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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 22:09
  1. La défaite de Marine Le Pen, car il s’agit bien de cela, et pas d’une réelle victoire du candidat marketing concocté par le « système », est due, pour l’essentiel, à la conjonction de trois facteurs : une campagne médiatique éhontée à sens unique qui a cherché, et y a partiellement réussi, à faire peur aux Français, l’accumulation d’erreurs de communication mais aussi de concept s’agissant de l’euro, et une prestation au débat télévisé d’entre les deux tours indigne d’une candidate à la présidence de la République. La campagne de la candidate du Front national a pourtant été globalement plutôt bonne (mis à part les deux éléments mentionnés ci-dessus) et l’accord passé avec Nicolas Dupont Aignan de bon augure. Il n’empêche que la stratégie adoptée dans la course au pouvoir ne me parait pas la meilleure et que, quelles de soient ses qualités, indéniables, Marine Le Pen n’est sans doute pas la candidate idoine pour défendre les idées et les espoirs que nous sommes nombreux à porter quant à la nécessité de protéger notre pays contre les agressions dont il est l’objet et quant aux voies et moyens pour endiguer son déclin et, au contraire, assurer son redressement.
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  3. 1/ Je rappelle au lecteur que je me suis prononcé pour un vote dès le premier tour pour Marine Le Pen, ce qui signifie que j’étais d’accord avec l’essentiel de son programme. Je persiste à penser que son analyse était, et demeure, la bonne. En particulier sur le danger islamiste, le renforcement de l’identité nationale, la lutte contre la délinquance et le terrorisme, le rétablissement d’un ordre juste dans ce pays, la nécessité d’en finir avec l’Union européenne et la pertinence du protectionnisme face à une mondialisation destructrice.Les critiques vis-à-vis de Marine Le Pen sont donc de forme, de tactique et de stratégie, pas de fond. Cela doit être clair.
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  5. Le score de Marine Le Pen au deuxième tour est le pire de l’histoire de la 5ème République si on exclue le scrutin exceptionnel de 2002 (Chirac/Jean-Marie Le Pen). Sauf en 2002 et en 1969 (élection de Pompidou marquée par une abstention record), jamais un candidat n’avait fait moins de 44% des voix au deuxième tour. Même François Mitterrand, encore peu connu à l’époque, qui s’était opposé dans sa première présidentielle en 1965 (avant, donc, les « évènements » de mai 1968) au « monument national » De Gaulle, avait obtenu le score inattendu de 44,8%. Les résultats « normaux » d’un deuxième tour sont plutôt du 53/47, voire 548, parfois moins. Ce fut notamment les cas des élections de Valéry Giscard d’Estaing, de François Mitterrand, de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.
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  7. En ne franchissant même pas la barre de 35% (elle obtiendrait, selon des résultats non encore définitifs à peine un peu plus de 34%), il s’agit d’une défaite sans appel. L’importance de l’abstention (26%) et des votes blancs et nuls (10%) atténue certes considérablement la victoire, par défaut (il obtient moins de la moitié des voix des inscrits), du candidat du système mondialiste, mais on ne saurait minimiser la sévère défaite de la candidate nationale.
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  9. Les plus optimistes notent que jamais le FN n’avait obtenu autant de voix. Sans doute. Mais, ce qui m’intéresse est que mes idées aient une chance d’être un jour appliquées. A plus de 45%, on aurait pu incriminer la malchance ou le matraquage médiatique, en se disant, que c’est de bon augure pour la prochaine fois.
  10. A moins de 35%, il faut convenir que les Français ne veulent pas de Le Pen à l’Elysée. Et le fait qu’ils aient élu, par défaut, un candidat terne, sans réel projet et sans expérience, renforce encore cette constatation.

    On s’attendait il y a encore moins de six mois à une victoire de François Fillon au deuxième tour contre Marine Le Pen. Candidat d’une droite qui aspirait à revenir aux affaires après cinq ans de la présidence calamiteuse du « socialiste » Hollande (y a-t-il encore quoi que ce soit de « socialisme » au PS ?), homme d’Etat ayant déjà occupé la fonction de premier ministre, une victoire de Fillon ne m’aurait pas choqué, surtout si elle était restée dans des limites raisonnables.

