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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 21:58

La France est en passe de se débarrasser du pouvoir socialiste de Hollande et elle a congédié en 2014 bon nombre de municipalités socialistes, notamment en banlieue parisienne. Mais celle de la ville de Paris (ville-centre d’un peu plus de deux millions d’habitants d’une agglomération qui en compte dix) tient bon. Compte tenu du prix de l’immobilier dans la capitale, ses habitants sont (au moins dans la moitié ouest de Paris ; à l’Est, il y a encore quelques pauvres qui ont des voitures de plus dix ans d’âge bientôt interdites à Paris), en dehors d’une bourgeoisie « friquée » par l’héritage, des personnes le plus souvent plus jeunes que la moyenne, sans ou avec peu de charges de famille et plus aisées que la moyenne. Cet électorat « bobo » est le plus réceptif à l’écologie dogmatique à courte vue dont l’une des « têtes de turc », si l’on peut s’exprimer ainsi pour des idéologues qui érigent le multiculturalisme en religion, est de faire la chasse à la voiture individuelle, accusée de tous les maux.

1/ Cela avait déjà commencé pendant la mandature du prédécesseur d’Anne Hidalgo à la tête de la municipalité de Paris, Bertrand Delanoé. On avait alors commencé à voir défigurer quelques-unes des grandes avenues de la ville en y installant des couloirs de bus à la taille disproportionnée et des sortes de chicanes obligeant les automobilistes à faire des slaloms entre le côté droit de la chaussée et son centre entre deux feux non synchronisés, de sorte que les embouteillages, polluants mais apparemment voulus, ont empiré et ont, en outre, déporté une bonne partie du trafic vers le boulevard périphérique, désormais saturé presque en permanence.

Dans le même temps, on a réduit drastiquement le nombre de places de stationnement en multipliant les emplacements réservés aux livraisons (en général peu ou pas utilisés car les livreurs préfèrent s’arrêter au plus près, le plus souvent en double file), aux véhicules électriques (si peu nombreux que leurs places sont systématiquement vides), aux « vélos-lib » ou, tout simplement à rien du tout. Tout cela a été accompagné d’un « business » de la voiture-grue (avec un système de corruption avéré) avec enlèvement des voitures, non où et quand elles gênent le plus, mais où et quand c’est le plus rentable pour la société qui enlève la voiture (on ne se dérange pas aux heures de pointe, ça prend trop de temps, mais, en revanche, pas de pitié le dimanche : c’est tellement  pratique pour les camions-grues !).

2/ Madame Hidalgo fait encore mieux. Désormais, après avoir neutralisé la voie sur berges rive gauche de la Seine (elle était assez courte), c’est au tour de celle de la rive droite. Là, les conséquences sont catastrophiques car c’était le seul moyen de traverser Paris dans des conditions à peu près normales (en outre, quand j’avais des visiteurs de province ou de l’étranger auxquels je voulais montrer Paris, c’est par là que je les menais : la vue sur la Seine, Notre-Dame ou la Conciergerie était magnifique ; terminé). Désormais, les véhicules doivent soit emprunter les boulevards le long des habitations qui surplombent l’ancienne voie sur berge (la pollution y a cru dans des proportions alarmantes), soit contourner Paris par le périphérique où on note un accroissement sensible du trafic, et de la pollution qui va avec. [En Suisse, toutes les grandes villes sont traversées par des autoroutes en tunnel ; en France, il semble qu’on n’y ait pas pensé ! J’aime bien cette formule du « brave soldat Sveik », héros de la littérature tchèque au langage très imagé difficile à traduire : « ils se prennent pour des génies, mais ils ne sont que la merde, camarade » ! Applicable à certains bobos parisiens qui prennent les banlieusards, les provinciaux, les Suisses et les Tchèques pour des demeurés].

Cette mesure imbécile est la matérialisation du dogmatisme qui tient lieu de politique. Interdire la voie sur berge, le dimanche, c’était excellent. Je ne serais pas hostile à ce qu’on fasse la même chose pour les Champs Elysée (à condition qu’on l’annonce longtemps à l’avance de sorte que cette interdiction figure dans les guides touristiques vendus à l’étranger (comme, par exemple, l’interdiction de Central Park le dimanche à New-York : cela existe depuis trente ans et parait en conséquence immuable et prévisible). Mais une interdiction permanente n’a rigoureusement aucun sens : y a-t-il beaucoup de « joggers » en bord de Seine les matins d’hiver aux heures de pointe ? bien sûr que non.

