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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 14:11

Les élections législatives qui se sont déroulées en Allemagne le 24 septembre ont donné une victoire étriquée à Angela Merkel, chancelière sortante, qui sera obligée de composer avec d’autres formations politiques mais aussi avec l’aile « dure » de son propre parti. Elle y parviendra, je n’en doute pas, la culture du consensus en Allemagne étant suffisamment forte pour favoriser les compromis. Plus intéressants que cette politique « politicienne » me paraissent être les enseignements à tirer de ce scrutin sur l’évolution de l’opinion publique allemande, notamment dans les Länder de l’Est, et sur la politique prévisible quant à l’Europe. Sur ce dernier point, l’ « européiste » hors du temps qu’est Emmanuel Macron a du souci à se faire…

1/ Le système électoral allemand est beaucoup plus simple et plus juste que le français. Les députés du Bundestag (Assemblée Nationale) sont élus, pour quatre ans, à la proportionnelle (pour être exact : une partie des députés sont élus par circonscription en un seul tour, comme en Angleterre, et les autres à la proportionnelle intégrale avec, en outre, attribution de sièges supplémentaires pour compenser les déficits éventuels résultant des élections directes, de sorte que l’assemblée reflète exactement les rapports de forces au niveau national) et seuls les partis qui recueillent plus de 5% des voix sur l’ensemble du pays entrent à l’assemblée.

Schéma classique en régime parlementaire, il appartient aux partis de constituer ensuite une  coalition, si nécessaire, afin de former une majorité et un gouvernement et c’est le chef du parti vainqueur qui devient premier ministre (« chancelier »). Dans ce système, le président de la République n’a qu’un rôle honorifique, de continuité de l’Etat et, le cas échéant, de « facilitateur » pour les discussions entre partis.

Par ailleurs, il existe une deuxième chambre, le « Bundesrat », qui représente les Länder (les 15 Etats fédérés). Les lois doivent être adoptées, jeu parlementaire classique, en concertation entre les deux chambres, le dernier mot appartenant, en cas de désaccord persistant, au Bundestag. Rappelons en outre que les Länder ont des compétences étendues sans commune mesure avec celles des régions françaises (à titre d’exemple, il n’y a pas de ministère fédéral de l’éducation, chaque Land ayant son propre système éducatif).

Ce système, très stable (il n’a pas changé depuis la création de la république fédérale en 1948), a toujours parfaitement fonctionné. Il est vrai qu’il était surtout adapté à un système bipartisan (CDU-CSU et SPD) avec parti charnière (FDP) s’alliant soit avec l’un soit avec l’autre. On a eu aussi des « grandes coalitions » réunissant tous les partis « institutionnels » (cas du gouvernement sortant).

Le système est moins adapté au multipartisme, cas actuel avec l’émergence de partis « hors système » : die Linke (équivalent de la France Insoumise), AfD (proche du Front National) ou Verts (en fait intégrés au système). L’élection de dimanche a fait apparaitre que les deux grands partis du système ne représentent plus que la moitié des électeurs, ce qui est nouveau et est de nature à compliquer la formation d’une majorité.

Mais ce qui pourrait être une cause de blocage sera probablement corrigé par une règle non écrite valable dans tous les pays germaniques, celle du « consensus », chaque force politique faisant les concessions nécessaires pour aboutir à une ligne commune médiane. Il n’est pas sûr qu’un tel système fonctionnerait en pays latin (on l’a vu en Espagne, restée plusieurs mois sans gouvernement, où la recherche du compromis ne semble pas être dans les « gènes » : on le voit encore, concrètement, aujourd’hui, dans la crise catalane).         

2/ Cinq partis entrent au Bundestag (les pourcentages donnés sont ceux des voix et donc des députés) : CDU-CSU (CDU : droite démocrate-chrétienne et son équivalent pour la seule Bavière, le CSU) = 33% ; SPD (social-démocratie)=21% ; FDP (« Libéraux »)=10% ; Verts=9% et deux partis qu’on peut qualifier d’antisystème : l’AfD (« Alternative pour l’Allemagne »)=13% et « die Linke » (« la gauche »)=9%.

Les deux grands partis « de système », la démocratie chrétienne et la social-démocratie, restent en tête mais subissent une forte érosion de leur électorat (moins 7 points pour la CDU et le plus mauvais score socialiste depuis 1948). Ces partis étaient associés dans le gouvernement sortant. Visiblement, cette compromission a été désavouée par les électeurs.

