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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 21:53
  1. Theresa May a perdu son pari d’accroitre sa majorité parlementaire en vue de renforcer le Royaume-Uni dans les négociations avec l’Union européenne sur le Brexit qui doivent en principe débuter avant la fin du mois de juin. La nouvelle chambre des communes issue des élections législatives du 8 juin comportera moins de députés conservateurs que la chambre sortante et davantage de travaillistes. Les « Torries » restent néanmoins le premier parti et conservent une majorité relative qui devrait leur permettre, avec l’appui des « unionistes » d’Irlande du Nord, de continuer à gouverner. Madame May a annoncé qu’elle ne démissionnerait pas de son poste de premier ministre et devrait donc, sauf retournement de situation (coalition des travaillistes avec les autres partis ou perte de confiance dans son propre camp), rester à la tête du Royaume-Uni. Accessoirement, les nationalistes écossais perdent aussi du terrain, ce qui devrait éloigner la perspective d’un nouveau référendum sur l’indépendance.

1/ Rappelons que le système électoral britannique est celui d’un scrutin majoritaire (y compris de majorité relative lorsque plusieurs candidats sont en compétition) à un tour (le candidat arrivé en tête est élu). Cela favorise évidemment les grands partis et celui qui arrive en tête dans une majorité de circonscriptions.

  1. Le Parti Conservateur, avec 42,4% des voix obtient 318 députés (en recul de 12 sièges), le parti Travailliste avec 40% en a 261. Le reste va aux Libéraux Démocrates (7,4% des voix et 12 sièges) et aux partis des régions ethniques (notamment SNP écossais=35 – moins 21 -, unionistes d’Irlande de Nord=10 sièges, nationalistes gallois).

2/ Les Britanniques ont voté essentiellement en fonction des considérations de politique intérieure, la question du Brexit n’ayant pas occupé une place centrale dans la campagne électorale.

Ils ont sanctionné la politique sociale du gouvernement marquée par une austérité accrue, la hausse de la précarité des salariés, l’accroissement des inégalités et le sacrifice des services publics.

Madame May a, de l’avis général, fait une mauvaise campagne. Elle est apparue hautaine et éloignée des préoccupations du peuple. Son « challenger », M Jeremy Corbyn, chef du Parti Travailliste, a, au contraire fait preuve d’empathie avec les préoccupations de la population.

Comme dans d’autres pays d’Europe, les Britanniques ont voulu marquer leur défiance envers les « élites » qui accaparent l’essentiel des fruits de la croissance économique.

La question des services publics, notamment de santé et d’éducation, a été au centre de la campagne. On reproche aux conservateurs de les négliger et même de les sacrifier sur l‘autel de l’équilibre budgétaire et des bénéfices des entreprises (la part qui va aux actionnaires ne cesse de croitre au détriment des salaires).

La question de la sécurité et du terrorisme s’est immiscée dans la campagne. La Grande Bretagne a été frappée à trois reprises au cours des trois derniers mois (Westminster, Manchester et le London Bridge), la dernière fois dans la semaine ayant précédé le scrutin. Il y a certes unanimité dans la condamnation de terrorisme islamiste mais il a été reproché à Madame May d’avoir supprimé 20 000 postes de policiers lorsqu’elle était ministre de l’intérieur.

Incidemment, la question du communautarisme musulman et du « multiculturalisme », acceptés jusqu’à présent par la société britannique, a fait son entrée dans le débat à la suite des attentats terroristes, perpétrés par des individus de confession musulmane issus de l’immigration souvent nés au Royaume-Uni ou y vivant depuis longtemps. Cette question n’est pas encore un enjeu électoral mais on peut prévoir qu’on en parlera de plus en plus et que, dans un esprit de pragmatisme typiquement britannique, il y aura des révisions déchirantes de l’attitude à adopter vis-à-vis du communautarisme musulman, la tolérance à son égard ayant montré son échec.

2/ Les négociations avec l’UE sur le Brexit devraient débuter dans les prochaines semaines. Le gouvernement britannique risque d’être affaibli du fait de sa faible majorité. Il n’est toutefois pas certain que cela change grand-chose. La sortie de l’UE est désormais acquise et il est à prévoir que la défense des intérêts britanniques fera consensus, y compris s’agissant de l’opposition travailliste.

3/ Le parti Nationaliste Ecossais (SNP) sort affaibli. La question sociale et les autres questions nationales ont prévalu dans le débat électoral, y compris en Ecosse, ce qui a profité aux travaillistes mais aussi aux conservateurs. Les nationalistes écossais ne sont désormais plus en position de force pour demander un nouveau référendum sur l’indépendance. Le Royaume-Uni devrait donc rester uni.

  1. Compte tenu de la faible majorité conservatrice et de l’affaiblissement personnel de Madame May on peut s’interroger sur la pérennité de la présente législature et sur l’avenir politique du premier ministre. Il n’est pas impossible qu’elle soit bientôt remplacée par un autre conservateur ou qu’elle provoque de nouvelles élections. Pour le moment, la majorité tient par le soutien des unionistes (protestants radicaux irlandais), ce qui n’est pas sans poser problème, y compris en Ulster, où les unionistes sont minoritaires.

Yves Barelli, 9 juin 2017

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Published by Yves Barelli - dans Royaume-UNi
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