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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 00:12

Soupçons d’enrichissement sans cause pour celui qui se présentait comme le chevalier blanc, médias au service du « système » lynchant certains candidats et épargnant d’autres, l’OVNI Macron, chouchou des médias et des banques qui dit tout et son contraire, guerre des gauches, gueule de bois de la droite, Marine Le Pen toujours aussi haute dans les sondages du premier tour mais régulièrement pronostiquée comme battue au deuxième, et une large majorité de Français mécontents du fonctionnement de notre démocratie, selon des sondages dans lesquels ils n’ont pas davantage confiance que dans les hommes politiques sensés les représenter, petites phrases et futilités masquant l’essentiel, c’est-à-dire les projets pour la France, cette campagne électorale risque d’en dégoûter plus d’un et d’inciter, le jour du vote, à aller voir si le soleil des tropiques est plus chaud que celui de l’hexagone. Décidément, cette campagne électorale est bien terne et les pronostics bien difficiles à faire.

A deux mois du premier tour, il est trop tôt pour tirer de la campagne en cours des enseignements quant au vote prévisible pour le 23 avril. On peut toutefois déceler des tendances, mais celles-ci sont encore incertaines.

1/ Il y a une vague de fond dans l’électorat pour exprimer un « ras le bol » vis-à-vis des partis dits de gouvernement et de leurs dirigeants.

Si on en croit le dernier sondage, celui d’ « Opinionway » du 20 février, les deux candidats issus des primaires de la droite et de la gauche, organisées par les deux « partis de gouvernement » que sont Les Républicains et le Parti Socialiste, remporteraient à eux deux environ 35% des voix, seulement un gros tiers donc.

On note que, dans chaque camp, c’est un « outsider » qui a gagné. A droite Fillon contre Juppé et Sarkozy, encore favoris un mois avant la primaire de novembre, à gauche Hamon contre Valls et Montebourg, eux aussi en tête dans les pronostics peu de temps avant la primaire de janvier.

Non seulement les « partis de gouvernement » ne semblent pas avoir la confiance des Français, mais, à l’intérieur de ces partis, ce sont les plus contestataires qui ont gagné.

S’agissant des deux-tiers hors « partis de gouvernement », les préférences des Français se répartissent sur un très large éventail puisqu’on y trouve le Front National, la gauche de la gauche et un candidat difficilement classable, Emmanuel Macron.

Les intentions de vote, si on croit les sondages, peu fiables pour les « petits » candidats, donnent des scores très faibles pour l’extrême gauche, les écologistes et Dupont-Aignan. Il est vrai que ces candidats risquent d’être victimes tant du mépris des médias à leur égard (on parle très peu, par exemple, du président de « Debout la France »), de leurs faibles moyens que de la tentation de voter « utile » (voter pour un candidat qui, à priori, n’a aucune chance, peut être vu comme un vote inutile).

Reste l’inconnue de François Bayrou, intermédiaire entre « petit » candidat, assuré d’être absent au second tour, et candidat ayant des chances très réduites d’y figurer. J’y reviendrai plus loin.

2/ Compte tenu du système français pour la présidentielle, seuls les deux candidats arrivés en tête du premier tour peuvent concourir au second. Ce système me semble inadapté à la situation actuelle et il est aberrant que nul, notamment la gauche qui a pourtant été au pouvoir, n’ait cherché à le corriger.

Lorsqu’il y avait régulièrement un duel droite-gauche au second tour, ce système avait au moins l’apparence de la légitimité et de la logique. En s’imposant avec plus de la moitié des suffrages exprimés, le président élu se trouvait conforté en tant que « président de tous les Français », comme on dit, ou, du moins, d’une majorité d’entre eux. Mais derrière l’apparente logique, il ne faut pas oublier qu’il y avait un calcul politique. Lorsque le général de Gaulle a instauré ce système, le Parti Communiste faisait des scores supérieurs au Parti Socialiste et le calcul était qu’il était plus facile de battre un communiste qu’un socialiste. En signant un programme commun de gouvernement et en désignant un seul candidat commun (en l’occurrence François Mitterrand) la gauche n’est pas tombée dans le panneau, du moins sous Mitterrand, susceptible de rassembler sur son nom bien au-delà de son parti. Mais les choses se sont gâtées après Mitterrand : Jospin ne s’est pas qualifié pour le deuxième tour de 2002 bien que la gauche fut majoritaire au premier tour à cause de la multiplication des candidatures à gauche.

Aujourd’hui, le problème n’est plus principalement celui de la multiplicité des candidatures à gauche ou à droite. La situation nouvelle est qu’il y a désormais trois blocs : gauche, droite et Front National, de forces comparables. Avec un seul candidat par bloc, on ne sait qui serait au deuxième tour. Avec plusieurs candidats à gauche et à droite (dans le bloc « national », les candidatures de Dupont-Aignan et, le cas échéant, d’autres candidats, sont trop marginales pour gêner le FN), la présence du FN au second tour est quasi assurée. L’incertitude réside alors dans la présence de la gauche ou de la droite au second tour. Une fraction importante de l’électorat sera alors frustrée. Ce n’est pas bon pour la démocratie.

