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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 10:16

Je suis inquiet,  scandalisé mais pas surpris par ce qui se passe en Catalogne où le pouvoir espagnol prétend interdire aux Catalans de s’exprimer librement sur leur avenir. Inquiet parce qu’il semble qu’un processus dangereux qui risque de devenir rapidement incontrôlable est en train de s’enclencher.  Scandalisé parce que l’Etat espagnol se conduit en Catalogne comme un pouvoir colonial dans la tradition du despotisme des Bourbons depuis le 17ème siècle et du fascisme franquiste au 20ème siècle. Pas surpris parce que je m’attendais, hélas, au dérapage en cours.

L’indépendance de la Catalogne n’est pas une fin en soi. Les Catalans avaient autant de bonnes raisons d’y aspirer, comme de préférer vivre, = volontairement =, dans un Etat espagnol fédéral. Mais l’attitude bornée, méprisante, intolérante du gouvernement néo franquiste actuel est non seulement dangereuse mais stupide car elle est en train de contraindre nombre de Catalans qui auraient souhaité vivre dans une Espagne démocratique et pluraliste à préférer prendre le large plutôt que de se soumettre.

La question de oui ou non à l’indépendance est une question en soi qui aurait besoin d’être abordée sereinement par les Catalans. Ils ont autant de bonnes raisons de quitter l’Espagne que d’y rester. Mais, aujourd’hui, la question n’est pas là. La question est « peut-on empêcher dans l’Europe d’aujourd’hui un peuple, une Nation vieille de dix siècles, de décider librement de son destin ? ». Madrid refuse cette liberté qui devrait pourtant apparaitre comme élémentaire et la soit disant « communauté internationale », en fait le capitalisme mondialisé qui fait la pluie et le beau temps à Washington et à Bruxelles, soutient ce refus. Du moins le soutient, en se voilant la face, en refusant de regarder la réalité, par facilité, par conformisme, par petit intérêt à court terme (chaque Etat, ou presque, a ses propres séparatismes, avérés, potentiels ou possibles, et la France l’est pas le  dernier dans ce cas), attendant peut-être les premiers morts en Catalogne pour enfin commencer à ouvrir les yeux.  

Pourtant, là où la démocratie est acceptée, l’autodétermination ne débouche pas nécessairement sur la séparation, parce que, je le répète, il y a, le plus souvent, autant de raisons de dire oui que de dire non. On peut en effet se sentir pleinement à la fois Catalan =et= Espagnol, à la fois Corse =et= Français, ou Breton =et= Français. Mais le problème commence lorsqu’on veut imposer d’être Espagnol et pas Catalan, être Français et pas Corse ou Breton. L’Etat canadien n’a pas empêché les Québécois de s’autodéterminer et l’Etat britannique, encore récemment (il y a deux ans) a laissé cette facilité aux Ecossais. Les uns et les autres ont choisi de rester canadiens ou britanniques. La démocratie y a gagné. La fierté des peuples et la cohésion des Etats multinationaux aussi.    

En 1954 lorsqu’a commencé la guerre d’Algérie, l’Algérie était une partie de la République française, une et indivisible. Même l’autonomie lui était refusée. Nombre d’Algériens auraient pourtant souhaité rester dans le cadre français (relisez ce que disait alors Ferhat Abbas, le premier dirigeant du FLN). Mais une politique obtuse et méprisante pour les intéressés les a contraint à prendre les armes contre la France et l’Algérie est, quand même, devenue indépendante après huit ans d’une guerre meurtrière.

Les Catalans devront-ils prendre les armes contre l’Espagne pour prendre en main leur destin ?

Ces serait dramatique et ce serait un lamentable gâchis.

J’ose croire qu’on n’en viendra pas à cette extrémité. J’ose croire que la raison va enfin revenir à Madrid. Pour moi et comme pour beaucoup de Catalans, une Espagne fédérale, union libre de nations reconnues, serait la meilleure solution. On est plus forts unis que séparés.

Il y a encore dix ans, il n’y avait qu’une minorité de séparatistes en Catalogne. La gestion imbécile du dossier catalan par Madrid, caractérisée par l’humiliation bornée des Catalans à coups d’arguments juridiques fallacieux, a créé un problème là où il n’y en avait pas et a contraint un nombre de plus en plus grand de Catalans à se tourner vers une séparation qu’ils ne souhaitaient pas au départ.

