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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 21:29

Comme cela était prévu (voir mon article du 24 août sur ce même blog), plusieurs centaines de milliers de Barcelonais se sont rassemblés ce samedi 26 août pour, en principe, exprimer leur solidarités avec les victimes du terrorisme, mais en fait pour plus que cela.

Si ce premier aspect du rassemblement était présent, avec un langage « politiquement correct » affiché sur des pancartes (en minorité) et dans les quelques mots prononcés par une actrice catalane en plus des poèmes à la paix qu’elle a lus, un autre était encore plus visible : le combat des Catalans pour l’indépendance et contre le pouvoir de Madrid, illustré par la forêt de drapeaux indépendantistes qui entouraient le roi et le chef du gouvernement espagnol et par les copieux sifflets chaque fois qu’ils apparaissaient sur les écrans géants qui montraient en direct le rassemblement.

Du let motif repris depuis une semaine par les Barcelonais et inscrit en lettres capitales sur la grande banderole qui ouvrait la marche, « no tenim por », on doit faire une double lecture : les Catalans n’ont pas peur du terrorisme ; ils n’ont pas peur non plus du pouvoir de Madrid qui persiste à les empêcher de s’autodéterminer (un référendum, jugé « illégal » par le pouvoir espagnol, sera organisé le 1er octobre par le gouvernement catalan).

1/ Comme cela avait été décidé, la marche sur le « Passeig de Gracia » jusqu’à la place de Catalogne, était ouverte par les représentants de tous les corps qui ont secourus les victimes et ont traqué les terroristes (policiers, secouristes, médecins, pompiers, ambulanciers, etc). Cela avait été décidé par le gouvernement catalan pour que ni le roi ni le chef du gouvernement espagnol ne soient au premier rang (c’était la condition posée pour leur présence, très critiquée).

Elle s’est terminée sur la place de Catalogne par une lecture de poèmes et par l’interprétation par deux violonistes de l’ « hymne, traditionnel, aux oiseaux », l’un des symboles de la résistance catalane au régime fasciste de Franco. Cet hymne avait été joué la première fois à New York au début des années 1950.

2/ Tous les poncifs du politiquement correct étaient présents : une femme voilée aux côtés du roi, une autre sur la tribune à côté de l’actrice, quelques pancartes « non à l’islamophobie» ou l’inénarrable « l’islam ce n’est pas ça » et même « l’islam condamne le terrorisme ». Bref, il fallait montrer la volonté des Barcelonais de « vivre ensemble » (du moins par ceux qui n’ont pas encore été tués par ceux qui refusent ce « vivre ensemble ») et le fait que « la meilleure réponse est la paix » (certes, mais on n’a jamais vu une guerre gagnée en refusant de se battre ; si un tel mot d’ordre avait été proféré pendant la seconde guerre mondiale, les nazis seraient encore à Paris!). Bref, une pathétique attitude, comme à Paris, à Nice, à Londres et ailleurs, de la part de ceux qui croient que c’est avec des bougies, des nounours et des paroles de « paix » qu’on en finira avec le terrorisme.

3/ D’autres slogans aussi pacifiques mais plus vindicatifs étaient également présents : ils reprochaient aux autorités de l’Etat espagnol de pactiser avec des pays (non nommés) soutenant le terrorisme en leur vendant des armes. Pacifisme, somme toute assez classique, venant sans doute de sympathisants de Podemos ou de la gauche de la gauche. Ça ne mange pas de pain…

4/ Mais l’essentiel, pour une bonne partie des manifestants, était ailleurs (peut-être, pour certains, non antinomique des slogans pacifistes ou du « vivre ensemble ») : l’expression de la détermination des Catalans de choisir leur destin, contre Madrid si nécessaire. Ceux-là ont copieusement sifflé le roi.

