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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 16:32

En annonçant la sortie de la France de l’euro si elle était élue, Marine Le Pen a commis une erreur, utilisée avec mauvaise foi par ses adversaires. Cela lui a probablement coûté plusieurs millions de voix au premier tour. Elle a pourtant raison sur le fond, mais a eu tort de présenter les choses de cette manière. L’euro est une monnaie artificielle condamnée en tant que monnaie unique. Il ne s’agit pas d’en sortir. Il faut seulement constater avec nos partenaires que l’euro n’est pas viable sur le long terme et qu’il vaudrait mieux y mettre fin de concert, à froid, plutôt que d’attendre qu’une nouvelle crise, plus grave encore que les précédentes, précipite sa fin. La France, pays majeur de cette monnaie n’a pas à « sortir » de l’euro. Tout simplement parce que, si elle n’en veut plus, il n’y a plus d’euro, un peu comme une indivision patrimoniale ou une entreprise industrielle ou commerciale formée par des associés lorsque l’un de ses membres veut y mettre fin.

1/ La monnaie unique européenne, qui n’a pas encore vingt ans d’existence, a subi des crises récurrentes depuis sa fondation tout simplement parce qu’elle est la monnaie artificielle de pays à structures économiques profondément différentes et même antagonistes. En Europe, il y a un profil économique du « Nord » et un autre du « Sud ». Ce qui vaut pour l’Allemagne ne vaut pas, l’expérience le prouve, pour l’Italie, et réciproquement. C’est un fait que les promoteurs de l’euro, à Maastricht, savaient parfaitement mais ils se sont engagés dans l’aventure de l’euro avec la conviction que cela pousserait l’Union européenne au fédéralisme qu’ils souhaitaient.

Or, l’UE n’est pas un Etat fédéral, pour la simple raison que ni les peuples ni les gouvernements (même quand ils font semblant d’affirmer le contraire) n’en veulent. Comme le disait justement Hubert Védrine, la France et l’Allemagne ne sont pas le Dakota du Nord et le Dakota du Sud. Ce sont des pays avec des histoires, des cultures, des identités et des comportements économiques différents qui, chacun, défend ses intérêts propres. L’euro ne pourrait marcher que si nous nous fondions dans un même Etat fédéral avec un budget commun qui jouerait des péréquations entre pays, devenus régions, pauvres et riches, un peu comme les Hauts de Seine contribuent à la Lozère par le budget de l’Etat.

Or, le budget européen est minime au regard de la somme des budgets nationaux. Il n’y a pas d’Europe fédérale et il n’y en aura pas dans un avenir prévisible. Faire comme si elle existait est un leurre dangereux qui, tôt ou tard, fera éclater cette construction fragile, ne serait-ce que parce certains pays, comme la Grèce, ne peuvent suivre le train commun, ou parce que certains peuples, sans doute une majorité, diront tôt ou tard qu’ils n’en veulent plus. Pas seulement la France de Madame Le Pen. Sans doute aussi les Allemands, qui ont le sentiment qu’ils payent pour les autres, qui commencent à en avoir assez et qui ont la nostalgie de leur solide Deutsche Mark.

2/ Depuis une dizaine d’années, la périodicité des crises de l’euro s’est accélérée. Elles ont chaque fois été provisoirement réglées au cours de « sommets » dramatiques à coup de déboursements considérables. Voyez ce qu’ont coûté les crises grecques, jamais vraiment réglées, se contentant finalement d’accorder chaque fois un nouveau sursis à la Grèce et à l’euro. Et il y a eu aussi les crises portugaises, espagnoles, irlandaises, chypriotes, italiennes, et j’en passe. Tout le monde s’attend à ce que le système bancaire italien craque bientôt et soit la cause d’une crise systémique bien plus forte encore que les précédentes.

3/ Lorsque j’ai ouvert ce blog, c’était au cours de l’une de ces crises récurrentes de l’euro, en 2011. J’ai mis en ligne (28 et 29 septembre 2011) quatre articles successifs détaillés (j’en ai écrit d’autres depuis) collectivement intitulés : « L’euro est sauvé, jusqu’à quand ? Comment sortir d’une utopie dangereuse ». Le premier avait pour sous-titre « une crise systémique », le second « la faillite de la construction européenne », le troisième « des spécificités nationales niées » et le quatrième « construire un nouveau système monétaire européen ». J’y renvoie le lecteur intéressé. Ces articles n’ont pas pris une ride. Je pourrais les réécrire tels quels aujourd’hui.

