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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 16:11

A huit mois de la prochaine élection présidentielle, la situation politique de la France apparait confuse et, sans doute, pour la plupart des observateurs étrangers, incompréhensible. Sur fond de crise sécuritaire et identitaire aigue, les clivages traditionnels, qui restent en grande partie pertinents, se doublent de nouvelles oppositions qui traversent tant la droite que la gauche tandis qu’un troisième bloc, celui du Front National, présente le paradoxe d’être désormais la première force politique du pays tout en étant rejeté par une majorité de Français.

Le système électoral français, imaginé pour départager droite et gauche au second tour de l’élection présidentielle où seuls les deux mieux placés du premier tour peuvent s’affronter, apparait désormais inadapté.

Compte tenu de la présence probable de Marine Le Pen au second tour et de sa probable défaite face à n’importe quel adversaire, on estime que l’élection présidentielle de 2017 se jouera au premier tour. Pour minimiser les risques d’éparpillement, la gauche comme la droite organisent des « primaires » entre candidats que tout oppose. La droite étant donnée gagnante sur la gauche par les sondages, le vainqueur de la primaire de la droite devrait logiquement être le prochain président.

A condition que cette primaire puisse se tenir et, si elle se tient, que le vaincu accepte sa défaire. Rien n’est moins sûr.

1/ La gauche est divisée et mal en point. Le président Hollande sera très probablement candidat en dépit des sondages catastrophiques qui lui prédisent une défaite humiliante. Jamais, dans l’histoire de la Cinquième République, un président n’a été aussi impopulaire et aussi contesté à l’intérieur même de son « camp ».

Face à lui, il va retrouver son vieil ennemi Jean-Luc Mélenchon, chef du Parti de Gauche, constitué pour l’essentiel de dissidents du Parti Socialiste qui rejettent la dérive droitière du PS. Mélenchon avait fait un assez bon score (11%) au premier tour de l’élection de 2012 et il n’est pas impossible qu’il fasse mieux que Hollande en 2017.

Le jeu est cette fois considérablement compliqué par l’annonce d’autres candidatures à gauche : écologiste, extrême-gauche, mais aussi Arnaud Montebourg (PS), Benoit Hammond (PS aussi), Emmanuel Macron (qui se dit ni de droite ni de gauche mais qui a été ministre de Hollande jusqu’au mois dernier) et peut-être d’autres encore.

Certains de ces « challengers » de Hollande issus de la gauche participeront à la primaire de gauche, s’ils l’estiment équitable, ce qui est loin d’être assuré (puisque c’est l’appareil du PS, acquis à Hollande, qui l’organise), d’autres iront directement à la bataille présidentielle si les sondages leur sont favorables (cas de Macron, qui peut « faire un tabac » ou un « bide » si la baudruche se dégonfle ; dans ce cas, il se réservera sans doute pour la prochaine fois).

Compte tenu des conditions restrictives de l’organisation des primaires, tant à droite qu’à gauche, exercice plutôt bien verrouillé, il est probable que Hollande emportera celle de gauche. La probabilité qu’il soit présent au second tour est très faible mais pas totalement nulle si la droite se déchire ou si ses propositions sont reçues comme un chiffon rouge par ce qui reste de l’électorat de gauche, qui, alors, pourrait voter « utile » et revenir vers le président sortant, vu comme un rempart tant contre le retour de la droite que le « danger » du FN.

2/ A priori les chances de la droite sont beaucoup plus fortes.

Mais cette force potentielle pourrait causer sa perte.

En effet, les deux principaux candidats à la « primaire de la droite et du centre » (c’est son nom officiel bien qu’aucun centriste n’y concourra), l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, et l’ancien premier ministre (il y a plus longtemps) de Jacques Chirac, Alain Juppé, estiment chacun, s’ils l’emportent, être certain d’être sélectionné pour le second tour de la présidentielle et d’y battre Marine Le Pen, présidente du Front National.

Le combat à mort entre les deux hommes a déjà commencé.

Tout les oppose.

Sarkozy a choisi une ligne dure destinée à faire le plein du noyau dur de la droite « républicaine » et à mordre sur l’électorat du Front National. Sarkozy est un professionnel qui non seulement a un grand talent oratoire, mais qui sait « flairer » les attentes des Français, du moins d’une grande partie d’entre eux.