C’est pourquoi, j’estime que l’on devrait, soit adopter le système des législatives, des départementales et des municipales avec la possibilité de triangulaires (assorties de conditions de résultats minima au premier tour), soit permettre aux candidats éliminés de reporter leurs voix sur un mieux placé (on ajoute toutes les voix des candidats estampillés à l’avance droite, gauche ou national pour savoir quels sont les deux « blocs » qualifiés pour le deuxième tour). Ma préférence va au premier système mais je me satisferais du second.

3/ Passons aux programmes et aux pronostics.

a/ Philosophiquement, je n’ai rien contre les programmes économiques et sociaux de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon. Taxer davantage les riches pour donner un peu plus aux pauvres, on ne peut pas être contre, pas seulement si on est de gauche mais tout simplement si on a un peu de cœur et d’humanité. En France, les écarts de revenus et de patrimoines, qui se sont encore accrus sous Hollande, sont scandaleusement élevés. Que l’on ait encore dans ce pays des gens qui n’ont pas le minimum (le logement par exemple : personne n’en parle et c’est pourtant un scandale dans notre pays. J’y reviendrai dans un article les jours prochains) à côté de fortunes indécentes (on évoque, à juste titre, la rémunération de Pénélope Fillon, mais pourquoi ne parle-t-on pas des patrons du CAC 40 qui gagnent plus en un an que des millions de gens toute leur vie ?) est tout simplement une honte.

Mais les programmes de Hamon et de Mélenchon pèchent de deux côtés : rien, en tout cas rien de crédible sur l’Union européenne (il ne suffit pas de dire qu’on veut une « autre » Europe ou une Europe « plus démocratique », alors que ce système est irréformable), et rien sur l’insécurité et sur l’islam conquérant : pour eux, qui ont érigé le culte du prolétariat en religion à la suite de lectures non assimilées de Marx, l’islam est inattaquable puisque c’est la religion de ce qu’ils croient être le prolétariat. Pour eux, « bouffer » du curé, c’est légitime, mais s’attaquer à l’islam, c’est du racisme. Un peu court ! Je ne voterai jamais pour eux car je les accuse de complaisance et même de complicité avec l’islamisme. Je vous renvoie au roman de Houellebecq « soumission ». Tout y est dit.

Et ils ont surtout un problème fondamental : les ouvriers, les petits employés, commerçants et paysans, bref tous les laissés pour compte du système, votent bien plus pour le Front national que pour eux. Cela devrait interpeler quand on se prétend de gauche.

b/ Fillon, c’’est la droite classique, celle qui défend les riches sous prétexte, fallacieux, que leur richesse profite aussi aux autres, celle qui ne veut pas d’un Etat stratège qui défend l’intérêt général contre les intérêts privés lorsque c’est nécessaire et qui ne veut pas d’un secteur public fort (ils veulent le démanteler en supprimant les postes de fonctionnaires, à leurs yeux seulement un coût pour la Nation) pour la simple raison que ce secteur public est payé par les impôts progressifs (qui « pénalisent » donc les riches que la droite défend) et que ceux qui sont contre le secteur public sont ceux qui ont les moyens de se payer (au prix réel donc non subventionné) les écoles privées, les hôpitaux privés et les parkings Vinci (pour eux les transports publics coûtent « trop cher » à la collectivité). Désolé, mais l’idéal de la droite avec sa société « libre » dans une économie « libre » où les riches ont la « liberté » d’être riches et les pauvres la « liberté » ( ?) d’être pauvres, n’est pas le mien. S’il y avait un deuxième tour entre la droite et la « gauche » (qui n’a plus rien de gauche car elle a tout abdiqué) de Hollande-Valls-Macron et autres « socio-traitres », je voterais plutôt pour la droite car elle est moins hypocrite et elle a un langage plus ferme sur l’insécurité et l’islam conquérant (et, s’agissant de Fillon, de meilleurs idées en politique étrangère). Mais ce cas de figure ne va sans doute pas être celui du 7 mai.

c/ Et Macron ? Un beau parleur qui dit souvent le soir le contraire de ce qu’il a dit le matin. Comme il veut plaire à tout le monde, il doit en permanence adapter son langage à son auditoire, mais il faudra bien qu’il explicite un peu plus ce qui, pour le moment, est un non-programme. C’est sans doute à ce moment, qu’il commencera (cela a déjà un peu commencé) à perdre des électeurs potentiels. Les sondages montrent que, parmi tous les « grands » candidats, l’électorat potentiel de Macron est le plus volatile (celui où ceux qui pensent voter Macron sont les moins certains de leur choix, qui peut donc encore changer). Macron, en fait, est le candidat du « système ». Il risque de n’être d’ici peu que la bouée de sauvetage dégonflée d’une social-démocratie en perdition. Si l’illusionniste qu’est Macron devait encore faire illusion sur un nombre significatif de Français, ce serait le signe que notre démocratie est vraiment malade.

d/ Reste Marine Le Pen. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’elle propose mais, comme une élection est un choix entre les candidats en présence, j’estime qu’elle est la moins mauvaise. En tout cas la plus apte à donner un sacré coup de pied dans la fourmilière du système et si elle fait peur aux tenants de ce système et à la racaille qui nargue la République en de trop nombreux endroits devenus des zones de non-droit (du moins de non-droit républicain car, comme la nature à horreur du vide, là où la République recule, c’est la charia et la loi des caïds de la drogue – en général les mêmes – qui s’installe), cela me parait déjà une bonne raison de voter pour elle.

