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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 10:57

Participation en légère hausse au second tour, victoire de Benoit Hamon et élimination de Manuel Valls, après celle d’Arnaud Montebourg, ont caractérisé la primaire socialiste qui s’est close le 28 janvier. Ces résultats, conformes à ce que laissait prévoir le premier tour, annoncent des lendemains difficiles pour le Parti Socialiste, menacé d’éclatement et très probablement assuré de ne pas figurer au second tour de la présidentielle. Au-delà de cette primaire socialiste, dont le déroulement a été partiellement occulté par l’éclatement de l’ « affaire Pénélope Fillon », il me parait utile de s’interroger sur les avantages et les inconvénients de ce système de primaires qui bouleverse le fonctionnement traditionnel de la vie politique en France.

1/ Avec de l’ordre de 2 millions de participants, le PS évite le ridicule (certains se demandaient si on allait atteindre le million de votants) mais n’a pas de quoi crier victoire (la droite avait réuni plus du double d’électeurs).

2/ La victoire de Benoit Hamon était attendue au vu du résultat du premier tour. Avec plus de 58% des suffrages elle est sans appel.

3/ Il est clair que les électeurs ont voulu sanctionner la politique menée depuis cinq ans par le président Hollande mais aussi par son premier ministre Manuel Valls.

4/ Les propositions économiques et sociales de Benoit Hamon pèchent par leur manque de réalisme (pas toutes mais les principales, notamment celle d’instaurer un revenu universel). Mais, comme nul, y compris parmi ses partisans, n’a le moindre espoir de le voir gagner la présidentielle (et même d’être au second tour), on peut penser que nombre d’électeurs de gauche, lassés par les trahisons du gouvernement de Valls, ont voulu « se faire plaisir » en votant davantage pour le rêve que pour la réalité.

Mais cela n’est pas le plus grave. Sur les sujets majeurs pour le pays que sont la sécurité, l’immigration et le danger de l’islam conquérant, les positions de Hamon sont plus qu’ambigües. Elles frisent la complaisance avec l’islamisme. Le gouvernement de gauche n’a jamais été très allant là-dessus. Mais même pour les « modérés » de la social-démocratie, la posture de Hamon parait dangereuse.

Si on ajoute à ces deux facteurs de divergences, celles qui sont liées à la politique sociale (ou plutôt antisociale) du gouvernement Valls, on peut craindre que les tendances Hamon et Valls de la mouvance socialiste soient irréconciliables.

5/ Dans ces conditions, une hémorragie de ce qui reste de l’électorat mais aussi des élus socialistes vers Emmanuel Macron (ex conseiller de Hollande et ex ministre de l’économie dans le gouvernement Valls), qui est parti en campagne en ignorant la primaire socialiste) est probable. Pas seulement par divergence idéologique, mais aussi par réflexe de « vote utile » : Macron va apparaitre comme la bouée de sauvetage d’une social-démocratie en perdition.

Hamon est par ailleurs concurrencé sur sa gauche par Jean-Luc Mélenchon, ex socialiste dans l’opposition à Hollande dès 2012.

Aussi, la probabilité que Hamon fasse un très mauvais score à la présidentielle est grande. Peut-être n’arrivera-t-il même pas à 5% des voix. Valls a d’ailleurs tout intérêt à « torpiller » Hamon. Cela lui permettra de « ressusciter » après la présidentielle en se posant en recours.

  1. Il est trop tôt pour évaluer l’impact de l’ « affaire Fillon » (son épouse aurait été « employée » fictivement à plus de 5000€ par mois). Nous en reparlerons sans doute dans les jours ou les semaines qui viennent. Une seule remarque à ce stade : quel manque de dignité de Fillon, affirmant devant la France entière en direct à la télé, sur les conseils de ses conseillers en communication, son « amour » pour Pénélope, et ce bal des guignols réunis à la Villette scandant « Pénélope, Pénélope » ! Et que prouve cet « amour » ? Sans doute que les deux voleurs (si voleurs ils sont, ce que la justice devra dire) s’aiment ? Le vol est-il moins grand ? Et même si l’emploi de Madame est moins fictif qu’il n’y parait, quelle indécence de gagner de telles sommes (il est vrai sans commune mesure avec les rémunérations des patrons du CAC 40) à rien ou à peu faire quand, dans le même temps, on demande des sacrifices aux Français du bas de l’échelle ! Le système capitaliste est si pourri qu’il pourrit la tête de ceux qui le servent au point qu’ils n’ont même pas conscience de leur pourriture.

Si le candidat de la droite est mis en examen, il a déjà annoncé qu’il se retirerait de la course. Dans ce cas, nul doute que Sarkozy et/ou Juppé, « répondant à l’appel unanime pour sauver la droite, la république et la France », se « dévouent » pour l’élection, sauf s’ils estiment leurs chances trop faibles.

Mais le temps semble très court pour la mise en examen de Fillon. La question qui va se poser, si Fillon reste en lice, est de savoir quel sera l’impact sur l’électorat. Habituellement, celui-ci n’a aucune illusion sur l’honnêteté de la classe politique et ne tient pas beaucoup compte des « affaires », d’autant qu’une machination n’est jamais à exclure. Mais, dans le cas de Fillon, précisément choisi à droite pour son intégrité (qui semblait trancher avec ses concurrents), l’impact de sa malhonnêteté, si elle est avérée, risque d’être plus fort.