Depuis deux ans, la France a été frappée par des attentats islamistes très meurtriers. Tous les sondages montrent que les Français demandent davantage de fermeté. Face au maintien jusqu’au-boutiste de l’ « état de droit », avec toutes les garanties qu’il donne aux criminels et qui empêche que ceux-ci soient incarcérés avant qu’ils ne commettent leurs crimes, attitude qui est celle de Hollande et des socialistes, mais aussi d’une partie de la droite, derrière Juppé, nombre de nos compatriotes estiment que défendre les libertés, c’est bien, mais prendre des mesures d’exception pour garantir la première des libertés, celle de vivre en sécurité, c’est encore mieux. Ceux-là vont voter Le Pen, Dupont-Aignan, Sarkozy, mais aussi François Fillon (ex premier ministre de Sarkozy, désormais fâché avec lui, qui se présente à la primaire) ou Bruno Lemaire (ex ministre de Sarkozy, lui aussi candidat à la primaire). Tous axent leur discours sur la sécurité, mais aussi l’identité nationale et le rejet du communautarisme musulman et d’un islam conquérant et arrogant.

Face à eux, Juppé se veut « raisonnable ». Il prône une identité « heureuse » et rejette ce qu’on nomme l’islamophobie et l’amalgame entre terrorisme, délinquance et « communauté » musulmane.

Les sondages (qu’il faut prendre avec précaution car, si en France ils sont bons et même souvent excellents pour mesurer les intentions de vote aux élections, ils sont moins performants pour les primaires car on a de grosses difficultés à identifier des échantillons représentatifs) prévoient que Sarkozy et Juppé seront au second tour de la primaire (cette évaluation est probablement bonne) et donnent des scores proches pour le second tour de cette primaire. Autrement dit, personne se peut prévoir qui, de Juppé ou de Sarkozy, l’emportera. On estime que si de nombreux électeurs de déplacent (au moins 3 millions), Juppé peut l’emporter. Si seuls les plus motivés, y vont, Sarkozy gagnera. Cela résume la problématique de la droite : Sarkozy a un gros noyau dur de fidèles très motivés, les soutiens de Juppé sont plus « mous ».

3/ La primaire de la droite se tiendra-t-elle ?

Elle est prévue pour le mois de novembre. Pour le moment, les deux favoris affirment qu’ils vont y participer car Ils sont tous les deux les mieux placés.

Qui l’emportera ?

Sarkozy a l’expérience du pouvoir (ce qui peut être aussi un handicap ; il a été battu en 2012 par rejet de sa personne autant que de sa politique), il est l’homme fort dont ses partisans estime que la France a besoin pour faire face aux périls du moment. Il met en avant avec talent des propositions populaires dans une large fraction de l’électorat.

Juppé est le candidat, expérimenté lui aussi, « raisonnable » et « responsable ». Il sait pouvoir compter sur l’appui d’une partie de la droite, de tous ceux qui, moins marqués, appartiennent à la nébuleuse centriste, mais aussi, sans doute d’une fraction assez importante de l’électorat traditionnel de gauche (qui veut faire barrage à Sarkozy). Juppé est le représentant du « système », du « politiquement correct », du « vivre ensemble (avec les musulmans) ». De tous les candidats, il est le plus européiste et atlantiste. Cela plait à certains, par exemple les anciens électeurs de Bayrou (10% du corps électoral, ce n’est pas négligeable). Il peut espérer aussi que les « affaires » rattrapent Sarkozy, plusieurs fois mis en examen et qui pourrait être poursuivi pour avoir outrageusement truqué ses comptes de campagne en 2012 (affaire « Bygmalion »).

En résumé, pour Sarkozy, le profil de celui « qui en veut » et, en plus, c’est lui qui tient l’appareil du parti qui organise la primaire. Pour Juppé, un soutien qui peut aller bien au-delà de son parti.

Dans cette différenciation, il y a en germes les ingrédients d’un « clash » qui me parait inévitable. Si Sarkozy l’emporte, je doute que Juppé qui a un soutien potentiel d’une majorité de l’électorat, centre et gauche compris, accepte gentiment sa défaite. Il ne pourra s’empêcher de considérer que dans la « vraie » élection, il ferait mieux que Sarkozy et aurait toutes les chances de l’emporter. Si Juppé est en mesure de faire mieux que Sarkozy, ce dernier, tenant l’appareil, sera certainement tenté de manipuler le résultat, renouvelant ainsi le scénario de 2012 lorsque l’élection interne du président de l’UMP n’avait pu départager Fillon et Copé, les deux se proclamant vainqueur et accusant l’adversaire de trucages.

Je pense que ce scénario va se renouveler. Si l’un des deux accepte sa défaite et se rallie à l’autre, je serai personnellement surpris.

Mon pronostic va plutôt à une présence de Sarkozy et de Juppé à l’élection présidentielle et à une victoire de ce dernier suivie d’un gouvernement de coalition avec le PS.