La dernière décision (la pire) que vient de prendre la municipalité parisienne est l’instauration à partir de janvier 2017 d’une vignette à acheter seulement sur internet (ces « bobos » ne savent-ils pas qu’il y encore des « provinciaux » attardés qui n’ont pas internet ?) et que tout véhicule, quel que soit le lieu de résidence de son propriétaire, même loin de Paris, devra obligatoirement coller sur son parebrise avec un système compliqué (que je n’ai pas vraiment compris ; il est vrai que je suis bien moins intelligent que Madame Hidalgo qui, de toute façon, ne sera pas concernée parce qu’elle se déplace en voiture de fonction conduite par un chauffeur : il est facile d’embêter - j’ai failli écrire « emmerder » - les autres quand, soit même, on échappe à la règle, valable seulement pour les « ploucs », entendez les « sujets » de nos gouvernants) de diverses couleurs en fonction du type de véhicule, du carburant utilisé et de l’âge de la voiture – et bientôt de son propriétaire ? – On va encore surcharger le travail de la police, qui sera chargée du contrôle et de l’encaissement des PV qui vont avec, alors qu’on préfèrerait qu’elle coure après les délinquants ou qu’elle fasse déguerpir les soit disant réfugiés syriens, désormais présents à tous les carrefours où ils tentent de racketter les automobilistes (il est vrai que, pour une certaine gauche-caviar, dont Madame Hidalgo fait partie, le « réfugié » est le nouveau héros des temps modernes, celui qu’on doit loger et soigner de préférence aux sans-abris français !).

Et puis, il y a la dernière décision, celle appliquée aujourd’hui où, compte tenu d’une pollution supérieure à la normale en vertu de conditions climatiques exceptionnelles, seules les voitures avec un numéro pair peuvent circuler (et demain le contraire). La dernière fois qu’on a appliqué un tel système, les études n’ont pas décelé une diminution significative de la pollution. Mais peu importe, seul l’effet d’annonce compte : il faut faire croire au bon peuple qu’on fait quelque chose et il faut surtout le culpabiliser au maximum : nous sommes tous des personnages épouvantables parce qu’on roule en voiture, parce qu’on jette trop de déchets et parce qu’on va encore au marché acheter des pommes en les plaçant, oh sacrilège, dans des sacs en plastique (quant aux supermarchés, désormais on les fait payer : un sac gratuit pollue, un payant non. Evidemment !).

3/ Sans doute, n’a-t-on pas encore tout vu. Reste à appliquer des mesures réellement « radicales ». Il y en a deux, notamment, possibles. Celle de Londres d’abord, avec un péage de l’ordre de 10€ pour tous les banlieusards qui entrent en ville. Vive les gens huppés de Regent Street et tant pis pour les « ploucs » de l’East End. Une deuxième possibilité est le système italien où désormais plus de la moitié de la superficie des villes est réservée à ceux qui y habitent et interdites pour les autres. Les petits malins s’y sont fait établir une domiciliation. Les autres sont interdits de séjour. Et pendant ce temps, les parties des villes non interdites connaissent des embouteillages monstres. Remarquez, c’est déjà ce qui se fait à Marseille, il est vrai proche de l’Italie, où le quartier autour de la Canebière (elle-même interdite sur une partie de sa longueur) et autour du Vieux Port est désormais régi par un système d’interdiction à première vue absurde mais qui a, in fine (à moins que ce ne soit que de l’incompétence : je les surestime peut-être!), a sans doute pour objectif de détourner la circulation : objectif atteint mais au prix d’une paralysie du reste de la ville et d’une pollution qui, globalement, a fortement augmenté.

4/ Tout cela est regrettable mais inévitable, me direz-vous peut-être ? On ne fait pas d’omelette sans casse des œufs.

Je m’inscris en faux face à cette assertion pessimiste. D’autres solutions existent :

a/ la gratuité et la véritable priorité aux transports en commun. Dans les quelques villes de France où cela existe (mais dont on ne parle pour ainsi dire jamais : ça ne vous interpelle pas ce silence des médias ?), la situation s’est nettement améliorée. Deux exemples : Aubagne et son agglomération (100 000h) près de Marseille et Vitré en Bretagne. Dans ces villes, la fréquentation des transports en commun a  été multipliée par trois et on circule beaucoup mieux. On s’est en effet aperçu que la plupart des trajets étaient courts et qu’on ne paye pas un bus si on fait moins de deux kilomètres : soit on marche, soit on prend la voiture.

