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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 20:37

La nette victoire au second tour de la primaire de la droite et du centre de François Fillon dégage pour lui un boulevard en vue de l’élection présidentielle de 2017. Son programme de droite « dure », mais aussi de redressement national, est susceptible d’attirer à lui, au-delà de sa famille politique, un grand nombre de déçus du socialisme et de « déçus de la France ». Il a de fortes chances de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen, qui, plus encore que Fillon, attirera ceux qui, comme les Américains et un nombre croissant d’Européens, ne veulent plus d’un système inhumain qui nous mène droit dans le mur. Entre ces deux personnalités, les jeux sont désormais ouverts.

1/ Le score surprise (44%) de François Fillon au premier tour de la primaire a rebattu les cartes. On attendait un match Sarkozy-Juppé. Le premier a été éliminé grâce à la participation massive d’électeurs de gauche voyant dans l’ancien président un mal absolu à abattre, une sorte de Marine Le Pen bis. La mauvaise surprise pour eux est que Fillon ait réussi à attirer une majorité de partisans authentiques de la droite qui ne veulent ni d’un retour de Sarkozy, au bilan présidentiel si contestable, qui plus est, lesté d’un grand nombre de « casseroles » (affaires judiciaires en cours ou à venir), ni de Juppé, chantre d’une droite « molle » suspectée de s’allier à ce qui reste de socialistes si, par malheur, elle était aux affaires.

L’essai a été magistralement transformé au second tour avec (chiffres provisoires à 20h30) plus des deux-tiers des voix (le nombre de votants est à peu le même qu’on premier tour).

La victoire de Fillon quasiment dès le premier tour a donc été une surprise. Il y a encore un mois, nul n’aurait parié un kopek sur celui que les sondages reléguaient à moins de 10% des voix, le plaçant même en quatrième position derrière Bruno Lemaire, « coqueluche » pendant un temps des médias porte-voix du « système », toujours à la recherche de l’apparence du changement pour mieux faire entériner l’immobilisme.

La remontée de Fillon dans les quelques jours qui ont précédé le premier tour de la primaire s’explique par trois facteurs : a/ le rejet de Sarkozy, pour sa personnalité et son bilan, et celui de Juppé, essentiellement pour son programme trop proche de la gauche « hollandiste » ou « vallsiste », mais aussi de sa personnalité trop « molle » et trop « datée ». b/ la soif d’un véritable changement davantage marqué à droite de la part d’électeurs motivés (il faut l’être pour participer à une primaire) souvent déçus par les gouvernements précédents de droite trop complaisants à leurs yeux avec les idées de gauche (ces électeurs n’ont pas tenu rigueur à Fillon d’avoir été le premier ministre de Sarkozy pendant cinq ans, persuadés qu’ils sont que la réalité du pouvoir était à l’Elysée et non à Matignon) c/ Fillon est considéré à peu près unanimement comme honnête, compétent et sérieux, aux antipodes de la droite « bling-bling » de Sarkozy.

Compte tenu des résultats du premier tour, la victoire de Fillon, soutenu entre autres par Sarkozy, ne faisait aucun doute. Il en sort renforcé.

2/ La légitimité de Fillon comme candidat de la droite à la présidentielle est désormais très forte. Il pourra compter non seulement sur ses soutiens de toujours (peu nombreux), mais aussi sur un certain nombre d’hommes politique de qualité qui avaient pris le parti de Sarkozy. S’il n’est pas rancunier, il rattrapera aussi les Juppéistes les moins marqués.    

Cette légitimité tient à deux facteurs.

Le premier est que la primaire s’est déroulée dans d’excellentes conditions. La droite peut à cet égard remercier Nicolas Sarkozy. Il aurait pu contester son élimination acquise par la participation assez massive (15% des votants selon les enquêtes) et scandaleuse d’électeurs de gauche au mépris de toute règle de déontologie (ils ont pourtant eu à signer une « charte » d’adhésion aux valeurs de la droite et du centre). Ces voix de gauche ont en effet été supérieures au différentiel du score de Sarkozy par rapport à Juppé. Sans voix de gauche, c’est Juppé qui aurait été éliminé. Non seulement Sarkozy n’a pas contesté, mais il a reconnu sa défaite, dès la fin du premier tour, dans une allocution empreinte d’élégance et de dignité. Ce faisant, il s’est comporté en homme d’Etat responsable, soucieux du sort de son « camp » au détriment même du sien. Franchement, je ne croyais pas qu’il en serait capable.

Le second est le comportement d’Alain Juppé qui a été mauvais joueur prêt à tout, ou presque, pour ne pas perdre. La dignité et la responsabilité aurait voulu que Juppé s’efface dès le soir du premier tour au profit de Fillon. N’ayant aucune chance de l’emporter au second, il aurait conforté l’unité de son « camp » et aurait maximisé les chances de victoire de son représentant à la présidentielle.

