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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 13:36

En moins d’un mois, un nouveau paysage politique s’est mis en place en France : mise hors-jeu de Nicolas Sarkozy, d’Alain Juppé et de François Hollande, désignation de François Fillon comme candidat de la droite, candidature de Manuel Valls à la candidature socialiste avec un affrontement en vue à la primaire du PS entre gauche et droite du parti, espoirs accrus pour Marine Le Pen compte tenu du nouveau contexte national et international, enfin nouveau gouvernement formé ce jour. Les jeux sont loin d’être faits pour la présidentielle de mai 2017, mais on commence à y voir plus clair.

1/ Le renoncement de François Hollande à se représenter était devenu inévitable sauf échec humiliant prévisible : le chef de l’Etat, au plus bas dans les sondages, n’avait quasiment plus de soutien au sein de son propre camp : départ il y a déjà deux ans d’Arnaud Montebourg du gouvernement et de quelques autres ministres positionnés à la gauche du PS, trahison (le mot est approprié) d’Emmanuel Macron, contestation des parlementaires « frondeurs » refusant dorénavant de soutenir le gouvernement, enfin, « poussée » de plus en plus publique de Manuel Valls pour que Hollande se dirige vers la sortie. La loyauté du premier ministre ne peut sans doute pas être mise en doute, mais Hollande, par ses confidences absolument incompréhensibles à des journalistes (qui en ont fait un livre avec son accord : « un président ne devrait pas dire cela »), s’est lui-même mis hors-jeu et Valls ne pouvait plus le soutenir, à moins de couler avec lui (ces confidences ne sont peut-être pas une gaffe venant d’un homme fin politique ; a-t-il voulu prendre date pour laisser une trace dans l’histoire ? S’est-il lui-même créé un prétexte pour ne pas aller à un combat perdu d’avance ? Peu importe en définitive).

2/ La démission de Manuel Valls pour se présenter à la primaire était attendue et la nomination à Matignon de Bernard Cazeneuve est un non évènement. Le ministre de l’intérieur sortant a été le serviteur zélé du « système » ; les éloges unanimes ce matin de la part de nos médias, chaque jour un peu plus porte-voix de ce système, le montrent. Il a géré son ministère et assuré (mal) le maintien de l’ordre dans le contexte de la montée inexorable de la délinquance, du terrorisme et du communautarisme musulman (les trois sont largement liés) en gardant systématiquement le langage du politiquement correct qui consiste à voir des agissements de « jeunes » de « quartiers difficiles » là où la vérité devrait conduire à parler de « délinquance d’origine essentiellement maghrébine et musulmane ». Il a tellement tenu ce langage mesuré évitant à tout prix toute « stigmatisation » que cela l’a fait « déraper » lorsqu’il a qualifié de « sauvageons » de banlieue les assassins qui s’en sont pris, avec l’intention de tuer, aux policiers de Viry-Châtillon il y a un peu plus d’un mois (l’un d’entre eux est toujours hospitalisé et, dans le meilleur des cas, gardera des séquelles de ses brulures). Nul doute que le nouveau premier ministre, qui ne sera en poste que quelques mois, saura expédier les affaires courantes en donnant l’impression de la respectabilité, du sérieux et de la mesure qui sont sa feuille de route (et dont les Français, en dépit du matraquage médiatique, sont de moins en moins dupes).

3/ Manuel Valls a-t-il un avenir politique ?

Ses forces et ses faiblesses s’équilibrent.

D’une part, il a la personnalité incontestable d’un homme d’Etat (c’est-à-dire quelqu’un qui a la volonté de servir la Nation au-delà de sa propre personne et qui sait prendre des décisions –bonnes ou mauvaises, cela est une autre question -). Il a montré sa fermeté aux affaires et il a pris le risque d’aller au-delà du politiquement correct, notamment en parlant de « terrorisme islamiste », là où les autres socialistes (mais aussi la droite façon Juppé), y compris Hollande, préféraient ne pas y accoler un qualificatif contenant le mot « islam » car, chez eux, il faut surtout ne pas stigmatiser la soit disant « communauté musulmane » qui n’aurait rien à voir, disent-ils, avec le terrorisme et encore moins, contre toute évidence, avec la délinquance.

Les gens qui ont une sensibilité de droite ajoutent que Valls a eu le « courage » et l’ « intelligence » d’engager les « bonnes » réformes pour la France (celles qui consistent à faire des cadeaux aux riches en croyant, à l’image de ce qu’on préconise à Bruxelles, que la régression sociale, en faisant des « économies », est la seule façon de sortir de la crise dans laquelle notre pays, et quelques autres avec lui, sont embourbés).

Mais la véritable faiblesse de Valls est d’avoir fait une politique de droite et de devoir maintenant se faire adouber par les électeurs de gauche à l’occasion de la primaire socialiste. C’est loin d’être gagné d’avance. Valls part avec un lourd handicap. Il n’avait fait que 5% à la primaire socialiste de 2011 et n’a réalisé son ascension politique que par la grâce de Hollande qui l’a nommé d’abord au ministère de l’intérieur et qui lui a ensuite confié les clefs de Matignon.

Il est vrai que Valls est habile et compétent. Il a su se rendre indispensable à Hollande (dès sa campagne électorale de 2012). Il n’est pas impossible que, contre toute logique politique, Valls réussisse à convaincre les électeurs de gauche que, par les temps qui courent de (parait-il) droitisation de la société (affirmation très contestable), il est le seul à donner une chance à la « gauche » de quand même l’emporter en 2017 : il pourrait être, en quelque sorte, pour ce qui reste de l’électorat socialiste, le dernier recours, le moindre mal.