3/ En tout état de cause, une victoire de Juppé accompagnée d’une frustration des Sarkozistes mais aussi de la gauche de la gauche et, plus encore, d’un Front National, qui montera à 40% (peut-être plus) au second tour, mais écarté une fois de plus du pouvoir, ne présage rien de bon pour la France. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le terrorisme continuera de frapper, l’islam sera de plus en plus un problème et, la politique d’austérité de l’Union européenne étant au programme, une explosion sociale n’est pas à exclure. Marine Le Pen aura alors toutes ses chances pour 2022.

4/ Au-delà de ce pronostic pessimiste, les Français et leurs dirigeants seraient bien inspirés de commencer à réfléchir à un système électoral plus démocratique, l’actuel ne l’étant que très partiellement.

On ne peut plus continuer à pratiquer un système destiné seulement à départager chaque fois la droite officielle de la gauche officielle. Il a certes été utile durant cinquante ans en assurant stabilité (malgré quelques « cohabitations » pénibles et parfois ridicules, avec un président et un chef de gouvernement prétendant chacun représenter la France dans les « sommets » internationaux) et alternance entre « partis de gouvernement ». Il a permis d’obliger les deux camps à composer et à se rassembler (avec des gouvernements d’union de la gauche ou de la droite). Mais cela n’a été possible que parce que le clivage gauche-droite correspondait à une réalité ressentie et voulue par les Français : plus de solidarité et d’Etat d’un côté, davantage de reconnaissance du mérite individuel et de l’initiative privée de l’autre.

Mais ce système ne fonctionne plus pour deux raisons.

La première est que, du fait des abandons de souveraineté à l’Union européenne, du passage à l’euro et de l’ouverture des frontières, les gouvernements français successifs ont eu de moins en moins de marge de manœuvre, ce qui a conduit la social-démocratie à renier les valeurs de gauche (même un mot comme « nationalisation » est devenu tabou) et la droite anciennement gaulliste à tourner le dos à ce qui était autrefois sa marque, la défense de la souveraineté nationale. Dès lors, l’opposition gauche-droite, sans disparaitre, est devenue marginale et les médias, porte-voix du « système » et de la « pensée unique », aux mains d’un petit groupe de capitalistes, sont devenus monocolores. Les invectives, les combats de chefs et la lutte des égos ont pris le pas sur le débat démocratique sur les programmes. Plus on se ressemble, plus il faut bomber le torse et dresser le menton pour masquer la vacuité des projets, au risque de dégouter l’électorat de la politique et de ceux qui prétendent l’incarner.

La seconde raison est que, loin des salons feutrés de la capitale et des plateaux de télévision où se succèdent toujours les mêmes, les Français ont découvert de nouveaux problèmes que les politiques et les médias, pour ne pas déroger au « politiquement correct », ont cherché à nier ou à minimiser.

Ces problèmes se nomment insécurité avec une montée inquiétante d’une délinquance de plus en plus convaincue de l’impunité, montée du fondamentalisme islamiste qui se traduit par un repli identitaire de millions de « musulmans » (qui se définissent désormais ainsi dans ce pays pourtant en principe laïque), multiplication des attentats terroristes sans que la riposte des autorités et de la société soit à la hauteur de la menace, tout cela sur fond d’intrusion de plus en plus prégnante sur la vie quotidienne de l’Union européenne et de la mondialisation, qui se traduisent par la paupérisation, le chômage, la coupe dans les services publics et par un sentiment de dépossession et de matraquage fiscal des classes moyennes au profit d’élites économico-politiques de plus en plus privilégiées et arrogantes et de populations parasites et oisives d’assistés d’origine étrangère qui, au lieu de dire merci, crachent sur la France et nos valeurs.

Les problèmes économiques et sociaux, propices au clivage droite-gauche, n’ont certes pas disparus, mais, dorénavant, si on en croit les sondages, une majorité de Français placent, à tort ou à raison (et pour moi à raison) l’insécurité, le problème de l’islam et ce qui reste de notre identité en tête de leurs préoccupations. Il n’est pas étonnant que le seul grand parti qui les a pris en compte depuis longtemps, le Front National, attire désormais près du tiers de l’électorat et que les autres partis aient été obligés de se pencher eux aussi sur la question, la droite en très grande partie, mais aussi, bien qu’avec réticence, une fraction croissante de l’ancien électorat de gauche (il est significatif que le FN soit devenu le premier parti chez les ouvriers, autrefois massivement acquis à la gauche).

