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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 10:08

Les Britanniques viennent de décider par référendum de quitter l’Union Européenne. C’est la victoire du courage sur la peur, du peuple sur les soit disant « élites », des Nations sur les « marchés» apatrides. C’est la revanche de l’histoire et de la géographie sur ceux qui les nient et qui tentent depuis des années d’imposer aux peuples qui n’en veulent pas des supposées « valeurs » fondées sur l’argent et le déni des réalités humaines.

1/ A l’heure matinale où sont écrites ces lignes, les résultats définitifs n’ont pas encore été proclamés mais la victoire confortable du « Brexit » ne fait aucun doute. Le taux de participation au référendum a été très important (72%). L’adhésion à la sortie de l’UE devrait être proche de 52%.

Cette victoire va au-delà des pronostics puisque, encore en début de nuit, on s’attendait à un résultat plus serré et même (intox ?) à une victoire du maintien dans l’UE.

2/ Avant même de tenter d’anticiper les conséquences du choix des Britanniques, une remarque sur la dramatisation éhontée voulue par les dirigeants européens (et américains) et par leurs relais médiatiques à sens unique. Tout a été fait pour terroriser les électeurs britanniques. Le mot n’est pas trop fort. Des enquêtes bidon avaient annoncé une catastrophe économique et même le chaos en cas de sortie de l’UE. Les menaces de quasi-blocus du Royaume-Uni avaient été proférées par la Commission européenne et son fidèle caniche, François Hollande. Le président Obama, porte-voix du grand capital, était lui-même intervenu pour mettre en garde les Britanniques sur les conséquences « désastreuses » de leur geste, si, d’aventure, ils mettaient leur désir d’émancipation à exécution.

Quant aux médias français, pour s’en tenir à eux (mais je suppose que les autres ont été à l’unisson), leurs reportages et commentaires à sens unique ont été affligeants et les déshonorent (mais ce n’est pas la première fois ni le seul sujet. La réalité est que nous vivons dans une société totalitaire où toute voix hors système, immédiatement qualifiée de « populiste », est systématiquement déconsidérée, quand elle n’est pas simplement niée).

Une fois de plus, le parti-pris a été joint au manque de professionnalisme. Non seulement, on n’a entendu sur nos ondes presque que des partisans du « remain » (banquiers, Français de Londres, professeurs ou députés francophones et francophiles : ils sont sympathiques mais pas représentatifs ; sans doute une part d’entre eux est propriétaire de résidences secondaires en Dordogne ou dans le Lubéron ; ils anticipent déjà quelques difficultés administratives !), mais, surtout, on s’est ingénié à montrer que les partisans du « Brexit » étaient forcément peu éduqués, provinciaux (ce qui, pour nos commentateurs des beaux quartiers de Paris, est une tare), frustrés et surtout égoïstes et même racistes. Un peu court : ils nous avaient déjà fait le même coup en France pour le référendum de 2005 sur la « constitution » européenne.

Ce matin, les commentateurs repartent de plus belle. La Grande Bretagne, après son vote « suicidaire » serait isolée et condamnée au chaos annoncé.

Messieurs les commentateurs ignares, reprenez vos livres d’histoire et de géographie, si vous les avez un jour ouverts. L’Angleterre est l’une des plus vieilles nations. Elle a apporté au monde la démocratie, la révolution industrielle, la langue anglaise et même le rugby et le football et elle a longtemps dominé le monde avant de passer le relai à sa fille d’outre-mer, l’Amérique. Aujourd’hui, le Royaume-Uni, ce sont des liens particuliers avec cinquante pays du Commonwealth, c’est Londres, plaque-tournante du transport aérien et maritime mondial et siège de la City. Napoléon et Hitler parlaient déjà d’isoler l’Angleterre. Ils ont été battus et l’Angleterre a gagné. Les Anglais ont un sentiment national fort et ce ne sont pas quelques technocrates bruxellois apatrides qui en viendront à bout. L’Union européenne est condamnée par l’histoire, par la géographie et par les peuples. L’Angleterre, elle, vivra.

3/ Que va-t-il se passer maintenant ?

On a tellement annoncé le chaos que les « marchés » financiers l’ont cru. Quand on parle de « marchés financiers », il faut savoir qu’il s’agit pour l’essentiel de spéculateurs professionnels complètement déconnectés des réalités qui cherchent à gagner de l‘argent en jouant à la baisse ou la hausse de tout et n’importe quoi : monnaies, mais aussi matières premières et valeurs d’actions d’entreprises dont ils n’ont même aucune idée de savoir ce qu’elles fabriquent.

