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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 00:10

En présentant au Conseil de Sécurité de l’ONU une résolution sur la Syrie qui n’avait aucune chance d’être adoptée, la France du président Hollande ne s’est pas grandie et a montré son alignement sur les positions les plus extrémistes anti-syriennes, antirusses et donc les plus hostiles au rétablissement de la paix que Paris prétend rechercher.

1/ La France, semble-t-il de sa propre initiative (ou téléguidée par Washington ?), a déposé au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution visant à établir un cessez-le-feu à Alep et une zone d’exclusion aérienne au-dessus du nord de la Syrie. Au cours de la semaine écoulée, Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères (et ancien premier ministre) est allé présenter son projet à Moscou et à Washington.

Loin de vouloir sérieusement discuter avec les autorités russes, Ayrault avait publiquement accusé Moscou de crimes de guerres en Syrie, accusation grave et sans nuance. Dans ces conditions, le dialogue ne pouvait que tourner court, le déplacement à Moscou prenant en fait l’allure d’une provocation.

Washington a soutenu l’initiative française. C’était bien le moins que pouvait faire la présidence américaine. Mais les Etats-Unis se sont bien gardés de cosigner le projet de Paris.

2/ Le véto russe était attendu. Il avait d’ailleurs été annoncé. Aucune tentative de parvenir à un compromis n’a été tentée par la France lors des consultations à huis clos qui sont organisées entre membres permanents du CSNU, puis à quinze, avant de passer au vote.

Pour contrer la France, la Russie a présenté son propre projet de résolution qui propose un cessez-le feu mais sans aucune référence aux bombardements aériens.

3/ Comme prévu, les deux projets de résolution ont été rejetés.

Je ne connais pas le détail du vote sur le projet russe, auquel ses auteurs ne tenaient pas particulièrement.

S’agissant du projet français, la Russie a voté contre (étant membre permanent, un tel vote équivaut à un véto, quels que soient le vote des autres membres du Conseil). La Chine s’est abstenue tandis que les trois membres permanents occidentaux (F, GB, US) ont voté pour.

Le vote des membres non permanents a été le suivant : Venezuela non et Angola abstention ; tous les autres oui. Compte tenu de la composition actuelle du Conseil de sécurité, très défavorable à la Russie, les votes positifs du Japon, de l’Espagne, de la Nouvelle Zélande, de la Malaisie, pays liés militairement aux Etats-Unis, de l’Egypte (alliée de Ryad, Paris et Washington dont elle reçoit une aide économique), de l’Ukraine (en quasi guerre avec la Russie), du Sénégal et de l’Uruguay (pays ayant des relations étroites avec la France), ne sont pas une surprise.

4/ Ce vote est un semi succès diplomatique pour la France. Il montre que notre pays dispose encore d’une certaine influence et, sans doute, que nos diplomates sont performants. C’est bien le seul élément positif de cette palinodie française. Les morts continuent de s’accumuler en Syrie. Ce projet de résolution, totale perte de temps et d’énergie, n’avait aucune chance de contribuer en quoi que ce soit à diminuer les souffrances du peuple syrien. Hollande et Ayrault sont-ils fiers de leurs larmes de crocodile et de leur cynique hypocrisie? En tout cas, moi, en tant que Français, je ne le suis pas.

5/ Revenons sur le fond de l’affaire, car la désinformation menée depuis quelques jours par nos autorités et médias mérite d’être commentée.

On nous rebat les oreilles depuis quelques jours avec les « crimes de guerre » de l’aviation russe et du « régime » syrien, comme on dit (nos « amis » saoudiens et autres pays où il n’y a jamais eu d’élections sont des « Etats », ou des «gouvernements », mais le gouvernement légal de la Syrie, n’est qu’un vulgaire « régime » !). On nous montre des images d’enfants martyrisés et d’hôpitaux bombardés.

Ce qu’on oublie de dire, c’est que les quelques quartiers d’Alep non encore repris par l’armée syrienne sont aux mains de terroristes islamistes, semble-t-il distincts de « Daesh », mais liés à Al Qaida et donc tout aussi dangereux. Ces terroristes sont armés par l’Arabie saoudite et, malheureusement aussi, par la Turquie et les Occidentaux, y compris la France.

On oublie aussi de dire que l’armée syrienne a demandé aux populations concernées de se désolidariser des terroristes et qu’on leur a proposé de sortir en sécurité. Ceux qui restent font corps avec les terroristes. Civils peut-être, mais combattants certainement, au moins par complicité et soutien.

Que veut-on ? Que la guerre dure cent ans, ou qu’elle prenne fin rapidement ?

Si on veut mettre fin aux combats, il faut mettre hors d’état de nuire les terroristes islamistes, quelles que soient leurs obédiences. A quoi sert de bombarder les positions de Daesh si, dans le même temps, on soutient d’autres djihadistes ?

Dans une guerre, on ne peut avoir plusieurs ennemis. Si notre ennemi est Daesh, ceux qui luttent contre le terrorisme islamiste devraient être considérés comme nos amis, au moins conjoncturellement. Lorsque, pendant la seconde guerre mondiale, on a fait un front commun avec Staline, on savait qu’il avait commis des crimes, mais on a considéré que la priorité était d’éradiquer Hitler. C’est le même schéma aujourd’hui. Que Bachar soit un criminel, nul ne le conteste, mais c’est un laïque qui se bat contre l’islamisme. Nous menons donc le même combat. Armer et aider les islamistes d’Alep, c’est saper le travail de reconquête de la Syrie légale, c’est objectivement aider Daesh. C’est donc nous tirer une balle dans le pied.

Je défends personnellement cette position depuis trois ans que je tiens ce blog. On peut le vérifier. Je me félicite qu’un nombre croissant d’hommes politiques parlent désormais comme j’écris. Je constate que Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, mais aussi François Fillon et même Nicolas Sarkozy et quelques autres sont désormais sur cette position. Certains d’entre eux ne l’étaient pas, mais ils y sont désormais.

Hélas, je crains que François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Alain Juppé (et cela est très inquiétant si les sondages qui sortent en ce moment sont justes), eux, n’évoluent pas d’un iota. Ils sont sur la ligne la plus dure, la plus réactionnaire, la plus immobile et, pour finir, la plus stupide. Ils parlent de paix, et ils sont les plus belliqueux.

En dehors des cercles les plus impérialistes et réactionnaires de Washington, personne ne les écoute. Et quant aux pays plus raisonnables qui ont voté notre résolution parce qu’ils n’ont même pas jugé utile de s’y opposer tant ils la savaient insignifiante, je sais, parce que je voyage dans le monde, qu’ils se demandent comment la France, pays autrefois des droits de l’homme et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, est tombée aussi bas.

Je suis maintenant retraité de la diplomatie et ai donc retrouvé une entière liberté de parole. J’ai quelques amis encore en activité au Quai d’Orsay qui ont la même opinion que moi. Eux, ne peuvent l’exprimer.

Yves Barelli, 8 octobre 2016

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Published by Yves Barelli - dans Relations internationales
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