Je ne suis pas le seul à être allé dans ce sens. La plupart des économistes sensés (il y en a !) et libres de leurs écrits (il n’y en a pas beaucoup car la plupart travaillent, et sont souvent grassement payés, pour des banques ou des organismes publics nationaux ou dépendant de l’UE) l’ont fait, notamment des prix Nobel.

L’idée centrale de ma réflexion (je constate à la fois avec satisfaction d’avoir été l’un des précurseurs, car peu s’exprimaient comme moi il y a six ans, et en même temps avec regret de ne pas être davantage lu et écouté et surtout que la plupart des gens préfèrent, lorsqu’on leur annonce de mauvaises nouvelles, ne pas écouter et faire comme l’autruche, mettre la tête dans le sable et ne pas voir. Jusqu’au moment, hélas, où la réalité les rattrape. Nombre de malades font ainsi : ils attendent d’être très atteints pour commencer à se soigner, parfois trop tard) est maintenant partagée par beaucoup. Marine Le Pen l’a compris et elle a eu le courage de le dire, malheureusement de façon maladroite.

Cette idée centrale est qu’il est illusoire de vouloir conserver indéfiniment une parité monétaire qui ne concorde pas avec les possibilités de l’économie. De tous temps et dans tous les pays, on a procédé à des ajustements monétaires lorsque c’était nécessaire. La monnaie est le reflet de l’économie, pas un don du ciel révélé pour l’éternité. Dans la période récente, les Etats-Unis, le Japon, la Chine, la Grande Bretagne, la Suisse, pour s’en tenir à de grands pays (la Suisse l’est par son économie et sa monnaie) développés, ont ajusté leurs parités. La banque centrale européenne l’a fait aussi, mais de façon limitée, pour deux raisons. La première est que sa mission majeure est de conserver la valeur de l’euro et de lutter contre l’inflation, pas d’œuvrer pour permettre à l’économie de mieux fonctionner. La deuxième est que, quand bien même voudrait-elle améliorer l’économie (ce qu’elle souhaite aussi, évidement), sa marge de manœuvre serait fort limitée car certains pays-membres auraient intérêt à ce qu’on dévalue l’euro et d’autres, au contraire, à ce qu’on le réévalue.

Dans l’un de mes articles, écrits en plein Tour de France cycliste, j’avais pris la comparaison d’un peloton cycliste montant le col du Galibier auquel on imposerait, pour tous les coureurs, d’avoir un seul développement (les « vitesses ») de ses roues. Pour les plus forts, avec un développement moyen, ils doivent pédaler dans le vide. Un pignon plus petit leur permettrait d’aller plus vite avec moins d’efforts car chaque coup de pédale permettrait de faire plus de mètres. Mais pour cela, encore faut-il avoir les mollets qui permettent de donner ces coups de pédale. Tous ceux qui ont fait du vélo me comprennent. En revanche, il en est dans le peloton de plus faibles qui aimeraient passer sur un pignon plus gros parce que, avec le rapport imposé, ils n’y arrivent plus. Certains ne vont pas tarder à abandonner, épuisés.

Le fort, c’est l’allemand, le largué le grec, le quasi-largué l’italien. Quant au français, il arrive encore à peu près à suivre mais il en paye le prix (pour le cycliste qui fournit plus d’efforts que raison, le prix à payer est qu’il risque de ne pouvoir monter le prochain col ; pour l’économie, le prix à payer c’est trop d’austérité et des délocalisations).

Toute économie qui est devenue trop peu compétitive a besoin d’une dévaluation de la monnaie et, au contraire, celle qui l’est trop, doit réévaluer (une monnaie trop faible peut être un inconvénient comme la monnaie trop forte, mais pas le même, car, avec une monnaie plus forte, on peut gagner plus : si on augmente le prix des BMW sur le marché chinois, les riches qui les achètent continueront à les acheter ; la Suisse qui a récemment réévalué, a continué à exporter parce que ses produits sont appréciés et les acheteurs acceptent de payer plus cher pour conserver la qualité. Par contre, si je vends du bas de gamme, je suis pénalisé par une monnaie forte). 

