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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 20:03

Un général qui se suicide devant ses juges, un chef d’Etat qui meurt en prison, des juges ne connaissant rien aux affaires qu’ils « jugent », des incohérences dans les procédures, une partialité systématique. Vingt ans après sa création pour, en principe, punir = tous = les crimes de guerre qui ont marqué les conflits yougoslaves des années 1990, mais qui se contente de ne punir qu’un camp, celui des Serbes, le Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie (TPIY), qui continue sa sale besogne une génération après la fin des conflits, est un scandale permanent qui déshonore ceux qui en sont les complices, actifs par haine idéologique ou passifs par lâcheté en fermant les yeux sur ce qui se passe à La Haye, où siège le TPIY. Cette « justice », qui n’est que de l’injustice, me révolte. Il se trouve que je connais bien cette question pour avoir été en poste diplomatique dans l’ex Yougoslavie. Elle ne me laisse pas indifférent et il est de mon devoir de témoigner.

1/ Le TPIY a été institué par la résolution 827 du 25 mai 1993 du Conseil de Sécurité de l’ONU afin de poursuivre les personnes s’étant rendues coupables de crimes de guerre au cours des conflits qui ont ravagé l’ex Yougoslavie au début des années 1990. Le projet de résolution, préparé par la France, fut adopté à l’unanimité. Il instaurait un tribunal en principe indépendant siégeant à La Haye.  

Il convient d’en rappeler les circonstances. L’opinion publique internationale avait été sensibilisée par les crimes commis en Yougoslavie, notamment le massacre de 8000 civils bosniaques à Srebrenica. On était à l’époque encore en pleine hystérie anti-communiste. L’Union soviétique venait de s’effondrer, Boris Ieltsine, qui avait renversé Gorbatchev, et dont les amis mafieux s’enrichissaient en marge de privatisations bidon au profit d’entreprises occidentales, à la tête d’un pays exsangue, était l’homme des Américains, la Chine, peu intéressée par les Balkans, n’avait pas encore la puissance qu’elle a désormais et le reste de la soit disant « communauté internationale » était presque en totalité, par adhésion ou par crainte, aux mains des Américains : désormais seuls maitres du monde, ils pouvaient frapper n’importe où ; ils venaient de le faire en bombardant Belgrade sans mandat de l’ONU, ils étaient intervenus en Afghanistan et s’apprêtaient à envahir l’Irak. On comprend mieux, dans ces conditions, l’unanimité du CSNU sur la Yougoslavie, d’autant que, les conflits étant terminés et la poursuite de criminels de guerre étant à priori une tache noble, nul n’avait d’intérêt particulier à défendre ou envie de s’opposer aux Américains sur ce sujet.         

2/ Un engrenage infernal s’est alors mis en place. Ce tribunal en principe indépendant mais sous forte influence occidentale (les 11 juges sont élus par l’Assemblée Générale de l’ONU  sur proposition du Conseil de Sécurité où les Occidentaux étaient hégémoniques ; le premier procureur, Carla del Ponte, une suissesse, a fait preuve d’un zèle tout particulier dans sa chasse aux Serbes ; celui qui lui a succédé est belge), s’est mis au travail.

Rien de pire que des magistrats « indépendants » grassement rémunérés : ils veulent se faire un nom dans l’histoire (Del Ponte a acquis une grande notoriété) et leur carriérisme opportuniste les pousse à aller dans le « sens de l’histoire », celui des Américains qui venaient de triompher du communisme et, lorsqu’on sait que la Serbie de l’époque était encore à direction communiste, on comprend mieux que ce sont ces crimes « communistes » qui les ont spécialement intéressés. En revanche, il aurait été contreproductif pour eux de s’en prendre aux Croates ou aux Bosniaques, ennemis des Serbes. S’ils l’avaient fait, on les aurait évidemment accusés de « partialité », seul l’antiserbisme et l’anticommunisme primaires étant « objectifs ». Aussi, ne l’ont-ils pas fait : il était préférable, pour leur carrière et pour aller dans le sens des médias aux informations et commentaires à sens unique, de ne s’en prendre qu’aux « méchants » Serbes.

D’ailleurs, le « travail » du TPIY a été grandement aidé par l’OTAN. Ce sont les troupes de l’OTAN, présentes en Bosnie et au Kosovo après la « victoire » contre la Serbie, qui se sont chargées de traquer et d’arrêter les accusés. Parler d’indépendance du tribunal dans ces conditions relève de la mystification.  

