance ne sont pas réunies puis suggère l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Celui-ci a lieu fin février 1992. 60% de participation (boycott serbe) ; 63% de oui (les Croates votent en majorité non). L’indépendance est proclamée le 3 mars 1992, immédiatement reconnue par les Etats-Unis et l’Union Européenne.

La réponse des Serbes de Bosnie est immédiate. Ils forment une « republika srpska ». Leur armée attaque Bosniaques et Croates dans le Nord de la Bosnie afin de se créer un couloir entre la région de Banja Luka et l’Est de la Bosnie, tous deux à majorité serbe. Des rafles massives de Bosniaques ont lieu à Banja Luka (où ils formaient une minorité importante), à Bjeljina et dans d’autres localités ; beaucoup sont internés dans des camps, des femmes sont violées ; des massacres ont lieu (200 personnes tuées et jetées du haut d’une falaise). Sarajevo, où le peuplement est mixte (mais minoritairement serbe) est encerclée. Le siège, qui débute le 6 avril, va durer trois ans, les batteries serbes situées sur les hauteurs voisines bombardant par intermittence la ville et l’aéroport tandis que des « snipers » tirent, lors des premiers mois du siège, sur les civils depuis de hauts immeubles afin de terroriser la population dont les 2/3 quittent la ville. Les casques bleus de l’ONU vont s’interposer, empêchant le contact direct mais pas les bombardements ; ils permettent toutefois de ravitailler la ville ainsi que des entrées et sorties de populations (à la suite d’accords ponctuels). 

D’autres régions de Bosnie s’embrasent, en particulier dans le centre du pays. Les armées sont désormais bien organisées de part et d’autre. Une solidarité internationale active se déploie en faveur des Bosniaques, tant dans les pays occidentaux (fort « lobby » en France avec des intellectuels de renom) que dans les pays musulmans qui envoient des « moudjahidines » islamistes. Chaque camp puise dans les réserves d’armes de l’ex Yougoslavie. A la mi-août 1992, il y a déjà 30 000 morts en Bosnie et les Serbes contrôlent 70% du territoire bosnien, tandis que les Croates sont maîtres de l’Herzégovine.

Début 1993, des pourparlers de paix à Genève ne débouchent pas. Au printemps 1993, les combats entre Croates et Bosniaques sont violents en Bosnie centrale (peuplement mixte) et pour le contrôle de Mostar (en novembre, les Croates détruiront le vieux pont). L’armée croate de Croatie intervient de façon à peine déguisée. Un accord implicite pour le partage de la Bosnie entre Serbie et Croatie paraît un moment se dessiner, mais sans frontière très nette. Il y a plusieurs enclaves encerclées par les uns ou par les autres. Dans celle de Bihać, de peuplement bosniaque, à l’extrémité occidentale de la Bosnie, une dissidence bosniaque se bat aussi contre les Bosniaques loyalistes.

En 1994, la situation va évoluer dans un sens défavorable aux Serbes. Les Américains obtiennent en mars non seulement un cessez-le-feu entre Croates et Bosniaques, mais aussi la mise sur pied d’une Fédération croato-bosniaque. On peut penser que cela a été obtenu en échange d’un feu vert donné aux Croates pour qu’ils récupèrent la Krajina. L’armée bosniaque reprend le contrôle de Bihač tandis qu’une offensive serbe sur Tuzla échoue en mai.

Débarrassés du front Sud, mieux armés, mieux organisés et, désormais, disposant d’un appui direct (milices islamiques) ou indirect de l’étranger, les Bosniaques non seulement tiennent bon à Sarajevo, mais progressent significativement en avril 1995 en Bosnie centrale (région de Zenica-Travnik-Jajce). Dans le même temps, l’armée croate progresse en Slavonie occidentale et pénètre en Bosnie, en cherchant à encercler la Krajina. En mai, les milices serbes prennent en otage à Sarajevo plusieurs centaines de casques bleus, ce qui contribue à l’évolution de l’attitude internationale vers moins de passivité.

Pris entre deux feux, les Serbes cherchent de leur côté à prendre les enclaves bosniaques qui fixent leurs troupes à l’Est. En dépit de la protection de l’ONU qui a déclaré ces enclaves zones de « sécurité », ils réussissent à s’emparer le 11 juillet 1995 de Srebrenica où des civils serbes avaient été antérieurement massacrés par des miliciens bosniaques. Cela peut partiellement expliquer, mais en aucun cas justifier, ce qui a suivi : les exécutions sommaires de sang froid de près de 8000 hommes, combattants ou seulement civils, et l’expulsion vers la fédération des femmes,  des enfants et des vieillards.

Dès lors, tout va très vite. L’OTAN menace d’attaquer les Serbes si les enclaves restantes sont touchées. Le 4 août 1995, l’armée croate attaque massivement la Krajina, conquise en quelques jours ; les 200 000 Serbes qui l’habitaient encore sont expulsés. L’armée croate poursuit son chemin en Bosnie et expulse également des dizaines de milliers de Serbes de la partie de l’Herzégovine qui était antérieurement majoritairement peuplée de Serbes. Ce « nettoyage ethnique » permet à la Fédération de relier l’enclave de Bihač au reste de son territoire.