Ce matin, les bourses asiatiques (les premières à coter compte tenu du décalage horaire) sont toutes en chute relativement modérée (moins de 10% ; on parle de « crack » boursier à partir de moins 20%) et la livre est attaquée.

Cela ne va pas durer. Une fois les bénéfices pris, les choses vont rentrer dans l’ordre pour la bonne raison qu’il n’y a pas crise économique, mais un simple épiphénomène à l’échelle du capitalisme international.

La Grande Bretagne n’est plus dans l’UE. Et alors ? La Suisse et la Norvège n’y ont jamais été. Cela ne les empêche pas d’être pleinement intégrées à l’économie européenne et mondiale.

Je ne crois absolument pas aux menaces proférées par les dirigeants européens de « faire payer » aux Anglais leur conduite « effrontée ». Sans doute en ont-ils envie car s’ils y parvenaient, cela pourrait ôter l’envie à d’autres peuples de reprendre leur liberté. Mais la Grande Bretagne n’est pas la Grèce. Compte tenu du poids économique de Londres, frapper l’Angleterre, c’est se frapper soi-même. Si les dirigeants européens sont fous, ce n’est pas le cas des capitalistes. Avec la Grande Bretagne, ils ont de l’argent à gagner. Qu’elle soit « in » ou « out ».

On peut donc s’attendre à quelques mois un peu compliqués. Il faudra reprendre ses marques, renégocier des accords. Et puis tout rentrera dans l’ordre. Le vote britannique n’a pas été un vote contre le capitalisme mais contre une bureaucratie et un carcan qui entravent l’identité nationale et qui, on va s’en rendre compte y compris à la « corbeille », gêne de plus en plus l’activité économique.

Le capitalisme international a toujours eu une remarquable faculté d‘adaptation. Certes, l’UE lui plait : voilà une zone économique ouverte où le capital mondialisé y est comme un poisson dans l’eau tant l’idéologie de la Commission est, comme on dit, totalement (et uniquement) « pro-business ». Les affaires sont les affaires. Alors, dans l’UE ou en dehors, c’est du pareil au même. On préférait la Grande Bretagne à l’intérieur. Maintenant qu’elle est à l’extérieur, on ne va pas s’arrêter de commercer et d’investir. « Business as usual ». Comme pour la Suisse. Une Grèce ou un Portugal « turbulents », on peut taper dessus et punir. Pas sur l’Angleterre. Les Chinois vendent tout ce qu’ils veulent en Europe, les Américains ou les Qataris y investissent comme ils l’entendent. Alors, plus les Anglais ? Ce n’est pas sérieux !

4/ Plus embêtantes vont être les conséquences pour la cohésion du Royaume-Uni.

La fracture entre pro et anti Brexit a fissuré tous les partis. Comme en France en 2005. Peut-être David Cameron va-t-il être contraint de démissionner [Il vient de l’annoncer à 9h : ce sera pour octobre. Son discours, d’une grande tenue, est un modèle de respect de la démocratie. Il devrait être une honte pour les politiciens français qui, malgré les défaites électorales, s’accrochent toujours et, vingt ans après, continuent de nous infliger leur présence prétentieuse].

Dans ce pays démocratique où on sait encore ce qu’est l’honneur, un dirigeant qui perd une élection importante généralement démissionne. C’est ce qu’ont fait tous les dirigeants des partis qui ont perdu les dernières élections générales, celles qui ont donné une large majorité à Cameron. Il a fait une grave erreur d’appréciation. Il aurait été mieux inspiré en prenant la tête du Brexit, ce qui aurait donné sans doute plus de 60% au « leave ». Il est pourtant aussi « eurosceptique » que ses compatriotes, mais il a pensé gagner sur tous les tableaux : obtenir des avantages spécifiques pour le RU (ce qu’il a obtenu) tout en continuant à contrôler Bruxelles de l’intérieur et, par-dessus le marché, renforcer sa position à Londres. Il a perdu son pari. Si la règle doit être sa démission, il sera remplacé. Ce ne sera ni la fin du monde ni celle de la Grande-Bretagne. Il laissera le souvenir d’un dirigeant à la fois économiquement efficace (ça ne va pas trop mal en Angleterre, surtout comparé à la France) et démocrate (il avait déjà fait un pari risqué avec le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse).