    Mais perdre, si nettement, contre un Macron, c’est autre chose. Perdre contre cette bouée de sauvetage d’un « système » malmené, perdre contre le fils spirituel d’un président à 20% dans les sondages, perdre contre un homme s’affichant sans vergogne « européiste » (alors que l’UE est critiquée de toutes parts et qu’elle n’est pas populaire chez les Français), perdre, alors que la France a encore été frappée il y a peu par un crime islamiste, contre un candidat dont le moins qu’on puisse dire est qu’il manque de fermeté (et est à la limite de la complaisance) vis-à-vis de l’islam conquérant (condamné par une écrasante majorité des Français selon toutes en enquêtes d’opinion), perdre ainsi, alors que toutes les conditions objectives pour gagner étaient remplies (crise, chômage, insécurité, droite « assommée », gauche éliminée du jeu politique, exemples encourageants du Brexit et de l’élection de Trump), perdre ainsi, donc, cela signifie, toutes choses égales par ailleurs (si on avait une nouvelle crise économique incontrôlée engendrant un chaos, cela serait une autre affaire !), qu’on ne gagnera jamais si on conserve le même logiciel.

    3/ Quelles sont les raisons de la défaite ?

    A court terme, c’est-à-dire au cours de la campagne électorale, j’en vois essentiellement une (je ne parle pas du malheureux débat télévisé du 5 mai ; les sondages font apparaitre qu’il lui a fait perdre de l’ordre de 3 à 5 points – ce qui en fait donc 6 à 10 face à son adversaire. C’est beaucoup et inédit dans l’histoire des débats d’entre deux tours).

    Je crois (c’est ce qui ressort de toutes les conversations que nous avons, les uns et les autres) que le mauvais langage sur l’euro est la cause numéro un de la baisse dans les intentions de vote au cours de la campagne constatée par les sondages (qui, en France, ne sont pas trop mauvais, comparé à d’autres pays).

    Marine Le Pen était créditée de 30% d’intentions de vote en fin d’année dernière. Il y avait alors une « montée » unanimement constatée du vote FN qui pouvait laisser espérer une victoire à la présidentielle (même si j’ai toujours pensé que la probabilité en était faible, mais, donc, pas nulle).

    Elle a terminé avec 21,4% au premier tour, en laissant la première place à Emmanuel Macron (24%). Son score, finalement, n’a pas été considérablement plus élevé que ceux de Fillon et de Mélenchon.

    Sur le fond, je ne suis pas en désaccord avec l’objectif de mettre fin à l’euro (voir mon article dans ce blog du 1er mai : « l’euro, élément important de la campagne présidentielle »). Je pense, et nombre d’économistes le pensent aussi, que l’euro, monnaie artificielle, explosera tôt ou tard parce qu’il est inadapté aux disparités économiques des pays de la zone et à leurs intérêts divergents. Depuis des années, on « sauve » l’euro à coup de milliards et, à cause de l’euro, on laisse s’enfoncer de nombreux pays (la Grèce, mais pas seulement : nombre d’économistes pronostiquent une crise bancaire et financière sans précédent en Italie).

    Il était donc légitime, pour Marine Le Pen, de se prononcer pour la fin de l’euro. Mais ses déclarations hasardeuses et fluctuantes ont accrédité l’idée que la France allait « sortir » de l’euro, qu’elle allait rétablir, seule, sa monnaie nationale et que celle-ci serait dévaluée pour favoriser la compétitivité de l’économie française. Les Français ont pris peur pour leur épargne, pour les prix des produits qu’ils importent (notamment leurs mythiques smartphones) et pour leurs voyages à l’étranger. Les médias au service du « système » en ont rajouté une couche en allant jusqu’à faire croire qu’en dévaluant la monnaie, on diminuerait d’autant les montants des comptes d’épargne (ce qui est évidemment archi-faux).