Après le bombardement du marché central de Sarajevo qui fait plusieurs dizaines de morts (mais des doutes subsisteront sur l’origine des tirs) le 28 août 1995, l’OTAN bombarde (30 août) les positions serbes de Bosnie, sans toutefois procéder à des attaques massives.  Les troupes croates et bosniaques gagnent du terrain. Les Serbes, qui détenaient 70% du territoire bosnien, n’en ont plus que la moitié en octobre.

Dès lors représentants de la Republika Srpska et de la Fédération acceptent de passer à la table de négociation. Le 21 novembre 1995 les accords de Dayton (Etats-Unis) sont paraphés ; ils seront signés le 14 décembre à Paris. Ils établissent les bases de l’organisation actuelle de la Bosnie-Herzégovine : un Etat, deux Entités, trois peuples contraints de cohabiter, bon gré mal gré sous la tutelle d’un Haut Représentant de la communauté internationale et sous le contrôle direct d’une nombreuse force internationale. Le conflit bosnien a fait près de 200 000 morts ; la moitié de la population a été déplacée ; beaucoup sont restés à l’étranger (le pays a perdu 10% de ses habitants).                  

5/ Le conflit du Kosovo

La fin de 1995 voit la récupération par la Croatie de la totalité de son territoire et la fin du conflit bosnien. Reste deux questions à régler : le jugement des criminels de guerre et le Kosovo. Sur le premier point, un Tribunal Pénal International pour l’ex Yougoslavie (TPIY) est mis sur pied, sur décision de l’ONU, à La Haye. Son travail n’est pas encore terminé. Il a déjà jugé quelques dizaines de personnes, en majorité serbes, mais aussi Croates ou Bosniaques. L’inculpé le plus célèbre est Slobodan Milošević, livré par les nouvelles autorités serbes après le changement de régime à Belgrade intervenu au printemps 2000. En revanche Radovan Karadžić et Radko Mladić, les deux principaux dirigeants bosno-serbes, au premier rang des inculpés pour crimes de guerre, n’ont, à ce jour, pas encore été pris [Ils le seront quelques années plus tard] . 

 

S’agissant du Kosovo, les affrontements entre Serbes et Albanais s’intensifient en 1998. L’armée serbe occupe le terrain à partir de février et utilise des armes lourdes contre le début de guérilla de l’UCK. Le CSNU vote un embargo sur les armes.  Au printemps 1999, la Serbie est l’objet de bombardements massifs de l’OTAN. La légalité internationale de ces frappes est discutable (pas de résolution explicite du CS). Une force internationale de maintien de la paix (KFOR) est envoyée au Kosovo. Ce territoire passe sous contrôle international et est détaché de fait de la Serbie.

Fin 1999 et au cours de 2000, la situation est confuse à Belgrade : manifestations anti-Milošević, fermeture de l’université, plusieurs personnalités assassinées, élections contestées (et boycottées au Monténégro, république durement touchée par l’embargo, d’abord international puis, de fait, serbe). Vojislav Koštunica sort finalement vainqueur du bras de fer avec Svobodan Milošević (inculpé depuis le 27 mai 2000 par le TPIY, il sera arrêté quelques mois après un siège mouvementé et livré ensuite à La Haye).   

6/ Evolution ultérieure

Depuis que ces lignes ont été écrites, les conflits yougoslaves ont connu des épilogues : le Monténégro, qui a réussi à rester à l’écart des conflits après sa participation au siège serbe de Dubrovnik au début de la guerre, s’est prononcé en 2006 pour la séparation d’avec la Serbie : l’indépendance a été votée et obtenue pacifiquement et les relations avec la Serbie sont maintenant normalisées. De son côté, le Kosovo, qui était occupé par l’OTAN a obtenu une indépendance qui n’a pas été reconnue par l’ensemble de la communauté internationale (ni la Serbie, ni la Russie, ni certains pays de l’UE ne l’ont reconnue et le nouveau pays n’a pas été admis à l’ONU. De son côté, la Macédoine a eu des problèmes avec sa minorité albanaise, pas encore totalement réglés. La Slovénie et la Croatie ont été admises comme membres de l’UE et de l’OTAN.     

L’ex Yougoslavie n’est pas encore totalement normalisée et les pays qui la composaient restent souvent fragiles. La partialité du TPIY n’a pas contribué à panser les plaies.   

= commentaires=

1/ La responsabilité de Milošević dans l’éclatement de la Yougoslavie est lourde. Mais Tudjman et Izbegerović ont aussi leur part.

2/ Le massacre délibéré de Srebrenica, crime de guerre le plus massif depuis la seconde guerre mondiale, a joué un rôle capital dans la « diabolisation » des Serbes. Cela n’exonère en rien les nombreux crimes croates et bosniaques, aussi coupables de nettoyage ethnique que les Serbes.

3/ Cette diabolisation et les bombardements contestables de Belgrade par l’OTAN ne sont pas la meilleure manière de panser les plaies et de favoriser la réconciliation, notamment en Bosnie et au Kosovo. Cela est d’autant plus regrettable que, à l’exception du Kosovo, la cohabitation intercommunautaire était une réalité avant 1991 et qu’aujourd’hui la « Yougo-nostalgie » est générale. Ce conflit absurde entre populations de même langue et de mêmes valeurs autrefois partagées a surtout été l’œuvre de minorités activistes et le fruit d’enchaînements incontrôlables que le contexte international a aggravé./.

Yves Barelli, juillet 2005 complété en décembre 2017

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