La question écossaise est la plus préoccupante. Les indépendantistes écossais avaient perdu d’assez peu leur référendum. Les Ecossais ont, cette fois, voté à 60% pour le maintien dans l’UE. Le gouvernement écossais a déjà fait savoir qu’il demanderait un nouveau référendum d’autodétermination. Je ne suis pas sûr qu’ils le gagnent. L’identité écossaise est certes forte. Mais elle est bien respectée dans le cadre du Royaume-Uni : Edinburgh a son propre parlement, son propre gouvernement (aux compétentes étendues), ses propres lois et même sa propre monnaie (à parité avec la livre sterling). Une majorité d’Ecossais a estimé il y a deux ans que cela était suffisant. Un argument alors mis en avant par les indépendantistes était que, grâce à son pétrole, l’Ecosse pourrait être auto-suffisante. Depuis, le cours du baril a été divisé par deux. Cela ne joue pas en faveur de l’indépendance. Quant aux sentiments parait-il pro-européens des Ecossais, si complaisamment mis en avant par nos médias, ils restent à démontrer. Si cela était le cas, les Ecossais serait bien le seul peuple européen à les avoir.

L’aspiration à l’indépendance de l’Ecosse dépendra en fait de la tenue de l’économie britannique dans les deux ou trois ans à venir. Si le chaos annoncé se produit, l’Ecosse partira. Si le pays ne s’effondre pas et même libère ses énergies grâce à la levée de l’hypothèque européenne et à la souveraineté retrouvée, l’Ecosse a toutes chances de rester britannique. Comme le Pays-de-Galle, qui a voté à 60% pour le Brexit. L’Irlande du Nord a voté contre ; son sort est sans doute lié à celui de l’Ecosse. Je pense que ce royaume des quatre nations (Angleterre, Ecosse, Galles, Irlande du Nord), toutes représentées à l’international (par exemple dans l’euro de foot en cours) bien que parties constituantes du même Etat, a encore de beaux jours devant lui. Quand bien même le Royaume-Uni serait amputé de l’Ecosse (10% seulement de sa population), il resterait viable et resterait une grande puissance.

5/ Le Royaume-Uni est, parait-il, désormais isolé.

Et l’Union européenne, ne va-t-elle pas l’être davantage ?

Alors qu’il y a un sentiment national fort au Royaume-Uni, le sentiment européen n’existe nulle part.

Qu’est l’Union européenne sans la Grande Bretagne ? Essentiellement le « couple franco-allemand. Les Scandinaves ne se sont jamais vraiment sentis appartenir à cette Union dont les « valeurs » sont aux antipodes des leurs. La Pologne catholique se sent beaucoup plus proche de l’Amérique chrétienne que de cette Europe qui ouvre ses portes à une immigration musulmane que ni Varsovie, ni Prague, ni Bratislava, ni Budapest ne veulent. L’euroscepticisme est un sentiment fort en Autriche. La dernière élection présidentielle, mais aussi tous les sondages depuis vingt ans, le montrent. Cet euroscepticisme se confond avec la méfiance de l’Allemagne. On se dit de plus en plus en Autriche que l’adhésion à l’UE a été une erreur et qu’il eut mieux valu organiser une coopération spécifique entre tous les petits Etats d’Europe centrale (là aussi l’histoire et la géographie, celle des anciens pays de l’empire des Habsbourg, finiront par reprendre leurs droits), y compris sans doute la Suisse. Quant à la Hollande, où les aspirations eurosceptiques sont fortes, elle s’est toujours sentie plus proche de l’Angleterre que de l’Allemagne.

Restera le cas des membres fondateurs de l’UE (peut-être même pas tous, comme vu pour la Hollande) élargis à l’Espagne et au Portugal. Tout dépendra du « couple franco-allemand » car les autres pays (économiquement diminués pour ceux du Sud), n’ont aucune ambition internationale.

La France était une grande puissance internationale au même titre que l’Angleterre. Depuis quelques années, mes interlocuteurs étrangers ne la reconnaissent plus. Elle a pourtant conservé tous les atouts qui pourraient lui redonner une place dans le monde comparable à celle de l’Angleterre.

Mais les Français semblent avoir abdiqué. Ils se sont mis, pour des raisons objectivement incompréhensibles, à la remorque de l’Allemagne. Pour leur plus grand malheur, tant sur le plan de l’économie que de l’identité.

Les Français oseront-t-ils reprendre leur indépendance, leur souveraineté et leur personnalité ?

Les Anglais l’ont fait. Sommes-nous plus bêtes, plus avachis, plus complexés qu’eux ?

Aux Français de redresser la tête et de se ressaisir.

J’y reviendrai.

Yves Barelli, 24 juin 2016

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Published by Yves Barelli - dans Europe
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commentaires

garance 25/06/2016 15:10

le francais nouveau baisse son pantalon et attends tel un troupeau d'aller a l'abbatoir

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