3/ Depuis sa première audience en novembre 1994, 161 personnes ont été poursuivies et 94 condamnées.

Comme par hasard, tous les dirigeants serbes de l’époque ont été recherchés en priorité. Parmi eux, le président de la République de Serbie, Slobodan Milošević, démocratiquement élu par des élections libres, le président de la République serbe de Bosnie, Radovan Karadžić. En revanche, ni le président croate, ni celui de la Bosnie, dont les armées et milices ont commis au moins autant d’attrocités que leurs homologues serbes, n’ont été poursuivis.

Les rares non-Serbes qui ont été poursuivis par le tribunal, en général ont été acquittés. Cela a été le cas du général croate Ante Gotovina, accusé de crimes contre l’humanité, qui, dans un premier temps a été condamné à 24 ans de prison mais acquitté, et libéré, en appel (c’est la conception de la justice ou de la démocratie à la mode occidentale: quand un tribulal se  « trompe», on casse le jugement, et quand un peuple se  « trompe», comme les Français sur le référendum de 2005 sur la « constitution » européenne, on ne tient pas compte de son vote). Cela a été aussi le cas de l’un des chefs des milices albanaises du Kosovo, Ramush Haradinaj, libéré faute de témoins à charge, 9 personnes ayant été assassinées avant de pouvoir témoigner, ce qui ne semble pas avoir particulièrement interpelé les juges (il est vrai que poursuivre des Albanais était un peu délicat, les Albanais ayant été des victimes « héroïques » du « joug » serbe, comme tous nos médias bienpensants nous le répètent encore : le Kosovo, autrefois serbe -  c’est même le berceau de la nation serbe - avait été envahi par l’OTAN sans mandat de l’ONU et livré un peu plus tard aux mafias albanaises qui, aujourd’hui, dirigent l’Etat « indépendant » du Kosovo).

On pourrait encore citer quelques exemples qui montrent que, lorsque les non-Serbes ont été déclarés coupables de crimes de guerres (peu de cas), ils s’en sont tirés, pour des crimes comparables, avec des peines infiniment plus clémentes que les Serbes.

Bref, une parodie de justice qui n’honore ni les magistrats qui se livrent à cette mascarade, ni les politiciens qui ont instauré le tribunal.

4/ Cette soit disant justice, en fait, pose deux questions :

a/ Est-elle équitable ? La réponse est évidemment non.

b/ Sert-elle à quelque chose, autrement dit a-t-elle un effet dissuasif sur d’autres crimes qui pourraient être commis ailleurs ? La réponse, là aussi, est non.

Nul n’a été dupe de la partialité, donc de l’absence de légitimité du tribunal. Même ceux qui avaient critiqué la politique suicidaire pour la Serbie de Milošević ont souvent éprouvé une certaine sympathie pour lui compte tenu qu’il avait été un chef d’Etat et qu’il n’avait personnellement commis aucun crime. Il en est allé de même, par exemple, de  Karadžić. Je me trouvais en poste diplomatique au Monténégro lorsqu’il était recherché puis arrêté (en Serbie) en 2008 (il sera condamné à quarante ans de prison en 2016). Même les plus anti-Serbes (j’en ai parlé avec les dirigeants du Monténégro), lorsqu’ils étaient honnêtes, déploraient l’unilatéralisme du tribunal et estimaient que sa partialité entachaient gravement le but même que la communauté internationale lui avait fixé, punir des crimes.      

En fait, le TPIY  a complètement manqué sa cible : promouvoir les droits de l’homme, punir équitablement ceux qui les violent et établir les bases d’un monde plus juste. Il a en fait été une machine de guerre américaine au service de l’éradication du communisme partout dans le monde (sauf en Chine, parce que les Américains y font de juteuses opérations commerciales !). Du moins à ses débuts. Aujourd’hui, c’est une machine qui tourne dans le vide avec des magistrats qui continuent à « casser » du Serbe par la force de l’habitude, par carriérisme et, vénalement, par appât du gain (ce ne sont plus des juges mais des mercenaires).