La dévaluation se traduit par une perte de valeur de la monnaie, pas interne mais par rapport aux autres. Cela se traduit, pour les produits importés, par un renchérissement et pour les produits exportés par une baisse de prix sur les marchés étrangers. On peut donc viser plus d’exportations et moins d’importations. Mais une dévaluation ne marche pas à tous les coups. Il y faut plusieurs conditions : une maitrise des prix (si le commerçant ou l’industriel profite du changement de parité pour augmenter sa marge à court terme plutôt que d’en tirer le bénéfice à plus long terme, ça ne sert à rien. Si le pays n’est pas capable d’augmenter sa production pour exporter davantage en profitant des marchés qui s’ouvrent à lui grâce à sa meilleure compétitivité, cela ne sert à rien non plus. Et si le pays n’est pas capable d’exporter plus tout en étant dépendant d’importations (désormais plus chères) qu’il ne peut réduire (le pétrole, par exemple), le résultat peut même être catastrophique. La dévaluation n’est donc pas la panacée universelle. Si c’était le cas, on dévaluerait sans arrêt.

Quand on dévalue, il faut réunir les conditions évoquées plus haut. Il vaut mieux aussi le faire à froid car, dans une situation de crise, la spéculation à la baisse de la monnaie s’en mêle et dans ce cas, on est contraint de dévaluer plus que nécessaire et on risque d’être entrainé dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir.

C’est la raison pour laquelle, je ne conseillerais pas à Madame Le Pen de « sortir » de l’euro sitôt élue. Les « marchés », qui ne l’aiment pas, comme on le sait, car ils n’aiment pas ceux qu’ils considèrent comme des anti ou même des hors-systèmes (Mélenchon aurait le même problème), perdant confiance dans la France, son économie et sa monnaie, se lanceraient dans une spéculation contre notre monnaie que les tenants de l’ « oligarchie » alimenteraient volontairement, aidés aussi, il faut bien le dire, par tout un chacun, y compris vous et moi (si j’ai des dollars ou des francs suisses chez moi, je ne vais pas les changer contre des francs si je pense que la monnaie française va perdre de la valeur ; je vais même anticiper l’achat de dollars si je prévois un voyage à l’étranger ou si, tout simplement, je suis prudent. Les plus âgés d’entre vous se souviennent des crises passées du franc).

Je constate que Madame Le Pen a changé de langage entre les deux tours, notamment à la demande de Nicolas Dupont-Aignan, mais aussi de pas mal de cadres du FN qui avaient de mauvaises « remontées », comme on dit, de terrain. C’est un peu tard, mais elle a raison de le faire.

4/ Il n’en demeure pas moins que, pour mener une véritable politique économique et sociale, un gouvernement doit avoir la maitrise de la monnaie. Si on reste dans le système des règles européennes et si on s’en remet à la Banque centrale de Francfort pour fixer les règles monétaires, on est condamné à n’agir que dans le cadre de ces règles.

C’est ce qu’ont fait notamment l’Italie, l’Espagne et le Portugal, pays qui ne s’en sortiront jamais s’ils conservent l’euro comme monnaie nationale.

Pourquoi ? Tout simplement parce que leurs économies ne sont plus compétitives. Ils sont comme le coureur fatigué qui aurait besoin de changer de braquet mais qui ne le peut pas parce que son vélo n’en a qu’un, celui du « braquet unique » du peloton.

Alors, au lieu de la dévaluation monétaire, on applique la dévaluation sociale. En Espagne, par exemple, on a réduit les salaires des fonctionnaires et les retraites de tout le monde de 20% (dans le même temps où on n’a pas touché à la rémunération des banquiers pourtant responsables de la crise de 2008 : non seulement les remèdes de l’UE sont inefficaces mais ils sont profondément injustes. Ceux qui les appliquent s’estiment contraints de le faire : les Espagnols ne s’opposent pas à l’UE parce qu’ils ont été traumatisés par cinquante ans d’isolement sous Franco, que l’entrée dans l’Europe a été la reconnaissance de la démocratie et que, pour cela, ils veulent être les élèves disciplinés, même s’ils en souffrent. Portugais et Grecs idem. Nous ne sommes heureusement pas dans cette situation).