3/ L’Allemagne est un pays géographiquement et sociologiquement beaucoup moins homogène que ceux qui la connaissent mal pensent. Les ancrages des forces politiques sont souvent très typés. En simplifiant, on peut dire que la droite chrétienne a ses principaux bastions dans le sud catholique (la CSU, allié local de la CDU a toujours été hégémonique dans la très catholique Bavière) et les socialistes dans le nord protestant. Quant aux partis hors-système, c’est surtout en Allemagne de l’Est qu’ils y ont leurs principaux soutiens (nous y reviendrons infra).

4/ Le fait nouveau est l’émergence de l’AfD, parti formé il y a moins de cinq ans, qui entre en force au Bundestag.

Méfions-nous des caricatures présentées par nos médias « bienpensants » selon lesquelles, cette force serait « cripto », « archéo » ou « néo » nazie. Si certaines déclarations maladroites de certains de ses dirigeants sont de nature à le laisser penser (la « fierté » des soldats allemands qui se sont battus au cours des deux guerres mondiales ne signifie pas être d’accord avec l’holocauste : dans notre « politiquement correct », on fait la différence entre combattants ordinaires et assassins nazis, doit-on interdire aux Allemands d’évoquer leur passé ? Il est vrai que la finesse n’est pas le fort des Allemands et on devrait attendre d’eux qu’ils s’abstiennent d’évoquer le passé, surtout pour en être « fier »), la ligne de l’AfD n’a rien à voir avec le passé nazi de l’Allemagne.

Ce parti et ses électeurs sont préoccupés par le présent, pas par le passé : ils dénoncent à la fois le laxisme de la société envers la délinquance, la complaisance face à l’islam conquérant, la faute impardonnable de Merkel d’avoir laissé entrer un million d’immigrants illégaux, pour l’essentiel musulmans, dont le mode de vie est plus que différent de celui des Allemands, pour certains d’entre eux incompatible, et enfin les méfaits de l’Union européenne et de l’euro.

Même si la manière de le dire est maladroite et, dans certains cas, inacceptable, le programme de l’AfD, pour l’essentiel, est plutôt raisonnable et est, d’ailleurs, largement partagé, selon les sondages d’opinion, par une majorité d’Allemands. Il est vrai que l’arrivée massive de centaines de milliers d’immigrants difficiles à intégrer et sans doute impossible à assimiler, pose problème. L’Allemagne était un pays sûr, discipliné, propre, travailleur, aux valeurs bien ancrées. Ce n’est malheureusement plus le cas. Tous les immigrants musulmans ne sont évidemment pas tous des terroristes ou des violeurs, mais il y en a un certain nombre parmi eux. Cela pose problème et refuser de le voir pose encore plus problème.

5/ La social-démocratie allemande est à l’image de la française, de l’espagnole, de l’anglaise et des autres social-démocraties européennes. Elle a tourné le dos à ses valeurs traditionnelles de solidarité, de défense des plus faibles et de dénonciation du capitalisme immoral. Elle en paye le prix : pourquoi voter pour un parti de « gauche » qui fait la politique de la droite (parfois en pire) ? Réponse : cela ne sert à rien si on reste socialiste. Et si on ne l’est pas, autant carrément voter à droite.

Une remarque au passage : non seulement la social-démocratie trahit ses valeurs, mais elle refuse toute alliance avec ce qui reste de gauche, ce qui, pour elle, est suicidaire. Le SPD et die Linke ont fait ensemble presque autant de voix que le parti de Merkel, en France si Benoit Hamon ne s’était pas obstiné à maintenir son inutile candidature, Mélenchon aurait peut-être pu figurer au second tour et en Espagne si le PSOE faisait alliance avec Podemos, il pourrait renverser Rajoy. Si quelqu’un comprend la stratégie suicidaire de la social-démocratie européenne, qu’il me l’explique. Moi, je laisse le culte de l’absurde à Kafka.

6/ Une génération après la fin de la République Démocratique Allemande, l’intégration (l’absorption ou l’annexion sont des mots qui conviendraient mieux) de l’Allemagne de l’Est n’est pas encore une réalité dans les esprits.

