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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 22:33

Il convient d’être prudent avant de porter une appréciation définitive sur la gestion par les gouvernements français et néerlandais de la situation provoquée par le passage le 6 septembre sur l’île de de Saint-Martin de l’ouragan Irma, l’un des plus violents recensés depuis que la météo existe. On ne peut évidemment, face à une telle catastrophe, exiger qu’une situation « normale » soit rétablie immédiatement. On peut, en revanche, s’interroger sur la préparation et les mesures préventives qui auraient dû être prises (il semble qu’elles ne l’aient pas été, au moins dans la partie française de l’île ; je n’ai pas d’informations suffisantes pour la partie néerlandaise) compte tenu du fait que l’ouragan était attendu et que, en conséquence, il est plus facile de faire face à un tel phénomène plutôt qu’à un tremblement de terre, par exemple, totalement imprévisible, d’autant plus que les populations concernées sont très peu nombreuses. A cet égard, au regard de ce qui se fait dans d’autres pays, Cuba en particulier où les secours sont toujours bien organisés, la comparaison apparait peu flatteuse pour la France.

1/ L’île de Saint-Martin, dont on fait le tour habituellement en voiture en moins d’une heure (je l’ai fait) n’a que 75 000 habitants, dont 40 000 dans la partie hollandaise (un petit Etat associé au royaume) et 35 000 dans la partie française (une collectivité territoriale d’outre-mer). La population est majoritairement constituée de Noirs anglophones (qui connaissent peu le néerlandais dans la partie hollandaise et un peu plus le français, seule langue officielle et d’enseignement dans la partie française. Il y a en outre une population flottante assez nombreuse constituée de touristes mais aussi d’étrangers clandestins (Latinos et Haïtiens) entrés illégalement et qu’on cherche peu à expulser.

Cette double administration a pu aggraver la situation si (je n’ai pas d’information là-dessus)  la coordination a été mal faite.  

Il est connu que la délinquance est forte sur l’île. On en parlait assez peu pour ne pas faire fuir les touristes, mais il était conseillé aux touristes de ne pas trop s’éloigner des hôtels sécurisés.

Le libre passage d’une zone à l’autre ne facilite pas le contrôle de la population flottante et la lutte contre la délinquance. Les plus virulents des délinquants étaient, comme on dit, « connus des services de police » (je parle pour la partie française, je n’ai aucune information pour la partie hollandaise) mais, comme en métropole, le sacro-saint « état de droit », qui tend souvent à devenir le droit des délinquants à commettre des actes de délinquance sans gros risques, n’est pas de nature à lutter efficacement contre les agissements de la racaille. Ceci, en temps normal. Dans une île complètement dévastée, aux maisons et aux magasins éventrés, et aux mouvements des forces de sécurités entravés, on imagine ce que cela a donné : un déchainement de violence, de vols, de pillages au milieu d’une population « normale » terrorisée car non protégée.

2/ Le préavis avant le passage de l’ouragan a certes été court et celui-ci s’est révélé plus violent que prévu. Il parait cependant qu’on aurait pu mieux anticiper. La Guadeloupe est à moins d’une heure de vol de Saint Martin. N’aurait-on pas pu organiser des rotations aériennes pour évacuer préventivement les populations les plus fragiles (vieux, enfants, malades) ? Avec une dizaine de rotations de gros porteurs (un A350 ou un Boeing 747 peuvent emporter 300 personnes ; et plusieurs sont positionnés en Guadeloupe et en Martinique ; il aurait suffi de les réquisitionner, sans même utiliser les avions militaires), on aurait pu évacuer 10% de la population de la partie française en quelques heures. Il ne s’agit pas de millions de personnes, seulement quelques milliers !   

Les ouragans sont  des phénomènes récurrents dans cette zone tropicale. On sait que les risques sont forts en septembre. Irma a certes été exceptionnel dans son intensité mais pas dans sa probabilité.

Il aurait sans doute été bon de s’inspirer de ce qui se fait à Cuba où, lorsqu’un ouragan est attendu, le système d’évacuation des populations exposées est efficient : il n’y a quasiment jamais de morts à Cuba, même avec des ouragans forts.

Il est hélas de notoriété que la sécurité civile est un point faible en France. Pourquoi ? Parce que les gens changent de résidence sans le signaler, parce qu’il y a toujours une population flottante importante. On se souvient par exemple du raz de marée de la Tronche-sur-Mer en Vendée il y a quelques années : 30 morts, alors que ce phénomène météorologique avait été prévu (conjonction de vents violents, de fortes pluies et de marées de grande intensité), mais sans que l’évacuation ait été décidée et organisée.

A Cuba, les habitants sont précisément recensés, les quartiers et les îlots d’habitations sont bien déterminés avec des responsables qui savent transmettre des consignes et des populations qui connaissent les responsables et sont préparés à en suivre les consignes (ce système est mis en place dans nos ambassades de pays à risque : on sait où sont les Français, on a des plans d’évacuation, et nos compatriotes savent de quel chef d’îlot ils dépendent ; ils savent aussi où se regrouper en cas de nécessité). Quant à la délinquance, elle est très minime à Cuba. J’ai fait le tour de l’île en voiture en dormant généralement chez l’habitant et en parlant avec beaucoup de gens (j’ai la chance de bien maitriser l’espagnol) : on se sent en sécurité partout (un pays sûr se repère tout de suite : les gens n’ont pas peur, ils sont donc plus accueillants et ils se rendent service sans crainte de se faire agresser). Cela aide aussi lors des évacuations préventives : on sait que sa maison ne sera pas pillée.