Ceux qui reprochent à Madame Le Pen sur tous les plateaux de télévision une sortie de l’euro qui se traduirait par une dévaluation du franc retrouvé de 20%, disent-t-ils (Marine Le Pen parle de 6% ; à la vérité nul ne peut dire de combien elle serait compte tenu des incertitudes quant à la spéculation), en faisant peur aux petits épargnants et aux retraités en leur disant qu’ils perdraient 20% de leur épargne (ce qui est totalement faux, sauf pour ceux qui ne dépensent leurs avoirs qu’à l’étranger) devraient avoir l’honnêteté de dire qu’ils préconisent, si on conserve l’euro, de diminuer les salaires des fonctionnaires et les retraites de tout le monde de 20%, le tout assorti d’une hausse de la TVA et de la CSG, de l’allongement du temps de travail et de l’âge de la retraite et de coupes dans les prestations sociales, bref, de la politique généralisée d’austérité imposée par Bruxelles, la même qui a déjà frappé la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Irlande, politique qui non seulement a pénalisé, et parfois assassiné, les plus faibles et même les classes moyennes, mais, souvent, complètement ruiné l’économie de ces pays (si les gens ont moins de revenus, ils consomment moins, payent moins de TVA et moins de cotisations sociales, ce qui creuse encore les déficits publics. Croire que tous les pays peuvent comprimer leur marché intérieur et compter sur les seules exportations, devenues plus compétitives, est une absurdité).

Evidemment, ceux qui alertent sur le « danger » du programme de Madame Le Pen, se gardent bien de dire ce qu’ils proposent à la place (François Fillon l’a un peu fait. Cela ne lui a pas réussi). Monsieur Macron, qui ne dit rien sur aucun sujet, encore moins que les autres.

5/ Je conseille donc à Madame Le Pen d’être prudente. Cela ne signifie pas que, si elle est élue, elle ne doive rien faire.

a/ Je lui conseille d’appliquer, si par bonheur elle est élue, la partie de son programme qui peut encore se faire, au moins pour un temps, avec l’euro.

Le contrôle des frontières, la taxe sur les importations de produits en provenance des pays ne respectant pas les conditions minimales sociales et environnementales, la fin des travailleurs détachés, la préférence nationale seraient des mesures qui iraient dans le bon sens.

Et qu’on ne vienne pas me dire que ce serait interdit par Bruxelles. Bruxelles a-t-il des porte-avions et de l’infanterie à nous envoyer pour nous obliger à lui obéir ? Non. La France est encore une grande puissance. Nous ne sommes ni l’Estonie, ni la Grèce, ni même l’Espagne.

Lorsque le général de Gaulle ou Madame Thatcher ont voulu s’abstraire des « règles » européennes, ils ont pu le faire en toute « impunité ». Lorsque les Anglais ont eu le « culot » de choisir le Brexit, certains irresponsables (Hollande le premier) ont préconisé des mesures de rétortion immédiates. Ils sont rentrés dans le rang et les 27 vont négocier calmement avec Londres parce que personne n’a intérêt à un clash. 

Si la France applique sa politique, les autres s’y plieront, quelles que soient les règles actuelles, et ils accepteront de changer les règles pour trouver un compromis avec nous. Ne serait-ce que pour une raison simple : mettre la France en faillite, c’est mettre l’Europe en faillite. Ils peuvent se le permettre avec la Grèce, pas avec nous. Ils ne le font même pas avec la Hongrie, un peu plus solide que la Grèce, parce que, aller contre la Hongrie, c’est aller contre les banques et les entreprises allemandes et autrichiennes qui y sont implantées et, cela, Madame Merkel n’en veut pas.

b/ Dans le même temps, parallèlement aux mesures en faveur de l’emploi préconisées plus haut, elle pourrait (elle devrait même) prendre l’attache de nos partenaires en disant : « Constatons ensemble que l’euro, ça ne marche plus ; n’attendons pas la prochaine crise qui risque d’être fatale et trouvons ensemble une solution. De toute façon, comprenez que, si la France membre-fondateur de l’euro et deuxième contributeur à la banque centrale et aux budgets européens n’en veut plus, tout simplement, il n’y a plus d’euro ».

