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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 23:03

Les votes qui ont eu lieu dans deux pays européens le 4 décembre sont contradictoires. Les Italiens ont massivement rejeté par référendum le projet de modification de la constitution que leur proposait le premier ministre Mateo Renzi. Les Autrichiens n’ont pas osé franchir le pas d’une sorte de dissidence européenne et n’ont pas élu en définitive le candidat souverainiste à la présidence de la république qui avait pourtant le vent en poupe. Le système européiste et mondialiste n’est donc qu’ébranlé. Les électorats européens sont de plus en plus clivés en deux blocs antagonistes d’importance comparable. Rien n’est joué et les pronostics pour l’avenir proche sont difficiles à faire. En Italie, en Autriche et ailleurs, y compris en France.

1/ Le jeune et ambitieux premier ministre italien Mateo Renzi souhaitait renforcer son pouvoir en proposant de modifier la constitution italienne, source il est vrai d’instabilité chronique. Il proposait ainsi de diminuer les pouvoirs du Sénat et, accessoirement, de supprimer les « provinces », équivalent des départements au profit des seules régions. Cela rappelait le projet de réforme de 1969 en France sur lequel Charles de Gaulle fut battu, ce qui entraina son retrait de la vie politique.

Renzi a voulu tenter un coup de poker en mettant, lui aussi, sa démission dans la balance.

Le résultat est cinglant : 60% de non, venant de tout l’échiquier politique : les antisystèmes du « Movimento Cinque Stelle » de Beppe Grillo, la Ligue du Nord (proche du Front National français), le parti de Silvio Berlusconi, mais aussi des « frondeurs » du Parti Démocrate de Renzi (une coalition de centre-gauche).

La campagne électorale a vite quitté le strict domaine de la réforme constitutionnelle pour se transformer en plébiscite pour ou contre le premier ministre et pour ou contre l’austérité imposée par l’Union européenne.

2/ Comme prévu, Renzi a remis sa démission au président de la République.

Celui-ci lui a demandé de retarder un peu sa démission afin de faire voter le budget par le parlement mais il est peu probable que le président lui demande de former un gouvernement. Peu probable aussi qu’on aille vers des élections anticipées.

On parle de la nomination de l’actuel ministre des finances, Pier Carlo Padoan, comme nouveau premier ministre, ce qui serait un déni cynique de démocratie comme l’Union européenne soit disant démocratique (mais dont la conception toute particulière de la démocratie consiste à applaudir quand le peuple vote « bien » et à ne pas en tenir compte quand il vote « mal ») en a l’habitude. Ce ministre, bien en cours chez les bureaucrates de Bruxelles, est en effet actuellement chargé d’appliquer en Italie la politique antisociale décidée à Bruxelles et à Berlin. Une fois de plus, on fait rentrer par la fenêtre ce qui a été jeté par la porte.

A plus long terme, il y aura quand même des élections. « Cinq Etoiles » est bien placé pour être en tête (le système est celui de la proportionnelle) mais Grillo pourra-t-il nouer les alliances indispensables à la formation d’une majorité ? Rien n’est moins sûr.

3/ On votait, ou plutôt on revotait (le vote d’il y a huit mois avait été invalidé pour irrégularités) en Autriche au suffrage universel pour élire le président de la République. C’était un deuxième tour et il n’y avait donc que deux candidats en lice. D’une part ; Norbert Hofer, du FDO, parti souverainiste qui fait campagne contre l’immigration inconsidérée et contre les diktats de Bruxelles (il se proposait d’organiser un référendum sur la sortie de l’UE), largement en tête du premier tour. De l’autre un vieil écologiste néophyte en politique, Alexander Van des Bellen, un professeur d’université honnête qui avait devancé en juin dernier les candidats des deux partis au pouvoir en coalition, les chrétiens-démocrates et les socialistes, littéralement balayés par un rejet massif.

Les sondages donnaient à 50/50 les deux candidats (confirmant ainsi le résultat invalidé de juin qui avait donné la victoire de justesse à l’écologiste).

Finalement, c’est l’écologiste qui l’a emporté assez largement (beaucoup plus que prévu) par 53/47. En juin, les Autrichiens avaient rejeté les partis du système. Cette fois, ils n’ont pas voulu prendre le risque d’élire le candidat antisystème. Ils ont écouté les voix de la « sagesse » venues de l’étranger et relayées par une presse servile et ils ont eu peur devant les menaces d’être mis au ban de l’Europe.

Les conséquences pratiques sont limitées. Le président de la république autrichienne n’a pas le pouvoir exécutif mais un homme antisystème aurait pu mettre des bâtons dans les roues de ce système.

On verra lors des prochaines législatives, d’ici deux ans, quels sont les nouveaux rapports de forces. Le FPO est souvent comparé au FN. Ce n’est que partiellement vrai. Le FPO a déjà l’expérience du pouvoir. Il a notamment été associé aux exécutifs régionaux en coalition avec les partis du système.

4/ Après le vote du « Brexit » en Grande Bretagne, l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, les « poussées » constatées un peu partout depuis quelques mois par les partis souverainistes et antisystème, ces votes italien et autrichien montrent que les peuples commencent vraiment à rêver à un autre système, plus humain, davantage respectueux des souverainetés et des identités.

Mais le cas autrichien nous montre aussi que, parfois, au dernier moment, les peuples renoncent à sauter l’obstacle et à prendre le risque de ce qui leur est présenté comme un saut dans l’inconnue ou, pis, comme la voie aux régimes « antidémocratiques » de types « fascistes », « communistes » ou « poutiniens » présentés comme l’incarnation du mal absolu.

Mais ces peuples sont de moins en moins perméables à la propagande éhontée qui leur est servie à longueur de journée par le système.

Allons, encore un peu de courage !  La voie vers la libération est ouverte.

Si nous le voulons !

Yves Barelli, 5 décembre 2016                      

     

 

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Published by Yves Barelli - dans Europe
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