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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 18:15

Le gouvernement français a organisé le 26 juin dans le département de la Loire-Atlantique un référendum sur l’opportunité de construire un nouvel aéroport au nord de Nantes qui se substituerait à l’actuel, plus proche de la ville. Cette procédure de référendum local est exceptionnelle en France. En dépit d’une participation importante pour ce type de scrutin (plus de 50% de votants) et malgré la netteté de la victoire du oui (55%), les opposants au projet, constitués de groupuscules qui se disent écologistes venus de l’extérieur de la région et qui se sont joints à une poignée d’agriculteurs menacés d’expulsion (ils seront indemnisés), ont déclaré ne pas être engagés par ce résultat et ont annoncé leur intention de continuer à occuper les lieux. Sans me prononcer sur le fond du dossier, sur lequel je n’ai pas suffisamment d’éléments d’appréciation (je suis à priori réservé sur ce projet dont je ne vois pas la nécessité), je trouve scandaleux que des individus qui prétendent représenter le peuple et défendre l’écologie, ne respectent pas la démocratie. Cela est malheureusement dans l’air du temps lorsqu’on en voit d’autres (parfois les mêmes) contester le choix des Britanniques de sortir de l’Union européenne et ne pas reconnaitre à d’autres peuples la possibilité de choisir leur propre destin. Certains s’estiment sans doute plus intelligents que leurs concitoyens ou porteurs d’une mission quasi-divine (en l’occurrence la défense sans imagination d’une certaine conception étroite et dogmatique de l’écologie).

1/ Nantes, métropole de 400 000 habitants du Grand Ouest (Bretagne, dont elle fut la capitale historique, une partie de la Normandie, des Pays de la Loire et du Poitou), ensemble de régions totalisant un peu moins de 10 millions d’habitants, est actuellement relié au reste du monde par un aéroport recevant un peu plus de 4 millions de passagers par an (dont la moitié de « low-cost ») avec des lignes sur Paris et un nombre assez réduit de destinations européennes et méditerranéennes (plus quelques vols sur Montréal et Punta Cana) et par la ligne TGV sur Paris (nombreuses liaisons en un peu plus de deux heures), complétée par des trains régionaux.

Depuis 2010, l’aéroport a été privatisé (un ensemble d’actionnaires autour de la Chambre de commerce et de Vinci, entreprise de travaux publics et d’exploitation d’infrastructures). Grâce à la venue de transporteurs « low cost » (en partie subventionnés par l’intermédiaire des facilités qui leur sont faites), le trafic est en hausse d’environ 2, 5% par an (il a doublé en dix ans).

Sans doute pourrait-on se contenter de l’aéroport actuel, quitte à construire une nouvelle piste. Pourtant, un projet existe depuis quelques années de transférer l’aéroport actuel, proche de la ville, sur une nouvelle plateforme construite en pleine campagne à 40 km au nord de Nantes. Le gestionnaire en serait le même que l’actuel, dont Vinci, qui serait en outre chargé de sa construction. La ville de Nantes, le département de la Loire-Atlantique et les régions de Bretagne et Pays-de-la-Loire, ainsi que l’Etat participeraient au financement. La route à deux fois deux voies (on ne prévoit pas de liaison ferrée) serait construite par financement public. L’aéroport actuel pourrait être vendu à Airbus qui a une usine dans la région et l’utilise déjà. A noter que l’un des plus fervents partisans de l’aéroport est Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et ancien premier ministre (et actuel ministre des affaires étrangères).

2/ Un nouvel aéroport est-il nécessaire ?

Je n’en sais rien, n’habitant pas Nantes, n’y ayant aucune attache et n’ayant pas étudié le dossier. Mais j’ai de sérieux doutes sur une telle utilité.

Pourquoi ? Parce que je constate que Nantes n’est qu’à deux heures de Paris par le train et que le nouvel aéroport sera à un minimum de 45 minutes du centre de Nantes (contre 15 minutes pour l’actuel), temps auquel il convient d’ajouter le transport de Paris à ses aéroports. Pour se rendre à Paris, cet aéroport n’aura aucun intérêt.

Pour les autres destinations, l’utilité ne se mesurera pas en temps de trajet mais en prix proposés par les low-costs, eux-mêmes indirectement subventionnés par les collectivités locales.

Il est clair que cela pose la question de la tarification aérienne, de la complémentarité rail-air et donc de la politique d’aménagement du territoire.

Il est vrai qu’il n’y a plus depuis assez longtemps de politique d’aménagement du territoire en France. Nous sommes soumis aux directives européennes (que les gouvernements français successifs ont acceptés) dont l’alpha et l’oméga se résument à la concurrence tous azimuts et, plus encore, à la satisfaction des seuls intérêts privés, y compris au détriment de l’intérêt général. En l’occurrence, l’intérêt particulier de Vinci (de plus en plus un Etat dans l’Etat : il a la concession, très juteuse, de la plupart des autoroutes, des parkings de villes, de certains transports par autocars et il participe à la construction de nombreux équipements, avec un mode de financement dans lequel l’Etat et les collectivités, tenus à la rigueur budgétaire par les règles européennes, trouvent un médiocre intérêt à court terme (ainsi, le nouveau ministère de la défense, à Paris, est construit par Vinci qui le loue à l’Etat : on croit rêver : l’Etat ne serait même plus fichu de construire ses ministères ! Lyon vient de faire la même chose pour la construction de son nouveau stade) en diminuant ses dépenses d’investissement, hélas compensées par un endettement à long terme et des frais de location sur de nombreuses années (n’importe quel particulier sait qu’il vaut mieux acheter que louer ; mais, semble-t-il, pas l’Etat ! Tout cela seulement pour alléger une dépense immédiate mais une fois pour toutes, remplacée par des dépenses plus réduites mais reconduites chaque année à l’infini : c’est absurde, comme l’est la stupide règle de ne pas dépasser un déficit budgétaire de 3%).

