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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 14:41

Le débat organisé le 20 mars par TF1 a permis, enfin, d’aborder les questions de fond. On peut regretter que cet exercice essentiel de démocratie ait eu lieu sur une chaine privée, avec indécents début en retard et « entracte » afin de faire passer des publicités probablement payées à prix d’or compte tenu de l’audience exceptionnelle de l’émission. On peut sans doute aussi regretter que seuls cinq candidats sur les onze en compétition aient été « invités » sur la foi de sondages (alors que ceux-ci n’ont aucune légitimité institutionnelle), tout en reconnaissant que, si 5 c’était déjà beaucoup, à 11 cela aurait risqué d’être inaudible. Voici mes réactions après ce débat.

1/ Le téléspectateur, et sans doute aussi les candidats, sort toujours frustré d’un tel débat. En dépit de la durée de l’émission (plus de trois heures), on a l’impression que son « champion » n’a pas eu suffisamment de temps pour développer son projet et que les autres ont été trop ménagés. Vivement le débat d’entre deux tours : le dialogue sera plus franc, plus direct et sans doute plus éclairant !

2/ Beaucoup de sujets n’ont été qu’effleurés. C’était inévitable. Il aurait certainement été mieux de faire quatre ou cinq débats successifs (à une semaine d’écart), chacun consacré à un sujet essentiel : économie, sécurité, Europe, etc. Nous sommes, là, restés sur notre faim. Et le problème, lorsqu’on ne fait qu’effleurer les sujets, est que chacun d’entre nous restons avec nos convictions : on ne peut pas se convaincre d’une argumentation en trois phrases !

3/ Sur la forme, chacun a eu son style, sans doute bien préparé avec ses conseillers en communication et mis au point en fonction de l’objectif majeur : pour Marine Le Pen, que tous les sondages placent au deuxième tour, il fallait conserver son public et préparer l’affrontement décisif de ce second tour, elle a donc déroulé son argumentation sans nuance. Pour François Fillon, il fallait montrer qu’il était le plus sérieux et le plus apte à gouverner. Pour Emmanuel Macron, il fallait continuer son opération « attrape-tout » et esquiver les critiques sur la vacuité de son programme. Pour Mélenchon et Hamon, il fallait démontrer que la vraie gauche, c’est lui, et, s’agissant de Hamon, de préparer l’après-élection, c’est-à-dire la conquête durable du Parti Socialiste contre Valls, premier ministre sortant et candidat à la reprise d’une formation en perdition.

Ont-ils réussi ? J’ai trouvé Fillon le meilleur sur la forme : sérieux, posé, carrure de présidentiable. Excellent sur la politique étrangère, plutôt bon sur les questions de sécurité et l’islam conquérant. Malheureusement pour lui, et pour nous, « plombé » par ses positions d’un autre âge (celui de Thatcher il y a quarante ans) en matière économique et sociale. Mais là, j’aborde déjà le fond, preuve qu’il est bien difficile de séparer fond et forme. Je note que personne ne l’a « cherché » sur ses « affaires » (emploi de sa conjointe, cadeaux de riches amis). Tant mieux.

Macron a réussi à échapper aux attaques, peu méchantes, de ses adversaires. Il a joué au candidat gentil, poli, serein. Il est resté fidèle à lui-même et à ce qui fait son succès auprès des naïfs : rester dans le flou des bonnes intentions, un coup à gauche un coup à droite, un peu de fermeté et un zeste d’humanité. Personne, hélas, ne l’a attaqué sur ce qu’il est réellement : il est l’homme de Hollande, dont il a inspiré les éléments les plus réactionnaires de sa politique économique et sociale. J’imagine que Marine Le Pen, qui a esquissé cette mise en cause, réserve pour le deuxième tour ses attaques frontales envers l’homme qui incarne totalement ce qu’il y a de pire dans le « système », l’Union européenne et le capitalisme mondialisé inhumain, si Macron est sélectionné pour ce deuxième tour comme semblent le prévoir les sondages.