Près de la moitié des électeurs est-allemands ont voté pour l’un ou l’autre des partis hors-système, l’AfD ou die Linke. L’AfD fait son meilleur score en Saxe (principales villes Dresde et Leipzig) avec 27% des voix (16% pour die Linke) et die Linke en Brandebourg, Saxe-Anhalt et Mecklembourg (Land où est élue Madame Merkel)  avec 18% dans chacun de ces Länder (l’AfD y fait encore mieux, y dépassant 20%).

Pourquoi ce vote est-allemand ? Pour trois raisons.

La première est que l’ex RDA n’a pas été « réunifiée » en 1992 mais purement et simplement annexée et même colonisée. Tous ceux qui étaient dans la fonction publique en ont été exclus, même les fonctionnaires les plus subalternes et s’occupant de secteurs très loin de la politique. Ce qu’on n’a pas fait après la seconde guerre mondiale (sauf à l’Est), la « dénazification », on l’a fait en Allemagne de l’Est pour éradiquer tout ce qui pouvait rappeler le communisme (on y a ainsi détruit le système de santé et fermé la plupart des crèches). Dans le même temps, les anciens propriétaires sont revenus et ont mis la main sur les propriétés publiques, allant jusqu’à récupérer des bâtiments abritant des maisons de retraites dont on a expulsé les locataires. Inutile de dire que tout cela a été très mal vécu sur place.

La seconde raison est que ce qui avait été promis n’a pas été tenu. Les centaines de milliards versés sur l’ex RDA ont surtout profité aux capitalistes de l’Ouest qui se sont accaparé des anciennes entreprises nationales de l’Est. Les salariés, eux, continuent à avoir des salaires inférieurs à ceux de l’Ouest et ils ont perdu beaucoup d’avantages sociaux. Comme ailleurs en Europe de l’Est, le passage au capitalisme, s’il a apporté des avantages dans de nombreux domaines, s’est aussi traduit par un recul social généralisé et l’explosion des inégalités.

Après la « réunification », le ressentiment est-allemand s’est concrétisé par la persistance d’un vote communiste fort, devenu aujourd’hui la principale composante de l’électorat de die Linke (du moins pour eux qui ne sont pas passés au vote AfD).   

La troisième raison est sociologique. Elle est commune à tous les autres pays de l’Europe de l’Est. Les sociétés communistes étaient égalitaires et fondées sur certaines valeurs, notamment celle de l’ordre, largement partagées dans les populations, Ces sociétés étaient homogènes : très peu d’inégalités sociales et très peu d’immigration.

On a peine à réaliser ailleurs combien ces valeurs sont ancrées dans la population. Elles expliquent le refus absolu et général de tous les pays de l’Est de s’ouvrir à l’immigration musulmane. Que cette réaction de défense soit liée à l’attachement aux valeurs chrétiennes comme en Pologne ou en Hongrie ou à celles de la laïcité comme en Tchéquie (pays qui détient le record mondial pour la proportion d’athées dans la population) ou en ex RDA (presque aussi « incroyante »), cela revient au même. Il y a, dans l’esprit de ces populations, incompatibilité absolue entre eux et l’islam, religion qu’ils connaissent très peu et qu’ils ne veulent pas connaitre car véhiculant des « valeurs » infériorisant la femme et encline à se répandre dans l’espace public là où les populations locales ne veulent pas, selon les cas,  autre chose que le christianisme ou pas de religion du tout.

Et ce n’est pas seulement une question de religion. Dans les pays de l’Est, on ne comprend pas le laxisme de la justice envers la délinquance, la tolérance de populations marginales vivant d’ « allocs » sans travailler, mais aussi l’existence d’inégalités sociales ou de rémunérations jugées « scandaleuses ».

Je connais très bien tous ces pays où j’ai vécu, dont, pour plusieurs, je parle la langue et où j’ai de nombreux contacts. Les peuples de ces pays sont très critiques vis-à-vis du capitalisme qui, souvent, leur a été imposé sans qu’ils l’aient choisi et vis-à-vis de nos sociétés qu’ils estiment, en fin de compte, plus « immorales » que le communisme qui, pourtant, et tout le monde le reconnait, avaient de nombreux défauts.

Cet état d’esprit explique la popularité de Vladimir Poutine en Russie, celle des régimes durs, souvent qualifiés chez nous de « cléricaux » ou « populistes », qui se sont établis, je pense pour longtemps, en Pologne et en Hongrie, la constitution d’un « axe » de l’Est hostile à l’immigration et critique envers le fonctionnement de l’Union européenne.