La société est donc traversée par une multiplicité de clivages : droite/gauche, mais aussi européistes/souverainistes, défenseurs de l’identité/partisans du multiculturalisme, défenseurs de l’état de droit/partisans de mesures exceptionnelles adaptées à la situation d’urgence.

Le premier clivage reste l’unique critère de la composition du parlement, le second traverse aussi bien la gauche que la droite (comme l’a montré le référendum de 2005 sur la « constitution » européenne), tandis que les deux derniers rassemblent d’un côté Front National et droite « forte » et de l’autre gauche et droite « modérée ».

Nous sommes désormais face à la contradiction de la permanence de la vieille opposition majorité/minorité alors que chaque bloc est fracturé par des différences bien plus clivantes et que plus de la moitié du corps électoral (FN + gauche de la gauche + abstentionnistes) n’est pas représentée au parlement.

5/ Si l’on veut sortir de cette situation absurde et de nature, à terme, à tuer notre démocratie, il me semble qu’il faut explorer d’autres voies.

Le rétablissement de scrutins à la proportionnelle à un tour (avec, sans doute, des seuils minima pour éviter un trop grand émiettement, par exemple au moins 5% des suffrages exprimés comme en Allemagne) pour désigner toutes les assemblées me semble un préalable. Ce système existe chez tous nos voisins (sauf le Royaume-Uni). Pour le cas particulier de l’élection présidentielle (faut-il la conserver au suffrage universel ? C’est un débat. Personnellement, j’y suis favorable, mais cela se discute), la possibilité du maintient de plus de deux candidats au second tour devrait être introduite ; cela entérinerait la fin du seul clivage droite/gauche.

Cela ne suffit pas car cela n’empêche pas, une fois les élections passées et les accords de gouvernement conclus, les situations figées avec le spectacle incompréhensible pour le peuple de députés qui votent automatiquement pour ou contre selon qu’ils appartiennent à la majorité ou l’opposition (à moins qu’une fronde se produise comme c’est actuellement le cas chez les socialistes mais, même dans ce cas, le gouvernement « tient » la plupart des députés de son parti, menacés de ne pas pouvoir se représenter) et de décisions acquises contre les aspirations de l’opinion mesurées par les sondages (qui valent ce qu’ils valent mais qui sont un indicateur).

La seule manière d’éviter les votes confisqués et les trahisons est de donner la parole au peuple. Je préconise en l’occurrence le système suisse où le corps électoral est appelé à se prononcer en moyenne tous les trois mois sur une multitude de questions locales, régionales et nationales, soit du fait du gouvernement, soit par « initiative populaire » (exigée par une pétition signée par 100 000 électeurs, ce qui, rapporté à la population de la France, représenterait 800 000 électeurs.

Ce recours au peuple est particulièrement efficace lorsque les partis sont divisés par des clivages autres que le droite/gauche. On a vu en France en 2005 que cela pouvait arbitrer les oppositions internes (nonobstant le déni de démocratie qui a consisté à ne pas tenir compte du vote populaire). En Suisse, il est courant.

Une autre différence entre la Suisse et la France est, chez les Helvètes, l’existence d’un esprit de consensus qui fait défaut au pays de Descartes. A Berne, on essaie systématiquement de se mettre d’accord entre partis qui ressemblent pourtant aux partis français (y compris l’équivalent du Front National, là-bas comme ici, première force électorale). C’est quand on n’y parvient pas, que le peuple tranche.

Une autre différence entre la France et la Suisse (ou l’Allemagne) est que ce dernier pays est fédéral, de sorte que le niveau national n’est saisi que lorsque le niveau cantonal n’est pas en mesure de décider. Avec un tel système, on laisserait aux Corses le soin de décider si la langue corse peut être utilisée ou non à l’Assemblée corse. Ce serait plus simple et plus démocratique.

Voila quelques pistes. Tout n’est pas parfait en Suisse, pas plus qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni, mais sans nécessairement copier ce qui se fait ailleurs, on pourrait au moins se poser la question de savoir s’il n’y a pas quelques bonnes idées à y prendre.

Pour le moment, ce n’est pas le cas. Chez nous, on continue à s’opposer sur des points mineurs qui cachent une réalité que les élites autoproclamées ne veulent pas voir tandis que les représentants du « système », continuent de refuser au peuple le droit à la parole.

L’histoire nous apprend que lorsque la superstructure se bloque, l’infrastructure entre en ébullition et que cela peut se terminer par une explosion.

En France, nous nous y acheminons.

Yves Barelli, 26 septembre 2016

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Published by Yves Barelli - dans Politique française
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