Au lieu de cela, Juppé a multiplié les attaques ridicules et de mauvaise foi en tentant de jouer sur les peurs d’une droite « foie-gras » (parallèle et convergente à la « gauche-caviar ») renforcée par des électeurs de gauche hyper-militants : peur qu’on remette en cause le droit à l’avortement et au mariage « gay », peur qu’on abandonne la « diversité » culturelle, synonyme d’un soit disant « vivre ensemble », peur d’un infléchissement de la laïcité au profit des « racines chrétiennes » de la France, peur d’un recul social au profit d’un « libéralisme » sans frein, peur enfin d’un abandon de l’encrage européen et atlantique de la France au profit d’une alliance avec Poutine, Bachar-el-Assad et l’Iran. Poussant la « clintonisation » du débat jusqu’à la caricature, Juppé a rameuté le ban et l’arrière ban du féminisme le plus sectaire, des pourfendeurs de l’homophobie et même de l’islamophobie et, pour faire encore plus américain « bienpensant », il a fait monter sa femme à la tribune pour dire, dans un texte probablement préparé par lui, tout le bien qu’elle pensait de son mari.

Au lieu de terminer une carrière politique bien remplie, Juppé a finalement quitté la scène par la petite porte.

3/ A l’issue de cette primaire de la droite, le paysage politique français est désormais davantage dégagé.

Sarkozy va pouvoir se consacrer aux conférences bien rémunérées et va pouvoir retrouver la compagnie de ses amis milliardaires. Tant mieux pour lui et pour nous.

Juppé est éliminé. Lui aussi va pouvoir jouir, avant une retraite bien méritée, d’une préretraite bordelaise. Je l’ai toujours jugé comme étant le candidat de droite le plus dangereux. Européiste, atlantiste, complaisant vis-à-vis de l’islam conquérant, son mandat présidentiel aurait été une catastrophe pour la France, mêlant probablement guerre civile et agitation sociale.

Reste à renvoyer aux poubelles de l’histoire le troisième homme de ce trio infernal qui a fait tant de mal à la France. Je veux parler de François Hollande.

Comme la tour d’ivoire que constitue le palais de l’Elysée ne semble pas propice à l’analyse sereine des situations, Hollande n’a pas davantage compris que Sarkozy que les Français n’en voulaient plus.

Il est clair maintenant que, sauf improbable surprise de dernière heure, Hollande sera à nouveau candidat. Il devrait en faire l’annonce dans la semaine qui vient.

Objectivement, Hollande n’a aucune chance de se succéder à lui-même. Il faudra déjà qu’il remporte la primaire de la gauche qui aura lieu en janvier. Il n’est pas sûr qu’il y parvienne. Si c’est le cas, la probabilité qu’il fasse mieux que Mélenchon est assez faible : il aura en effet sur sa gauche Mélenchon et le candidat écologiste (qui fera sans doute un mauvais score) et sur sa droite l’OVNI (qui pourrait n’être qu’une étoile filante) Macron et probablement Bayrou. Cela ne lui laisse pas beaucoup de place. Il tentera évidemment de faire peur à son « camp » en soulignant le danger « réactionnaire » de Fillon et « fasciste » de Le Pen. Mais cela ne sera probablement pas suffisant. A supposé qu’il soit effectivement candidat (ce qui suppose qu’il gagne la primaire), on ne voit pas comment il pourrait recueillir plus de voix que Fillon ou Le Pen.

4/ Certes, les jeux ne sont jamais faits d’avance, mais, en l’état actuel des choses, François Fillon et Marine Le Pen devraient être présents au deuxième tour de la présidentielle.

Il y a encore un mois, la probabilité d’une victoire de Marine Le Pen était encore considérée comme infime. Ce n’est désormais plus le cas. Avec la victoire de Donald Trump, quelques mois après celle du Brexit et avec la montée partout de ce que les suppôts du « système » nomment « populismes » et que je préfère appeler « souverainismes » (vis-à-vis du carcan de l’Union européenne) et « identismes » (défense des identités nationales et occidentales vis-à-vis de l’islam conquérant), les peuples montrent que leur capacité d’acceptation de la  dictature du capital mondialisé et déculturé touche désormais à sa fin. Ce pourrait être la chance de Marine Le Pen, d’autant que la défense de l’identité sera accompagnée d’un combat pour défendre le progrès social et les services publics face à l’offensive de la droite « dure ».

Fillon, pour sa part, part avec de sérieux atouts. J’estime ses chances de l’emporter à 2/3 – 1/3 face à Marine Le Pen.

Pourquoi ?

Parce qu’il a un programme cohérent, celui d’une droite qui sait ce qu’elle veut : appliquer une politique économique et sociale de droite, doublée d’une défense de l’identité française et d’une fermeté vis-à-vis de la délinquance et de l’islam.

Et parce que, en face de lui, il y a une gauche qui a tenté de faire une (mauvaise) politique de droite et qui, surtout, n’a rien compris à l’évolution de la société française et aux dangers qui la menacent.