Cela explique aussi, et c’est ce qui nous intéresse spécifiquement dans cet article, le vote AfD et celui de die Linke (mais qui perd du terrain car muet sur la question de l’immigration et de l’islam) en Allemagne de l’Est.

Analyser le vote AfD par la résurgence du nazisme est, soit une grossière erreur, soit de la malhonnêteté. Quand nos médias s’arrêteront de voir du « populisme », du « racisme », de l’ « islamophobie », du « repli sur soi », voire du « fascisme » ou du « nazisme » là où les gens, seulement, sont attachés à la laïcité que nos aïeux ont obtenu, après une longue lutte en 1905, laïcité qui est menacée par des adeptes d’une religion importée, là où on en a assez de la délinquance et là où on n’est pas d’ accord avec le capitalisme mondialisé qui nous gouverne, alors on pourra ouvrir un débat sur la société que nous voulons. Ceux qui préfèrent l’invective à l’argument ne sont pas prêts à ce débat. Ils parlent de démocratie et de droits de l’homme alors que leur état d’esprit est à l’opposé. Ils sont complètement prisonniers de leurs schémas artificiels et de leur dogmatisme. Ils refusent de regarder la réalité. C’est dommage.

7/ Les Allemands sont des gens plutôt raisonnables. Ils préfèrent la stabilité à l’anarchie et reconnaissent à Madame Merkel (et à ses prédécesseurs) la qualité d’avoir géré le pays en « bon père de famille » (dans ce pays où la moyenne d’âge est élevée du fait de la faible démographie, la sécurité, la stabilité et l’épargne sont des valeurs fortes). Cela ne les empêche pas d’être mécontents, à l’Est bien sûr, mais aussi à l’Ouest.

Madame Merkel a vu passer tout près le boulet. On peut penser qu’elle va en tenir compte.

Elle a laissé entrer un million d’immigrants pour satisfaire le patronat allemand qui y trouve un grand intérêt (main d’œuvre peu revendicative qu’il faut certes former, mais sur fonds publics, et, surtout, des consommateurs supplémentaires : les immigrants reçoivent des allocations, payées grâce aux impôts des classes moyennes, et ils achètent les produits des capitalistes qui en tirent bénéfice). Mais cela a suscité des réactions hostiles, pas seulement chez les électeurs de l’AfD, mais aussi chez ceux qui ont, malgré tout, voté pour elle. On peut penser que, désormais, les frontières allemandes seront moins poreuses.

Quant à l’Union européenne, le sentiment que les Allemands payent pour tous les autres est très fort outre-Rhin.

Beaucoup de Français se méprennent totalement sur l’Allemagne. Aucun peuple européen ne veut dissoudre sa nation dans une nation hypothétique et, pour tout dire, mythique et purement dogmatique, européenne. Il n’y a ni nation ni patrie européenne. Seulement des nations et des Etats qui essaient de tirer parti, à tort ou à raison (je pense à tort) de l’Union européenne pour satisfaire leurs intérêts.

Le président Macron croit en cette « nation » mythique européenne et il croit aussi que cette nation va pouvoir émerger du « couple » franco-allemand.

Il se trompe doublement. Les Allemands ne veulent pas abandonner leur souveraineté. S’ils jouent encore le jeu européen, c’est surtout parce qu’ils sont prisonniers de leur passé. La force de l’Allemagne fait peur, et fait peur en premier lieu aux Allemands eux-mêmes. En conservant la fiction d’une direction européenne franco-allemande, ils pensent faire moins peur. Seuls des Français naïfs peuvent y croire. Monsieur Macron en fait partie.

La réalité est que l’euroscepticisme est encore plus fort en Allemagne que chez ses voisins. Et cela est logique. L’idéal, pour l’Allemagne, serait d’être une super-Suisse indépendante. Ils ont accepté l’euro à contrecœur (qu’ils ont échangé avec Mitterrand contre la réunification). Les Allemands sont convaincus que seuls ils s‘en tireraient mieux qu’en compagnie des « cigales » des pays du « club Med » qu’ils doivent sans cesses renflouer. Ils ne veulent pas d’un gouvernement de la zone euro avec ministre des finances et budget communs.

