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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 13:40

Les élections législatives qui se sont déroulées les 11 et 18 juin sont inédites dans l’histoire de la 5ème République. Elles sont caractérisées par une abstention record (57% au second tour, à peine moins au premier), une confortable majorité d’élus « macronistes », un renouvellement sans précédent de l’Assemblé Nationale avec une entrée en force de députés issus de la « société civile » sans passé politique, une inconnue totale s’agissant du travail de la future législature, le parti du président étant nouveau et sans programme précis, et une (ou des) opposition(s) tout aussi problématique(s) avec une droite « républicaine » dont une partie est déjà dans la majorité présidentielle (y compris le premier ministre) et une autre partie hostile, un parti socialiste en ruines, marginalisé par la « France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, et un Front National qui a certes un peu plus de députés mais qui est affaibli et au bord de la crise interne.

Jamais l’incertitude dans une France qui doute d’elle-même n’a été aussi forte. La vérité est que nous sommes désormais en situation d’une monarchie républicaine dont on ne sait si le chef sera un despote « éclairé » en place pour longtemps ou, au contraire, un leader sans envergure et, peut-être, parce que du succès immédiat à la débâcle potentielle, parfois la distance est courte, sans avenir. On dit que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. Dans l’état moral dans lequel nous sommes, sans doute ne méritions-nous pas mieux.

1/ L’abstention s’est élevée au second tour à 57%. Elle avait été de 51% au premier tour. Rappelons que dans le système électoral français, seuls peuvent se maintenir au deuxième tour les candidats qui ont obtenu au moins 12,5% des inscrits au premier. Avec une telle abstention, les éliminés ont été nombreux et il y a eu peu d’élus dès le premier tour (à peine 4) et il n’y pas presque pas eu de triangulaires.

2/ Les candidats de la « République en marche » (macronistes) ou soutenus par ce mouvement, avaient obtenu 32% des suffrages exprimés au premier tour (les pourcentages du second tour sont moins significatifs car tous les partis ne sont pas représentés au second tour). Ils ont 350 députés (y compris 42 de l’allié du « Modem » de François Bayrou), la majorité absolue, auxquels s’ajouteront une partie de la droite et quelques socialistes « constructeur » de majorités de circonstance.

Les sondages prédisaient encore plus de « marcheurs », le deuxième tour ayant légèrement rectifié le premier. Mais cela ne change en aucune façon la donne.

On a donc ce résultat paradoxal de la formation « majoritaire » qui s’adjuge les deux-tiers des sièges de l’Assemblée Nationale avec de l’ordre de 15% du corps électoral. C’est encore plus faible que le score présidentiel de Macron au premier tour.

La nouvelle Assemblée Nationale est donc peu représentative de la Nation. Tant qu’on s’obstinera dans ce pays à refuser, à la différence de la plupart des autres pays européens, la représentation proportionnelle, on aura ce hiatus. Et comme il appartient à la majorité qui vient de gagner de prendre l’initiative de changer le système électoral, on peut parier qu’elle ne le fera pas, sauf si elle y était contrainte par une crise économique, sociale et politique majeure, ce qui, pour le moment, n’est pas le cas.

La « majorité » est donc minoritaire, mais l’opposition l’est davantage encore. C’est donc un vote par défaut.

Habituellement, dans les législatives qui suivent la présidentielle, il y a une certaine démobilisation de l’opposition et il suffit d’un déficit de 5 à 10% pour que la « majorité » empoche la mise. On peut parler cette fois de démobilisation générale.

La démobilisation a été maximale chez les électeurs de la droite républicaine dont le message a été totalement inaudible. Pourquoi voter pour des députés dont on ne sait s’ils siégeront avec la majorité ou l’opposition ? Avec 130 élus, le parti des Républicains limite les dégâts. Mais à quoi serviront ses élus ?

Chez les électeurs de Marine Le Pen, la mobilisation n’a pas été supérieure sachant que, de toute façon, les jeux étaient déjà faits et que le FN, en dépit de ses millions de voix, n’aurait aucune influence à l’Assemblée. On peut penser aussi que nombre d’électeurs FN se posent désormais ouvertement la question du bienfondé de la stratégie de Marine Le Pen et de son incapacité à nouer des alliances, l’expérience montrant que les chances d’arriver au pouvoir du FN sont proches de epsilon. En attendant, avec 8 députés (Nicolas Dupont-Aignan, seul allié du FN, a été réélu ; il est seul de son parti), la représentation du FN est décevante. On parlait, au soir de la présidentielle, d’une cinquantaine de députés. Mais, compte tenu de l’abstention, il n’y a quasiment pas eu de triangulaires, cas de figure favorable au FN. Au final, le FN n’aura même pas de groupe parlementaire.