Bref, tout cela pue à plein nez la collusion entre certains responsables politiques et les intérêts privés. De telles magouilles sont contraires à la démocratie.

3/ Il eut été logique que le débat porta sur l’utilité d’un nouvel aéroport et sur cette collusion privé-public dans sa construction et son exploitation.

Malheureusement, les groupuscules écologistes, relayés à Paris par le parti EELV (Europe-Ecologie-Les Verts), l’ont complètement dénaturé.

Ils se sont érigés en défenseurs de quelques dizaines d’agriculteurs plus ou moins mythifiés vivant autour de la localité de Notre-Dame des Landes, lieu choisi pour implanter le futur aéroport.

Depuis des mois, des groupuscules étrangers à la région sont venus occuper les terres du futur aéroport en y créant un véritable camp retranché. La police a essayé il y a quelques mois de les déloger mais, renonçant à la manière forte, elle n’y est pas parvenue.

C’est que l’opposition s’est transposée à l’intérieur même du gouvernement. D’un côté, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à la fois juge et partie puisque ancien maire de Nantes favorable au projet (Manuel Valls est resté sur la même ligne mais, sans doute, de façon moins militante). De l’autre, les écologistes, présents au sein du gouvernement et membres de la majorité présidentielle (depuis, ils se sont divisés, mais le combat de ND des Landes reste une cause mythique à leurs yeux).

Très ennuyé par la tournure des évènements, le gouvernement a trouvé la solution : un référendum local circonscrit au département de la Loire-Atlantique, dont Nantes est le chef-lieu. On aurait pu imaginer de faire voter les autres habitants des régions concernées mais le périmètre en aurait sans doute été difficile à tracer. La solution du scrutin départemental me parait donc bonne.

4/ Je m’attendais (et je n’étais pas le seul) à une victoire du non : le nouvel aéroport va coûter cher et se traduira par une hausse des impôts locaux, la proportion des habitants du département qui prennent l’avion ne serait-ce qu’une fois dans l’année est faible et ceux qui vont régulièrement à Paris préfèrent certainement l’aéroport actuel, plus près.

J’ai l’impression que ce qui a surtout joué est ce spectacle donné par ces gauchistes parfois violents défendant une conception dogmatique de l’écologie et surtout constitué d’individus totalement étrangers à la région. Il faut ajouter que depuis trois mois, toutes les manifestations anti-loi du travail qui se sont déroulées à Nantes ont été perturbées par la présence de casseurs extrêmement violents (ils sévissent aussi à Paris mais quasiment nulle part ailleurs en province à l’exception de Nantes) qui ont systématiquement détruits vitrines de commerces et de banques et équipements publics. Ces casseurs sont constitués au moins partiellement des activistes soit disant écologistes qui occupent ND des Landes.

J’ai donc l’impression, et même la conviction, que le vote d’hier n’a pas été réellement pour le nouvel aéroport mais contre les casseurs et une certaine conception quasi-fasciste de l’écologie.

5/ Même si je suis réservé sur la pertinence du choix des électeurs de la région nantaise, il faut évidemment le respecter.

Il faut en premier lieu saluer la tenue de ce référendum local. A la différence d’autres pays, comme la Suisse, c’est une procédure exceptionnelle en France. Il serait utile que l’exception devienne la règle.

Il faut en second lieu s’élever contre la tendance actuelle hélas encouragée par les pouvoirs publics qui consiste à accepter le verdict populaire quand cela arrange et à le refuser quand cela dérange. Qu’on pense au référendum sur la « constitution » européenne rejetée à 55% par les Français en 2005 et imposée, sous une autre forme, deux ans après par la voie parlementaire. Qu’on pense aussi au déferlement médiatique qui tend depuis quatre jours à accréditer l’idée que les Anglais se sont trompés en votant le Brexit et donc qu’il faudrait soit les faire revoter, soit ne pas tenir compte de leur choix.

Refuser une décision du peuple, cela s’appelle le fascisme. C’est vouloir substituer la force à la démocratie. La force, en l’occurrence celle des « marchés », des bureaucrates, des technocrates, de la « pensée unique » qui considèrent qu’ils sont plus intelligents que le peuple qui, idiot, mal informé, égoïste, voire raciste, est le jouet des « populistes ».

Cette tendance, qui tend chez certains à devenir la norme, est inquiétante. ND des Landes est un sujet secondaire. Mais il en est d’autres de plus fondamentaux.

Qu’on prenne garde. S’habituer au déni de démocratie sous prétexte que le peuple, comme un enfant, doit être « corrigé » lorsqu’il se trompe, c’est refuser la démocratie. C’est en fait estimer que seule la force (militaire, policière, mais aussi et surtout financière, médiatique ou de la rue) est légitime et, en dernier ressort, celle qui doit s’imposer.

C’est évidement, la porte ouverte à une mentalité de guerre civile.

Je ne l’accepte pas et j’espère que nous serons nombreux à ne pas l’accepter.

Yves Barelli, 27 juin 2016

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Published by Yves Barelli - dans Société
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commentaires

RATUMA 05/07/2016 14:30

J'ai discuté avec des nantais qui ne font pas partie d'un nouveau écolo - mais de l'UPR - ils n'en voient pas l'utilité - le but serait d'y faire venir je ne sais quel gros avions !!! et pour la consultation, les départements voisins ont été exclus

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