On vient d’assister à une scène horrible : un ex-général serbe vient de se suicider il y a trois jours en pleine séance devant ses juges en avalant une fiole de poison. Les télévisions ont montré quelques images (on aime le sensationnel) mais sans rien expliquer pour la raison simple que la plupart des gens, y compris les journalistes, ont complètement oublié les tenants et les aboutissants de conflits vieux de vingt ans. C’est la pire situation : non seulement le TPIY a perdu toute légitimité, non seulement il continue d’attiser les rancœurs chez les anciens protagonistes alors qu’il faudrait promouvoir la réconciliation, ce que la diabolisation des Serbes ne saurait permettre, mais, aujourd’hui, des magistrats surpayés continuent de juger dans l’indifférence générale des faits et des hommes dont ils ignorent à peu près tout et, cela, pour une finalité que tout le monde a perdu de vue.

5/ Dans les années 2000, j’ai été en poste diplomatique d’abord en Bosnie puis au Monténégro. La situation que j’ai trouvée sur place n’avait qu’un lointain rapport avec ce que j’en connaissais auparavant en m’ « informant » au moyen de médias très influencés par les vues unilatérales des sources d’ « information » des Etats-Unis et de l’OTAN.

Je prends trois exemples : a/ quand je suis arrivé à Sarajevo, j’avais encore en tête cette image « vue à la télé » de « snippers » serbes tirant à l’aveugle sur de pauvres civils bosniaques traversant les rues ? Cela s’est effectivement passé, mais n’a duré que trois mois ; ensuite, ce qu’on ne disait pas, il y a eu des discussions et accords entre belligérants qui ont permis d’évacuer des civils : les Serbes n’étaient donc pas seulement les brutes sanguinaires qu’on nous a présentés. b/ le bombardement du marché de Sarajevo, qui a fait plusieurs dizaines de victimes a été présenté comme le crime de trop des Serbes qui a décidé, « enfin », l’OTAN a entrer dans le conflit en envoyant des avions bombarder Belgrade. Or, on a de bonnes raisons de penser (« on », ce sont des sources que je n’ai pas le droit de citer publiquement) que ce crime de guerre n’a peut-être pas été le fait des Serbes ; si on veut bien estimer que, quand on cherche un coupable, il faut aussi savoir à qui le crime profite, on constate que ce crime n’a pas servi les Serbes ; c/ le massacre de Srebrenica a été un crime de masse affreux et impardonnable (je suis allé sur place et j’ai vu passer devant chez moi des convois funèbres ; croyez-moi, à moins d’être dénué de toute humanité, cela ne laisse pas indifférent), mais il faut savoir que l’assassinat de 8000 civils bosniaques a répondu à l’assassinat de 1500 Serbes. Cela n’excuse pas le crime des 8000 mais on serait plus crédible en dénonçant aussi les autres crimes. Il n’y a pas eu que ceux des Serbes.

6/ Les crimes, il y en a eu dans tous les camps avec hélas un engrenage massif qui, rapidement, s’est emballé et que plus personne ne pouvait arrêter. Ainsi, les trois « communautés » de Bosnie, les Bosniaques, de tradition musulmane, les Serbes, de tradition orthodoxe, et les Croates, de tradition catholique (auxquels s’ajoutaient ceux, nombreux, qui se disaient seulement « Yougoslaves » et qui, dans ce pays laïque, ne se reconnaissaient d’aucune religion ni communauté), qui parlent la même langue, vivaient en bonne intelligence dans la Yougoslavie de Tito. Le conflit avait commencé par une opposition politique (qui a tourné à l’affrontement militaire) entre la Serbie et la Croatie, républiques fédérées de la Yougoslavie, et il s’est étendu en Bosnie malgré les Bosniens (« bosnien » = habitant de la Bosnie, bosniaque = l’une des « communautés ») rapidement dépassés. Les partis « communautaires », auparavant très minoritaires, sont rapidement devenus majoritaires par enchainement : aux premières exactions, fait de provocateurs, ont répondu des représailles et, aux massacres, ont répondu des massacres, plus grands encore. Dans les Balkans, la culture de la vengeance est profondément ancrée. Elle a entrainé toutes les dérives.

Mon chauffeur à l’ambassade de France à Sarajevo était de mère serbe et de père bosniaque (ou le contraire, je ne sais plus) ; il était sans religion comme beaucoup de ses compatriotes. Il m’a parlé un jour longuement du conflit et, mettant tous les protagonistes dans le même sac, il a conclu : « et ces salops ont tué mon pays (la Yougoslavie) et gâché ma jeunesse ».

