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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 16:17

La décision des Etats-Unis de se retirer de l’accord de Paris sur le climat doit être évidemment déplorée. Cet accord était insuffisant, inefficace, inadapté et, pour résumer, une mauvaise réponse au problème, réel, du réchauffement climatique dû, en grande partie, aux activités humaines. On pouvait néanmoins considérer que cet accord était mieux que rien, bien que son défaut majeur était de masquer, pour des raisons politiques et idéologiques, les principales causes de la détérioration de l’équilibre écologique de la planète que sont le système économique mondialisé et la pression démographique accrue. Le recul américain est inquiétant à court terme, à moins que, et ce pourrait être son aspect positif, il impose enfin de réfléchir aux vrais problèmes.

1/ Les raisons avancées par le président Trump pour revenir sur l’accord de Paris signé par son prédécesseur sont mauvaises. Vouloir favoriser la production de charbon aux Etats-Unis pour préserver l’emploi au détriment de la protection de la planète est une politique à courte vue. Refuser de contribuer à un fonds destiné à compenser les effets du réchauffement climatique est discutable mais peut être compréhensible dans la mesure où il ne suffit pas de payer pour compenser des dégâts que le système économique mondialisé produit, mais où il vaudrait mieux supprimer la cause pour ne pas à avoir à réparer la conséquence. Mais je ne suis pas sûr que cela soit véritablement la motivation de Donald Trump. Sa motivation est sans doute plus terre à terre : faire des économies sur le budget américain, et que les autres se débrouillent !

2/ Je ne vais pas jouer à l’expert que je ne suis pas. Je me contente de réflexions que je crois dictées par le bon sens.

Le système économique mondialisé me parait marcher sur la tête. Quelle justification économique y a-t-il, autre que de vulgaires considérations purement comptables à court terme, à acheter des voitures coréennes ou japonaise lorsqu’on habite à Sochaux, à consommer des pommes néo-zélandaises en Normandie ou du raisin chilien en Languedoc et, pis encore, à acheter à Troyes des tee-shirts fabriqués par des Bangladeshis payés 10 centimes de l’heure et, partout, des objets industriels fabriqués par petits morceaux aux quatre coins de la planète (à titre d’exemple, on produit le lin en Normandie, on l’expédie en Chine pour être transformé en fibre textile d’où il est exporté ailleurs pour y être transformé en vêtement avant de retourner, souvent, en France pour y être emballé et y subir une dernière transformation lui permettant d’y coller l’étiquette « fabriqué en France ») ? Le dernier exemple, celui des machines à laver qui étaient fabriquées à Amiens pour le marché français et qui vont être délocalisées en Pologne, grâce au miracle des règles européennes, d’où elles seront importées en France pour y être vendues. Le consommateur peut y trouver son compte à court terme, mais pas le travailleur, qui perd son emploi ou doit travailler plus en gagnant moins quand il le conserve, ni le contribuable qui paye pour réparer les dégâts de la désindustrialisation, les trois étant souvent les mêmes personnes. Seuls les capitalistes y trouvent leur compte. C’est d’ailleurs pour eux qu’on a inventé l’Union européenne et l’Organisation Mondiale du Commerce.

Le plus cocasse et scandaleux est qu’on s’emploie à nous culpabiliser tous car nous serions responsables de la destruction de la planète en roulant dans une voiture diesel ou en utilisant des sacs en plastique (désormais interdits aux caisses des supermarchés – sauf si on les paye : gratuit, ça pollue, payant, pas de problème !). On oublie évidemment de nous dire qu’on nous a fortement encouragés à acheter des voitures diesel pour permettre à la famille Peugeot de s’engraisser et qu’on tente maintenant de nous faire rouler dans des Renault électriques pour permettre à Monsieur Ghosn d’encore augmenter ses stock-options. Nul doute que quand nous serons tous équipés de voitures électriques, on nous culpabilisera parce qu’on s’apercevra (en fait, on le sait mais on ne le dit pas) que la production de batteries électriques est un poison pour la planète sans doute supérieur aux méfaits du diesel.

Quant au transport de tout et de n’importe quoi d’un bout à l’autre de la terre par des bateaux super-polluants et d’un bout à l’autre du continent par des poids-lourds qui encombrent nos routes et qui nous empoisonnent, c’est une cause majeure du réchauffement climatique que les signataires de l’accord de Paris se sont bien gardés de souligner car cela irait à l’encontre des intérêts des capitalistes mondialisés et à l’encontre de cette théorie absurde en fait anti économique qui ne jure que par l’ouverture toujours accrue des frontières, alfa et oméga du dogmatisme européiste et mondialiste.