Un tel langage serait entendu par tous les pays qui ne sont pas satisfaits du fonctionnement de l’euro : les pays du Sud parce qu’ils n’en peuvent plus de l’austérité, ceux du Nord parce qu’ils en ont assez de jeter leur argent dans le tonneau des Danaïdes européen avec la conviction que la cigale sera toujours la cigale et la fourmi toujours la fourmi et qu’il vient un moment où la fourmi en a assez de travailler pour la cigale qui, à ses yeux, ne fait que chanter (je m’insurge évidemment contre cette stigmatisation scandaleuse de la sympathique cigale qui est, comme chacun doit le savoir, l’animal national de la Provence !).

c/ J’ai exposé dans mon article de 2011 quelle pourrait être une solution durable pour la France et pour l‘Europe. On commence à y venir. Madame Le Pen aussi.

Elle consiste à conserver l’euro comme monnaie commune utilisable pour les transactions internationales, pour les paiements dans les commerces pour les touristes étrangers qui le souhaitent (en Suisse, on peut payer partout ou à peu près en euros et autrefois en francs français. De toute façon, avec une carte visa, on paye dans le monde entier, quelle que soit la monnaie. Ceux qui mettent en avant la réintroduction des monnaies nationales comme une entrave aux échanges et aux voyages sont des malhonnêtes ou des ignorants. On voit qu’ils n’ont jamais vécu dans une région frontalière. On pourrait encore mieux s’en remettre au dollar, monnaie universelle, mais gardons l’euro puisqu’il a le mérite d’exister et qu’il est quand même plus facile d’organiser un système continental plutôt que mondial). 

Les pays qui souhaiteraient conserver l’euro comme monnaie unique pourraient le faire. Les autres se doteraient de monnaies nationales gagées sur l’euro. Bien évidemment, le changement de monnaie ne changerait rien à la valeur de l’épargne de chacun. Si je gagne 1000€ et que je paye ma baguette de pain 1€, j’aurai par exemple 6000F et ma baguette me coûtera 6F. Le résultat est exactement le même. On ne reviendrait d’ailleurs pas à la valeur du franc d’antan. On aurait au départ des euro-francs, des euro-lires ou des euro-marks valant tous 1€. Ensuite, les valeurs de chaque monnaie seront réajustées selon les besoins. Un peu comme, quand, la Tchécoslovaquie s’est scindée en deux, au départ la couronne tchèque et la slovaque avaient la même valeur. Elles ont légèrement divergé ensuite. Dans ce cas, le changement de monnaie n’aurait pas davantage de conséquence interne que le passage à l’euro : les riches sont restés riches et les pauvres sont restés pauvres. Tenter de faire croire aux bons petits vieux que leur compte à la Caisse d’Epargne serait touché, et même supprimé, est malhonnête. (Mais comme les gens d’en face sont de mauvaise foi, il aurait mieux valu que Marine Le Pen ne parle même pas d’euro et de retour au franc : il ne faut jamais annoncer à l’avance une dévaluation ; même les plus mauvais ministres des finances le savent).

Avec un tel système, il est probable que l’euro-franc se déprécierait un peu, l’euro-lire et l’euro-peseta davantage tandis que l’euro-mark, l’euro-florin et l’euro-schilling s’apprécieraient plus ou moins.

A intervalles réguliers, les ministres des finances se réuniraient pour décider collectivement des parités, exactement comme ils le faisaient du temps de l’ « écu », ancêtre de l’euro, qui servait de référence aux monnaies nationales.

Certains objectent que dans un tel système, la discipline ne pourrait être maintenue, que chacun ferait ce qu’il veut et qu’il y aurait une guerre des monnaies.

Sans doute pas, parce qu’il y aurait un intérêt commun à trouver les bonnes parités, qui, d’ailleurs, pourraient être suggérées par un panel d’économistes indépendants (en cherchant bien, on en trouve).

Si on considère que, pour être compétitive, la monnaie italienne a besoin d’une dévaluation de 20%, c’est l’intérêt de ses partenaires de l’accepter car une Italie en crise coûte cher quand, d’une façon ou d’une autre, on doit la renflouer. Il ne faudrait certes pas l’autoriser à aller trop loin dans la dévaluation, ce qui pénaliserait les pays concurrents. Mais la refuser, c’est condamner tout le monde. Il faut donc trouver la bonne parité. Un peu comme un restaurateur fixe le prix de ses menus. Trop bas, il ne gagne rien. Trop haut, il perd des clients. Son prix va dépendre de sa compétitivité. S’il est étoilé, il peut être cher. Si sa cuisine est plus ordinaire et est concurrencée par d’autres, il doit jouer sur le prix. Un pays, c’est pareil.