Alors, à Zoran et à tous les autres, n’allez pas parler du tribunal de La Haye et de son parti-pris antiserbe. Pour lui et pour la plupart des gens que j’ai côtoyés, la Yougoslavie de Tito était un âge d’or. Pour eux, dans les conflits, il y a eu beaucoup de criminels. Les Serbes, bien sûr qui ont souvent ajouté la bêtise au crime parce qu’ils ont finalement aidé ceux qui ont voulu les diaboliser, et avec eux le communisme yougoslave. Si on devait établir une hiérarchie du crime, ils seraient sans doute numéro un. Mais à peine devant les suivants, les Croates (champions des « nettoyages ethniques », pire encore que les Serbes), les Bosniaques (rois de l’hypocrisie, que Bernard Henri Lévy, qui a sévi là comme ailleurs, a réussi à transformer en victimes innocentes) et, sur le théâtre d’opération du Kosovo, les Albanais.

Et puis, il y a un autre criminel, extérieur lui, que jamais personne ne jugera parce qu’il a lui-même créé son tribunal, le TPIY, non pas pour juger des crimes mais, en fait, pour juger ceux qu’il a combattu, les communistes ex yougoslaves et, en les poursuivant, pour se dédouaner de sa propre responsabilité. Ce criminel, ce sont les Etats-Unis de Bush, les vas-t-en guerre contre, d’abord, le communisme, puis contre les régimes arabes laïcs, tel celui d’Irak qu’ils ont combattu sous le prétexte qu’il avait des armes de destruction massive qui, en fait, n’existaient pas (les seuls à en avoir étaient les Américains).

Ce criminel, il n’a eu de cesse que de casser l’Union soviétique et les autres pays communistes. Ils y ont réussi : l’URSS et la Yougoslavie n’existent plus. Mais leur victoire n’a pas été durable parce qu’il est plus difficile de tuer une nation que ses dirigeants. Aujourd’hui, la Russie est de retour sur la scène internationale et la Chine est devenue une superpuissance. Désormais, les Américains ont moins (mais encore beaucoup) d’impunité et c’est tant mieux.

Les Européens ont eu aussi une assez lourde responsabilité. Les Allemands ont un peu trop vite pris le parti de leurs anciens amis (du temps de Hitler) croates et les Français, en ce temps comme aujourd’hui, par parti-pris européiste, n’ont pas voulu contrer les Allemands, (alors que, de tous temps, les Serbes étaient francophiles : il y a un grand monument à Belgrade dédié à l’amitié pour la France).       

Les mauvaises langues demandent : pourquoi avoir envoyé  Milošević devant le TPIY (il n’a pu être condamné car il est mort en prison d’une crise cardiaque avant le jugement) et pas tous les autres chefs d’Etat responsables eux aussi de crimes de masse, à commencer sans doute par les présidents américains dont les interventions militaires ont été responsables de beaucoup de morts?

Poser la question, c’est reconnaitre qu’il est bien difficile de vouloir mettre sur pied une justice pénale internationale. Lorsque celle-ci prend l’allure de règlements de comptes des vainqueurs contre les vaincus, ce n’est plus de la justice. Le TPIY, mais aussi la mise en accusation des anciens dirigeants ivoiriens par exemple, est, je crois, tout à fait contreproductive car elle fait, le plus souvent, de criminels, des héros, surtout quand d’autres criminels, en face, ne sont pas inquiétés.

Dans une fin de conflit, je préfère la solution de Mandela. Il a passé de nombreuses années en prison, les victimes de l’Apartheid ont été nombreuses mais personne n’a été jugé, personne n’a été condamné. C’était la seule solution pour pacifier la « nation arc-en-ciel » et pour tirer un trait définitif sur le passé. Cela ne signifie pas qu’on oublie. Il faut aussi réparer et dédomager les victimes lorsqu’elles sont encore en vie. Mais chercher à tout prix des coupables perpétue, souvent, les conflits et empêche de construire les bases de l’avenir. Chez nous, le conflit algérien s’est soldé par une amnistie générale. Quel sens y aurait-il eu de poursuivre vingt après les crimes de l’OAS (en oubliant, de sursroi, ceux du FLN)? Aucun.  

C’est dommage qu’on n’ait pas appliqué la doctrine Mandela à la Yougoslavie.

Pour ceux que cela interesse, je mets en ligne en tant qu’article suivant de ce blog un résumé des conflits yougoslaves que j’avais rédigé lorsque j’étais en poste diplomatique dans la région. Il se limitait aux information du domaine public. On ne peut tout écrire mais cela suffit à la bonne compréhénsion du sujet.

Yces Barelli, 1er décembre 2017                                           

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