Le meilleur système consisterait, pour une grande ville, à combiner transports en commun gratuits et parkings à la périphérie gratuits et gardés.

b/ Rendre les transports plus pratiques et confortables. A Paris, on ne s’arrête pas de monter et de descendre des escaliers dans le métro. Dès que vous avez une valise à roulettes ou une poussette de bébé, c’est la galère. Et je ne parle même pas des pauvres handicapés. Pourquoi ne multiplie donc pas les escalators ? Sur la ligne 1 du métro, il n’y en a même pas à la station « gare de Lyon » alors que les trois-quarts des usagers ont des valises à roulettes.    

c/ Les municipalités n’auraient pas les moyens financiers de rendre les transports gratuits ou, au moins, confortables, me direz-vous (ou plutôt, c’est ce qu’on vous dit). Faux. Là où on a instauré la gratuité, on a mis à contribution les entreprises (qui, à Paris, de toutes façons payent déjà la moitié d’une carte Navigo) et on a fait de sérieuses économies de gestion (plus de ces machines très sophistiquées et très coûteuses pour éditer les titres de transport et pour les poinçonner, plus de contrôleurs. De plus, on s’est aperçu que les usagers étaient bien plus satisfaits de sorte qu’il y avait moins d’agressions envers les personnels (à Aubagne, de nombreux machinistes de Marseille ont demandé à y être transférés) et moins de détérioration des équipements.

Si on fait la balance entre ce que coûte à la collectivité l’aménagement routier (ronds-points, ralentisseurs, etc) et la gestion de bus gratuits (je dis bien « bus » parce que, maintenant, c’est le tout tramway, bien plus cher, et profitable essentiellement pour le lobby de ses constructeurs), on s’aperçoit que les transports en commun gratuits ne sont pas si chers. Savez-vous ce que coûte un rond-point (et convenez qu’il y en a une bonne moitié peu, pas utiles et parfois même nuisibles lorsqu’ils deviennent des machines à embouteillages et donc à pollution) ? Pour un petit, le prix d’un appartement, pour un grand, celui d’un immeuble. Si on veut bien admettre que des bus gratuits, c’est beaucoup moins de voitures qui circulent, on pourrait faire d’énormes économies de voirie, surtout si elles sont accompagnées de mesures innovantes intelligentes (à titre d’exemple, j’ai demandé un jour au maire (socialiste) de Clermont-Ferrand s’il avait envisagé la gratuité des transports ; la manière avec laquelle il m’a regardé, en visiblement me prenant pour un fou ou un provocateur, montre qu’il ne s’était jamais posé la question. Pourtant, je suis sûr qu’un partenariat pourrait être trouvé avec Michelin, multinationale qui a son siège à Clermont : les entreprises cherchent souvent à être des entreprises « citoyennes » (c’est ainsi qu’on finance des musées ; j’ai réussi à faire payer des entreprises françaises à l’étranger quand j’y étais ambassadeur ou consul général, et elles n’ont jamais rechigné). Pas par philanthropie, mais parce qu’elles ont un intérêt commercial à avoir une bonne image et que financer quelques  œuvres ou services publics, c’est pour elle une publicité gratuite. Il n’y a pas que Michelin. Les fournisseurs de téléphones mobiles ou d’accès internet seraient certainement volontaires pour financer les lignes de bus desservant les campus étudiants. Là aussi, pub gratuite.  La preuve qu’elles y ont intérêt, ce sont certaines grandes surfaces qui financent des navettes gratuites vers les centres commerciaux de la périphérie.      

Dans les grandes villes, avant d’adopter des mesures aussi révolutionnaires, on pourrait le faire de manière progressive. Ainsi, on pourrait mettre les bus de banlieue gratuits et ne faire payer que le métro (ces bus sont déjà gratuits de fait pour une certaine catégorie d’usagers « difficiles » que les contrôleurs n’osent pas verbaliser).

d/ Les pics de pollution. Combien de jours de tels pics et combien de jours de grosse chute de neige par an ? Pas plus de 5. Plutôt que de tenter de limiter la circulation ces jours-là (et l’expérience montre qu’on y parvient pas vraiment), ne serait-il pas plus judicieux de mettre les Français en congés ces jours-là (en leur demandant de prendre leur RTT) en limitant le travail à ceux qui sont dans des services publics indispensables (pompiers, hôpitaux, fonctionnaires d’autorité, etc). L’expérience montre aussi (par exemple lorsqu’il y a des grèves) qu’une journée de travail « perdue » est toujours compensée par un travail accru le jour suivant, de sorte que la production sur une année reste la même.           