On verra comment se passe cette primaire. Montebourg, l’homme de la « démondialisation » et du « consommez français », est un candidat sérieux contre Valls (Hamon, me semble-t-il, n’est pas l’homme de la situation et il sera sans doute amené à soutenir Montebourg). Il est trop tôt pour faire des pronostics. Nous y reviendrons. A priori, j’ai plutôt le sentiment que Valls sera battu. Il est trop marqué à droite et on lui fera porter le « chapeau » du mauvais bilan de Hollande. Mais il n’est pas mort d’avance. Tout est possible.

4/ Non seulement on ne sait encore qui remportera la primaire socialiste, mais on ne sait pas non plus qui sera le mieux placé à gauche  au premier tour de la présidentielle. Si Mélenchon  sait éviter les erreurs de 2012 (je me souviens du discours de Mélenchon sur la plage de Marseille, devant des milliers de gens dont la plupart avaient été étonné de son éloge surréaliste de l’apport « irremplaçable » de la civilisation arabo-berbère à la cité phocéenne ; quand on habite Marseille, mais aussi n’importe où ailleurs en France, on a du mal de se convaincre de l’aspect positif, si ce n’est cet excellent plat qu’est le couscous, d’un tel « apport »!), il peut faire mieux que Valls ou Montebourg. Si Mélenchon veut bien oublier dans sa campagne son amour pour le prolétariat musulman et ses soit disant « valeurs » (les décapitations en place publique à Ryad ou la place de la femme, peut-être ?), alors qu’il n’oublie jamais de « casser du curé », et considérer que la violence et la délinquance ne sont pas seulement dues aux problèmes économiques et à la responsabilité de la société », il aura une chance de faire un très bon score et d’être devant le candidat socialiste.

Mais in fine, les performances de Mélenchon et du socialiste vont se gêner mutuellement et empêcher la gauche de se qualifier pour le second tour de la présidentielle, d’autant qu’il y déjà longtemps qu’une bonne partie de l’ancien électorat socialiste et communiste est déjà passé au Front National.   

5/ Les scores des candidats du centre (Bayrou) ou venus d’ailleurs (Macron) sont encore inconnus. Bayrou a un électorat restreint mais fidèle. Sans doute, le retrouvera-t-il. Quant à Macron, venu d’on ne sait où, il se pourrait qu’il n’aille nulle part. Pour moi, c’est une baudruche qui va se dégonfler, n’en déplaise aux médias du système toujours prompts à trouver un homme miracle pour suppléer une classe politique déconsidérée (mais ils ont aussi dorénavant Fillon et Macron ne leur sert plus à grand-chose).    

6/ Quant au duel gauche-droite, il n’aura pas disparu mais il ne sera pas là où le « système » et les naïfs qui le suivent l’attendent.

La probabilité d’un duel de second tour entre Marine Le Pen et François Fillon est forte.

Le candidat de la droite a annoncé la couleur. Il supprimera 500 000 fonctionnaires, ce qui cassera les services publics ; il supprimera les 35 heures, ce qui fera travailler davantage les salariés sans supplément de salaire, il supprimera l’impôt sur la fortune et fera de multiples autres cadeaux aux riches, et il ne remettra pas en cause le système de l’Union européenne. Il veut donc faire une France où ceux qui ont de l’argent pourront se payer le meilleur enseignement et les meilleures cliniques  et, on en prend le chemin, des gardes privés pour pallier à la baisse du nombre de policiers : du Thatcher et du Reagan à un moment où Britanniques et Américains reconnaissent que ces expériences ont été catastrophiques pour leur pays. En outre de sérieux conflits sociaux à venir avec Fillon : les Français sont moins soumis que d’autres. A côté de ces défauts, Fillon a quelques qualités (lutte contre l’islamisme, défense de l’identité française et politique étrangère plus équilibrée en plus de sa probité personnelle). Mais elles ne compensent pas ses défauts.

En face, Marine Le Pen incarnera l’espoir du véritable changement social (en défendant les « petites gens »), économique (libération par rapport au système intrinsèquement pervers de l’Union européenne), national (défense de l’identité française, point sur lequel elle rejoint Fillon) et en matière de politique étrangère (là aussi dans le même sens que Fillon).

D’un côté, donc, une droite qui s’assume. De l’autre un programme de gauche (oui, de gauche, parce que la fermeté, l’autorité et le protectionnisme économique protègent les plus faibles et que la défense de la Nation est une valeur fondamentalement de gauche face à ceux dont la seule « patrie » est le « fric »). Le candidat de la droite sera Fillon et celui de la véritable gauche Le Pen.

La question qui va se poser est la suivante : par leur dogmatisme imbécile qui tourne maintenant au masochisme, les électeurs de « gauche » (la soit disant gauche), vont-t-ils, une fois de plus, apporter une victoire sur un plateau d’argent à la droite radicale comme ils l’ont fait aux régionales en Provence et dans le Nord en votant pour la régression sociale, ou vont-t-ils enfin ouvrir les yeux ?

Nous en reparlerons. La campagne ne fait que commencer.

Yves Barelli, 6 décembre 2016                                                   

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Published by Yves Barelli - dans Politique française
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commentaires

ratuma 06/12/2016 21:01

https://stoptafta.wordpress.com/2016/11/25/francois-fillon-et-le-club-bilderberg/#comments

je crains le pire

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