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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 13:23

L’ancien président de la Commission de Bruxelles, Barroso, qui passe chez Goldmann and Sachs, cette banque scélérate responsable du déclenchement de la crise financière de 2008, ou une ancienne commissaire qui, après avoir traité, très favorablement, le dossier d’Uber, se met au service, confortablement rémunéré, de cette entreprise américaine sulfureuse, ne sont que les parties émergées spectaculaires de la dérive de l’UE, qui maltraite les peuples et agit de plus en plus cyniquement au service du seul grand capital international. Mais y a-t-il encore des « gogos » pour croire à cette UE du fric, de l’immoralité et, un comble pour ceux qui se targuent d’être plus intelligents que les peuples, de l’inefficacité ?

1/ J’ai déjà souvent écrit dans ce blog sur l’Union européenne. Ceux qui me lisent savent ce que j’en pense. Pour les autres, je résume ma pensée : l’UE est une institution baroque qui n’est ni une zone de coopération entre Etats, ni une organisation fédérale. Ses membres lui ont délégué suffisamment de compétences normalement apanages des Etats souverains pour que ces Etats ne soient plus maitres de leur politique économique, sociale et fiscale, et donc de leur destin. Ce n’est pas pour autant que l’UE est en mesure d’avoir une politique volontariste. Son seul principe, c’est l’ouverture des marchés au profit des grands groupes industriels et financiers avec, dans le meilleur des cas, la conviction que l’enrichissement des riches profite aussi aux autres, et, dans le pire, seulement pour tirer quelques avantages personnels, comme dans le cas de Barroso et consorts.

Dans une telle configuration, l’UE est une machine à brider les peuples et les Etats. Même les « européistes » qui aspirent à l’émergence d’une véritable Europe fédérale et démocratique le reconnaissent. Mais la différence entre eux et les « souverainistes », dont je fais partie, est que nous estimons qu’une telle Europe idéale n’a aucune chance de voir le jour pour la bonne raison qu’il faudrait une identité qui n’existe pas et un pouvoir politique porteur de cette identité. Ce n’est pas le cas. Les exemples historiques de création d’entités fédérales à partir d’Etats multiples ne sont pas légion dans l’histoire. L’unification de l’Allemagne et celle de l’Italie au 19ème siècle sont quasiment les seuls. Il y existait depuis le moyen-âge (et même avant), des sociétés civiles qui se reconnaissaient, grâce à la communauté de langue et de culture, appartenir à une même nation : même sans Etats communs, l’Allemagne et l’Italie étaient des réalités dès la fin de l’empire romain. Sur ces soubassements, les unifications politiques ont pu se concrétiser sous la direction de la Prusse pour l’Allemagne et du Piémont pour l’Italie. Leur direction fut unanimement acceptée.

A contrario, il n’existe rien de tel en Europe. Y a-t-il une langue, une culture, une communauté de sociétés civiles, de droit, en Europe autre que le système américain qui s’impose partout ? Mc Do, Google ou Facebook sont sans doute devenus des « valeurs » communes. Elles n’ont rien d’européennes. Il y aura peut-être un jour une fédération atlantique centrée sur Washington si les peuples européens acceptent de perdre leurs identités, mais certainement jamais une fédération européenne. C’est la principale explication à l’absence d’Europe politique : l’UE se réduit, et elle se réduira jusqu’à sa disparition, à un « marché » dirigé par des Barroso qui agissent au profit des entreprises multinationales essentiellement américaines (d’où le projet de zone atlantique de libre échange que la Commission voudrait imposer) au mépris des intérêts et des valeurs des peuples.

2/ Seuls les naïfs ou les « européistes » pour lesquels l’Europe est une religion, donc un dogme, croient qu’on pourra démocratiser et moraliser le système. Ils sont aussi choqués que moi par la dérive de l’ancien président de la Commission et de plus du tiers des anciens commissaires qui passent avec armes (les directives qu’ils ont pondues) et bagages (leur carnet d’adresses) chez les capitalistes qui ont été leurs interlocuteurs privilégiés pendant la durée de leurs fonctions.