Les dévaluations et réévaluations décidées d’un commun accord couperaient l’herbe sous le pied de la spéculation car les monnaies nationales, étant gagées sur la monnaie commune, seraient plus difficilement attaquables et parce que le changement de parité serait le gage d’une économie plus solide, marqueur en dernier ressort de la valeur d’une monnaie.

Ce système est possible. Pas seulement parce qu’il est bon. Cela les représentants des « marchés » s’en fichent autant que du sort des peuples. Mais parce que c’est l’intérêt bien compris de tous, à commencer par les Allemands.

Vous pensez peut-être que ce système est séduisant, mais vous le trouvez risqué. Vous avez raison. Il y a toujours un risque dans le changement. Mais, en l’occurrence, il est bien plus risqué de conserver le système actuel sans le changer. Les billets multicolores en euros avec leurs ponts qui ne mènent nulle part sont bien jolis, mais quand l’euro se cassera la figure parce que nous marchons, nous courrons même, vers le mur, alors, nos euros ne vaudront plus rien, vous pourrez en tapisser votre cave et il vaudra mieux avoir quelques francs suisses et dollars de côté pour voir venir.

6/ Une France forte et qui sait ce qu’elle veut arrivera toujours à trouver un accord avec les Allemands. Pas en allant prêter allégeance à Berlin chez la chancelière au soir d’une élection présidentielle ou en acceptant à l’avance toutes les injonctions de la Commission de Bruxelles. Mais en défendant sans timidité nos positions.

La France est l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, elle a l’arme nucléaire, elle était dans les rangs des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, elle a quarante partenaires africains et francophones, a la sympathie des pays du Sud et a encore une voix qui porte dans le monde. Nous n’allons évidemment pas discuter à Bruxelles et à Berlin avec la bombe atomique. Mais certains Français ont oublié leur force collective parce qu’ils n’ont plus confiance dans leur pays. Ceux qui, comme moi, connaissent le monde et l’Allemagne, savent que les Allemands connaissent notre force et que, à un complexe français répond un complexe allemand. Le plus faible n’est pas celui qu’on croit.

Les Britanniques savent ce qu’ils veulent et ils connaissent leur poids dans le monde. Face à une Europe faible et divisée, ils savent que le Commonwealth, la City ou les liens particuliers avec l’Amérique, ce n’est pas rien. C’est pourquoi ils vont gagner la négociation du Brexit. Nous avons les mêmes atouts objectifs que le Royaume Uni. Eux comme nous, sommes les seules Nations européennes à avoir des responsabilités mondiales, au Conseil de sécurité comme sur les théâtres d’opérations militaires extérieurs. C’est notre force. Les Allemands, eux, n’ont pas cette force. Le poids d’un pays n’est évidemment pas seulement le nombre de ses divisions militaires. Mais ce n’est pas non plus seulement le montant de son excédent commercial ou budgétaire.

Dans la grande discussion qui s’annonce pour mettre sur pied une Europe des coopérations entre nations souveraines à la place de cette Europe sans identité et sans âme qui est devenue une prison des peuples, notre voix peut être entendue. A condition que nous ayons quelque chose de cohérent à dire et à condition de vouloir le dire.

Un peuple ou une personne qui part battue dans une discussion est toujours perdante et en ressort soumise.

Soyons forts. Et pas seulement pour l’euro.

C’est la seule voie vers le redressement de la France, mais aussi de notre continent.

Il appartient aux Français de faire entendre cette voix dimanche prochain.

Oseront-t-ils le faire ou continueront-t-ils à baisser la tête avec Emmanuel Hollande ?

Yves Barelli, 1er mai 2017

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commentaires

RATUMA 01/05/2017 17:50

http://www.bvoltaire.fr/presidentielle-vue-de-suisse/?mc_cid=a4a86a1990&mc_eid=5a81bc32d4

RATUMA 01/05/2017 17:27

https://www.youtube.com/watch?v=tls1gibZgKw

et pourquoi pas l'armée

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