Aujourd’hui encore, si un référendum d’autodétermination était organisé dans des conditions sereines en proposant aux Catalans le choix entre la sortie et une Espagne fédérale démocratique et multinationale à la Constitution librement négociée par les peuples qui la composent et non imposée par une oligarchie héritière de Franco (les Espagnols doivent notamment subir l’existence d’une monarchie dont les sondages montrent qu’ils n’en veulent pas et un drapeau imposé par Franco à la place de celui de la République assassinée par les armes d’un coup d’Etat et d’une répression impitoyable. Il est temps de remettre tout à plat dans ce pays et de se débarrasser des séquelles d’un passé dramatique et cela ne concerne pas que la Catalogne), il n’est pas sûr qu’ils choisiraient la première option.

Mais cela est leur affaire. Pas celle des autres. Pas celle du pouvoir madrilène et encore moins de ses soutiens à Paris ou à Bruxelles.

Il est grand temps de revenir à la raison avant qu’il ne soit trop tard.

A Madrid, bien sûr. Mais aussi à Barcelone. Les Catalans ont eu tendance jusqu’à présent à être naïfs. Ils croyaient, quelques-uns le croient encore, que jamais Madrid n’oserait s’opposer à leur autodétermination et que l’Europe les soutiendrait dans leur juste aspiration à la démocratie. Madrid a commencé à « oser » en arrêtant des fonctionnaires municipaux, en confisquant du matériel électoral, en fermant arbitrairement des sites internet dans le but d’empêcher coûte que coûte le référendum prévu demain 1er octobre. L’Europe hypocrite, qui soutient les indépendances lorsque cela l’arrange (éclatement de l’URSS ou de la Yougoslavie, indépendance du Kosovo, pourtant berceau historique de la nation serbe, territoire qui n’a jamais été une nation dont on a fait cadeau aux mafias albanaises) et qui refuse, quand cela ne l’arrange pas, la libre détermination des peuples (basque, catalan, mais aussi habitants de la Crimée).

Le référendum de demain aura peut-être lieu, ou n’aura pas lieu. On verra. De toute façon, tout le monde ne pourra pas voter et, même si le oui à l’indépendance peut s’exprimer massivement, il est clair que le résultat sera contesté, à juste titre d’ailleurs car les conditions sereines du vote ne sont pas réunies.

Ce sera sans doute une victoire à court terme et à courte vue de Madrid et des ennemis de la démocratie. Si les votants sont nombreux, ce ne sera qu’une victoire partielle du gouvernement catalan, émanation, rappelons-le, d’une majorité parlementaire indépendantiste librement élue.

Les Catalans conquerront leur liberté en l’imposant à Madrid. Les batailles sont souvent gagnées par la détermination et la dissuasion. Cela ne suffit pas de défiler à plusieurs millions dans les rues de Barcelone. Cela ne suffit pas d’organiser un référendum qui, de toute façon, ne peut être conclusif parce que le pouvoir espagnol le considère comme « illégal » et en sabote le déroulement.

Les Catalans gagneront (sinon ils perdront) par la dissuasion : dissuasion de Madrid de persister dans son attitude irresponsable en faisant comprendre aux têtes dures castillanes que, certes, les Catalans n’ont pas les moyens militaires d’arracher l’indépendance, mais que, en revanche, ils peuvent rendre la vie tellement impossible à l’Espagne que celle-ci aura intérêt à trouver un compromis, en tout cas à commencer à discuter sérieusement, ce que le gouvernement de Rajoy se refuse à faire. Les Catalans doivent savoir aussi que ce dernier est fragile et pas éternel. Ils auraient intérêt à se chercher des alliés à Madrid. Ils sont déjà soutenus par Podemos et Izquierda Unida. Ce n’est pas rien, mais pas suffisant. Les socialistes espagnols ont certes beaucoup trahi, mais ils peuvent eux aussi revenir à la raison. Et ce peut même être l’attitude, in fine, de nombre de dirigeants de droite (les milieux possédants d’affaire qu’ils représentent ont besoin de tranquillité pour faire leurs affaires).

Je commenterai bien évidement lundi le référendum de demain et essaierai d’analyser l’évolution de la situation et les perspectives d’avenir.

Yves Barelli, 30 septembre 2017                                      

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Published by Yves Barelli - dans espagne Catalogne
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commentaires

ratuma 30/09/2017 21:51

https://www.upr.fr/actualite/entretien-n49-partie-2-referendum-lindependance-de-catalogne-questions-diverses

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