5/ Le problème avec nos municipalités, c’est souvent le manque d’imagination. On croit qu’en faisant payer les transports et en augmentant sans arrêt les tarifs, et en mettant des parcmètres partout, on va améliorer les finances locales. C’est souvent le contraire qui se produit : on perd des recettes par manque d’usagers ou parce que les gens, qui ne veulent pas payer pour stationner en ville, vont faire leurs courses à la périphérie, désertifiant ainsi les centre villes. On pourrait aussi faire fonctionner, pour une fois, la démocratie : les citoyens ne sont pas nécessairement idiots et peuvent être les acteurs dans un débat pour savoir quelle décision prendre. Pour l’interdiction de la voie sur berge, par exemple, qui a-t-on consulté ? Personne. Pas les banlieusards, sans doute les plus concernés. Pas les Parisiens non plus. Là, comme ailleurs, ce sont des « responsables » qui se sont auto-consultés en partant de l’axiome qu’ils savent mieux que les autres (même quand ils ne sont pas usagers parce qu’ils ne se déplacent qu’en voitures avec chauffeur. Combien y a-t-il d’élus parisiens et de députés qui se déplacent en métro ?).

6/ Malheureusement, à Paris, c’est la schizophrénie. On fait la chasse à la voiture individuelle (dans le même temps où sur les chaines de TV les pubs pour les voitures sont les plus nombreuses ; ce serait comme une campagne anti-tabac avec des publicités pour les marques de cigarettes) mais on ne fait rien de très sérieux pour les transports publics. Exemple : il y a trente ans, lorsque j’habitais à New-York, le métro y coûtait un dollar quand il était à un franc à Paris (six fois moins au taux de change de l’époque). Aujourd’hui, c’est à peu près le même prix. La carte Navigo a augmenté dans des proportions au-delà du raisonnable alors que l’ancienne carte orange était à un tarif abordable. Autre exemple : la ligne 14, qui doit être prolongé jusqu’à Saint Ouen, a déjà pris trois ans de retard pour des raisons budgétaires, ce qui continue à obliger les usagers de la ligne 13 à voyager dans des conditions indécentes. Troisième exemple : pourquoi le métro parisien s’arrête-t-il à une heure du matin alors que celui de New York fonctionne toute la nuit ? Et pourquoi n’y a-t-il quasiment plus de bus après 20 heures à Marseille ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? …

En résumé, transports en commun oui. Mais il faudrait les soigner. Frénésie paranoïaque anti-voiture, non. Incitation, oui. Interdiction non comprise, non. Et par ailleurs, place à l’imagination et à la consultation des citoyens pour trouver les bonnes solutions, plutôt que d’imposer des mesures imbéciles.

Il est vrai, et ce sera ma conclusion, que Madame Hidalgo doit vivre sur une autre planète que nous. La planète « bobo ». Son monde, c’est celui des « bobos ». Un « bobo », qu’est-ce que c’est ? C’est un homme (ou une femme) le plus souvent jeune célibataire et cadre supérieur résolument engagé dans la « modernité ». Les plus sportifs se déplacent en vélo ou en courant. Ils font leur tri sélectif (ou le font faire par leur employée de maison philippine. Vive la diversité culturelle ! Ils peuvent leur donner leurs ordres en anglais, langue qu’ils maitrisent plus ou moins). Le métro ? Pas pour eux. Ça sent mauvais et on y est mal installé. Alors, ils circulent quand même en voiture, mais aux heures décalées pour aller de leur parking souterrain à un autre parking souterrain, celui de leur entreprise. Les plus militants n’ont pas de voiture. Les plus en vue se font véhiculer en voiture de fonction ou d’entreprise, comme Madame Hidalgo. Les autres, quand ils ne font pas de vélo, sont de bons clients des « Uber » : moins cher que le taxi et tellement plus moderne ! Les banlieues ? Connait pas ! Leur univers s’arrête au périphérique et de la Seine Saint Denis, ils ne connaissent que l’autoroute A1 qu’ils empruntent pour aller prendre un avion à Roissy vers New York ou une destination exotique.  Et pour les courses ? Pas les Carrefour, mais l’épicerie bio du quartier ou les boutiques Louis Vuitton pour Madame. Et Monsieur, lui, habite à proximité de son Décathlon (à fond la forme !) de Montparnasse ou de Wagram où il trouve tout le matériel sophistiqué pour son jogging du bois de Boulogne.

Le peuple ? Ils en parlent. Ils sont, parait-il, de « gôche », mais ils ne le connaissent pas.

Eux et Madame Hidalgo, ils vivent sur une autre planète. Renvoyons-les y à la prochaine municipale !

Yves Barelli, 6 décembre 2016               

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Published by Yves Barelli - dans Société
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