Ces naïfs et « croyants » voudraient « améliorer » la pratique européenne. Mais, même si on régule davantage ce « pantouflage » indécent, il restera le système : l’appareil de Bruxelles est tout entier accès autour des relations avec les groupes capitalistes. Ceux-ci ont pignon sur rue, de manière tout à fait légale, à Bruxelles. Les « lobbies » travaillent au quotidien avec les commissaires. Quand une « directive » est en préparation, elle est discutée avec les experts des grands groupes (exemple : les laboratoires pharmaceutiques, les constructeurs automobiles, les pétroliers, etc). Ce sont souvent eux-mêmes qui rédigent le texte des directives au bas duquel les commissaires n’ont plus qu’à signer.

Ce système est calqué sur le système des « lobbyistes » du Congrès américain. Il s’impose donc à l’Europe parce que l’UE est la copie conforme du système américain, le pouvoir politique en moins, et que l’UE n’a jamais été considérée par les Américains pour autre chose que ce qu’elle est : un relai, en parallèle à l’OTAN, de l’hégémonie américaine.

3/ Penser qu’on pourra un jour édifier une Europe forte capable de lutter à armes égales avec les Etats-Unis et les autres grandes puissances mondiales est une vue de l’esprit. Il n’y a pas et il ne peut y avoir d’entité politique européenne tout simplement parce qu’il n’y a ni société civile européenne ni pouvoir politique susceptible de l’entrainer. Celui de Madame Merkel ? Soyons sérieux : le pouvoir allemand n’agit que pour défendre les seuls intérêts allemands et, notamment, ceux de ses rentiers dans ce pays où, désormais, on gère les finances publiques comme le budget d’une caisse de retraite. Les Allemands se sont laissé imposer l’euro dont ils ne voulaient pas (ils l’ont échangé contre le droit à la réunification). Aujourd’hui, leur hantise est que cette monnaie ne perde pas sa valeur, d’où les « sanctions » infligées à la Grèce et aux autres « cigales » du Sud. Mais cela ne fait ni une politique économique ni un comportement de puissance politique en construction (d’ailleurs, les Allemands n’en veulent pas plus que les autres).

4/ La civilisation européenne, pourtant, existe. C’est un corpus qui unie des nations, des cultures, des histoires riches et encore capables de réussites. Airbus, par exemple, est magnifique. Ce n’est pas l’œuvre de l’Union européenne, mais celle d’une poignée d’Etats qui, souverainement, ont décidé de faire quelque chose ensemble à une époque où cela était encore possible (aujourd’hui, la Commission s’y opposerait probablement sous prétexte qu’un tel cartel fausserait la dogmatique libre concurrence ; on pourrait même craindre que le commissaire en change de l’aviation soit « intéressé » par Boeing).

Ce n’est pas en bridant les Etats et les peuples européens qu’on créera une Europe forte. Au contraire. La force de l’Europe, ce sont les identités de ses peuples. Vouloir créer artificiellement une identité européenne est non seulement une illusion, mais un gâchis et même un crime. Personnellement, j’aime le bon vin français et j’adore la bière allemande. C’est parce que j’aime la France et l’Allemagne que je ne veux pas d’Europe supranationale. Je ne veux pas d’un breuvage européen qui serait un mélange de bière allemande et de vin français et qui, probablement au final, aurait le goût d’un ersatz de coca-cola.

C’est parce que je me sens européen et que j’aime ce continent que je ne veux pas d’Europe supranationale.

Mon Europe, c’est celle des peuples, des cultures et de la coopération entre des Etats souverains qui sont la matérialisation de nations multiséculaires.

Pour le salut de l’Europe et des Européens, terminons-en le plus tôt possible avec l’Union européenne. Faisons-le d’un commun accord et à froid avant que cette « Union » ne fasse encore des dégâts et n’éclate dans la douleur de ses contradictions.

Et à la place, on pourra organiser une bonne coopération entre Etats souverains.

Alors, globalement, nous serons plus forts parce que, en assumant nos identités, nous aurons la cohésion sociale que la supranationalité tend à nous enlever.

Yves Barelli, 12 juillet 2016

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Published by Yves Barelli - dans Europe
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commentaires

Ratuma 12/07/2016 20:49

https://resistance71.wordpress.com/2016/07/12/barroso-cest-lhistoire-dun-maoiste-qui-retourne-a-la-maison-mere/

conclusion : tous à l'UPR avec François Asselineau et les autres / Bienvenue

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