Ceux qui ne connaissent pas l’Espagne sont peut-être tentés de penser que cela était déplacé en ce jour de recueillement et, en principe, d’unité. Ceux qui le pensent ne connaissent pas, en effet, l’Espagne et encore moins la Catalogne : les Catalans (et beaucoup d’Espagnols avec eux) ont au moins trois bonnes raisons de siffler le roi. a/ les Bourbons, d’origine étrangère, ont été installés sur le trône espagnol par la force lors de la « guerre de succession d’Espagne » en 1707 et la répression qu’ils ont menée, particulièrement dans les territoires de la « couronne d’Aragon (Catalogne, Aragon, Valence) a été atroce avec des milliers de gens massacrés dans de nombreuses villes. C’est cette année noire, 1707, que les Catalans célèbrent chaque 10 septembre, lors de la « Diada » (journée) ; nul doute que celle de cette année sera de grande ampleur b/ le père de Felipe, Juan Carlos, a été installé sur le trône par Franco, c’est son « bébé ». Son règne s’est terminé dans les scandales qui l’ont forcé à abdiquer. En dépit de sondages d’opinion montrant que les Espagnols souhaitent majoritairement le retour de la République, Felipe a pris la succession du père honteux. On comprend mieux les sifflets, n’est-ce pas ? c/ Les Catalans favorables à l’indépendance ont en outre sifflé le chef d’un Etat dont ils ne veulent plus. Sa présence sur le Passeig de Gracia était vue comme une provocation. A la limite, ils en veulent moins à Mariano Rajoy. Lui, au moins, a été élu.

En tout cas, le souverain n’était visiblement pas à la fête. Libre à lui de s’afficher avec une femme voilée. Libre à lui personnellement. Cela est plus contestable dans son rôle de représentant de l’Espagne (et sans doute plus d’un spectateur a du se chanter in petto cette chanson républicaine « los moros que trajo Franco en Madrid quieren entrar… ». Felipe, lui, c’est à Barcelone qu’il semble vouloir les amener ! Mais le roi entouré d’une forêt de drapeaux indépendantistes et de pancartes en catalan, pour son image, ce n’est sans doute pas le « top » ! Peut-être va-t-il se demander s’il a bien fait de venir.

5/ La page des attentats de Barcelone va se tourner (jusqu’au prochain, sans doute ailleurs). Place maintenant à la suite du « match » Catalogne-Espagne. Prochains épisodes, le vote au parlement catalan le 6 septembre de la loi organisant le référendum du 1er octobre, la « Diada » du 10 septembre et le référendum du 1er octobre.

Je vous en reparlerai.

6/ Un mot pour terminer sur la couverture des « évènements » par les médias français. Je regarde le plus souvent BFM TV et j’écoute France-Info. Je crois qu’il faudra encore du temps avant que les Français réalisent bien ce qu’est la Catalogne et ce qui s’y passe. La France est un pays si centralisé, si intolérant pour les cultures « régionales » et si ignorant de ce qui se passe loin des capitales, que ses journalistes ont beaucoup de mal à sortir de leurs schémas tout prêts. Ils étaient évidemment venus à Barcelone (intention sans doute louable !) pour couvrir un beau moment d’unité « nationale » autour du roi. Visiblement, l’aspect manifestation indépendantiste du rassemblement d’aujourd’hui leur a échappé. Ils ont certes noté les sifflets adressés au roi, ils ont découvert avec les attentats (comme quoi, à quelque chose malheur est parfois bon) l’existence d’un gouvernement catalan et même d’une police catalane (le premier jour, cela les interpelait). Ils ont enfin compris (pas tous, mais certains) qu’il y a une langue catalane qui n’est pas un « patois » espagnol et que les discours à Barcelone se font dans cette langue. C’est un bon début. Peut-être arriveront-t-ils à comprendre un jour qu’il y a même une « nation » catalane ! Il ne faut pas désespérer.        

Yves Barelli, 26 aout 2017           

                                

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Published by Yves Barelli - dans espagne
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