Nos « droits-de-l’hommistes » imbéciles diront que Cuba n’est pas un pays de « liberté ». Mais ils ont au moins la première des libertés : vivre tranquillement sans la peur d’être agressé. Ces sentiment de sécurité existe dans d’autres pays, y compris non communistes, comme la Suisse (où on doit déclarer au « contrôle de l’habitant » toute personne qu’on héberge plus d’une semaine, ce qui permet aux autorités de mieux gérer les situations de crise) ou l’Allemagne d’avant l’entrée des migrants de Madame Merkel, ou encore dans toutes les zones où il y a une cohésion de la population, en général jointe à une forte identité (à titre d’exemple, dans les zones rurales du massif central ou de Bretagne, où l’immigration allogène est minime, ou encore dans l’Ouest rural des Etats-Unis).

Dans ce type de société, les gens se connaissent et s’entraident. Ce n’était pas le cas des quartiers « difficiles » de Saint-Martin ou encore de Houston (Texas) qui vient de subir des inondations catastrophiques. Ces sociétés désorganisées, ouvertes, aux populations qui vont et qui viennent, sont le paradis de la « racaille » qui ne demande qu’à s’ « exprimer » dès que les conditions lui sont favorables. Lorsque la société est laxiste face à eux, comme en France, les délinquants ont un sentiment de totale impunité. Comme je savais quelle était la situation à Saint Martin, j’aurais pu parier à l’avance que l’ouragan s’accompagnerait de pillages. Seuls les naïfs n’en avaient pas conscience.

3/ Et la gestion du jour d’après à Saint-Martin ? Il semble que les secours aient tardé à venir (ce qui est sans doute normal avec un aéroport endommagé). En revanche, ne pas avoir envoyé des troupes sur place dans les heures qui ont suivi relève là aussi de l’impréparation et, peut-être, ce qui serait encore pis, de la déchéance dans laquelle est plongée notre armée à force de coupes budgétaires (à titre d’exemple reconnu par le ministre de l’intérieur, on a dû envoyer un moteur pour remplacer celui d’un hélicoptère en panne ; et combien avions-nous d’hélicoptères sur place et combien en Guadeloupe ?).

Par ailleurs, l’excuse donnée pour la non information, trois jours après l’ouragan, prête à sourire : les habitants n’étaient plus joignables parce qu’il n’y avait plus de réseau de téléphone ! Mais comment faisait-on avant l’invention des portables ? On passait avec des voitures munies de haut-parleurs et on avisait la population ! Quand bien même les routes seraient impraticables, il resterait la voie (et la voix) des airs : cette île est minuscule et il suffit de faire tourner un hélicoptère avec un haut-parleur pour informer rapidement tout le monde. A condition d’avoir au moins un hélicoptère en état de marche, ce qui n’était peut-être pas le cas !

4/ Le chaos de Saint-Martin devrait nous servir de leçon. Les secours sont peu efficaces lorsque la population n’est pas préparée à les recevoir. Des progrès sont à faire en France de ce côté-là (à titre d’exemple, si on veillait à ce que tout nouvel habitant qui aménage sache où se trouve l’hôpital le plus proche et comment on parvient à son service d’urgences, on sauverait sans doute des vies). Il y a des zones à risque sismique en France métropolitaine. La population y est-elle préparée ? Non, pas vraiment. Et les risques d’inondation ? Idem. Et les feux de forêts ? Là, c’est un peu mieux car ils sont récurrents (comme le sont les ouragans en zone tropicale).

5/ Une polémique politicienne sur ce qui vient de se passer à Saint Martin et à Saint Barthélémy ne me parait pas vraiment opportune car j’ai l’impression que le gouvernement actuel n’est, en l’occurrence, ni meilleur (certainement pas !) ni pire que les précédents.

Plus utile me paraitrait de mener enfin une réflexion sérieuse sur la gestion de ce type de crise et, pourquoi pas, sur les questions de sécurité et de délinquance. Trop de liberté tue la liberté car la liberté des délinquants tue la première liberté des honnêtes gens, celle de vivre en sécurité.

Autre réflexion à mener d’urgence : comment préserver nos services publics dans un contexte de coupes budgétaires tous azimuts ?  Il faut choisir : ou on veut moins d’Etat parce que, soit disant, il coûte trop cher, et à ce moment-là, chacun se débrouille comme il peut et on ne se plaint plus de ne pas recevoir de secours, ou alors on convient que l’Etat est nécessaire dans une société organisée et on lui donne les moyens de fonctionner. Pas pour lui-même, pour les citoyens dont il est l’émanation !      

Yves Barelli, 10 septembre 2017                                                             

 

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Published by Yves Barelli - dans Société
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