Marine Le Pen a semblé parfois s’ennuyer dans ce débat. Elle se place déjà dans le second tour. Mais attention, rien n’est jamais joué d’avance! (on en a eu l’illustration avec l’élimination de Juppé à la primaire de droite). Le « tiercé », où seuls les deux premiers peuvent gagner, peut encore se modifier, et pas seulement pour les places 2 et 3.

4/ Il est clair que la principale inconnue du premier tour est de savoir qui sera sélectionné pour le second. Hamon et Mélenchon se neutralisent mutuellement. C’est navrant pour la gauche et pour le débat démocratique.

Le Pen devrait logiquement être au second tour. On verra.

Reste à savoir qui, de Fillon et de Macron, y sera. Ce sont ceux qui recueillent le plus de soutiens fragiles, c’est-à-dire d’intentions de vote peu fermes. La suite de la campagne d’ici un mois sera donc décisive.

Pour Fillon : son expérience et le sérieux du personnage, sans doute une mobilisation de fin de campagne de l’électorat de droite qui ne pardonnera pas totalement sa « trahison » (être cupide alors qu’il se voulait un modèle de vertu), mais votera pour lui car il est le seul représentant de la « famille » politique dans laquelle il se reconnait.

Pour Macron, qui peut apparaitre comme la bonne synthèse de ce qui se fait de mieux, de plus « raisonnable » à droite et à gauche, qui est un homme « neuf », « compétent » et même, pour beaucoup, « sympathique ». Nombre d’électeurs positionnés à gauche vont voter « utile » en se prononçant pour lui afin de « faire barrage » à Le Pen (c’est leur obsession : comme la « gauche » a tout renié, c’est ce qui lui reste, un mythique combat « antifasciste », « antiraciste », « anti-islamophobe » et autres fadaises qu’il conviendrait, je crois, de psychanalyser).

Mais ce ralliement de la gauche et de la « hollandie » à Macron, risque d’envoyer vers Fillon la partie des hésitants qui n’oublient pas que le président sortant a sans doute été le pire de la cinquième république. Cela peut s’avérer bon pour la droite mais dangereux pour Marine Le Pen, d’autant que, si elle recueille beaucoup d’adhésions mais aussi de mécontents désireux d’émettre un vote protestataire, d’autres, dégoûtés, préféreront ne pas voter.

Le match est donc ouvert.

5/ Quant à moi, voici mon quintet selon mes convictions et le positionnement de chaque candidat : Le Pen en premier, Fillon en second (en dépit de sa politique économique et sociale réactionnaire, Mélenchon en trois (il est généreux, critique envers l’UE et la mondialisation, mais naïf quant à l’islamisme), Hamon (c’est le porte-voix du communautarisme et du conformisme européiste, mais il a quelques bonnes idées), enfin Macron, le, pire et le plus dangereux ; il représente tout ce contre quoi je me bats.

6/ S’agissant des « petits » candidats, certains, tels Dupont-Aignan ou Asselineau, ont de bonnes idées. Je leur reproche néanmoins de cristalliser des voix qui seraient plus utiles ailleurs. Certes, le système français est tel que la présidentielle est souvent le seul moyen de se faire connaitre, mais c’est une dérive du système. Seul un système de représentation à la proportionnelle au parlement devrait jouer ce rôle.

7/ Depuis ce matin, une nouvelle « affaire » a éclaté, celle de Bruno Le Roux, ministre de l’intérieur, accusé d’avoir employé et rémunéré ses enfants mineurs. C’est évidemment moralement condamnable. Mais, de grâce, assez avec les « affaires ». A défaut de mettre sur la place publique ce type de sujet avant la campagne électorale, que la presse et la justice attendent un peu. Cette présidentielle a été suffisamment « polluée » comme cela. On veut entendre parler programmes, pas d’infos de caniveau.

Yves Barelli, 21 mars 2017

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Published by Yves Barelli - dans Politique française
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commentaires

RATUMA 21/03/2017 16:55

https://www.insolentiae.com/macron-chouchou-des-sondages-et-pourtant-mal-aime-ledito-de-charles-sannat/

jamais vu une campagne aussi honteuse

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