Les Allemands sont évidemment divisés sur cette question, comme les Français. Le SPD et les verts sont les plus européens « intégrationnistes ». Le SPD vient de subir une « raclée » et les Verts, aussi divisés que leurs homologues français ne pèsent que 9%. Ils iront « à la soupe », mais devront se contenter de quelques mesures symboliques (comme Nicolas Hulot).

Le gros de l’électorat et des dirigeants de la CDU continueront à tenir le langage de l’ « intégration » européenne, mais en trainant les pieds.

L’infléchissent vers plus de réticence à cette intégration va venir des Bavarois de la CSU (qui ont toujours été très hostiles à l’accueil de migrants, d’autant plus qu’ils entrent par Munich) et des Libéraux du FDP. Ceux-là sont réputés être en partie la voix du patronat. Celui-ci a déjà eu son apport de migrants. Il ne va pas pousser pour en avoir d’autres. En revanche, tout ce qui peut affaiblir l’économie et surcharger le budget n’est pas bon pour lui. Le FDP estime que toute intégration supplémentaire de la zone euro est une ligne rouge et comme cette attitude est celle d’une bonne partie de la CDU, on peut penser qu’elle ne sera pas franchie.

Notre président Macron va sans doute au-devant de désillusions.

Il a assis toute sa stratégie, encore plus que ses prédécesseurs, sur le partenariat avec l’Allemagne. Il considère qu’en faisant des réformes impopulaires et en faisant des économies budgétaires partout, il va pouvoir convaincre les Allemands du « sérieux » de la France et donc, via le « couple » franco-allemand, il va pouvoir influer fortement, de l’intérieur, sur cette Europe fédérale à laquelle il aspire.

Pour plaire aux Allemands, Emmanuel Macron est allé jusqu’à accepter la mainmise de Siemens sur Alstom (présenté comme un mariage alors qu’il s’agit d’un rapt), lui qui avait refusé aux Italiens de s’approprier les chantiers navals de Saint-Nazaire.

Je suis convaincu que cette stratégie est erronée car contraire aux intérêts de la France.

Malheureusement, cette stratégie est celle que la France suit depuis plus de trente ans. Nous avons tout misé sur une « construction » européenne qui va bientôt voler en éclats et sur une alliance privilégiée avec l’Allemagne qui ne va pas tarder à nous faire comprendre qu’elle n’en veut plus.

Je rentre de voyage en Afrique et cela me renforce dans ma conviction qu’une autre stratégie était possible. Celle de l’édification d’un grand bloc franco-africain (auquel aurait pu adhérer les pays de l’Europe du Sud et qui aurait pu établir des relations privilégiées avec l’Amérique latine) de nature à peser fortement dans le monde. Dans une union, il faut s’assurer que tous les partenaires y trouvent leur compte. Il y avait une forte demande de France en Afrique (même en Algérie en dépit de la guerre de libération) parce que les pays francophones connaissent leurs faiblesses et désirent pour cette raison se placer sous la protection d’un pays plus fort avec lequel ils partagent la langue et quelques valeurs, en l’occurrence la France qui, en retour, a intérêt à s’appuyer sur la masse démographique africaine (et quelques autres pays comme le Vietnam), pas seulement comme marché mais, surtout, comme zone de coopération et d’influence.

A contrario, malgré toute la sympathie que j’ai pour les Allemands, trente ans d’étroite coopération avec eux (lorsque j’étais diplomate en activité les instructions que je recevais allaient toujours dans le même sens : travaillez avec vos collègues allemands) m’amène à dire que nos sociétés sont suffisamment dissemblables pour empêcher une alliance privilégiée solide et durable.

La question que devrait se poser Monsieur Macron est simple : quel intérêt pour l’Allemagne de coopérer de façon privilégiée (tout le monde veut coopérer avec tout le monde, mais de façon privilégiée, c’est autre chose) avec nous ? L’Allemagne est présente dans le monde par son commerce, sa technologie et ses réserves financières. Sur ce terrain, elle n’a pas besoin de la France. Nous, c’est la politique, la force militaire et la culture. Si notre conception de l’alliance franco-allemande consiste à leur demander de payer pour notre défense et celle du Mali, elle risque, pour le moins, de se heurter à quelques réticences…

Yves Barelli, 27 septembre 2017                                                                                                 

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Published by Yves Barelli - dans Europe
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