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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 01:16

Des policiers casqués, venus du reste de l’Espagne, qui brutalisent des femmes et des vieillards venus voter, des écoles saccagées pour tenter de s’emparer des urnes, plus de 700 blessés : une honte pour le gouvernement de Mariano Rajoy qui a ainsi montré son vrai visage, celui, honteux, d’un héritier du fascisme de Franco.

En dépit de ce déploiement de force destiné à empêcher par tous les moyens les Catalans de s’exprimer, le référendum sur l’indépendance a pu se dérouler, nonobstant l’ « interdiction » décidée par un gouvernement et un « tribunal constitutionnel » espagnols, juges et parties. Peu importe le résultat de cette consultation qui, en maints endroits, n’a pu se dérouler dans des conditions normales. Elle  sera, de toute façon, contestée. L’important est qu’elle se soit néanmoins tenue, avec la participation de millions de votants.   

Reste à voir sur quoi cette journée qui se voulait « historique » va déboucher : le parlement catalan se réunira mercredi ; l’indépendance pourrait être proclamée. Parallèlement, le chef du gouvernement espagnol va réunir les partis. Le chef du PSOE (socialiste), qui renvoie dos à dos Rajoy et Puigdemont (président catalan), mais qui a dénoncé les violences policières, pourrait tenter de faire renouer le dialogue. Podemos et le gouvernement basque  pourraient aussi jouer les intermédiaires. Un fossé s’est creusé aujourd’hui entre la Catalogne et l’Espagne. Il pourrait ne pas encore être irréversible. Mais le temps presse.

1/ On a pu voir sur les chaines françaises d’information en continu les longues files de citoyens faisant la queue sous la pluie pour aller voter dans des bureaux de vote où de nombreux jeunes ont campé toute la nuit pour les protéger des descentes de la police. J’ai personnellement regardé toute la journée sur internet la chaine d’information en continu du journal espagnol El Pais (intéressant car ce quotidien, équivalent du Monde, ne peut être suspecté de sympathie avec les indépendantistes catalans ; il a cependant rendu compte honnêtement du déroulement du « référendum illégal d’indépendance », comme il le nomme). On montrait notamment les urnes arriver à l’ouverture des bureaux, amenées en voitures de lieux secrets que la police n’a pu découvrir. On y a aussi vu les difficultés matérielles, les moyens de l’Etat ayant souvent réussi à perturber l’accès au fichier informatique des listes électorales, de sorte que, dans certains bureaux, on a du recopier les listes à la main.

Une petite incidente sur les bulletins de vote : ils sont bilingues, non pas catalan et espagnol, mais catalan et occitan, deuxième langue officielles de la Catalogne grâce au petit Val d’Aran, de langue occitane : les électeurs ont donc pu dire « òc » (oui) à l’indépendance. C’est peut-être de l’enfantillage, mais ça me fait plaisir.

2/ On a pu voir sur ces mêmes chaines d’information les charges policières contre des électeurs, certes avec une volonté très contenue de ne pas faire trop de mal. Mais ce spectacle de femmes poussées, voire trainées, à terre est indigne d’un pays qui se dit « démocratique ». On ne déplore heureusement aucun blessé grave. C’est une chance. Ces policiers ne sont pas catalans. Les « mossos d’esquadra », que chacun a vus lorsque les attentats islamistes ont frappé Barcelone le mois dernier, se sont contentés d’observer la situation. Ils se sont heurtés ça et là aux policiers « nationaux » et aux gardes civils (équivalents de gendarmes). Là aussi, on a évité le pire. Une procédure judiciaire a été ouverte contre eux à l’initiative du gouvernement de Madrid.

Ce sont 20 000 forces de l’ « ordre », en l’occurrence du désordre, qui ont été amenées du reste de l’Espagne. Sachant qu’ils ne seraient pas les bienvenus, on a évité de leur faire traverser la Catalogne : ils ont débarqué par bateau dans un endroit retiré du port de Barcelone. Une sorte d’expédition en terrain colonial !

Comme ces policiers nationaux et ces gardes civils ne pouvaient être partout, ce ne sont finalement que quelques bureaux de vote qui ont été perturbés : à Barcelone, mais aussi à Girone, où le président catalan, Carles Puigdemont, est inscrit. Il a néanmoins réussi à voter. Selon le gouvernement catalan, 96% des bureaux de vote (chiffre impossible à vérifier) auraient fonctionné normalement.

3/ On ne saura sans doute jamais combien exactement d’électeurs ont pu participer au référendum. Beaucoup, certainement. Une majorité du corps électoral ? On ne le saura sans doute pas. Les indépendantistes diront que oui, le gouvernement dira le contraire. Ceux qui sont opposés à l’indépendance ne se sont pas, le plus souvent, déplacés. Néanmoins, certains d’entre eux l’ont fait pour montrer leur désapprobation avec la prétention de Madrid à l’interdire.

L’important est en tout cas que le référendum ait eu lieu malgré tout. Les conditions dans lesquelles il s’est déroulé lui ôte, de fait, une signification autre que celle, et c’est déjà beaucoup, de la capacité des Catalans à l’avoir tenu.

4/ Quelle est la réalité des sentiments des habitants de la Catalogne ? En l’absence de consultation dans des conditions normales, par la faute du gouvernement de Madrid, on ne peut que s’en remettre aux sondages et aux élections précédentes. Le parlement catalan a été renouvelé il y a deux ans sur un programme clair de marche vers l’indépendance. Les députés favorables à celle-ci sont majoritaires. Cela confère une légitimé à ce parlement et à sa volonté de rompre avec l’Espagne. Les sondages donnent au coude à coude, en cas de « vrai » référendum d’autodétermination, les partisans du oui et du non. Cela n’est pas étonnant : il y a de l’ordre d’un tiers de non-Catalans (certains intégrés et même assimilés, d’autres non) parmi les résidents de Catalogne de nationalité espagnole (les étrangers ne votent pas). Avec une minorité de Catalans « espagnolistes », on s’approche de la moitié.