Le parti de Jean-Luc Mélenchon a fait un peu mieux que prévu. Il a eu 17 élus, ce qui lui assure un groupe parlementaire, même sans l’appui des 10 élus communistes. Cela le met en position d’assurer la fondation d’une nouvelle opposition de gauche sur les ruines du PS, totalement marginalisé avec ses 29 députés.

On peut s’attendre à une vive concurrence entre la France Insoumise et le FN pour matérialiser la « vraie » opposition, celle qui est hors « système ». Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le FN (et pour la France car cela marginalisera encore davantage les antisystèmes).

2/ Beaucoup de nouveaux élus « macronistes » n’avaient jamais eu d’activité politique auparavant, ce qui ne signifie pas qu’ils n’avaient pas de convictions. On peut qualifier nombre d’entre eux de « bobos », c’est-à-dire de gens ayant réussi professionnellement, satisfaits du « système », de l’Union européenne et de la mondialisation. Macron les a libérés psychologiquement. La mondialisation honteuse devient avec lui une mondialisation heureuse. Cela risque d’aggraver la fracture sociale et géographique entre la France des gagnants et des perdants. Ceux-ci ne courberont sans doute pas longtemps l’échine.

De telles opinions en faveur d’un « système » décomplexé sont certes respectables (celui qui ne tolère pas une opinion contraire à la sienne n’est pas un démocrate). Ce qui me gêne est que les « bobos » nouvellement promus n’ont jamais milité nulle part. J’ai du respect pour ceux qui passent du temps en réunions, à coller des affiches et à distribuer des tracts sur les marchés le dimanche matin, quel que soit leur parti. Ils sont désintéressés et ont le sens de l’intérêt général. Bombarder candidat un dirigeant d’entreprise ou un cadre d’entreprise dont le seul but dans la vie a été jusque là de gagner du « fric » ou de faire un plan de carrière me parait malsain et qu’il soit élu est pour moi peu moral. Vu leur idéal de vie, on peut craindre que, au moins une part de leur motivation à être député soit de faire progresser, d’une manière ou une autre, leurs intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. On risque d’avoir une assemblée à l’ « américaine » dans laquelle les « lobbies » s’expriment sans vergogne.

Je partage à cet égard les sentiments d’Henri Gaino, battu à Paris. Les « macronistes » sont souvent des gens de l’ « entre soi » qui ne croient plus en leur pays et pour lesquels l’entrepreneur qui « fait du fric » est le seul modèle à suivre. Nous n’avons pas les mêmes valeurs.

3/ Le président de la République aura donc une chambre, représentative du « système, et à sa dévotion, c’est-à-dire au service du « système ».

Emmanuel Macron est un pragmatique. Il n’est pas impossible qu’il prenne quelques bonnes décisions. Il n’est pas impossible aussi qu’il en prenne de mauvaises.

C’est l’inconnue totale et je ne vais pas commenter l’inconnue. Nous verrons. Nous aurons le meilleur, le pire ou sans doute un peu des deux.

4/ Une recomposition du paysage politique se profile peut-être à l’horizon.

Au pouvoir, nous aurons le « système », formé d’anciens du PS et d’anciens de la droite. Ils sont d’accord à peu près sur tout, c’est-à-dire sur le fait de laisser les capitalistes gagner de l’argent, en espérant que les autres auront quelques miettes, et à obéir à Bruxelles et à son chef, Madame Merkel. Il est logique qu’ils gouvernent ensemble. Ce qui était illogique, et ce contre quoi beaucoup ont cru voter en votant Macron, c’était ce cinéma d’une soit disant gauche et d’une soit disant droite qui faisaient semblant de s’affronter sur l’essentiel pour ne s’intéresser, en fait, qu’à leurs petits intérêts de pouvoir pour le pouvoir ou d’avantages divers. Les électeurs en ont assez de remplacer une équipe par une autre qui fait la même politique, seuls les bénéficiaires des avantages du pouvoir changeant tandis que le sort de l’électeur de base, lui, est immuable. Macron a admirablement joué sur ce sentiment. Il est le pur produit du « système », mais a réussi à faire croire qu’avec lui, les combines allaient changer.

En face, on devrait avoir deux oppositions. Celle de gauche avec la « France insoumise » de Mélenchon en passe de remplacer un PS cliniquement mort.

De l’autre côté une vraie droite qui, si elle veut exister, doit s’allier avec un Front National renouvelé dont on peut espérer que l’aventure Le Pen, père ou fille, étant une impasse, il cherchera une autre voie. Ce FN doit faire preuve d’un peu plus de modestie s’il veut un jour participer au pouvoir. Je dis bien « participer » et non « prendre » le pouvoir. Il doit s’allier avec la droite « dure » et cette dernière doit s’allier avec le FN.

Nous en reparlerons.

Yves Barelli, 19 juin 2017

 

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Published by Yves Barelli - dans Politique française
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