Un seul exemple (donné dans l’une des rares émissions de télévision qui ose dire les vérités plutôt que, pratique habituelle, les masquer) : chaque année il y a environ 500 bateaux de croisière qui touchent le port de Marseille. Ils utilisent, comme tous les navires qui polluent nos océans, du fuel lourd. La seule pollution de ces 500 navires dégage sur une année plus de particules nocives que l’ensemble du parc automobile de Marseille (un million d’habitants). Quand on voit que madame Hidalgo, européiste et mondialiste convaincue, essaie de culpabiliser les Parisiens qui seraient responsables de la pollution à Paris en y interdisant certaines voitures ou en imposant la circulation alternée (qui partout où elle a été institutionnalisée s’est traduite par une augmentation du parc automobile, ceux qui peuvent acheter une seconde voiture en ayant désormais deux, une paire et une impaire), on ne peut être qu’indigné (la pollution automobile, camions compris, certes un problème, n’est responsable que du quart de la pollution atmosphérique, les autres quarts étant le chauffage domestique, l’industrie et l’agriculture : on culpabilise donc les automobilistes qui, si on exclue les camions, sont responsables pour moins de 10% de la pollution, sans pour autant leur donner de véritables alternatives, les transports collectifs étant en général insuffisants).

Le système économique mondialisé est donc la première cause du réchauffement climatique. Il est évident que la solution, c’est de produire aussi près que possible du lieu où sont consommés les produits. Le protectionnisme, local et régional autant que national, va donc dans le bon sens. Il protège l’emploi mais aussi les identités (consommer ce qu’on fabrique, pas ce qu’on importe) et il protège la planète. Ceux qui persistent à défendre l’ouverture sont soit ceux qui y ont intérêt, soit, et cela est navrant, ceux qui sont aveuglés par le dogmatisme idéologique.

Il y a une deuxième cause, sans doute aussi forte, au réchauffement climatique, c’est l’explosion démographique. On trouvera sans doute assez de ressources pour nourrir encore longtemps des populations en fort accroissement. Mais à quel prix ? A celui d’une agriculture industrialisée qui n’est pas l’idéal pour la santé (c’est le moins qu’on puisse dire) mais qui empoisonne la planète. Un seul exemple, l’élevage intensif des porcs en Bretagne a déjà empoissonné la terre et les eaux de cette région.

Si vous avez un tant soit peu voyagé, vous avez constaté que la plupart des pays du tiers-monde se sont transformés en poubelles à ciel ouvert. Les agglomérations de l’Inde, de l’Amérique du Sud et, souvent, d’Afrique, sont devenues invivables. Lorsque la population augmente trop vite, les pays, surtout s’ils sont pauvres, ne peuvent suivre en matière de santé, éducation, transports, logement, traitement des ordures et tous autres équipements. Dans les pays les plus développés, la réparation des dégâts que l’on cause à la nature nous coûtera de plus en plus cher (pour le citoyen, mais, en même temps, rapportera de plus en plus aux capitalistes) mais, plus ou moins, on suivra. C’est tout simplement impossible dans le tiers-monde, y compris dans les pays dits « émergents » (c’est-à-dire à un niveau moyen de développement, cas de l’Amérique latine ou de l’Asie).

Pour des raisons démagogiques et politiques que l’on peut comprendre, la question démographique n’a absolument pas été abordée à Paris. Pour les uns parce qu’il y de gros intérêts économiques (avec sa population qui double en vingt ans, l’Afrique est devenu un « eldorado » pour tous ceux qui y ont quelque chose à vendre). Pour d’autres, il ne faut surtout pas « stigmatiser » les populations (les mêmes qui sont dans nos « quartiers »).

Mais pourra-t-on se voiler la face encore longtemps ? La réponse, hypocrite, donnée est en général que, avec le développement, la natalité va baisser. Ce n’est que partiellement vrai. Certaines religions (l’islam en particulier) sont natalistes et la baisse de la croissance démographique allant à l’encontre des intérêts économiques (à titre d’exemple, en Afrique, quasiment tout le monde, maintenant, a un smartphone et la vente de motos, en attendant celle des voitures, suit mathématiquement l’augmentation de la population), n’est pas souvent une priorité (et on peut y ajouter des raisons stratégiques : on n’a pas intérêt à être moins peuplé que le voisin, surtout si on le juge menaçant. L’exemple du Maroc et de l’Algérie est pertinent : aucun ne veut être moins peuplé que l’autre). Il y a déjà 200 millions d’habitants au Nigeria (deux fois la superficie de la France, mais avec plus d’aridité). Le double dans moins de vingt ans. A supposer que la natalité baisse drastiquement, ce sera comme un bateau lancé à pleine vitesse : il faut longtemps pour l’arrêter. Qui peut assurer honnêtement qu’un Nigeria à un milliard d’habitants sera vivable ? Cela nous promet d’autres « Boko Haram » en perspective. Et une Inde à plus de deux milliards ? La croissance économique du Sénégal est loin d’être négligeable. Pourtant le niveau de vie n’y est pas meilleur (peut-être même pire) qu’il y a vingt ans. Et c’est pareil ailleurs en Afrique.