Quelles seront les conséquences des évènements d’aujourd’hui sur les sentiments des Catalans ? Certains craignant l’enchainement de violences pourraient rejoindre le statuquo pro-espagnol. Mais, selon les observateurs, y compris d’El Pais (hostile à l’indépendance) l’attitude de Rajoy visant à humilier et intimider les Catalans va sans doute encore renforcer le camp indépendantiste.

5/ Que va-t-il se passer maintenant ?

On a déjà eu ce soir un grand rassemblement populaire sur la Plaça de Catalunya de Barcelone. Les orateurs qui s’y sont exprimés se sont prononcés pour la proclamation sans plus tarder de la « République catalane ».

Mercredi 4 octobre le parlement catalan se réunit. On dit qu’il pourrait proclamer l’indépendance.

Mariano Rajoy va-t-il envoyer la garde civile pour tenter d’arrêter députés et membres du gouvernement catalan ? Je ne l’exclue pas. Verra-t-on des automitrailleuses stationner sur la Place de Catalogne et sur la Rambla comme du temps de Franco ? Je ne l’exclue pas non plus.

6/ Il y a heureusement des gens plus sensés que le chef du gouvernement espagnol pour lui dire qu’il est allé trop loin.

Il est vrai que le référendum était annoncé depuis longtemps et que Rajoy n’a strictement rien fait pour entamer ne serait-ce qu’un début de dialogue avec les dirigeants catalans. Son seul langage a été de répéter que la Constitution espagnole interdit la sécession d’une partie de l’Espagne (c’est ce qu’on disait à Paris en 1954 à propos de l’Algérie. On voit ce qu’il est advenu…) et que, en conséquence, tout référendum d’autodétermination est « interdit » (sur un ton que même des parents ne tiennent plus quand ils s’adressent à des enfants) et que, puisqu’il est interdit il est normal qu’on envoie la police pour « confisquer » les urnes.

Le chef du gouvernement espagnol, très critiqué par une partie de la classe politique et des médias, s’est résolu à organiser dans la semaine une réunion avec les partis espagnols.

Podemos a soutenu dès le départ le droit des Catalans à voter et a condamné les violences policières. C’est le cas aussi des partis basques.  

Pedro Sanchez, leader du PSOE (socialiste) a tenu ce soir un langage balancé, renvoyant dos à dos Puigdemont pour avoir pris l’initiative du référendum « illégal » et Rajoy pour n’avoir rien fait pour essayer de dialoguer et pour résoudre la crise de manière politique et non, comme c’est le cas, avec rien d’autre que des arguments juridiques (fallacieux) et des policiers tentant de voler les urnes.

Rappelons que le gouvernement de Rajoy est fragile. Il ne tient que par une majorité relative et non absolue.

Y aura-t-il une conjonction du PSOE, de Podemos et de quelques autres, dont les partis basques, pour le renverser ? Peut-être.

Il est clair que désormais la personne de Mariano Rajoy est une partie du problème et non de sa solution.

Sur le fond, le PSOE, qui a beaucoup à se faire pardonner tant son actuation quand il était aux affaires a été lamentable, pourrait enfin (pourquoi ne l’a-t-il pas fait quand il était au pouvoir ?) approfondir son idée de transformer l’Espagne en Etat fédéral avec quelques concessions aux Catalans, telle la liberté de choisir librement leur statut sans censure du « tribunal constitutionnel », qu’il y aurait évidemment lieu de réformer car c’est lui qui a mis le feu aux poudres en 2010 en interdisant l’emploi du mot « peuple, catalan » dans le statut (constitution) de la Catalogne. On pourrait aussi introduire au niveau fédéral l’égalité entre toutes les langues d’Espagne (catalan, basque, galicien) alors qu’aujourd’hui la seule langue de l’Etat espagnol est la castillan (tandis que, en Catalogne, c’est seulement le catalan, et symboliquement l’occitan, ce qui entraine des conflits incessants de compétences).             

7/ A supposer que cette évolution du pouvoir madrilène ait lieu, cela suffira-t-il à dissuader les Catalans de proclamer l’indépendance ? En d’autres termes, le fossé entre la Catalogne et l’Espagne, qui s’est considérablement approfondi aujourd’hui, est-il irréversible ?

La seule manière de savoir si les Catalans ont définitivement décidé de sortir de l’Etat espagnol serait évidemment de le leur demander. Je ne crois pas que l’Espagne pourra faire l’économie d’un véritable référendum d’autodétermination avec toutes les garanties de transparence et d’honnêteté sur le modèle de ce qui s’est fait en Ecosse et au Québec.

Quel en serait l’issue ? Aujourd’hui sans doute le oui à l’indépendance. Mais dans des conditions plus sereines et dans l’hypothèse d’une Espagne, union volontaire de ses peuples et non prison de ses peuples, ce serait peut-être une autre affaire.

Yves Barelli, 1er octobre 2017                                   

                                                         

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Published by Yves Barelli - dans espagne Catalogne
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commentaires

RATUMA 02/10/2017 11:13

https://outlook.live.com/owa/?path=/mail/inbox/rp

RATUMA 02/10/2017 07:18

http://www.bvoltaire.com/catalogne-mariano-rajoy-deviendra-t-mariano-kerenski/?mc_cid=ece757cec6&mc_eid=5a81bc32d4

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