Je crois que le programme de Marine Le Pen tient la route sur ces deux sujets qui me paraissent prioritaires : l’islam et l’Europe (je reviendrai dans un article qui sera bientôt publié ici sur la question de l’euro : quand le débat politique passera enfin aux choses sérieuses, cette question sera centrale).

Elle ne manque évidemment pas de faiblesses. Pas celles dont les médias parlent tout le temps. Mais quelques autres : absence de relais syndicaux et intellectuels, négation des identités régionales (l’identité nationale sans identités locales et régionales, celles qui sont au contact du vécu des citoyens, risque d’être un concept bien théorique pour être autre chose que de la rhétorique).

4/ Les derniers sondages (réalisés en février par des instituts relativement fiables (relativement seulement) donnent au premier tour Marine Le Pen à 24/26%, Macron et Fillon autour de 20%, Hamon à 14/18%, Mélenchon à 10/13%. L’abstention pourrait atteindre 36/38% et les indécis sont encore autour de 40%.

Rappelons que les sondages sont une photographie de l’électorat à un moment précis, pas un pronostic, et que la marge d’erreur reconnue avec 1000 personnes interrogées de +/- 3 points. Rappelons aussi que les instituts « redressent » systématiquement leurs chiffres à la lumière de votes passés, ce qui peut induire des erreurs (les redressements sont sensés tenir compte par exemple que les plus hostiles au « système » le sont aussi aux instituts de sondages et aux médias qui les financent ; ainsi, aux Etats-Unis, les électeurs de Trump ont été plus réticents à répondre que ceux de Clinton, d’où les prévisions fausses, doublées de mauvaise foi pour induire le public en erreur).

Mais si les chiffres donnés peuvent porter à caution, leur évolution est plus intéressante. Elle montre depuis un mois une légère érosion de Macron et un frémissement en faveur de Fillon, dont les scores respectifs sont essentiels pour le second tour.

Mon pronostic est que les électeurs de droite, bien que très critiques vis-à-vis de Fillon compte tenu de l’ « affaire » Pénélope (sa femmes, qui aurait bénéficié d’un emploi fictif), vont quand même se mobiliser parce que c’est lui ou rien.

Si François Bayrou se présente (cela parait de plus en plus probable bien que les sondages sur sa candidature éventuelle ne soient pas bons. Mais ils ne sont pas bons, peut-être parce qu’il n’est pas en campagne), même s’il ne fait que 5% des voix, ces voix seront majoritairement prises à Macron, ce qui avantagera objectivement Fillon.

Reste la situation affligeante de la gauche. Les programmes de Hamon et de Mélenchon ne sont pas fondamentalement différents. S’ils se maintiennent tous les deux, c’est le suicide de la gauche, au moins pour cette fois (malheureusement, les candidats sont souvent comme les joueurs d’échecs : on joue les coups d’après. Mais la France n’est pas un jeu. Cinq ans de plus, c’est sans doute cinq ans de souffrance de plus. Pas pour eux, mais pour le prolétariat qu’ils disent défendre).

Bien que Mélenchon ait une meilleure campagne, il semble, selon les sondages (qu’il conteste), quelque peu distancé par Hamon, d’autant qu’il est désormais acquis que ce dernier bénéficiera du soutien de l’écologiste Jadot qui va sans doute se retirer en sa faveur (il n’est crédité que de 2% des voix, mais ce n’est pas complètement négligeable). Si cette tendance se confirme, Mélenchon prendrait une lourde responsabilité en se maintenant (alors qu’en se retirant au profit de Hamon, il pourrait négocier des circonscriptions législatives gagnables).

Quant au deuxième tour, il faut être prudent avec les sondages. On n’est pas encore en situation. Dans tous les cas de figure, Marine Le Pen est pronostiquée battue. Mais dans le dernier sondage (celui d’hier), Fillon ne serait plus qu’à 56% contre 44% Le Pen. Depuis le 8 février, avec le même institut, elle a gagné 6 points.

Tout est donc possible. Les précédents du Brexit et de l’élection de Trump confirment que, désormais, l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen, même si elle n’est pas la plus probable, n’est désormais plus utopique.

Nous en reparlerons.

Yves Barelli, 20 février 2017

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Published by Yves Barelli - dans Politique française
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