La gauche au pouvoir a réussi ce tour de force de dégoûter les Français des valeurs de la gauche alors que ces valeurs sont traditionnellement majoritaires dans l’opinion, y compris chez nombre d’électeurs de droite. Ces valeurs sont la solidarité, la défense des plus faibles, un Etat fort et stratège qui protège des dérives et des appétits des puissances d’argent et qui offre aux citoyens des services publics de qualité libérés de l’affairisme et du « fric » pour le « fric ».

La gauche au pouvoir a trahi les intérêts du peuple en semblant se préoccuper davantage du sort des délinquants (excusés en permanence de leurs méfaits par la soit disant faute de la société) que des victimes, en mettant en avant une conception de la laïcité pour laquelle seule la religion catholique est l’ennemie, alors que l’islam, religion du « prolétariat », doit être respecté, en discréditant l’idée même de patriotisme au profit d’une Union européenne érigée en religion et d’une mondialisation économique et culturelle soit disant « heureuse » et synonyme de modernité.

En réaction aux aspirations profondes des Français, la droite dure de Fillon peut réussir, au moins dans un premier temps. La France risque de s’engager dans une révolution « thatchérienne » avec trente ans de retard. Au début, cela marche, surtout quand ce qui précède a fait faillite. On va faire bosser davantage les gens, que des syndicats déconsidérés ne pourront défendre, les baisses d’impôts vont donner du pouvoir d’achat, ce qui va « booster » les ventes et donc l’optimisme des capitalistes, « chauffés » par un pouvoir à leur écoute et qui vont se remettre à investir, ce qui remettra la machine économique en marche.

Ce n’est que quelques années plus tard, comme cela s’est produit en Angleterre et en Amérique, qu’on s’apercevra que la hausse des inégalités, la baisse des dépenses publiques et le saccage des services publics auront des conséquences catastrophiques. A titre d’exemple, moins de fonctionnaires, c’est un accès plus difficile à l’administration et c’est une sérieuse détérioration de la capacité de l’Etat à agir et à offrir des services publics, visible, au bout de quelques temps, dans les hôpitaux, les écoles, les transports et à peu près dans tous les aspects de la vie quotidienne. C’est comme une voiture qu’on n’entretient plus. Au début, cela fait des économies. Ce n’est qu’au bout de quelques temps que les pannes arrivent. Quant au dogme selon lequel le privé fait mieux que le public, il ne résiste pas à la réalité. Quand on a privatisé les chemins de fer en Angleterre, les usagers n’ont vu que les avantages de la concurrence. Trente après, le réseau est dans un état si lamentable qu’il faudrait des milliards pour le remettre en état. Aux Etats-Unis, les rues ne sont pas entretenues, les ordures rarement ramassées et les réseaux électriques si vétustes que les pannes sont fréquentes. En France, la privatisation des hôpitaux, des écoles et des transports aura, si elle est réalisée, les mêmes effets négatifs. Nous avons encore, malgré les baisses budgétaires, des services publics plutôt de bonne qualité. Ce ne sera peut-être plus le cas.  

Contre le recul social et la déchéance des services publics, Marine Le Pen mettra sans doute en avant qu’une autre politique est possible, celle d’un Etat stratège qui donne les impulsions nécessaires et qui protège les plus faibles, celle d’une France souveraine par rapport à une Union européenne au service du grand capital mondialisé. Espérons que les gens attachés aux valeurs de la gauche ne tomberont pas dans le panneau du « barrage » au Front National qui sert de politique à la soit disant gauche socialiste et de cache-misère à sa trahison des valeurs de gauche : cette « gauche »-là, elle a tout abdiqué au système capitaliste. Même le mot « nationalisation » est désormais tabou. Il ne lui reste que son lamentable combat « antifasciste », « antipopuliste », « anti-islamophobe », « anti-homophobe » et quelques autres « anti » aussi dérisoires les uns que les autres. Cette parodie de gauche est morte et bien morte. On ne la regrettera pas.

Que ce soit Le Pen ou Fillon le prochain président de la république, on peut au moins espérer que l’insolence et le mépris envers les Français de la racaille délinquante et islamiste (les deux sont souvent synonymes) seront oubliés et qu’on ne reverra plus l’humiliation de voir des policiers ne pas réagir face à des criminels qui tentent de les brûler parce qu’ils ont ordre de ne jamais utiliser leurs armes. Ces images de voitures de police incendiées, de racaille maitresse des rues de Paris, jointes à l’alignement systématique de la France sur les positions les plus réactionnaires des pires « faucons » de Washington ont fait un mal considérable à notre pays. Voyageant beaucoup par profession et nombreux contacts dans le monde, j’ai pu mesurer à quel point notre pays est tombé bas.

Le Pen ou Fillon, nous aurons une politique étrangère plus équilibrée et nous donnerons certainement une meilleure image collective de la France.

Certes, le problème d’une élection est que les programmes sont généralement plus beaux que les réalisations qui suivent. Mais, franchement, nous sommes tombés si bas, que ça ne peut être pire.

Restons sur cette ultime remarque optimiste. A l’approche de la Noël, cela réconforte.

Yves Barelli, 27 novembre 2016    

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Published by Yves Barelli - dans Politique française
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