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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 23:11

Participation médiocre mais qui limite les dégâts, Benoît Hamon, qui vire en tête après une campagne qui, d’ « outsider » il y a encore un mois, l’a propulsé en position de favori, Manuel Valls, qualifié aussi, mais en mauvaise posture pour le deuxième tour, Arnaud Montebourg, en décevante troisième place et qui se rallie à Hamon, tels sont les faits à retenir du premier tour de la primaire socialiste qui s’est déroulée le 22 janvier dans un contexte de rejet massif chez les Français, y compris positionnés à gauche, du bilan du quinquennat de Hollande et de la conviction de tous les observateurs que, quel que soit le vainqueur de cette primaire, il n’aura aucune chance de figurer au second tour de l’élection présidentielle du printemps prochain.

1/ De l’ordre d’un million et demi d’électeurs ont participé à ce scrutin (chiffre provisoire en début de soirée). C’est moins que les deux millions attendus par le PS qui avait pourtant placé la barre à un bas niveau (près de 3 millions d’électeurs de gauche s’étaient dérangés pour la primaire de 2011), mais c’est mieux que ce que nombre d’observateurs attendaient (qui tablaient sur une fourchette entre 1 et 1,5M).

2/ Hamon recueille 36% des voix, Manuel Valls 31%, Arnaud Montebourg 18%, et les quatre autres candidats des scores très faibles (chiffres provisoires aussi, mais l’important est que les deux en tête sont connus avec certitude).

Les Français qui appartiennent au noyau dur de ceux qui se sentent encore proches d’un PS qui, au pouvoir, a tourné le dos aux valeurs traditionnelles de la gauche, se sont fait plaisir en plaçant Benoît Hamon en tête du premier tour de la primaire socialiste.

Hamon est celui qui s’est prononcé pour un revenu universel versé à tous et qui n’a jamais dit comment il le financerait. C’est celui, aussi, qui, avec constance, a défendu l’islam, les migrants, le droit de vote des étrangers et a toujours refusé de condamner les dérives de l’islam « radical » et ceux qui s’en réclament. C’est, en substance, l’homme des « valeurs » de gauche (si tant est qu’elles soient celles-là, ce que beaucoup, moi compris, contestons), si éloignées désormais des préoccupations de la société française, confrontée aux défis que les tenants de cette « gauche »-là, enfermés dans leur dogmatisme et leurs utopies, ne veulent même pas voir.

3/ Arnaud Montebourg a des points communs avec Hamon, mais aussi des différences. Sur l’islam, la sécurité ou l’immigration, leurs positions ne sont pas très éloignées (je dirais simplement que celles de Hamon sont encore pires, voire cyniques : de toute évidence, il cherche à capter le vote « musulman », pas encore vraiment une réalité en tant que tel mais qui pourrait rapidement le devenir).

Autre point commun : les deux se sont opposés à la politique de Hollande-Valls en quittant le gouvernement et en rejoignant les « frondeurs », socialistes mais en même temps dans l’opposition de fait.

C’est en matière économique que les divergences apparaissent entre les deux hommes. Montebourg ne partage pas la proposition de Hamon de créer un revenu universel qui serait garanti à tous, ceux qui travaillent comme ceux qui sont chômeurs, mais aussi ceux qui choisissent de ne pas travailler (il n’est pas inintéressant de constater que cela ne peut que plaire dans les « cités » où les oisifs volontaires sont légion). Montebourg préfère récompenser le travail que la paresse. Et puis, il y a surtout la position intéressante de Montebourg sur le « protectionnisme intelligent », sur la préférence du « fabriqué en France » et sur la critique du fonctionnement de l’Union européenne. Sur ce terrain, il est parfois proche des positions du Front National, à la différence près que Montebourg veut rester dans les clous de l’UE. C’est sa contradiction : comment favoriser le tout français en gardant toutes les règles, contraignantes, de l’UE ? Assurément, c’est la quadrature du cercle. Le langage de Montebourg peut plaire à l’extérieur du PS, mais il inquiète ceux, la majorité des socialistes, qui sont des européistes convaincus et mêmes dogmatiques.

4/ Valls avait au départ un avantage et un handicap. L’avantage était son expérience du pouvoir et ses qualités d’homme d’état à peu près unanimement reconnues. Mais cet avantage a été aussi son handicap. Le rejet de Hollande s’est en grande partie reporté sur lui. Nombre de socialistes reprochent au couple sortant non seulement, comme une majorité de Français, d’avoir un mauvais bilan, mais aussi, vu de gauche, d’être des sortes de traitres ayant tourné le dos à leurs valeurs. Dans sa campagne électorale, Valls a dû jouer les équilibristes : défense du quinquennat mais, en même temps, critiques sur certains points et propositions nouvelles. Le risque était grand d’être balayé par des électeurs, qui selon des sondages, ont voté à cette primaire, non pour désigner un éventuel futur président de la république (personne n’y croit), mais pour défendre les « valeurs » de gauche. Il est donc logique qu’ils aient préféré Hamon à Valls.

En se qualifiant pour le deuxième tour, Valls évite l’humiliation qu’a connue Sarkozy à la primaire de droite. Compte tenu du ralliement de Montebourg à Hamon, l’ancien premier ministre a peu de chances de l’emporter dimanche prochain. Mais il restera en course pour l’avenir, surtout si Hamon fait un mauvais score (prévisible) à la présidentielle.

5/ Je reviendrai sur les observations finales sur ces primaires après le deuxième tour. Je me contente à ce stade de rappeler que cette primaire n’est la primaire que d’une partie de la gauche. Deux anciens socialistes ou ayant servi Hollande sont candidats à la présidentielle en refusant ce jeu des primaires : Jean-Luc Mélenchon, dans l’opposition à Hollande depuis le début de son quinquennat, et Emmanuel Macron, ancien conseiller de Hollande à l’Elysée et ancien ministre de l’économie. Le premier se situe à la gauche du PS et le second à sa droite. Ils font une bonne campagne et ont le vent en poupe. Leurs chances de faire mieux que le candidat PS sont estimées par tous les observateurs comme grandes. A tel point que nombre d’anciens électeurs de Hollande ont déjà abandonné le navire socialiste en perdition. Nombre de ceux sur des positions de gauche ont déjà rejoint Mélenchon depuis longtemps. Je connais un certain nombre d’électeurs et même de membres (ou ex membres) du PS qui déclarent déjà (depuis l’été) qu’ils voteront Macron, nouveau champion de la social-démocratie européiste, atlantiste, droits-de-l’hommiste et « raisonnable ». Ils voient en lui un recours pour tenter d’éviter un face à face Fillon-Le Pen à la présidentielle. Ce sont ceux-là qui ont lâché Valls en ne participant pas au scrutin d’aujourd’hui. La probable victoire de Hamon les renforcera sûrement dans leur choix.

Nous en reparlerons la semaine prochaine.

Yves Barelli, 22 janvier 2017

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Published by Yves Barelli - dans Politique française
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