Il y a encore peu, un duel Fillon-Le Pen au second tour semblait l’hypothèse la plus probable. Aujourd’hui, il est moins facile de dire qui sera sélectionné entre les trois (Fillon, Le Pen et Macron), à la fois parce que Fillon pourrait perdre mais aussi parce que Macron, prenant des voix aussi bien à droite qu’à gauche, pourrait émerger (ce qui rend aussi moins certain la qualification de Marine Le Pen, bien que celle-ci reste la plus probable). A ce stade, il est prématuré d’anticiper ce que sera le « phénomène » Macron. Il peut encore s’amplifier comme il peut se dégonfler en cours de campagne.

7/ Avec les éliminations successives de Sarkozy, Juppé, Hollande et maintenant Valls, l’électorat a démontré qu’il entend sanctionner ceux qui ont gouverné la France depuis dix ans. Sans doute Fillon avait-il été épargné, mais, après l’ « affaire » en cours, il pourrait rejoindre la liste des sortants-sortis.

Cela profitera-t-il à Marine Le Pen ou à Emmanuel Macron ? On verra.

8/ Lorsque le PS a innové en France en organisant sa première primaire, celle de 2011, j’ai personnellement été réservé sur l’exercice.

Sans doute y a–t-il des avantages : large débat à la télévision, possibilité pour des minoritaires ou des « outsiders » d’émerger et donc renouvellement des « présidentiables ». C’est un avantage, reconnaissons-le, non négligeable.

Mais, en sens inverse, les aspects négatifs sont évidents. Le premier est qu’il faut beaucoup de moyens personnels aux candidats à la primaire pour se présenter car les partis financent les candidats à la présidentielle, pas à la primaire. En outre, l’argument de la possibilité de voir émerger un « outsider » doit être relativisé : seuls peuvent se présenter des candidats adoubés par un nombre assez élevé d’élus et de membres des partis, ce qui constitue un filtre redoutable.

Autre inconvénient : les primaires sont ouvertes aux sympathisants. Il suffit de signer une charte d’adhésion aux « valeurs », non précisées, de la famille qui organise la primaire ; Il n’y a aucun moyen de vérifier la sincérité de l’affirmation. Or, selon les enquêtes réalisées sur les électeurs, il y aurait eu 500 000 sympathisants socialistes qui auraient participé à la primaire de la droite. Leur objectif était d’éliminer Sarkozy. Ils ont réussi. S’agissant de la primaire socialiste, les sympathisants socialistes auraient voté majoritairement pour Valls alors que les électeurs hors mouvance PS (parmi eux des sympathisants de Mélenchon), résolus à éliminer Valls, se sont massivement porté sur Hamon.

Si ces sondages sont justes, on a donc eu l’élimination de Sarkozy et de Valls par des électeurs n’ayant rien à voir avec les Républicains et avec le PS. Ces primaires ont donc été largement faussées. On peut craindre que si le système des primaires entre durablement dans les mœurs françaises, ce genre de vote tactique se développe encore.

Cela me fait me prononcer contre le système des primaires, importé des Etats-Unis et contraire aux traditions européennes. Aux Etats-Unis, les partis ne sont que des organisations chargées de mettre en place les primaires tous les quatre ans et d’assurer le fonctionnement des groupes parlementaires. En Europe, les partis ont une autre fonction : rassembler des citoyens ayant les mêmes vues quant aux grandes orientations idéologiques. C’est dans le cadre des partis qu’on élabore des programmes et qu’on désigne des dirigeants ayant vocation à gouverner si le parti gagne les élections. C’est ce qui se passe encore aujourd’hui en Angleterre, en Allemagne, en Espagne et dans la plupart des autres démocraties européennes. C’était aussi le cas, autrefois, en France. L’avantage, me semble-t-il, est à la fois une meilleure démocratie (les dirigeants de partis sont désignés après des processus longs de débats) et une meilleure lisibilité (on sait assez longtemps à l’avance qui gouvernera si le parti gagne).

Il est vrai que les partis français sont en crise. Ils ne rassemblent plus beaucoup de vrais militants, mais plutôt des clients ou des collaborateurs d’élus (on y trouve souvent une majorité de fonctionnaires territoriaux). Ils sont devenus des appareils bureaucratiques qui verrouillent tout débat ou renouvellement. Dans ces conditions, les primaires peuvent être un pis-aller. Mais c’est aussi, à long terme, la mort des partis. Pourquoi militer si on n’a même pas de prise sur la désignation de ceux qui vont représenter le parti ? Et dans ce système d’affrontements personnels, peut-il y avoir encore des points communs entre dirigeants ? Sans doute pas.

Même critiquables tels qu’ils sont, ces partis insuffisants sont mieux que pas de partis du tout, conséquence inéluctable du système des primaires. Et, de toute façon, quand on constate qu’un parti est irréformable, il y a toujours la solution d’en fonder un autre. C’est ce que Mélenchon et Macron ont fait à gauche et Bayrou ou Dupont-Aignan à droite. Preuve, au passage, que les partis sont utiles. Certains rêveurs pensent que, à l’heure d’internet, tout peut passer par des débats sur les réseaux sociaux, matérialisation de la « cyberdémocratie ». Ce n’est pas réaliste : une organisation matérielle, des finances et la structuration des débats sont nécessaires et ne peuvent être fournis que par des partis.

J’espère, en tout cas, qu’une réflexion sur le système des primaires sera menée après cette présidentielle.

Yves Barelli, 31 janvier 2017

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Published by Yves Barelli - dans Politique française
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