Cela devrait nous interpeler. Mais cela n’a pas entamé le sourire de Monsieur Fabius à l’issue de la conférence de Paris où le blackout le plus complet a été fait sur la question démographique.

3/ Le concert de réactions indignées depuis hier soir est tout à fait intéressant à observer.

Comme souvent, on a une conjonction de bons sentiments et d’intérêts égoïstes même pas dissimulés.

Côté bons sentiments, les « écolos » dogmatiques, ceux qui nous culpabilisent en permanence, ceux qui jouent les « idiots utiles » pour les intérêts économiques. Evidemment, en « tapant » sur Trump, ils s‘en donnent à cœur joie. Pour eux, Trump est ce qu’on fait de pire en matière de « populisme ». Presque un Le Pen en pire : xénophobe, raciste, islamophobe, chantre du repli et, en plus, pollueur en chef de la planète ! Tous les écolos de service ont défilé hier soir sur BFM-TV, et ce n’est pas fini.

Et puis, il y a tout le ban et l’arrière ban des intérêts capitalistes mondialisés et de leurs relais politiques. A titre d’exemple, les « majors » pétroliers savent jouer sur tous les tableaux. Ils polluent la planète mais, en même temps, ils ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer de la lutte institutionnalisée contre le réchauffement climatique. Coup double : ils gagnent de l’argent en polluant et ils vont en gagner en dépolluant. Dans le premier cas, c’est payé par le consommateur et dans le second par le contribuable, que l’on taxera d’autant plus facilement qu’on aura réussi à le culpabiliser. Donc, vive la mondialisation « heureuse », l’ouverture, l’OMC et l’Union européenne. Ça permet d’engranger les profits. Et vive l’accord de Paris et ses nouveaux marchés en perspective. Et vouons aux gémonies ce Trump empêcheur de faire du business en rond avec son idée « saugrenue » de protectionnisme. Et espérons, pensent-t-ils, qu’il sera battu à la prochaine élection. Une mauvaise parenthèse se refermera.

C’est exactement ce que se disent Madame Merkel et tous ses satellites européens, le français en tête.

Le discours qu’Emmanuel Macron s’est cru obligé de faire hier soir à 21 heures, commentant la décision américaine comme s’il s’agissait d’une catastrophe nucléaire, était, à cet égard, assez pitoyable. Sur la forme assurément : notre jeune président a encore des progrès d’élocution à faire, tant en français qu’en anglais (pourtant encensés par ses journalistes courtisans). Et sur le fond. Que les dirigeants de l’Union européenne jouent aux vierges effarouchées alors que l’idéologie de l’UE est, par nature, anti-écologique, est cocasse.

L’UE a des alliés en l’occurrence. La Chine, premier pollueur mondial, directement par les rejets de particules, et indirectement car la Chine vit de la mondialisation. Quant à l’Inde, déjà bien polluée, comme les autres pays du tiers-monde, elle espérait toucher sa part du pactole du fonds décidé à Paris. Elle est donc frustrée.

En tout cas, le ton, ridicule, sur lequel les médias ont annoncé la décision de Trump, en était presque comique, tant il était disproportionné par rapport à l’évènement. Cet accord de Paris, mieux que rien, j’en conviens, était, de toute façon, mort-né. Hélas, les pollueurs continueront de polluer et, en plus, ils gagneront de l’argent en réparant une partie de leurs méfaits, et cela, avec nos impôts.

Une dernière remarque : selon les intervenants hier soir sur les chaines d’info, Trump serait « isolé ». Ils se trompent. Quand l’Amérique est seule face au monde, c’est en fait le monde qui est isolé, pas l’Amérique. Notre petit président peut la menacer. Cela ne va pas l’impressionner. Le monde est ce qu’il est, pas nécessairement ce qu’on voudrait qu’il soit. « On ne va pas rediscuter avec Washington », nous disent-ils. Eh bien, vous verrez qu’ils le feront. A moins qu’ils attendent patiemment que Trump laisse la place à un successeur. Pari hasardeux.

Ma conclusion est simple.

Et si on passait enfin aux choses sérieuses, c’est-à-dire se débarrasser d’un système économique et politique pervers, nocif et inhumain ?

On peut rêver, non ?

En attendant, les pollueurs ont un brillant avenir devant eux, et c’est nous qui paierons leurs dégâts.

Yves Barelli, 2 juin 2017

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Published by Yves Barelli - dans Relations internationales
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