    Le langage qu’il aurait fallu tenir était de dire que, vu l’avenir improbable de l’euro, nous allions en discuter avec nos partenaires en proposant de remettre le système à plat. D’autres pays, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, mais aussi l’Allemagne (qui en a assez de payer pour les autres), ont encore plus intérêt que nous à ce que cela change. L’Italie, par exemple, aurait un impérieux besoin de dévaluer sa monnaie, ce qu’elle ne peut faire avec l’euro et ce qu’elle pourrait, avec l’accord et la garantie de ses partenaires, avec une monnaie nationale gagée sur l’euro, monnaie commune et non plus unique.

    La France, quant à elle, a moins besoin de dévaluer. En tout cas, on n’avait jamais vu un gouvernement annoncer une dévaluation avant de la faire. Madame Le Pen, elle, en pratique, l’a fait. Si on avait une monnaie nationale, la candidate aurait immédiatement déclenché une vague spéculative difficilement contrôlable. On comprend, dans ces conditions, que ceux qui connaissent un peu l’économie n’aient pas pu approuver la proposition de Marine Le Pen et que ceux qui n’y connaissent rien aient été pris d’une peur quasi panique (alimentée, évidemment, par les médias du « système »).

    Marine Le Pen, sur l’injonction de Nicolas Dupont Aignan, plus solide sur la question, a rectifié le tir en fin de campagne, mais de façon plutôt désordonnée. Il était, de toute façon, trop tard.

  11. Pour ce qui est des raisons stratégiques, c’est-à-dire sur le long terme, j’y reviendrai dans l’article suivant intitulé « Après la défaite de Le Pen, et maintenant ? », que je mettrai en ligne demain.

  12. 4/ La répartition des votes des Français en faveur de Macron et de Le Pen va probablement voir se confirmer une fracture (à cette heure, on n’a pas encore les détails des résultats par régions et départements), justement soulignée par les commentateurs, entre une France qui se sent victime de la mondialisation et une France qui pense en profiter. Cela est certes schématique mais est globalement conforme à la vérité. La majorité des gens votent pour leurs intérêts égoïstes, ou ce qu’ils estiment tels. C’est regrettable, mais c’est ainsi. Ceux qui croient profiter du système ont voté Macron, les autres (rejoints par ceux qui ont une peur irrationnelle du FN) Le Pen.

    Un deuxième clivage existe quant à l’identité de la France. Macron a fait le plein chez ceux qui sont issus de l’immigration, même quand ils ont voté Mélenchon au premier tour.

    Les clivages régionaux constatés lors des élections précédentes se sont, semble-t-il, reproduits cette fois. Le Nord, l’Est et le Sud-est ont voté Le Pen, l’Ile de France, l’Ouest et le Sud-ouest Macron.

    Le vote francilien résume tous les clivages. Les classes aisées de Paris comme les villes de banlieue à forte implantation musulmane ont voté massivement Macron. Le vote Le Pen est plus diffus et, au total, très minoritaire, confirmant ce qu’on savait déjà : Paris concentre la richesse de la France et des pans entiers de la banlieue sont le théâtre du « grand remplacement ». Là, comme en d’autres circonstances, il y a un clivage entre la capitale et la « province ».

    5/ Il ne s’agit pas de se lamenter sur ce qui précède en incriminant l’ « égoïsme » de certains, l’ « abrutissement » par les médias d’autres.

    Je connais des gens honnêtes, ni égoïstes ni abrutis, qui me disent qu’ils ne voteront jamais pour le Front National. Ils sont moins nombreux qu’autrefois mais ils existent. Ils contribuent à ce fameux « plafond de verre » constaté dans toutes les enquêtes d’opinions et dans toutes les élections, y compris celle-ci.

    Cela interpelle. Il ne s’agit pas d’être masochiste et de s’auto-flageller. Quand on perd, on n’a pas toujours tort. Mais ce n’est pas non plus toujours la faute des autres.

  13. peut-être aussi une question de stratégie. J’y reviendrai dans l’article suivant.
  14. Yves Barelli, 7 mai 2017

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Published by Yves Barelli
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RATUMA 07/05/2017 22:50

https://www.youtube.com/watch?v=q5l81dIwbvc&feature=youtu.be

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